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Mots et images de Joe Krapov
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28 septembre 2020

99 DRAGONS : EXERCICES DE STYLE. 60, San Antoniesque 06

6. Messieurs les hommes

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- Vous êtes toujours là à vous branler les cloches en pleurant sur vos canassons fourbus ! C’est le moment de caracoler des meules, de vous cloquer un Clémenceau dans le moteur ! C’est l’heure d’homicider, de cocoriquer, de dessouder, de désastriser, d’en avoir ou pas comme que disait l’Ernest aux mines gaies !

Ils s’étalaient sur leur trente et un, bioutifoules comme des pissotières repeintes. On ne leur avait pas astiqué les tympans au sirop d’chef depuis longtemps à la fine équipe ! Tirer des coups de pétard dans les glaces, briser les boutanches du bar, bref déclencher un western de bistrot corse un soir d’autonomisation, ça ils savaient faire, ces clowns ! Mais dès que ça devenait dangereux, ils fermaient les yeux, ils autruchisaient à outrance comme s’ils entravaient ballepeau à l’injonction « Au turf ! ». C’est sûr qu’il fait meilleur barbecuter le soir au photophore tandis que le rosé de Provence froidit dans le bac à glaçons plutôt que d’aller tailler des rumsteacks dans la barbaque de Casimir le dinosaure !

Alors oui, les implacables, les décideurs d’exécutions, ceux qui ont fait périr tant et tant de gens… ils ont les flubes, les jetons, les copeaux, les foies, la chiasse noire, les grelots, le traczir, les boules à zéro, les chaleurs, le taf, la mouillette, les chocottes ! Moi ça me foutrait le bourdiche de mater ces illustres messieurs blêmes et pétrifiés.

- Ca vous défrise, ce dragon, Majesté ? Nous, les problèmes de décolorants des perruquiers on n’en a rien à cirer. Les croquants…

- Nous on belliqueuse pas ! On vient ici en touristes !

- Je me sens fichtralement marri (et même Joseph) de ce coup du sort !

- Vous avez remarqué comme il fait un temps à se barrer à la cambrousse, manière d’aller se traîner le dargiflard sur les belles fourmilières ?

- Il n’est pas question de se pieuter dans l’immédiat. C’est un conseil de guerre ici, s’énerve le chamballan.

- Ah mais c’est qu’on est des bonshommes à solde, nous autres : la pagouze en fin de mois, les primes, les notes de frais. Du surnaturel mythologique genre cracheurs de feu à écailles, c’est pas inscrit dans les statuts du fonctionnaire médiéval qu’on doive frayer avec ! C’est effrayant, votre truc !

- Ca vous paraît pas un peu louftingue a vous autres, une branquignolade pareille ?

- Heureusement que l’honneur est en voie de disparition sinon avec la pléthore d’individus en grouillance sur le globe ça serait la bigorne permanente

- Vot’ conduite est inqualifiable, vitupère le monarque. J’devrais dores et n’avant en informer l’bâtonneux, l’garde des sottes, le suce-titube, le pauv’ cureur d’la République mais vu qu’on est encore un royaume je n’en f’rai rien et je vous mets juste au coin avec le bonnet d’âne sur la tête. Sans compter que vous êtes tous dégradés et priés, messieurs les anciens combattants d’enlever la batterie de cuisine en vitrine sur vos poitraux d’Hercules de foire. Oui, j’ai bien dit un poitrail, des poitreaux. Bande de beaufs ! Addicts au beaujolpif ! Bons qu’à becter la paillasse jusqu’à midi !

- Vous permettez , nous on déclare forfaiture : une rixe dans laquelle y a des coups à prendre, c’est du suicide ! Si vous décrétez le branle-con de baba ne vous étonnez pas de voir les œufs-nuques pétocher !

- C’est vrai, Il commence à nous cavaler sur le haricot le seul métrabord-à-prédieu !

- C’est ça, caltez si vous voudriez pas que je fisse un malheur ! Blêmit le roi.

- Mais, nom de fichtre ! Qu’est-ce qu’il débloque ce vieux schnock ? Y se prend pour le grand chandelier du Rèche ou quoi ?

Et là-dessus les empaffés se cassent !

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28 septembre 2020

99 DRAGONS : EXERCICES DE STYLE. 60, San Antoniesque 10

10. Champagne pour tout le monde !

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La princesse se jette contre lui, le pubis en offrande, et le gratule à mort, comme quoi il est mieux que Superman, Rambo et autres cons de la mythologie cinémateuse

- Croyez-le cher chevalier, souffle le roi en venant le féliciter, grâce à vous j’ai une aurore boréale dans le Lustucru, vous m’avez ôté une sacrée épine du lupanar !

- Y reste plus qu’à envoyer le carbi, mec, répond San-G. Le fric, l’oseille, le blé, l’artiche ! Le pèze, la soudure !

***

Lorsque le soleil commence à rougir le sable à l’horizon, à l’heure où le chacalot (ou petit chacal, qu’il ne faut pas confondre avec le cachalot) jappe pour appeler sa maman aux pis gonflé, Saint-Georges se découpe en ombre chinoise sur le grand rond rouge mais il ne fredonne pas « I’m a poor lonesome Croisé » pour continuer son petit bonhomme de Michelin. Il ne chemine plus seul. Dans cette version-là il a embarqué la princesse et il lui déclare, toujours aussi stylé : « J’ai déjà maté une quantité gastronomique de culs mais des aussi bathouzes que votre chaloupe, rarement, chère mââme ! ».

- Tout ce bigntz organisé en pure perte ! se lamente Jésus du haut de sa croix en songeant aux œuvres à venir de Michel Onfray.

Quant à nous, amis lecteurs et amies lectrices, allons boire le dernier de la journée. Je crève de soif depuis le temps que je m’aiguise la menteuse sans mouiller la meule !

 

14 août 2020

99 DRAGONS : EXERCICES DE STYLE. 55, Rétrograde

Le commissaire Maigrelet était en train de cuisinier un suspect nommé Hafez el Salad. C’est peu de dire qu’il en racontait, des salades, pour se défendre et de fait c’était un drôle de propriétaire de parc zoologique : il tenait aussi mal, ce zozo, sa boutique que sa comptabilité. Ca faisait un sacré bout de temps déjà que Maigrelet lui appliquait la chansonnette et il s’apprêtait à faire monter du raki et des fallafels de la brasserie voisine quand un greffier vint perturber l’interrogatoire.

- Commissaire ! Il y a une urgence rue des Rosiers d’Ispahan ! Un crime sanglant et pas commun !

- J’arrive !

Il attacha son porte-sabre à sa ceinture, se coiffa de son fez et passa le relais à l’inspecteur Harriri al Sattouf.

- J’étais rendu à ses histoires d’évasion fiscale et aux certificats de provenance de ses chauves-souris. Creuse un peu encore et il ne va pas tarder à lâcher le morceau.

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***

Rue des Rosiers d’Ispahan une foule de bédouins béaient d’admiration devant le phénomène.

- Elle est sortie de terre il y a cinq minutes, commissaire ! Incroyable ! Elle est superbe, vous ne trouvez pas ? Je n’ai jamais vu une rose aussi belle !

- C’est une Brocéliande ! commenta simplement Maigrelet. Ma femme essaie d’en faire pousser sur la terrasse mais elle ne dépasse jamais le stade des boutons chez nous. Elle ne s’acclimate pas chez nous, d’habitude. Mais on n’est pas là pour parler botanique, ce me semble, Inspecteur Fut-Fut al Torrid ! Avez-vous seulement remarqué qu’elle a poussé dans un ruisseau de sang ? Etes-vous remonté à la source ?

- On vous attendait avant d’aller voir, patron !

Ecartant d’un moulinet de sabre les badauds un peu trop envahissants, ils se mirent à remonter la piste. Cent mètres plus loin, sur le Pré-où-l’on-tire-les-choses-au-clerc ils notèrent la présence d’un agonisant ventru doté de quatre pattes et d’écailles. C’était un gros monstre verdâtre et spongieux qui se traînait sanglant sur le bord de la route.

- Commissaire Maigrelet ! Je vous attendais ! Je vais rendre mon dernier soupir. Vous arriviez cinq minutes plus tard et je ne pouvais plus vous livrer le nom du coupable. Vous allez lui faire couper la tête au moins ? Ou le faire empaler ?

- Désolé, mon vieux, mais c’est moi qui pose les questions ici et j’essaie de comprendre avant de juger. Il fait terriblement soif. Qu’est-ce que vous avez dans votre gourde qui ne servira plus ? Du raki ? De l’ouzo ?

- C’est de l’allume-barbecue liquide. Je ne crache jamais sur un petit méchoui l’été alors j’emmène mon carburant avec moi. Je suis un grand amateur de côtelettes d’agneau mais je souffre parfois d’extinction de voix. Alors j’emmène des munitions pour revigorer mon lance-flammes.

- Bon, ne me racontez pas votre vie. Nom et prénom de la victime ?

- De l’assassin, plutôt, non ? Dépêchez-vous Maigrelet, je sens que je vais verser une larme à gauche.

- Comme vous voudrez. De toute façon je vous connais, vous êtes Elliott el Dragon el Nénesse, vous êtes fiché au sommier, je vous ai reconnu tout de suite.

- Bravo, commissaire ! Pourtant beaucoup de temps a passé, beaucoup de sang a coulé depuis l’épisode du loup et de l’agneau. Je me souviens qu’à l’époque vous aviez encore un melon… miniature accroché à votre chéchia. Vous étiez plus mince aussi !

- Bon alors, cet assassin ?

- A vrai dire, je ne connais pas son nom. C’est un étranger avec une tunique blanche et une croix rouge sur le poitrail. Un Géorgien, peut-être ? Un mercenaire en tout cas, pas un gars du coin. Peau blanche, barbe bien taillée, blondinet. Ou s’il est de chez nous, il est du genre arabe du futur !

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- Et quelles sont les raisons de ce règlement de compte ?

- Je ne les ai pas bien comprises. Idéologiques, peut-être ? Moi j’étais tranquillement attablé au restaurant quand ce type m’est tombé sur le râble sans prévenir. Sa façon d’entamer la conversation et mes écailles à coup de tranchoir était un peu abrupte alors je me suis défendu avec mes arguments spécifiques contre cet antispéciste non pacifique à l’arraisonnement quelque peu spécieux. Je crois que je me suis bien défendu mais à la fin il m’a eu.

- Par où est-il parti, son forfait une fois accompli ?

- Je crois qu’il est retourné vers le palais du seigneur Royco Fumal Minut‘Soup’ d’où il me semblait venir.

- C’est bon, ça suffira pour aujourd’hui. Vous pouvez décéder en paix.

- Merci commissaire ! Bonne continuation à vous dans cette vallée de larmes ! Aaaaaaaaaargh !

Le dragon avait poussé son dernier soupir et le commissaire son pion à dame.

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***

Un peu plus tard il poussait également le portail de la propriété de Royco Fumal Minut’Soup‘, tirait la chevillette et se faisait introduire la bobinette dans la salle à manger du sire. Celui-ci s’apprêtait à se mettre à table en compagnie de sa femme et de sa fille.

- Commissaire Maigrelet ! Si je m’attendais ! Ou plutôt si je ne vous attendais pas ! Qu’est-ce qui me vaut votre visite ? Vous prendrez bien un petit apéritif ?

- Volontiers !

- Tenez, commissaire vous allez me goûter ce Porto que j’ai ramené de mes vacances dans le Nord ! Vous allez m’en dire des nouvelles !

- Toi aussi, Royco, tu vas m’en apprendre ! Tu aimes toujours bien les étrangers à ce que je vois ?

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- Les voyages forment la jeunesse et déforment le dos des dromadaires, c’est vrai, commissaire ! Comme on dit chez nous un porc ex-porc un jour, import-export toujours !

- Et quand la saison bat son plein, tu ne rechignes pas à engager des extras de là-bas dans tes abattoirs, c’est ça ?

- Je ne vois vraiment pas ce à quoi vous faites allusion.

- Moi si ! Ce à quoi j’alluvionne a laissé des traces de boue du Pré-aux-clercs derrière lui. Elles mènent tout droit à cette tenture d’où dépassent les pointes de deux poulaines ensanglantées !

Maigrelet contourna la table sur laquelle, de surcroît, quatre couverts étaient disposés. Il tira le rideau, découvrant un chevalier tout tâché de sang sur les bords et un poil cramé au milieu.

- Vous êtes grillé, mon vieux !

L’autre ne se démonta pas et se mit à la jouer grand seigneur ou plutôt grand saigneur.

- Enchanté, commissaire Maigrelet ! J’ai beaucoup entendu parler de vous ! Je me présente : Gontran-Amédée de Saint-Georges, exécuteur de basses œuvres freelance. Mais mes objectifs sont généralement plus élevés qu’il n’y paraît de prime abord.

- Je ne demande qu’à vous croire, sire Gontran ! Si votre ami Fumal Royco a la bonté de faire ajouter une assiette je crois que je vais en apprendre de belles pendant ce repas d’affaires si vous voulez bien vous mettre à table.

- Shéhérazade, ma fille, demanda Fumal, va donc ordonner aux domestiques…

- Pas la peine, Papa ! Je préfère jeûner que déjeuner en compagnie de ce blanc-bec à burn-out mol ! Monsieur de Saint-Georges est peut-être un militaire valeureux mais dès qu’il est question de repos du guerrier Monsieur a du sang de navet dans les veines. Il se fait porter pâle pour la bagatelle ! Si ma danse des sept voiles ne lui plaît pas, il n’a qu’à le prendre et se faire nonne dans un de ses couvents. Il y sera très bien entouré par ses pareilles.

- Ma fille, tu ne peux pas parler ainsi de notre hôte devant un commissaire de police !

- Bien sûr que si ! Figurez-vous, Monsieur le commissaire, que je n’étais même pas l’enjeu de ce combat ! Nous autres femmes nous ne comptons pour rien dans la religion de Monsieur ! Nous qui sommes à l’origine du monde nous n’avons qu’à courbet l’échine et à subir une société patriarcale archaïque dans son modèle de sociétét !

- Oui, j’ai entendu parler de cela, appuya Maigrelet. Il paraît qu’on vous demande juste de fermer les yeux et de penser à l’Angleterre. Mais la religion, chez nous, n’est pas non plus très… comment dit-on, déjà ? Féministe ?

- Je me demande même si le chevalier n’est pas, carrément, un inverti !

- Qu’en pense le chevalier, demanda Maigrelet en se tournant vers le combattant.

- Ce n’était pas dans le contrat, commissaire. Même pas dans les petites lignes ! La vie n’est ni un fleuve tranquille, ni un conte de fées. Celui qui délivre la princesse n’est pas forcément un prince charmant rêvant de bâtir famille. Etre heureux, vivre longtemps et avoir beaucoup d’enfants, ça vous intéresserait, vous ?

- Moi oui, parce que Mme Maigrelet est la reine du fricandeau à l’oseille, mais par malheur elle n’a pas pu me donner de descendance. C’était quoi ce contrat ?

- Les boucheries Fumal, commissaire ? Vous connaissez ? Un monopole exclusif de distribution de bidoche dans tout le pays ! Un empire de la viande menacé de s’écrouler avec l’arrivée de ce racketteur à écailles !

- Pourquoi n’avez-vous pas porté plainte ?

- Contre un animal ? On n’est pas au Moyen-âge encore ! On ne fait pas de procès aux animaux dans ce pays ! Vos policiers n’arrêtent que des criminels à deux pattes ! Sont-ils seulement équipés, vos poulets, pour résister au lance-flammes de l’abominable Elliott el Dragon el Nénesse ? En un rien de temps il les eût embrochés et n’en eût fait qu’une bouchée. Vous devriez reprendre de cet excellent crumble de fenouil et laisser tomber votre enquête, Maigrelet. On a juste égorgé un bestiau par ici. Tant qu’on ne fait pas ça dans une baignoire, ça n’est même pas puni par la loi.

- C’est un fait. Mais je n’ai jamais dit que j’allais arrêter quelqu’un. Je me renseigne, c’est tout. Je n’ai plus qu’une seule question. Comment avez-vous payé votre mercenaire ? Vous savez qu’il est interdit, par contre, d’importer une religion étrangère sur notre territoire ?

- Je sais commissaire, intervint de Saint-Georges. Par contre la religion qui est répandue par ici interdit bien de manger du porc ?

- C’est un fait. Et du pangolin également.

- Et la loi n’interdit pas de manger tout ce qu’on veut… sauf des animaux ?

- Non plus. L’herbe il ne faut pas la fumer mais on peut la brouter si on veut. Même manger les pissenlits par la racine, ça arrive à des gens très bien.

- Mettre du beurre dans ses épinards, amasser des radis en vendant des navets, faire du blé en proposant du pain sans gluten, c’est permis ?

- Je crois.

- Alors réjouissez-vous, commissaire ! Monsieur de Saint-Georges et moi-même nous sommes désormais associés pour lancer une chaîne de magasins végétariens. Rien d’illégal, là-dessous ?

- Pas que je sache, messieurs.

- Et la soupe déshydratée en sachets, on peut aussi ?

- Je crois bien, monsieur Royco !

- Alors passons au salon, Messieurs. Tout est bien qui finit bien. Les loukoums et le thé à la menthe nous y attendent.

***

Quand Maigrelet ressortit du palais il retourna sur la scène de crime et il emporta la rose Brocéliande. Il l’offrit le soir en rentrant à Madame Maigrelet.

- C’est pour me faire pardonner toutes les fois où tu m’attends à la maison avec du fricandeau à l’oseille et que je te fais prévenir que je ne rentre pas !

- Elle est magnifique ! C’est très gentil à toi. Justement aujourd’hui je t’ai fait du fricandeau à l’oseille…

- Miam ! Miam !

- … sans fricandeau. C’est une nouvelle recette que m’a donnée une voisine. Il faut éviter de manger de la viande, on en mange trop, ça fait grossir et les graisses animales sont mauvaises pour nos artères. D’ailleurs ça ne te fera pas de mal de maigrir un peu. Je te trouve un peu trop grassouillet, Maigrelet, ces derniers temps ! Tu manques d’exercice.
Tu devrais retourner chasser le sanglier.

***

Le lendemain le commissaire a fait incarcérer Hafez el Salad, le prévenu du début de l’histoire, au motif d’avoir laissé divaguer un de ses animaux sur la voie publique. Le dragon Elliott el Nénesse venait de sa ménagerie.

Contre les régimes drastiques, on se venge comme on peut !

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15 juin 2020

AUGUSTIN TRAQUENARD : LE RÉCIT DE MATHILDE FLEURVILLE

 

La dernière fois que j’ai vu Augustin Traquenard c’était ce soir étrange où il a fait si chaud. Je rentrais du travail après avoir récupéré Georges, notre bébé, à la crèche. Nous habitions alors un appartement à l’étage au n° 4 de la rue des Petits-Champs à Paris. Augustin s’apprêtait à promener notre chien, un fox-terrier bizarrement tout blanc que nous avions appelé Emile. On s’est croisés sur le palier.

- Je vais acheter des allumettes. Prépare les pinces en or, je ramènerai aussi du crabe.

Il n’est jamais revenu.

***

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Il avait arrosé encore tout de travers la pauvre plante en pot qui ornait notre home. Il en mettait partout avec sa cruche antique, de l’eau, sauf là où il fallait. Chaque fois je l’engueulais. Il protestait :

- Hé ! Ho ! Tu ne vas pas en faire toute une affaire de ce que l’eau dégouline sur ton tournesol ?

- D’abord ce n’est pas un tournesol, c’est un azalée et c’est le pied de la plante qu’il faut arroser, pas la fleur !

- Tournesol, lotus, bleuet, orchidée , c’est pareil, espèce de maudite Mathilde ! Fleur vile ! L’azalée, c’est une valse !

Je ne lui répondais pas que la valse, justement, quand nous la dansions, il m’écrasait les pieds. Avec Augustin, il valait mieux ne pas envenimer les situations.

Le soir est tombé puis la nuit. L’angoisse montait. La clarté des étoiles semblait mystérieuse. Par la fenêtre ouverte je scrutais les mouvements de la rue, guettant son retour.

Devant le café où nous avions nos habitudes, le Pharaon, un voyou guettait un client de passage qui fumait le cigare en terrasse. La lune était pleine. Il y avait sans doute du drame dans l’air mais je n’étais pas objective. On a marché sur la moquette du palier mais ce n’était pas lui.

Les lumières de la ville se sont éteintes. J’ai fini par aller me coucher.

***

Il n’a pas donné signe de vie pendant trois jours. Le quatrième une carte postale est arrivée. La Grand’place de Bruxelles au recto. Au verso, ces quelques mots : « Ne t’inquiète pas. Je t’expliquerai. »

Pourquoi donc était-il parti ?Je subvenais à tous ses besoins, même les plus illégaux. Mes parents nous aidaient bien. J’avais toujours de la coke en stock. Je ne lui coûtais rien en bijoux, je n’aime rien tant qu’être habillée simple. Bien sûr les vagissements du bébé la nuit lui cassaient un peu les oreilles mais c’étaient les dents, ça passerait.

Oui, c’est vrai, il buvait, il était violent, m’injuriait et me battait même parfois. A part cela c’était le plus délicat et le plus délicieux des hommes en public. Une espèce de milord noir. D’âme, je parle, pas de peau. Il n’avait rien à voir avec Sydney Poitier.

***

Bruxelles. Pourquoi la Belgique plutôt que l’Amérique ou le Congo ? Est-ce qu’il y avait une autre femme derrière cet envol ?

J’ai fini par aller trouver le détective du rez-de-chaussée. Son agence s’appelait Fiat Panda.

- C’est à moitié en hommage à Léo Malet et à son agence Fiat Lux et à moitié parce que je suis rangé des voitures. Je suis un ancien des R.G.

- Les Renseignements Généraux ?

- Non, les Recherches Graveleuses. Florent Fouillemerde pour vous servir. Vous par exemple, votre compagnon est parti et vous vous demandez avec qui.

Il y avait des boules de cristal qui lui servaient de presse-papier sur son bureau. J’en ai compté sept. J’étais chez Madame Irma la voyante ou quoi ? Il devinait toutes mes pensées.

- Je les collectionne. J’en ai 714. Vous avez une photo du disparu ? Et une photo du chien ? C’est surtout lui que vous voulez retrouver, non ?

***

Cher mais efficace, le détective. Comme quoi il ne faut pas se fier aux apparences ni au patronyme des gens. Il m’a rappelée quinze jours après.

- Le 21 au soir, après être sorti de chez vous, Monsieur Traquenard a pris l’autocar pour Bicêtre.

- L’hôpital ?

- Non, Le Kremlin-Bicêtre. Là-bas il a retrouvé un ami à lui fraîchement débarqué des Ardennes. Un nommé Archibald Rimbock, pas forcément recommandable d’après mes renseignements. C’est un type barbu qui porte un monocle, une casquette de marinier de la Meuse et n’a que l’invective à la bouche. Le lendemain matin on retrouve leurs traces à la gare du Nord où ils se sont accrochés avec un photographe de rue nommé Karjaboudjan. Rimbock l’a blessé à la main, d’un coup de couteau. Ils ont filé ensuite, le laissant tout saignant, et ils ont sauté dans le train pour Bruxelles. Là-bas ils ont vécu un temps au 26 rue du Labrador. Puis ils sont partis pour Londres.

- Filer le parfait amour ?

- Rien n’est moins sûr, madame Fleurville. C’est une affaire assez bizarre et… c’est pire encore que tout ce que vous pouvez imaginer. Ils vivent très honorablement, là-bas. Ils fréquentent les bibliothèques et ils donnent des cours de français. Et… êtes-vous prête à entendre l’insupportable ?

- Allez-y docteur ! Euh… Madame Irma. Pardon, ça m’a échappé, M. Fouillemerde.

- Je comprends que vous soyez troublée et vous allez l’être encore plus. Ces deux messieurs… Comment vous le dire ? Ils écrivent de la poésie.

***

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Augustin Traquenard ! J’ai vite fait une croix sur ce dégénéré. Je me suis mariée l’année suivante avec un industriel belge nommé Rémi Tatin.

Le plus désolant dans l’histoire a été de perdre le petit chien blanc si intelligent, Emile, dont Fouillemerde n’a pas pu me dire ce qu’il ‘était devenu. Il ne me reste de cette époque que cette photo un peu floue de lui : c’est celle que j’avais confiée au détective et qu’il m’a rendue. Je me souviens qu’on l’avait même fait agrandir et encadrer, quand nous habitions rue des Petits-champs, Augustin, Georges et moi.

C’est du passé. Rémi et moi sommes heureux. Nous habitons avenue Louise à Bruxelles, c’est dire ! Nous venons de donner une petite-demi-sœur à Georges. Elle est adorable. Nous l’avons prénommée Emmylou.

Emmylou Tatin, ça sonne bien, non ?


Pondu pour l'Atelier d'écriture de Villejean le 14 et le 15 juin 2020

à partir de la consigne ci-dessous.

23 mai 2020

SALUT VÉLIN !

- Salut Vélin ! Comment vas-tu depuis que t’es recyclé ?

- Un peu chiffon parfois et toi ?

- Moi je pète la forme ! J’ai une cote du tonnerre désormais ! J’ai eu un de ces culs dernièrement !

- Pourtant la dernière fois que je t’ai vu t’étais au bout du rouleau ?

- Ah oui mais il y a eu la crise du coronavirus depuis ! T’as pas entendu parler de la ruée sur le papier hygiénique ?

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Pondu le 21 mai 2020 pour l'Atelier d'écriture de Villejean 

d'après cette consigne empruntée à Pascal Perrat

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30 décembre 2019

Au coucher du soleil à Rennes le 29 décembre 2019 (1)

Dernier dimanche de l'année 2019. On est allés "épuiser" le dernier ticket de l'abonnement au cinéma "L'Arvor". Le film s'appelle "Notre Dame", il est de Valérie Donzelli, on s'apprêtait à rire et on a très peu ri devant ce roman-photo peuplé de bobos parisiens en guise de personnages énervants plutôt que sympathiques.

Au retour du cinéma on s'arrête place du Parlement pour photographier le nouveau manège de M. Masclet puis on rentre chez soi par le mail et en suivant la Vilaine. Et on s'interroge : pourquoi aller voir au cinéma voir des Parisien.ne.s qui courent dans tous les sens sans jamais rencontrer le bonheur ? Il suffit d'habiter la province et de regarder le ciel et le soleil qui se couche pour se trouver heureux.

Ah oui, bien sûr, c'est vrai : ici on est heureux "bêtement" !  Comme quand on regarde "La Belle Hélène" d'Offenbach, opéra-bouffe mis en scène par Michel Fau, en replay sur Arte !

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23 décembre 2019

99 DRAGONS : EXERCICES DE STYLE. 51, Conte de Noël et d’univers parallèle

Dans cet univers-là, j’en suis désolé pour le bœuf et l’âne, personne ne vient accoucher dans leur étable aux environs de la Noël. Enfin du 25 décembre. Exit Jésus. Pas de Marie ni de Joseph. Il n’y a pas de mythe de l’immatriculée conception, pas de plaque minéralogique « Galilée ». Il n’y a pas de roi mage ni de plumage pour savoir lequel est le noir de Melchior, Balthazar et Gaspard.

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Dans cet univers-là, j’en suis désolé pour les rennes mais la Finlande n’existe pas. Le Père Noël n’y a pas installé ses ateliers de fabrication de jouets pour enfants sages. Il n’y a pas de traîneau qui traverse le ciel dans la nuit étoilée, pas de lutins en C.D.D. qui ont emballé des cadeaux, pas de cheminée pour les recevoir, pas de chaussons au pied du sapin. Pas de Mère Noël qui s’affale devant un Walt Disney à la télé pour oublier que ce soir-là son mari bosse de nuit et qu’elle est encore seule avec sa voisine de palier, la mère Fouettard, pour s’envoyer du Champagne par-dessus de la dinde aux marrons en soupirant de concert qu’il y en a marre de ces dindons : avec le métier qu’ils ont et personne pour vouloir prendre la relève, ces deux imbéciles ne sont pas près de prendre leur retraite. En même temps, dans notre univers à nous on est aussi un certain nombre d’imbéciles potentiels à qui on dit qu’il faut travailler jusqu’à 64 ans alors que ça fait déjà huit ans qu’on ne veut plus les employer : trop vieux, trop chers, pas assez esclaves corvéables et taillable à merci comme les jeunes. Merci patrons, Merci Macron !

Et donc, dans cet univers parallèle-là, le personnage emblématique du solstice d’hiver est un dragon qui habite dans une grotte avec ses deux femelles, Eulalie et Hortense Tatin. Le dragon lui s’appelle Grostas. Grostas Tatin ! C’est pas l’homme qui prend l’amer, c’est l’amer qui prend l’homme !

Et notre dragon est très en colère parce que c’est la fin de l’année. Il sait bien que ses deux cuisinières vont encore lui saloper le gigot d’agneau à la fraise des bois qu’il a ramené de sa chasse du matin. Eulalie et Hortense, c’est bien simple, elles font toujours tout à l’envers. Parfois elles lui fabriquent des écailles « Lady Gaga » avec la viande des ovins.

- Ca te va à ravir, Grostas ! » s’exclament-elles en chœur.

Parfois elles mettent à cuire la toison des bêleurs. Ca pue dans le gourbi ! Je ne sais pas si vous avez déjà filé la laine aux flammes mais je peux vous assurer que la combustion du poil de mouton, ça ne sent pas bon ! Surtout dans une grotte de dragon !

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Donc Grostas est en colère. Il va encore y avoir un cadeau à tomber du ciel. Tous les ans le Créateur de cet univers, pour une raison que Lui seul connaît, gratifie les trois dragons de la grotte d’un paquet mystérieux. Grostas, Hortense et Eulalie enlèvent le papier et les ficelles avec leurs grosses griffes, ce qui n’est déjà pas facile, puis se grattent la tête. Il va falloir mener l’enquête sur ce que ça peut bien être. Et pour mener des investigations dans cet univers où ne vivent que trois dragons, des millions de moutons et une sorcière, ce n’est pas sorcier, il faut aller la voir : Madame Wekeep, un puits de science à bas bleus et verrue sur le nez.

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Madame Wekeep est du genre tristouille. Elle a beaucoup voyagé sur son balai mais ne peut plus bouger depuis que celui-ci a attrapé de l’arthrite. En fait elle a eu vite fait de faire le tour de ce monde-là.

- Je n’ai vu que des moutons qui moutonnoient à perte de vue et si je n’avais pas les sciences occultes et l’Interplanètes pour m’occuper je m’emmerderais ferme sur cette boule à la con où il n’y a que trois dragons et pas un seul chevalier Saint-Georges.

- Joyeux Noël, Madame Wekeep !

Voilà justement les Tatin qui se pointent chez elleavec leur gros popotin, leurs paquets-cadeaux et leur questions de victimes à jamais de l’illectronisme.

- Est-ce que vous pouvez nous dire c’est quoi-t-est-ce qu’on a reçu, cette année ? demande Hortense. L’année dernière, le train électrique, on n’a toujours pas compris le concept. Pourquoi est-ce qu’on aurait besoin d’énergie pour se déplacer ? Notre univers est peuplé de moutons à perte de vue, les paysages sont pareils partout et on n’est que quatre à y habiter ?

- Vous savez, répond Madame Wekeep, c’est très bien quand même, la curiosité intellectuelle ! Découvrir de nouvelles idées, imaginer d’autres mondes, inventer des machines qui vous simplifient la vie… Par exemple moi ma vie serait bien plus belle avec un chat sur les genoux.

- Vous rigolez ou quoi avec vos curiosités ? rétorque Eulalie. L’année d’avant, le camion de pompiers, si c’était pas du foutage de gueule ! Un truc pour éteindre le feu ! Mais nous, si on ne crache plus de flammes, comment on les fait griller, les côtes d’agneau ? En frottant deux silex l’un contre l’autre ?

- C’est une idée. Ca pourrait marcher. Qu’est-ce qu’Il vous a apporté, cette année ?

- Tenez, regardez. C’est là dans le carton. On a fait un seul paquet. Le truc qui bouge un peu n’a pas l’air intéressé par l’espèce de frisbee et la petite balle rouge. Vous avez déjà vu ça ? demande Hortense.

Eulalie montre l’intérieur du carton. On y trouve un cercle de métal avec des rebords, une sphère de couleur rouge et un animal oblong qui n’a pas de pattes.
- Non. Ca ne me dit rien. Mais je vais consulter mon miroir magique vu que vous êtes venu.e.s pour ça. (Oui, dans cet univers-là l’écriture inclusive existe aussi). Vous voyez que vous en avez un petit peu quand même, de la curiosité !

- De la gourmandise surtout, répond Grostas. On ne sait jamais, peut-être que ça se mange, cette année ! Le ragoût de mouton, à la longue, c’est monotone, même avec de la menthe. Quant à la panse de brebis farcie…

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La sorcière s’approche de son chaudron et se penche sur un liquide pas très ragoûtant qui bouillonne à l’intérieur. D’une vieille cage à fromage grillagée elle extirpe une souris vivante en la tenant par la queue et la plonge dans l’huile qui aussitôt émet des bruits : « Boubeule ! Bloubgueule ! Gloubeule ! Gougueule ! ».

Aussitôt que la souris a fait « clic » - dans cet univers-là c’est l’onomatopée qui correspond à « couic » chez nous – la surface du liquide s’immobilise, s’éclaircit et devient aussi lumineuse et réfléchissante qu’un miroir de beauté matinale.

Madame Wekeep sort la sphère rouge en la tenant par la petite queue qu’elle a sur la tête. Elle la pose à la surface du chaudron où le liquide s’est solidifié comme l’eau se transforme en glace chez nous en hiver – enfin, les années où il n’y a pas de réchauffement climatique ! -. Puis elle entre en transe. Ses yeux deviennent rouge, elle semble partir loin, à l’écoute de voix sourdes, enfin, muettes pour les autres puisque intérieures, se convulse, puis sourit, puis revient et atterrit.

- Ca s’appelle une pomme. C’est un fruit qui vient d’un arbre. Ca contient des graines qu’on appelle des pépins. Si on enterre ces pépins dans le sol il va pousser un arbre et sur cet arbre il y aura plein de fruits qui seront pleins de pépins.

- Qu’est-ce que vous voulez qu’on foute de ça ? s’inquiète Grostas.

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- Figurez-vous que les fruits se mangent ! Vous pourriez vous convertir au véganisme ! Mangez des pommes !

- Ca me dit vaguement quelque chose, commente Hortense. Et le truc rond, c’est un panneau pour dire des choses au camion de pompiers ?

Madame Wekeep pose le plateau sur le chaudron.

- Lui c’est un moule à tartes.

- C’est quoi, une tarte ? C’est pour mettre des pommes dedans ?

- Ne répondez-pas, madame Wekeep, s’inquiète Grostas. Je sens qu’il y a encore une bêtise à la clé avec ça! Et le morceau de boudin qui gigote, là, c’est quoi ?

La sorcière enfile des gants pour se saisir de l’animal visqueux. Même cinéma que précédemment.

- Lui c’est un serpent.

- Ca donne des fruits aussi ?

- Non. Ca donne des conseils mais on fait bien de ne pas les suivre. Accessoirement ça siffle jusque sur la colline si vous le mettez au-dessus de vos têtes.

- Comme le train électrique ! Ou comme l’instrument de musique. Le pipeau d’il y a trois ans ! Résultat des courses, ça rime à quoi, madame la sorcière ?

- Je ne comprends pas. Un serpent et une pomme. Une pomme et un plat à tarte. Je ne vois vraiment pas où Il veut en venir !

- Nulle part, je crois ! Il a juste respecté sa tradition à la con ! Merci pour les recherches en tout cas ! Nous on retourne bouffer nos moutons à la con. On vous laisse tout ça. Bonne journée à vous, Madame Wekeep. Et désolé qu’il n’y ait pas eu de chat dans le paquet.

***

Depuis la Noël de cette année-là la sorcière Wekeep est moins tristouille. Elle a découvert que le serpent parlait et qu’il connaissait des tas d’histoires. Mistigri – elle l’a appelé comme ça, du nom du chat dont elle rêvait – lui a expliqué la raison pour laquelle il y avait tant de moutons dans cet univers-ci.

- Il y en a autant que de sacs en plastique blanc dans les océans de Terra 8223. C’est la loi de compensation dite du yin et du yang. Pour une planète qui pollue et s’auto-asphyxie, il y a une planète qui resplendit et qui prospère.

Depuis la Noël de cette année-là Hortense et Eulalie rigolent beaucoup plus dans le dos de Grostas. Elles sont revenues chercher la pomme et la tourtière chez la sorcière. Elles ont planté les pépins et un arbre a poussé très vite car sur cette planète-là le sol est intact, ni trites, ni trutes ni trates ni phosphates ou vrais fats à part Grostas Tatin. Dès qu’il y aura deux pommes sur l’arbre elles ont prévu de les croquer pour voir ce qui se passera.

Depuis la Noël de cette année-là Grostas Tatin dort mal la nuit au fond de sa grotte. Il rêve de plus en plus souvent à la Noël prochaine. Il craint que le Créateur ne leur fasse cadeau d’une cuisinière à gaz et d’une vie sexuelle à vocation reproductive.

- Pour peu qu’il nous gratifie en plus d’un calendrier avec des dimanches midi, on ne va pas échapper aux repas de famille !

Bon réveillon à vous quand même !


Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le mardi 17 décembre 2019

d'après la consigne ci-dessous.

27 novembre 2019

CONSIGNE D'ÉCRITURE 1920-10 DU MARDI 26 NOVEMBRE 2019 A L'ATELIER DE VILLEJEAN

Le jeu des huit mots

(à partir d'un mot acrostiche ou pas)



Cette consigne est empruntée au livre de Pierre Frenkel "90 jeux d'écriture : faire écrire un groupe" où il figure sous l'intitulé "jeu des cinq lettres". L'animateur l'a adapté au nombre de personnes présentes à l'atelier à cette séance.

Chaque personne écrit son prénom en haut de la feuille puis, verticalement, sur le bord gauche de la feuille, huit lettres qui peuvent former un mot comme on fait pour un acrostiche (ou pas).

Les feuilles tournent vers le voisin ou la voisine de droite qui utilise une des lettres comme initiale d'un mot ou groupe de mots qu'il écrit sur la feuille. On fait tourner huit fois. Lorsque la feuille revient à son point de départ on se retrouve avec huit ou neuf mots que l'on utilise comme on veut pour écrire un texte (insertion dans l'ordre ou pas dans le texte, écriture de plusieurs petitis textes à partir de chaque mot, mise en valeur du mot acrostiche, etc.).

Voici les neuf logorallyes distincts sur lesquels nous avons planché chacun.e dans notre coin :


CHAPELET : cucul la praline, Hilare, adultère, Père Noël,épilation, lapin, excommunication, tartiflette

ALBATROS : angélique, licorne, bonbon, adultère, tapas, rosière, oriflamme, sombrero

ADULTERE : adoration, détournement de mineure, urticaire, laitue, tendresse, entendu, rustine, escargot

NATIVITE :    numérotage, amitié, tartiflette, inimaginable, valse, interdit, tartine, édénique

                       Edition, Bibliothèque, divorce, fastoche, aventure, macramé, versatile, attention

VICTORIA :    Vive, Isaure, croquignolesque, tartignole, olive, rasade, itinéraire bis, adultère

ACROBATE : adultère, chenapan, rendez-vous, origami, bretelle, aérien, téton, escarpolette

VAGABOND : vivacité, audacieux, gosier, adultère, bouteille, opium, nœud, domination

SUSCITER :   Secret, ululement, scarlatine, crocodile, idole, tétine, éveillé, racines
 

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20 novembre 2019

O CYRANO NOX

Monsieur Cyrano de Bergerac
A bord du paquebot RMS Titanic
ou plutôt sur les quelques planches qui en restent,
quelque part dans l’océan Atlantique.

Monsieur Lechat-Botté
Chez le Marquis de Carabas
Quelque part entre Mamers et Louailles dans la Sarthe

Sur un radeau de fortune le 15 avril 1912

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Cher Monsieur Lechat-Botté

Je vous passerais bien un sacré savon si je pouvais ! Je sais bien que vous et vos pareils n’aimez pas trop la flotte mais figurez-vous que moi non plus. Et pour l’heure pourtant sur mon îlot flottant j’ai la vague impression que j’en suis très entouré.

Hier soir, dans les salons de première classe, j’avais demandé au maître d’hôtel un whisky avec un cube de glace. Je ne m’attendais pas à ce que le glaçon fût si gros. Est-elle véritablement bien réglée la baguette de la fée Clochette que vous m’avez confiée lors de notre rencontre à Paris ?

C’était bien gentil à vous de la lui avoir chat-pardée et plus encore de me l’avoir offerte. "Avec cela, m’avez-vous dit, vous allez pouvoir réaliser vos désirs les plus fous. Vous pourrez même voyager à travers le temps !" Mais de fait, quand j’ai demandé à l’instrument de m'emporter jusqu’aux Etats-Unis d’Amérique et de m’arrêter à la date du 21 juillet 1969, ça n’a pas marché sur la Lune, pas marché du tout. Je n’ai pas pu vérifier si un homme du futur marcherait un jour sur le sol de notre satellite et confirmerait la véracité de mes propres récits. Va te faire lanlère pour la Lune, Savinien ! Voyez comme c’est con : la baguette m’a déposé à Southampton, Angleterre, le 10 avril 1912.

Tant qu’à faire d’être là, plutôt que d’aller vous retrouver, vous et vos confrères, autour du Cabaret du Chat noir, je me suis offert ce dont je rêvais depuis longtemps aussi : une croisière ! La baguette de Clochette est un véritable agent de change : vous lui confiez un écu, elle le transforme en une valise pleine de livres sterling. Je menais donc la belle vie sur ce paquebot luxueux, me gavant de mille-feuilles à chaque fin de repas, pratiquant l’escrime avec de fiers bretteurs dans la salle de sports du pont n° 3, assistant à des conférences passionnantes comme celle d’avant-hier sur le pluriel des noms composés ou celle d’hier sur les soutiens-gorge de la Joconde.

Il y a celui qui soutient les faibles, maintient les forts ou ramène les égarés. Celui de Mona Lisa fait tout cela à la fois et c’est à dessein, sachant que vous êtes en période de chaleur et que vous maroulez toutes les nuits dans vos bottes, que je n’en dis pas plus sur cette échappée du musée du Louvre. M. Apollinaire qui contemple la Seine depuis le pont Mirabeau entre deux alcools a été disculpé du cambriolage mais la piste des Etats-Unis tient toujours. J’espère juste que le tableau n’était pas à bord du Titanic et qu’on le retrouvera ailleurs plutôt qu’au fond de l’océan où il aurait coulé sinon la nuit dernière.

Si la bouteille vide dans laquelle je glisse ce message en forme de SOS n’arrive pas très vite sur une plage, je crains fort de toucher le fond moi aussi dans les jours qui viennent. La baguette magique de la fée Clochette ne m’est plus d’aucun secours. Elle ne fonctionne plus. L’étoile qui en ornait l’extrémité a disparu et je ne vous remercie donc pas de ce cadeau empoisonné. Pour une fois, je l’avoue, j’ai manqué de nez.

J’espère simplement que je serai vengé un jour. J’ai fait télégraphier à ma cousine Roxane pour qu’elle vous mette la police aux fesses. Si l’’inspecteur Peter Pan vous met le grappin dessus et que vous aussi, tel le greffier de la Mère Michel, vous terminez votre vie en civet, je n’en serai pas plus marri que cela.

Mes amitiés au marquis et à la marquise de Carabas. 



Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le mardi 19 novembre 2019

à partir de la consigne ci-dessous.

30 octobre 2022

Rafal Olbinski

Dans un monde sans ordinateurs, on irait au musée le dimanche. Cela fait plus d'une paie que je ne suis pas allé saluer Dame Isaure Chassériau. Est-ce que le Nouveau-né de La Tour marche enfin, depuis le temps ? Et la Chasse au tigre de Rubens a-t-elle été rangée dans les remises car barbouillée de sauce tomate par les dénonciateurs de la souffrance animale ?

Ce qui nous parvient du monde extérieur par le canal de la radio et des journaux devient de plus en plus surréaliste. C'est pourquoi je prône le retour aux sources et je vous emmène, ce dimanche, visiter un musée virtuel exceptionnel. C'est celui de Rafal Olbinski, un peintre polonais découvert en cherchant des cartes du jeu Dixit sur la plate-forme Pinterest. Si vous aimez René Magritte, vous aimerez Rafal Olbinski !

C'est ici que ça se passe : https://surrealism.website/Olbinski.html

J'en ai sélectionné cinq mais je vous dois un aveu : j'aime tout ce qu'il fait ! Bonne visite !

Rafal Olbinski - 1995 Poster Carmen

Rafal Olbinski - 1998 Visit

Rafal Olbinski - 2002 Magical Transparency of Time

Rafal Olbinski - 2011 The Art of Perseverance

Rafal Olbinski - 2013 Revenge of the Interpretation

7 juin 2019

Au château de Chateaubriant (Loire-Atlantique) le 6 juin 2019 (4)

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Ben oui, désormais il faut leur traduire le mot "latrines" aux gens !
C'est chiant, hein ?

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Joli décor pour les deux conteuses qui ne se mouchent pas du coude !
Maintenant c'est carrément la vie de château !

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Voilà, j'ai appris quelque chose aujourd'hui !

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Pour faire rêver celles et ceux qui entament une seconde carrière en septembre ! ;-)

P.S. Une très bonne adresse de restaurant à Chateaubriant :
L'Ecole buissonnière

29 mai 2019

COUCHANT BLANC

C afe press - I love Rimbaud

Quelle sorcière va se dresser sur le couchant blanc ? La mer et le ciel sont à la parade mais le tambour du Jour s’est tu. La route nous conduit vers l’Eternité – c’est la mer salée avec le soleil ! -.

Piéton dans le siècle de la tautomobile (Ah tut tut pouêt pouêt la voilà, la tautomobile !) on finit quelquefois sa course sur le sable. Alors devant nos yeux d’enfant les géantes prennent naissance. C’est un cortège de balais, de chats rachitiques, de lune, un sabbat infernal qui nous glace d’effroi. Et pourtant cela n’est peut-être que la Nuit.

Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le mardi 28 mai 2019
d'après la consigne ci-dessous

14 mai 2019

Rendre Brassens à Sète le 1er mai 2019 (1)

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  Un bon petit diable à la fleur de l'age, 
La jambe légère et l'œil polisson, 
Et la bouche plein' de joyeux ramages, 
Allait à la chasse aux papillons.

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  Je serai triste comme un saule 
Quand le Dieu qui partout me suit 
Me dira, la main sur l'épaule : 
"Va-t'en voir là-haut si j'y suis. " 

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Elle est à toi, cette chanson, 
Toi, l'Hôtesse qui, sans façon, 
M'as donné quatre bouts de pain 
Quand, dans ma vie il faisait faim, 
Toi qui m'ouvris ta huche quand 
Les croquantes et les croquants, 
Tous les gens bien intentionnés, 
S'amusaient a me voir jeûner... 
Ce n'était rien qu'un peu de pain, 
Mais il m'avait chauffé le corps, 
Et dans mon âme il brûle encor' 
A la manièr' d'un grand festin.

18 février 2019

Retour en enfance route de Lorient à Rennes le 16 février 2019 (1)

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Pas encore un seul tag sur ce mur peint apparu il y a un mois ! Cela se trouve sur la façade de l'école maternelle du moulin-du-Comte. Tagueurs, passez votre chemin ! Par sécurité j'ai immortalisé la fresque ce samedi. Bien sûr les sociologues du futur se poseront des questions à son propos. Comment les petits citadins rennais imaginaient la campagne :

- ici une vache sans cornes

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- Là une vache avec cornes ;

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- Ici une girafe d'Ille-et-Vilaine ;

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 - Un oiseau bleu devant la butte de Corbinières

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- Un coq gaulois et réfractaire : il a préféré au gilet jaune les couleurs de l'arc-en-ciel.

25 janvier 2019

S COMME SERPENT, SERPENTE !

 

S’il est une chose que je regrette, concernant le château de S., c’est bien de n’avoir pas photographié la princesse Galitzine. Je devrais préciser : le portrait de la princesse Galitzine et de ses deux enfants, Marie-Thérèse et Emmanuel.

 

Il était accroché dans le hall, juste à l’entrée du salon vert, et les trois personnages au regard doux et sérieux nous observaient peut-être lorsque nous, indifférents à leur histoire, effectuions des recherches bibliographiques dans les volumes du National Union Catalog de la Library of Congress.

 

Aujourd’hui les recherches s’effectuent sur Internet et je peux vous dire que le tableau ne s’y trouve pas reproduit. J’ai même écrit à la Bibliothèque Nationale de France pour savoir si le tableau avait été rapatrié à Paris avec la collection Smith-Lesouëf au moment du déménagement sur le site Tolbiac. On m’a répondu que non, que ce tableau devait toujours se trouver à S.

 

Soit. Si c’est le cas, trouble-t-il encore quelque personnalité médiumnique comme Aziza O. qui nous avoua un jour, face à ce portrait, qu’elle entendait des voix ?



- Quelles voix, Aziza ?
- C’est une femme enfermée qui crie pour qu’on lui rende ses enfants.



J’en frissonne encore aujourd’hui. La jeune vacataire ignorait tout de l’histoire du lieu, du fait que la princesse avait logé ici et elle ne savait rien de ce que m’avait conté le relieur bavard du premier étage.

 

En 1864, le château de S. avait été racheté par la duchesse de Chevreuse. Son fils, le duc de Chaulnes, est resté célèbre dans l’histoire locale et nationale pour avoir été le mécène de Charles Cros à l’époque où le poète inventeur avait découvert la théorie de la photographie des couleurs et cherchait à passer aux travaux pratiques. Le duc l’avait rencontré à Paris et invité à venir séjourner à S. Il lui avait installé un laboratoire quelque part dans le château ou dans ses dépendances. Cros avait pris des clichés, réalisé des épreuves. Le but était de reproduire un jour le cartulaire de l’abbaye de S. qui se trouve pas loin. Dans ce coin du département de S., tous les noms de commune commencent par S. ! 

 

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Ce que j’ignore par contre c’est la façon dont ce personnage à l’air falot est devenu l’époux de cette jolie princesse d’origine russe. Le sujet de la princesse est tabou dans la ville de S. Il semble que dans cette contrée-ci on couvre au-delà du raisonnable les failles des puissants. Nous sommes, encore aujourd’hui, dans un pays où il n’est pas de bon ton de dire du mal de « nos maîtres ».

 

Voici l’histoire, banale et triviale, comique et tragique à la fois. La jeune femme n’est, semble-t-il, pas restée insensible aux charmes du comte de Dion dont elle avait fait la connaissance. Ce monsieur est bien celui qui fabriqua par la suite les automobiles De Dion Bouton – oh les jolis phaétons ! -.

 

Y eut-il consommation de la liaison ? Y eut-il du coup adultère ? Il semble bien que oui puisqu’il y eut punition.

 

On vit en effet un jour, dans la ville de S., s’avancer une étrange procession. La jeune princesse d'origine russe, en chemise, les cheveux dénoués, pieds nus, traversa la ville jusqu’à la rivière pour faire amende honorable comme aux temps jadis : « Demande pardon, traînée, au pied de la croix, devant tous les bons chrétiens rassemblés !». La bigote duchesse avait très mal vu qu’on plaisantât avec les liens sacrés du mariage, qu’on cocufiât son fiston bien-aimé. Si l’on en croit la médium Aziza, on lui retira aussi ensuite, à la Sophie, la garde et l’éducation de ses enfants.

 

Tout ceci, bien évidemment, est sujet à caution. Il n’y avait pas à l’époque cette grande boîte à ragots et à vilenies – oui je sais, on dit « fake news » ou « infox » aujourd'hui - qu’est Internet et ces informations que je vous livre n’auraient jamais dû être libérées.

 

Mais que voulez-vous ? La princesse Galitzine est décédée en 1883 à l’âge de 25 ans. Moi je suis parti de S. en 1997. Depuis, mon imagination serpente.


Ecrit pour les Impromptus littéraires du 21 janvier 2019

d'après cette consigne : vie de château !

29 décembre 2018

AU PIED DE SIX TROENES

Ne lycoperdons pas de temps
Appuyons sur le champignon !
Allumons tous nos lumignons
Suivons la route en cahotant
Amis 6 basidiomycètes !

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Champions de spore automobile
Au bruit des vesses de loup qui pètent
Affrontons l’énorme tempête
Du futur qui nous obnubile
En passant gaiement nos vitesses !

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Il n’y a d’amanite qu’amère
Et le bolet rote au ravin
Avec des bruits de chanterelles !
Entends ces chants de collybie
Et ces concertos de Coprin !

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Le clitocybe nébuleux,
Prends donc pied velouté, voisine,
Lorsque l’entolome est brillant
Et le gymnopile pénétrant !
O le délicieux lactaire !

L’inocybe de patouillard
Lorsque la nonnette est voilée
Russule émétique et fétide
Et pleurote du panicaut
Sur la xylaire polymorphe.

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Ne lycoperdons pas de temps
Appuyons sur le champignon !
Fuyons le vain haineux !
De ce rallye nocturne
Devenons les champions !

Giro Girock’n’roll !


Ecrit pour le Défi du samedi n° 539 d'après cette consigne : Lycoperdon

2 novembre 2022

Changements paysagers à Rennes constatés le 20 octobre 2022 (1)

L'arrivée de la ligne B. du métro modifie le paysage urbain. Ça vaudrait le coup d'explorer la ville le long de son parcours souterrain et aérien mais j'ai une activité de musicien qui mobilise bien de mon temps (Yves, Sous le ciel de Paris, pour ne citer que lui ! Partition achevée ce jour).

Alors juste quelques photos prises lors d'un jeudi échiquéen et deux petits quatre-quarts photographiques bretons, un jeu auquel cela faisait longtemps que je n'avais pas joué !

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22 octobre 2018

ENCORE UN P'TIT COUP D' CID' ?

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- Ôte-moi d’un doute. Connais-tu bien don Diègue ?

- Non, Pas du tout.

- Parlons bas ; écoute. Sais-tu que ce vieillard fut la même vertu, la vaillance et l’honneur de son temps ? Le sais-tu ?

- En fait, là, je n'ai pas le temps. Et même tu me déranges.

- Cette ardeur que dans les yeux je porte, sais-tu que c’est son sang ? Le sais-tu ?

- Non, mais je...

- À quatre pas d’ici je te le fais savoir.

- Ecoute, je ne voulais pas...

- Parle sans t’émouvoir. Je suis jeune, il est vrai ; mais aux âmes bien nées la valeur n’attend point le nombre des années.

- Faudrait me laisser parler !

- Mes pareils à deux fois ne se font point connaître, et pour leurs coups d’essai veulent des coups de maître.

- Comment ça ?

Lakévio 126 Gerard Philipe

- Oui ; tout autre que moi au seul bruit de ton nom pourrait trembler d’effroi. Les palmes dont je vois ta tête si couverte semblent porter écrit le destin de ma perte. J’attaque en téméraire un bras toujours vainqueur, mais j’aurai trop de force, ayant assez de cœur.
À qui venge son père il n’est rien d’impossible.

- Mais pas du tout ! C'est toi qui...

- Ton bras est invaincu, mais non pas invincible.

- Tu te fais des films !

- D’une indigne pitié ton audace est suivie : qui m’ose ôter l’honneur craint de m’ôter la vie !

- Bon je te laisse là.

- Marchons sans discourir.

- Oui, c'est ça !

- As-tu peur de mourir ?

- OK ! Rappelle-moi ce soir. Je file, là !


Ecrit pour le jeu n° 126 de Lakévio d'après cette consigne.

14 octobre 2018

LE PURITANISME VOUS (P) HÉRISSE-T-IL LE POIL ?

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Tableau de Coby Whitmore

- Non mais tu te rends compte, Kiki  ? Tu l'as reconnue ? C'est une de ces horribles bonnes femmes qui font de la réclame pour Dépil Tech ! Ca me fait penser qu'il faut que je t'emmène chez le toiletteur !

- Wharf ! Wharf ! [Traduction : Toutes les excuses sont bonnes pour me chercher des ca-niches !]

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Ecrit pour le jeu n° 125 de Lakévio d'après cette consigne

13 janvier 2022

Retour au théâtre avec Boréales à Rennes le 9 janvier 2022 (1)

Le spectacle s'intitule "Version originale non sous-titrée". C'était joué ce dimanche à la Maison de quartier de Villejean.

Les deux acteurs et les trois actrices ne prononcent pas un mot ! Par contre ce sont d'excellents mimes car ils interprètent en parfait "playback" un collage de dialogues de films dont je ne vous dis que ça !

Du style :

- T'as de beaux yeux, tu sais !
- Embrassez-moi !
- Je suis ton père !

J'ai bien ri ! Pour les Rennais·es : ils rejouent cela à Bourgbarré le 26 février.

Par contre, ils ne font pas beaucoup de pub sur la toile ! Leur site web est arrêté en 2017 !

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Ici, il s'agit d'une parodie de film muet. Je vous propose un petit jeu : essayez de deviner ce qui est mimé sur chacune des photos ci-dessous !
Solutions dans le billet suivant.

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19 janvier 2022

POÉSIE DE JANVIER

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L’hiver s’en vient dans les maisons
Sortir de ses blagues de givré
Le vieux tabac de la grisaille
Et cela dure des semaines.

On est piégé. 

5_Im8

 

Quand vient l’horrible saison froide
Même l’alouette y laisse des plumes.
Pierrot qui passe
En ramasse une
Puisqu’au clair de la lune
Son voisin le distrait a égaré la sienne.

 

 Au chaud, dans le plus grand secret
Les buffets se régalent des sachets de lavande,
Des albums de photos et porcelaines rares
Ou des habits de deuil que l’on y entrepose.

3_Im6Où trouver le courage ?
Se lever au matin sans ramasse-poussière
C’est perdre assurément les débris des étoiles
Qui sont venues la nuit
Illuminer nos rêves.

Dans le geste d’écrire ?
On a beau tendre son cahier
Tel un miroir au monde
Rien ne s’y réfléchit,
Rien ne s’écrit dedans.
On ferait mieux sûrement
De tendre une tablette,
De ramener des photos du ciel
Ou de l’immeuble d’en face.

Peut-être, sur le cahier,
Fallait-il appuyer quelque part ?

En attendant, oui, j’écris.

S’il fallait mettre son espoir dans le Seigneur
Alors j’ai tout raté.
J’ai juste pour ma part
Mis un pied devant l’autre
Et rencontré l’humanité
Et même aussi parfois L’Humanité-dimanche !

Mais, c’est vrai, rien n’est simple.
La complicité avec le poète
Ne s’établit pas en un clin d’œil :
Ce voyant est peut-être un voyou
Et ce dévoiement du langage
Un désert empli de cailloux !

Sous le pavé de sept cents pages
S’étend peut-être juste
Une plage de nudistes
A l’oeil terne,
A la joie éteinte :
Des fracassés loquaces
Et inintéressants.

Qui décide que les pavés brillent ?
La pluie passagère ?

Ecrire, est-ce poursuivre
Des visions ?

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Des êtres de légende, la plus inaccessible

Et la plus honorable parmi les homicides,
Chimère,
N’a d’yeux que pour Rodrigue
Et lui baye aux corneilles !

 

 

Trouve-t-on la joie au tourner du temps ?

Concert de nouvel an à Vienne :
Le gai tourbillon de la valse
N’enchante pas le musicien.
L’œil rivé sur sa partition,
Il procède à l’exécution,
Sans cesse menacé d’une réprimande
Par la baguette autoritaire du chef d’orchestre.

Alors on rentre se réchauffer
Et sans cérémonie
- On n’est pas au Japon -
Vers cinq heures on prend le thé.

220119 cabaret vert

Seulement une chose est sûre :
Désormais je n’entrerai
Que dans des cabarets à la façade verte
Et si en lieu et place d’une serveuse accorte
C’est un barman aigri qui apporte
Mon sandwich au jambon
Je lui enverrai ma bière au visage !

Hiver !
Saison d’enfer !


Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le 18 janvier 2022

à partir de la consigne 2122-16 ci-dessous.

25 août 2021

En un mot comme en cent. 12 août 2021, Quelque chose qui clignote

Ce qui clignote c’est le voyant sur le bouton d’allumage de la liseuse. Il clignote le matin à la plage, il clignote le soir après le coucher du soleil.

Il clignote même à 2 h 45 le matin quand une envie de faire pipi me fait sortir de la tente. La liseuse lampe de poche ! C’est d’autant plus idiot qu’on a même une lanterne magique à cet effet !

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2021-08-13 - 285 1

17 août 2021

En un mot comme en cent. 31 juillet 2021, Aujourd'hui juste un seul mot

Et merde !

Oui, je sais, ça en fait deux ! Mais devoir passer plus de cinq heures à réinstaller tous ses paramètres parce qu’un plantage de l’ordi a bousillé votre bureau et vous a doté d’une deuxième identité de connexion, ça énerve vraiment les nerfs !

Du coup j’ai changé le fond d’écran. Ce n’est plus Guernesey, c’est Poulennou !

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Fonds d'écran Poulennou 210718 285 038

 

9 septembre 2023

FAUT DU GENESIS MAIS POINT FOXTROT N'EN FAUT !

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Mademoiselle Renard a mis sa belle robe rouge mais personne ne l'invite à danser le fox-trot. Il faut dire que le bal a lieu sur une plage et qu'elle se tient debout dans le milieu des vagues.

Observée depuis le sable par six chasseurs à courre et à court d’arguments elle pourrait sembler Vénus sortant des flots ou un nouveau Jésus de sexe féminin faisant l'intéressant·e. Mais ce serait oublier qu'elle est venue, pareille à l’ours blanc étonné des banquises lointaines, sur une plaque de glace, que cela jette un froid et que les sept Pénitents blancs dont le premier porte une croix, tout encapuchonnés, dépourvus d’horizons, ignorent ce miracle musical d’un autre temps et la féminité assumée de Peter Gabriel, premier t****** du rock à l’aube des seventies.

(On a beau changer d'outil et passer de Word en ligne à Dictation.io pour dicter ses textes on est toujours chez ces idiots de logiciels anglo-saxons à ciseaux puritains qui remplacent le mot « travelos » par six astérisques !).

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Je ne vais pas délirer plus sur la pochette de l'album « Foxtrot » du groupe de musique « progressive » Genesis. Je viens de vérifier que je ne possède plus ce disque vinyle. J'ai délégué à mon épouse il y a quelques temps le soin de le revendre dans une braderie de Rennes.

C’est sur ce disque-là qu’on entend la version studio de « Supper’s ready », une suite de 7 passages musicaux liés d'un seul tenant. Cela dure 23 minutes et je l’écoutais souvent dans la version de l'album live « Seconds out » sans rien comprendre des paroles mais en adorant la musique.

large_Hackett_Steve_05-12-80Si j'étais ici pour vous raconter ma vie je vous confierais que j'ai été initié à cette musique-là par Marie-Paule D. qui en était fan·e et qui habitait « par-derrière chez nous », au numéro 11 de la rue Achille Olivier à L. Mais je sais très bien que ça vous fera des bosses d'apprendre que j'étais, le 5 décembre 1980, à Paris, dans le public du Théâtre Mogador qui écoutait et applaudissait le guitariste Steve Hackett qui officiait au sein de Genesis avec Tony Banks, Phil Collins et Mike Rutherford à l’époque de « Foxtrot » : 1972.

Eh non, je ne suis toujours pas un perdreau de l’année ! Je fais des efforts, pourtant !

On trouve tellement d'information factuelles de ce type sur Internet qu'on ne peut plus rien dire du flottement onirique de cette musique, de ce groupe-là et du jeune homme que j’étais alors.

De toute façon le monde a bien changé : ces musiciens à barbe et cheveux longs sont maintenant de gros messieurs chauves portant lunettes. Leur poésie n’est plus en cour et leur musique non plus. Les battements simplistes du rap ont remplacé les compositions savantes et le délire abscons des paroles n'est pas plus encaissable aujourd'hui qu’à l’époque.

Marie-Paule D. a disparu dans les limbes du côté de Mâcon. Je possède encore des cassettes contenant l’enregistrement antédiluvien de nos séances musicales communes. Elle jouait du Georges Moustaki, du Maxime Le Forestier et du Graeme Allwright sur sa guitare sèche et comme nom d’artiste elle avait choisi « Boulibif blues » !

Longue vie à elle !

Ce que je regrette le plus dans cette histoire c'est le sort que l'on a fait subir à Mademoiselle Renard par la suite, même et surtout de nos jours.D’accord, il faut de l'anthropomorphisme mais point trop n'en faut quand même ! Et du merchandising. Le commentaire, emprunté à Alphonse Allais, qui l’appliquait à Baudelaire, est le même !

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Écrit pour le Défi du samedi n° 784 d'après cette consigne : Fox-trot

20 octobre 2022

DICTIONNAIRE DE LA BONNE HUMEUR : GAI-LURON

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Il s’agit d’un chien, personnage de bandes dessinées, né de la plume de Marcel Gotlib.

Je ne suis pas ici pour raconter ma vie mais comme j'ai grandi dans les années 60 une de mes premières lectures aura été l'hebdomadaire de bandes dessinées « Vaillant » qui portait alors en sous-titre « le journal de Pif ».

2223-06 JK- Gai Luron 2Ce périodique pour enfants, devenu Pif-gadget, a été très célèbre à partir de 1969 pour s'être mis à ne publier que des récits complets et pour distribuer aux minots, chaque semaine, un gadget amusant dont les spécimens les plus célèbres ont été les Pifises, un genre de têtards dont on ne savait plus que faire une fois que ces œufs de poisson (?) avaient éclos, et les pois sauteurs du Mexique.

Il y avait aussi à l’intérieur un journal des jeux conséquent et, en plus des trois récits complets de 10, 20 et 7 pages, des gags hebdomadaires des séries historiques Pif, Pifou, Placid et Muzo, etc.

Mais revenons à Vaillant et à la période au cours de laquelle les récits d’aventures, délivrés à raison de deux pages par semaine, étaient « à suivre ».

C'est dans ce journal pour mômes, initiative et propriété du Parti communiste français, que Marcel Gotlib a fait ses débuts. Il y a publié Gai-Luron, la première série qui l'a rendu célèbre avant les Dingodossiers scénarisés par Goscinny dans Pilote puis la Rubrique-à-brac pondue en solo. Il y eut ensuite le gros boom de mai 68 et le meurtre freudien du père par claquage de la porte de Pilote puis lancement avec Bretécher et Mandryka de « L'Echo des savanes » où les deux messieurs purent prendre leur pied en dessinant des bites (?) en veux-tu en voilà. Drôle d’époque opaque !

2223-06 JK- Gai Luron 3Retournons en 1964, 5 ou 6. Gai-Luron apparaît d'abord comme un personnage secondaire de la série « Nanar, Jujube et Piette ». Les deux personnages humains, Nanar et Piette, des enfants de la campagne, disparaissent peu à peu ; ne restent au premier plan que Gai-Luron le chien et Jujube le renard puis le titre devient « Gai-Luron ou La joie de vivre ».

2223-06 JK- Gai Luron 5Même si vous n'avez jamais lu « Vaillant » où « Pif-gadget » vous connaissez Gai-Luron. L'œil morne, endormi, lymphatique, n'adorant rien tant qu'une bonne sieste au soleil, il est une copie conforme du Droopy des dessins animés de Tex Avery. « You know what ? I am the Hero ! ».

 

 

 

Le gag qui me fait toujours hurler de rire est celui dans lequel Gai-Luron essaie par tous les moyens, et sans y parvenir, de franchir un mur ; la dernière image en plan plus large montre que le mur était écroulé et qu'on pouvait tout simplement le contourner par le côté. Plus tard Gai-Luron sera doté d'une petite amie, Belle Lurette et leurs cochonneries les plus ultimes consisteront à aller se fourrer dans un buisson pour jouer... à la bataille navale !

2223-06 JK- Gai Luron 4C'est dans Gai-Luron qu’apparaîtra aussi une souris muette dans le bas des cases, concept qu'on retrouvera dans la Rubrique-à-Brac avec la fameuse coccinelle.

Pour être complet citons le retour éphémère dans « Fluide glacial » de « Gai-Luron en slip » et mentionnons que la reprise récente de Gai-Luron par Fabcaro nous met, elle aussi, de très bonne humeur.

 

Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le mardi 18 octobre 2022

d'après la consigne AEV 2223-06 ci-dessous

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