Un peu de fraîcheur pour tous ceux qui souffrent de la canicule ! (Nous faisons partie du lot : si tout va bien, nous sommes présentement en train de marcher quelque part dans le Sud-Ouest !)
P.S. Jugez comme je suis un bon fils : j'ai programmé quelques billets pour que ma mère qui lit ce blog puisse patienter en attendant nos cartes postales ! LOL !
Il y eut un temps, il y a très longtemps, où la ville de Rennes s'appelait Condate. A cette époque lointaine, ni la tour des Horizons, ni le marché des Lices, ni le métro n'existaient encore. C'est vous dire à quel point c'était il y a longtemps.
En ces temps quasi-immémoriaux le marché des Lices avait lieu place de la Mairie. Il n'était pas rare à l'époque de trouver parmi les vendeurs de galettes-saucisses des marchands venus de plus loin que Betton, que Bécherel ou même que Landerneau. Mais quand Omar le touareg a monté son estrade juste devant la niche où trônait encore une statue de Vercingétorix à genoux devant César, on peut dire qu'il a installé un fameux souk dans le paysage. A vrai dire, c'était la première fois qu'on voyait un touareg à Condate.
Il portait bien sûr un grand turban bleu et une espèce de chasuble aux manches dorées. Il avait de longues mains, curieusement assez blanches et osseuses, dont il jouait abondamment, comme tous les latins et les plus que latins, quand il donnait des ordres à ses aides chameliers en train de déballer des monceaux de marchandises. Tout le monde autour d'eux ouvrait de grands yeux ahuris. Que l'étranger fît halte à Condate, passe encore. Mais surtout qu'il y vînt pour faire du commerce et que l'on ignorât ce qu'il avait à vendre, voilà qui piquait au plus vif la curiosité des autres forains et celle des chalands qui passaient au pied du beffroi.
Quand neuf heures sonnèrent au clocher de la grosse Françoise, deux des aides-chameliers frappèrent sur des tambours et Omar monta sur son estrade. Dans un gallo tout ce qu'il y a de plus correct, avec juste l'accent un peu plus pointu de ceux qui ont grandi dans le quartier Sud gare, il déclara :
- Pas de salamalecs, les mecs ! Pas de salades aux loukoums, les Oum Khalsoums ! Approchez, approchez, Condataises et Condatais. Je m'appelle Omar Mer et je viens de très loin. Nous sommes commerçants de père en fils et ce depuis trente-six générations. Dans notre famille, on a toujours eu la bosse du commerce et avec nos dromadaires et nos chameaux, nous avons parcouru le monde entier pour vous ramener, amies Condatiennnes et amis Condatiens, des plus lointains pays, les plus inattendues, les plus folles, les plus délirantes des marchandises dont vous n'aviez pas forcément besoin mais que vous allez acheter quand même ! Tout pour votre bonheur, messeigneurs. Commençons, si vous le voulez bien par les célibataires. Y a-t-il des célibataires dans l'assistance ?
Quelques index intimidés mais curieux s'élevèrent de ci delà au-dessus des têtes
- Approche, mon ami. Je vois à tes yeux hébétés et à ta langue pendante que tu en as ras la casquette de chercher l'âme sœur sur Internet et de ne tomber que sur des annonces matrimoniales proposées par la maffia russe. Omar Mer t'a apporté la solution à tous tes problèmes. Regarde. 108 écus sonnants et trébuchants pour ce pot de femme-fleur d'oranger. Tu arroses tous les jours pendant quinze jours et regarde ce qui pousse. Regardez, amis Condatifs, amies Condatives. Vous n'allez pas en croire vos yeux.
Les deux assistants écartèrent la tenture aux motifs orientaux et revinrent portant un gigantesque pot de fleur dans lequel était plantée une grosse tige noire. Des "oh" et des "ah" admiratifs s'échappèrent du public. En haut de la tige, une superbe jeune femme vêtue d'une robe orange, avec des cheveux orange, des fleurs jaunes dans les cheveux, des yeux magnifiques, une bouche groseille se mit à se balancer sur la tige au son d'une musique venue d'ailleurs, envoûtante, sirupeuse, abracadabrahatloukoumesque. - J'achète ! lança le Toine, 43 ans aux fraises et toujours pas marié aux radis. - Attends, mon brave ! Pas de précipitation. Chez Omar Mer tu as le choix entre plusieurs options. Peut-être préfères-tu la femme rose ou la femme violette ? Ou encore la femme coquelicot ? Assistants ! Montrez l'assortiment !
D'autres femmes fleurs furent amenées sur le devant de l'estrade. Tout le lot de pots de graines de femmes-fleurs partit en un instant.
L'église Saint-Melaine et ses lumières dorées par temps de soleil
Le cloître au parc du Thabor
La roseraie au parc du Thabor.
Il manque des photos pour la piscine Saint-Georges, le palais Saint-Georges, la rue Saint-Georges (le Nuit Saint-Georges ? Non, je déconne !), la place du Parlement, la place de la Mairie, la place de la République. Ce circuit, raccourci pour cause de baignade (!) aurait pu (dû ?) se prolonger rue du Chapitre, rue de la Psallette et se terminer, pour la partie Nord de Rennes, par la visite de la chapelle Saint-Yves où est logé l'Office de tourisme de la ville. Mais bon, guidé dans Rennes par Joe Krapov et Marina Bourgeoizovna, les hébergeurs officiels d'Isaure Chassériau-Leretour (ou l'heureux tour ?!), ce n'est pas mal non plus !
Pour faire découvrir Rennes à des visiteurs qui ne la connaissent pas autrement qu'au travers de photos de mon blog, j'ai suivi le parcours avec les stations indiquées dans les quatre billets ci-dessous. J'espère que la ville aura gagnée a être connue "dans la vie réelle" tout comme nos visiteurs ont décroché le gros lot du "couple de jumeux astrologiques qu'il faut les voir pour les croire mais que ça fait énormément de bien de les rencontrer en vrai" !
Le départ a lieu place de Bretagne auprès des quatre baigneuses colorées enfin revenues en ville.
Les portes mordelaises et les premières maisons à pans de bois (ou colombages pour celles et ceux qui préfèrent dire comme cela).
L'hôtel de La Noue et son voisin l'hôtel Racapé de La Feuillée. En haut de la place des Lices arrêt au Khalifa pour admirer le chameau à trois bosses sur lequel Isaure Chassériau effectuait jadis les premières visites urbaines de son Agence de Flânerie Amoureuse Rennaise.
Dans la petite famille dont je suis le chef (?!) on a toujours voué une admiration sans bornes aux livres du sieur Claude Ponti, grand délirant graphique devant l'Eternel et dont nous possédons tous les ouvrages ou presques. Si nous ne les possédons pas tous, c'est que Mademoiselle Zell nous les a piqués ! Celle-ci était donc toute joyeuse de nous emmener au jardin des plantes de Nantes admirer l'exposition d'oeuvres de Claude Ponti. Nous avons été aussi joyeux et heureux qu'elle de pouvoir admirer grandeur nature les oeuvres de ce grand monsieur.
Pourquoi nous ravit-il, ce « spectacle de rue pour une princesse, un prince, une guitare et un cheval moche » ? Parce que c’est du cinéma en vrai, et du grand et que tout y passe ! Dès l’arrivée de l’homme sur son cheval de son on pense aux « Visiteurs du soir » et la guitare électrique semble Garance-tir à qui guette des tonneaux de Satisfaction. Quand elle lui commande une suite de sérénades en les appelant par leur numéro dans la liste, c’est le juke-box d’American graffiti réinventé à sauce troubadour-trouble amour : Mel Brooks revisite le temps à coups d’anachronismes et tout le dernier siècle en chansons défile car on entend Brassens, Renaud, Vassiliu, Bob Marley, Sanseverino et même Gilbert Bécaud.
Mais lesdits bécots attendront car le western a commencé ! Il l’a traitée de tarte et sur le jardin du moulin Laurel et Hardy sont apparus, Mack Sennett macule la saynète, l’entarteur belge frappe encore – Tiens voilà du Godin, du badin, du gadin ! - et la mousse à raser, à défaut d’épinards, jette un froid entre Olive et Popeye. Ca ne va pas toujours de soi, d'aller de conserve !
On fera très vite d’une rapière deux coups et on se retrouvera dans Scaramouche avec des bleus à la lame comme à l’âme avant que d’un épithalame elle ne finisse par avouer son feu (Ocus !) de sorcière de Salem à ce salaud d’homme.
Je passe sur la scène du mariage qui rappelle par trop les malheurs de Marilyn M. Epouser un boxeur, un intellectuel ou un employé de Meetic, c’est toujours découvrir que le prince charmant vous préfère un beau jour la galette-saucisse, la bière devant le foot et le manque de romantisme absolu avant la prière du soir sur la route de Memphis.
Alors, Castafiore castratrice, matriarcale Bretonne de Saint-Germain-sur-Ille, Claire Laurent épingle Benoît Bachus – bravo à tous les deux – parmi les têtes de nœuds papillons qui se castagnent à perdre la raison aux alentours du parc des princes et le finale est beau comme dans le « Docteur Jivaro ». Les comédiens peuvent venir saluer. Tout ça c’était pour rire et on a bien ri. Le public sait bien que dans la vraie vie les gens s’aiment, s’épousent, ils sont heureux longtemps et ils ont beaucoup d’enfants. C’en est au point qu’en lieu et place du bonheur, il faudrait nationaliser le mariage pour tous !
Fasse le ciel que ces parents modèles emmènent encore longtemps leurs moutards - qui me montent parfois au nez – à ce genre de festival. Ces spectacles font mon bonheur et en revenant à Rennes sur le vélo pourri qui me sert de cheval moche, je me suis pris moi aussi à fredonner « Un jour mon prince viendra » puis j’ai pensé que la veille, en centre-ville, 3000 personnes ont défilé pour la marche des fiertés homosexuelles.
On fait de drôles de rapprochement quand on se promène au bord de l’eau !
C’est sans doute qu’en bullant, le critique est parfois dramatique !
La cellule bouddhiste pro Al-Qaïda, la mafia tchétchène, les kamikazes monégasques et les frères indépendantistes mexicains ont allié leurs forces pour détourner les satellites du Vatican. Objectif : détruire le monde ce soir à 21 h 42 (ce soir à 9:42 a.m. est-il écrit par erreur dans le programme). Mais les forces spéciales du FBI de la Maison blanche du Pentagone vont tout faire pour... tout faire.
Y compris chanter du Daniel Balavoine ! Avec les deux folles absolues de la compagnie Anorak et leur vénération complètement gore pour Christophe Jeannot, un chanteur des années 80, c'était le spectacle le plus déjanté de ce festival.
Quand reviennent les beaux jours dans la ville que j’habite, je me remets à exercer l’improbable métier que j’ai toujours rêvé de faire : critique dramatique ambulant (CDA). Je monte dans le bus avec un pliant de camping à la main et je vais écouter « La Traviata » sur écran géant place de la Mairie à Rennes. Je vais découvrir un quatuor de musiciens inconnus, le Gribi quartet, et faire partie, en fin de leur concert, d’une chorale improvisée qui entonne avec eux des ragas indiens et des chants de griot africain. Bientôt je planterai ma tente au camping de La Flèche (Sarthe) pour retrouver « Les Affranchis ». Dimanche dernier, le CDA que je suis a fait sept kilomètres à bicyclette pour aller voir des spectacles en plein air. Vous auriez pu le reconnaître à son sac à dos d’où dépassait une pompe à vélo et à son casque de cycliste pendouillant par-derrière le sac. Merci en tout cas au journal « le Défi du samedi » de bien vouloir publier ce compte-rendu de randonnée culturelle quelque peu déjantée mais pas trop : « On fait ce qu’on pneu comme disait mon confrère Paul-Louis Mignon à son pote Henri III ».
Tout le temps de la semaine me semble un monde cafardeux, noyé de chagrin, de boulot, de quotidien subi, de peines de prison pour le cœur. Quand on a besoin d’oseille, une vie à gagner, on se trouve trimballé du lundi au samedi sans entrain. Bien meilleur est le dimanche, plein de renouveau, de bonheur charmant, de merveilles, de chansons et d’oiseaux.
Même parmi la foule du festival Robinson à Saint-Grégoire (Ille-et-Vilaine) on revit, seul au monde ou presque, l’aventure de l’île au trésor. Amarrée au bord de l’eau du canal d’Ille-et-Rance la péniche-spectacle de M. Charbonneau sert de point de ralliement. C’est qu’on va cavaler, pendant les heures qui viennent, de la cale Robinson au jardin du moulin, traverser la grande pelouse, emprunter la passerelle pour aller du côté cour au côté jardin.
Que retenir cette année de ce bon vieux festival Robinson ? Tout ou quasiment tout ! Mais puisqu’il faut choisir de vous raconter un seul de ces spectacles de théâtre de rue, avouons le faible éprouvé pour le « Prince à dénuder » de la compagnie Ocus.
Aurais-je été séduit par l’entregent de la comédienne, par les côtés charnels de son désir de prince charmant, par sa voix chaude et sa science de l’escrime ou de la descente de petits verres ? C’est possible : un rien m’émoustille pourvu qu’il soit femme ou fille, violoniste irlandaise, danseuse bretonne ou même cantatrice grecque jouant une fille perdue à cheveux gras dans un opéra italien adapté d’un roman français à flanquer la tuberculose à plus d’un effeuilleur de marguerite.
Mais le prince qui viendra, qui arrive au galop, qui déboule sur le terrain herbeux de la séduction cavalière, il faut bien avouer qu’il n’est pas mal non plus. Comme le dit la notice du spectacle-médic-amant « le prince est charmant, il sent bon, il joue de la guitare comme un dieu, il fait des poèmes sous la lune et il a les dents qui brillent ". Alors pourquoi cela ne marche-t-il pas entre ce clone moyenâgeux de Gatsby le magnifique et cette Blanche-Neige transfigurée par les messages du MLF que les corbeaux du coin ont portés jusqu’en son château de carton-pâte ?
Rien de tel pour se sentir jeune que d'aller s'asseoir avec la jeunesse montante ! (Si en plus on a couru quatre kilomètres le matin et pédalé sept autres pour venir jusqu'ici - compter sept autres pour le retour et 14 pour le lendemain, c'est qu'à défaut d'être très présent sur Internet on a plaisir à faire fonctionner sa machine IRL (dans la vraie vie !))
Autoportrait de Joe Krapov en émule d'Arnaud Montebourg : Démondialisez ! Pulvarisez le capitalisme ! La marinière plutôt que la Marine demain !
(Même au boulot, j'étais déchaîné aujourd'hui ! Sans doute la perspective d'être libéré dans un mois pour deux mois ! Ou alors celle d'entrer dans mon signe astrologique ici représenté !)
- Vous avez reçu un nouveau message ! dit mon ordi.
Je regarde le nom de l’expéditeur ! C’est l’ordi du Défi du samedi qui me dit : - Dis donc, Joe Krapov, il y a longtemps que tu ne nous as pas gratifiés d’une chronique en 23 lignes !
Comme je n’ai rien à refuser aux ordis – ils me permettent de gagner ma croûte ! – et que je suis un peu maso je me suis exécuté. J’ai tiré.
J’ai tiré mon portrait de « dromomane »car, je l’ai appris cet après-midi chez Madame Wikipe, en plus d’être iatrophobe je suis aussi dromomane ! Comme si bercé trop près du mur ne suffisait pas !
DE JEAN-JACQUES ROUSSEAU ET DE MOI-MÊME
23 lignes pour me transformer en promeneur solitaire et réécrire les Confessions de Jean-Jacques Rousseau en 55 minutes ? Mais on me demande l’impossible, là !
On m’objectera bien sûr que je suis né le même jour que l’amateur de fessées d’Ermenonville. Cependant, du côté de ses artères, il a quand même deux siècles au moins de plus que moi. C’est selon que vous me donnerez vingt-quatre ou quarante-huit ans.
Plus personne n’aime Jean-Jacques Rousseau de nos jours. Chaque fois que Gavroche se casse la gueule par terre, il dit que c’est la faute du philosophe genevois. Jérôme Cahuzac quant à lui reproche à Voltaire d’avoir vendu du saucisson en promotion mais dans ce double dix de chute dans le ruisseau c’est quand même le PS qui glisse sur une andouille, non ? Doit-il revenir à l’Assemblée, le chirurgien capillaire à cause de qui les planqueurs de fric se font des cheveux ? Les avis sont partagés. Il y a 59 millions de gens contre et cinq gars pour. En tout cas, si vous avez le projet de faire des enfants, ne les prénommez pas Jérôme : entre Cahuzac et Kerviel, c’est un prénom qui prédestine à la déchéance. Ou alors faites comme Rousseau, abandonnez-les en chantant du Brel : « Adieu l’Emile, je t’aimais bien, Adieu l’Emile je t’aimais bien, tu sais. C’est dur de mourir au printemps Mais la belle Héloïse m’attend J’espèr’ qu’tu t’trouv’ras une maman ».
(L'image ci-dessus empruntée au talentueux M. Kichka)
Revenons donc à nos promenades solitaires, à mes exercices de botanique et à mes prétendues rêveries hors du monde. Je suis désolé, messieurs Dames mais j’ai beau me moquer à longueur de semaine de Frigide Barjot et Christine Boutin, je ne suis pas pour autant un militant de la cause homo ou autosexuelle. A preuve je viens de célébrer cette semaine un nombre rond d’années de marr(i)age avec une native du bélier ascendant sagittaire. C’est dire si, astrologiquement, je pourrais mettre ma main aux feux de l’amour et parier que je ne suis pas l’ami Zanthrope de Molière et Boby Lapointe.
Simplement, lorsque je marche, j’ai la drôle de démarche du curieux de nature, l’œil de l’observateur et l’esprit du poète-photographe. Cela m’isole des troupeaux de randonneurs-tchatcheurs que l’on croise partout en Bretagne ou sur le chemin de Saint-Jacques à la noix.
Avant que la limite des 23 lignes ne soit atteinte ou dépassée, qu’il me soit permis d’avouer que j’aime, c’est vrai, la coquille, cette brioche du Nord avec deux têtes de Jésus aux extrémités et aussi cet oubli du typographe qui trouve son paroxysme voire son abyme lorsqu’il s’applique au mot « coquille ». Mais je préfère encore marcher dans l’île d’Yeu de La Croix au port de La Meule en ayant laissé tout le monde derrière moi. Eh bien oui, cela, foi de randonneur bien chaussé, c’est vraiment le pied !
A longer la mer bleue sur le petit chemin en haut de la falaise, à se faufiler entre les bosquets d’ajoncs, à surplomber le petit port où les barques sont endormies, à revoir la chapelle Notre-Dame de Bonne Nouvelle étaler sa blancheur dans un décor de Côtes d’Armor – du bleu, du blanc, du vert – à découvrir au loin une créature endormie sur le bord du sentier au-dessus des vagues qui se fracassent dans la crique en contrebas, on se sent comme Adam découvrant Eve dans le journal qu’a tenu l’écrivain Mark Twain de cette rencontre des origines.
Remercions ces braves ancêtres et tant pis si, de votre avis, ni Rousseau ni moi-même ne remplissons le contrat social. Si l’ordre des choses établi exige que l’on détienne un compte Facebook, un Ipad, un Iphone, un abonnement à Canal-Plus-de-chaînes-encore-que-tous-les-autres, le goût de faire la queue dans la nuit froide à l’Apple-store ou sous la pluie pendant trois heures pour une expo au Grand Palais, que l’on ait envie de bastonner les supporters de foot de l’équipe d’en face ou celle de frauder le fisc parce que tout le monde le fait, alors oui, tout comme le Jean-Jacques, je suis un dangereux asocial !
Voilà. Tout est dit et je ne puis que plaindre mes enfants : je ne les ai hélas pas abandonnés et il leur faut, parmi leurs gènes, faire le tri entre les côtés « grand tragique breton » du côté familial maternel et l’héritage « imbécile heureux » de la famille de papa !
Ils feront un tri… sélectif, bien sûr ! Pendant ce temps-là je continuerai de le faire de mon côté – en Suisse, comme J.-J.- R. – en chantant du Brassens :
« Tout est bon chez elle, y’a rien à jeter Sur l’île déserte il faut tout emporter ».
Ce texte a été écrit pour le Défi du samedi n° 247 d'après cette consigne.
Je suis la fourmi électrique, La productrice infatigable.
Je bosse chez Philip K. Dick : Je répare quand il pète un câble.
Lorsque Vulcain devient marteau, En attendant l’année dernière, Je vais mettre en haut du château Les boules de la loterie solaire.
Toute réalité m’esquinte. J’arrive au bout du labyrinthe Et j’y découvre, délétère, La vérité avant-dernière : Je suis la fourmi électrique Et le monde a pété un câble.
Mais, sous votre peau de plastique Etes-vous certain d’être aimable ?
23 lignes pour évoquer les chemins et sentiers sur lesquels j’ai marché ? Pour dire toutes les rues que j’ai arpentées ? Mais on me demande carrément l’impossible, là ! Même mon disque dur externe qui sert de mémoire d’appoint à mon unique neurone proteste alors que mes boîtes de photos et de diapos trépignent dans leur placard : « Fais nous prendre l’air, cela fait des années que tu dois faire la liste des endroits où vous êtes allés ! ».
Autre réticence : cette évocation de la marche effrénée du photographe-poète n’est-elle pas un peu trop personnelle ? Ne relève-t-elle pas plutôt de l’épanchement sur un blog que de l’inscription dans un Défi, fût-il aussi peu futile que ne l’est celui du samedi ?
Et puis qui s’intéresse, dans nos cités plus qu’agitées, aux douceurs de la Suisse normande, aux mystères du Yeun Elez, aux joies maritimes du GR 34, aux curiosités touristiques de la Rance vers Pleudihen, aux sentiers des douaniers de Belle-ïle, Jersey, Guernesey, Noirmoutier ? Qui veut encore longer la Loire ou le canal de Nantes à Brest ? Qui veut faire le long parcours austère dans le sable, l’impérissable tour du splendide Marquenterre ? N’ai-je pas déjà montré abondamment les rues de Bruxelles, Nancy, Lyon, Strasbourg, Nantes ou Rennes ?
Non, vraiment, pour causer dans les salons, pour être à la page aujourd’hui, il faut avoir joué les trottins bien puritains, bien purotins, derrière le popotin de la Christine Boutin, avoir marché, sévère et purgatif, derrière le dargif pas forcément jojo ni toujours impavide (d’un pas vide) de Frigide Barjot. Et cela, en vérité, je vous le dis, c’est véritablement impossible pour moi. Sans compter, mais cela nous éloigne de la bonne marche de cette chronique, que je me fiche comme de ma première paire de chaussures de randonnée de la façon dont au mois d’août à Knokke-le-Zoute, Georges et Roger s’empapaoutent. Et de plus les séances de gymnastique au lit (astique, hola, asticot las ! Unique au lit fut Nicolas nous dit Carla) de Véronique et Davina me broutent quelque peu (et pourtant mon rêve secret, quand je serai grand, est d’épouser une lesbienne) surtout quand Véro tique devant Davina tendue et que Claude François me recommande de marcher droit .
Bref chacun est libre de prendre son pied sur les marches ou dans la marge. « Moi je préfère la marche à pied », comme chantait Salvador. Et bien souvent, comme ajoutait Goldman, « Je marche seul » ou alors accompagné de ces fabuleuses Bretonnes qui m’ont converti à cette activité que je trouvais jadis ingrate et que je juge désormais fondamentale.
Avant que la limite des 23 lignes ne soit atteinte ou dépassée, je dois avouer que j’ai longtemps traîné les pieds en ronchonnant derrière leurs jolies fesses, me demandant à quoi rimait ce genre de messe dont elles raffolent. Marcher dans la campagne, quelquefois sous la pluie, effectuer un circuit, une boucle, me semblait marcher pour marcher et je me demandais souvent, sous ma pèlerine, en nage : « Par Saint-Jacques, que composent-elles ? ».
Maintenant c’est moi qui vais devant, qui mène la marche, le Canon Ixus HS 220 ne quittant plus ma menotte droite, heureux de laisser loin derrière moi tous ceux qui causent dans les salons. Je les préviens ainsi que vous car pour finir cette chronique je vais une fois de plus blasphémer :
« Quand je marche au-dessus des vanités humaines Je me sens comme Dieu arpentant ses domaines ».
Malgré notre nombre, nous nous sommes fait voler la vedette par des enfants déguisés en Chinois qui ont interprété des chants à la gloire de Mao ! Les Rennais sont incroyables, non ?
Je déconne : La troupe d'enfants de Chamade a interprété des chants extraits de "Marco Polo et la princesse de Chine" d'Isabelle Aboulker.
Ce week-end avait lieu à Rennes au Théâtre National de Bretagne un forum Libération sur le thème "La confiance règne ?". Depuis une quinzaine de jours une campagne d'affichage place de la Gare et cours des Alliés annonçait l'événement sous forme de dessins humoristiques et d'extraits d'un sondage auprès des Rennais. Ici la confiance vue par Pascal Jousselin. (Le technicien dit : "Bien sûr qu'il faut avoir confiance en l'avenir" et sur les bidons de matière radioactive est écrit "Extrêmement dangereux jusqu'en l'an 102013").
- Vous venez souvent ici, chère Madame ? - Chaque fois qu’il y a un karaoké, mon beau monsieur. C’est une bonne occasion de sortir mon mari. Le médecin a dit qu’il doit bouger. Sinon il est toujours fourré sur son ordinateur ou dans ses cahiers à écrire comme un malade. Qu’il est, du reste.
- Votre mari écrit ? Des romans ? Des essais ? Des articles ? - Ne le répétez à personne : il fait de la poésie ! - De la p… ? Non ? Vous plaisantez, j’espère ? De nos jours ! Ce doit être illisible ? - Ca l’est d’autant plus que Louis écrit en alexandrins ou en vers qui riment. Avant qu’il ne devienne ce grand corps malade il allait même déclamer sa production dans les cafés-slam ! - Il a une maladie ? Il semble bien conservé pourtant. Bonjour, monsieur le poète !
Le mari de la dame à l’accent étranger ne répond pas. Il a les yeux fixés sur l’écran de télé géant où défilent les paroles des «Feuilles mortes» de Prévert et Kosma qu’une Lara Fabian d’occasion est en train de massacrer, au grand dam d'un ancien scientifique belge qui se bouche les oreilles. Ca ne semble pas le gêner, lui, le poète : déjà que les aveugles sont parfois sourds à ce qu’on leur braille, il ne faut pas s’étonner si les émules de Verlaine trouvent un peu longs les sanglots des violons dans leur sonotone.
- Excusez-le, il a des absences. Le plus terrible c’est quand il redevient lucide. Il m’accuse de lui avoir fait perdre la boule. Un jour il m’a dit : « Tes yeux sont si profonds que j’y perds la mémoire !". Vous vous rendez compte ? - C’est vrai que vos yeux sont très beaux. Vous avez dû faire des ravages quand vous étiez jeune. J’espère que je ne vous vexe pas en vous disant cela. Vous devez d’ailleurs encore en faire beaucoup. - C’est vrai, monsieur très cher. Ma sœur Lili et moi, autrefois, nous avons vu défiler toute la Russie chez nous. Si je puis vous confier un secret, cher monsieur… Quel est votre prénom ? - Marcel. Marcel Stroskane, pour vous servir. - Eh bien mon cher Marcel, il n’y a que le transsibérien à ne pas nous être passé dessus ! Ces succès amoureux étaient d’autant plus surprenants que nous avions la réputation d’avoir un cœur de pierre. - Des jaloux, des médisants, sans doute ?
- Non, des plaisantins : notre nom de famille était Brique ! Et du coup, après avoir écumé toute l’URSS, j’ai fait le mur et je suis allée en Italie où j’ai changé de nom et de prénom. C’est à Venise que j’ai rencontré cet idiot : il voulait s’y suicider. Se suicider à Venise, il y a de quoi se gondoler, non ? - Vous exagérez certainement. Vous n’avez pas l’air d’avoir été malheureuse ? - Pas autant que ma sœur en tout cas. Elle aussi a épousé un poète mais il n’a pas survécu. - Ce sont des êtres fragiles, paraît-il ? - Fragiles ? Vous rigolez ? Mon Louis a été très résistant.
Le Louis en question, fantôme un peu hagard, vient de se lever en entendant les premières mesures du « Chiffon rouge » de Michel Fugain. C’est une institutrice en combinaison de ski qui le chante en levant le poing. Louis la fixe d’un regard quasi amoureux et on voit ses lèvres trembloter comme s’il prononçait les paroles de la chanson mais en fait un lecteur averti décélerait qu’il prononce tout bas celles de « L’Internationale ».
Marcella le fait rasseoir puis elle dit à Marcel :
- Vous avez quelque chose de prévu après ce karaoké ? Vous pourriez venir à la maison faire plus ample connaissance ? Nous habitons à deux pas d'ici.
Comme ça fait déjà dix minutes qu’elle lui fait du pied et que, dessous la table, elle a posé la main sur le haut de sa cuisse, vraiment tout en haut, Marcel lui répond :
- Volontiers ! Puis il ajoute : - C’est moi qui chante la prochaine ! Effectivement on l’appelle et il entame avec élégance et suavité « Sous les jupes des filles » de Souchon.
- Toi, mon cochon, pense Marcella, tu n’es pas la moitié d’un ! On va s’en donner, toi et moi ! Dès que je t’aurai chanté «Déshabillez-moi», je vais te faire perdre ton latin exactement comme Juliette a fait perdre son Gréco-romain à Roméo : de haute lutte !
Puis elle s’adresse à Louis :
- Tu vas avoir du spectacle, ce soir Louis ! Du comme tu l’aimes ! Et puis comme ça m’ennuie d’avoir laissé notre roman inachevé, je crois qu’avec mes aventures post-Aloys, avec ce type-là et les autres qui l'ont précédé et le suivront, je tiens un bon sujet de best-seller ! Allez, chauffe, Marcel !
Mais cette promesse vient trop tard. Affalé dans son fauteuil sous le portrait de Blanche de Castille – la déco du salon où a lieu le karaoké est manifestement assez surréaliste – Louis s’est oublié, il a oublié Blanche, Marcella, Nancy et les autres : il s’est endormi. Riche de toutes ces musiques, heureux de cette humanité chantante, n’ayant plus à se soucier de la ligne puisqu’il est parti, tranquille comme un roi sous sa crinière d’argent, voilà que Louis dort.
Et dans son rêve du moment, dans un autre univers un peu plus chatoyant, un homme et une femme, à l’unisson, chantent sans trop la massacrer une des chansons qu’il a écrites.
Après les nombreuses chutes de neige et averses de grêlons, il regela à la Noël de cette année-là. Un vent de galerneégrena les notes de sa lancinante soufflerie pendant une semaine. On se pela, on eut l’onglée, on jongla, on se calfeutra dans sa geôle près du poêle à bois puis la Saint-Sylvestre arriva, le temps s’adoucit et ce fut comme le règne retrouvé du soleil après l’orage.
Une fois sa calèche garée Marité Roumanoff s’engagea d’un pas léger et en même temps précautionneux dans l’allée qui menait au château des Krapov.
Cette fois-ci, Marité le devinait, il n’y aurait pas de fausse note côté luxe, calme et volupté : ce serait un vrai régal. Depuis un an, depuis le retour des Indes de leur nièce Célestine de Beauregard, les Krapov s’étaient remplumés de manière plus que large ! Et cela d’une façon on ne peut plus réglo et légale.
Il y avait eu d’abord cette histoire du tableau retrouvé dans la longère qui leur servait de datcha. Ils avaient entrepris de loger là pour l’été et c’est en farfouillant dans les combles que Marina Bourgeoizovna avait déniché cette nature morte aux poires et aux raisins.
- Qu’est-ce que c’est que cette croûte ? avait demandé Iosif Ilarionovitch.
- Je ne sais pas ! Elle était rangée là-haut. C’est mon paternel qui a acheté ce tableau à un peintre français qui mangeait du bœuf enragé au siècle dernier. On l’a cru longtemps égaré mais le revoilà. Peut-être que ça vaut quelque chose maintenant ? J’irai le faire expertiser à notre retour à Moscou.
- Les natures mortes, c’est très démonétisé, tu sais, Marina, maintenant qu’il y a la photographie ! Manque de bol ou plutôt chance pour le comte, il s’avéra que la toile était un Monet et que désormais on ne se moquait plus des Impressionnistes. Le tableau fut racheté immédiatement, réglé rubis sur l’ongle, vite fait bien fait, allegro vivace plutôt que largo, à un prix très élevé, par un marchand d’art qui s’empressa de le revendre le double en France.
Avec l’argent ainsi gagné Marina Bourgeoizovna eut une intuition géniale. Un jour que Célestine de Beauregard exhibait, outre ses yeux bleu lagon et sa tignasse rousse, ses chaussettes de laine tricotées à la main par son arrière-grand-mère, la sorcière irlandaise Troussecotta, la comtesse conçut l’idée d’installer un peu partout dans l’empire de Russie du tsar Nicolas II des comptoirs irlandais. Et cette affaire d’importation de laines et tricots marcha à merveille. Le comte ne put que faire l’éloge de sa femme devant tous : « C’est elle qui nous a sortis de la galère, qui a allégé ma vie, qui m’a alourdi l’estomac ! Je suis bien content de l’avoir lorgnée au bal des débutantes et de l’avoir épousée. Maintenant je sais qu’elle m’enjolera encore longtemps, ma glaréole d’amour ! ».
Marité constata en entrant dans le salon de réception que la fête serait belle, qu’on n’avait pas rogné sur les frais. Pour cette Saint-Sylvestre toutes ces dames et ces messieurs s’étaient mis sur leur trente-et-un.
Tomtom la belle agnelle arborait une robe rouge tomate, Lira Pavlovna, Laura de Vanel-Coytte, Mapie Maporovna, Edmée de Laville de Poussy, la célèbre Mamée, tentaient de et réussissaient à l’égaler en prestance. Tisseuse et Célestine de Beauregard, les deux cousines, et Maryline Dix-huit, l’actrice de cinéma qui sortait de son succès dans « La Cerisaie », réclamaient déjà au buffet, d’une voix allègre, qui une rallonge de Saint-Julien, qui du rabiot de vinho verde, « Ah bon ? Y’en pas ? Alors un Muscadet, Nestor ! », qui « Encore un coup de gnole, min garchon ! ».
Dans l’arène de l’élégance ces messieurs n’étaient pas mal non plus. Côté allogène le capitaine cow-boy Vegas prenait toute la lumière. Il avait fini par épouser Gene M., la danseuse, et ne l’appelait plus que Germaine, un diminutif ( ?) français entendu dans la Sarthe et répandu en pays gallo.
On entendait le prince Tiniakovitch, redingote orange et bleu roi d’épaulettes, qui déclarait au baron de Loht et au général Stouf qui avait pris du galon : « Je galèje, les gars ! ». Ailleurs Andiamo demandait au comte Krapov : « Mais pourquoi toutes ces onagres sur les tables du banquet ? Toute la salle en est ornée ?». Ce à quoi le comte répondait : « C’est une fleur jaune, mon cher Rodolphe. Dans le jargon des couleurs, ça symbolise que j’ai eu une chance de cocu ! ». Tête allongée du Calabrais en train de se demander « Il est barjot ou quoi ce mec ? A côté de ses grolles, pour le moins !».
Ailleurs, dans un angle de la pièce, Stefan Stefanovitch Arpikov, le célèbre astronome racontait à Marina Bourgeoizovna des histoires d’étoiles filantes. L’espion JCP était là, lui aussi, à aller d’un groupe à l’autre, à glaner, d’humeur égale, des informations qui étaient autant de jalons de sa quête secrète, autant de raisons de nager en eaux troubles et de ronger son frein pour que tout ce wagon-là aille droit dans le mur !
Lorsque minuit sonna le comte Krapov réclama le silence. Il leva sa coupe de Champagne d’un geste large et déclara :
- Mesdames, Messieurs, mes chers ami.e.s, je lève mon verre à votre santé et je vous souhaite une excellente nouvelle année ! Que 1917 vous amène tous les changements que vous souhaitez et les bonheurs dont vous rêvez ! Vive la très sainte Russie ! Vivent le Tsar, le Tsarévitch et la Tsarine ! Et merci Monet, Monet, Monet !
Là-dessus l’orchestre des Bonnets M ouvrit le bal avec son tube du moment, un morceau intitulé « Raspoutine ».
Quel dommage, songea Marité Roumanoff, que Josette qui a fini par épouser son P.D.G., Pascal D., n’ait pas été là pour voir et entendre ça !
N.B. L’illustration n°2 est empruntée à Célestine Troussecotte.
Pour Miss Marina La branche de mimosa De Moulin-du-Comte
Qu'un joggeur a ramassée Et puis immortalisée
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J'ouvre ici une nouvelle rubrique, plus bloguesque que poétique ou photographique, en vue de partager brièvement des références de choses vues ou lues. Appelons-là pour l'instant "Visionnages et découvertes" !
Visionnages et découvertes
Visionné hier une pièce écrite par Tristan Bernard : "Les deux canards" dans laquelle on retrouve des acteurs de "Caméra Café" et Isabelle Nanty :
Je pensais très fort à ce dessin cet après-midi en rendant visite, dans le cadre de mon travail, à des adjuvants sanitaires auxquels on présentait un outil de diagnostic dynamique. Le démonstrateur a commencé son topo par une donnée statistique surprenantes : entre 40 et 80 000 personnes décèdent chaque année aux Etats-Unis de causes iatrogènes (= d'erreur de diagnostic). On estime le nombre à 10 000 en France. Gasp !
Je ne suis pas malade, moi, Docteur. Je suis juste iatrophobe !
- Prends les rênes ! Es-tu bien en selle ? Vas-y ! Eperonne ta monture !
Comme si tu ne savais pas que ce cheval de bois n’avancera jamais ! Tu as bien compris leur manège et la machinerie qui est dessous. Ca s’appelle un vilebrequin, un système un peu compliqué qui fait monter sur ses grands chevaux, prendre la mouche du coche, partir en cavale.
Tu peux grimper dans la fusée, tourner le volant d’une voiture, d’un camion de pompier, chevaucher ce destrier-ci ou un autre, ça ne change rien. Tu tournes en rond. On t’a joué un tour de cochon : tu es un mouton de Panurge transporté sur un bateau ivre.
Ce que tu fais, d’autres l’ont fait : quelques petits tours par-ci par-là. Et puis s’en vont. Une vie, on appelle ça !
Tout s’inscrit dans un cadre noir, toutes les traditions et les règles se perpétuent et se conservent dans la saumure. Comme des cornichons, on est ! A la fin, quoi que tu fasses, le manège s’arrête. Alors ça, c’est le pompon !
Tu n’as même pas eu droit au coup de l’étrier ! On t’abat comme si tu étais tombé à la dernière haie et que tu t’appelais Stewball !
- Attendez, ce n’est pas moi, c’est ce canasson qu’était pas frais ! Eh, Mon Dieu ! Ma vie était un manège et ce manège tournait bien !
- Désolé, mon gars, répond Dieu, le tour est fini ! T’avais qu’un seul ticket et il était perdant-perdant comme celui de tout le monde !
- Mais c’est pô juste !
- Si ça peut te consoler ceux qui étaient montés dans les auto-tamponneuses s’arrêtent aussi et les grandes roues redescendent également. Pied à l’étrier ou pied au plancher, tout a une fin excepté le saucisson de cheval qui en a deux !
- Mais alors, y a vraiment pas moyen d’être immortel ? On ne peut pas gagner le prix de l’Arc de triomphe ?
- Pour être immortel, il faut être Dieu, aussi vrai que je m’appelle Marcel !
- Marcel Dieu ?
- Marcel Campion !
Toi je ne sais pas mais moi cette dernière réplique du Créateur m’a complètement désarçonné. Marcel m’a tuer !
Cette statue, "Le magicien" était jadis place de la Gare où l'on construit maintenant un quartier d'affaires - d'affairistes ? - qui sera sans doute aussi moche qu'Euralille peut l'être !
Et ici il traîne un projet pour transformer le palais Saint-Georges en hôtel de luxe ! J'espère qu'on aura encore le droit à l'avenir de traverser ce jardin pour aller au Thabor !
L'enseigne de la crêperie La Gavotte s'est elle aussi modernisée.
Joe Krapov est poète, humoriste (?), musicien à ses heures et photographe à seize heures trente. On trouvera ici un choix de ses productions dans ces différents domaines.