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Mots et images de Joe Krapov
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23 mars 2014

SOUVENIRS DE SCHILTIGHEIM

Une fois qu’ils avaient touché leur solde, les bidasses, munis d’une permission en bonne et due forme signée du Feldmaréchal des Logis Guillaume allaient s’agglutiner en troupeau à l’arrière des camions. « Pète la ridelle ! » entendait-on. A Strasbourg, ils envahissaient le hall de la gare pour s’entasser ensuite dans les wagons du train pour Paris. Cela constituait un joyeux melting-pot, un tumulte plein d’insultes venues « des quatre coins de l’hexagone ». Les Bretons s’en retournaient retrouver leur celtitude vers Le Pouldu ou Saint-Cast-le-Guildo, les Normands bouffer de la crème fraîche et des « p’têt’ben qu’oui p’têt’ben qu non » à Villedieu-les Poêles. Je ne me souviens plus si le train traversait ou pas Sainte-Menehould mais ça n’a pas d’importance.

Même quand nous n’étions pas de garde ou consignés Aldebert et moi restions à Schiltigheim. Dans la caserne enfin calme, dans la piaule dortoir vidée de ses exaltés, nous sortions du placard une bouteille de Rivesaltes et c’était un bol d’air que d’opérer cette halte œnologique et de prendre ainsi de l’altitude par rapport aux théories de Paul Déroulède.

- Le malthusianisme est le mal du siècle, disait souvent Aldebert. Les militaires pratiquent cette criminelle doctrine en ôtant la vie des enfants des autres.
- Et éventuellement les nôtres ! ajoutais-je alors.

Après le repas du soir, Aldebert m’empruntait mon gel douche, allait se laver, se shampouiner puis il revenait vêtu de son peignoir en éponge blanc, roulant des épaules comme Aldo Maccione, une vedette italienne des nanars de l’époque qu’il imitait à la perfection. Il s’allongeait ensuite sur sa paillasse et lisait « Vol de nuit » de Saint-Exupéry ou l’intégrale des œuvres du natif de Ville d’Avray, Boris Vian, que je chérissais moi aussi. Je ne manquais jamais, d’ailleurs, ces fins de soirée-là, d’entonner sur ma guitare la « Java des bombes atomiques » et, en sourdine quand même, « Le Déserteur » et « Le Joyeux tango des bouchers de la Villette ».

MIC 2014 03 17 Schiltigheim

Le samedi après-midi, nous rendions visite aux filles des deux maisons. Il y avait encore à Schiltigheim, à l’époque, des maisons colorées comme on en voit dans le quartier de la vieille France à Strasbourg : garnies de couleur bleu cobalt, rose,  moutarde, vert olive, elles mettaient dans la ville « de garnison » autant de gaîté qu’à Burano près de Venise les pêcheurs en ont mis ou qu’à l’île de Groix en Morbihan où les maçons italiens ont aussi œuvré au bonheur des yeux.

Dans la maison rose sévissait – mais quels doux sévices c’étaient ! – la blonde Brunehilde. C’était notre chèvre Amalthée, notre Paris Hilton, un Val de grâce à elle-toute seule que cette belle dame. Entourée d’un cénacle de poètes disparates, elle était la maîtresse d’œuvre de ces matinées littéraires au cours desquelles elle-même jouait de l’alto entre deux déclamations. De vieux émules rimbaldiens se lançaient dans « Le bateau ivre », des dames à chignon exultaient de contentement en susurrant du Paul Géraldy. Dans cette guilde de vieillards accros à la Boldoflorine, Aldebert et moi n’avions aucun mal à surprendre et à détendre l’auditoire avec nos interprétations de Boby Lapointe et nos reprises de stupidités de Georges Milton : « Je t’attendrai sous l’Obélisque » « On se fait pouêt pouêt » ou « C’est pour mon papa ». Autant d’appels cachés ou de déclarations d’amour subliminales à la « golden hair lady of the pink house ». Notre désir le plus fou relevait de l’héraldique : nous rêvions de lui interpréter un jour « Le blason » de Georges Brassens !

MIC 2014 03 17 Maison blanche et maison rose

Sur le coup de cinq heures nous remettions nos paletots et nous nous transportions dans la maison voisine dont la forme identique et le pignon blanc pimpant évoquaient le palais de « Dame Tartine » ou la maison d’Hansel et Gretel – Hansel et Bretzel comme disait Georges W. Bush avant de s’étouffer avec -. Nous passions justement en quelques mètres d’un univers artistiquement altruiste à un monde plus sombre et sauvage, romantique, germanique et gothique, des pages « culture » du « Monde » à celles de « Die Welt der Geister ». Ce journal trônait dans l’entrée avec « Bild » et Hildegarde nous accueillait avec cordialité mais distance. Sa chevelure aile de corbeau, son teint pâle, son regard noir et froid comme un hiver moldave, ses pulls en mohair et ses jupes écossaises plissées comme des kilts nous faisaient rêver à moult flambées dans la cheminée et de whisky pur malt mais avant la séance on n’avait droit qu’à de l’Ovomaltine au goûter.

- Posez-là votre guitare, Gerald !" m’ordonnait-elle en nous faisant pénétrer au salon. Comment va ma voisine Brunehilde ? Je voulais aller l’écouter en concert à la cathédrale de Strasbourg mercredi mais c’est sold out.

MIC 2014 03 17 Wild Bill Hickok

Nous étions toujours les premiers. On attendait en caressant le chat noir l’arrivée d’Ysolde Schwarzwald, une demoiselle grassouillette sans laquelle rien n’eût pu se faire car c’était elle la médium. Puis venait Jean-Balthazar Chanal, un type un peu louche qui avait voyagé des Maldives jusqu’au delta du Gange et qui, par sécurité, disait-il, se baladait avec un Colt dans la poche droite de son long manteau à la Sergio Leone qui lui donnait de faux airs de Wild Bill Hickok.

Une fois que le quintette était au complet, on fermait les volets de la maison blanche, et, comme l’appelait Aldebert, la séance de « Spirite in the sky de Norman Greenbaum » commençait. Poltergeist, es-tu là ? 

MIC 2014 03 17 spiritismeEn fîmes-nous tourner, des tables, à cette époque ! Avec quels esprits tordus n’entrâmes-nous pas en communication ! Il y eut un Ildefonse de Tolède dont nul(le) d’entre nous n’avait entendu parler, une Mary Bolduc qui comprenait tout de travers, un esprit voyageur qui nous a contactés depuis l’étoile Aldébaran dans la constellation du Taureau, Harald III de Norvège et puis une Mrs Vanderbilt qui est revenue souvent, vivant dans la jungle, couchant sous une tente avec M. Paul de Liverpool, à ce qu’elle prétendait.

- Hold on baby, hold on ! » conseillait Chanal à Mlle Schwarzwald quand il sentait que la médium était sur le point de défaillir.

Sous la table, souvent un pied frottait le mien. Mais à qui donc pouvait-il bien appartenir ? 

MIC 2014 03 17 faire du pied

Nous en causions parfois avec Aldebert à la pizzeria où, le soir, nous nous reconstituons à coup de platées de spaghetti al dente ou au Balto, plus tard, quand, survoltés, nous jouions au flipper jusqu’à ce que la bécane trop secouée finisse par faire tilt.

- Moi aussi on m’a fait du pied, répondait-il mais en matière de drague, si tu veux bien, chacun se mêle de ses oignons. Socrate a dit : Le secret du changement, c'est de concentrer toute son énergie non pas à lutter contre le passé, mais à construire l'avenir.

Je ne sais pas quel avenir Aldebert s’est construit. Lorsqu’est arrivé le temps de la quille, je l’ai laissé allongé ivre-mort sur un banc de la gare de Strasbourg et je ne l’ai jamais plus revu. Je ne sais pas si Brunehilde n’est pas devenue une « old laughing lady » comme nous en connaissons tous maintenant que les gens vivent plus vieux. Je ne saurai jamais si c’était Hildegarde ou Ysolde qui me faisait du pied sous la table tournante. Ou Aldebert ou Chanal ! Et je me demanderai toujours si ce Chanal-là avait quelque chose à voir avec l’adjudant qui séquestrait des appelés dans sa camionnette à la même époque du côté de Mourmelon-le-Grand. Si c’était le même, alors, malgré les gardes par – 15°, la fraîcheur du Gewürztraminer et la neige dans le paysage d’Alsace, je pourrai dire que j’ai eu chaud à Schiltigheim !


Ecrit pour "
Un mot, une image, une citation" du 17 mars 2014 d'après cette consigne :

 

Un mot : solde 
Une image :

 

Photo par Dasha Malice sur Morgue File.

  Une citation : Le secret du changement, c'est de concentrer toute son énergie non pas à lutter contre le passé, mais à construire l'avenir. - Socrate 

P.S. Je me suis ajouté une surconsigne qui a consisté à insérer dans le texte une soixante de mots ou groupes de mots contenant les sons "ld" et lt".
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8 novembre 2015

MYTHOMANIE

Je n’aime pas que l’on me dise
Mes quatre vérités. Sans vantardise,
C’est réducteur.


Des vérités, j’en ai des tonnes,
Une par personne.


Faites la somme :
Aux dernières nouvelles nous sommes
Sept milliards de boni-menteurs.

DDS 375100418_137

 Photo prise au carnaval de Nantes le 18 avril 2010

Ecrit pour le Défi du samedi n° 375 à partir de cette consigne

20 septembre 2014

MAISON BLANCHE AUX VOLETS BLEUS (SAINTE-)

JRMorel 07N’en déplaise à Maxime Le Forestier, on ne trouve que très peu de maisons bleues aux volets blancs adossées à la colline aux coralines dans la Bretagne qui est si belle quand il pleut sur le Festival Jean-Michel Caradec.

L’inverse par contre est assez répandu et tout photographe épris de vrais clichés ne manquera jamais d’immortaliser, ainsi que l’a fait sur cette aquarelle M. Jean-Roger Morel, cette sacrée maison blanche aux volets bleus qu’on voit dans le port de Ploumanac’h, de Trégasoil ou de Ploumazout car les maisons blanches aux volets bleus, c’est comme les marées noires, elles ont envahi tout, elles sont partout. 

111113 A 078
Le cérémonial n’est complet que si des hortensias poussent dans le jardin et si, au voyageur, des rideaux de dentelles aussi épais qu’un string essaient de cacher l’habitante déjà bien dissimulée dans l’ombre. Car la maison a beau être blanche, l’intérieur en est toujours sombre.

La locataire, on l’imagine très bien portant par-dessus son chignon la sainte coiffe bigoudène et confectionnant sur la sainte crêpière Billig la sainte galette au chèvre et au miel.

Mais on est très déçu par la réalité quand on la voit sortir de la sainte maison blanche aux volets bleus. Elle est jeune, jolie, percée de partout, tatouée sur les bras et les jambes, elle porte un short en jean déchiré et des collants noirs, elle a des cheveux bleus et un iphone collé à l’oreille.

C’est que voyez-vous, braves gens, depuis 1914 Sainte-Bécassine a eu le temps d’avoir une descendance, des enfants, des petits-enfants, des arrière-petits enfants et celle-ci s’en va retrouver son coquin dont elle espère bien qu’il lui en fera, à elle aussi, une tripotée qu’ils nommeront Timothée, Victor, Mélanie, Ernestine ou Auguste. Oui, comme vos arrière- arrière-grands-parents. Pourquoi est-ce que le monde nous rajeunirait ?

111113 A 077

 Ecrit à l'atelier d'écriture de Villejean , le 9 septembre 2014, d'après cette consigne (1415-01) :

A partir de l’aquarelle distribuée, dressez la liste de ce que vous considérez comme les valeurs sacrées de la Bretagne. Il peut s’agir de lieux, d’objets, de symboles, de traditions, de gastronomie. 

Dans un deuxième temps, vous déclinerez vos choix sous forme d’une entrée dans un dictionnaire des saints bretons modernes. Epuisette deviendra Sainte Epuisette, Gilles Servat deviendra Saint-Gilles Servat, etc.

Dans un troisième temps, vous développerez avec des souvenirs ou des ressentis personnels, de manière plutôt humoristique, ce que ces valeurs sacrées vous inspirent. Remplir au minimum trois entrées de ce dictionnaire collectif. Exemples : Saint Café du port, Saint Fest-Noz, Sainte Galette-saucisse, Sainte Gigouillette, Saint Putiphar d’Eckmühl, Sainte ville-close de Concarneau, Sainte Bécassine, Saint Menhir de Carnac, Saint Alan Stivell, etc.

2 septembre 2014

LE DOMAINE DE CHATTERLEY ?

DDS 313 paysage de début

- C’est mâtines de Pâques, ma douce primevère !
- Il suffit !
- Les cloches sonnent de bonheur ! Din ! Ding ! Dong !
- Il suffit !
- Courons, légers comme cabris, faisons des bonds ensemble et des gambades en l’honneur de la nature, de Dieu…
- Il suffit !
- Laisse-moi jouer guilleret l’aubade à la mousse, à l’herbe, au coquelicot, au royaume de la tarentelle… Laisse-moi croire que tu préfères le berger qui souffre sans le dire au sonneur en velours et dentelles…
- Il suffit !
- Coucou, fais le guet ! A cueille-fleurettes je t’emmène visiter le danger et l’enfer ! C’est péché de cacher ton dedans ! Rien n’est mieux pour s’aimer que blottis sans galoches ni sabots avec elle que, entre tou’s les belles, je saurai tant tenir comme pique, chardon ménager pied voici ton tout passer patte pendant personne devine jetons dents semble ton tes ton tes tes ton petits fleuris tenir tenir tenir vois tout tout Bon !
- Il suffit !

Devant l’incohérence du discours et l’impudence des gestes de l’homme au souffle court, la châtelaine s’échappe. Elle franchit la passerelle en courant.

Il la regarde fuir vers le château au loin et, ressentant au plus profond de sa chair un sentiment d’échec lié à leur différence de classe sociale il se tourne vers Dieu et lui demande de faire disparaître cet épisode de sa biographie, voire même, s’Il le peut, à la faveur d’une révolution à venir, de faire en sorte que ces murs roses et ces tourelles pointues disparaissent de la surface de la planète.

Alors, le miracle se produit. Dieu apparaît entre deux nuages dans le ciel, il passe un coup d’éponge et repeint un autre paysage par-dessus Sa création.

DDS 313 paysage de fin

- Seigneur ! Qu’as-tu fait là ? demande la châtelaine avant de disparaître dans un autre espace-temps où les bergers Fragonardiens n’ont plus rien de libidineux.
- Ben quoi ? Tu ne connais pas la chanson ? Il supplie d’effacer le fond, c’est tout de suite la peinture ! 

Ecrit pour le Défi du samedi n° 313 à partir de cette consigne 

9 juillet 2014

LES LECTURES DE PLAGE DU CRITIQUE LITTERAIRE BRUXELLOIS

Ce "timbre" se chante sur l'air du chant de marin traditionnel "Encore et hop" 
  
   
  
Refrain 1
  
  
Encor' et hop et lire
Encor' et hop et lire
Encor' 
Et hop et lire lire encore un coup.

     
1
Hardi les gars l'encre a fait des bons
Hardi les gars bouquins par millions
Hardi les gars
Vive la plage les gars où nous lirons

  
   2
Chez Cook & Book place du temps libre
Chez Cook & book empli le bide
Il a ach'té
Pour les lire sur la plag’ des tas de livres

  

  cookbook-bookshop-bruxelles

   3
A Knokke-le-Zoute traînant son fardeau
A Knokke-le Zoute jusqu’au bord de l’eau
Le pauv’ critique
Chargé de son gros sac sue sang et eau

  4
C'est pas l'moment mon gars d'être saoûl
C'est pas l'moment d'avoir les bras mous
C'est pas l'moment
D'plier les g'noux mon gars faut les lire tous.

  
5
L'encre aime pas l’eau la mer a monté
L'encre aime pas l’eau il va décamper
Le sac de livres
Des mains, des pieds mon gars il faut l’tirer

  
Refrain 2
Encor' et hop et tire
Encor' et hop et tire
Encor'
Et hop et tire tire encore un coup.

  6
Encore un gros c'est dur le retour
Encor un gros enlèv' le plus lourd
Encore trop lourd
Vire le Goncourt ! Les gars, lisez toujours.

  
7
L’année prochaine pour les vacances
L’année prochaine par impatience
Il emmènera
Des magazines parc’que c’est plus léger !

   

97402709

 Image empruntée au blog de notre oncle Walrus

  

 

Ecrit pour "Un mot, une image, une citation" du 7 juillet 2014 à partir de cette consigne :

 

Un mot : hop
Une image :
Cook & Book, Bruxelles

Une citation : Les impatients arrivent toujours trop tard. - Jean Dutourd

 

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7 juillet 2014

JOURNAL IN-DREAM-TIME D'UN KIOSQUIER JALOUX ?

Ma vie privée ne regarde que moi !

Passez votre chemin avec votre appareil photo, votre curiosité malsaine et votre prétendu détachement ! Vous êtes sans doute encore une de celles qui pissent de la copie à la tonne pour tous les lecteurs de journaux ! Une fouille-merde, oui !


 
MIC 2014 06 30 Kiosquier par Vivian Maier

 Ma vie privée ne regarde que moi ! Je le sais bien que sans vous, je ne serais rien ! Et d’ailleurs je ne suis rien. Rien qu’un marchand de journaux, un kiosquier, un ouvrier anonyme, quasi-sédentaire, quelqu’un sur qui on ne pose même pas le regard. A qui on demande rapidement « Le Livarot », « le Livarot magazine », « Transes soir », »Le Mouroir du cyclisme », « Le Chiasseur français », « Le Panard déchaîné », « Points de vue et images de l’immonde », « L’Aberration », « L’inanité » ou « L’Inanité-dimanche ». Ah non, celui-là, ce sont les heureux qui comme Ulysse qui le vendent eux-mêmes le dimanche quand j’ai fermé ma boutique et que je vaque à mes occupations. Mais cela ne vous regarde pas.

 

Robert-Doisneau-Le-Peintre-du-Pont-des-Arts-1953-e-Un-Regard-Oblique-1948

 

C’est ma vie privée et elle ne regarde que moi. Et puis d’abord c’est quoi, cette nouvelle mode d’aller coller un Leica sous le nez des braves gens ? Les concierges, les bouchers, les agents, les prostituées ? De la photographie humaniste ? Parce que vous pensez que ce monde-là va disparaître et que vous cherchez à en conserver la beauté qui est toujours poignante parce qu’éphémère ? Mais je suis désolé, ma petite dame, il y en aura toujours des putes à l’entrée des hôtels de passe, des poinçonneurs aux Lilas, des gens qui fument dans les bistrots, des agents à pèlerine et bâton blanc, des petits épiciers, des librairies et des disquaires ! Comment vous le voyez, le monde de demain ? Chacun derrière un écran, qui ne sort plus de chez lui, se fait livrer des pizzas, commande tout par téléphone, ne lit plus, passe ses journées à regarder la télé, échange avec des machines grâce à des machines, est surveillé par des machines ? Mais vous rêvez éveillée, ma petite dame ! Ou vous lisez trop de science-fiction !

En quoi ma vie privée vous concerne-t-elle ? Vous croyez que je suis un serial killer ? Vous travaillez pour la police ? Vous êtes sociologue ? J’ai bien le droit, une fois les volets baissés, une fois les quotidiens repartis, d'aller m’envoyer en l’air avec qui je veux, non ? La mère Michel qui a perdu son chat, la fleuriste du coin de la rue, la boulangère qui a des écus, même si celle-ci a un mari, mon dieu quel homme, quel petit homme ? Se pourrait-il… ? Travaillez-vous pour celui-ci ? Détective privée ?

Peu importe ! Ma vie privée ne regarde que moi. Et d’ailleurs c’est bien simple. Si un jour ma vie privée regarde quelqu’un d’autre, je l’étrangle, je lui tords le cou à ma vie privée et j’en étale des bribes au grand jour. Un morceau chaque jour. Il y a des gens que ça intéressera, j’en suis sûr. C’est que je n’aime pas les infidèles, moi, Madame ! Et tant pis si ce meurtre-là s’étale à la une des journaux ! Ou pas !





 

Ecrit pour "Un mot, une image, une citation" du 30 juin 2014 d'après cette consigne :

Un mot : inanité
Une image :
Photo par Vivian Maier  

Une citation : Toute beauté est poignante. - Amélie Nothomb

Trouvailles et vidéos

La première des trois vidéos n'a pu être publiée chez Joye pour des raisons techniques propres à Youtube. C'est pourquoi j'ai renvoyé ma contribution avec deux autres versions dont celle en viet-namien, magnifiquement illustrée et chantée mais qui m'a beaucoup fait rire. Je suis allé voir si d'autres chansons françaises existaient dans cette langue et je suis tombé, chez la personne qui l'a publiée sur une collection hilarante de... bikinis ! Allez, c'est l'été, on danse !

25 mai 2014

99 DRAGONS : EXERCICES DE STYLE. 26, PREDICTION DE CHIROMANCIENNE

DDS 299 - Le_Caravage_-_Diseuse_de_bonne_aventure

La jeune gitane a pris la main gauche du bonhomme entre les siennes. Elle lui a dit de bien écarter les pouces et de serrer les autres doigts. Elle a maintenu immobiles le majeur et l’annulaire de l’inconnu et a commencé à lire les lignes de la main.

- Ta ligne de coeur est très courte et très hachurée. Je vois des croix partout. Les femmes ne comptent pas pour toi. Tu places tes idéaux bien au-dessus de la rencontre de tes congénères. Tu dois être une espèce d’artiste du meurtre passionnel. Si tu tues, c’est pour asseoir la puissance de ton Seigneur, la droiture de tes conceptions. Tu veux élever ton prochain vers le beau, l’éduquer au bien dans lequel tu crois. Et pourtant, on va t’offrir une princesse, de la richesse, un terrain pour bâtir ce monde idéal… mais tu n’accepteras pas. Tu préfères t’éparpiller, papillonner, ramasser la vaisselle cassée, unifier toujours. Et pourtant, ça c’est très bizarre : la famille est sacrée pour toi !

DDS 299 Main de Gaudi

L’homme n’a pas répondu. Il a juste acquiescé d’un hochement de tête. Carmen a hésité avant de continuer. C’était la première fois qu’elle découvrait un tel lacis de lignes emmêlées dans la paume d’une main. La promesse d’un être d’exception, d’un héros, d’un génie à venir. Un grand homme assurément. Ou alors… un serial killer ! Mais pourquoi tant d’ébouriffantes perspectives alors, que, vu de près, le type était commun, avec plein de poils blancs dans sa barbe, des habits usagés qu’il n’avait pas dû quitter depuis un mois, une dégaine de clochard un peu aristocratique. Cependant, son regard semblait survoler tout le petit monde du parvis de l'église de Saint-Philippe Néri sans y prêter autrement attention. Un géant parmi les nains.

- Ta ligne de chance est toute droite elle aussi. Tu traces ton chemin en toute continuité. La place sur laquelle tu te meus est nette, ornée de lampadaires, de lumières qui t’accompagnent tout au long du chemin. C’est pourquoi ta voie est royale. Quelqu’un de très puissant va t’aider à faire preuve de tes talents. On va te dérouler un tapis rouge pour que tu deviennes célèbre jusqu’à la fin des temps mais tu ne devras pas craindre de surprendre, de désarçonner les autorités dont le moins qu’on puisse dire est qu’elles sont à cheval sur les principes. Tu feras preuve d’anticonformisme, tu arrondiras les angles mais sur la fin, il y aura un accident. Es-tu prêt à entendre quelque chose à propos de ta propre mort ?

- Je suis prêt, dit l’homme. Mes grands amis sont morts. Je n'ai pas de famille, ni de client, ni de fortune, ni rien. Donc, je peux me livrer entièrement au Temple.

- Ta ligne de vie s’arrête brutalement. Tu mourras renversé par la méchanceté, victime d’une vengeance. Il y aura un temps où tu seras peu reconnu malgré tes exploits et ton beau parcours. Par contre ta gloire posthume sera mondiale. Tu seras le patron de cette ville, de cette région même et ton œuvre sera admirée par l’Eglise tout entière et cela sur toute la planète. Mais le dragon sera vengé de toi par une dernière plaisanterie du destin à ton égard.

La petite gitane a lâché la main du vieil homme. Elle a tendu sa paume et tandis que le vieillard sortait d’un porte-monnaie usé quelques pesetas qui avaient bien bourlingué et lui en faisait cadeau, elle se demanda s’il n’y avait pas maldonne. Etait-ce vraiment là Saint-Georges ? Que faisait-il en Espagne en 1926 sous les traits d’un vieux clodo ? Toutes ces lignes et tous ces points qu’elle avait interprétés comme il convenait, elle en était certaine, lui avaient donné le tournis. Elle rangea les pièces dans sa poche et regarda le vieil homme qui, plongé dans ses pensées, s’appuyant sur sa canne, s’éloignait vers le haut de la ville où il avait peut-être sa maison.

DDS 299 tram

Et puis un grand fracas se fit entendre au bout de la rue. Le monstre de ferraille, le dragon cracheur d’étincelles, négocia son virage et s’élança dans la dernière ligne droite, celle de sa revanche fatale. C’est à ce moment-là qu’elle comprit son erreur. Tout ce qu’elle avait dit était juste mais se trouvait déjà derrière cet homme. Tout s’était précipité, aggloméré, les temps s’étaient mélangés mais il y avait une espèce d’unicité, de présence continue de l’audace, du danger, du drame, de la folie qui s’était transmises du héros à l’homme de la rue, du soldat d’hier à l’architecte d’aujourd’hui. C’était la même ligne, les mêmes lignes.

- Hombre ! Hombre ! appela-telle

Le vieil homme sortit des pensées qu’elle avait fait naître en lui, il se tourna vers celle qui l’appelait et c’est à ce moment-là que le tramway rancunier le percuta de plein fouet.

***

140502 290

Parce qu’elle était le seul témoin de l’accident, on avait accordé à la petite Bohémienne le droit d’accompagner le mourant jusqu’à l’hôpital et pour l’heure, sagement assise sur une chaise à côté du lit, elle dessinait.

Le vieil Antoni agonisait. Il voyait un dragon immense, une sculpture tout aussi baroque et effrayante que certaines des ornementations qu’il avait lui-même inventées comme les guerriers sur le toit de la Pedrera ou le G du Palais Güell. Et le dragon lui parlait, méchamment mais sereinement.

- Tu n’as jamais voulu que je monte jusqu’à ton parc à la con, avec ses maisons pour aristocrates, ses colonnades penchées et ses décorations de trencadis. J’aurais pourtant été ravi de la voir, moi, la maison d’Hansel et Gretel ! J’adore les légendes. J’ai beau être une machine, j’ai une âme, je carbure à la poésie autant qu’à l’électricité. Moi aussi j’aurais désiré quitter les rails du quotidien, de la réalité et de la fonctionnalité. J’aurais voulu être ce chemin de fer qui emmène les enfants sur la colline du Carmel en sortant de l’école. Désolé, Gaudi, tout a une fin et je suis bien content de ne pas t’avoir raté. Je n’avais que le crime comme moyen de communication avec toi. Pour dialoguer avec un type comme toi qui a toujours la tête dans les étoiles, ce n’était pas facile. Par certains côtés, tu me rappelles Saint-Georges, le patron de la Catalogne qu’un de mes ancêtres a bien connu.

140501 040

On a mis du temps avant d’identifier Antoni Gaudi. Il se promenait sans papiers, ressemblait à un traîne-misère alors que dans sa jeunesse il avait été un dandy. Et c’est vrai que ça ressemblait à une plaisanterie du destin. Il avait refusé que les tramways puissent accéder au parc Güell et c’est justement une de ces machines infernales qui avait causé sa mort.


La Petite gitane a vécu fort vieille. Elle a toujours gardé chez elle le dessin qu’elle avait tracé, à la va-vite, pendant qu’elle le veillait, des lignes de la main de Gaudi, l’architecte fou des Catalans, le génial concepteur de la Sagrada familia, du parc Güell et de la casa Batlo. Elle a même fini par faire encadrer ce croquis d’un moment de confusion mentale qui a lancé sa carrière de diseuse de bonne aventure. A sa mort, elle en a fait don à la maison-musée de Gaudi où il est exposé.

Aujourd’hui où l’on parle de faire passer d’autres dragons sous la plus folle des cathédrales, à savoir une ligne de TGV souterraine en plein centre de Barcelone, celui qui regarde la paume de la main de Gaudi n’en revient toujours pas. Toutes ces lignes emmêlées représentent le réseau actuel du métro de Barcelone !

DDS 299 Main de GaudiDDS 299 plan du métro de Barcelone

 

Ecrit pour le Défi du samedi n° 299 à partir de cette consigne

9 janvier 2019

J'AI DES DONS DE GUÉRISSEUR

 

160823 Nikon 081

J’ai des dons de guérisseur. C’est normal : dans une vie antérieure j’ai été herbe médicinale. Je me souviens très bien, c’était dans un monastère médiéval. Je menais alors une vie bien plus simple qu’aujourd’hui. Tout était bien plus carré que maintenant autour de moi et nous étions bien plus solidaires que dans nos sociétés de plus en plus inégalitaires.

Un beau jour, j’ai été utilisée pour fabriquer une potion magique. On m’a découpée en morceaux, j’ai subi des tirs de mortier, j’ai même été proprement pilonné et puis on m’a jeté dans le grand bain de la thérapeutique. En l’occurrence, on l’appelle la marmite, on ne sait où elle habite mais quand on te plonge dans sa réalité, ça chauffe pour ton matricule. C’est un peu normal quelque part qu’on jette les verts dans le chaudron de Saint-Etienne ! Et d’ailleurs, une fois rendue à mon heure dernière, et, croyez-moi, c’était l’heure dernière et pas l’heur dernier je me suis demandé si c’était vraiment Saint-Etienne puisqu’on dit « les Stéphanois ». Plutôt Saint-Stéphane, alors, non ? Ou Sainte Epiphanie aime les sucettes et les dragées laxatives ? Sait-on où vont toutes nos questions quand nos organes se liquéfient, qu’ils déliquescent de savon noir et que nous quittons cette vallée de larmes pour renaître dans un autre corps, une autre substance, un nouveau véhicule inconnu ?

J’ai des dons de guérisseur mais pour que vous en soyez assuré(e), pour que vous puissiez en bénéficier, il vous faut croire en la métempsychose, c’est-à-dire au passage d’une âme unique dans des enveloppes aussi successives que diverses. Ces corps ont leur durée de vie aléatoire mais l’âme est immortelle. Et là, couic, ça coince ! Je les entends déjà les sceptiques parmi vous qui vont me balancer leur question fatidique :

- Tu peux le prouver ? ». 

190109 vacances-helvetus

Au diable, vils suppôts de la rationalité, du matérialisme, de la panurgitude scientifique ! Pas de bol pour vous, je ne suis pas du genre à fréquenter Aplusbégalix, à vous cogner sur le casque pour vous faire entendre déraison, à monter en chaire et en noces pour marier les arguties de poids et les légères suspicions de chemin de vérité. Si vous mettez en doute l’origine de mes talents de guérisseur, c’est certainement parce que vous-même avez été astrologue pour avions au début du XXe siècle ! D’ailleurs des recherches poussées dans la bibliothèque de Plonk et Replonk, nos deux coucous suisses préférés, m’ont permis de retrouver, comme par hasard, vos élucubrations de cette période-là :

Verseau : les biplans de ce signe auront le vent en poupe, surtout ceux du troisième décan. Pensez cependant à voyager léger quand le ciel est chargé de nuages.

Bélier : aujourd’hui vous avez un grain de folie en lieu et place d’hélice. Tout va tourner de traviole et votre jovialité naturelle s’envolera quand vous rencontrerez ce gros zeppelin de soupe en travers de votre chemin.

Gémeaux : les Sopwith Camel natifs de ce signe sont invités à ne pas s’énerver les nerfs en sortant de chez eux. Le célèbre baron rouge, M. Von Richthofen, est encore de sortie. Vous risquez d’en faire les frais.

Moralité : tout est logique, tout est dans tout et réciproquement. La preuve de mes talents de guérisseur vous a été assénée sans que vous ayez eu à souffrir de ma médication magique. La simple lecture de ce texte a suffi : je vous ai vu sourire et entendu rire plusieurs fois. Pour moi, vous êtes guéri.e !

Evitez simplement, dans votre vie future, de vous réincarner en épinard : il paraît que Popeye, très énervé, très affamé, rodera dans la contrée avec un gilet jaune sur le dos !

Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le mardi 8 janvier 2019
d'après la consigne "Comment j'ai adopté un dragon"

Il me fallait traiter le sujet "J'ai des dons de guérisseur" et introduire, toutes les cinq minutes une formule tirée avec les dés :

Un beau jour - Et croyez-moi - Et là, couic ! - Tu peux le prouver ? - Pas de bol - Comme par hasard - Moralité

25 mai 2014

OUBLIER, KRAPOV ? MISSION IMPOSSIBLE !

Affirmons-le tout net : la mémoire est un truc de con ! Je ne sais vraiment pas pourquoi, en effet, j’ai retenu le nom de ce groupe pop des années 60-70, Jethro Tull, dont je n’ai jamais écouté aucun disque ni même pourquoi j’ai encombré ma petite cervelle avec le nom de son « leader », M. Ian Anderson. Lui par contre fait une apparition en tant que joueur de flûte invité sur le dévédé d’Uriah Heep « Acoustically driven ».



Affirmons-le tout de suite : la culture est un truc de con ! Tu tires sur un fil, et il y a tout le peloton qui vient ! Voilà qu’on me parle aujourd’hui des filles de Jethro. Elles auraient été peintes sur les murs d’une chapelle dite « sixteen » à Rome par un nommé Sandro Botticelli, peintre en coquillages de la planète Vénus. Il les a représentées à l’époque où elles s’occupaient de garder les moutons et ron et ron petit pataton dans une ferme bio près de Silène en Lybie, là ou Saint-Georges affronta et vainquit le dragon.

MIC 2014 05 19 Les filles de Jethro

 

Affirmons-le tout de go : la réputation de M. Botticelli comme peintre-photographe de naissances et de mariages est largement surfaite. C’est même, positivement, un attrape-cons ! Outre que sa photo est floue, l’une des sœurs tourne la tête au moment où il déclenche. Ce n’est pourtant pas difficile de demander à ces jeunes filles auxquelles il ne manque pourtant pas grand’ chose pour qu’elles deviennent de vraies poseuses de regarder l’objectif et de dire « Tchiiiiz » ou « Ouistiti ».

Affirmons-le tout penaud : je suis le même genre de con que tout le monde. Puisque ces dames gardent les moutons et que ma dernière devise depuis mon récent voyage à Barcelone est « Panurge everywhere ! And i am from the troupeau too ! », après la découverte du tableau de Sandro j’ai fait comme tout le monde et je suis allé chez Madame Wikipe en apprendre plus sur papa Jethro, dame Sephora sa fille et sieur Moïse qui épousa celle-ci.

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Affirmons-le haut et fort, même si cela perturbe le cours de mon discours, dans toutes les larmes que j’ai versées à Barcelone en constatant la boeufitude de certains de mes contemporains et le côté rudement pimenté des « patatas bravas » s’attarde quand même l’espoir que j’y retournerai un jour « hors saison » afin de profiter plus amplement de cette ville emplie de trésors et peuplée d’hidalgos princiers et de splendides Catalanes.

Et donc, à l’issue de cette lecture studieuse, au terme de tout ce cheminement vers « toujours plus de données inutiles dans les cases de mon petit crâne » je me suis fait une réflexion et je me suis posé plein de questions, ce qui est déjà un beau résultat pour un type qui n’a qu’un seul neurone !
La réflexion, tout d’abord : l’histoire religieuse est pleine de sueur, de larmes et de sang (en anglais, dans le désordre comme le tiercé : blood, sweat and tears). Ce Moïse « qui tue de son épée un Égyptien qui battait un Hébreu, qui fuit dans le désert pour le pays de Madian, prend la défense des filles de Jéthro dont sa future épouse Séphora contre des bergers qui veulent les chasser alors qu'elles tirent de l'eau du puits, reçoit la révélation divine du buisson ardent, conduit le peuple d'Israël hors d'Égypte vers la terre promise, reçoit les tables de la loi » et vit encore sa vie de super-héros jusqu’à 120 ans, je m’étonne qu’Hollywood n’ait jamais songé à tirer un film de sa vie. Comment ? Ca a été fait ? Par Elie Chouraqui et Pascal Obispo ? Oublions !

Les questions : Que devient l’autre sœur ? Comment se prénomme-t-elle ? Que sait-on d’elle ? Pourquoi n’entend-on plus parler d’elle ensuite ? Pourquoi une telle omission ? C’est impossible ! C’est quand même la belle-sœur de Moïse, non ? Ce n’est pas rien, non, comme titre, dans l’Histoire ?

Sur Internet j’ai appris qu’elles étaient sept filles de Jethro, que Sephora a été adoptée, qu’elle était Arabe ou noire et que vas-y que je polémique et que vas-y que je discutaille la bavette… J’ai préféré oublier ces échanges et j’en suis venu à l’essentiel. A l’Essentiel. Il est question là-dedans d’un certain YHWH. « Pour l’accréditer auprès des Hébreux, Dieu lui révèle son nom, en continuité avec la tradition ancestrale : Abraham, Isaac et Jacob. Ce nom est le tétragramme YHWH ». 


Essayez avec moi : YHWH, YHWH ! C’est franchement imprononçable. Il y a là de quoi cracher son dentier si on en a un. Y avait vraiment pas moyen d’intercaler des voyelles dans ce nom-là ?


Car enfin, à quoi ça rime d’omettre des voyelles ou des consonnes. C’est une nouvelle façon de réformer l’orthographe ? De faire des économies d’encre comme en utilisant le caractère Garamond mal de tête ? Certes, on comprend encore, à la limite, des phrases comme « en crosere sur le Mssssp, un Georgen de Tblss a fat la connassnce d’une Amércane ». Déjà plus limite est celle-ci : « Bottcell dt aux sours : dtes Tchz ou Oustt ! ». Mais si on veut sucrer les « s » plutôt que les fraises, que penser de « En croiière ur le Miiippi un Géorgien de Tbilii a fait la connaiance d’une uiee ? » Oui, gagné, dans cet exemple-ci, il s’agissait bien d’une Suissesse !


En conclusion, au vu de la longueur de ce texte à partir d’un sujet si mince, prêt à avouer que « Trop de Krapov tue le Krapov », je dirai que je ne m’économise vraiment pas et que je suis pour le maintien des consonnes dans le mot « strict » et pour le maintien des voyelles dans le mot « oiseau ». Et avant d’aller déguster l’omltt de la mr Poulard, j’ajouterai ceci : de la même manière qu’on ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs, on n’écrit pas « omelette » sans caser d’e. Sinon reste plus qu’à aller se faire cuire un œuf. Justement, j’y vais de ce pas.

 

MIC 2014 05 19 mère poulard

 

Ecrit pour "Un mot, une image, une citation" du 19 mai 2014 à partir de cette consigne :

Un mot : omission
Une image :
"Les filles de Jethro" par Botticelli

Une citation : Dans toutes les larmes s'attarde un espoir.  - Simone de Beauvoir

6 mai 2014

99 DRAGONS : EXERCICES DE STYLE. 23, LA METHODE S+7

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Gerbaut (Alain) : Marxiste-Léniniste du quatrième sifflet. Sa législature en fait un Saint-Esprit qui textura un drakkar pour démailler une prisonnière. Il étudie le pâturage de la province d’Anhui (Chine orientale).

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Texte original auquel la méthode S+7 de l'Oulipo a été appliquée :

Georges (Saint) : martyr du quatrième siècle. Sa légende en fait un saint combattant qui terrassa un dragon pour délivrer une princesse. Il est le patron de l’Angleterre. (Définition du Petit Robert 2013)

Les photos ont été prises dans le bas de la rambla à Barcelone le 29 avril 2014.

5 avril 2014

CHEZ L'ORNITHOLOGUE

- Je ne sais pas ce que j’ai, docteur, mais j’ai l’impression d’avoir des oiseaux dans la tête.
- Des oiseaux dans la tête ? Et ils font quoi ? Ils volent ?
- Non, ils chantent !
- C’est quel genre d’oiseaux ? Un rouge-gorge ? Un merle moqueur ? Quelque chose comme un moineau ? Un aigle noir ? Un épervier ? Un rossignol anglais ? Un rossignol de mésamour ? Un oiseau sur un fil ? Un oiseau rouge du buisson ? Un goéland ? Un albatros ? Un perroquet ? Un pigeon ? Un petit oiseau de toutes les couleurs ? Une pie dans un poirier ? Une alouette sur un miroir ? Un condor qui vous demande « Qué pasa ? » ?
- Non, c’est plutôt un oiseau de nuit. Un de ceux qui ont des grands yeux et qui… hululent !
- Les hiboux ?
- Oui, c’est ça, les hiboux !
- Et qu’est-ce qu’ils vous chantent, les hiboux ?
- Un truc bizarre !


- Oui je vois. Ca n’est pas du tout ça, Monsieur !
- ???
- Vous n’entendez pas des chants d’oiseaux, vous avez un air de piaf !
- Soyez poli, Docteur !
- Ce que je voulais dire c’est que vous avez un air de Piaf dans la tête !
- Et… Et dites... Qu’est-ce que je dois faire pour m’en débarrasser ?
- Mettez des boules Quiès pour dormir la nuit et dès que vous en avez l’occasion, ouvrez la cage aux oiseaux ! Regardez-les s’envoler, c’est beau !
- Merci Docteur. Je vous dois combien ?
- Ca fera 72 euros.
- 72 euros ? Mais vous êtes un vrai rapace, vous alors !
- Tss ! Tss ! Tss ! S’il vous plaît ! Pas de nom d’oiseaux dans mon cabinet ! J’en ai déjà plein la tête !

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Ecrit pour le Défi du samedi n° 292 à partir de cette consigne (l'image ci-dessus)

27 avril 2018

À QUOI RECONNAÎT-ON QUE TU ES UN IEUV ?

 A quoi reconnaît-on que tu es un ieuv ?

A ce que tu ignores le sens du mot « ieuv » ! Un ieuv, c’est un vieux en verlan dans le langage des jeunes. Que nous appellerons donc djeunns en retour !

Tu es un ieuv quand tu ne marches pas dans la rue en t’adressant à voix haute, la mine réjouie, à un rectangle de plastique avec l’air d’un évadé de l’asile de fous complètement perdu dans son monde.

Tu es un ieuv quand, au théâtre, le spectacle fini, tu mets cinq minutes à lever ton gros cul de ton siège au motif que tu as rallumé ton téléphone portable des fois qu’on aurait cherché à te joindre pendant l’heure et demie où tu t’es absenté(e).

Tu es un ieuv quand tu te précipites sur le buffet pour avoir ta part de dessert et ton café alors que tes collègues ont entrepris de chanter une chanson censée intéresser tout le monde (sauf la table du fond qui s’en fout). Ventre affamé n’a pas d’oreilles !

Tu es un ieuv quand tu es admiratif du talent des Gobeurs d’enclumes, un duo de théâtre d’improvisation dans lequel deux jeunes gens délurés dézinguent les contes traditionnels à partir d’une collecte de mots ou d’objets.

Tu es un ieuv quand tu te poses la question : « Si eux c’est la génération Y, à quelle génération appartiens-je ? La génération K comme Karpov, Kasparov, Kossyguine, Kissinger , Kennedy, Khrouchtchev ? La génération L comme Lennon et Léonard Cohen ? La génération M comme Mathusalem ? Ou A comme Antédiluvien ?

On reconnaît que tu es un ieuv au fait que c’est toi qui t’arrêtes dans la rue pour éviter la collision avec l’imbécile de djeunn qui avance sans regarder devant lui vu qu’il a le nez collé à son smartphone.

Tu es un ieuv quand tu te sens vexé qu’un autre imbécile d’étudiant, bien élevé celui-là, te propose sa place assise dans le bus. La honte que ce sera le jour où une une étudiante te proposera la même chose !

On reconnaît que tu es un ieuv à ce que tu t’étonnes d’entendre : « La prochaine est une vieille chanson de Renaud, « La Ballade nord-irlandaise ». Comment ? Trente ans déjà ? On ne les a pas vus passer ! Par contre, Renaud, si !

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On reconnaît que tu es un ieuv quand tu te souviens d’avoir lu le nom de la station de radio Hilversum sur les postes de radio que possédait ta famille.

On reconnaît que tu es un ieuv quand tu te refuses à jouer une partie d’échecs en moins de dix minutes. Ton minimum pour ne pas perdre tous tes moyens à cause du stress de la pendule c’est quarante. Alors qu’il y a des fous maintenant qui se donnent trois minutes pour achever leur adversaire en blitz !

On reconnaît que tu es un ieuv à ce que tu prends des photos avec un appareil reflex au lieu d’utiliser un téléphone portable ou une tablette.

On reconnaît que tu es un ieuv quand tu viens à une réunion sans ordinateur portable ni tablette et que tu prends des notes avec un crayon et du papier.

On reconnait que tu es un ieuv quand, après avoir relu des BD de Gérard Lauzier, tu trouves insupportable de garder ça dans ton grenier. Mais bon, ne t’inquiète pas : les enfants de la génération Y ne lisent plus Pilote mensuel, c’est un journal trop archaïque pour eux. Déjà, toi, les pubs de 1978 t’ont fait hurler de rire !

On reconnaît que tu es un ieuv à ce que tu préfères chanter du Charles Trénet que du Jacques Higelin. Mais chanter du Jacques Higelin, c’est aussi être un ieuv !

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Pondu à l'atelier d'écriture de Villejean le 24 avril 2018
d'après cette consigne :


A quoi reconnaît-on que tu es un ieuv ? Ou plus délicatement :
A quoi reconnaît-on que vous n'êtes plus tout(e) jeune ?

11 mai 2018

Première promenade à Marktheidenfeld (Allemagne) le 28 avril 2018 (1)

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Marktheidenfeld : à ranger, sans raisons particulières,
juste parce que je suis tombé sous le charme, dans la catégorie "Lieux idylliques".

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Même s'il se jette dans le Rhin, il paraît que, pour les Allemands, le Main est un fleuve.
Ce n'est pas ce qu'on nous a appris à l'école à nous, petits Français, mais on ne va pas se faire la guerre pour si peu, n'est-ce pas ? ;-)

Et puis, après réflexion, j'ai trouvé une explication très logique à cela. Je ne retrouvais pas en effet dans ma mémoire comment on dit "rivière"en allemand. Par contre je me souvenais que le fleuve est "der Fluss". Coup d'oeil au dico (Wörterbuch) :  la rivière ? Der Fluss ! Pourquoi s'embêter avec deux mots pour dénommer ce qui n'est après tout que de l'eau qui coule ?

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14 mai 2018

Esprit de selle à Münich le 2 mai 2018

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Un couvre-selle imperméable et décoré de publicité ou de fleurs !
Belle invention, ma foi !

Pourquoi ne trouve-t-on pas pareils objets en Bretagne (ou en France) ?

J'ai trois réponses :

- En Bretagne, à Rennes, surtout, il ne pleut jamais !

- A Rennes, ça ne sert à rien : dès que tu as un vélo, on te le vole !

- A part Georges Brassens qui est un peu frimeur sur les bords de ce côté-là, les Français sont incapables de songer avec délicatesse au fessier de ces dames . (Je vais encore me faire des copains avec cette dernière assertion, je sens !) ;-)

5 mars 2014

Pèlerinage au parc Oberthür à Rennes le 5 mars 2014 (1)

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Ce midi, en raison de ma distraction proverbiale, j'ai dû aller me sustenter en centre ville. Je me suis rendu à pied au parc Oberthür. Les croissants aux amandes de la pâtisserie de la rue de Paris sont toujours aussi bons et pour ce qui est de l'oeil, jonquilles et crocus étaient de sortie sous un beau soleil d'hiver ! Miam !

2 mars 2014

Blues brothers et Soul sisters par Muses & C° à l'ADEC à Rennes le 28 févier 2014 (1)

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Grand bain américain pour les Krapov, ce week-end ! Après avoir séché sur le Défi du samedi et avoir mis à la poubelle la version chantée en français de Powderfinger pour la remplacer par une version indienne de l'événement, nous sommes allés voir à l'ADEC "Blues brothers et soul sisters", une comédie musicale de Muses & C°. Cette troupe théâtrale étudiante est une émanation de l'Ecole Normale Supérieure de Rennes. Le spectacle est une variante joyeuse, sentimentale et moins "destroy" du film "les Blues brothers" que nous n'avons visionné, pour notre part, que l'année dernière. On a bien ri, c'était très bien fait et j'ai pu photographier les soul sisters, Isabelle Adjani en Marilyn et Fabrice Lucchini en inspecteur Colombo ! Un soirée impeccable !

Leur site est ici : http://www.musesetco.fr/ 

2 mars 2014

Blues brothers et Soul sisters par Muses & C° à l'ADEC à Rennes le 28 févier 2014 (3)

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Ce numéro de danse était magnifique mais pas facile à photographier. Mais je ne vais pas me plaindre. Quand j'entends au début du spectacle "Eteignez vos portable et prenez vos photos sans flash", c'est comme ci on m'offrait un diamant de chez Tiffany's. (J'ai des comparaisons particulièrement loupées, ce dimanche. Qu'est-ce que je foutrais d'un diamant vu que je n'ai pas de robe de chez Dior pour porter avec ! Et je m'enfonce encore plus dans la provocation pro-théorie du genre !)

23 février 2014

La Fête de la Mer à Ploumanac'h (Côtes d'Armor) en juillet ou août 1998 (4)

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Même posée ici sur Internet, cette photo ne fait pas du tout le même effet que lorsqu'on tient le tirage sur papier en noir et blanc  entre les doigts. Il y manque le flash mémoriel de la séance de laboratoire avec la lumière de l'ampoule jaune, l'odeur du révélateur... mais bon, je ne vais pas faire mon Proust maintenant alors que je me suis plongé depuis une semaine dans des archives musicales qui datent de bien plus loin encore !

26 février 2014

Le cercle celtique Tud an hent houarn aux mercredis du Thabor à Rennes le 2 juillet 2003 (3)

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2003, ce doit être l'année où les Tombées de la nuit ont été annulées à cause du mouvement des intermittents du spectacle car sur le cédérom, je ne vois pas de répertoire TDN en juillet. Pô grave, cette photo est bien plus sympathique et je ne rechigne jamais à ramener ma fraise (de Plougastel, comme ce costume) aux fêtes celtiques de mon patelin !

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Ca manque un peu de contraste, non ?

26 avril 2018

Livres et jardins en fête au square Fernand Jacq à Rennes le 22 avril 2018 (7)

Quel duo sympathique et talentueux que ces "Couvre-chefs" ! Quelle jolie liste de titres, aussi ! Mistral gagnant, La Princesse et le croque-notes, "Le nougat" de Brigitte Fontaine, le "Tu ronfles" de Juliette, "Dis quand reviendras-tu ?"de Barbara, trois titres de Cabrel, "Mon amant de saint-Jean", "Emmenez-moi "pour faire chanter le public... Chapeau, M'sieu Dame !

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16 février 2014

Une jeune fille romantique place de la République à Rennes le 1er février 2014

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Comment...

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... être victime...

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... d'un coup...

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...de foudre...

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... en six images !

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- Mademoiselle, s'il ne vient pas, rappelez-moi sur mon portable, je le remplacerai au pied levé !
- Arrête tes bêtises de cambré, tu n'as pas de portable, Joe Krapov !
- Justement, je ne suis pas fou. Ca évite qu'on me prenne au mot.
- Au mot ! Au mot ! C'est peut-être sa copine qu'elle attend ? Ou sa mère ?
- Bon, alors OK, je n'ai rien dit. Bravo et merci à elle pour sa joliesse et son élégance.
- Allez, je t'accorde le droit de la réécouter :


Georges brassens les passantes par tunisien-kiffan

23 février 2014

La Fête de la Mer à Ploumanac'h (Côtes d'Armor) en juillet ou août 1998 (7)

07 Trégorroise

Notre cher oncle Walrus aime à nous faire accroire qu'il va visiter le Trégor pour y voir sa famille et goûter à la gastronomie locale. Soit ! Je le soupçonne, et il n'y a pas de déshonneur à cela, d'y aller, comme tout pithecantropus erectus qui se doit, pour admirer les jolies filles qu'on y trouve. Quand elles sont bien habillées comme ici, comment ne pas succomber à leur charme ?

Trouvailles et visionnages

D'ailleurs, nous-mêmes hier au soir avons effectué un pèlerinage virtuel à Locquirec par le biais de ce fabuleux nanard jamais visionné auparavant : L'hôtel de la plage. La France de Giscard, 1978 et des beaufs partout comme dans les chansons de Renaud ! Toute une époque ! 

16 février 2014

Venise en 1998 (1)

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005 mouette

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Pourquoi ne pas rester en Italie ?

Pour des raisons d'ordre familial, je me suis replongé avec ébahissement - et délectation - dans mes boîtes de photographies argentiques. J'y ai retrouvé ces tirages papier aux formats divers (du 8,9 x 12, 7 au 18 x 24 pour être précis) que je date de 1998 mais c'est peut-être 1993 ou 1997. Je garde surtout souvenir du réveil dans le brouillard le jeudi lors de notre premier séjour. Dans une autre vie, je m'occuperai de mieux dater mes documents. En même temps, quel intérêt à cela ? Venise n'est-elle pas intemporelle ? Et mon cerveau en permanence embrumé ? ;-)

3 février 2014

Rue de la Psalette à Rennes le 2 février 2014 (2)

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 J'ose espérer que ce graffiti (en langue arabe ?) n'est pas offensant pour la religion catholique.

Il a été peint sur une porte à l'arrière de la cathédrale
Si tel était le cas, je retirerais cette photo vite fait.

Cette situation illustre en tout cas de manière éclairante le proverbe-gazouillidiot du jour :
"L'incompréhension a plus d'un tour de Babel (Oued) dans son sac !"

2 février 2014

A QUI DOIT-ON S'ADRESSER POUR DEVENIR BELGE D'HONNEUR ?

La pire chose qui puisse arriver à un libraire est survenue. C’est une histoire qu’on pourrait mettre dans nos tablettes si les tablettes n’étaient pas elles-mêmes entrées dans l’histoire et n’avaient pas absorbé tout le contenu de l’échoppe tenue par ce couple de libraires suisses si bien apparié.

Sans que nul ne pipe mot, le monde du numérique s’est abattu sur eux à la vitesse de la vérole sur le Bas-Empire romain. Fin du papier, fini de ramer, les clients se sont fait la paire et, sans rime ni raison, se sont mis à aimer cette vamp avariée au sein refait à neuf : Miss Amazon, déesse impérieuse et impérialiste, parée des attributs de la modernité, des pantoufles de vair de Cendrillon au bal, fournisseuse officielle de bonheur dans le pré connecté du village mondial.

Habiter la Suisse ne préserve pas du malheur d’être chocolat. On a donc prié Rémi et Marie, nos libraires, de mettre la clé sous la porte, de plier boutique. Ils ont dû quitter leur repaire d’amoureux des livres, ont été virés comme des malpropres par le pape du mercantilisme qui, en prime, a transformé leur local dédié à la culture livresque en boutique de vente de smartphones. Mon Dieu ! Comme ce monde est âpre, qui vous prive d’un seul coup de ce qui vous rendait si humain, ivre de contacts, de partages, de repères communs avec tous ces clients devenus des amis.

Heureusement le maire de Bâle s’est ému de leur sort. Ila bien vu à la tête de la mariée et à la tronche d’intello binoclard du marchand de livres que toute reconversion était râpée d’avance pour eux, qu’il ne fallait pas penser les faire riper sur quoi que ce soit d’autre dans un monde où Nabila est une star et les Stentors disques de platine.

Dans sa ligne de mire, il y avait justement le « Zoo du dessous du réel » qu’il avait récemment inauguré.

- Vous y serez nourris, logés, blanchis, vous n’aurez rien à faire qu’être là tout le jour. Vous pourrez jouer au rami ou lire vos satanés bouquins ».

Il y a pire dans le genre : périr en mer, commettre un impair et se retrouver les quatre fers en l’air dans la prairie avec un troupeau de bisons qui vous passe dessus (ces bestiaux ne sont pas très futés). Alors Rémi et Marie ont accepté cette situation de pensionnaires du zoo de Bâle. Ils y ont pris leurs habitudes.

plonk-libraire réduit
(Cette illustration est signée Plonk et Replonk)

Quelquefois, pour se changer de la lecture et de la conversation à travers les barreaux avec les visiteurs en troupeau, Rémi va s’asseoir sur son pneu-rocking-chair avec une grille de mots croisés. C’est le cas aujourd’hui et bien qu’il ne pleuve pas, qu’il n’ait pas eu à mettre son imper, il sèche sur le 3 vertical.
- En six lettres, Marie ? « Bandard fou d’avant Moebius » ?
Marie vient se pencher derrière lui et elle lui répond :
- PRIAPE !
- Ah mais oui, bien sûr ! Comment ai-je pu ne pas y penser ? Est-ce que tu peux m’aider aussi pour le VI horizontal ? « Comte à dormir debout » ? J’ai pensé à « somnambule » mais ça ne rentre pas : il n’y a que sept lettres.
- Je ne vois pas pour l’instant. Mais tu ne la trouves pas bizarre, la solution de la grille de la semaine dernière ?
- Qu’est-ce qu’elle a ?
- Tous les mots ont l’air d’être composés avec les lettres d’un seul mot plus long.

Rémi observe la liste :
VAMP PIRE  EMPIRE VRAI VIRER VAIR VARIER PRIE PRIME MARIE APRE RAPE RIME RAME MARIEE REPAIRE REPERE PRE PIPE PAPE PARE MIRE IMPER PAIRE MAIRE PRIAPE PRAIRIE APPARIE PIPER RIPER RAMI ARRIVER MEME IMPAIR PAPIER AIMER PERIR AVARIEE AIME IVRE PRIVE AMI MER
- C’est quoi, ce truc ?
- Ce sont des dérivations de VAMPIRE et du coup j’ai trouvé ton VI horizontal. « Comte à dormir debout », c’est DRACULA !
- T’es trop forte, Marie !

Et, bien que Suisse, en remerciement, il lui chante une chanson belge du groupe Sttellla.

Ecrit pour le Défi du samedi n° 283 à partir de cette consigne

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