14 novembre 2018

LE CALENDRIER PERPÉTUEL : DÉCEMBRE

1er décembre : Sainte Florence

pontevecchio_4

Sainte Florence a vécu à Firenze en Italie de 163 à 200 après Jésus-Christ.
Elle vendait aux touristes de passage sur le vieux pont au-dessus de l’Arno des reproductions en plâtre réalisées par elle-même du vieux pont au-dessus de l’Arno.

Le vieux pont au-dessus de l’Arno était déjà à l’époque couvert d’échoppes pittoresques et les vieux ponts de Firenze sculptés par Florence étaient sculptés de manière si minutieuse que l’acheteur trouvait parfois sa reproduction en miniature sous forme d’un acheteur achetant un souvenir devant l’éventaire sculpté de Dame Florence sur le vieux pont de Firenze.

Cette mise en abyme déplut fortement au potentat local qui détestait qu’on lui parlât avec des mots dont il ignorait l’orthographe. Pour la peine il fit couper les doigts de la main droite de la petite artiste.

De ce fait Sainte-Florence est devenue la patronne des donneuses de leçons de piano, ce dont Jane Campion s’est souvenue pour obtenir la Palme d’or au Festival de Cannes il y a longtemps déjà (1993).

Sainte Florence a été canonisée à Navarone en 1943.

Le dicton du jour : «A la sainte-Florence, si tu n’as pas de frigo et si ton beurre n’est pas rance, c’est que l’hiver est en avance».


4 décembre : Sainte-Barbara

Sainte-Barbara a vécu à Nantes de 163 à 200 après Jésus-Christ.

180705 Nikon 031

Elle vendait aux touristes de passage et aux autochtones du coin, dont Jean-Louis Jossic, un des chanteurs des Tri Yann, des parapluies téléscopiques. Elle avait son échoppe dans cette rue de Nantes où il y avait déjà le restaurant « Un amour de pomme de terre » et où je ne vais plus depuis qu’ils ont retiré du menu la planche ch’ti avec le Maroilles fondu par-dessus des patates.

Si elle vendait des parapluies, c’est qu’il pleuvait déjà beaucoup sur Nantes à l’époque. La jeune et jolie Barbara attirait d’ailleurs l’attention du chaland qui passait en lançant à tout venant de sa jolie voix « Il pleut sur Nantes ».

Elle eut maille à partir un jour avec un marin qui prétendait l’avoir connue rue de Siam à Brest. C’était aussi un jour de pluie – Mais si, rappelle-toi, Barbara ! – et le marin lui avait acheté, pour son capitaine, un parapluie auquel il s’avéra qu’il manquait une baleine. Le lendemain l’équipage était parti en mer pour aller en pêcher une. A cause de ce parapluie défectueux, le capitaine, un dénommé Achab, avait eu un gros pépin, il y avait laissé une canne et n’avait pu décrocher la palme d’or au festival de cinéma de l’île de Groix. On lui avait juste décerné le raton laveur d’honneur, ce qui lui avait fait une belle jambe.

Lassée d’avoir affaire à de tels scaphandriers d’eau de vaisselle, Barbara se reconvertit dans la fabrication et la vente de lingerie féminine.

Sainte-Barbara a été canonisée dans l’île de Beauté en 1962.

Le dicton du jour : « A la Sainte-Barbara, si tu ne te rappelles pas, c’est que tu as oublié. »


26 décembre : Saint-Etienne

Saint-Etienne a vécu dans la patrie de Bernard Lavilliers de 163 à 200 après Jésus-Christ.

AEV 1819-08 Rocheteau aa183

Il vendait des chaudrons et des boucliers arvernes aux touristes de passage, surtout à un petit Gaulois blond et irascible et à son copain juste un peu enveloppé.

C’est dans un de ces chaudrons que le peintre italien Véronèse a confectionné la couleur verte qui a fait sa célébrité. « Allez ! Lé vert ! Allez ! Lé vert !! » hurlait-il en brandissant son pinceau et son enthousiasme au-dessus de sa tête, les deux bras levés.

Photo de Dominique Rocheteau empruntée à L'Equipe

Avant d’être canonisé lors d’un pénalty au parc des Princes en 1976, Etienne a terminé sa vie en se prenant un coup de boule de Bernard Lavilliers lors d’une baston à la sortie du bal des Hauts-fourneaux en 200 après Jésus-Christ.

Le dicton du jour : « A la saint-Etienne, Etienne, Etienne, tiens le bien sinon Guesch pâtit !

Etienne est le saint patron des alcooliques misogynes qui ne manquent jamais d’entonner « A la tienne Etienne, à la tienne mon vieux » lorsqu’ils trinquent.


15 décembre : Sainte Ninon

Le dicton du jour : « A la Sainte Ninon tu ne dois dire ni « kiwi » ni « Ninon » sinon t’as perdu ! »

 

AEV 1819-08 Ninon_de_Lenclos_by_L

Sainte-Ninon a vécu à Domrémy de 163 à 1431 après Jésus-Christ qui lui a vécu ailleurs à partir de 33 ou 34 avant Jésus-Christ, c’est compliqué.

La jeune et jolie Ninon gardait ses moutons dans l’enclos à eux réservé de la ferme parentale.

Le 12 mai 1431, lorsqu’elle vint s’asseoir à table pour le repas du soir, elle annonça à ses vieux qu’elle avait entendu des voix célestes et qu’elle allait s’engager dans l’armée pour bouter les Anglois hors de France.

Les parents comprirent qu’elle était tombée victime de la maladie de la brebis folle et qu’il allait falloir l’abattre avec tout le troupeau. Ce qui fut dit fut fait.

Elle fut canonisée par erreur et par Saint-Etienne qui, encore une fois ivre ce jour-là, l’avait confondue avec Sainte Jeanne d’Arc.

Sainte-Ninon est la patronne des gens dont l’Histoire oublie toujours le nom : le soldat inconnu, le coureur de Marathon, le fier Sicambre qui courbe la tête à Soissons pour se retrouver dans la vase une fois que Clovis lui a assené un coup de sa francisque, toi, moi, vous, nous.

Sauf que nous on n’en meurt pas de ne pas être aussi célèbre que le kiwi qui rapporte vingt deux points minimum au scrabble.

Ah zut ! J’ai écrit « kiwi » j’ai donc perdu !


Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le mardi 13 novembre 2018
à partir de la consigne ci-dessous

Posté par Joe Krapov à 18:31 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , ,


Consigne 1819-08 du 13 novembre 2018 de l'Atelier d'écriture de Villejean : Oh when the saints !

Oh when the saints !

 

3 séquences d’écriture sont proposées à partir de photocopies d’un calendrier. Chacun choisit un mois, différent de celui choisi par son voisin. Si l’on est douze, chacun choisit un mois de l’année.

1) Le calendrier perpétuel illustré

On imagine qu’on a à fabriquer, pour chaque jour du mois, une feuille de calendrier illustrée. On cherche donc la photo qu’on apposera sur le jour de la Saint-Gaston (une cabine téléphonique ?) ou sur tout autre jour de son mois. On fait la description de la photographie imaginaire et on inscrit une légende  pas trop longue dessous

2) Les dictons des saints

On invente des dictons du style « S’il pleut à la saint-Médard, il pleuvra quarante jours plus tard

3) Les saints patrons

Les saints sont déclarés patrons d’une corporation. Dites de quelle corporation les saints de votre mois sont les patrons. Racontez brièvement leur biographie.

AEV 1819-08 St_Vincent_patron_des_vignerons

Posté par Joe Krapov à 15:13 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

07 novembre 2018

INJURES AD HOC POUR INCIVILITÉS STYLÉES

Ce serait faire injure à la Modération, celle avec qui l’on boit volontiers des coups ici et là, que d’accorder trop d’importance à la recrudescence des sacs à main qui volent dans les salles de cinéma. Il n’y a pas plus d’incivilités à Villejean qu’ailleurs. Certains itinérants mémoriels parisiens bien en cour ne laissent pas de traiter, par exemple, des gens honorables  d’"illettrés", de "Gaulois réfractaires" ou les invitent à traverser la rue pour venir les chercher.

La seule plaie notable par ici est la pauvreté du vocabulaire utilisé par les jeunes générations au moment d’insulter qui de droit et qui de gauche. Comme nous sommes des citoyen.ne.s résolument positi.fs.ves nous avons inventé à l’intention de nos jeunes invectiveurs, déscolarisés ou pas, le jeu des injures ad hoc. Grâce à la petite liste de recommandations du billet suivant, chacun.e peut se constituer son dictionnaire d’insultes personnelles et surtout puiser dans le nôtre !

AEV 1819-07 Haddock rempli JK

Consigne 1819-07 du mardi 6 novembre 2018 de l'Atelier d'écriture de Villejean

Les Injures ad hoc

 

L'animateur demande d'écrire un mot qui corresponde aux critères
de la colonne de gauche du tableau suivant
(sans donner bien sûr l'exemple dont il s'est inspiré dans la colonne de droite).

On passe au mot suivant jusqu'à épuisement de la liste.
Chacun a constitué ainsi ses propres insultes Haddockiennes.

Oncle Archibald, reviens, tu nous manques ! ;-)

 

Nature du mot

Exemple d’injure du capitaine Haddock

Nom ou adjectif péjoratif

accapareur

Nom de véhicule volant

aérolithe

Nom d’un grade dans l’armée + « de ou à » + nom d’un véhicule ridicule

amiral de bateau-lavoir

Nom de personnage de théâtre

amphitryon

Nom de personne aux moeurs originales

anthropophage

Nom de genre dans une classification scientifique

anthropopithèque

Nom de tribu indienne

Apache

« Apprenti » + Nom de profession + à la noix de coco

apprenti-dictateur à la noix de coco

Nom d’objet usuel

Ascenseur

Nom de profession + « d’eau douce »

astronaute d'eau douce

Nom de peuplade éloignée

Aztèques

Nom d’animal africain

Babouin

Nom d’officier d’armée + “des Carpathes »

bachi-bouzouk des Carpathes

« Bande de » + Adjectif °+ nom désignant une catégorie d’individus

bande de jeunes effrontés

« Bande de » + nom de personne légèrement hors la loi

bande de pirates

Bande de + instruments de médecine

bande d'emplâtres

Nom d’objet décoratif

bibelot

Nom d’objet volumineux

bibendum

Nom désignant un alcoolique

boit-sans-soif

Nom d’engin destructif

bombe atomique

« Bougre de crème de » + nom d’objet médical + « à la graisse de hérisson »

bougre de crème d'emplâtre à la graisse de hérisson

« Bougre de » + n’importe quoi + « à la sauce tartare »

bougre de faux jeton à la sauce tartare

« Bougre de » + n’importe quoi + « à roulettes »

bougre d'ectoplasme à roulettes

« Bougre d’extrait de » + injure + « de » + nom géographique

bougre d'extrait de crétin des Alpes

Nom d’animal préhistorique

brontosaure

Nom de véhicule ne volant pas + « à réaction »

bulldozer à réaction

Nom d’animal marin

cachalot

Nom de danse

cake-walk

Nom de maladie

Choléra

Nom d’oiseau + « mal empaillé »

chouette mal empaillée

Nom de fleur

chrysanthème

Nom d’objet de cuisine

cloche à fromage

Nom d’instrument de musique + “de” + nom d’une fête

cornemuse

Nom de légume + diplomé

cornichon diplômé

Nom de Personnage littéraire + « à quatre pattes »

Cyrano à quatre pattes

Nom de métier + « de carnaval »

dynamiteur

Nom d’élément du décor urbain + « ambulant »

jet d'eau ambulant

Nom de sympathisant d’un parti politique

Ku Klux Klan

Nom d’un animal qui vit dans les arbres

macaque

Nom du domaine des mathématiques

logarithme

« Marchand de » + nom de matière ou de spécialité culinaire peu ragoûtante

marchand de guano

Nom de célébrité + « sans » + n’importe quoi

 

« Hologramme de » + Nom de célébrité

 

Nom de légume+ « diplômé »

Cornichon diplômé 

Posté par Joe Krapov à 11:15 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

10 octobre 2018

HIER ENCORE

AEV 1819-05 Aznavour

Hier encore Charles Aznavour était vivant. Plus trop en état de jouer au jeu de trousse-chemise avec une quelconque gaudeluronne bien sûr, vu qu’il n’existe pas de féminin à «godelureau» à part ce néologisme-ci, mais assez jeune encore pour avoir des projets stupides : faire un selfie avec Macron en Arménie, mourir sur scène comme Molière, se faire souhaiter, à cent ans, un bon anniversaire par le Carnegie Hall bondé jusqu’à la gueule, réenregistrer ses titres en rap «qu’est le dernier refuge de la poésie vraie» et tout ça et tout ça. «For me formidable !» le félicitait-on à la façon de Valentine qui les avait jolis d’après ce que disait Maurice Chevalier.

Hier encore Charles Aznavour était vivant. Et pourtant, quand il s’est allongé dans sa baignoire une petite voix intérieure lui a dit :

- Ne résiste pas, Charlie ! Ceci est un hold-up ! A partir de maint’nant tu m’obéis, tu t’laisses aller ! Je suis l’Ankou du lapin, celui contre lequel on ne peut rien. Je te le jure, sur ma vie et sur celle de Sainte-Anne, la patronne des Bretons, je ne suis qu’un exécutant. C’est Sainte-Maryvonne, ma patronne, qui a décidé pérempétoirement que t’as dépassé la date de péremption. Il faut savoir faire une fin. Vous les vieux vous coûtez un pognon de dingue à soigner, comme ils disent dans le nouveau monde, vous polluez l’air avec vos déplacements en avion et les plaisirs démodés qui sont les vôtres sont désormais insupportables aux oreilles de la jeunesse. Franchement, t’arrives à les réécouter, toi, les orchestrations de tes chansonnettes ? Allez zou, Papy, c’est l’heure de faire un œdème pulmonaire !

- OK, je ne discute pas, a répondu Charles, philosophe. Emmenez-moi voir la Mamma, Edith Piaf et les comédiens qui m’ont précédé au paradis des artistes. Je dois avouer qu’à certains moments de fatigue, je m’y voyais déjà.

- Le paradis ? Tu n’y penses pas ! a dit l’Ankou en partant d’un grand éclat de rire. Tu n’y penses pas sérieusement tout de même ? Ah le naïf, lui eh !

Hier encore Charles Aznavour était vivant et tout de suite après les deux guitares sur lesquelles il avait composé «Que c’est triste Venise» et ses mille autres titres ont fait «Plonk» et «Replonk» ! Elles se sont désaccordées d’un seul coup, elles ont sonné le glas, Aglagla, il y a eu un grand froid et Charles fut mouru.

***

Comme annoncé par l’Ankou il s’est retrouvé d’un seul coup dans cet univers-ci :

Plonk et Replonk - Le plumage des anges fermiers (réduite)

illustration de Plonk et Replonk

Ca pourrait être une ferme dans la Bohème des années 1900 ou dans son Arménie natale avant que la Turquie ne montre qu’elle peut être aussi forte et sinistre que son café amer.

En fait c’est la ferme de la Harpe à Rennes-Villejean en 1946.

Les damnés sont tout juste sortis de l’occupation, de la guerre et de ses horreurs. Ils sont condamnés à plumer les anges fermiers. Ils ont le regard triste des migrants de la jugeote qui rêvaient de mondes meilleurs, de paradis sur Terre, d’Amérique, de lendemains qui chantent. Ce sont les premières victimes du plan Marshall de Lucifer.

Remballée la marche des anges ! On les attrape, on les zigouille, on les plume et on les fait griller comme des poulets ! Les plumes sont envoyées à Hollywood où elles agrémentent les costumes et les postérieurs des danseuses de Busby Berkeley. Les girls du Lido et Zizi Jeanmaire adopteront elles aussi ce truc en plumes.

- Et les auréoles ? demande Charles, toujours curieux.
- On en fait des hula hoops pour les poupées Barbie !

Pauvre Charles ! Quel enfer ! Comme si sa simple mort n’était pas déjà une punition suffisante : il voulait mourir sur scène comme Molière et il meurt dans sa baignoire comme Charlotte Corday ! *


* Ou Jean-Paul Marat ? Ou Claude François ? Je ne me souviens plus des noms du coupable et de la victime dans cet épisode-là des « Petits meurtres d’Agatha Christie » !

 

Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le mardi 9 octobre 2018


à partir de la consigne des Impromptus littéraires du 8-10-2018


03 octobre 2018

LES PRÉNOMS DES SALLES DE LA MQV

Quelle que soit la longueur du serpent, il a toujours une queue. Il a même parfois aussi des sonnettes mais ce n’est pas la peine d’aller les lui tirer, de s’adresser à lui pour résoudre notre problème du jour. Nous nous demandons en effet à qui appartiennent les prénoms qui identifient les salles à la Maison de quartier de Villejean !

- Bonjour ! Je voudrais la clé de la salle Rosalie pour la danse country !

- Bonsoir, elle a bien lieu en salle Gaston la réunion du Conseil d’administration de « Rencontre et Culture » ?

Le serpent des origines le sait-il ? Qui étaient ces huit personnages ? Fiacre, Mandoline, Auguste, Rosalie, Marius, Gaston, Achille et Narcisse ! Les premiers administrateurs de l’association «Rencontre et Culture» qui gère la maison ?

***

Le plus rigolo de la bande était Fiacre de Villejean. Il allait toujours trottinant, cahin-caha, Hue dia, Hop-là, et il avait un indéniable franc-parler. Ce n’était pas pour rien qu’il était délégué syndical à l’usine Citroën de la Janais. Il avait des saillies exceptionnelles.

- Si ta parole n’est pas plus belle que le silence, ferme-la !

Avec ça, féru de poésie… mais seulement de celle d’Aragon, Eluard et Maïakovski. Il connaissait aussi toutes les chansons de Jean Ferrat et Leny Escudero. Avoir sa carte au Parti communiste en 1975 c’était aller à la rencontre d’une certaine culture.

- Tu peux être-là pour la braderie de Villejean, Fiacre, afin de vérifier les emplacements ?

- Non, désolé, camarades, ce dimanche-là je suis à la Fête de l’Huma !

AEV 1819-04 Vive_dictariat_proletatureLa fête du journal L’Humanité à la Courneuve, c’était sacré pour lui. Fiacre aurait pu assister là-bas aux concerts de Jacques Higelin, de Malicorne, de Bernard Lavilliers mais il s’en fichait. Il aurait pu y écouter Leonard Cohen, Pink Floyd ou les Who.

- Les Qui ? Moi j’y vais pour le discours de Georges Marchais et pour boire des coups avec les copains !

Au royaume des sourds, les borgnes ne la ramènent pas. Il n’y avait qu’une ligne, celle du parti. Et des chemins de traverse pour la rigolade : on soupçonnait fort Fiacre et ses copains de la cellule Maurice Thorez d’être montés sur le toit de la fac de lettres de Villejean pour aller peindre sur le haut de la façade du hall B ce slogan resté longtemps visible : «Vive la dictariat du prolétature !»

***

180716 265 008

Mandoline, c’était le camp d’en face ou presque. Elle ne jurait que par le curé de Saint-Luc, par les œuvres de la paroisse, la kermesse, le Secours catholique où elle faisait du bénévolat.

- Ah oui, la clique à encycliques de Paul VI qui mérite des claques ! plaisantait gentiment Fiacre.

Il la chinait toujours mais ils s’entendaient comme larrons en foire. Elle avait beau jeu de lui rabattre son caquet en lui rappelant qu’il avait lui-même été enfant de chœur autrefois !

- Tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir des parents communistes ! maugréait-il en mode Gino Cervi-Peppone face à Fernandel-Don Camillo.

Toujours active, positive, constructive, la Mandoline. Elle quand elle n’était pas à la braderie, c’est qu’elle avait un week-end de « La Vie nouvelle ». On la voyait souvent dans le hall de la maison prendre le café avec ses copines ou alors, toute seule, assise tranquillement en train de lire Témoignage chrétien sur une banquette à côté de la table marocaine. Celle-ci est toujours là encore aujourd’hui.

***

Gaston n’en pouvait plus, de Nino Ferrer et de son «téléfon qui son». Gaston était bougon. Gaston sortait de ses gonds. Gaston pétait les plombs. Mais Gaston était toujours là à la braderie. C’était son jour de gloire à lui, celui où, chaque année, il tentait de battre le record de vente de galettes-saucisses détenu par Narcisse. Pas de bol pour lui, on était en 1976, l’année de la sécheresse et il faisait encore, en ce début de septembre, une chaleur à crever.

- Vends des bières, Vendémiaire ! lui avait balancé Fiacre au Conseil d’administration de rentrée.

- Ton humour à la con, ça me tarabuste l’omoplate du côté des trapèzes ! avait répondu Gaston qui était décidément très bougon.

***

Que sont-elles devenues, ces huit personnes ? Je n’ai trouvé trace que de ces trois-là, étant pris moi-même ces temps-ci par un maelström d’activités plus ou moins folles. Je ne suis pas historien de profession, juste journaliste occasionnel et il n’y a pas d’archives consultables en ligne sur ces histoires locales. Tous ces instants de vie des années 1970, il n’a que Marius Aznavourian, le premier président de l’ARC qui aurait pu nous en livrer les secrets mais il vient de décéder hier.

Et du coup, je crois que j’ai trouvé la réponse à la devinette posée par Pépito Matéo dans son livre «Contes à régler» : «Tant qu’on le porte, c’est celui d’un autre mais si c’est à nous, c’est qu’on n’est plus là».

Vous avez trouvé la solution ? Non ? Retournez le journal ou faites le poirier devant l'ordinateur pour découvrir la mienne !

AEV 1819-04 réponse devinette

 

Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le mardi 2 octobre 2018

d'après la consigne ci-dessous.

Posté par Joe Krapov à 18:01 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : ,

Consigne 1819-04 du 2 octobre 2018 à l'Atelier d'écriture de Villejean

Les prénoms de Villejean

 

Voici les noms qu’on a attribués aux salles de la Maison de quartier de Villejean :

Fiacre – Mandoline – Auguste – Rosalie – Marius – Gaston – Achille - Narcisse

En admettant que ces salles ont été dénommées, il y a plus de quarante ans, en hommage à des habitants du quartier dont le nom était «de Villejean», racontez qui ils pouvaient être en vous aidant des formules suivantes tirées de « Contes à régler » de Pépito Matéo :

La parole est à celui qui la prend - Si ta parole n’est pas plus belle que le silence, ferme-la ! - Si tu veux savoir si les poissons transpirent, faut mettre ta tête sous l’eau - Au royaume des sourds les borgnes ne la ramènent pas - La parole est comme un œuf. A peine éclose elle a déjà des ailes - On ne peut pas accrocher tous ses habits au même porte-manteau - Echafauder craint l’eau froide - Ca me tarabuste l’omoplate du côté des trapèzes - Une porte regarde aussi bien dehors que dedans - Qui a éteint la pleine lune ? - Tant qu’on le porte c’est celui d’un autre mais si c’est à nous c’est qu’on n’est plus là. - On ne peut pas surfer sur la vague sans mouiller sa combi - Si tu prends le chemin de N’importewhere tu risques d’arriver à la ville de Qu’inmportewhat - Mr et Mme Egée n’ont pas de fils. Comment s’appelle-t-il ? - Ce n’est pas parce qu’on laisse la porte ouverte qu’il fait moins froid dehors - Le présent n’a jamais épuisé l’avenir - La langue est molle mais elle peut couper des têtes - La forme c’est le fond qui remonte à la surface - Quelle que soit la longueur du serpent il a toujours une queue - Personne n’est assez grand pour apercevoir le sommet de son crâne - Et dire qu’on est déjà mercredi - Comme un goût de revenez-y - Mon cœur est un bouquet de violettes - Le monde est assis sur la tête - On n’est pas là pour se faire dézinguer.

AEV 1819-04 Des-contes-a-regler-des-regles-a-conter

JOE KRAPOV JOUE À SHERLOCK !

Au sortir de l’atelier d'écriture, je discute avec Fabien, le responsable du secteur adultes de la Maison de quartier. Je lui parle de ce que nous venons d’écrire à propos des noms des salles.

Il m’informe qu’une enquête a déjà été menée par le CA actuel mais qu’elle n’a rien donné.

AEV 1819-04 Saint-FiacreEn vérifiant, avant la séance, que Fiacre et Mandoline étaient bien des prénoms, l’idée m’est venue que ces prénoms ont été piochés au hasard dans un calendrier.

Pour Fabien, cela pourrait avoir été fait par des enfants lors d’une animation.

Pour moi, et c’est ma piste ultime qui rejoindrait ma fiction écrite ce jour, il pourrait s’agir des fêtes à souhaiter correspondant aux dates de naissance des administrateurs présents à l’inauguration de la maison.

Pour vérifier cela, il faudrait mettre la main sur la liste des membres fondateurs – l’association a été créée en 1972 – et mener une petite recherche généalogique.

Fiacre : 30 août
Mandoline : 22 novembre
Narcisse : 29 octobre
Gaston : 6 février
Auguste : 29 février
Marius : 19 janvier
Rosalie : 4 septembre
Achille : 12 mai

Il n’y a pas de schéma logique dans ces dates : ce n’est pas une date par mois, ce n’est pas le 22 de chaque mois, ce qui confirme l’alternative :
- Soit un jour pris au hasard
- Soit la date de naissance des gens qui étaient là.

Comme si, en plus des chansons d'Aznavour ajoutées depuis hier dans ma guitare, du jeu d'échecs, de l'écriture, de la cuisine et de la photographie, j'avais encore le temps de faire de l'archéologie !

;-)

 

Posté par Joe Krapov à 07:38 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : ,

26 septembre 2018

LES DÉLACEMENTS DE GEORGE

180925 265 006

Il y a des gens comme ça qui ont trop lu Lagarde et Michard quand ils étaient petits. Rappelons aux amnésiques préséniles et aux aculturés post-Nintendo que Messieurs Lagarde et Michard ont publié des anthologies, classées par siècle, dans lesquelles ils évoquent tout ce qui se fait de bon et de recommandable en matière de littérature française.

Ces gens dont je parle, ceux qui ont trop lu les manuels scolaires de ces deux zigues, si vous leur montrez les deux sculptures de chaussures géantes qu’on rencontre dans le parc du Berry à Villejean , vous parlent tout de suite de George Sand !

Ils n’ont lu ni « La Mare au diable » ni « La Petite Fadette » mais ils savent que la dame de Nohant est la plus célèbre des écrivains berrichons. Et donc pour eux ces baskets-là sont celles d’Aurore Dupin, ci-devant baronne Dudevant, auteure prolifique de romans féministes, régionalistes et anticonformistes.

La dame vaut certainement le détour et finalement l’hypothèse de statues-hommages – ou plutôt femmages – tient finalement la route. La lecture d’une biographie empruntée à la Bibliothèque des Champs libres nous le confirme. On y apprend plein de choses plaisantes sur ce personnage pittoresque. George faisait de l’équitation habillée en homme, elle fumait le cigare, se couchait à cinq heures du matin, se levait à midi, écrivait, tenait salon, voyageait, écoutait Chopin qui jouait du piano sauvagement, chevauchait Liszt avec délicatesse, ou l’inverse.

1819-03 Sand_portrait

 

Elle fut aussi la maîtresse d’Alfred de Musset (voir le chapitre à lui consacré dans le Lagarde et Michard du XIXe siècle), le gars qui prétendait qu’il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée avent de se trouver bien pincé pour la donzelle. La petite histoire raconte qu’elle trompa honteusement à l’hôtel Danieli de Venise l’Alfred qui était tombé malade. C’était avec le docteur Pagello. Pas joli, tout ça, car si Alfred était malade, c’est qu’il avait trop été dans les salons et s’était par trop dessalé dans les bordels de Vénétie.


Finalement, deux chaussures géantes (taille 1828 ?) pour symboliser une femme qui a pris son pied toute sa vie avec une telle intensité, c’est très logique.

Peut-être faudrait-il en parler à la mairie de Rennes où l’on mène une intéressante politique de féminisation des noms de lieux rennais.

En même temps, un parc George Sand… Combien d’amnésiques préséniles et d’aculturés post-Playstation sauront qu’il s’agit d’une femme ?

180925 265 003

Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le 25 septembre 2018

à partir de la consigne ci-dessous

Consigne 1819-03 A du 25 septembre 2018 de l'Atelier d'écriture de Villejean

Les baskets du parc du Berry à Villejean

 

Racontez ce que vous évoquent ces deux chaussures de sport géantes abandonnées dans le parc du Berry à Villejean. A qui appartiennent-elles ? Quel rapport ont-elles avec le Berry ? Avec Villejean ?

180925 265 003

180925 265 006