12 novembre 2017

LA SORTIE DE SECOURS EST AU FOND DE L’ESPACE

Sortie de secours !
Sortie de secours !
Sortie de secours ?

Rappel des faits :

Entrée des artistes
(Ou liste des personnages) :
Madame et Monsieur ;
La sœur de Madame,
actrice de théâtre.

Soirée de gala
Première de la pièce
Théâtre de l’Athénée
Entrée des spectateurs
Rideau de scène rouge
Place de parterre
Fauteuil de velours
Soupirs d’aise

Lever de rideau
Pièce de Feydeau
« Dame de chez Maxim »
Claquements de portes
Avalanche de quiproquos
Mots d’esprit
Scènes de ménage
Coups de théâtre
Eclats de rire
Fin de la pièce
Saluts au public
Déluge d’applaudissements

Visite aux loges
Remise de bouquet
Félicitations à la belle-sœur
Présentation au metteur en scène
Bouteille de Champagne
Cliquetis des coupes
Brouhaha de conversations croisées
Trop-plein de gaieté
Ecran de fumée.

Ecran de fumée ?

Ecran de fumée !
Quintes de toux
Mouvement de panique

Pompier de service :
- Début d’incendie !
- Mégot mal éteint ?
- Non, acteurs allumés,
Planches brûlées !
Jeu du feu de Dieu !
Evacuation des locaux !
Sortie de secours !
Sortie de secours !
Au fond du couloir !

IL 171106 la sortie est au fond de l'espace

 
Affolement des troupes
Bousculade effrénée.

Résultat des courses :
Chute du portefeuille !

Air frais du dehors.

- Pompier de service !
Pompier de service !
Incident de parcours !
Chute de portefeuille !

- Consignes de sécurité !
Entrée interdite
Risques d’intoxication
Menaces d’effondrement !

Remise à demain
Espoir de retrouvailles
Bureau des objets trouvés
Accueil du théâtre

Retour au parking
Horreur ! Malheur !
Salsa du démon !
Verre pilé par terre !
Bris de glace avant !
Vol d’auto-radio !
Crevaison des pneus !

Station de taxi
Appel assurances
- Cerise ? Groupama ?

Silence radio !
Panne de réseau ?
Non, batterie à plat !

Retour domicile
Tour de clé
Brossage des dents
Pyjama à rayures
Jet de la viande dans le torchon
Etat de sidération
Recherche du sommeil
Insomnie à répétitions

Journée de merde !
Vie de chien !
Théâtre de boulevard ?
Plus jamais de ça !
Relâche !
Fermeture définitive

Désormais dévédés at home
Ou relecture de Proust

Misère de misère !

Sortie de secours ?
Sortie de secours ?
Sortie de secours ?

Ecrit pour les Impromptus littéraires du 6 novembre 2017

à partir de cette consigne

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SORTIE DE SECOURS

Suite aux commentaires reçus, j'ai essayé d'enregistrer le texte ci-dessus qui peut effectivement s'apparenter à un monologue théâtral. Je suis un peu déçu par le rendu : j'ai l'impression que ça le rend plus tragique que comique.
 

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11 novembre 2017

ECRIRE A RIMBAUD. 11, Maléfices

Monsieur Arthur Rimbaud
B.P. 01 au vieux cimetière 
08000 Charleville-Mézières

Mon cher Arthur

“Sweet Lorraine
Let the party carry on… »

Uriah Heep (Ken Hensley ; Mick Box ; Lee Kerslake) 



A force de m’interroger sur le maléfice ardennais, sur cette suite de catastrophes que fut ton existence, j’en viens à me demander si je ne suis pas, moi-même, le maléfice ultime !

N’ai-je donc rien de plus intéressant à accomplir dans la vie que cette exploration non essentielle des bibliothèques et d’Internet au sujet de ton œuvre et de ta vie afin d’en souligner, s’il en est encore besoin, la malchance infinie ?

N’ai-je pas à rechercher des images plus colorées, plus joviales que celles du Harrar en noir et blanc ou de Charleville-Mézières après le passage de la météorite Rimbaud ou des bombes de 14-18 et 39-45? J’en connais pourtant ! Et des tonnes !

Est-il bien utile d’offrir en partage ma dernière trouvaille ? Sans doute que oui, histoire de relativiser le fait que «Non seulement j’ai écrit des bêtises mais j’en ai chanté aussi». J’avoue, j’aime bien balancer des horreurs dans les oreilles des gens, c’est pour cela que je chante ! Mais avec le «Rimbaud» de John Zorn, vous allez être gâté(e)s ! C’est du pire to pire !

Il ne sortira donc jamais, de la tête des hommes, que le génie du mal et le goût pour l’inaudible ? Serions nous tous ensorcelés ou quoi ?

Attention, passage litigieux : 

Uriah Heep Demons and wizards

Et pourtant, c’est bien la société elle-même et, paradoxalement, l’école qui nous encouragent à cela. On y prône la curiosité, le goût pour la lecture, pour les arts, pour la science, pour la découverte, bref tout ce qui a causé ton malheur… et mon bonheur !

Sans la fréquentation des livres, Arthur Rimbaud, tu serais sans doute devenu un paysan ardennais plus ou moins prospère. C’est à cela que te réduit d’ailleurs M. Thierry Beinstingel dans son roman «Arthur Rimbaud, vie prolongée». Arthur Rimbaud, contremaître à béquilles dans une carrière de marbre belge, marié puis veuf avec enfants, qui traverse l’affaire Dreyfus et 14-18 sans prononcer un mot plus haut que l’autre… Désolé de spolier celles et ceux d’entre vous qui souhaitent lire ce livre mais, à part le fait que c’est très bien écrit, ce scénario n’a rien de bien intéressant !

L'autocritique du jour : La malédiction des auteurs de romans c’est le lecteur qui se prend pour un critique littéraire !

Qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit : je ne reproche rien à ce Charlemagne qui a eu cette idée folle un jour d’inventer l’école. Je ne fais pas partie de ceux qui veulent l’interdire avec la musique, le jeu d’échecs et la liberté de parole pour voiler tout cela du grand manteau noir d’une religion. Allez-y, les jeunes gars, les jeunes filles, à l’école ! Allez y, vous n’en reviendrez pas, comme le chantait Brigitte Fontaine jadis. Oui, c’était assez inaudible aussi !

Uriah_Heep-The_Magicians_Birthday_Japan-Booklet-

En effet, sans les livres d’images, sans les bandes dessinées, sans la liberté de publier et de diffuser la culture, fût-elle d’abord souterraine (underground) puis récupérée (mainstream) et officielle (old dinosaurs, Pink Floyd, Rolling Stones, Bob « Nobel z’années » Dylan), sans les couvertures des romans de science-fiction et les pochettes de disques vinyles, comment aurais-je pu rencontrer les démons et sorciers dessinés par Roger Dean pour les albums d’Uriah Heep et d’autres groupes de rock des années 70 ?

Bien sûr, c’était en dehors de l’école, mais il n’y a pas que l’école dans la vie, ou mieux, toute la vie est une école et le professeur-cancre Joe Krapov y donne des cours de récréation ! Bien sûr c’est le hasard qui préside à la sorcellerie, à la magie et qui fait qu’un sortilège devient maléfice ou enchantement. Rien ne l’abolit et surtout pas un coup de dés. 

Uriah_Heep-very 'eavy

- T’as du faire nénette, deux, deux et un, Jean-Arthur, et moi casser la baraque avec trois six !

J’ai eu la chance de découvrir chez lui et d’emprunter à l’ami J.-B. B. le premier 33 tours de Uriah Heep, «Very ‘eavy, very ‘umble». Que faisait-il, égaré dans sa collection de disques de musiciens de la West Coast des Etats-Unis (Jefferson Airplane, Grateful Dead, Hot Tuna, CSNY) ? Mystère !

Toujours est-il que «The Magician’s birthday» est bien le premier disque de rock acheté par les pauvres deniers de mon argent de poche de l’époque. Je suis toujours aussi scotché par le morceau final de dix minutes sur la face deux avec son solo de guitare électrique et de pédale wha wha. Le plus enchanteur des sortilèges musicaux n’en reste pas moins Demons and Wizards, l’album qui précédait celui-ci, avec la suite magique de Ken Hensley, «Paradise / The spell». 

Greenslade 1 recto

Et donc, de maléfice en aiguille, pour le seul plaisir de posséder des illustrations de Roger Dean, j’ai été victime de fièvre acheteuse et je possède encore les disques du groupe Greenslade, de Yes et même de Badger.

Bon, assez disserté sur mes envoûtements personnels. Je m’aperçois que, tout à mes recherches et à mes écoutes de musiques folles, j’ai oublié de voir passer le 20 octobre et de te souhaiter un bon anniversaire ainsi qu’à ce cher oncle Walrus qui est né dans ces eaux-là aussi, un peu plus tard quand même qu’en 1854 !

C’est pourquoi je termine cette lettre en vous Balançant à tous les deux un «Happy birthday, magician !».

P.S. Et comme je ne suis pas chiche, je vous offre mes derniers trésors du Trégor. Vous pourrez ainsi constater que Messieurs Nikon et Canon ont prononcé à mon endroit aussi un terrible maléfice : «Chaque fois que tu prendras des photos, Joe Krapov, tu tourneras la molette des effets créatifs afin de te retrouver dans un autre monde qui te rendra fou ! Ha ! Ha ! Ha !" (Rire maléfique de Nippon ni mauvais qui te jappe au nez). 

P.S. Oui, je t’ai entendu, Jean-Arthur !

- Passer de Sweet Lorraine à Loreena McKennitt, c’est une belle façon de boucler la boucle. Et ce serait bien que tu la boucles un peu plus souvent, Joe Krapov !»

- Ha ! Ha ! Ha ! Compte là-dessus et bois de l’absinthe !


Ecrit pour le Défi du samedi n° 480 d'après cette consigne : Maléfices

08 novembre 2017

BARDAMU ET LANERVURE

171026 Nikon 008

C’est l’histoire de deux mecs. Je sais, chères amies du mardi, ce n’est pas idéal pour faire rêver, un incipit pareil !

Les deux mecs, le délabré et le baladin, quand le videur les amène dans le rond de lumière, on voit bien qu’ils n’ont pas bu que de l’eau minérale !

Le premier s’appelle Bardamu. Il a une tête de bedeau livide, pâle d’avoir dansé le laridé jusqu’à épuisement. Il a l’air de ruminer sa vengeance car quelqu’un lui a délivré un méchant gnon et il saigne de la lèvre.

Au fest-noz par ici, avec ou sans sosie d’Assurancetourix, ça barde ! Le nervi ne badine pas avec le blaireau, surtout s’il est aviné et taquin. Ici, sans vouloir médire, on cogne assez facilement sur le blair du débile en bermuda mauve !

Le deuxième s’appelle Merlin Lanervure. C’est autre chose comme vermine ! Un mineur de seize ou dix-sept ans, une espèce d’Aladin qui se fait reluire à la moindre occasion, un petit branleur, quoi ! On ne se lasserait pas d’admirer son œil bleu et gaulois, sa livrée idéale d’amiral en goguette, son air madré de type imbu qui a déjà avalé plus d’une brimade et culbuté maintes ribaudes en buanderie. S’il n’était pas accompagné de l’autre endive à barbe folle, on l’imaginerait bien en chef de bande malin à la tête d’une armée de ramiers veules prêts à partir en live, à libérer du délire vil, viril et velu, à mouliner à vent et à coups de chaînes de vélo au moindre signal du jeune merle.

Mais pour l’heure le videur reste calme sous son luminaire. On ne sait lequel des deux buveurs est le plus abîmé, le plus barré. Bardamu est parti éliminer sa bière : il urine contre la rambarde du pont sur la Vilaine. Lanervure brame des balivernes aux étoiles comme quoi un navire enivré ne se sent plus bridé par les valeurs.

Bref c’est l’histoire de deux mecs qui terminent leur nuit débridée en virade au drame ordinaire. Rien d’exceptionnel à mettre dans l’album cette nuit. Et zut !

171026 Nikon 081

Le lendemain matin, à onze heures, Bardamu se sent comme enfermé dans une armure de plomb au réveil ! Il se lève, tire le rideau et la tronche. Une brume épaisse a envahi la ville. Pas moyen de trier le bon grain et l’ivraie. Ah la débine ! Il s’aperçoit qu’il a vomi sur la moquette vert amande de la chambre.

Merlin Lanervure pionce encore parmi ses livres et ses revues, le visage raviné et le sexe raide, en train de bander, au milieu de cette animalerie qu’est devenu leur gourbi.

Bardamu aimerait bien se libérer de l’emprise de Merlin. Ne ferait-il pas mieux de se barrer, d’aller se balader le long de la rivière, de mettre un terme à cette braderie sans rime ni raison de leurs jeunes années ? Après tout, n’est-il pas le mari d’une jeune femme, enceinte, un peu sotte, très bavarde, certes, mais qui pourrait dire, elle, où se trouvent le Mir laine et l’Alka-Seltzer ?

Bardamu et Lanervure…

Quelqu’un leur a jeté un sort à ces deux mecs. Ils sont les victimes d’un maléfice puissant.

Un peu comme Verlaine et Rimbaud, si vous voyez ce que je veux dire !

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Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean du mardi 7 novembre 2017

d'après la consigne ci-dessous

04 novembre 2017

CHEVAUX DE RETOUR

- Dans «lipizzan » il y a « pizza » !
- Dans «lipizzan » il y a « pizza » !
- Dans «lipizzan » il y a « pizza » !
- Y’a « pizza », rappelle-toi !
- Y’a « pizza », rappelle-toi Balavoine !
- Bats l’avoine !
- Bats l’avoine et fais l’âne pour avoir du son !
- Du gros son ! Comme Crazy Horse ! Le groupe de Neil Young !

Tous les vilains petits poulains du haras ne cessaient de moquer le cheval étranger. Lui ne comprenait pas l’ostracisme de ces jobastres et le hobereau se souciait de ce qui se passait dans les écuries comme de son premier kaléidoscope ! Il n’était pas du genre à murmurer à l’oreille des chevaux.

« Il advint que lassé d’être en butte aux lazzis », comme le chante Georges Brassens, le lipizzan admit qu’il devait disparaître.

C’était compter sans le général Patton !

Mais ceci est une autre histoire. Elle est ici. Je n’ai pas le temps de vous la raconter car, contournant l’obstacle, je saute sur mon propre lipizzan et pars au galop ce mercredi chercher d’autres trésors en Trégor.

Jouez bien aux petits chevaux sans moi !

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Ecrit pour le Défi du samedi n° 479 à partir de cette consigne : Lipizzan

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03 novembre 2017

FAINÉ-HANTISE

Il serait temps que je m’affole
Si j’veux séduire Martine Carol,
Faire la bombe avec Ravachol
Ou mêm’ dev’nir l’amant d’Andréa Ferréol !

Il serait temps que je m’affole
Si je veux être au pont d’Arcole
Avec Napo qui caracole
Ou bien à Waterloo où ça sera moins drôle !

Il serait temps que je m’affole
Si je veux sortir de l’école
Où on m’a mis trente ans de colle
Au prétexte que j’y faisais trop le mariole !

Il serait temps que je m’affole,
Que je chante « La petite gayole »
Si je veux dev’nir une idole,
Coqueluche des groupies sorties de rubéole !

Il serait temps que je m’affole
Si j’veux dev’nir roi des guignols :
Aucun programme branquignol
Et pas même le début d’une queue de casserole !

Il serait temps que je m’affole
Si j’veux qu’on m’coiffe d’une auréole,
Si j’veux finir sous la coupole
Ou statufié à poil dans l’rôle du discobole !

Il serait temps que je m’affole
Si j’veux être en tête de gondole :
Faut qu’j’écrive plus de fariboles
Ou que je danse la Carmagnole sous des banderoles !

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 Avant que Dieu n’me patafiole,
Qu’on ne me passe la camisole
Et qu’à l’asile on ne m’isole
Au prétexte que j’ai égaré ma boussole

Il serait plus que temps, oui, que je m’affolasse !
Mais, comme disent les Suissesses
- Six « s » et tout autant de grâces – :
« S’il s’agit d’se bouger les fesses
Et d’se casser le cul en tombant du hamac
Y’a vraiment pas le feu au lac ! ».

Ecrit pour les Impromtus littéraires du 30 octobre 2017 d'après cette consigne

24 octobre 2017

DANS UN PAYS PAS TRÈS LOIN D’ICI

Mystérieux voisins
Qui nous parlez trois langues
Et, disant même plus,
Inventez à foison des insultes !

Mystérieux voisins
Qui pissez comme je pleure sur les femmes infidèles
Et rêvez cependant qu’elles ne vous quittent pas !

 

Mystérieux voisins
Qui peuplez de vestales dénudées
Les banquettes des gares et les nuits inquiétantes :
J'ai beau être Delvaux je n'en suis pas moins homme !

IL 171023 Delvaux

Mystérieux voisins
Qu’allons-nous faire chez vous
Où tout finit très mal ?

Waterloo, morne plaine,
Waterzooï, morne plat
Avec lequel Verlaine,
Un jour d’ivrognerie,
Empoisonna Rimbaud
Son horrible âme sœur,
Y adjoignant, farceur
D’un coup, un pistolet
Qu’il avait acheté
A la boulangerie
De la rue des Brasseurs !

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Mystérieux voisins
Qui nous donnez l’exemple
Et personne ne suit !
Vous qui avez su, plus d’un an,
Vous passer de gouvernement !
Et c’est pourtant chez vous
Que naissent les directives,
Que naissent les directions
Des canaux qui se pendent
Entre les tours de Bruges et Gand.

Mystérieux voisins
Dont l’emblème si fier
Dans les yeux de sa mère
N’est qu’un gamin cul nul
Qui pisse dans la rue
Tout le fleuve de bière
Que des trappistes ronds
Avaient versé en son
Tout premier biberon !

Mystérieux voisins
Qui vous prenez parfois,
Avec un Martini,
Pour un Mussolini
Que, pourtant, sans rien dire,
Blondes comme le houblon
Des Flamandes font danser
Une courte saison
Puis laissent ronronner,
Lézarder au salon. 

Mystérieux voisins
Ceci n’est pas une pipe
Ni même un casse-pipe !
Fume quand même, c’est du Belge !
Je serai le dernier qui vous prendra en grippe :
Il n’y a ni tirage
Ni grattage
A ce Rigoloto
Entre les Hauts de France
Et les Bas de Belgique,
Juste un peu de surréalisme,
D’écriture autoTCmatique.
Putain putain c’est vachement bien
Nous sommes quand même tous des Européens !

Je ne vous raconterai pas d’histoires :
Nous sommes ici comme à Ostende,
Les filles sont chouettes aux bords de mer,
Il suffit de savoir y faire
Et de leur plaire
En les faisant sourire
Et rire.

Est-ce qu’on franquin le Rubicond
Quand Lagaffe se fait teindre en blond ?
Est-ce que Mademoiselle Jeanne
S’appelle désormais Beulemans ?

IL 171023Julos

Une seule chose est certaine
Au moment de tourner l’Apache :
J’ai oublié Sttellla, Simenon, Verheggen,
Julos dans sa gayole et son pull arc-en-ciel
Et madame Chapeau et des tas d’autres fous,
Mystérieux voisins !

Mais un truc est certain :
Dans les fiches des R.G.
J’ai retrouvé Tintin :
Il a fondé famille
Et travaille dans la pub !

 

IL 171023 Tintin

Ecrit pour les Impromptus littéraires du 23 octobre 2017

d'après cette consigne : Mystérieux voisins

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21 octobre 2017

IL NE FAUT JAMAIS DIRE "FONTAINE"

DDS 477 juventusA part Madame Najat Vallaud-Belkacem – repose en paix, camarade ! – peu de gens par ici ignorent que « jouvence » vient du latin «juventus» qui signifie «jeunesse». Notre amie Najat qui rêvait que l’on supprimât le latin des apprentissages scolaires croyait que «juventus» signifiait «bande d’idiots qui courent après un ballon dans un stade à Turin». Elle n’a du reste jamais proposé, pour mettre fin aux violences des hooligans après le match, que l’on distribuât un ballon à chacun des joueurs, histoire de calmer le jeu. Le manque d’imagination de nos politiques, quand même !

Juventus a donné «juvénile», «jouvenceau» «jouvencelle» et «jouvence». Ce dernier terme nous rappelle juste «Fontaine» qui était lui aussi un footballeur mais également un lieu affable où coule une eau si spéciale que, dixit Madame Wikipe, «quiconque boit de cette eau ou s'y baigne est guéri de ses maladies, rajeunit ou ne vieillit plus».

"Dixit Madame Wikipe", ma chère Najat, ça signifie que c’est Wikipédia qui l’a dit.

Moi vous me connaissez, je suis comme Obélix : la fontaine de jouvence j’ai dû tomber dedans lorsque j’étais petit. Du haut de mes huit ans et demi d’âge mental, je ne me suis toujours pas éloigné de ma prime jeunesse et je n’ai pas envie de prendre un bain. Pas tout de suite, toujours.

Je ne vais pas pour autant me fâcher avec mon oncle préféré et je vais donc vous parler, à sa demande, de l’année 1971, histoire de… ne pas vous rajeunir ! Comme l’a dit le célèbre poète dont j’ai oublié le nom «On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans».


A l’époque j’écrivais déjà des conneries dans des cahiers à petits carreaux. Je n’étais pas un fan de Marguerite Duras dont Pierre Desproges a dit « Elle n’écrivait pas que des conneries : elle en a filmées aussi ! ». Cependant, tout comme elle, j’écrivais des conneries et j’en dessinais également.


Tout cela se trouve dans une valise bien poussiéreuse, là-haut, dans mon grenier. J’ai failli en faire un roman, « La valise à Scherzos » dont on trouve des bribes sur Internet.


J’y suis monté tout à l’heure, au grenier. Je voulais retrouver un passage où j’avais entrepris d’analyser « la musicalité dans les œuvres d’Arthur Rimbaud » - ça y est, je me suis souvenu, du nom du poète de dix-sept ans ! - mais je suis tombé sur dix cahiers de mon écriture irrégulière et ça m’a découragé de chercher plus loin.


En lieu et place de ce pensum, je vous livre quelques petits dessins faits à l’époque et retravaillés à l’ordi spécialement pour vous cette semaine. J’étais déjà un rigolo, à l’époque, non ?
 

Et je le suis toujours, je crois. Mille excuses à toi, camarade Najat ! "Jouvence" vient en fait de l’adjectif «juvenis» qui signifie «de jeunesse» et pas du nom «juventus», qui se disait plutôt «juventa» du reste. Tu vois qu’il y a du boulot et que moi aussi, quelque part je devrais retourner à l’école… réapprendre le latin.

Gaston Lagaffe ! Yo !

Quand même ! Dans l’un des deux classeurs où j’ai retrouvé ces dessins, j’ai aussi mis la main sur celui-ci qui s’intitule «Portrait de Jean-Arthur Rimbaud». "C’est beau, la constance, non ?" comme demandait Mozart à sa groupie du pianiste.

A part ça, portez-vous bien, jeunes gens !

65 Portrait de Jean-Arthur Rimbaud V2

Ecrit pour le Défi du samedi n° 477 à partir de cette consigne : jouvence

20 octobre 2017

ROULE BIEN, ROULE AU LOIN ! = LONG MAY YOU RUN

1

Nous avons traversé
Bien des pays ensemble,
Malle pleine de souvenirs et de joies à venir.

On a toujours su quoi faire
Au temps de nos galères
Aussi je te r’dis ce qu’on s’disait hier :


Refrain 1

Bon voyage au lointain !
Roule bien, roule au loin !
Tout change et plus jamais rien n’est pareil.

Je vois ton coeur de chrome
Qui brille sous le soleil.
Va–t’en faire chanter les lendemains !


2

IL 171016 consigne

Quand je t'ai vue en vie
Pour la dernière fois
C’était, je crois, en 2003 ;

Un virage bien raté,
Un tonneau sur le bas-côté,
C’est là que nos routes se sont séparées.


3

Peut-être qu’un surfeur
A fait rebattre ton coeur
Et qu’il écoute à bord Radio Caroline ?

Tout au long de l’océan
Vous glissez seuls en chantant
Comme sur les vagues du bon vieux temps.

4

Peut-être bien aussi
Que tu finis ta vie
Là où la rouille ne dort jamais,

Quelque part dans un pré,
Corbillard abandonné,
Et que tu te souviens de notre passé ?


Refrain final

Bon voyage au lointain !
Roule bien, roule au loin !
Tout change et plus jamais rien n’est pareil.

Je revois ton coeur de chrome
Et mes rêves de jeune homme
Qui s’en vont chanter dans le soleil.


P.S. Il s’agit d’une traduction/adaptation d’une chanson de Neil Young intitulée « Long may you run ».
 



Traduction effectuée pour les Impromptus littéraires du 16 octobre 2017

à partir de cette consigne.

18 octobre 2017

UNE INVENTION ROYALE

C’est moi qui ai eu la fève ! Alors, du coup, je suis devenu le roi de la fête. Et j’ai inventé le pays où personne ne sait comment faire. 

C’est un pays très rigolo. Les gens qui l’habitent regardent des séries américaines. Ils voudraient bien arrêter de les regarder mais ils ne savent pas comment faire. Chaque saison comprend dix épisodes de vingt-six minutes. Pour calculer la durée d’une saison, et donc le temps qu’on a perdu à regarder des idioties, personne ne sait comment faire.

1718-06 problèmes de robinetBien sûr, vous qui n’habitez pas ce pays-là vous savez qu’il faut multiplier 26 par 10 et que ça fait 260 minutes. Mais pour savoir combien d’heures ça représente, au pays où personne ne sait comment faire, personne ne sait comment faire.

Dans ce pays-là, personne ne sait qu’une heure contient soixante minutes et qu’on obtient le nombre d’heures en divisant 260 par 60. Quand j’étais petit, à l’école, on nous donnait des problèmes de calcul de ce type et d’autres où deux trains partaient à la rencontre l’un de l’autre en traversant la nuit dans une salle de bain où la baignoire fuyait en traversant le plancher. Il fallait calculer l’heure à laquelle le voisin du dessous appellerait les pompiers pour signaler une flaque inattendue sur son tapis persan.

A l’époque les instituteurs et institutrices devaient avoir eux aussi hérité de la fève et inventé le même pays que moi parce que dans la classe personne ne savait jamais comment faire pour trouver la solution.

Mais revenons à notre loi des séries. Ce feuilleton-là a duré six saisons. Et, croyez-moi, on a eu bien du mérite à regarder tous les épisodes. Parce que, tout du long, c’est rien que des histoires de filles. Des filles qui vivent dans le pays où personne ne sait comment faire. Comment faire pour devenir écrivain alors qu’on ne fait que regarder des vidéos sur Youtube, appeler sur son smartphone les copines pour aller de fête en fête, danser, boire, baiser, vomir, danser, boire, baiser, vomir, danser, boire, baiser, vomir ? Comment faire pour maigrir en s’empiffrant de bonbecs, de hamburgers et de glaces ? Comment faire pour perdre sa virginité au Japon quand soudain, au moment de passer à l’acte, le téléphone du partenaire fait retentir un « Cocorico » bien sonore annonçant que c’est l’heure de la cérémonie du thé ?

Girls saisons 6

C’est vraiment très frustrant, « Girls » - car ces histoires de filles s’appellent « Girls » - parce que moi, j’ai beau avoir eu la fève, je n’ai pas inventé le pays ou j’ai vingt-sept ans et du coup je n’ai pas les réponses à ces questions que je ne me pose pas ou plus. Même dans la réalité, dans le pays où tout le monde sait comment faire, je ne sais pas comment on fait quand votre père quitte votre mère pour vivre avec un homme. Je ne sais pas comment on fait pour vivre en colocation avec un ou une homosexuel-le. Est-ce qu’il faut manger vegan ? Est-ce qu’on peut parler de médecine à table ?

« Mais ce n’est pas si grave » va-t-on me rétorquer. Il y a sept milliards d’individus sur cette planète, dans ce monde où tout le monde sait quoi faire. Il y en a qui meurent de faim, qui fuient leur pays en guerre et tout ça c’est de la fiction imaginée par des gosses de riches américains qui s’ennuient et s’enrichissent grâce à leur autofiction et donc tu es bien idiot d’avoir consacré…

Alors, nous disions donc : six saisons à quatre heures et vingt minutes ça fait six fois quatre vingt- quatre, six fois vingt cent vingt, divisé par soixante, égale deux, vingt-quatre plus deux… Vingt-six heures, dites donc !

Et comme par magie, au cours des six derniers mois, j’ai passé vingt-six heures dans un pays que je viens juste d’inventer ce soir, à l’instant !

La prochaine fois que j’ai la fève, promis, je l’avale ! Ca évitera à Lena Dunham / Hannah Horvath de restée plantée sur Facebook ou Twitter avec sa couronne de reine des pommes ! Notez que je ne lui en veux pas d’être le pendant féminin de Woody Allen et donc, très logiquement, la nouvelle coqueluche de Télérama. Vous savez, la coqueluche de Télérama, celle qui donne toujours des boutons à qui ne prend pas ses distances. Je ne lui reproche même pas son usage immodéré des mots « fuck » ou « fucking » dans chacun des dialogues de ses personnages. Je ne m’étonne même pas qu’elle enfonce, à l’épilogue, les portes ouvertes du crédo féminin-féministe à la mode : « Fuck les mecs ! Je fais un enfant pour moi-toute seule ! Et tant pis si c’est un accident de contraception et que je vis avec lui au pays où personne ne sait comment faire ! ».

Je m’en veux juste, à moi, d’être resté collé aussi longtemps dans une toile d’araignée. Vous vous rendez compte du nombre de bouquins sur Rimbaud que j’aurais pu lire pendant ces vingt-six heures ?

N.B. Les incipits que le sort m'avait attribués : "C'est moi qui ai eu la fève" et "Je suis resté collé dans une toile d'araignée"


Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le 17 octobre 2017
d'après la consigne ci-dessous

Posté par Joe Krapov à 20:31 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
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