Voilà des retrouvailles (de courriers anciens) qui ne nous rajeunissent pas mais qui sont bien plus touchantes que les échanges d'horions entre X et Y de l'actualité présente !
Sablé sur START, le 17-1-85
Ça y est c'est parti !
Je vous y prends, mes chers beaux-parents ! Vous croyiez que dans la fièvre de la mutation, du déménagement, tout ça, j'allais vous oublier et que vous alliez échapper à la prose nouvelle-anneuse et élucubrationnante de votre gendre farfelu et - j'ose espérer - bien aimé !? Que nenni, mes amis ! Bien qu'un peu tard, sans doute, des bords de la Sarthe gelés, de mon huitième étage, rue Saint-Exupéry où je suis logé comme un prince (petit), du château-hôpital où je réceptionne les vieilleries sans noms, les horreurs de livres du siècle dernier que le temps a bien décrépits, me voici, je ressurgis ! Je ressurgis et je vous souhaite à tous les deux ainsi qu'aux autres vôtres, une bonne et heureuse année 1985 ! Qu'elle vous soit favorable toujours, qu'elle vous apporte réussite pleine et entière dans tout ce que vous entreprendrez et surtout, qu'on ne vous y casse plus les pieds, les tendons, les talons, ou l'estomac qui est dedans !
Permettez-moi de joindre à mes chants de délire et de nostalgie douce, plein de pensées affectueuses, de gros bisoux et l'espoir que nous aurons bientôt l'occasion de nous revoir, ne serait-ce que pour pendre quelque crémaillère Sabolienne de notre connaissance !
Le spectacle de François Morel « La fin du monde est pour dimanche » débute avec l’extrait du film « Pierrot le fou » de Jean-Luc Godard dans lequel Anna Karina marche au bord d’un lac et répète en boucle, en lançant des cailloux dans l’eau, : "Qu’est-ce que je peux faire ? J’sais pas quoi faire !"
Le comédien arrive du haut de la salle et lui répond :
- Fais du vélo ! Fais des études ! Fais du sport ! Y’a énormément de chose à faire ! Fais...
A vous de prendre le relais et de construire un texte en anaphore (1) où vous donnez des conseils d’activités en utilisant un maximum d’expressions avec le verbe faire.
(1) Vos paragraphes débuteront tous par « Fais... »
Le spectacle de François M. est visible dans son intégralité ici mais il ne faut le dire à personne !
Pour l'anecdote, Marcel Arnac a écrit le roman qui est à l'origine du film de Jean Boyer "Circonstances atténuantes". C'est dans ce film avec Michel Simon, Arletty et Andrex qu'on entend la chanson "Comme de bien entendu".
Moi, je ne suis pas ici pour raconter ma vie mais nous avons ramené de Redon une pochette dans laquelle M. Bourgeoizov avait rassemblé les écrits d'un certain Joe Krapov. Outre le courrier publié hier il y a là-dedans des lectures fort intéressantes :
- Haïku de Noël
- Dix sonnets à la gloire de Bruges
- L'Irrésistible ascension de John Kevin Montgolfier
- Astro 95 ou Le Congrès d'astrognomonologie
- Joyeux anniversaire, Monsieur Cartier Bresson
- Sablé-sur-Mer
- Joe Krapov n'est pas gentil
Je me suis étonné de trouver également "Ah, Bretagne...", un poème calligraphié et illustré de photos originales que j'avais complètement oublié et dont je n'avais pas gardé l'original ni même une copie.
Il s'est passé la même chose pour un "photocopillage" d'un ouvrage du plan de sauvegarde de la Bibliothèque nationale. Il s'agit d'un précurseur des romans graphiques actuels. Cela s'appelle "Mémoires de M. Coupandouille". C'est signé de Marcel Arnac et cela date de 1931. Je suis d'autant plus perméable à l'humour de cet époque-là, même s'il est ici parfois un peu lourdingue et convenu, que je lis actuellement le volume de l'intégrale de "L'Os à moelle" de Pierre Dac.
Vous jugerez vous-mêmes de la chose puisque je publie aujourd'hui et demain, en mode diaporama, les chapitres VI et VII, les seuls que j'ai reproduits.
L'ouvrage complet a été réédité en 2012 puis en 2018 avec une postface d'Yves Frémion aux éditions De Varly.
Il ne sera pas question de célébrer M. Orwell dans ce billet mais de retourner... dans le passé. Nous extirperons des archives de M. Bourgeoizov un courrier de bons voeux reçus de son gendre, un certain I.P. Krapov dont j'apprécie beaucoup l'écriture manuscrite très lisible. Il faut dire que son fils/marionnette écrit de plus en plus comme un cochon !
Cher monsieur mon beau-père, et cher confrère en Poésie
Chère madame ma belle-mère
Souffrez que je vous adresse avec mes (tardifs) vœux de bonne et heureuse année 1984 mes plus récentes élucubrations scripturales, afin qu'elles fassent naître chez vous - du moins l'espéré-je - quelques sourires amusés.
Tout va bien pour nous ici. Nous nous sommes régalés du dernier Fellini et surtout du Molière d'Ariane Mnouchkine qui vient de ressortir. Brassens, Fréhel et les Frères Jacques servent de fond sonore à nos activités diverses, ludiques, musicales, culinaires, de reliure ou de relecture.
Nous espérons vous retrouver en grande forme le 29. Et vous souhaitons mille choses agréables d'ici-là.
Le Volcan
Trou de serrure du monde,
Nombril immense et creux
Le volcan, parfois, gronde
Et vomit le vin vieux
Qui lui est resté,
Là, sur l'estomac.
On dit alors
qu'il se le
lave.
Le Folliculaire
Un Folliculaire
N'est pas forcément
Un émule acquis
A Zizi Jeanmaire :
La plume dans le cul
Et le zizi à l'air,
Qui descend l'escalier
Comme une feuille de l'arbre,
En un grand mouvement
Circulaire
A la folie.
Celui qui retire
Celui qui retire
Son épingle du jeu
Tire peut-être bien
Dans le même temps
Les marrons du feu.
Paradoxe subtil
Qui consiste à
Aban - donner
Sans perdre
Photographie capillaire
Il est impressionnant
De voir se développer
Des pellicules
Sur la tête d'un lit
Dans une chambre noire
Y'a pu d'enfants !
C'est la faute à Sophie
Si on ne voit pas l'ogre
Sur la photographie :
Elle l'a mangé avant
Que le p'tit oiseau sorte !
L'Appareil photo
L'appareil photo
N'a pas son pareil
Pour tirer leur portrait
Aux gens qui prennent la pose.
Et le photographe se vante
D'avoir bien épinglé
A son tableau de chasse
La photo prise en pause, sur pied,
D'un explorateur fou, en pied,
Qui le pose sur ses trophées.
Le Temps
Le temps est un zèbre qui file
Et le photographe un chasseur
Qui court derrière.
Ce qui explique pourquoi, parfois,
Le négatif est rayé.
Et à part ça…
- Et à part ça, comment savane ?
- Cousine, cousane,
On boit beaucoup de la tisane
On peint des raies aux dos des ânes
Et du restant de l'univers,
Guerres, querelles partisanes,
On s'en bat l'œil,
Car c'est insane.
Z... ut !
Z... ut !
Il s'appelait Zugzwang *1
Elle s'appelait Zeitnot *2
Ils avaient rendez-vous
Au cinquante huitième coup
D'une partie acharnée
Où j'étais malmené.
C'est là que je les ai vus
Et que j'ai eu mal aux dents :
Il m'est tombé dessus,
Je suis tombé dedans,
Ils m'ont fait un enfant
Dans l'dos, et j'ai perdu !
*1 = Situation où l'obligation de jouer est moins un avantage qu'un handicap.
*2 = Situation où l'on se trouve quand on dispute une partie à la pendule et qu'il reste trop peu de temps pour jouer des coups corrects.
Les illustrations de ce billet sont bien évidemment récupérées du net en 2026 !
Bon, encore un billet là-dessus et après on n'en parle plus ! Ce n'est qu'un outil, ce truc, et de temps en temps, souvent même, ça ne marche pas, les outils ! Même les rasoirs arrivent à vous couper la peau quand vous vous rasez !
Pour l'instant, lui, Geminy, n'est pas dangereux, mais je n'ai pas osé l'engueuler trop : il garde tout en mémoire !
Donc ce jour, j'ai voulu lui faire faire un truc du genre "Canard enchaîné" : un dessin satirique concernant une femme politique à mon avis trop tristement célèbre.
Le cheval Geminy a renâclé devant l'obstacle :
"Je suis encore en train d'apprendre à générer certains types d'images. Il est donc possible que je ne puisse pas créer exactement ce que vous voulez ou que cela aille à l'encontre du règlement que j'applique. Si vous souhaitez me demander autre chose, n'hésitez pas !"
Le règlement ne dit rien de précis mais le dialogue s'affiche ensuite dans l'historique comme "Refus de génération d'image politique". On rigole !
On rigole d'autant plus que j'ai reposé ma requête, cette fois-ci sans mettre le nom de la personne. Cet idiot m'a pondu alors de manière parfaite ce que je demandais deux secondes avant ! L'image ci-dessous est-elle moins politique ? Ou c'est moi, joueur d'échecs d'occasion, qui ai battu la machine ? ;-)
Joe Krapov est poète, humoriste (?), musicien à ses heures et photographe à seize heures trente. On trouvera ici un choix de ses productions dans ces différents domaines.