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Mots et images de Joe Krapov
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6 février 2021

N'ORMEAU-LISATION

200225 Nikon 219C’est dans le quartier de Quineleu, à Rennes, que se trouve la rue des Ormeaux. Je n’ai pas grand’ chose à en dire sinon qu’ont vécu ici, pas très loin, dans l’impasse de la Herpe rebaptisée rue Albert Martin, les arrière-grands-parents puis les grands-parents de mon épouse.

Ce quartier du sud immédiat de la gare est resté presque dans son jus, à base de maisons de cheminots. Elles sont aujourd’hui habitées, comme celles du quartier Sainte-Thérèse, par une population de bourgeois-bohême. Mais qui peut se payer le luxe d’habiter un centre-ville aujourd’hui sans entrer peu ou prou dans cette catégorie ?

Le meilleur moyen de gagner ce quartier de Quineleu est de passer, sans faire le zouave, par-dessus le pont de l’Alma qui enjambe les voies de chemin de fer et près duquel aucune princesse anglaise ne vient se crasher ou alors c’est qu’on ne me dit pas tout.

200225 Nikon 186Au bout du pont vous tournez tout de suite à gauche dans la rue de Châtillon et vous passez entre les lieux d’enfermement les plus emblématiques de la ville de Rennes. Sur votre droite se trouve la prison des femmes et sur votre gauche cet immeuble de bureaux neufs complètement grillagé que j’ai pour ma part baptisé « la Burqa ». Le vocable « architecte » est un gros mot partout, pas seulement à Bruxelles, et le concept de permis de construire débouche très souvent sur une insulte à l’environnement.
 

200225 Nikon 184Après, vous vous perdez dans un labyrinthe de rues presque toutes semblables les unes aux autres et surtout envahies par des SUV stationnés-là parmi d’autres voitures de taille imposante. Le concours de celui qui a la plus grosse n’est toujours pas terminé.

Comment remettre de la poésie dans tout cela ? C’est bien simple suggéré-je à Nathalie A., notre maire préférée, que j’aime bien quand même malgré ses partis pris architecturaux ultra-minéraux et limite très moches. En rebaptisant tout ! Puisqu’il y a une rue des Ormeaux, faisons comme dans les lotissements neufs : créons l’unité du lieu par la thématique maritime ou zoologique induite par ce nom de rue ! Appelons Brigitte Bardot à la rescousse ! Rebaptisons les rues de Quineleu à l’aide de coquillages et crustacés !

Exit la rue de Riaval, fin de la rue Jean Boucher, arrêtons-nous à la poissonnerie !

Voici mes suggestions du jour :

200225 Nikon 228

Rue de la Môme Crevette, personnage de Georges Feydeau
Rue de la Moule rieuse
Rue de la Bernique hurlante, café rennais
Rue Marcel Gamba
Rue Bernard Lhermitte, frère d’acteur
Rue des Sœurs Palourde (elles étaient de mœurs légères)
Rue des Longs couteaux (à éviter la nuit)
Rue Homard Matuer
Rue du Crabe aux pinces d’or
Rue Abalone Some, cow-boy
Rue des Quatre praires d’Altona
Rue O. Bulot (elle donne dans la rue des Trois huît·re·s)
Rue Coquillard Saint-Jacques
Rue Casse-corps et Mollusque
Rue Yoko Bigorneau
Rue de l’écrevisse platinée
Rue Jean Tanlamer
Rue de la Naissance de Vénus
Rue Monseigneur Pétoncle-Walrus, prélat belge

***

200225 Nikon 217Marina B., mon épouse préférée, m’insinue dans les conduits auditifs que la rue des Ormeaux aurait été ainsi dénommée en référence aux arbres qui portent ce nom ou aux jeunes ormes plutôt qu’à ces coquillages en voie de disparition..

En arrivant à la fin de ce billet, il se pourrait donc que j’aie tout faux quelque part ! Voilà ce que c’est que d’emboîter le pas à la première idée qui passe en arborant un « suivez-moi-jeune-orme » derrière son chapeau !

Si malgré cela j’ai le droit de revenir en deuxième semaine, je repartirai de zéro et parlerai du jeu Abalone que je ne connais pas et auquel sans doute je ne comprendrai rien non plus !

Car voilà, la preuve en est apportée à nouveau : en ce bas-monde l’imbécile curieux et indigeste survit mieux que le coquillage nacré, comestible et fort couru !


Ecrit pour le Défi du samedi n° 649 d'après cette consigne : abalone

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27 janvier 2021

C'EST VOUS LE ZOMBIE ?

A corps et à cris je l’aurais réclamé, ce quatrième voyage dans la cité des doges ! J’en avais fait le titre d’un recueil de poèmes : «Je veux retourner à Venise !».

Eh bien désormais, c’est fini. Y’a du tirage entre nous. Elle est devenue, la Sérénissime, un paradis au rabais, le diable incarné, la marionnette de la mondialisation.

Quand je vois ces documentaires sur le tourisme de masse, j’ai un cœur qui saigne. Entre les paquebots géants, les commissariats et presbytères transformés en hôtels ou en restaurants, le ballet bleu des valises à roulettes et les Airbnbs à tous les étages, je me dis qu’on se tape la tête. C’est qu’il y en a des Béotiens et du «beau» monde au balcon qui trouve juteux à souhait de transformer cette ville belle à pâlir la nuit en Disneyland mondial.

carte-plonk-1020

Alors tant pis pour le carnaval, les gondoles sous la neige, les couleurs de Burano, l’acqua alta que je ne verrai pas ou plus. Continuez le massacre sans moi ! Il me reste mes photos de lieux diaphanes en diable, mes petites aquarelles et mes disques de Vivaldi.

De toute façon il y a désormais un tueur parmi nous. Les voyages sont interdits pour un sacré bout de temps ! Respire Venise ! Remercie le virus qui t’apporte la paix ! Nous autres qui nous prenons tout sur le paletot, nous serons bientôt tous au pageot avant d’aller dormir dans le cercueil capitonné qui nous attend plus vite que nous n’avions prévu !

J’arrête ici mon homicide-blues ! Bonne année pour les gnomes quand même !


Pondu pour l'Atelier d'écriture de Villejean du mardi 26 janvier 2021

d'après la consigne 2021-16 ci-dessous.

25 janvier 2021

PAF ! PRENDS ÇA DANS LE PIF !

- J’ai toujours peur qu’il m’arrive un truc moche, Julot !

- C’est pour ça que t’es pas sortie de ta chambre depuis deux jours ? Qu’est-ce qui peut t’arriver ? Un bouton sur le pif ? Il n’en serait que plus joli, ma princesse adorée !

- Je ne sais pas pourquoi, en ce moment, je ne pense qu’au grand amour romantique et passionnel…

- Eh bah bravo, c’était bien la peine de faire un bac + 10 ! Si c’est pour accoucher d’une midinette qui pense comme chez Harlequin!

- Sincèrement, je crois que j’ai gâché ma jeunesse, Jules !

- Comme neuf Français sur dix ! Huit Italiens sur neuf ! Trois Egyptiens sur quatre ! Allons, ils ne te plaisent plus nos petits cinq à sept ?

- Non. De toute façon, le sexe, j’ai décidé d’arrêter !

- Mais c’est monstrueux ! MONSTRUEUX !

- On ne peut pas en dire autant de ce qu’il y a sous ta ceinture. Ces derniers temps t’a pas souvent la gaule au moment du repos du guerrier ! T’es pas que mou du genou, mon chou ! Ca va être dur à encaisser, C.J.C., mais j’ai pris la décision : je te quitte !

- Ah ben voilà, nous y sommes ! A l’ancienne, quoi ! Peux-tu m’expliquer pourquoi la moutarde t’est montée au nez, tout d’un coup ?

- Vaudrait mieux pas. Ça risque de trop piquer. C’est une accumulation. Rappelle-moi : ça fait combien de temps qu’on se connaît ? Depuis que je suis arrivé en tapis on a mis trop de poussière et de rancœurs dessous, ça m’asphyxie, ça m’empoisonne et ça peut exploser grave. Méfie-toi, ces derniers temps je pars au quart de tour !

- Je sais ; t’es connue pour ça ! Tu as un caractère à t’emporter pour un rien, à briser les vases, à grimper aux rideaux. Combien de fois ne t’ai-je pas conseillé de te calmer, ma douce ?

AEV 2021-15 Jean-Paul - reine du muguet

- Non je ne me calmerai pas ! Non je ne me calmerai pas, connard ! J’en ai marre de ta soif de pouvoir, de tes côtés machos, mégalos, proxos, triomphaux. T’es vraiment qu’une caricature de Julot !

- Allons, allons… Une petite tisane à la camomille ? Et puis cesse de jurer comme ça ! Les femmes sont en général plus distinguées que les hommes

Paf ! Elle le gifle !

- C’est ça, et moi je suis Cléopâtre !

- Ben ? Oui, bien sûr ! Non ? D’un seul coup d’un seul t’as été élue reine du Muguet à Compendium (Gaule supérieure) ?



Pondu pour l'Atelier d'écriture de Villejean  du mardi 19 janvier 2021

d'après la consigne n° 2021-15 ci-dessous.

13 décembre 2020

CONSIGNE D'ÉCRITURE 2021-11 DU 8 DÉCEMBRE 2020 A L'ATELIER DE VILLEJEAN

Les Chats de Ronald Searle

 

Racontez une histoire de chat·te·s ou d’autre chose à partir des dessins de Ronald Searle. Si besoin, vous pouvez puiser dans cette liste d’anagrammes du nom et du prénom de ce dessinateur anglais de quoi corser l’exercice.

Adoré(e)s - adorer - aérons - allées - allers - allons - anales - Andreas - arènes - Arnold - arondes - arrose - arrosée - arsenal - Dallas - dallas - dallée - dalles - dansée - danser - dansera - darons - dealer - dealers - désolé - désoler - désolera - dollars - dorées - dorsal - dorsale - drôles - Eleanor - endors - enrôlé - enrôler - érodés - erronés - errons - ladres - Länder - landes - lardée - lardons - larrons - larsen - leaders - Léandre - Lenore - Leonard - léonardes - lésera - lodens - Londres - Lorena - narrées - narres - narrés - nasale - Noëlle - ondées - orales - ordres - Orléans - ornées - Ornella - orneras - radars - râlera - râlons - Randall - rasade - redorés - rénale - rénales - renard - renardes - rendes - rendors - rendra - rendras - rendre - réséda - rôdera - Roland - Rolande - rollers - Ronald - rondelles - rondes - salade - salera - salonarde - sandale - Sandra - sandre - sardane - seller - Serena - soldée - solder - soldera - sondée - sonder.

Cliquez sur les images pour les agrandir.

 Ronald Searle 1 Oiseau de lune

 Oiseau de lune

Ronald Searle 2 Il est terriblement sensible 

Il est terriblement sensible

 Ronald Searle 3 Dolce vita

 Dolce vita

 Ronald Searle 4 Le Mal aimé

Le Mal-aimé

 Ronald Searle 8 Pour vous

Pour vous

 Ronald Searle 9 Happy ending

Une fin heureuse

 Ronald Searle 11 Chat en cornet
 Un chat en cornet

 Ronald Searle 10 Le Gourmet incompris

 Le Gourmet incompris

 Ronald Searle 5 Comme il est adorable

Comme il est adorable !

 Ronald Searle 6 Bye Bye blues

 Bye bye blues

 Ronald Searle 7 Le Bon vieux temps

Le Bon vieux temps

 Ronald Searle 12 Le Regret de la puberté

 Le Regret de la puberté



D’autres dessins de chats de ce même auteur sont disponibles ici. Si vous les utilisez, merci d’indiquer l’Url de l’image dans votre courrier (clic droit, copier l’adresse de l’image).

4 décembre 2020

ENTRE LES TROUS DE LA MÉMOIRE (1)

Appia 01 B Entre les trous de la mémoire

T’en souviens–tu, la Seine ? Ou plutôt vous en souvenez-vous, Madame la Seine, de mes virées le long de vos quais ?

Oui, je sais, c’est de l’histoire ancienne et ce n’est pas vous que je regardais. Je farfouillais dans les bacs verts des bouquinistes où je trouvais quelquefois, tel le pêcheur de perles, des trésors de papier.

C’est bizarre comme, avec les années qui cognent, mes dix ans à Paris sont devenus quelque chose de flou. J’étais à l’époque un drôle de petit bonhomme, discret comme un personnage de Sempé, qui allait écouter en concert des gens comme Higelin, Steve Hackett ou Neil Young, fréquentait assidûment le cinéma Olympic, le Studio 28 ou ceux du Quartier latin, lisait énormément et c’est sans doute chez Gilbert jeune, sur le boulevard Saint-Michel, que j’ai trouvé ce poster de Dominique Appia.

Billet de concert Neil Young 3-03-76

Il ne fut pas difficile d’ajouter une image aussi bizarre à mon mystère ambiant et à mon studio d’intello miteux. Pour une solitude comme la mienne la science-fiction, l’imaginaire, le rêve étaient le carburant dont j’avais besoin pour être bien dans ma fusée.

Je m’étonne, aujourd’hui que je suis devenu un dinosaure, de n’avoir jamais éprouvé d’inquiétude devant les tableaux d’Appia, de Magritte ou de Delvaux. Famille pour famille, les beaux enfants des peintres surréaliste m’ont accompagné pendant quarante-quatre saisons et si j’écrivais de la poésie douce-amère à l’époque, je n’ai jamais pensé qu’il fallait écrire pour ne pas mourir. J’avais la légèreté du flocon papillon et l’ai sans doute encore.

Le centre du motif, ce tas de livres qui brûle à même le plancher dans un appartement ouvert aux quatre vents ne m’a jamais semblé un symbole oppressant. La glaciation du temps à gauche, le buste de géant dans la pièce plus sombre et le miroir vide ne m’ont jamais mis le cœur à l’ombre. Je ne me suis jamais vraiment demandé ce que ça fera le jour où ça craquera. Peut-être que je suis au fond aussi inconsistant que les deux enfants du tableau qui n’ont ni ventre ni sexe et rêvent de prendre un bateau demain pour arriver à La Rochelle par la mer, de visiter les cathédrale de Gulliverte, d’entendre l’histoire des douze petits cochons ou de redresser la tour penchée de Pise.

Et pourtant, Madame la Seine, je ne suis pas qu’un rêveur Lennonien. J’ai toujours fait la vaisselle chez moi, toujours bossé sans à-coups et il aura fallu, pour qu’on m’apprivoise, qu’une sorcière comme les autres - ou pas ! - vienne me faire l’honneur d’une valse marine. On s’est connu, on s’est reconnu et on ne s’est pas séparés. J’ai suivi la femme du vent dans son pays bleu de western breton. L’éternelle histoire !

Voilà pourquoi je ne connais plus personne à Paris, à part vous. J’aurai tant de choses à vous dire si un jour je reviens mais si je ne parle pas ne vous inquiétez pas. Je sais que vous êtes une porteuse d’eau, que votre temps est précieux et que vous avez à faire par les champs inondés. L’Apollinaire enfant qui pleure sur le pont Mirabeau ou l’adepte de la java d’autre chose qui arrive avec ses « Me v’là ! J’ai une lettre ouverte pour Madame Elise LaSeine que c’est même pas grave si c’est Thérèse dans la vie en vrai», je comprends très bien que ça vous glisse dessus.

Pondu pour l'Atelier d'écriture de Villejean en ligne le vendredi 4 décembre 2020

d'après la consigne 2021-10 ci-dessous

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8 novembre 2020

DÉMON ET MERVEILLE

AEV 2021-06 Jean-Paul - souris

Mon oncle est comme ça. C’est un distrait. Il ne s’est pas rendu compte, le jour où il a fait l’acquisition de son perroquet Jacquot qu’une gigantesque faille avait eu lieu dans le continuum spatio-temporel. Et pourtant, dès le matin au réveil, le responsable de l’accident était sous son nez : Dieu avait pris la forme d’une souris blanche échappée de son laboratoire de Wuhan en Chine où Il avait, une fois de plus, fait une expérience qui avait mal tourné.

A la décharge de Monsieur Hulot, mon oncle, il faisait encore noir dans l’atelier de peintre qui lui servait de logis. Quand Tonton avait appuyé sur l’interrupteur, le monde au-dehors s’était allumé et Dieu avait émis un tout petit «kwiiiik » ce qui signifie « Agence Fiat Lux » en langage de souris chinoise et est la formule magique pour disparaître sous un trombone qui, lui, s’était échappé d’un tableau de René Magritte. 

AEV 2021-06 Jean-Paul - 02 Trombone

***

AEV 2021-06 Jean-Paul - descheinsIl faisait très beau ce jour-là. Après la douche et le petit-déjeuner, Tonton s’est quand même étonné, en refaisant son lit, de découvrir cette affichette « Les Deschiens » qui n’était pas là la veille. Sous cette seule inscription un cabot vulgaire, chien blanc à oreilles noires, un de ces bâtards faméliques comme il y en avait en bas de chez lui, urinait dans un pot de fleurs devant le volet roulant métallique d’un commerce parisien classique. « Non mais dis ! » a pensé mon oncle puis il n’y prêta plus attention car mon oncle, à l’instar de certaine fourmi, n’est pas prêteur. Il enfila donc son imperméable, prit son parapluie, mit son chapeau, bourra et alluma sa pipe et sortit. Il démarra son Solex et, perché sur le fil à linge tendu entre son troisième étage et le parc des Buttes Froidmont, il traversa la rue en mettant K.O. les lois de l’équilibre. Mon oncle n’est pas prêteur mais il est un peu acrobate voire funambule.

***

AEV 2021-06 Jean-Paul - téléphone

Et puis mon oncle a traversé la fête foraine franco-belge déjà fort fréquentée à cette heure matinale. Il ne s’est pas étonné plus que ça de voir monsieur Schmütz et le marchand de glaces régler leurs affaires en parlant dans un téléphone sans fil ! Il ne s’est pas demandé non plus ce que fichait là l’image de Bob l’éponge, une série télévisée de 1999, dans son paysage de 1958. Mon oncle est un obsessionnel pas vraiment multitâches, à part quand il met les pieds dans un pot de peinture. Quand il a décidé d’aller s’acheter un perroquet, il va s’acheter un perroquet et rien ne le distrait de sa tâche, ni mufti, ni multi.

***

Sauf qu’en revenant du quai de la Mégisserie avec Jacquot bien attaché sur le porte-bagages, mon oncle a traversé un drôle de parc. Un étudiant à bésicles, assis sur un banc à côté d’un papy ronfleur tapait sur une machine à écrire ultraplate ornée d’une poire et d’un écran multicolore. Un réparateur énervé bricolait une fontaine en forme de poisson exactement semblable à celle de son beau-frère et Dieu qui avait retrouvé son visage bonhomme de chez Jean Effel, crâne chauve et barbe blanche tout en rondeur, jouait à l’arroseur arrosé. Mon oncle s’est arrêté au carrefour de plusieurs chemins pour savoir vers quelle sortie il devait se diriger. La roue arrière de son solex reposait sur le tuyau de Dieu qui s’est gratté la tête devant la coupure d’eau imprévue. Dans le même temps le réparateur exultait de joie : sa fontaine remarchait à jet puissant, si bien que monsieur Hulot, croyant à une averse, a dû ouvrir son parapluie. Puis il a continué sa route et est sorti du parc.

***

AEV 2021-06 Jean-Paul - panneauxC’est là qu’il a compris qu’il s’était perdu, qu’il était passé dans un autre univers, peut-être celui où Dieu est remplacé par les Sœurs Tatin et leur tarte aux pommes renversée. « Au nom de Stéphanie, de Caroline et de la tarte aux pommes renversée, ainsi soit-il ! » a prononcé Jacquot qui lit dans les pensées de son maître et n’oublie jamais de blasphémer tant qu’il peut quand il peut. Mon oncle est resté longtemps perplexe devant les panneaux indicateurs en allemand sans doute restés là depuis l’occupation où alors c’est qu’on avait perdu la guerre dans cet univers-ci.

AEV 2021-06 Jean-Paul - gilet jaune Il fut troublé aussi par l’embryon de manifestation de gilets jaunes qui grogngrognait contre la grille du parc et contre la cronnerie des élites dirigeantes. Alors Jacquot lui a dit :

- Cesse donc d’être dans la Lune et regarde le doigt de la statue, espèce d’imbécile !

AEV 2021-06 Jean-Paul - LichtenbergEt de fait, sur le terre-plein central, la statue équestre du général von Lichtenberg indiquait en tendant l’index de la main gauche la direction de la Samaritaine où l’on trouve tout y compris des couteaux sans lame auxquels il manque le manche. En redémarrant mon oncle n’a pas remarqué la voiture rouge et son chauffeur fumeur de pipe qui le prenait en filature mieux encore qu’à Roubaix mais Jacquot l’a repéré et reconnu.

- Ca alors ! Nestor Burma dans sa dégaine de Jacques Tardi ! Mais qu’a-t-il fait de sa pipe à tête de taureau ? Celle-ci n’a pas de cornes !

AEV 2021-06 Jean-Paul - Burma

***

Jacquot raconte très bien la suite du retour à la maison. En passant devant la librairie Rabier mon oncle a grillé un feu rouge, provoquant ainsi un énorme carambolage : cinq derrières emboutis, un véhicule encastré dans un feu rouge, une caisse d’oranges renversée, un chat échappé, un poivrot aviné, un adultère consommé, une vieille fille effrayée, un papy renversé, une grand-mère et un bébé écroulé·e·s de rire. Mon oncle ne s’est pas arrêté puisqu’il n’a pas d’yeux ni Dieu derrière la tête – Il était reparti à Wuhan -. Jacquot à lâché le poisson volant qu’il avait attrapé sur le pont où Hulot s’était encore perdu – qu’allait-il faire sur la rive gauche ? – et il a déclaré devant toute cette pagaille : « Ca leur apprendra à sortir sans Ausweis en pleine période de confinement et de couvre-feu ! ».

***

AEV 2021-06 Jean-Paul - palmerPuis mon oncle a salué de la main un copain aperçu sur le trottoir. Ce faisant il a perdu le contrôle de son véhicule, il a pénétré dans un chantier de construction, y a provoqué un bazar monstre et toute une série de chutes, dont la sienne. Le solex est partie d’un côté, plutôt vers l’antérieur, mon oncle d’un autre, plutôt sur le postérieur et Jacquot est sorti de sa cage, plutôt vers l’extérieur. Alors Hulot lui a couru après, il a mis le pied dans un pot de peinture, il est passé devant chez Tati sans croiser Jack Palmer et il est entré dans l’immeuble du n° 4 de la rue des Petits-Champs où Nestor Burma a son agence de détective privé. Il a grimpé l’escalier à grandes enjambées, est parvenu aux combles (de l’inquiétude ?), a marché sur la gouttière et a rattrapé Jacquot par la queue. Le perroquet savant dit qu’il a triché en s’appuyant sur la tour Eiffel mais bon, vous savez comme sont les perroquets et Donald Trump : toujours de, mauvaise foi et prêts à répandre des faits non avérés qu’ils appellent « défèque-niouzes ».

***

D’ailleurs, est-ce que tout cela est bien vrai ? Jacquot a trouvé un éditeur un peu naïf, les Editions du Rouergue, qui a bien voulu publier ses mémoires : trois tomes de chacun six cents pages. Il a utilisé pour ce faire le pseudonyme de David Merveille et ça s’intitule « Le Jacquot de Monsieur Hulot ».

AEV 2021-06 Jean-Paul - burma 2Il raconte que mon oncle, à l’instar de Christian et Cyrano est même parvenu, grâce à lui, son plumage et son ramage, à obtenir les faveurs d’Hélène Chatelain, la secrétaire de Nestor Burma qui, pour une fois, n’a rien vu venir ! Il sera peut-être plus efficace dans le tome 4 s’il acquiert un cabriolet 504 avec un téléphone mobile ?

J’hésite pour ma part à suivre le perroquet dans ses nombreux délires. J’ai même l’impression que tout ça, c’est du cinéma et rien d’autre !
 

AEV 2021-06 Jean-Paul - cinéma

 

Pondu pour l'Atelier de Villejean en ligne du mardi 3 novembre 2020

d'après cette consigne

24 octobre 2020

AMOUR, CASTAGNETTES ET TANGO

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- Lasso ! Lasso ! Tout de suite j'ai pensé à elle !

- La femme au lasso ? C'est quoi, son titre de gloire ?

- Elle en a attrapé six, quand même !

- D'un coup ? Comme le petit tailleur qui a abattu sept mouches et qu'on envoie combattre des géants ?

- Non, pas d'un coup, c'est interdit chez nous. Ca lui a pris quelques décennies.

- Pour attraper six mouches au lasso ?

- Non, six maris.

- Mais de qui tu parles exactement ?

- De Gloria Lasso !

- C'est qui ?

- Une chanteuse des années cinquante.

- Ah, je vois ! Du coup tu vas encore nous balancer une chanson de ton temps !

- Non, je ne vais pas vous interpréter une chanson de mon temps, je vais vous chanter une chanson de Montand !

- T'es difficile à suivre aujourd'hui. Tu nous parles de Gloria Lasso et tu ne veux pas chanter une de ses chansons ?

- Non, j'ai préféré une chanson d'Yves Montand qui parle de lasso.

- Tous aux abris, les gars, les filles !

 



Ecrit et interprété pour le Défi du samedi n° 634

d'après cette consigne : lasso.

3 octobre 2020

99 DRAGONS : EXERCICES DE STYLE. 61, Récit de rêve

Saint-georges par Baden Powell (communiqué par Baden Powell le 27-09-2020) 127705243

Ah la la ! Quel imbroglio ! Je me suis réveillé ce matin dans un état proche de l’Ohio ! Quelle belle série de rêves idiots !

Primo, j’étais attelé à un chariot et j’allais dire des fabliaux à la Taverne d’Attilio – où était-ce le Don Camillo ? – pour un public de gens spéciaux, drôles de zoziaux par trop joviaux tous venus de Bonifacio ou d’Ajaccio où souffle ce vent de folie qu’on appelle le Libeccio. On me dételait du chariot, on me poussait sur les tréteaux et mon impresario me lançait depuis les coulisses :

- Vas-y ! Chante leur « O sole mio » ! Tu enchaîneras ensuite avec « Si tu vas à Rio » de Dario Moreno puis « Le petit joueur de flutiau » de Brassens.

J’étais tétanisé, sans voix, agonisant, bon pour un passage en cardio. Il est vrai que les dragons ne chantent pas ce genre d’airs familiaux que l’on entend à la radio ou qu’on joue sur l’autoradio. Ils n’ont pas la voix d’un loriot ni celle de Don Juan Tenorio. Je n’ai rien d’un griot et s’il me fallait un jour fréquenter la musique, je préférerais de loin l’adagio d’Albinoni ou le Juditha triumphans, ce bel oratorio de Vivaldi, voire les Capriccios de Paganini.

Bref je restais muet devant le micro et les Corses, peu conviviaux au naturel, devinrent bientôt antisociaux voire triviaux puis vipériaux, me balançant des noms d’oiseaux et des glaviots. Le calme s’en revint lorsque j’ouvris la gueule et que d’une flamme puissante je mis le feu à tout le patio ! Houla ! Comme ils sont redevenus cordiaux ! Seulement, la tronche du proprio !

Ayant fait place clarinette je jouai alors le trio des quilles de Mozart et des flûtes pour aller dans des lieux plus enchantés.

Deuzio, rêve encore plus dingo : au bout du viaduc de Millau je rencontre un autre barjo avec des habits ecclésiaux, des affûtiaux de nobliau, monté sur un bidet tout blanc et ses grands chevaux qui me demande mes fafiots (si vous n’avez pas votre Gaffiot, je vous traduis : les fafiots ce sont les papiers).

Il me questionne :

- D’où c’est que vous venez ?

- De la station Campo–Formio, c’est direct avec le métro !

- Où qu’vous allez ?

- C’te question ! A Mogadiscio, San-Antonio, en Ontario ou aux pays équatoriaux ! A Quimper, aux faïences Henriot ou à Baguio 78 voir jouer Tolia Carpovio contre Victor Kotchnio !

- D’après ce que j’vois d’écrit ici, vous vous appelez Marcel Petiot ? qu’il continue, le Fantasio.

- Jamais d’la vie ! C’est quoi, ce nouveau scénario ? Tu vois bien qu’je suis un bestiau ! J’m’appelle Elliott ou Emilio, je suis de la classe des marsupiaux et champion de France des arts martiaux. Et toi, t’es qui, Super Mario ?

Le maigriot, sur ses ergots, prend des airs inquisitoriaux, aérospatiaux, comme Blériot chez Latécoère, et manche à balai dans le derrière, mordant comme un chiot en colère, d’humeur guerrière, décline son identité :

- Tout le monde m’appelle San Giorgio. J’suis c’qu’ on appelle un estradiot ou un stradiot, un éclaireur qui vend du bio aux provinciaux. J’ suis envoyé par le daïmio pour retrouver le salopiot qui boulotte toutes les côtes d’agneau et qui a foutu l’feu au studio ! Numérote tes abbatiaux ! Prépare ta tête pour le billot, docteur Petiot !

Voilà-t-y pas que ce salopiot m’balance un chtard dans les tuyaux ! Oh la la ! Ca va être sa fête ! J’vais lui réclamer des agios, au loupiot ! Tu vas voir, tristesse d’Olympio, qu’t’eusses mieux fait d’choper la polio ! J’vais t’soigner ton compère-Loriot ! J’vais t’transformer en carpaccio ! En atriaux, eh, Pieds nickelés !

Y eut-il massacre à l’île de Scio ? Si le viaduc était un bateau, lequel des deux chut du rafiot ? Se battit-on (Oh chou ! Ma chère !) avec brio ?. (Oui je sais Battiston-Schumacher, c’est nul, mais, à contrario, c’était aussi dans le rêve !). Je ne sais plus : c’est à ce moment-là que je me suis réveillé pour aller pisser.

Tertio : une fois que j’ai eu replongé, je me suis retrouvé dans le bus n° 11 dans une ville nommée Rennes avec un masque sur le visage et je lisais un in-folio sur le catalogage des fonds patrimoniaux. Il y avait plus loin une fille en robe rose, masquée elle aussi, qui appuyait sur le bitoniot pour demander l’arrêt du char à la station Charles Géniaux. Je l’ai bien reconnue la fille ! Elle s’appelait Isaure Chassériau. C’était la belle-fille du député Guyot-Desfontaines ! Mais après elle a disparu et j’ai fini ma nuit tranquille en censurant tout le restant du matériau.

***

Bon, c’est pas le tout ça. Qu’est-ce que j’ai sur mon agenda aujourd’hui ? Ah oui. « Aller bouffer des brebis en Libye ». Pourvu que je ne tombe pas là-bas sur un de ces frappadingues adverbiaux d’ces bas du Front Police à Rio !

St-Georges patron de Cacéres par Walrus 127705049

Illustrations aimablement fournies par notre bien-aimé oncle Walrus
que je remercie de son soutien à l'entreprise Nonante-neuf !


Ecrit pour le Défi du samedi n° 631 d'après cette consigne : Imbroglio.

23 septembre 2020

CONSIGNE D'ÉCRITURE 2021-02 DU 22 SEPTEMBRE 2020 A L'ATELIER DE VILLEJEAN

Les 100 mots de Proust et les phrases de Fabcaro


Voici une liste de cent mots qui se rapportent à Marcel Proust. Il vous est demandé d’en inclure un certain nombre dans un texte dont les verbes seront à l’imparfait ou au présent et où les phrases auront une longueur certaine, à l’exemple des deux phrases ci-dessous extraites de « Broadway » de Fabrice Caro

AEV 2021-02 Consigne 100 mots de Proust

Albertine - Amour - Argent - Art - Asthme - Automobile - Bains de mer - Baiser - Beauté féminine - Bicyclette - Bouc émissaire - Bœuf mode - Cabourg-Balbec - Céleste Albaret - Chambre - Champs-Élysées - Charlus - Clan - Clemenceau (Georges) - Combray - Compassion - Contrat masochiste - Corps - Cruauté - Culpabilité - Demoiselles du téléphone - Domestiques - Dostoïevski (Fiodor) - Drame du coucher - Dreyfus (affaire) - Duel - Église - Enfance - Exhibitionnisme - Faire catleya - Faubourg Saint-Germain - Féminité - Fétichisme - Figaro (Le) - Flaubert - Fleurs - Francité - Galanterie - Goûter - Guermantes (les) - Guerre de 1914-1918 - Hardiesse - Homme-femme - Homosexualité - Impression - Impressionnisme - Incorporation - Instruments d’optique - Ivresse - Ironie - Jalousie - Je - Jean Santeuil - Jeunes filles - Langage - Léonie (tante) - Libertinage - Lieux - Lois humaines - Madeleine (Petite) - Maison de passe - Mal - Médecine - Mémoire - Mensonge - Mère - Métaphore - Moyen Âge - Musique - Noms - Nourritures - Nouvelle revue française - Nuit - Odorat - Paperoles - Paris - Pastiches - Peintres italiens - Personnages - Philosophie - Photographie - Phrase - Plaisir - Plaisirs et les Jours (Les) - Politique - Prix Goncourt - Publication - Réminiscence - Rêve - Ritz (hôtel) - Rivière (Jacques) - Ruskin (John) - Sainte-Beuve - Saphisme - Sensation - Sexualité - Signes obscurs - Snobisme - « Suave mari magno » - Swann (Charles) - Temps - Train - Venise - Verdurin (les) - Vermeer de Delft - Vision - Voyeurisme - 

Sa femme Christine l’a quitté il y a deux ans pour un chiropracteur, et je remarque qu’on nomme toujours par sa fonction celui pour qui l’on est quitté, comme si la fonction était déterminante dans la séparation, comme si le fait qu’il soit chiropracteur avait son importance, un chiropracteur, ben voilà, ça m’étonne pas, ça, ils en ratent pas une ceux-là.

Plutôt que de s’effondrer, plutôt que d’aller voir Notre-Dame d’Espérance et allumer un cierge pour que le chiropracteur perde un œil comme l’aurait fait n’importe qui, il l’avait admis, intégré, digéré, même si je ne doute pas qu’il en avait été meurtri et l’avait couvé dans son ventre comme un poison brûlant, mais il s’était aussitôt remis en selle, fût-ce une selle provisoire, dans un réflexe de méthode Coué, comme s’il s’agissait d’un cycle tout à fait normal, comme si tout ça était dans l’ordre des choses : on est deux, puis un jour on est un, alors il faut être deux à nouveau, en route pour de nouvelles aventures. 

28 mars 2020

99 DRAGONS : EXERCICES DE STYLE. 54, Entre nonsense carrollien et fantasy harrypotterrienne

C'est celui qui le Jabberwockquidditch qui l'est !

Il était Wimbourne et les poursuiveurs
Fondaient dans l’hermione et s’y confinaient.
Les Suédois étaient trop courts du museau
Et les Holyheads harpies horcruxaient.

- Prends garde au méchant Jedusor, enfant !
A ses griffes qui happent, à sa gueule qui mord !
Méfie-toi de l’oiseau détraqueur, et fuis devant
Le très boutenchoc serdaiglatraptor ! »

DDS 604 Jabberwocky 2423932

Emportant avec lui son effrayant cognard,
Il partit en quête du vivet doré.
Contre l’arbre moldu, il alla s’adosser
Et se mit à réfléchir un instant :

- Pré au lard ! Choixpeau, phénix et Tutshill !
Que Bièreobeurre Porpington me vienne en aide !
Que ses ailes d’argent me magicprotectionnent !
Que je sois vigoureux comme le Rowlingstone ! »

Il était encore tout à ces pensées fort souafles
Quand le grand Jedusor, les yeux emplis de flammes,
Fendit le dumbledore à pas mangemortels
En ponctuant sa course de soucoupes de feu.

Et une ! Et deux ! Et tiens ! Et vlan ! Sans une trêve,
Le balai dispensa ses reliques de mort.
Une fois la bête à terre, il lui ôta la tête,
Et l’envoya danser dans les trois anneaux d’or.

- Le grand Repousse-ombrage par ta lame est tombé ?
Viens vite dans mes bras, mon enfant portoloin !
Ô broumseupe journée ! Fourchelangue et diadème ! »
Glouffa le père absent dans un élan de joie.

Il était serpentard et les chocogrenouilles
Sprintaient dans le poufsouffle et s’y poudlardillaient.
Les frelons de Queerditch étaient en pétuniage
Et les Porskoff cogneurs, galamment, pinceviffaient.


Ecrit pour le Défi du samedi n° 604 d'après cette consigne : quidditch

26 mars 2020

LE HARENG A LA JAPONAISE

Léon le pêcheur 01 réduit

A la maison, en ce temps-là, il n’y avait que le grand-père pour manger du poisson.

C’est peut-être parce qu’il était lui-même un grand pêcheur devant l’éternel. A revoir les albums et les boîtes de photos que j’ai récupérés récemment on pourrait croire qu’il a passé sa vie à accrocher des vers au bout de son hameçon, à monter des lignes avec des petiti plombs, à amorcer, à surveiller son bouchon, à se faire photographier avec de jolies prises.

C’est peut-être cela, le secret du bonheur : être pêcheur au bord de l’eau.

Tout ça pour dire que Maman, qui faisait les courses des deux familles, s’arrêtait parfois « au Saumon d’or », chez Jules Turbiez, le poissonnier de la grand’rue, et qu’elle ramenait des rollmops ou des harengs saurs qu’on appelait des saurets. Je n’ai pas souvenir qu’elle ou grand-mère aient jamais cuisiné du cabillaud, du thon, du lieu ou du sabre comme je le fais très souvent maintenant. 

Poissonnerie Jules Turbiez 
Photo d'un "mariach' à sabots" extraite du calendrier 2017 de la ville de L.

Alors vous pensez bien, le hareng à la japonaise, ça a été un grand moment de drôlerie dans notre histoire commune !

C’était en 1980, à Cracovie, je crois. Il nous avait emmenés, ma grand-mère, mon frère et moi, passer des vacances en Pologne et en Tchécoslovaquie où il avait des connaissances et des points de chute pour le logement.

Vous-ai-je déjà dit qu'il était un espion du KGB ? Oui, je l'ai dit et ceci explique cela.

Ce jour-là, on était entrés, tous les quatre, sans accompagnateur autochtone, dans un restaurant.

On a regardé la liste des plats sur le menu mais tout était écrit en polonais et uniquement en polonais. Pour demander des explications en allemand ou en russe, les deux langues dans lesquelles, avant même d’être devenu Breton, je pouvais baragouiner quelque peu, c’était compliqué : les Polonais, pour des raisons d’envahissements intempestifs de leur territoire que l’on sait, détestent entendre le sabir de leurs voisins de droite comme de gauche. Tout ce qu’on savait c’est que les knedliky, ces boulettes de farine qu’on vous servait trempées dans une espèce de soupe, c’était pas top.

Alors on s’est lancés au hasard et moi, comme entrée, j’ai pris « Śledź po japońsku ». C’était d’autant plus gonflé qu’à l’époque on avait encore moins idée de ce que pouvait être la cuisine japonaise mais on ne se faisait pas de sushi pour si peu. On verrait bien !

Eh bien figurez-vous que c’est très bon, « Śledź po japońsku » ! C’est du hareng fumé mélangé avec des pommes, des cornichons et de la crème fraîche !J’ai fait goûter le plat à mon grand-père. Tout le restant de sa vie il a regretté de ne pas avoir fait le même choix que moi !

Finalement, la cuisine, c’est comme le jeu d’échecs ! Ce n’est pas vous qui gagnez, c’est l’autre qui fait le premier une erreur dans son choix !

En voici la recette qui est devenu un plat traditionnel de la maison Krapov :

Vous prenez un paquet de filets de harengs fumés doux. Vous les passez sous le robinet histoire de les dessaler un peu, même si, en argot, le hareng est toujours dessalé.
Vous coupez les filets en morceaux d’un centimètres.
Vous les mettez dans un grand saladier.
Vous épluchez un oignon et le coupez en fines lamelles.
Vous ajoutez trois ou quatre petits cornichons coupés en tronçons.
Puis deux cuillères à café de câpres.
Un piment de Cayenne séché que vous découpez très (con)finement.
Puis trois pommes fruit que vous pelez, épépinez et coupez en demi-quartiers.
Vous versez là-dessus deux cuillères à café de jus de citron, une cuillère d’huile d'olive, du poivre et un pot de dix centilitres de crème fraîche.
Vous mélangez et servez frais.

Bon appétit !

Pardon : Smacznego !



Pondu pour l'atelier d'écriture de Villejean le mercredi 25 mars 2020
d'après la consigne ci-dessous

14 mars 2020

AVANT QUE VOUS NE RÉCAMIER MON SILANCE DÉFLINITIF

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Collage de Jean-Emile Rabatjoie réalisé d'après le tableau de René Magritte, Perspective : Madame Récamier de David, 1951, huile sur toile, 60.5 x 80.5 cm. Acheté en 1997 par le Musée des beaux arts du Canada, Ottawa. © Succession René Magritte / SODRAC (2017)


Réalisé pour le Défi du samedi n° 602 d'après cette consigne : orant·e

22 février 2020

LE BOURGEOIS N'EST PAS GENTILHOMME !

- Tu te rends compte, Loreille ? Le 28 décembre 2019 j’ai photographié une lemniscate alors que j’ignorais jusqu’à l’existence de ce mot !

- Et oui, c’est comme ça, la vie, Lardu ! Tu es une espèce de Monsieur Jourdain dans ton genre.

- C’est qui, ce Jourdain ? C’est un gars qui est traversé par des illuminations, comme Rimbaud ?

- Non c’est un gars qui est assis sur son prose et qui ne le sait pas ! Et en même temps, ta photo ne représente pas une lemniscate.

- C’est quoi alors cette figure alambiquée ?

- C’est une calomnie scoute !

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Ecrit pour le Défi du samedi n° 599 à partir de cette consigne : lemniscate.

17 juin 2019

TINTAMARRE DANS "16 METRES CARRES" !

Tintamarre dans seize mètres carrés !

 

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La troupe de théâtre Tintamarre, partenaire depuis de longues années de la Maison de quartier de Villejean est venue le 15 juin 2019 y présenter sa nouvelle création. Elle s’intitule « 16 m2 ».

Pour bien clôturer la fête de la MQV

Celles et ceux des Villejeannais.es qui avaient survécu, samedi dernier, à l’assemblée générale de l’association «Rencontre et culture», à l’apéro du midi, à la fête du jeu, aux prestations théâtrales des ateliers et de la Troupe d’Improvisation rennaise, à la danse country, aux danses africaines de Synzhoi, à la partie de baby-foot humain, à l’apéro du soir et à d’autres agréables moments ont été bien récompensés de leur endurance. Sur le coup de 20 heures la troupe Tintamarre est venue installer, gratuitement, dans la salle de spectacle, son joyeux… tintamarre !

Un récit de cape et d’épée dans un espace réduit

Après «Arsenic et vieilles dentelles», Tintamarre est retourné plus loin dans le passé et s’est attaqué à une pièce historique de Théophile Gautier, «Regardez mais ne touchez pas !». De cet auteur romantique du XIXe siècle on se souvient surtout du « Capitaine Fracasse ». L’action de cette pièce se déroule en Espagne et c’est un pastiche des drames romantiques historiques nombreux à cette époque où «sévissaient» Alexandre Dumas et Victor Hugo.

16  !

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Pourquoi changer le titre de la pièce en « 16 m²» ? Parce que c’est un sacré défi que de monter un récit de cape et d’épée dans l’espace réduit d’une scène de théâtre.

Le pari est d’autant plus difficile à réaliser que l’argument de la pièce tourne autour d’un cheval lancé au galop et du mystérieux inconnu qui, en l’arrêtant, sauve la vie de la reine d’Espagne.

Le spectacle est hilarant car bâti sur une mise en abyme : les comédiens sont en répétition et leurs personnalités s’affrontent dans la vie sur le plateau comme dans le récit espagnol. Le metteur en scène a modifié « grave » le texte de la pièce sous prétexte qu’on va la jouer pour des élèves d’un lycée d’éducation prioritaire de la ZUP ! La personnalité emportée de Ludovic, l’acteur principal, pourra-t-elle être canalisée sur scène ?

E viva España !

Les petits travers de ces comédiens et des grands d’Espagne qu’ils incarnent, un oncle fêtard, un Don Melchior menteur, dragueur et ambitieux, une Griselda rouée et une Béatrix amoureuse, les quiproquos dus à l’obscurité dans les jardins d’Aranjuez, tout cela nous mène vite du côté de Tex Avery et le délire s’installe bientôt sur la scène.

Mais ne dévoilons rien ! Disons qu’il y a de la vidéo, de la musique, des anachronismes, du délire, une boule à facettes, cinquante nuances de roman-photo, un duel, un mort qui ressuscite et gageons que vous aurez très envie, si vous aimez rire, après avoir vu la bande annonce ci-dessous, d’aller découvrir ce formidable spectacle plein de drôlerie, de rythme et de pétulance.

Ne le ratez sous aucun prétexte. Notez dans votre agenda qu’il sera rejoué au Théâtre de la Parcheminerie, en centre-ville de Rennes, le dimanche 30 juin à 17 heures et que Tintamarre le redonnera en septembre, deux soirs de suite, à la Maison de quartier de Villejean. Olé ! 



Ecrit pour "Histoires ordinaires/Villejean" le 17 juin 2019

15 juin 2019

TIAN'ANMEN, LBD ET TOUTES CES SORTES DE CHOSES

La pierre angulaire
De tout militaire
C’est la jugulaire.

C‘est à elle qu’il incombe
De protéger des bombes
Sa petite calbombe :
Faut pas que son chapeau tombe !

Elle maintient le casque
Sur sa cervelle flasque
Où jamais un pourquoi
Ne reçoit 
De Parc’que

Parce que le « Scrongneugneu »
Le « Jeveuxpasl’savoir »
Le « Silence ou l’mitard ! »
Sont la pierre angulaire
De ce discours vieux jeu
Des hommes de pouvoir 
Qui manient le bâton :

« Jugulons ! Jugulons !
Jugulons les motions, 
Les passions, les pulsions, 
Les questions,
Les revendications
Des jeunes à cheveux longs
Telle est notre chanson !

Si tant est que l’on puisse, 
La jugulaire serrée,
Emettre un son de voix
En tapant sur son fils
Ou en tirant dans le tas
Au nom de la police ! ».

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Photo prise dans la cathédrale de Nantes 
le 8 juin 2019

Eh bien alors, militaire ?
On oublie sa jugulaire ?
Bataillon disciplinaire !


Ecrit pour le Défi du samedi n° 563 d'après cette consigne : jugulaire

17 avril 2019

LES PETITES LEÇONS D’ÉGALITÉ D’ÉLISE GRAVEL

Les petites leçons d’égalité d’Élise Gravel

 

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Comparativement au flot d’informations qui sortent des téléviseurs, des radios et des ordinateurs voisins, les trois petites affiches apposées sur la vitre de la Bibliothèque municipale de Villejean font figure de petits coquillages lancés dans l’océan.

Elise Gravel

Et c’est bien dommage car les petits dessins d’Elise Gravel constituent de petites leçons d’égalité et de liberté fortement appréciables. Ce discours humaniste et humoristique en images enfantines nous vient du Québec. L’auteure, Elise Gravel, est une graphiste qui vit à Montréal et a déjà publié une trentaine de livres pour enfants.

Les affiches exposées à la Bibliothèque parlent des stéréotypes de genre («Les filles peuvent être bruyantes, grognonnes, puantes, ridicules, fortes, meneuses, fâchées, sales, drôles… et ne laisse personne te dire le contraire !») et de la liberté  («Tout le monde peut aimer les licornes, la lutte, la lecture, la planche à roulettes, les blagues de pet et la cuisine !»).

Une bonne partie de son travail est en accès libre sur son blog http://elisegravel.com/. On y trouve plein d'animaux aux couleurs superbes et de petits bonshommes rigolos. Si vous êtes parent.e.s de jeunes enfants vous pouvez même imprimer des affiches et des dessins à colorier http://elisegravel.com/livres/dessins-a-colorier/ pour vos petiot.e.s.

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Il ne manque qu’une chose à Elise Gravel, c’est d’être décrétée d’utilité publique mais elle est très contente de voir son travail utilisé dans les écoles et les bibliothèques. C’est pourquoi, pour terminer, en la remerciant, elle, ainsi que les bibliothécaires de Villejean qui nous la font découvrir, nous lancerons à nouveau ce cri d’un grand ancien : « Vive le Québec libre ! ».

Joe Krapov

Ecrit le 16 avril 2019 pour le blog "Histoires ordinaires / Villejean"

24 novembre 2018

IT'S A LONG WAY TO COLUMBARIUM !

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A chaque fois que le vent soufflait dans les branches de sassafras, Bianca Lafolia faisait entendre sa tragique chanson. On eût dit un opéra de Verdi, dramatique et larmoyant à souhait, et on en versait des larmes, et on reniflait et on se tamponnait les yeux avec nos mouchoirs ! Enfin, façon de parler parce que Pascouché et moi on est surtout des escargots.

Bianca Lafolia a tenu trois saisons et ce jour d’hui, le vingt novembre, elle a fini par céder à la pression des éléments déchaînés : les incendies de Californie, les défilés de gilets jaunes, de bonnets rouges, de blouses blanches, de délégués du congrès des maires à écharpe tricolore, de la moustache d’Edwy Plenel en goguette à Villejean. Elle n’était plus très bien dans son assiette, elle est tombée, elle s’est écrasée au sol, elle est morte. Dès que j’ai su la nouvelle je suis allé prévenir Pascouché.

- Qu’est-ce qu’il y a, Buvard ? Tu ne vois pas que je suis en train de trier les granulés bleus et les pots de yaourt emplis de bière qui nous empêchent d’accéder aux salades qu’on raconte dans les télés ? Ceux-là, d’ailleurs, quand est-ce qu’ils vont nous rendre Apostrophes ?

Pascouché est un intellectuel susceptible et irascible. C’est une célébrité dans son genre mais il n’est pas prétentieux pour autant ni pour deux ronds de carotte. Il s’appelle Pascouché et il est célèbre parce que vous avez toutes et tous entendu parler de lui. Dans les manuels de calcul utilisés pour enseigner la multiplication, la division et autres opérations en option aux petits des humains, c’est lui qui escalade le poteau d’1’80 m de hauteur en grimpant 60 centimètres le jour et en redescendant 15centimètres la nuit. On demande au bout de combien de temps il atteindra le sommet du panneau.

- Eh bien ! On n’est pas couchés, se disent les parents des mioches en se grattant la tête.

- Et moi, quand est-ce que je dors, dans cette partie de yoyo ? C’est bien la peine d’avoir sa maison sur le dos si on ne peut pas se coucher dedans quand on veut ! a répondu Pascouché.

Pascouché n’a jamais tiré aucune gloriole de cette notoriété-là.

- Ca m’a juste forgé un peu plus le caractère. Comme la fois où j’ai réussi à battre le grand maître Limassov au tournoi d’échecs de Dieppe. Qui plus est en blitz !

La cadence du blitz, chez nous les escargots, est de quarante coups en trois jours puis de vingt coups en deux et enfin d’un jour pour terminer la partie. Avec un incrément de trois heures par coup joué.

- Notre amie Bianca Lafolia a cassé sa pipe cette nuit. Est-ce que tu veux bien m’accompagner à son enterrement ?

- Y’a pas une entourloupe non plus derrière cette histoire-là ? Je me suis déjà fait avoir une fois avec les cancres des prés verts dont le porte-plume redevient oiseau ! Je les connais, les mômes ! En sortant de l’école ils nous ramassent puis nous oublient dans un recoin de l’espace-temps et on est condamnés à tourner en rond dans un vieux souvenir de grand-mère ! Ou dans une cage à képi qui ne salue plus rien !

- Il paraît que ce sera une crémation et qu’on a besoin de nous pour établir la liste des chansons qui lui rendront hommage.

- Ah ? Un teppanyaki ? Alors ça marche, biloute ! On va aller l’oscariser, notre copine ! Tiens j’ai déjà une idée de titre : « Flamme pure et légère » !

- Ah oui, « la légende du feu » ! Ou bien « Allumer le feu », de Johnny !

- Dans « Mon père m’a donné un mari », la jeune femme met le feu au lit. Ca te dirait ?

- T’es fou, toi ! On ne peut pas chanter de chansons cochonnes dans ce genre de cérémonie funéraire !

- En tout cas moi je ne chanterai pas celle d’Yves Montand, même si on répond à l’appel.

Là-dessus on s’est mis en route pour aller enterrer la feuille morte.


Ecrit pour le Défi du samedi n° 534 à partir de cette consigne : gastéropode.

Ce texte répond aussi à la consigne n° 10 de Treize à la douzaine.

26 octobre 2018

VENEZ DONC PRENDRE LE CAFÉ !

1

Tous les jours les épouses d’ouvriers de la cité minière
S’invitent les unes chez les autres à tour de rôle.
A peine les époux ont-ils tourné le coin de la rue
Que ces dames se rassemblent chez Lady Simone autour d’une tasse de café.

C’est que depuis la veille, on a plein d’anecdotes à se narrer
Et il est bien plus agréable de converser en buvant du café.
On médit surtout de dame Philomène
Une originale qui a la fâcheuse habitude de fréquenter les débits de boissons locaux.

Refrain

Venez donc prendre le café !
Un bon petit café
Un petit noir extra !
Profitez-en, il est encore chaud
Venez donc prendre un petit café !

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2

Parfois on use de stratagèmes pour venir bavarder avec sa voisine :
« Je n’ai plus de thym ! Pourrais-tu me dépanner d’une échalote ? »
Heureusement dans chaque habitation de la rue
La cafetière est toujours posée sur le coin du feu.

C’est réconfortant d’avoir d’aussi charmantes voisines,
Qu’il s’agisse de Jeannette, de Suzanne ou bien de Pauline.
Ces dames ont sûrement fait un stage au Brésil
Car leur café est tout sauf de la camomille.

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3

De la lavasse, ici, de toute façon, on n’en boit pas.
Le café de ces dames est si fort qu’il donne des palpitations.
Le café, comme dit Marie Toutouille,
C’est meilleur arrosé avec du genièvre.

On y trempe un sucre pour faire un canard, on le déguste
C’est terriblement bon. Rien à voir avec le jus de chaussette de Monsieur Clooney !
Allez dame Amélie, reversez m’en donc une tasse si cela vous agrée !
Bien faire et laisse dire ! Ignorons les mauvaises langues qui pourraient médire sur notre compte !

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N.B. On aurait bien tort de croire que je n'ai pas respecté la consigne de mon cher voisin l'oncle Walrus !
Ceci est en effet ma traduction en français soutenu de la chanson d'Edmond Tanière "Eun' goutt' ed jus" que je vous interprète ci-dessous dans ma langue natale, le ch'timi :

 



Ecrit pour le Défi du samedi n° 530 d'après cette consigne : ch'timi

1 septembre 2018

DITHYRAMBE DU UKULELE

Hou qu’il est beau l’ukulélé!

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On s’attend sans doute ce jour à ce que je fasse le dithyrambe du ukulélé. Je vais tâcher de ne pas décevoir vos espoirs mais pour cela il me faut encore une fois jouer les archivistes ! Je n’en sors décidément pas du farfouillement (je préfère dire farfouillis !) dans les armoires de ma mémoire, dans les strates de mes disques durs externes, dans mes pérégrinations musicales diverses.

Peu importe, allons à l’essentiel et faisons le dithyrambe de Dithyrambe. Il s’agit là d’un duo de comédiennes musiciennes que nous avons entendu pour la première fois au Festival des Affranchis à La Flèche (Sarthe). C’était le 11 juillet 2009 dans la cour de l’hôtel Huger et nous avons vu alors débouler, sur le petit carré de pelouse intemporel, deux beautés datées du XVIIIe siècle.

«Débarquées dans le monde contemporain après 257 ans et trois mois de cryogénisation dans une crevasse des Alpes, Dame Bérénice de la Troufinière et Dame Culnégonde de la Garde Montée, comtesses de leur état, découvrent le punk et le disco et le chantent à la façon de John Dowland en s'accompagnant à l'éventail et au ukulélé. Décoiffant !» disait le programme.

Et sur cet instrument qui a l’air d’un jouet, les deux artistes se sont lancées dans l’interprétation de ce répertoire-ci :

ABBA - Gimme Gimme Gimme a man after
The Clash - Should i stay
Queen - A break free
ACDC - Tiger
Mickaël Jackson - Billie Jean
Sex pistols - God save the queen
Trust - Antisocial
Les Mules - J'ai la quéquette qui colle

Ce fut un régal en matière de surréalisme et j’ai pu doubler la mise en 2011 où elles furent invitées aux Tombées de la Nuit de Rennes. L’ambiance côté public y fut un peu moins réceptive et j’ai retrouvé une vidéo jamais publiée dans laquelle un fonctionnaire municipal vient mettre un terme au délirant concert de Dithyrambe : il était l’heure de fermer le jardin du Thabor. L’heure c’est l’heure ! 

En 2014, je fis l’acquisition du fameux ukulélé rose qui me caractérise désormais aux yeux de certain(e)s bipèdes. Joe Krapov, l’homme qui a flashé sur Isaure Chassériau et sa robe rose au point de s’acheter un ukulélé rose, un appareil photo rose, de voir la vie en rose et à qui on offre des nœuds papillon roses !

L’année suivante j’intégrai le groupe «Les B Car» (B car Brassens, Barrier, Brel etc.) où je jouai longtemps du ukulélé sans qu’on m’entendît vraiment : les deux autres guitaristes «bûcheronnaient» et le chanteur avait une voix à enfoncer Stentor sous trois tonnes de ses décibels et de ses galets.

Lors d’un concert au cours duquel je montrais mes dons sur cet instrument, un ami me dit : «Tu joues bien du ukulélé mais tu me fais moins d’effet que Marilyn Monroe !». Tout cinéphile qui se respecte sait que la dame en joue en effet dans «Certains l’aiment chaud» de Billy Wilder.

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Depuis novembre 2017 je fréquente un café rennais, l’Ubuntu, où se rassemblent, une fois par trimestre, des joueurs et joueuses d’ukulélé pour «faire le bœuf», apprendre des morceaux ensemble et participer à une scène ouverte. Cela s'appelle "Up d'uke", "Un poil d'uke" ! Il y a là Christophe, Louise, Marianne et des tas de talentueux-tueuses de la mini-guitare à quatre cordes. Houla, qu’ai-je dit là ?

Car attention : on ne se fait pas que des amis avec un ukulélé. En musique aussi, et ce jusque dans ma propre famille, il y a des puristes. Certains me reprochent de céder à une mode venue des Etats-Unis, d’autres me disent que non, ce n’est pas comme une guitare avec un capodastre à la cinquième case et un troisième ensemble m’affirme que l’accord que j’ai noté do est en réalité un fa : du coup je dois réécrire toutes mes partitions si je veux qu’on joue de concert ou quon boite de conserve. Vous comprenez maintenant pourquoi j’ai de moins en moins de temps pour écrire des bêtises sur le Défi du samedi ? C’est que les instruments-jouets et la musique légère… c’est un boulot à part entière !

P.S. Sans compter qu’au bout de tout ce temps, je ne sais toujours pas s’il faut prononcer oukoulélé ou ioukoulélé !

 

Ecrit pour le Défi du samedi n° 522 d'après cette consigne : ukulélé.

8 janvier 2018

DE RIMBAINE A VERLAUD. 6, Constance

M. Arthur Rimbaine
Agence d’exploration de villes extraordinaires
et d’us et coutumes à mettre dans les annales
8, quai Arthur Rimbaud
08000 Charleville-Mézières

Monsieur Paul Verlaud
Société de géographie des Maladives et du Miraginaire
73, rue Sonneleur
62812 Vent-Mauvais

Charleville le 1er janvier 2018

 


Mon cher Paul, 

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Qu’est ce que c’est joli, la Bretagne ! Déjà dans la toponymie, cela transparaît : Plougrescant, Ploumanac’h, Plougastel. Il suffit juste d’y ramener sa fraise et on voit tout de suite que c’est plou zoli qu’ailleurs !

Me voilà d’humeur fort primesautière ce soir et pourtant je n’en menais pas large avant-hier en fin d’après-midi dans la Kangoo rouge que conduisait Madame J. sur la route de Lannion à Plougrescant. Contrairement à l’autre malade de Saint-Nectaire, Madame J. conduit très bien son char à bœufs sur les routes plus qu’humides du Trégor balayées par le vent de la tempête Carmen. C’est juste qu’il fait un temps à rencontrer l’Ankou, ce personnage mythologique muni d’une charrette à ramasser les morts et à les autantenemporter au diable Vauvert.

Il est dix-sept heures vingt et il fait déjà nuit en cette veille de dernier jour de l’année. La route sinue dans la campagne morne au milieu de champs immenses, dénudés et trempés, traverse quelques petits villages où il doit faire bon s’emmerder l’hiver, rencontre des carrefours qui mènent vers l’inconnu : Trélévern, Penvenan, Plouguiel, Tréguier, Kéralio…

Chez Constance à Plougrescant

Les illuminations de Noël sont chiches, les calvaires des carrefours paraissent sinistres et les vingt-deux kilomètres ne laissent pas d’insinuer dans les veines une angoisse qui se transforme bientôt en questions saugrenues :

- Et si on allait voir la maison entre deux rochers célèbre pour avoir servi jadis à une campagne d’affichage malencontreuse ? Comment la repérerait-on dans la nuit ? Est-elle illuminée d’une guirlande –gabegie clignotante représentant le père Noël et ses rennes ? C’est quoi ce « Chez Constance » ? Un endroit avec un piano à queue derrière lequel un ludion à perruque massacre avec joie du Mozart ? Où tu m’envoies encore, Paulo ?

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Vingt-deux kilomètres ! Comme toute écologiste bourrée de contradictions qui se respecte, Madame J. ne lésine pas sur son bilan carbone ! On peut pester contre Donald T., avoir «Zéro déchet» de Béa Johnson comme livre de chevet dans ses toilettes – j’y ai trouvé aussi "Olympe de Gouges" par Sophie Musset, je l’ai lu et ça se mariait très bien avec «Les Onze» de Pierre Michon dont j’ai entrepris la lecture, mais ça n’a rien à voir avec mon propos – et pour autant multiplier les déplacements en voiture ! Mais peut-on faire autrement dans ce pays-ci où les villes ne sont pas encore verticales ? D’autant que ce voyage-ci est pour la bonne cause, à savoir notre bon plaisir de découvrir des mœurs qui ne sont pas les nôtres.

Arrive enfin le panneau « Plougrescant », le ralentissement à cinquante à l’heure – mais ne roulait-on pas déjà à cette vitesse depuis Lannion ? – et le moment de repérer l’enseigne. En effet M. Googlemaps nous a situé le bar-restaurant-librairie Chez Constance à quelque mètres de P’ty Lypous mais avant l’entrée du village.

- C’est là !

On passe devant l’établissement et on va garer difficilement un peu plus loin sur la droite.

171230 265 040C’est que – surprise ! – après la traversée du désert agricole on trouve par ici des voitures en pagaille. Il y a du monde dans le bled ! Je suggère à Madame J. de fermer à clé sa voiture : je ne me vois pas rentrer à pied sous la pluie à Lannion dans la nuit ! Je ne suis pas sûr non plus qu’elle ait fermé à clé la porte de son domicile avant de partir ! « Il n’y a pas de voleurs par chez nous ! » dit-elle pour se justifier. C’est peut-être vrai mais il n’y a pas de médecin non plus à Plougrescant. Et c’est vrai qu’avec le « tout en ligne » et la retenue à la source qui s’annonce il n’y a peut-être plus de percepteur non plus à Lannion ! S’ils pouvaient faire pareil avec la pluie, la retenir à la source, ça arrangerait les cons qui ne sont pas bretons et qui vont chez Constance une veille de réveillon pluvieuse.

On entre dans ce qui devait être autrefois une petite boutique et a l’air aujourd’hui d’une échoppe de libraire-bouquiniste. S’ensuit un corridor où se situe le comptoir du bar. Il est déjà difficile de se frayer un chemin. Contrairement aux dires de Madame J. la session irlandaise a bien débuté à 17 heures et le patron et la patronne sont déjà bien débordés par le tirage de bière à la pompe. Il faut dire, je l’ai constaté par la suite, que M. ChezConstance met un soin extrême et un temps certain à éliminer le faux col des demis de certains clients.

Pour l’heure nous sommes surpris ou étonnés : l’immense salle du restaurant est bondée. Madame J. repère néanmoins un espace libre au bout d’une table ovale ou siègent déjà cinq personnes. Elles acceptent que nous nous installions auprès d’elles. Ne reste plus qu’à trouver deux chaises. Nous slalomons entre les consommateurs avec la chaise au bout des bras : on dirait une figure de danse bretonne même si, paradoxalement, nous sommes dans la posture des anciens égyptiens en profile indienne.

171230 265 020Je propose une bière rousse à madame J. mais, très sagement, elle s’aligne sur mon propre désir d’un chocolat chaud – je ne me reconnais plus ! - . Je vais donc prendre mon tour au comptoir. Il y a là un chat roux que le vacarme ambiant ne semble déranger en rien. Formant un cercle quasi parfait, posé lascivement sur l’osier du tabouret de bar, il écrase. Monsieur ChezConstance demande à Madame ChezConstance de rester là puis il disparaît dans ce qui doit être la cuisine. Il revient deux minutes après avec des cartons desquels il extrait de grands bols à chocolat. Retiens cela, mon cher Paul ! En contrée trégorroise, si tu vas dans un pub, au fest-noz ou au bistrot, c’est bière obligatoire ! Retiens aussi qu’on ne te tient pas rigueur de ta commande farfelue mais que tu vas la payer bonbon. Visiblement le lait chaud et la cuillère de chocolat van Houten sont vendus plus cher que la bière du coin.

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Je vais me rasseoir dans le brouhaha d’où s’échappe un fond de musique celtique. Les musiciens ont bien du mérite de jouer dans un bordel pareil. Ils sont au moins une vingtaine, assis autour d’une longue table, à tâter du banjo, du bodhran, de la flûte, de la guitare, de l’accordéon ou du violon. Ils portent barbe et gapette, ont l’œil fatigué de ceux qui ont beaucoup vécu et descendu de bières locales, ont vu Paimpol et sa falaise, Dublin, Cork ou les lacs d’Ecosse, le loch Guinness, par exemple. Je n’ai pas trouvé plus malin, pour exprimer cette celtitude assemblée là, que de les photographier en sépia et en plan rapproché. Tant pis si le zoom donne du flou aux photos, l’effet d’ubiquité est garanti : on est à Plougrescant et on est en Irlande. On se croit réfugié pour cause d’averse au dehors dans un pub de la verte Erin au milieu des années cinquante ou soixante et je n’ai même pas besoin de préciser le siècle.

Que te raconter d’autre sinon que nos voisins étaient insupportables ? Ils allaient se recharger en bières avant que les précédentes ne soient terminées, ils et elles tapaient comme des ivrognes sur la table et même pas en mesure au lieu d’écouter la musique avec religiosité comme je le fais de mon côté.

- Je n’emploierais pas ce mot-là. » m’a dit Madame J. à qui je m’en ouvrais.
- Moi si. » lui ai-je répondu.

Chez Constance à Plougrescant 2

Nous avons fini par prendre notre mal en patience et, sages comme des enfants au milieu d’un bal de papys et mamys en goguette qui, ne pouvant plus danser, se contentent de bavasser et secouer leurs bijoux en prenant des selfies ou des photos de leur groupe, nous sommes allés chercher un jeu de solitaire auquel il manquait deux billes. En jouant à tour de rôle nous sommes arrivés à n’en laisser que quatre puis deux.

J’ai fait un tour des étagères de la librairie. Je n’y ai pas dégoté d’ouvrages de Pierre Michon ni l’introuvable de Giovanni Guareschi. J’ai photographié deux citations humoristiques dont le souvenir m’évite de pester contre ce connard de Parigot qui m’a fait une queue de poisson sur la route du retour ce jour.

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Peut-être bien qu’il était lui aussi chez Constance avant-hier ! Peut-être qu’il n’y avait là que des Parisiens en vacances dans leur résidence secondaire à Plougrescant et autour ?
Madame J. te fait ses amitiés. Elle a gardé et encadré dans son salon le poème que tu lui avais écrit autrefois à partir de vos folles parties de « Dixit » ( ?). Je n’ai rien compris à ce laïus mais c’est ce qu’elle m’a dit.

Moi je transmets ! Bonne et heureuse année 2018 à toi et à ta jambe de bois ! Longue vie à nos échanges épistolaires ! Continuons à sourire avec constance !

9 janvier 2018

Entre Perros-Guirec et Ploumanac'h (Côtes d'Armor) le 29 décembre 2017 (1)

Voici l'époque des cartes de voeux. Marina Bourgeoizovna dont le réseau relationnel est plus étendu que le mien en a reçu une de sa prof de taï chi. A vrai dire c'est plus une lettre de voeux qu'une carte. Elle débute par un poème qui s'intitule Ode à la vague. J'entreprends de le lire et je commente, une fois arrivé en bas de la page : "Elle devrait venir à mon atelier d'écriture. Elle écrit vachement bien !"

- Ce n'est pas d'elle, c'est de Néruda.

Zut ! Il y a un verso à la feuille et effectivement, sous la suite du poème on lit la signature du poète chilien. Tu viens nous rejoindre quand tu veux, Pablo !

Quand je vous disais que je devrais me taire plus souvent !

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Ode à la vague

Encore une fois
mon vers se tourne
vers la vague.

Je ne puis m’empêcher
de te chanter,
mille fois mille,
mille fois, ô vague,
fiancée fugitive de l’océan :
vénus verte,
élancée
tu hisses ta cloche,
et de là-haut,
tu laisses tomber
des lys.

3 janvier 2018

Au Fest-noz de Terre d'Union à Lannion (Côtes d'Armor) le 28 décembre 2017 (1)

Et pourquoi n'y serais-je pas retourné, au toujours sympathique fest-noz de Terre d'Union à la salle des Ursulines à Lannion ?

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Bien sûr, pas plus que l'année dernière, je ne sais danser la "dans fisel" !

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D'ailleurs je ne fais aucun effort pour apprendre quelque danse que ce soit, bretonne ou pas.

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Mais à part ça la bière est bonne à la buvette, les crêpes au chocolat le sont également...

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... et, comme les enfants, on me laisse faire joujou dans mon coin avec mes appareils !

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13 janvier 2018

ECRIRE A RIMBAUD ? 13, Vilebrequin

Monsieur Arthur Rimbaud
B.P. 01 au vieux cimetière
08000 Charleville-Mézières

Mon cher Arthur

"Et souvent, la nuit, je m'éveille
En rêvant aux monts et merveilles
Qu'annonce un frôlement coquin
Mais ce n'est qu'un vilebrequin !"

Georges Brassens – Le Bricoleur


Les lectrices-commentatrices de mon blog et mon cher oncle du Défi du samedi semblent décidément de mèche. Il et elles semblent désirer encore et encore me faire tourner en bourrique autour du cas Rimbaud. Vas-y, Joe Krapov ! Fais tourner ton vilebrequin ! Creuse nous un joli trou ! Voici de quoi le remplir !

Et dame Adrienne de me confier l’adresse du blog des libraires associés où l’on disserte de LA photo retrouvée.

J’en ai encore appris de bien bonnes sur ton compte et surtout sur le potentiel comique de mes contemporains les plus sérieux !

Rimbaud à l'hôtel de l'Univers

Je résume, pour toi et pour ceux qui ne le sauraient pas encore. En 2010 Alban Caussé et Jacques Desse, libraires parisiens, publient une photo de toi au milieu d’un groupe de personnes assises sur le perron de l’hôtel de l’Univers à Aden.

Là-dessus un certain nombre de « refuzniks » décrète que « ça ne peut pas être Rimbaud parce que ci et parce que ça, il n’a pas une tête de poète, ce jour-là il tournait en rond pour garer sa chignole, etc. Il y a de quoi perdre une infinité de temps à la simple lecture des pièces de ce procès où les libraires se font avocats de la défense de leur bout de papier jauni et de toute l’imagerie qui te représente. Autant dire que j’enfonce mon foret dans la Forêt-Noire ! Bonjour les éclaboussures de Chantilly par-delà le bien et l’Aumale, comme dirait mon oncle Friedrich Nichts.

Mireille Mathieu

Sauf que je me suis bien amusé quand même lorsque je suis tombé, dans cette guéguerre entre historiens, thésards et autres rimbaldolâtres super-sérieux sur le portrait de Mireille Mathieu. Pourquoi est-ce qu’on ramenait sa fraise dans ce bordel à la demoiselle d’Avignon ? Je n’aurais jamais fait le lien entre celle qui a perdu l’accent qu’on attrape en naissant du côté de Marseille et celui qui avait son portrait au-dessus du berceau de la fille de Renaud.



Tu vas voir que c’est on ne peut plus capilloctracté – et c’est le cas de le dire ! - car, vois-tu, il y a un certain Gabriel Ferrand qui t’aurait connu en Afrique. Tout est ici, défendu et descendu par le libraire ! Attention, ça va Bardey !

Ce Gabriel qui brûle l’épaule de M. Desse aurait été diplomate et employé dans la même firme que toi à Aden. Il aurait raconté à Paul Claudel les carabistouilles suivantes à ton propos :

[Rimbaud] était très doux, coiffé aux enfants d’Edouard, sortant nu-tête à ce terrible soleil. Accroupi, les pieds et les mains nus et teints au henné. Il riait sans bruit et la main devant sa bouche avec une espèce de petit gloussement. Sa conversation était totalement insignifiante, des queues de poires…

"Etre coiffé aux enfants d’Edouard cela signifie avoir les cheveux longs autour de la tête et coupés court en frange droite sur le front, comme un page florentin" nous explique M. Desse.

 

Rimbaud vu par Gabriel Ferrand 06

Est-ce que c’est bien raisonnable pour moi d’aller me perdre dans ce labyrinthe où M. Desse - Quand est-ce qu’il trouve le temps de vendre des livres ? - semble vouloir polémiquer à tout prix avec messieurs Ducoffre et Bienvenu ? Finalement, oui, c’est raisonnable : dans cette phrase, il y a deux personnes et un mot qui me ramènent à ce vilebrequin dont j’ai obligation de parler cette semaine :

- Le labyrinthe est une invention du sieur Dédale or, nous dit Madame Wikipe, la joyeuse drille qui fait office de Madame Jesaistout dans nos existences larguées, «Le vilebrequin passe pour être une invention de l'Athénien Dédale".

- Monsieur Ducoffre a-t-il quelque chose à voir avec le «Tango interminable des perceurs de coffres-forts» des Frères Jacques et surtout de Boris Vian ? «Arthur, où t’as mis le corps ? A l’hôtel de l’Univers ?».

- Et Monsieur Bienvenu quelque rapport avec la station de métro Montparnasse-Bienvenuë ? Ce cher Fulgence à qui nous devons, par ricochet, la ritournelle du « Poinçonneur des Lilas », de « La jeune fille du métro » ou celle du « Trou de mon quai » ?

Comme quoi j’avais l’embarras du choix et le choix de l’embarras pour terminer en chanson cette lettre sur les mandrins, les malandrins, les requins, les vilebrequins, les bave-à-la-poupe et les vent-tarières qui te suivent à la trace avec plus de componction que je n’en ai pour ma part.

Place donc au « Bricoleur » de Georges Brassens, immortalisé par Patachou. Je lui ressemble de plus en plus, sauf que chez nous, c’est Madame qui s’occupe de la caisse à outils !

Mes amitiés à Madame Vitalie !

P.S. A propos de LA photo retrouvée, il me faudrait lire aussi le roman «Rimbaldo» de Serge Filippini qui décrit les différents personnages pendant les deux heures avant qu’elle ne soit prise. Sur Aden «Quatre saisons à l’hôtel de l’Univers» de Philippe Videlier. Alors que, dans le fond, j’ai plutôt envie de me réenvoyer «Le Club des cinq contre-attaque au vilebrequin» d’Enid Blyton ou d’attaquer «Guerre et paix» de Tolstoï !

P.S. Un jour on nous dira que les Américains n'ont jamais marché sur la Lune, que Paul MacCartney est mort en 1966 et que ce n’était pas Rimbaud sur la photo d’Aden !
- Un commentaire là-dessus, Joe Krapov ?
- Oui : Boîte à outils ! Boîte à outils !


Ecrit pour le Défi du samedi n° 489 d'après cette consigne : Vilebrequin.

17 décembre 2017

Les ivoires du Musée de Dieppe vus le 25 août 2017 (1)

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Mettons que c'est Saint-Georges et n'en parlons plus !
(Il faudrait pourtant que je m'y remette à mes 99 dragons
plutôt que d'écrire n'importe quoi sur les rhododendrons
ou la syncope du Défi  !)

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Jupiter, foudre de guerre, entouré de ses millionnaires !

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L'enlèvement de Sabine Choufleur par Romulus Artichaut

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27 novembre 2018

Dans les coulisses de l'Avant-Scène à Montfort-sur-Meu le 25 novembre 2018 (2)

Les artistes étant des personnes un peu compliquées, la même dame de mes pensées me signale qu'elle ne veut pas avoir d'histoires et me demande de publier des photos sur lesquelles les gens ne sont pas reconnaissables. 

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- Ne sois pas crispée comme ça ! Je ne te fais pas une prise de sang,
je te mets juste du vernis aux ongles !

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