C'est donc ici que l'on vendait jadis des chauffages sans combustible et des bourrelets russes.
Maintenant on n'y trouve plus que des chaussures pour les enfants.
Je ne devrais pas faire de l'humour avec ça mais bon je ne vais pas m'autocensurer non plus !
Cette photo a été prise le 5 mars. Le commentaire krapovien, glissé à l'oreille de Marina B., a été : "Les Russes ont aussi déclaré la guerre à la Bretagne ? "
Oui, je sais, c'est nul.
Eh bien voyez-vous, une semaine après, il n'en est plus rien ! ;-)
J’ai replongé dans le forum-atelier d’écriture Kaléïdoplumes pour récupérer les consignes d’écriture et surtout les textes illustrés que j’y avais déposés. Relire le Krapov de 2010 et ses délires sur « Dieu s’ennuie le dimanche... et s’emmerde les autres jours », c’est assister à un numéro haut en couleur ! C'est bien aussi d'oublier pour retrouver !
Vite, vite ! Prendre la kalachnikov et l’abattre, le coach, là-bas à cinq-cents mètres, dans l’eau, qui fait faire de la gym à son troupeau de femmes en gueulant comme un adjudant-chef de 1942 en manœuvres dans le Louisiana de Graeme Allwright.
Toujours vieux vinyles et anciennes cassettes, même repiqués en mp3, réjouiront l’oreille du mélomane. De quand datent-ils ces enregistrements ? 1971 ? 1972 ?
Il s’agit de "Seasons" du groupe Magna Carta et de "Unfinished pictures" de Rupert Hine. C’est la première fois que je les écoute au casque en regardant le soleil se coucher sur la plage des Amiets. L’effet magique est garanti !
Seasons est sorti en 1970. Unfinished pictures en 1973.
Flûte alors ! Le temps passe et on s'en fout ! L'envie de faire de la musique ensemble dépasse et enfonce les épiphénomènes de toute mode ! Rien de plus classique ni de plus moderne désormais que les traditions, us et coutumes presque désuets de la pratique orchestrale. Se faire belle un dimanche, ne pas oublier ses pinces à linge, rire des couacs, des plantages, des manies du chef... Filez un coup de sépia à ces photos et vous serez rendus au siècle dernier. Rien que le répertoire, déjà... mais a-t-on fait mieux que les Monty Python ces derniers temps ?
J'ai inventé un nouveau jeu. De la fenêtre de notre chambre d'hôtel, j'ai pris déjà deux photographies. Le jeu consiste à les publier et à demander "Où sommes-nous ?". C'est trop facile pour les gens qui connaissent Lille : on aperçoit à droite le très reconnaissable beffroi de cette ville.
Et c'est d'autant plus facile pour celles et ceux qui ne connaissent pas cette ville que j'ai donné la solution dans le titre du billet !
Si tu jouais "Le P'tit quinquin", ce serait drôle, encore ! Mais si tu crois qu'on a fait tous ces kilomètres pour entendre du biniou tu te mets la bombarde dans l'oeil jusqu'au coude, mon pote !
C'est la première fois de sa vie que la salle Mandoline, à la Maison de quartier de Villejean, ressemblait à une drôle de ménagerie ! J'avais demandé à ces dames de l'Atelier d'écriture d'amener des représentations d'animaux issues de leur environnement immédiat, domestique ou autre. Je crois que la palme d'or du récit animalier subjugant aura été décernée à l'unanimité à la pieuvre bleue de Dominique ! On a encore beaucoup ri ce soir-là !
Après ce charmant moment, il est advenu... ce que la météo avait prévu ! Il ne pleut jamais à Rennes mais à Saint-Grégoire, si ! Le spectacle suivant s'intitulait "Les insubmersibles" ! Hélas, personne ne l'était ! Tout le monde a coulé et plié bagage ! Nous avons attendu un quart d'heure que la pluie se calme puis nous avons enfourché nos bicyclettes, direction la maison !
- On en aura au moins vu un bien ! Conclut la pédaleuse trempée.
Ni pour la femme de Bertrand Pour la femme de Gontran Pour la femme de Pamphile Ni pour la femme de Firmin Pour la femme de Germain Pour celle de Benjamin Ni pour la femme d'Honoré La femme de Désiré La femme de Théophile Encore moins pour la femme de Nestor Mais pour la femme d'Hector.
Cette rose avait glissé de La gerbe qu'un héros gâteux Portait au monument aux Morts. Comme tous les gens levaient leurs Yeux pour voir hisser les couleurs, Je la recueillis sans remords.
C'est pas la femme d'Honoré Ni celle de Désiré Ni celle de Théophile Encore moins la femme de Nestor Non, c'est la femme d'Hector.
Encore un secrétaire de chien(ne) qui trouve bons tous les prétextes possibles pour ne pas (être) promener.é (par) la bête !
C'est bon ! Je ne suis pas tout seul à fuir les chorales de gospel ou celles qui ne jurent que par Amy Winehouse et Pharell Williams pour aller photographier la roseraie !
Les brunes ne comptent pas pour des prunes !
Un petit coin de parapluie contre un coin de paradis... dans l'Enfer du Thabor !
La force qu’il faut avoir pour porter une histoire superbe à bout de bras, à bout de voix et tenir le public en haleine pendant une heure et quinze minutes avec une guitare, un bodhran, une mémoire et des gestes !
Bravissimo à Maria Diaz et à son guitariste, Jack De Almeida Fourré.
Cela s'appelle "L'Aveugle à la voix d'or". C'est superbe !
Nous avons vu ce spectacle à la médiathèque de Pacé dans le cadre de la Nuit de la lecture. On entend à un certain moment une superbe version arabisante de "Belle qui tiens ma vie" et au finale, une chanson des Chieftains. Sur le mur Fb de Maria Diaz, on peut découvrir de nombreuses vidéos de Tim O'Brien, musicien de bluegrass qui semble valoir le détour.
Longtemps je me suis abstenu d'entrer dans ces édifices religieux que l'on trouve un peu partout en France et en Europe. Il y a, paraît-il, deux églises à Colombey et bien d'autres lieux de culte ailleurs mais ailleurs, je n'y vais pas !
Je ne suis pas ici pour raconter ma vie mais si mon grand-père maternel a été enfant de choeur et si je possède une photographie de mon père et de son frère en premiers communiants, pour ma part je n'ai reçu aucune éducation religieuse.
Je suis ce qu'on pourrait appeler un "self-made croyant" !
J'ai passé dix ans à Paris sans mettre les pieds une seule fois à Notre-Dame ; je ne sais donc pas derrière quel pilier Paul Claudel a éprouvé une crise de foi ou eu révélation d'un partage d'apéro à midi au café "Le Soulier de satin". Je suis allé trois fois à Venise mais je n'ai pas pénétré dans la basilique Saint-Marc. Je le regrette bien car les sols de mosaïque sont, paraît-il, magnifiques. Moi aussi, comme Damien Saez, j'ai été jeune et con !
Depuis quelques années pourtant j'ai évolué et je rattrape mon retard. Je me suis aperçu qu'on ne se précipitait pas sur les athées pour les brûler tout vifs au sommet d'un bûcher quand ils entrent dans la cathédrale de Rouen et qu'il suffisait d'ôter son chapeau lors du passage sous le porche des lieux de culte pour être confondu avec un pratiquant - ou pas -. De toute façon il n'y a pratiquement plus personne pour faire la police dans ces grandes bâtisses souvent sombres.
J'ai commencé par flasher pas mal de temps sur l'architecture insolite de l'abbaye de Solesmes, plantée sur les bords de la rivière Sarthe dans un silence quasi religieux et un cadre bucolique autant que paradisiaque. On a dû mal à imaginer, en contemplant cet édifice, que des voyous comme Joe Krapov et Vegas-sur-Sarthe ont traîné leurs guêtres par là !
L'année où nous avons agrémenté notre visite annuelle dans le Nord d'un séjour "campingueux" à Jumièges nous avons visité l'abbaye mais un vandale appelé Temps qui passe avait tout délabré. Il n'y avait plus là que ruines, désolation et un jeu d'échecs géant.
Je me souviens de la chapelle de Vraž près de Pisek en Bohème, encore en Tchécoslovaquie en 1980. Elle contenait un piano sur lequel mon frère, qui avait alors la dégaine de Jésus-Christ en jeans, a joué quelques morceaux de notre répertoire de rock progres-pous-sif.
Je me souviens des églises en mauvais état de Coutances mais bien plus de la brasserie de la place de la Mairie et du beau jardin public de cette ville normande.
Cette année nous avons rendu visite à l'ange au sourire de la cathédrale de Reims et nous avons adoré le musée du Cloître de Notre-Dame-en-Vaux de Châlons-en-Champagne. Les chanoines de l'endroit avaient détruit le cloître vers 1760 pour y construire des nouveaux logements. Les colonnes sculptées qu'ils ont jugées peu dignes d'intérêt ont été enfouies à proximité. Elles ont été déterrées récemment, en 1963, et joliment muséifiées à notre intention. Quelle surprise, dites donc : un bon nombre de ces statues représentaient des personnages féminins !
Sans pousser jusqu'aux excès de l'Iran et de l'Afghanistan, force est de constater que les religions ont un problème avec les femmes. Si quelqu'un du reste pouvait m'expliquer en quoi des messieurs restés célibataires ont à se mêler d’histoires de sexe, qu'il se garde bien de le faire ! J'ai décidé récemment, pareil en cela à Jeanne d'Arc, de ne plus écouter que mes voix intérieures et de laisser les fous à leurs folies. "Je ne discute pas avec les cons, disait Audiard, ça les instruit !".
Si je reviens, pour essayer de faire court, à la photo d'église en ruines qui doit nous inspirer de l’écriture cette semaine, je dois avouer que j'entre dans les édifices religieux, bien souvent, pour pratiquer mes dévotions au Dieu Soleil ! Râ ! Apollon ! Here comes the sun ! Quand ses rayons traversent les vitraux colorés et déposent sur les bancs de bois brut et la pierre des allées des pellicules de lumière enchanteresse, je biche ! Je communie ! J'oublie que le monde est peuplé d'un nombre incroyable d'incroyants qui le 15 août, jour férié, jour de l'Assomption de la Vierge Marie, déambulent en foule dès le petit matin dans la rue du général De Gaulle à SGXV *1, mangent des glaces, promènent leur ennui vacancier, lorgnent sur les menus des restaurants tous ouverts, farfouillent dans les produits passe-partout et "made in China" des boutiques de fringues identiques à celles de chez eux et délaissent les petites rues parallèles si typiques de l'éternel vendéen, si belles avec leurs maisons blanches à toit de tuile orange.
Oui, elle va bien vers sa chute, son déclin, sa fin, la "civilisation judéo-chrétienne". La végétation envahissante, le lierre, la mousse sur les pierres, les vitraux cassés ou disparus, c'est pour bientôt. Une religion chasse l'autre. Le nouvel idéal sacro-saint a pour nom "Société de consommation". Sa sainte Trinité s'appelle "Bidoche, Bière et Trucs inutiles". A cette religion-là et à toutes les autres, à leur décrépitude en cours ou à venir, je lève mon verre de limonade ! *2
*1 SGXV = Saint-Gilles-Croix-de-Vie (Vendée)
*2 Je n'en bois qu'en été, de préférence sur une terrasse au soleil. Elle me fait le même effet que le champagne à Noël. Il y a du reste dans ces deux boissons les seules bulles papales que je puisse tolérer !
Que les ligues de vertu n’en prennent pas ombrage ! J’ai posé mon transat entre l’arbre et la haie, J’y lis les aventures extravagantes et gaies De Louisa, Brigitte, Emmanuelle et Paulette Qui, soûlées de désir, se sont mises en ménage A quatre.
L’auteur, M. Earl Grey, n’a pas fait dans la nuance ! Ici on n’y va pas par cinquante chemins, Même pas par quatre.
Tu as donc un visa valide pour Erosland Et tu es installé tout juste au premier rang. C’est grimpette à tous les étages et partouze à toutes les pages. Toi, tu es juste dans la marge, en eau, en nage, Plongé dans cette histoire comme dans une arène. Ces ébats de sirènes, ces coïts d’amazones te laissent tout sauf coi…
Tu tournes les pages quatre à quatre…
***
Mais non, Mesdames, je plaisante ! Je n’ai rien dit, ne croyez rien de cet écrit ! Je suis tranquillement assis dans mon fauteuil Et je lis dans « Ouest-France » les résultats du ski !
Et il faudra me payer cher Pour que je relise Miller !
Non, pas Gérard, Henry !
Photo prise au carnaval de Granville 2017
Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le 14 mars 2017 d'après la consigne ci-dessus
Au niveau de cette borie, le chemin se perd. Il faut retourner sur ses pas et trouver un autre embranchement
Crêpe dentelle ?
La chanson du jour
Nous avons revu hier, extrait de notre dévédéthèque personnelle, ce chef d'oeuvre absolu, "Certains l'aiment chaud" de Billy Wilder où l'on (re)trouve cet incontournable monument du XXe siècle :
Le premier soir ils firent étape à Rohan. Ils avaient pédalé toute la journée sous un très beau soleil sans rencontrer grand monde sur le chemin de halage au long du canal de Nantes à Brest, enfin de Brest à Nantes, puisqu’ils venaient de Carhaix.
Bernadette était ravie.
- Après nous, on peut tirer l’échelle ! lança-t-elle en franchissant la dernière écluse, située juste avant l’entrée dans la riante cité morbihannaise. - Moi je tire déjà la charrette, ça me suffit ! avait protesté Ernest. - Et la gueule aussi, on dirait, cher voisin ! - Dame ! C’est que je n’ai plus ton âge, très chère, ni ton énergie. Bernadette, ça rime avec Paulette. Ton père était facteur ? Tu avais fait en le suivant tous les chemins environnants à bicyclette ? - C’est vrai, j’ai toujours aimé pédaler, et même parfois dans la semoule, à l’école. Pour bien savourer la première répartie de la jeune fille il faut se souvenir que le canal de Nantes à Brest, entre Pontivy et Rohan, présente un dénivelé certain et qu’il a fallu construire 54 écluses sur 20 kilomètres pour en assurer la navigabilité. A vélo, on n’est pas exactement sur du plat. Sans être obligé de changer de braquet pour autant, il faut appuyer un peu plus sur les pédales.
Arrivés au camping du Val d’Oust ils posèrent leurs vélos contre le mur de la réception et entrèrent. Pendant que Bernadette réglait les formalités d’inscription Ernest se caressait la barbe et s’éventait le béret tout en lisant, sur le panneau de liège, la légende des photographies épinglées.
- C’est notre camping et on l’aime ! - On y vient depuis quarante ans tous les ans !
Et de fait, c’étaient toujours les mêmes têtes qu’on voyait, celles d’accortes grand-mères à cheveux violine, blanc, poivre et sel, roux, bleu ou noir d’encre : la teinture n’est pas faite pour les chiens non plus, enfin on verra plus loin que peut-être si ! Toutes ces braves dames posaient par groupes de deux ou trois devant leur caravane, leur camping-car, sous leur auvent aux motifs et couleurs fleuris et les reflets dispensés par un soleil breton pour une fois généreux donnaient à leurs peaux tannées des couleurs qui n’étaient pas sans rappeler les premiers shows psychédélique du Pink Floyd de 1967 dans le swinging London sous acide de leur préadolescence.
Toutes, absolument toutes, et c’est cela qui interpellait Ernest, avaient un caniche noir couché à leurs pieds ou fièrement assis sur leurs genoux cagneux. Pas une seule photo de mec en revanche ! Il fallait bien quand même quelqu’un, un Robert, un Roger, un Jean-Paul, un Jean-Claude pour parcourir au volant, en polluant le paysage avec une large caravane ou un camping-car de plus en plus gros au fil des ans, les quelques kilomètres qui les séparaient de ce paradis indéboulonnable. Ce n’était pas qu’elles fussent veuves, assassines ou lesbiennes. Les Pierre, Paul et Jacques existaient bien mais ils passaient leurs journées entre eux, cent mètres plus loin, hors du camping, installés le long du canal avec leurs cannes à pêches, leurs bourriches, leur amorce Dudule « pour que le poisson pullule ! », leur épuisette, leur clope au bec et leur vague à l’âme dans les mirettes.
Ils ne rentraient retrouver Denise, Josiane ou Maryvonne que le midi, pour grailler, et se dépêchaient après le café de regagner leur terrain de chasse. Car ils s’étaient, au fil du temps, les pêcheurs, habillés comme les autres porteurs de carabines : treillis kaki, casquette de militaire, bottes noires et tant pis si comme ce jour-là il faisait vraiment chaud voire orageux. On tombait la veste, on ouvrait une autre Kro et on réécrivait la France en marcel – le maillot de corps, pas Proust, bien sûr ! – ou en T-shirt lettré, orné d’un « Cerné par les cons » par exemple ou d'un autre slogan choisi parmi les milliers de possibilités vestimentaires d’un goût incertain que l’on vend ici et partout.
- On se pose où on veut, Ernest ! Pas d’emplacement numéroté ! J’ai commandé du pain et des croissants pour demain matin.
Ernest remit son cul endolori sur la selle en fox à poil dur de son vétété d’Ertétiste.
Ils repèrèrent les sanitaires afin de planter Céline Dion – c’était là le nom que Bernadette avait donné à sa canadienne – à bonne distance. - C’est pas pour la vue c’est pour l’odeur ! avait-elle commenté dans un grand rire. Et puis aussi pour ménager tes oreilles sensibles. A cause des Hollandais qui passent leur vie là-dedans à claquer les portes, faire du barouf, bavasser d’une cabine à l’autre et ce même la nuit ! Tu vois comme je prends soin de tes insomnies, hein, Ernest ?
C’est vrai, Ernest avait le sommeil léger. Un rien le réveillait et le réendormissement n’était pas toujours au rendez-vous. Pour ce voyage-là, il aurait préféré séjourner à l’hôtel mais ça ne faisait pas partie du programme. Et de toute façon, à l’hôtel aussi, il s’en payait des nuits à moitié blanches.
- Ici, peut-être, ça ne serait pas mal ? - OK. De toute façon, j’suis crevé, je rends les armes !
Ils étaient le dos au canal, sur un emplacement tout plat, tout gazonneux, genre « Le cul dans l’herbe tendre » de Michel Simon et Serge Gainsbourg.
Pendant qu’ils montaient la tente, le ciel se couvrit. Lorsque la dernière sardine fut enfoncée, le dernier tendeur mis en place, ils n’eurent que le temps de se précipiter sous leur abri de toile. L’orage éclatait.
Une averse carabinée se précipita sur le camping. Ca sonnait comme des rafales de mitraillette. Ca ne s’arrêtait pas. Les belligérants au-dehors gueulaient comme des putois : « Fermez le portillon, les gars ! ».
- Quand on ferme le portillon, interrogea Ernest, il fait moins froid dehors ? Ca empêche la pluie de tomber ? - Je crois que c’est rapport aux caniches noirs ! Tu as remarqué ? Tout le monde a un caniche noir ici ! Elles ont peur que leur cabot se fasse la belle. Qu’il aille faire du vagabondage sur le chemin du halage ! - Que leur clébard ne se barre ! Ils peuvent bien aller se noyer s’ils le veulent. Moi je n’ai jamais eu de chien. Ou alors y’a longtemps. Ou il sentait pas bon. - « Chien mouillé » ils n’ont pas encore osé le lancer, ce parfum-là, Dior et Givenchy ! - Merde ! - Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? - J’ai le cul mouillé. La flotte… elle rentre dans la tente. - J’aurais dû emmener un tapis de sol. - Elle ne rentre pas, la flotte, elle remonte. On est installés dans une flaque. Ca ne serait pas arrivé si on avait choisi l’hôtel. - Allons, Ernest, ne sois pas aussi bougon ! Je parie que dans vingt ans, tu t’en souviendras encore du camping de Rohan. C’est ce genre de mésaventure qui fabrique les meilleurs souvenirs. Un train qui arrive à l’heure ne reçoit jamais la légion d’honneur ! - C’est peut-être vrai mais en attendant…
Dix minutes après la pluie cessa et le ciel bleu se réinstalla au-dessus d’eux. Ils s’ébrouèrent puis démontèrent le campement pour aller le replanter vingt-cinq mètres plus loin sur du terrain plus propre et plus sec.
C’est Ernest qui fit la cuisine ce soir-là. Faire la cuisine est un grand mot. Il ouvrit une boîte de cassoulet et une bouteille de vin blanc. Encore fallut-il pour cela que Bernadette aille emprunter un tire-bouchon au voisin de la caravane d’en face. Elle avait oublié cet ustensile indispensable à Carhaix. Elle revint de cette expédition complètement pliée de rire.
- Le voisin d’en face… C’est le sosie craché de Bill Clinton comme toi tu es celui de Che Guevara ! Et sa femme n’arrête pas de faire le ménage avec une petite balayette à poils bleus !
Bien qu’il fût fatigué voire esquinté par les coups de pédale et les kilomètres parcourus, Ernest eut du mal à s’endormir ce premier soir. Il découvrit que Bernadette ronflait et que quand on dort, même si on est une jeune fille bien élevée, on n’a aucune retenue. De temps en temps en effet elle lâchait des pets plus ou moins tonitruants pour accompagner ses ronflements. Le cassoulet faisait son effet. Quel charmant voyage cela allait être jusqu'à Lourdes !
P.S. En cherchant sur le web de quoi illustrer ce billet, j'ai découvert que Che Guevara avait parcouru 4500 kilomètres à vélo (!) et dit ceci : "La révolution c'est comme une bicyclette : quand elle n'avance pas, elle tombe." Etonnant, non ? ;-)
Eh bien le type l’a fait ! Et finalement, paradoxalement, moi qui étais venu pour entendre et applaudir des conteurs et me suis trouvé face à des « mémoires conceptuelles » (j’expliquerai ce terme !), je lui dis bravo bien fort à Ludovic Chorgnon ! Il faut savoir, pour apprécier son exploit ce qu’est un ironman. C’est ça : 3,8 km de natation, 180,2 km de cyclisme puis un marathon (course à pied de 42,195 km) !
En rentrant du boulot, je place deux bandes de pellicule dans les porte-négatifs, je fixe ça sur la vitre, je referme le couvercle du scanner et je regarde, admiratif, la machine faire le boulot à mas palce. Pas besoin de tremper les mains dans le révélateur, le bain d'arrêt, le fixateur, pas besoin de lavabo, de lampe jaune, de labo, de musique de Camel en fond sonore.
C'est incroyable ! Cinq minutes et les douze images sont là sur l'écran !
Et paradoxalement, je trouve ça dégoûtant ! Qu'est-ce que j'ai pu passer comme bon temps à développer mes photos noir et blanc moi-même pendant des années ! Se dire que tout ça c'est fini, alors là oui, Snif !
"Le temps est assassin et emporte avec lui les rires des enfants..." Renaud S.
Qu'est-ce que c'est que ces discours de déprimé Ricardophile ? Je suis désolé, ils sont encore là, les rires, l'innocence et la spontanéité des mômes. Je les ai conservés, moi, et je les rends ce soir à leurs propriétaires !
(Oui, je sais, j'ai mis le temps et je n'ai pas pris leur adresse, mais bon, imagine qu'ils tombent quand même sur ces photos ici grâce à M. Google-Images ? La tête qu'ils feront !)
J'ai retrouvé sur Internet ce texte écrit sous une autre photo de la même personne... par un autre moi-même !
ZAZA BREIZH
Zaza, à force que je lui tourne autour, elle va finir par croire que je suis amoureux d'elle.
Elle n'aura peut-être pas tort. Zaza, c'est Isabelle, elle est jeune, elle est belle, elle écrase les boutons du piano à bretelles sur la place Saint-Michel. On l'appelle Zaza et l'étui en cuir noir de son accordéon révèle son surnom : Zaza Breizh.
Elle joue de la boîte à punaises, du diato dans toutes les fournaises, elle fait danser toutes les foules au son de sa "boest an diaoul".
La photo ne montre pas l'énergie qu'elle met dans la fête, les sourires qu'elle lance aux personnes de connaissance, sa puissance, ses cris de quasi-transe, les battements de ses pieds qui donnent la cadence à celles et ceux qui dansent.
Cette place de Rennes, c'est vraiment la Bretagne qui l'envahit pendant les Tombées de la Nuit. Quelque chose de magique se transmet par la musique, une espèce de cercle… celtique, une spirale infernale, un Triskell démentiel qui nous emmène au ciel.
Et tout ça grâce à Isabelle, par la grâce d'Isabelle, grâce à Zaza la magicienne.
***
Zaza, à force que je lui tourne autour, elle va finir par croire que je suis amoureux d'elle. Elle n'aura peut-être pas tort : j'ai toujours adoré les musiciennes.
Il y a quinze ans je posais une après-midi de congés et j'allais photographier des mômes déguisés au carnaval des enfants sur la place de la Mairie à Rennes ! J'avais des moeurs de photographe amoureux de la couleur. Monsieur Kodak, avec sa pellicule Gold 100 ASA me rendait au centuple cet investissement de temps. Tant d'affaires de pédophilie ont vu le jour depuis que je n'oserais plus faire cela aujourd'hui ! Ca devient dur d'être innocent !
Aujourd'hui c'est un vrai bonheur par contre de pouvoir partager avec qui le veut ces couleurs, ces visages, ces expressions. Et ce serait vraiment trop drôle que cet Arlequin, ce porteur de chapeau vert et ce(tte ?) clown, passant par ici par hasard, se retrouvent nez à nez avec eux mêmes quinze ans plus tôt !
J’écris le slam de l’homme en slip qui slalome rue d’Isly en gueulant aux passants qu’il lui faut du müesli pour aller à Oslo.
J’écris le slam du type en kilt qui joue aux osselets et plante la phacélie au cimetière d’Elseneur et réclame un cheval pour fuir à tout jamais ce royaume pourri brûlé par le Gulf stream et l’orchestre des vents à tout jamais mauvais.
J’écris le slam du string de Lady Godiva qui jouait du violon tout près du Papyrus, immeuble de bureaux de la rue de Lorient et le soleil se lève et jamais ne se couche et les dancings fermés ne rêvent plus de pluie depuis je ne sais plus, disons comme Aragon depuis que je me suis séparé de mon premier slip aéré dont tout le monde se contrefiche.
J’écris le slam de la madone du sleeping Paris-Méditerranée qui en gare de Sète cherche son terminus près de la tombe à Georges mais ne la trouve pas. Ce qu’elle a sur le cul est garni de dentelle mais le poète est mort et ne peut plus bander toute son énergie pour attirer la belle. Ah la la ! Quel gâchis ! Elle qui justement cherchait une moustache parce que c’est meilleur, le slam, avec du poil.
J’écris le slam du gars d’Oslo dont le slogan est « tous au slow à l’élastique » et sur son pagne est dessiné un plan de campagne finlandaise où les bergers sur des échasses gardent les moutons des nuages coincés au chambranle des portes.
J’écris, vous l’aurez deviné, le slam du réchauffement climatique, de l’industrie textile restée sur le carreau car il n’est plus besoin de porter de chemise, la cravate est tombée et nous errons pieds nus sous quarante degrés partout sur nos gamelles. Un reste de pudeur fait que d’aucuns portent encore un kilt en Elseneur, un caleçon rue d’Isly, un bermuda au Triangle à Rennes, un string en Slovaquie, un slip au Vatican pour voir son Eminence.
J’écris le slam de l’archiduc mort à Sarajevo le même jour que moi enfin le même jour quarante années plus tard où moi j’ai vu le jour pour la première fois. Il y avait encore de l’eau tombant du ciel et nous portions alors d’affreuses barboteuses. Je me souviens encore de ce siècle passé, le slam n’existait pas et l’on se demandait dans les chansons d’alors si les chemises de l’archiduchesse étaient bien sèches * et l’on avait projet d’aller pendre son linge sur la ligne Siegfried pour voir si l’antisLASH VOLAIT DES VACHES QUI RIT. C’était guerre contre paix.
Loin des réclames de la lessive, hors du temps qui délave tout « cause you know that time, time fades away » j’écris le slam des lessivés qui en ont pris plein les gencives, des gnons, des champignons, des hallucinations, de la science-fiction et des coups de bâton et qui slamment ici leur dernière salive et crachent pour demain des salves de noyaux d’olive avant que ne se pratique une explosion d’ogive en grand bouquet final de l’évaporation d’une espèce de monde assez chic, assez chié, asséché à jamais.
Joe Krapov est poète, humoriste (?), musicien à ses heures et photographe à seize heures trente. On trouvera ici un choix de ses productions dans ces différents domaines.