22 janvier 2020

A-MUSÉE VOUS !

On a beau être circonspect avec le théâtre d’improvisation, on ne s’attendait pas vraiment à ce que ce fût aussi abstrus.

Moi qui me préparais à voir des histrions farauds, des ludions excités et des péronnelles persiflantes sur le point de se lancer des invectives et des pantoufles ou de fulminer sur la scène, j’ai été vite sorti de ma zone de confort : il n’y avait pas de scène ce dimanche-là à l’Antipode, la MJC du quartier de Cleunay à Rennes !

Pas de sièges pour les spectateurs non plus, comme s’il était scabreux d’utiliser cette rémanence de l’ancien monde qu’un personnage de Molière, appelait, je crois, «les commodités de la conversation».

200119 265 018Le spectacle comprenait trois parties assez ineffables. L’une d’entre elle était muette et l’on avait exhorté quelques spectateurs audacieux à se mêler au groupe, à jouer les cobayes pour accompagner, les yeux bandés, les acteurs improvisateurs dans la simulation d’un voyage en train. Cela se passait dans un compartiment à l’ancienne, de ceux où il y a toujours de quoi maugréer ou se sentir chafouin quand un voyageur sort sa pipe ou déballe son sandwich au saucisson à l’ail et ses œufs durs.

Ce qui nous intéresse ce jour est le récit de la troisième partie. Après un petit tour dans les étages nous sommes revenus dans la salle de concert transformée cette fois en musée de l’absence. Pour une raison qu’il ne nous appartient pas plus que cela de vilipender, les oeuvres avaient disparu du musée. Ne subsistait plus que le cartel indiquant leur titre, le nom de l’artiste et la date de réalisation.

200119 265 024On pouvait donc ainsi ne plus admirer «La danse à la campagne», d’Auguste Renoir ; «Le Cri» d’Edvard Munch ; «Le Baiser» de Rodin ; «La Trahison des images» de René Magritte (le fameux «Ceci n’est pas une pipe») ; «L’origine du monde» de Gustave Courbet, ce «Ceci n’est pas un sexe féminin» que Jacques Lacan aurait caché pendant longtemps chez lui. Et puis une installation d’une artiste contemporaine, «The artist is here» de Marina Abramovic qui s’était exposée en personne au Museum of Modern Art de New-York.

J’ai suivi un temps les arguties de deux comédiens-spectateurs atrabilaires devant «la pipe» de Magritte :

- Ca n’a pas de sens ! «Le Radeau de la Méduse» au moins ça me parle, ça me raconte une histoire !».

Je me suis bien gardé d’ergoter et d’intervenir dans le débat en y mettant mon grain de sel maritime mais j’eusse bien proféré, laconique : «Mais là non plus, ceci n’est pas un radeau !». Je ne m’étais pas proposé comme cobaye et j’ai donc gardé le silence.

200119 265 035Je suis demeuré débonnaire devant « La Danse à la campagne ». Deux jeunes et jolies spectatrices avaient mis en courroux le gardien du musée qu’elles avaient dérangé dans sa lecture en lui demandant :

- Qui c’était, au juste, cet Auguste Renoir ?

S’en étaient suivies quelques billevesées du même acabit devant lesquelles il avait su demeurer marmoréen. Il avait même ensuite accepté de les prendre en photo devant le tableau absent. Méfiez-vous : un téléphone qui ne fait pas de selfies est forcément patibulaire ! Ou has been !

Devant «L’Origine du monde» le jeu est resté très frugal :

- J’aimerais que tu me regardes comme tu regardes ce tableau ! avait lancé la comédienne.

200119 265 040

Pour toute réponse, il l’a enlacée et c’est tout juste s’ils n’ont pas mimé « Le baiser » de Rodin ! C’eût été une belle façon de vaticiner car un peu plus tard, au centre du musée, un autre couple avait pris le parti sacrément iconoclaste d’adopter la posture dudit groupe statuaire. «Zut me suis-je dit in petto, j’aurais vraiment dû accepter de faire le cobaye !».

Et c’est là que mon imagination phagocytée par ces saynètes s’est mise à galoper dans la mansuétude. Car, au fond, lorsqu’on écrit, en atelier ou chez soi, à partir de quelques mots, d’une situation ou d’un tableau n’est-on pas en train d’improviser un objet théâtral ?

Au pire, on écrit un monologue poétique, un viatique pour le poète anachorète, une kyrielle de limericks surréalistes qui vont nous permettre de pavoiser lorsqu’un lecteur ou une lectrice s’ébaubira devant la façon dont on a exécuté le pensum demandé.

Au mieux, par accumulation, on constitue le matériau d’une conférence sur Arthur Rimbaud, celui d’une biographie de Laure Manaudou dans un univers parallèle où les sœurs Tatin se prénommeraient Kiki et Macaron. On peut même pondre une saga fantastico-délirante autour d’Isaure Chassériau : cette jeune femme sortirait de son tableau et participerait, au sein de l’Université de Rennes 3, à une entreprise de voyages dans le temps à vocation de secourisme féministe.

La seule différence est qu’il reste quelque chose de nos élucubrations : des piles de cahiers à petits carreaux remplis d’une écriture bientôt illisible ! Alors que si je n’avais pas pris de photos, enregistré le galimatias issu de ces dialogues simultanés et fait le récit de cette soirée, il ne serait rien resté du tout de ce spectacle de fin de stage. Juste le souvenir de la meilleure réplique, la plus réaliste, celle lancée par le gardien :

- Mesdames et messieurs, nous vous prions de sortir, le musée va fermer.».

Et je serais bien avisé de n’avoir aucune objurgation contre ce spectacle d’impro «intello» : en tant qu’animateur d’atelier d’écriture, j’y ai gagné une consigne pour la séance du mardi suivant !


Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le mardi 21 janvier 2020

d'après la consigne ci-dessous

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CONSIGNE D'ÉCRITURE 1920-16 DU 21 JANVIER 2020 A L'ATELIER DE VILLEJEAN

Le mot juste au musée

 

Chaque participant.e choisit une monographie illustrée (Regards sur la peinture) sur un peintre du XIXe ou du XXe siècle en fonction de ses goûts.

L'animateur distribue ensuite une liste d'une quinzaine de mots issus du livre de Valérie Mandera "L'Art du mot juste". Chaque mot est doté de sa traduction en langage "moins soutenu".

Il demande que soit racontée une histoire qui se passe dans un musée et dans laquelle on trouve au moins un des mots de la liste fournie.

AEV 1920-16 lot+regard+sur+la+peinture

N.B. Les listes de quinze mots, classées par ordre alphabétique, ont été collées bout à bout dans le tableau ci-dessous. Les mots sont en colonnes 1 et 3.

Avanie Affront injure Alacrité Entrain vivacité gaieté
Camus Aplati écrasé Algarade Dispute scène engueulade
Déréliction Abattement abandon Badin Enjoué espiègle gai
Dilettante Amateur connaisseur Bisbille Dispute désaccord brouille
Ebaudir Amuser réjouir Contempteur Détracteur critique
Lénifiant Apaisant calmant Dégingandé Disloqué
Morgue Arrogance fierté Elucubration Divagation extravagance
Panégyrique Apologie Embobeliner Embobiner rouler tromper
Parcimonie Avarice économie Faconde Eloquence bagou
Poncif Banalité cliché lieu commun Fourvoyer Egarer tromper
Potron-Minet (dès) A l’aube tôt Imbroglio Embrouille confusion
Procrastiner Ajourner remettre à demain Infrangible Durable, constant inaltérable
Pugnace Batailleur combatif querelleur Interlope Douteux louche suspect
Rasséréner Apaiser calmer adoucir Philippique Discours réquisitoire
Vicissitude Aléas hasard Truculent Drôle cocasse original
Anathème Blâme condamnation Baguenauder Flâner errer
Atrabilaire Colérique acariâtre grincheux Faquin Fripouille voyou racaille vaurien
Compendieux Concis succinct abrégé Faramineux Fantastique énorme
Courroux Colère emportement fureur Flagorner Flatter passer de la pommade
Débonnaire Bon généreux Fredaine Folie frasque écart
Ergoter Chipoter pinailler contester Fruste Grossier rustique
Fustiger Combattre critiquer Gabegie Gâchis gaspillage
Galimatias Charabia Ostracisme Exclusion bannissement
Hâve Blafard, livide, défait Pétulance Fougue vivacité exubérance
Impavide Calme imperturbable inébranlable Prodigue Généreux dépensier
Mansuétude Bonté indulgence Rocambolesque Extraordinaire invraisemblable extravagant
Patent Certain évident indéniable Rodomontades Fanfaronnades vantardise
Péremptoire Catégorique tranchant Sémillant Fringant enjoué
Phagocyter Cannibaliser absorber Thuriféraire Flatteur louangeur
Quintessence Concentré essentiel meilleur Zélateur Fanatique partisan
Abhorrer Détester haïr Acrimonie Hargne aigreur mauvaise humeur
Circonlocution Détour Atavisme Hérédité dispositions
Concupiscence Désir sensualité convoitise Barguigner Hésiter tergiverser
Condescendant Dédaigneux hautain Fulminer Hurler s’emporter se fâcher
Exutoire Dérivatif soupape Gémonies (vouer aux) Humilier, accabler publiquement
Galvauder Déprécier avilir dégrader Impéritie Incapacité incompétence
Grégaire Conformiste docile Ineffable Indescriptible inexprimable inracontable
Laconique Court, succinct sommaire Inexpugnable Imprenable, invincible
Pensum Corvée Invective Injure, insulte
Stipendié Corrompu soudoyé Invétéré Incorrigible incurable
Turpitude Débauche bassesse ignominie Marmoréen Impassible froid
Vernaculaire Courant local régional Obnubiler Hypnotiser obséder
Vilipender Déprécier dénigrer Opprobre Honte déshonneur
Vitupérer Critiquer protester Patibulaire Inquiétant sinistre louche
Vociférer Crier hurler gueuler Tergiverser Hésiter se tâter
Abscons Obscur incompréhensible
Agonir
Insulter injurier accabler
Antienne Refrain rengaine Béotien Lourdaud grossier inculte
Argutie Raisonnement pointilleux, pinaillage Cacochyme Maladif, souffreteux
Circonspect Prudent vigilant Evanescent Insaisissable
Délétère Nuisible malsain Falot Insignifiant terne
Exhorter Pousser inciter Goguenard Moqueur ironique
Faraud Prétentieux crâneur fanfaron Hagiographie Légende histoire
Grivois Osé, libertin Laïus Long discours
Histrion Pitre clown bouffon Lazzi Moquerie sarcasme raillerie
Kyrielle Multitude foule Parangon Modèle idéal
Magnanimité Noblesse bonté Pusillanime Lâche peureux poltron timoré
Morigéner Réprimander gronder Sagacité Intelligence finesse astuce
Rémanence Persistance survivance Salmigondis Mélange méli-mélo fatras
Scabreux Osé indécent licencieux Sardonique Moqueur sarcastique
Vaticiner Prophétiser prédire Soliloquer Monologuer
Anachorète Solitaire ermite Diaphane Translucide clair limpide
Billevesées Sornettes sottises bêtises âneries Drastique Strict sévère rigoureux
Chafouin Sournois hypocrite Ebahir Stupéfier abasourdir étonner
Frugal Sobre austère Nervi Voyou fripouille tueur
Gausser (se) Se moquer railler Primesautier Spontané impulsif
Iconoclaste Sacrilège impie non traditionnel Redondant Surabondant superflu répétitif
Maugréer Ronchonner bougonner Réminiscences Souvenir mémoire
Objurgation Reproche, réprimande Roboratif Tonifiant vivifiant
Obséquieux Servile rampant Sobriquet Surnom
Pavoiser Se pavaner Spécieux Trompeur
Péronnelle Sotte bavarde Superfétatoire Superflu inutile accessoire
Persifler Se moquer mettre en boîte Tarabuster Tourmenter harceler importuner
Sinécure Situation de tout repos Tarauder Tourmenter obséder
Targuer (se) Se vanter être fier Tohu-bohu Tapage agitation désordre
Viatique Secours soutien Velléitaire Versatile inconsistant hésitant

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15 janvier 2020

DE DAMES ET D'HOMMES : NEUF LIMERICKS OU COURTS POÈMES

 Dans le wigwam
Du grand sachem
Pas de tabou ni de totem…

Mais c’est bien quand même 
En l'absence des dames
Qu’on re-visionne « Théorème » !

AEV 1920-15 1 Théorème

***

Pourquoi donc le fils de Guillaume
A-t-il coiffé ce large heaume ?
C’est qu’son paternel a un rhume,
L’arbalète un carreau à plume
Et que la cible, c’est sa pomme !

AEV 1920-15 2 Guillaume Tell

 ***

Cagliostro, ma jolie môme,
Je suis parti place Vendôme
Dérober quelques précieux gemmes.
En m’attendant, lis des poèmes !
Signé : A. Lupin, ton binôme.

AEV 1920-15 3 Cagliostro

 ***

C’est terrible, les amalgames !
Incroyable comme on diffame,
Pour une sombre histoire de pomme,
Adam le mari monogame
Et Eve la première femme !

AEV 1920-15 4 Adam et Eve

***

Un costume
Pour la mi-carême ?
Exhume un plant de chrysanthème !
Mets-toi une plume dans l’érythème
Fessier et jette l’anathème
Sur les astronomes d’Angoulême !
Promets à tout bourgeois-bohème
La chute de milliers d’enclumes
Sur son crâne de zombi blême !
Tu seras le prophète suprême,
Philippulus ou Nicodème,
L‘allumeur ultime du système !

AEV 1920-15 Philippulus

 ***

C’est le bossu de Notre-Dame !
La lettre q : son monogramme !
Voici qu’Esméralda l’allume
Et que la flèche se consume !
Vraiment, vraiment, quel drôle de drame !

 

AEV 1920-15 6 Adam et Eve

 ***

A l’ « Auberge du Cerf qui brame »
Il était midi. Nous entrâmes.

- Tavernier ! Sache que nous sommes
Quatre-vingts chasseurs, gentilshommes,
Et une marquise anonyme
Célèbre pour sa grandeur d’âme
Et pour sa bourse magnanime.
Les bonnes odeurs que l’on hume
De ta cuisine nous réclament
Et l’exercice nous affame !

- Et que prendrez-vous, messieurs dames ?
Un petit bouillon de légumes ?
Ou du caviar par centigrammes ?

Alors la marquise proclame :

- On veut bouffer d’l’hippopotame !

AEV 1920-15 7 Adam et Eve

 ***

Vers le grand tournoi de Bergame
Où s’affrontent les fines lames
Sous de flambantes oriflammes
Le chevalier Jérôme
Sous son armure de chrome
S’achemine bonhomme

Soudain tombe la brume
Le chemin se déplume
Plus une once de bitume
Son grand cheval écume
Et Jérôme se paume

Pour aller à Bergame
Retenez cet axiome,
Ce brillant stratagème :

Fuyez les hippodromes
Et allez-y en tram !

AEV 1920-15 8 isabelle de Merrytureve
Image empruntée à Isabelle de Merrytureve

***

De ce que nous fûmes,
De ce que nous sommes
Je ne dirai rien car c’est trop intime.

La façon dont on s’aime,
Celle d’ont on s’arrime
A notre vive flamme,
A notre toit de chaume,
Au chemin de nos âmes...

Par ailleurs je présume
Que c’est trop métronome
Pour que vous en tiriez ne serait-ce qu’une épigramme.

Lors, laissez-nous, en somme,
Sans raison et sans rimes
Rester de beaux fantômes
D’amoureux à la gomme
Insoucieux de réclame.

Posez vos porte-plumes,
Biffez vos théorèmes !
Laissez-nous faire nos gammes
Et rêver de Paname,
De Bohême ou de Baume
De Venise sous la neige ou dans la brume. 

AEV 1920-15 9 Venise Caffi
Tableau d'Ippolito Caffi


Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le mardi 14 janvier 2020 

d'après la consigne ci-dessous.

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CONSIGNE D'ÉCRITURE 1920-15 DU 14 JANVIER 2020 A L'ATELIER DE VILLEJEAN A RENNES

De dames et d’hommes

On écoute la chanson d'André Minvielle et Marc Perrone qui s'intitule "De dame et d'homme".

L'animateur demande ensuite d'écrire un ou plusieurs petits textes qui parle(nt) de dames et d’hommes en y insérant des mots de ces quatre listes :

affame amalgame âme anagramme Bergame brame came centigramme clame dame déclame diffame drame enflamme entame épigramme femme flamme gamme gramme hippopotame infâme kilogramme lame madame mélodrame monogame monogramme Notre-Dame oriflamme pâme Paname phonogramme polygame proclame programme rame réclame sage-femme sésame s'exclame trame wigwam

agronome arome assomme astronome atome axiome Bapaume Baume binôme bonhomme Brantôme carcinome chaume chôme chrome chromosomes comme consomme dénomme Dôme Drôme embaume Gastronome Gentilhomme gnome Gomme Guillaume heaume Hippodrome homme hommes idiome Jérôme métronome mômes monôme Nomme palindrome paume paument polynôme pomme prud’homme psaume renomme rhizomes Rome Roms royaume somme Somme sommes surhomme surnomme symptôme tome Vendôme

Aime anathème Angoulême baptême blasphème blême Bohême carême centième chrysanthème crème diadème dilemme elle-même emblème extrême flemme gemme mi-carême Nicodème œdème parsème pénultième poème problème sachem sème stratagème suprême système thème théorème totem

Allume amertume bitume brume consume costume coutume crûmes déplume écume emplume enclume enfume enrhume eûmes exhume fume fûmes hume inhume légume parfume plume porte-plume posthume présume pûmes rallume remplume résume rhume volume

10 janvier 2020

Les Ateliers d'écriture de "La Croix" (1)

Le magazine hebdomadaire du journal "La Croix" publie chaque semaine un atelier d'écriture d'après photo. Je ne sais pas si je l'utiliserai à Villejean parce qu'il ne faut écrire que six lignes sous la photo à partir d'un incipit imposé. Et six lignes, pour moi, ça n'est pas beaucoup. ;-)

Dans le doute je publie les consignes que j'ai photographiées chez Madame Anita. On peut les retrouver sur le site du journal, ici.

Atelier d'écriture La Croix 2019 10 18
Je n'aurais pas dû...

Atelier d'écriture La Croix 2019 10 24
Combien de temps...

Atelier d'écriture La Croix 2019 10 31
Ils ont déboulé...

Atelier d'écriture La Croix 2019 11 22
Le réveil sonna...

Atelier d'écriture La Croix 2019 11 29
Au coeur...

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Les Ateliers d'écriture de "La Croix" (2)

Atelier d'écriture La Croix 2019 12 06
Mais enfin !

Atelier d'écriture La Croix 2019 12 13
Vu d'ici...

Atelier d'écriture La Croix 2019 12 20
Après ça...

Atelier d'écriture La Croix 2019 12 27
J'ai mis mes gants...

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08 janvier 2020

VIVE LA FRANCE !

AEV 1920-14 Superdupont

Vive la France ! Vive le pays aux trois cent soixante-cinq fromages et aux mille fragrances !

Vive la France ! Vive sa devise « Liberté, égalité, fraternité » à peine fragmentée-fracassée par le fric des affreux et les affres des plus fragiles qui vivent sans un fifrelin !

Vive la France et les Franchouillards, ceux que l’accordéon ne défrise pas du tout, ceux que n’effraie nullement la friture de poissons pêchés en eau polluée, ceux qui ne craignent pas la fricassée de viande certifiée « aux hormones, import du Canada garanti par l’affriolante feuille d’érable collée sur l’emballage sous vide dans le sac en plastique pas vraiment recyclable" !

Vive la France qui danse, qui frôle, qui paluche les fanfreluches des frangines, la France pleine de fraîcheur qui a la Gaule dans le froc, qui exhibe franchement sa fringale de fredaines et son envie de frasques !

Vive la France qui fredonne « Ah, les fraises et les framboises! Les vins qu'nous avons bus Et les belles villageoises Nous ne les verrons plus » !

Vive la France des fripouilles et des magouilles, celle de la Pompe-Afrique, celle qui joue au frisbee en bourse, qui recycle en Asie ses déchets nucléaires frelatés et vend ses frégates en Rafale !

Vive la France de ceux qui savent vivre malgré cela, celle des sympathiques freluquets pas balafrés, des défroqués du gros-machisme qui font l’offrande à Anne-Françoise ou à Frida de friandises, de frangipane ou de gaufrettes, ceux qui fraternellement partagent avec elles fricot frugal ou vin frappé, frichti à la bonne franquette au pique-nique sous les frondaisons !

Vive la France de ces frangins qui rêveront toute la nuit des frisettes qu’elles ont sur la nuque, du frou-frou de leurs doux jupons, de leurs frissons, de leurs froideurs, de leurs frivolités et de leurs mots d’amour dits en toute franchise !

Vive la France des amoureux frénétiques, celle des « Je n’ai pas tout lu Freud mais tu ressembles à ma mère, t’as une jolie frimousse, t’es fraîche comme un matin de froidure d’hiver et pour toi je peux mettre mon frelon dans le frigidaire, passer mon goût du profit par pertes et fracas, oh oui, fais-moi souffrir d’amour, rends-moi frappadingue de toi ! Je ne suis pas du genre en envahir Fribourg-en-Brisgau pour rendre la pareille aux fridolins frisés et proposer, fripon : « A little Spaziergang, cholie Fräulein ? » avec l’accent de Liffré, cette ville de l’Ouest où, si tu mets le pied dans une flaque d’eau de pluie, on dit que ça fricasse » !

Vive la France ! Vive la France ! Vive la France et surtout vive la Bretagne ! On y danse en silence, je n’ai rien à redire à rien et il ne fait jamais frisquet dans les fesses-noz !

200108 265 001

Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le mardi 7 janvier 2020

d'après la consigne ci-dessous

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CONSIGNE 1920-14 DU 7 JANVIER 2020 A L'ATELIER D'ÉCRITURE DE VILLEJEAN A RENNES

Anaphores avec mots en FR


Chacun·e écrit dix mots qui commencent par FR ou qui contiennent les lettres FR.

On met ces mots en commun et on aboutit ainsi à cette liste-ci que  l’on pourra compléter à sa guise pendant l’écriture.

Affres - Affreux - Anne-Françoise - Balafre - Défrisé - Défroqué - Effrayant - Effrayé - Effrité - Fanfreluches - Fifrelin - Fracas - Fragile - Fragmenter - Fragrance - Fraîcheur - Fraise - Framboise - France - Franche-Comté - Franchise - Franchouillard - Frangin - Frangine - Frangipane - Frappadingue - Frapper - Frasques - Fraternel - Fräulein - Fredaine - Fredonner - Freins - Frelaté - Frelon - Freluquet - Frénétique – Frère Jacques - Freud - Friandise - Fric - Fricassée - Frichti - Fricot - Fridolin - Frigidaire - Frilosité - Fringale - Fripouille - Frisbee - Frisé - Frisette - Frisquet - Friture - Froc - Froidure - Frôler - Fromage - Frondaisons - Froufrou - Frugal - Gaufrette - Néphrétique - Offrande - Souffrir

Il est demandé d’inclure le plus possible de ces mots dans un texte qui sera bâti sur le modèle d’une anaphore : une formule identique revient sans cesse en début de chaque paragraphe ou de chaque phrase. Exemple : « Moi président, je ne toucherai pas à l’âge légal de départ en retraite » (oui, on sait, l’exemple est très mauvais)

 

06 janvier 2020

LE PORTRAIT CHINOIS D'ARTHUR RIMBAUD (diaporama)

Dernier élément de la conférence "Rions un peu avec Rimbaud". Merci à Eliane et Josiane d'avoir assuré la lecture. Tout est prêt pour la grande improvisation collectivre (oh le beau lapsus fait avec les doigts !) de mardi !
 

23 décembre 2019

99 DRAGONS : EXERCICES DE STYLE. 51, Conte de Noël et d’univers parallèle

Dans cet univers-là, j’en suis désolé pour le bœuf et l’âne, personne ne vient accoucher dans leur étable aux environs de la Noël. Enfin du 25 décembre. Exit Jésus. Pas de Marie ni de Joseph. Il n’y a pas de mythe de l’immatriculée conception, pas de plaque minéralogique « Galilée ». Il n’y a pas de roi mage ni de plumage pour savoir lequel est le noir de Melchior, Balthazar et Gaspard.

AEV 1920-13114592201

Dans cet univers-là, j’en suis désolé pour les rennes mais la Finlande n’existe pas. Le Père Noël n’y a pas installé ses ateliers de fabrication de jouets pour enfants sages. Il n’y a pas de traîneau qui traverse le ciel dans la nuit étoilée, pas de lutins en C.D.D. qui ont emballé des cadeaux, pas de cheminée pour les recevoir, pas de chaussons au pied du sapin. Pas de Mère Noël qui s’affale devant un Walt Disney à la télé pour oublier que ce soir-là son mari bosse de nuit et qu’elle est encore seule avec sa voisine de palier, la mère Fouettard, pour s’envoyer du Champagne par-dessus de la dinde aux marrons en soupirant de concert qu’il y en a marre de ces dindons : avec le métier qu’ils ont et personne pour vouloir prendre la relève, ces deux imbéciles ne sont pas près de prendre leur retraite. En même temps, dans notre univers à nous on est aussi un certain nombre d’imbéciles potentiels à qui on dit qu’il faut travailler jusqu’à 64 ans alors que ça fait déjà huit ans qu’on ne veut plus les employer : trop vieux, trop chers, pas assez esclaves corvéables et taillable à merci comme les jeunes. Merci patrons, Merci Macron !

Et donc, dans cet univers parallèle-là, le personnage emblématique du solstice d’hiver est un dragon qui habite dans une grotte avec ses deux femelles, Eulalie et Hortense Tatin. Le dragon lui s’appelle Grostas. Grostas Tatin ! C’est pas l’homme qui prend l’amer, c’est l’amer qui prend l’homme !

Et notre dragon est très en colère parce que c’est la fin de l’année. Il sait bien que ses deux cuisinières vont encore lui saloper le gigot d’agneau à la fraise des bois qu’il a ramené de sa chasse du matin. Eulalie et Hortense, c’est bien simple, elles font toujours tout à l’envers. Parfois elles lui fabriquent des écailles « Lady Gaga » avec la viande des ovins.

- Ca te va à ravir, Grostas ! » s’exclament-elles en chœur.

Parfois elles mettent à cuire la toison des bêleurs. Ca pue dans le gourbi ! Je ne sais pas si vous avez déjà filé la laine aux flammes mais je peux vous assurer que la combustion du poil de mouton, ça ne sent pas bon ! Surtout dans une grotte de dragon !

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Donc Grostas est en colère. Il va encore y avoir un cadeau à tomber du ciel. Tous les ans le Créateur de cet univers, pour une raison que Lui seul connaît, gratifie les trois dragons de la grotte d’un paquet mystérieux. Grostas, Hortense et Eulalie enlèvent le papier et les ficelles avec leurs grosses griffes, ce qui n’est déjà pas facile, puis se grattent la tête. Il va falloir mener l’enquête sur ce que ça peut bien être. Et pour mener des investigations dans cet univers où ne vivent que trois dragons, des millions de moutons et une sorcière, ce n’est pas sorcier, il faut aller la voir : Madame Wekeep, un puits de science à bas bleus et verrue sur le nez.

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Madame Wekeep est du genre tristouille. Elle a beaucoup voyagé sur son balai mais ne peut plus bouger depuis que celui-ci a attrapé de l’arthrite. En fait elle a eu vite fait de faire le tour de ce monde-là.

- Je n’ai vu que des moutons qui moutonnoient à perte de vue et si je n’avais pas les sciences occultes et l’Interplanètes pour m’occuper je m’emmerderais ferme sur cette boule à la con où il n’y a que trois dragons et pas un seul chevalier Saint-Georges.

- Joyeux Noël, Madame Wekeep !

Voilà justement les Tatin qui se pointent chez elleavec leur gros popotin, leurs paquets-cadeaux et leur questions de victimes à jamais de l’illectronisme.

- Est-ce que vous pouvez nous dire c’est quoi-t-est-ce qu’on a reçu, cette année ? demande Hortense. L’année dernière, le train électrique, on n’a toujours pas compris le concept. Pourquoi est-ce qu’on aurait besoin d’énergie pour se déplacer ? Notre univers est peuplé de moutons à perte de vue, les paysages sont pareils partout et on n’est que quatre à y habiter ?

- Vous savez, répond Madame Wekeep, c’est très bien quand même, la curiosité intellectuelle ! Découvrir de nouvelles idées, imaginer d’autres mondes, inventer des machines qui vous simplifient la vie… Par exemple moi ma vie serait bien plus belle avec un chat sur les genoux.

- Vous rigolez ou quoi avec vos curiosités ? rétorque Eulalie. L’année d’avant, le camion de pompiers, si c’était pas du foutage de gueule ! Un truc pour éteindre le feu ! Mais nous, si on ne crache plus de flammes, comment on les fait griller, les côtes d’agneau ? En frottant deux silex l’un contre l’autre ?

- C’est une idée. Ca pourrait marcher. Qu’est-ce qu’Il vous a apporté, cette année ?

- Tenez, regardez. C’est là dans le carton. On a fait un seul paquet. Le truc qui bouge un peu n’a pas l’air intéressé par l’espèce de frisbee et la petite balle rouge. Vous avez déjà vu ça ? demande Hortense.

Eulalie montre l’intérieur du carton. On y trouve un cercle de métal avec des rebords, une sphère de couleur rouge et un animal oblong qui n’a pas de pattes.
- Non. Ca ne me dit rien. Mais je vais consulter mon miroir magique vu que vous êtes venu.e.s pour ça. (Oui, dans cet univers-là l’écriture inclusive existe aussi). Vous voyez que vous en avez un petit peu quand même, de la curiosité !

- De la gourmandise surtout, répond Grostas. On ne sait jamais, peut-être que ça se mange, cette année ! Le ragoût de mouton, à la longue, c’est monotone, même avec de la menthe. Quant à la panse de brebis farcie…

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La sorcière s’approche de son chaudron et se penche sur un liquide pas très ragoûtant qui bouillonne à l’intérieur. D’une vieille cage à fromage grillagée elle extirpe une souris vivante en la tenant par la queue et la plonge dans l’huile qui aussitôt émet des bruits : « Boubeule ! Bloubgueule ! Gloubeule ! Gougueule ! ».

Aussitôt que la souris a fait « clic » - dans cet univers-là c’est l’onomatopée qui correspond à « couic » chez nous – la surface du liquide s’immobilise, s’éclaircit et devient aussi lumineuse et réfléchissante qu’un miroir de beauté matinale.

Madame Wekeep sort la sphère rouge en la tenant par la petite queue qu’elle a sur la tête. Elle la pose à la surface du chaudron où le liquide s’est solidifié comme l’eau se transforme en glace chez nous en hiver – enfin, les années où il n’y a pas de réchauffement climatique ! -. Puis elle entre en transe. Ses yeux deviennent rouge, elle semble partir loin, à l’écoute de voix sourdes, enfin, muettes pour les autres puisque intérieures, se convulse, puis sourit, puis revient et atterrit.

- Ca s’appelle une pomme. C’est un fruit qui vient d’un arbre. Ca contient des graines qu’on appelle des pépins. Si on enterre ces pépins dans le sol il va pousser un arbre et sur cet arbre il y aura plein de fruits qui seront pleins de pépins.

- Qu’est-ce que vous voulez qu’on foute de ça ? s’inquiète Grostas.

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- Figurez-vous que les fruits se mangent ! Vous pourriez vous convertir au véganisme ! Mangez des pommes !

- Ca me dit vaguement quelque chose, commente Hortense. Et le truc rond, c’est un panneau pour dire des choses au camion de pompiers ?

Madame Wekeep pose le plateau sur le chaudron.

- Lui c’est un moule à tartes.

- C’est quoi, une tarte ? C’est pour mettre des pommes dedans ?

- Ne répondez-pas, madame Wekeep, s’inquiète Grostas. Je sens qu’il y a encore une bêtise à la clé avec ça! Et le morceau de boudin qui gigote, là, c’est quoi ?

La sorcière enfile des gants pour se saisir de l’animal visqueux. Même cinéma que précédemment.

- Lui c’est un serpent.

- Ca donne des fruits aussi ?

- Non. Ca donne des conseils mais on fait bien de ne pas les suivre. Accessoirement ça siffle jusque sur la colline si vous le mettez au-dessus de vos têtes.

- Comme le train électrique ! Ou comme l’instrument de musique. Le pipeau d’il y a trois ans ! Résultat des courses, ça rime à quoi, madame la sorcière ?

- Je ne comprends pas. Un serpent et une pomme. Une pomme et un plat à tarte. Je ne vois vraiment pas où Il veut en venir !

- Nulle part, je crois ! Il a juste respecté sa tradition à la con ! Merci pour les recherches en tout cas ! Nous on retourne bouffer nos moutons à la con. On vous laisse tout ça. Bonne journée à vous, Madame Wekeep. Et désolé qu’il n’y ait pas eu de chat dans le paquet.

***

Depuis la Noël de cette année-là la sorcière Wekeep est moins tristouille. Elle a découvert que le serpent parlait et qu’il connaissait des tas d’histoires. Mistigri – elle l’a appelé comme ça, du nom du chat dont elle rêvait – lui a expliqué la raison pour laquelle il y avait tant de moutons dans cet univers-ci.

- Il y en a autant que de sacs en plastique blanc dans les océans de Terra 8223. C’est la loi de compensation dite du yin et du yang. Pour une planète qui pollue et s’auto-asphyxie, il y a une planète qui resplendit et qui prospère.

Depuis la Noël de cette année-là Hortense et Eulalie rigolent beaucoup plus dans le dos de Grostas. Elles sont revenues chercher la pomme et la tourtière chez la sorcière. Elles ont planté les pépins et un arbre a poussé très vite car sur cette planète-là le sol est intact, ni trites, ni trutes ni trates ni phosphates ou vrais fats à part Grostas Tatin. Dès qu’il y aura deux pommes sur l’arbre elles ont prévu de les croquer pour voir ce qui se passera.

Depuis la Noël de cette année-là Grostas Tatin dort mal la nuit au fond de sa grotte. Il rêve de plus en plus souvent à la Noël prochaine. Il craint que le Créateur ne leur fasse cadeau d’une cuisinière à gaz et d’une vie sexuelle à vocation reproductive.

- Pour peu qu’il nous gratifie en plus d’un calendrier avec des dimanches midi, on ne va pas échapper aux repas de famille !

Bon réveillon à vous quand même !


Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le mardi 17 décembre 2019

d'après la consigne ci-dessous.

Posté par Joe Krapov à 18:43 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
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