Ce n'est pas de la lavande, c'est du lilas de mer. Il y aurait beaucoup à dire sur l'industrie conchylicole et la mityliculture qui caractérisent ce secteur de la baie de Somme : déjà, où place-t-on les y dans ces deux mots ?
Ils sont au bon endroit dans cette phrase, j'ai eu du bol ! par contre là où l'on n'a pas de chance c'est quand on hérite de l'emplacement n° 144 du camping : il est situé au bord de la route sur laquelle passent, de jour comme de nuit, de nombreux tracteurs et leurs bringueballantes remorques !
Pas de bol, cette année, le 144 était pour nous ! "Mangez plutôt des fruits de mer", qu'il disait, le toubib !
Tenez-vous le pour dit : "Kenavo" ne signifie pas "Bonjour" en breton !
J'en ai évidemment, comme à mon habitude, photographié plein d'autres, des affiches de ce type, mais je ne les ai pas publiées pour deux raisons :
1. Déchirer des affiches ou dessiner des moustaches aux candidats est un délit puni par la loi. J'ignore si le fait de photographier un délit et de publier la chose sur un site web même peu visité n'est pas également un délit.
2. Il faut absolument que je m'abstienne... de dire ce que je trafique dans l'isoloir, même à des amis, sous peine de gâcher la soirée en raison du désaccord qui s'ensuit alors entre eux et moi.
A part ça, d'un point de vue complètement krapovien, j'aurais bien aimé que le candidat du parti animaliste fût élu. Il avait une tronche qui me revenait et j'eusse beaucoup apprécié de l'imaginer, avec son attaché-case, sa cocarde toute neuve et son derrière qui se dandine, en train de monter les marches du Palais-Bourbon !
Là, tout n’est qu’ordre et beauté, Luxe, calme et volupté.
Des meubles luisants, Polis par les ans, Décoreraient notre chambre ; Les plus rares fleurs Mêlant leurs odeurs Aux vagues senteurs de l’ambre, Les riches plafonds, Les miroirs profonds, La splendeur orientale, Tout y parlerait À l’âme en secret Sa douce langue natale.
C'est déjà le retour des dimanches du Thabor. J'y suis allé et j'ai repris ma série de "portraits de musiciens d'ici et d'ailleurs"
"Les Brass Bands voient le jour à la Nouvelle Orléans à la fin du 19ème siècle où ils se composent de cuivres et de percussions. Le Musical Social Club tient à partager cette pratique artistique sous une forme plus exaltante et plus vibrante : De la tradition des hymnes aux Negro-Spirituals, pour conclure sur un épilogue de Soul &Funk : une manière de sauter dans le présent en se servant du passé, et pourquoi pas, construire un autre avenir."
Ce concert de l'ensemble Chamade était donné dans le cadre (large) des manifestations du huit mars pour l'égalité entre les femmes et les hommes. Il s'intitulait "Ils emballent, elles cartonnent".
Le répertoire était très "variété moderne", chansons de chanteuses (Clara Luciani, Camilla Jordana, Jeanne Cherhal, etc.). Je n'ai reconnu que "Aujourd'hui j'ai rencontré l'homme de ma vie' de Diane Dufresne et "Résiste" de France Gall.
Pô grave, j'ai pris des photos très originales avec mes effets créatifs de mec tordu !
Lorsque Marie-Annick B. et ses quatre frères venaient voir leur grand-mère, rue Albert Martin, derrière la gare, à Rennes, toute la famille commençait par s'extirper de la 2-chevaux familiale, mythique et bordélique, en un mot "famélique".
Le père, la mère et les enfants B. franchissaient les marches du perron, sonnaient, puis entraient. Un peu plus tard, tout le monde ressortait et s'en allait à pied faire un tour au Thabor. Pour s'y rendre, on empruntait la passerelle qui traversait au-dessus des ateliers SNCF et des voies de chemin de fer.
Au début, on ne voyait rien sur cette passerelle, deux murs faits de plaques de fibrociment, le sol goudronné sur lequel les enfants couraient ou tapaient du pied, pour faire résonner le bruit métallique de leurs pas. Au bout il y avait un coude et, à la nuit tombée, des exhibitionnistes, disait-on, y rôdaient. Mais avant d'atteindre le coude, quand Marie-Annick arrivait en courant, quand elle débouchait en pleine lumière , c'était le vertige : elle se retrouvait en plein ciel, dans la lueur vive du soleil au travers des grilles à barreaux verts. En dessous, des tas de mètres plus bas, il y avait les trains qui passaient. À cette époque-là, il y avait encore des locomotives à vapeur et, quand elle arrêtait sa course, pour mieux savourer son vertige, elle collait son nez sur le grillage, se prenait toute la fumée dans les narines et les escarbilles dans les yeux parfois. Et puis, il y avait cette odeur de gravier chaud qui montait d'entre les rails, en fait l'odeur d'amine des ateliers.
Le reste du parcours se faisait sans courir, à petits pas de funambule sur cette passerelle étroite, étroite comme un fil d'acier que le progrès a fini par couper.
Il paraît que je l'ai empruntée, moi aussi, cette passerelle. Mais moi, qui suis pourtant très sujet au vertige, je n'en ai gardé aucun souvenir. Les Rennaises, les Rennais se la rappellent peut-être encore. Peut-être pas. La vitesse à laquelle les lieux de notre vie disparaissent dans l'oubli a quelque chose de proprement vertigineux.
J'ai appris en parcourant les pages d'Anne Mélou que son papa s'adonnait à la photographie des rues rennaises. Vous pouvez, vous aussi, découvrir quelques merveilles en noir et blanc sur la page Facebook consacrée à ses oeuvres et à ce livre, "Rennes, année 1950", publié en 2016 aux éditions Sutton. Je vais très vite essayer de me le procurer !
J'ai trouvé parmi ces photographies une vue magnifique de l'ancienne passerelle de la gare. J'avais jadis écrit à son sujet pour le livre "Rennes, ville invisible". Voilà pourquoi, en ce dimanche très prolixe, je republie ci-dessous ce texte ancien accompagné de cette illustration idoine.
J’ai quitté la Pensione Wildner, sur la Riva degli Schiavoni, sa chambre 28, sa petite salle de restaurant idyllique et vitrée dans laquelle, dès le petit-déjeuner, on a la vue magique sur San Giorgio maggiore.
J’ai quitté l’hôtel Gardenia, pas très loin de la gare, dans lequel la décoration des chambres a... quelque chose d’érotique.
J’ai quitté l’hôtel Eden, sis sur la Strada nuova, « grande » avenue qui mène de la gare au Rialto puis à la place Saint-Marc d’où l’on ressort lessivé de voir tant de foule agglutinée. Venise est une ville pour les pigeons. Ici, même les soutiens-gorges pigeonnent ! Purée de ma mort, le pluriel du mot « soutien-gorge », je ne me rappelle jamais s’il y a un « s » ou pas et où ! Maudits pèse-lettres qui m’enduisent avec de l’erreur !
Avec
La première année je suis venu avec mon appareil photo reflex Olympus OM-10, seize pellicules diapos couleurs, neuf pelloches noir et blanc et un appareil jetable panoramique Kodak. Comme chaussures j’avais mes petits souliers de ville. J’ai souffert le martyre parce qu’on a marché des tas de kilomètres, surtout le jour où je suis allé tout seul au bout des jardins de la Biennale et que, rendu-là, je me suis aperçu que j’avais laissé mon billet de vaporetto à l’hôtel. C’est seulement au retour en France, et peut-être même des années plus tard, que mon épouse m’a fait découvrir l’existence des chaussures de randonnée qui ont changé ma vie. Maintenant c’est elle qui se traîne derrière moi quand on arpente les rues ou la campagne.
La deuxième année, je suis venu avec mon petit blouson d’été beige parce qu’en avril 1997 il avait fait très beau en France. A Venise il pleuvait, il soufflait un vent glacial, on était frigorifiés.
La troisième année, on est venus avec notre fille. Elle ne nous a pas beaucoup embêtés. Elle est restée souvent à l’hôtel à regarder des bêtises en italien à la télévision qui là-bas retransmet beaucoup de berlusconneries.
J’ai traversé
J’ai traversé Venise du Sud au Nord pour arriver aux Fondamente nuove. C’est ici qu’on embarque sur le bateau qui mène aux îles de la lagune. On a là une vue d’enfer sur le cimetière de San Michele. On s’est arrêtés à Murano où sont installés les ateliers-boutiques des célèbres souffleurs de verre et puis ensuite on a découvert, un peu plus loin, le paradis sur Terre, Burano, une île de pêcheurs et de dentellières aux modestes maisons de toutes les couleurs du manteau d’Arlequin, aux fenêtres bordées d’un encadrement blanc et sur les trois canaux, une profusion de barques et de bateaux qui s’éparpillent en reflets mirobolants.
Nous avons traversé aussi vers le Lido et là nous avons pris le bus. Arrivé au bout de la bande de terre qui fait barrage à l’Adriatique, le véhicule a embarqué sur un bac et de l’autre côté il a repris sa route pour nous déposer au bout du monde, sur un tas de cailloux battu par la mer d’un côté et caressé par l’eau de la lagune de l’autre. Au bout d’une demi-heure un bateau est venu nous prendre et nous a menés à Chioggia où j’ai photographié des barques de pêcheurs très joliment et très chrétiennement décorées. Ici nous étions revenus sur la terre ferme mais aujourd’hui, à l’heure du dérèglement climatique, c’est un peu dérisoire d’employer ce terme pour un lieu situé en bordure de mer.
Quand on est retournés à Venise la troisième fois on a visité la Fondation Guggenheim et ce que j’en ai retenu c’est qu’on y a vu un tableau de René Magritte. Je crois bien qu’il était interdit de prendre des photos dans le musée de Dame Peggy. A l’Accademia on n’avait pas envie. Lieu trop sombre, avec trop de tableaux accrochés-entassés aux murs les uns au-dessus des autres sur au moins trois niveaux. Trop de peinture tue la peinture parfois.
J’ai vu
La Première année, à Burano, j’ai fait la connaissance de Langelue Maetro.C’est ce vieil homme extrava-diva-g(u)ant qu’on voit sur l’aquarelle de la maison rouge. Il est assis sur une chaise au coin d’une rue, il a un chapeau de paille sur la tête et il parle tout seul, comme tous les fous jugés non-dangereux. Je ne sais pas comment j’ai pu négocier avec lui, le soudoyer mais c’est lui qui est retourné rentrer des notices dans le Catalogue BN-Opale de la BNF à Sablé-sur-Sarthe ! J’espère qu’il a pu faire carrière là-bas. C’était une maison de fous comme une autre, à ceci près qu’elle occupait un château du XVIIIe siècle.
Moi je l’ai remplacé. J’occupe son petit logement dans l’île, je touche sa maigre pension de malade libéré de l’asile de San Clemente. J’arrondis mes fins de mois en peignant des aquarelles que je vends aux touristes. Je n’ai que vingt-cinq modèles en stock. Dès qu’on m’en achète une, je la refais. On peut voir mon chevalet installé au même endroit depuis 1993. Chaque jour j’emmène ma boîte d’aquarelles, mes diapos et je regarde les couleurs d’icelles par transparence sur un fond de ciel toujours bleu ici. Le bonheur, c’est ça : une super-soirée diapos, la pasta et la pizza à volonté. En plus c’est moi qui fabrique la meilleure de toute l’île.
La deuxième année à Venise, j’ai beaucoup discuté avec Françoise Dorin. Elle est une dramaturge un peu oubliée maintenant mais surtout l’auteure des paroles de l’immortel et nanaresque chef-d’oeuvre de Charles Aznavour « Que c’est triste Venise ».
- Enfin, Françoise, lui disais-je souvent, ne sais-tu pas que « bistrot » vient du mot russe « bystro » qui signifie « vite ! » ? C’est ce que disaient les soldats russes qui venaient, en cachette de l’adjudant Karerdenkov, boire des petits coups de gnôle dans le bistroquet de la maman de Maryvonne. Ils ont eu tellement l’habitude d’abréger leur pause que le « bistroquet » est même devenu « troquet » à la longue.
Je n’ai jamais réussi à la dérider, la Françoise. Elle gardait l’oeil rivé sur les gondoles noires, « couleur de corbillard », disait-elle et elle me prophétisait des inepties du genre :
- Tu rigoleras moins, Joe Krapov, quand Vladimir Poutine envahira l’Ukraine et que tu devras non seulement changer de pseudonyme mais encore corriger toutes les pages de tes blogs sur lesquelles tu parles de toi à la troisième personne.
- Comment ça, Françoise ? Tu incinères que je serais du genre « Alain Delon vient nous servir à boire » ?
La troisième fois qu’elle a séjourné à Venise mon épouse m’a pardonné mon idylle d’ailleurs restée platonique avec Françoise Dorin. Elle m’a pardonné aussi cette absence-remplacement de cinq ans et m’a avoué qu’elle venait seulement de se rendre compte de la différence : ce Langelue Maetro était un vrai fou, mais, tout compte fait, pas autant que moi. Alors elle m’a passé les menottes et on est retournés à la gare de Santa Lucia. On a retraversé la lagune en train : c’est beaucoup moins magique au retour qu’à l’arrivée. Et puis j’ai atterri à Rennes. Finies les aquarelles ! Bonjour l’Université de Rennes 3. J’ai d’abord fait un stage à la BU santé ou la direction ne la respirait pas vraiment et puis j’ai été affecté au gardiennage de l’animalerie de Beaulieu. Après on est passés au XXIe siècle et à l’euro.
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Maintenant je dis toujours qu’avec ses paquebots géants et son côté Disneyland Venise n’est plus ce qu’elle était et que ça ne vaut plus le coup d’y aller. Mais parfois je fouille dans mes archives, je monte au grenier, je regarde mes photos et mes aquarelles et j’entends une petite voix contrariée qui me chuchote d’un air lancinant : « Je veux retourner à Venise !».
Coup de génie à petite échelle : sur la lancée de « A Limerzel » j’ai ressorti « Les Filles des Forges », « Déjà mal mariée » et « Où est passée ma femme ?». Ca permet à l’accordéoniste et au violoniste de jouer sans trop de complexités. En suite de quoi on peut reprendre « La Tendresse » de Bourvil avec la guitare seule et les voix de toutes et tous.
Quel boulot c’est, chef de choeurs !
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Si elle est mentionnée sur Internet, la chanson "Où est passée ma femme ?"n'y figure ni sous forme de vidéo, ni sous forme de fichier son et on n'en trouve pas les paroles qui valent pourtant leur jus. Je répare en partie cet oubli pour le cas où ça intéresserait des musicien·ne·s.
Aujourd’hui j’ai du mal à me passionner pour les 366 réels de Raymond Queneau. Pourtant ça fait six mois que je m’y astreins.
Marcher me fait plus de bien. On est allés à pied écouter Blanche Le Liepvre à la Maison du Ronceray. C’était beau, c’était fort. Et pourtant c’était à mille lieues de chez nous ! Elle nous a emmené·e·s au Japon des origines !
Pas étonnant que j’ai eu mal aux pattes en rentrant ! ;-)
En retard sur ce qui était prévu, forcément ! Un marathon Brassens avec 100 chansons en quatre heures, c’était une utopie ! Mais 61, c’est déjà pas mal, surtout que la salle était pleine de public, que tous les musiciens et conteurs prévus étaient là et qu’on a eu l’impression de vivre des grands moments avec tout ce monde qui chantait ou disait les mots du Sétois et ceux de nos amis les poètes qu’il a mis en musique.
Georges Brassens aurait eu cent ans le 22 octobre dernier. On a célébré ça dans le quartier Saint-Hélier à Rennes ce dimanche. Je suis arrivé sur le coup de 14 heures. Je pensais trouver là une palanquée de musiciens comme à la Ballade avec Brassens. Il y avait surtout du monde désireux d'écouter.
On a ouï une gentille chorale dirigée par un chef gaucher mais pas manchot qui reprenait Brassens en hébreu, en yiddish, en judéo-espagnol (pas en russe ? J'eusse aimé aider !) puis on a pris leur place et on est allé au charbon, comme de bons Auvergnats... buveurs d'eau !
Il y avait le gars Manu, l'ami Loïc qui fut le premier guitariste des B Car, son copain Christophe qui joue de la mandoline comme un chef. On en a envoyé sept en suivant l'ordre alphabétique : "A l'ombre des maris" ; "A l'ombre du coeur de ma mie" ; "Au bois de mon coeur" ; "Auprès de mon arbre" ; "La Ballade des dames du temps jadis" ; "Le Bistrot" ; "Brave Margot".
Puis on a laissé la place aux copains pour "Celui qui a mal tourné". On les a accompagnés au chant pour "L'orage". Ils nous ont fait découvrir "Clairette et la fourmi".
On a fait les clowns sur "Le Mauvais sujet repenti" (j'ai récupéré aujourd'hui une vidéo sans son sur le site Fb de la Ballade avec Brassens. Je lui ai collé celui de mon enregistrement, trop saturé, mais bon, c'est mieux que rien).
Il y a eu ensuite "Oncle Archibald", "Les Copains d'abord", "La Complainte des filles de joie", d'autres encore et puis un ange nous est tombé du ciel : un minot tout mignon qui a envoyé "Jeanne" ; "A l'ombre du coeur de ma mie" par coeur ; qui a réclamé "La guerre de 14-18" !!! et "Le pornographe" !!! Incroyable mais vrai ! Manquait plus que "Fernande" ! ;-)
On a refait avec lui "Les Copains d'abord" et j'ai vu le coup qu'on ne décollerait plus ! J'avais pourtant envie d'aller ranger mon matos et d'assister au concert des Brassenssophiles et de Leïla et les koalas qui suivait.
On s'est retrouvés au fond de la salle et ce fut là aussi un très agréable moment. Que dis-je, très agréable ! Génial, tout simplement ! J'y reviendrai.
Voici quelques photos pour illustrer ce billet de plus de cent mots ! ;-)
Je n’ai toujours pas entamé le projet d’abécédaire rennais de 26 pages en noir et blanc que j’ai promis à M. Tom et à son frère pour la fin de l’année.
J’ai pourtant noté dans ce cahier-ci d’écriture nomade – où dans le précédent – les lieux dans lesquels je comptais faire apparaître Isaure Chassériau, notre guide pour une fois dépourvue de couleurs.
Bien sûr qu’à la page des Z elle regagne le quai Emile Zola et apparaît à la fenêtre du musée !
Un premier essai, pas terrible, à P comme Parlement.
«Les champs modernes», c’est l’histoire d’un monde dans lequel on abat tout ! Ca casse les murets, ça déracine les arbres, détruit les haies et les chemins creux.
Ca s’appelle le remembrement. C’est arrivé en Bretagne, dans les campagnes, dans les années 1960.
C’est devenu un spectacle de conteuse, époustouflant, avec de la musique, de l’émotion, un beau travail de restitution de collectages. C’est porté par Caroline Avenel qu’on félicite à nouveau ainsi que ses complices.
Sur le piano Dans la cuisine C’est Dark Vador qui est aux fourneaux Et qui fulmine Mais c’est Mozart qu’on assassine !
Elles font toutes comme ça les vedettes Abusant de la vinaigrette Servant l’Moët et Chandon (Giovanni !) ‘vec une paille Et très grand lèvement de saucière austère ! Aïe ! Mais c’est Mozart qu’on assassine !
Le sabre laser tue les dièses, Le four est une vraie fournaise Les casseroles sont pleines de bémol Et la béchamel est toute molle ! Mais c’est Mozart qu’on assassine !
Devant ce gâchis de pognon Qu’il nous mitonne aux p’tits oignons La menace n’est pas fantôme Qu’il ne nous serve qu’un bout de tomme ! Mais c’est Mozart qu’on assassine !
Il a enfermé sous burqa La cuisinière Papagena Et assaisonne de doubles croches La poiscaille comme la bidoche Mais c’est Mozart qu’on assassine !
Triste gougnafier du désert, Rentre donc aux Etats-Unis ! Remballe ton maudit hamburger Et tes airs de reine de la nuit ! C’est Mozart que t’assassinais !
Un peu plus et c’est Vivaldi Que tu trucidais, lapidaire, Arguant que tu es « notre père » ! Retourne-t-en dans ton domaine, Cuistot à la petite semaine !
Vivement le retour du jeudi… Et du tournedos Rossini !
De fait, je suis retombé dans le gouffre insensé de l’homme qui se penche sur son passé, qui ouvre son livret de famille et raconte la jeunesse de si braves garçons devenus des hommes louches que l'on voit les dimanches d’août dans les quartiers perdus rêver de poupée blonde et de remise de peine mais c’est... peine perdue !
Je relis pour la troisième fois de ma vie « Du plus loin de l’oubli » de Patrick Modiano !
- Le chien de ces gens-là est un berger américain. Il s’appelle Olaf parce que c’était l’année des O pour les noms de chiens de race quand ils l’ont adopté. Leur chat s’appelle Halloween à cause des enfants qui l’ont baptisé ainsi.
On a été très bien reçus chez eux. Lui avait préparé une terrine de poisson en entrée. Il nous a servi un apéritif truffé ramené du Périgord et elle a obtenu de son poissonnier quatre Saint-Pierre qu’il garde en réserve pour ses bons clients.
En dessert il y avait des mousses diverses et un mille-feuilles. Après le café on est allés promener Olaf dans le jardin du Pont toqué. C’était à Saint-Malo, pas loin de l’I.U.T. On a vu la mer au loin puis le phare de Rochebonne qui ressemble un peu à une église.
Tu te souviens de tout ça ?
- Non ma mémoire est morte, je n’ai plus de feu. Comment s’appelaient-ils déjà ?
- Adrienne et François de Franquetot. Lui jouait aux échecs au club de Dinard et il connaissait Jean P. qui donnait des cours au club de Pacé où ils avaient vécu auparavant et que tu as fréquenté une année quand tu as joué le lundi soir au club de Vezet-le-Coquin. Tu ne te souviens vraiment pas des tatouages de François ? Il paraît qu’il est renommé pour ça dans le quartier et qu’il se fait une fierté de les exhiber en se baladant torse nu même dans la rue et les commerces. C’est aussi un spécialiste du barbecue à double injection et enfumage direct, roi de la descente de merguez en rapides, arrosé d’un Entre deux-mers assez fameux. Il nous en a servi aussi avec le poisson.
Elle, c’est mon amie Adrienne. Eté comme hiver elle porte une cape rouge par-dessus ses vêtements et ne se met aux pieds que des sandales ouvertes.
Jusqu’au 30 avril, date à partir de laquelle la plage est interdite aux chiens, Adrienne descend faire courir Olaf sur la plage du Minihic. Assez souvent elle s’arrête chez ses amies du quartier et leur propose d’emmener leur chien avec Olaf. Il n’est pas rare de la voir ainsi balader trois ou quatre chiens en laisse. Cela constitue un attelage aussi composite que disparate. Le plus drôle c’est quand elle emmène le chihuahua de Marcelle et les deux Danois de Dorothée.
A propos du chihuahua, ils nous ont raconté l’histoire de leur ancienne voisine. Le tout petit jardin de cette dame était contigu au leur. Elle n’y avait planté que deux groseilliers et on ne l’y voyait presque jamais, comme si elle craignait de brûler sa peau blanche au soleil de Saint-Malo pourtant peu généreux en ultraviolets ultraviolents. C’était visiblement une travailleuse de l’ombre, «genre scélérate de bibliothèque», comme disait François qui adorait calembourrer le mou aux cordes à noeuds. Une travailleuse intellectuelle à domicile. Elle tapait à la machine à écrire des traductions faites par elle de manuels de machines à cappuccino, des traités de botanique ou des recueils de poésie flamande du XIXe siècle. Tous les soirs elle mettait une grosse enveloppe dans la boîte aux lettres jaune. Son travail de la journée partait chez son employeur à Paris.
Elle n’était pas bruyante, non, mais le «tap tap tap» des doigts sur la machine, le «dzing dzing» du retour chariot de sa Remington, les jurons retenus dans toutes sortes de langues étrangères qu’elle laissait échapper malgré elle lorsque deux touches empotées venaient frapper en même temps le ruban rouge et noir de la machine et empâter le tapuscrit, cela constituait un bruissement de fond que les de Franquetot n’appréciaient guère. Trop de modestie tue la modestie. Trop de différence tue la différence.
Le quartier était si bruyant avant la venue de l’étrangère ! On ne craignait pas de klaxonner, de claquer les portes des voitures, d'applaudir les courses cyclistes, de tondre la pelouse avec le motoculteur à toute heure du jour, d’écouter Ray Ventura à tue-tête sur Radio Hilversum ou Radio Luxembourg en faisant de la bronzette en maillot deux-pièces sur la pelouse.
Et puis voilà-t-il pas qu’un jour L’Emilienne – la traductrice se prénommait ainsi et se nommait Demongeot – s’était fait livrer un piano droit.
Croyez-vous que c’était pour massacrer Chopin ou répéter en boucle la « Lettre à Elise qui pour de vrai s’appelait Thérèse » de Beethoven, voire pour faire des gammes de débutante ou accompagner du Roland de Lassus chanté avec une voix de Castafiore ? Pas du tout !
Il s’était avéré qu’elle était une mélomane monomaniaque, musicienne émérite, et qu’elle passait ses après-midi à jouer, à la perfection, toutes sortes d’œuvres de Mozart. Uniquement du Mozart ! Or s’il y avait bien quelqu’un qu’Adrienne et François détestaient, c’était ce Wolfgang Amadeus avec ses « too many notes ».
Que dire, que faire ? Le plus énervant de tout était sa discrétion de souris grise. Elle jouait du piano et tapait à la machine fenêtres fermées même au cœur de cet été-là qui s’avérait caniculaire.
Mais rien qu’à la savoir là, on les entendait quand même ses «tip tip type» de «C’était par une nuit sombre et orageuse» et ses «trop de notes, Wolfie !» «Silence, Archiduc, vous n’êtes qu’un fat même pas dièse !».
Finalement, c’est un chihuahua qui leur avait sauvé la vie. Au détour d’une conversation anodine sur le trottoir, Adrienne avait appris qu’Emilienne avait eu jadis des chats et aussi un chien.
Elle était allée à la SPA adopter un chihuahua et l’avait offert à la voisine.
«Il est né l’année des M alors il s’appelle Marcel. On m’a dit que c’est un très bon ratier. Vous qui fréquentez les bibliothèques, emmenez-le, il se régalera, là-bas ! Il a bon appétit et n’est pas peureux du tout. Je vous offre même la laisse étirable-rétractable, le dernier modèle, ainsi que le lance-baballes de compétition. Sortez-le souvent mais n’oubliez pas qu’à partir du 1er mai vous ne pouvez plus descendre sur la plage ! »..
Emilienne avait remercié et la vie des de Franquetot s’était améliorée. Le matin et l’après-midi la traductrice sortait Marcel et elle ne tapait plus à la machine que le soir quand eux recevaient bruyamment autour d’un barbecue leurs grands amis, les Lordurhin, les Dejeux, Maryline de La Faisanderie, Jean Chwalrus, Marie-Joye de Jésus-Demeure et les Duras-Tiniak, Eugène et Marguerite, avec qui ils avaient fait du trekking au Népal.
Et puis il y avait eu l’accident, le terrible accident qui avait provoqué le déménagement en catastrophe de l’Emilienne.
Un matin dans le parc du Pont toqué la laisse du chihuahua lui avait glissé des mains. Marcel, une fois déchaîné, s’était déchaîné et avait retrouvé sa sauvagerie naturelle : il avait bouffé les deux Danois de Dorothée qui les promenait là et ce sous les yeux horrifiés de leur maîtresse tétanisée.
Emilienne avait observé la scène de loin et elle s’était carapatée sans demander son reste. Elle avait filé en centre-ville contacter une agence immobilière et aussi les transporteurs appelés «Les Déménageurs bretons».
Le lendemain même le piano droit, la machine à écrire et l’attirail à cappucino étaient emballés dans des cartons, chargés dans le camion et emmenés en Belgique où elle avait trouvé une grande maison à l’écart de toute civilisation.
C’est en évoquant de telles situations qu’on s’en aperçoit : ça n’a pas que des inconvénients, le télétravail !
Encore un grand brûlé perdu dans le Vint-âge, dans ce temps dont on parle que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître.
Et si j’en avais un de réflexe marteau (de réflexe faux-cil ?), c’était bien celui d’immortaliser les affiches électorales gribouillées.
Quelle chance ! On vote dans deux jours et pour deux élections.
Las ! Cette tradition d’ajouter des moustaches ou des bandeaux sur l’œil est partie elle aussi dans les limbes du temps. Signe d’un désintérêt croissant ou d’une envie profonde de coller des baffes à tous ces porteurs de cravate ?
Réchauffé à la nuit par l'alcool étoilé Je me fais des scénarios d'enfant Jouant sous la pluie Les pieds trempés shootant Dans l'arc-en-ciel en riant
(Hiver un peu rude)
Enfant dans le quartier du port, Quartier des mariniers, On trouvait des trésors, Vivant des épopées Mais les rêves ont viré de bord Et le temps a passé.
Mes souvenirs ne sont pas morts, Ils me le font chanter
(Dans le quartier du port)
Je ne suis qu'un témoin de la vie qui s'efface Il est des soirs sans rien où j'en cherche les traces.
(Dans le quartier du port)
J'irai allumer les étoiles Dans les nuits d'azur parfumées Je hisserai toute la toile Pour foncer vers ma destinée
Si elle m'attend dans le matin D'un doux présage sorti d'un rêve Lui tisserai dans les embruns La robe du bonheur qui se lève
La voilà qui solfie par-dessus ses folioles sur le sol de son île et, telle Lorie, chante :
« Eros, en qui j’ai foi, qui imposes ta loi même aux rois, qui fais de l’homme un serf et de la fille un feu suspendu à ton fil, qui rend fol tout mortel sur la frise du temps, je n’ose pas penser que mes jours sont comptés et qu’ils sont érosifs, loin de toute érotique ! En mon for intérieur je pense que tu foires ! Sire du olé-olé et de la bagatelle, trouve-moi un loser qui jette un œil sur moi et soit pris de folie, qui m’isole, me frôle comme si je fusse fille et portasse lolos comme à l’Agnès Sorel plutôt que des épines ! Elis-moi un bon petit esclave aux fers, un poète qui m’aime et me chante en ses vers. Vite, car il fait soif d’amour sur cette terre !".
Cupidon s’en émut, en parla à Vénus. Vulcain, le bricoleur, leur fit un soliflore. On l’offrit à la fleur.
Et c’est à moi bien sûr qu’on a attribué le rôle du loser ! C’est très osé mais le dieu de l’amour, expert en récipients, coups de pot et blagues vaseuses, on peut se fier à lui dès qu’il s’agit de se payer notre fiole !
Les photos que j'ai utilisées pour illustrer le diaporama chanté ci-dessus sont celles du chantier de construction de la ligne B du métro rennais. Plus précisément, j'ai recherché des images relatives à la future station Saint-Germain, située à peu de choses près en face du Musée des Beaux-arts de Rennes. De là à penser que c'est Isaure Chassériau qui regarde les équipes, il y a un pas que je ne franchirai pas vu que je la vois mal en train de fumer la pipe à la fenêtre ! Ce serait plutôt son oncle Eugène Amaury-Duval, auteur de son portrait et par ailleurs élève de Jean-Dominique Ingres, joueur de violon d'occasion, qui raconterait sa vie en chanson. Il a déjà écrit ses mémoires et il faut bien qu'il s'occupe pendant le confinement !
J'avais dans l'idée de réaliser une version rennaise de cette chanson mi-scabreuse, mi-humoristique au 36e degré, totalement inchantable de nos jours sauf par des allumés de mon espèce. J'ai préféré m'en tenir à la version originale. J'ai juste oublié l'introduction parlée qui précise "Je vais avoir l'honneur de vous interpréter Le Trou de mon quai, petite chansonnette métropolitaine".
Moyennant quoi je publie ci-dessous ma version rennaise, très peu modifiée au finale :
Le Trou de mon quai : version rennaise (Dranem remanié par Joe Krapov) Paroliers : Briollet / Combes / Berniaux
1 Je demeure dans une maison du centr’ de Rennes Où l'on fait depuis trois semaines Des fouilles et des travaux Pour faire passer le métro
De ma fenêtre tout en fumant des pipes Je regarde les équipes Dont les hommes sont occupés A faire un trou dans mon quai
Si vous désirez mon adresse C'est pas difficile à trouver Afin que chacun la connaisse En deux mots j'vais vous expliquer :
Refrain Y a un quai dans ma rue Et y’a un trou dans mon quai Vous pourrez donc contempler Le quai de ma rue et le trou de mon quai
2 L’autre jour j’rencontre une vieille amie de Nantes Et comme elle est avenante Je lui d’mande ce qu’elle veut voir Dans notr’ ville d’art et d’histoire
Je voudrais d’abord voir le portrait d’Isaure Je lui dis « Mais d’où tu sors (e) ? Laissons là ces balivernes ! Sois résolument moderne !
Accepte à dîner je t'en prie Après sans trop nous fatiguer Je te ferai voir une galerie Qui certainement va t'épater ».
Refrain 2 Y a un quai dans ma rue Et y'a un trou dans mon quai Nous pourrons donc contempler Le quai de ma rue et le trou de mon quai
3 Mais hélas ici-bas la joie n'est qu'un leurre Et l'on m'a dit tout à l'heure Que les travaux d'terrassement Vont s'terminer prochainement.
C'est pas drôle pour moi qu'en avais l'habitude Et ça va m'paraître rude Quand l'dernier coup d'pelle donné, L’trou d'mon quai sera bouché
Adieu joies et rêveries nocturnes ! Adieu journées d'activité ! Comme autrefois seul dans ma turne J'n'aurai plus, hélas, qu'à chanter :
Refrain Y a un quai dans ma rue Mais y a plus d'trou dans mon quai J'n'ai donc pour me consoler Que la vue du quai de ma rue, j'ai plus d'trou d'mon quai !
Joe Krapov est poète, humoriste (?), musicien à ses heures et photographe à seize heures trente. On trouvera ici un choix de ses productions dans ces différents domaines.