A l'époque où j'étais lycéen puis étudiant, il était de bon ton de lire J.R.R. Tolkien, son Bilbo le Hobbit, son Seigneur des anneaux. H.P. Lovecraft aussi était très en vogue.
Je n'en ai rien fait. De nos jours on passerait sans doute pour un extra-terrestre en avouant qu'on n'a pas vu les films tirés de ce roman ou de cette saga. Je suis un extra-terrestre.
Cela ne m'a pas empêché d'apprécier beaucoup l'exposition de tapisseries réalisées d'après des dessins originaux du bonhomme Tolkien. C'était très beau, très documenté, bien présenté avec des vidéos intéressantes et pour une fois j'ai été très content que Télérama me renseigne sur l'existence de cette exposition juste avant que nous ne venions planter notre tente à quarante kilomètres de là !
D'abord il y a le méchant dragon. Et alors il habite dans un étang tout pourri et pis la ville c'est dans le pays de Kadhafi qui est naze aussi et alors ça s'appelle la Libye et pis le dragon il est tellement feignant à prendre des bains de soleil et pis à se sécher sur la plage à rien foutre de sa journée qu'il a même pas le courage d'aller bosser plus pour gagner plus sa croûte.
Alors il vient à la ville, il crache des flammes sur les murs et les maisons et pis c’est aussi dangereux qu’à Rennes en 1720 parce que les toits sont en torchis et pis ils peuvent prendre feu comme celui du Parlement de Bretagne en 1994. Et alors du coup il y a des manifestations de pêcheurs en colère qui vont dire au dragon d'arrêter de faire chier et pis le dragon il les incendie avec son lance-flammes et pis il leur dit : « Si tu me donnes pas deux brebis chaque jour je fous le feu à ta casbah, mon z’ami ! ».
Et alors on lui apporte deux brebis tous les jours et pis il en fait des barbecues sur sa plage privée. Et pis un jour les troupeaux sont à sec et alors c'est le roi qui vient trouver le dragon et pis le dragon répond : « Faute de merles, on mange des grives ! Si tu n'as plus d'agneaux, donne-moi des fatmas ! ».
Et alors le roi présente à son peuple les nouveaux déshydratés du dragon. Non, c'est pas les déshydratés, c'est les desiderata, un mot compliqué que je connais pas trop. Et pis son collaborateur le grand vizir dit : « On va faire un grand tirage au sort pour savoir quelle fille on va donner à bouffer à la bête humaine ». Et alors c'est vraiment pas de chance parce que c'est justement la fille du roi qui sort en premier. Impair, rouge et passe, comme on dit à la roulette russe !
Et alors la princesse Carla elle met sa robe de mariée et pis on l’attache au rocher où le dragon vient tous les jours pour becqueter. Et alors il y a un étranger qui arrive dans la ville et pis il s'appelle Sarkozy, il a un cheval blanc, un écu blanc avec une croix rouge et pis une grande lance. Et alors il demande à la princesse ce qu'elle fait là déguisée en mariée, si c'est le carnaval du bled ou quoi. Alors la fille le met au courant et pis lui il va trouver le roi et il dit :
- Si tu me promets 500 signatures et la conversion de ton peuple au curé plutôt qu'à l'instituteur je te débarrasse du dragon. Avec moi tout devient possible !
Et alors le roi accepte vu qu’il a pas le choix parce que sinon c’est procréer plus pour engraisser plus le salaud qui nous exploite.
Alors le Sarkozy il dresse une grande tente près de l'étang et pis le dragon il vient le voir parce qu’il est très curieux. Alors Sarkozy lui dit : « Jette un œil dans cette tente il y a un autel à l'intérieur ! ». Et alors le dragon passe la tête dans la tente et pis il lit sur un bout de papier « Porter des talonnettes, c'est déjà être malhonnête ! » et pendant ce temps-là Sarkozy lui balance un coup de lance au bon endroit et pis le dragon il meurt.
Alors après il est nommé roi pour cinq ans et pis il épouse la princesse Carla et pis il convertit tout le monde au néolibéralisme et après il devient saint et ils ont une petite fille et alors je crois que j'ai rien oublié.
Sauf que j'ai peut-être confondu : le chevalier ne s'appelle pas Sarkozy, il s'appelle Georges.
Et pis alors? Ça change quelque chose ?
Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le 28 février 2012
L'animatrice, Gwenaëlle N., fournit le récit du combat de Saint-Georges contre le dragon :
"Un jour, Georges arriva dans une ville de la Libye nommée Silène. Or, dans un étang voisin de la ville habitait un dragon effroyable qui, maintes fois, avait mis en déroute la foule armée contre lui. Parfois, il s'approchait des murs et empoisonnait de son souffle tous ceux qui se trouvaient à sa portée. Pour apaiser la fureur de ce monstre et l'empêcher d'anéantir la ville entière, les habitants lui offraient, chaque jour, deux brebis. Mais bientôt le nombre de brebis se trouva si réduit que force fut aux habitants de tirer au sort une créature humaine et aucune famille ne fut exceptée de ce choix. Et déjà, presque tous les jeunes gens de la ville avaient été dévorés lorsque, le jour de l'arrivée de saint Georges, le sort désigna pour victime, la fille unique du roi.
Vêtue d'une robe de mariée, attachée à un rocher aux marches de la ville, la princesse attend donc la mort. Georges pose d'abord une condition avant d'en finir avec le monstre: Il ne tuera le dragon que si le peuple se convertit au christianisme. Contraint, le peuple se soumet à cette demande et on baptisa quinze mille habitants sur le champ. Alors que, dans la légende orientale, Georges terrasse tout simplement le dragon avec sa lance (parfois avec son épée) comme tout légionnaire romain qui se respecte, dans la Légende dorée, l'arme de l'exploit est un signe de croix.
Le dragon souleva sa tête au-dessus de l'étang et Saint Georges, après être monté sur son cheval et s'être muni du signe de la croix, assaillit bravement le dragon qui s'avance vers lui. Il brandit haut sa lance, fit au monstre une blessure qui le renverse sur le sol. Et le saint dit à la princesse: "Mon enfant, ne crains rien et lance ta ceinture autour du cou du monstre!" La princesse fit ainsi et le dragon, se redressant, se mit à la suivre comme un petit chien qu'on mènerait en laisse.
La bête fut ensuite conduite par la princesse jusqu'à la ville où elle fut décapitée. »
Saint Georges est traditionnellement représenté à cheval, souvent blanc (signe de pureté), ayant un dragon (créature composite mi-crocodile, mi-lion) à ses pieds. En armure, portant une lance souvent brisée à la main, ainsi qu’un écu et une bannière d’argent à la croix de gueules (c’est-à-dire blanche à croix rouge), couleurs qui furent celles des croisés (faisant également de saint Georges, leur saint protecteur) et devinrent celles du drapeau national de l’Angleterre au XIVe siècle. Il est l’allégorie de la victoire de la Foi sur le Démon désigné dans l’Apocalypse sous le nom de dragon.
Dans les romans médiévaux, la lance (ou dans certaines versions, une épée longue) avec laquelle saint Georges tua le dragon fut appelée « Ascalon », du nom de la ville d'Ashkelon en Terre sainte. Un forgeron de cette ville la lui aurait façonnée dans un acier spécial.
Le combat de saint Georges et du dragon peut être vu comme une version chrétienne du mythe de Persée délivrant la princesse Andromède attachée à un rocher et tuant le monstre marin auquel elle était offerte en sacrifice pour qu'il cesse de ravager le pays. Néanmoins, le combat livré par Persée n'a pas la dimension spirituelle de celui de saint Georges, figurant l'idéal du vrai chevalier chrétien : un héros pur et intrépide défaisant le Mal.
Elle propose ensuite de procéder comme Raymond Queneau dans son ouvrage "Exercices de style" et de réécrire ce récit dans un des styles suivants :
Tous les verbes de votre texte seront au futur
Tous les verbes de votre texte seront au passé simple
Tous les verbes de votre texte sont au présent
Style télégraphique
Le récit est fait par une personne à trois autres autour d’une table dans un bistrot
Le récit est une suite de tankas (poème japonais composé de cinq vers dont le nombre de syllabes est 5-7-5-7-7)
Votre récit est truffé d’un maximum de noms propres
Votre récit est truffé de « par devant » et « par derrière »
Votre récit à la forme d’une comédie (découpage en actes, scène, dialogues des protagonistes)
Votre récit est fait par l’épée de Saint-Georges
Votre récit est truffé d’onomatopées
Votre récit est truffé de notations gastronomiques (non de plats ou d’ingrédients culinaires)
En style injurieux
Votre récit est truffé d’anglicisme
Interrogatoire d’un des personnages ou d’un témoin dans un commissariat de police
Texte de slam
En alexandrins
En style enfantin truffé de alors et de et pis
Texte composé uniquement de phrases exclamatives !!!!
Lettre officielle
Texte avec un maximum de mots qui se terminent en « on »
Texte comprenant un maximum d’adjectifs de couleurs (bleu, rouge, vert, indigo)
Votre texte est le récit d’un rêve que vous avez fait
Il y en a une qui est limonade et l’autre qui est plutôt Coca ?
Laquelle préfère la salade de tomates aux macaronis assaisonnés de bon pesto ?
Il y en a une qui est banane et l’autre préfère l’ananas ?
L’une aime le judo – bienheureux tatami ! - et l’autre le dada – encore un tour de manège ! - ?
Laquelle est agile ? Laquelle est véloce ? Toutes deux vives et malines ? Toujours prêtes à rire et voyager ?
Il y en a une qui préfère lire et l’autre qui aime mieux aller au ciné ?
Laquelle appelle le plus souvent Grand-père pour qu’il lui serve de taxi ?
Ont-elles vu « Pépé le Moko » ? «Ont-elles lu « Nana » de Zola ? « Lolita » de Nabokov ? « Madame Bovary » ? Ou ne lisent-elles qu’Amélie N. ? Astérix, Obélix et Idéfix les font-ils rire de façon égale toutes deux ? Ont-elles aimé « Charade » de Stanley Donen avec Audrey Hepburn et Cary Grant ? Ont-elles été choquées par la Cène sur la Seine aux J.O. de Paris ?
Voudront-elles, plus tard, un mari, des bébés, une Maserati, un palace, avoir un jet privé ou mener une vie simple et normale ? Leurs goûts sont-ils plus modérés que ceux d’Elon Musk ?
Ont-elles, dans leur « dressing » ou plutôt «garde-robe », un kimono, un boléro, un caraco, un domino, des mini-jupes, des robes de bal, un pyjama rose bonbon ou du Chanel n° 5 de chez la Dame Coco ?
Iront-elles à Venise, à Megève, à Sète, à Madère, à Pise, à Tunis, sur la Côte d’Azur, sur la Côte d’Opale où Saint-Valery pique un somme ? Voir le lac Balaton ou le Colorado ? Escalader l’Himalaya ? Visiter la Lozère ? Y songent-elles parfois à leur bilan carbone ?
Laquelle des deux se couchera longtemps de bonne heure pour faire des rêves plus jolis ?
Est-ce que l’autre s’endormira mieux si elle cherche, comme Julio Cortazar et moi-même ce jour, des mots dans lesquels les consonnes alternent régulièrement avec les voyelles ?
L’une d’elles prendra-t-elle la relève pour animer un jour le Défi du samedi ?
Ont-elles déjà croisé sur la plage de Trestel un rigolo qui joue sur un ukulélé de plastique rose une chanson qui parle de petite-cousinade virtuelle ?
Je n’ai pas de réponse à toutes ces questions mais ce qui est plié comme un origami c’est que dans le coeur des parents comme dans celui des grands-parents aucune n’a la préférence, quelles que que soient leurs différences. Elles sont leur vitamine et leur fierté et c’est très bien ainsi, je vous en donne ma parole d’honneur de gars qui a élevé deux queniaux* !
* vocable utilisé pour « enfançon » dans la Sarthe, pas très loin de La Suze, verse m’en encore une, Roger**!
**« See Emily play » est un des premiers tubes du groupe Pink Floyd et est signée Roger Keith, dit Syd, Barrett à qui on doit aussi, sur son album solo le titre « Baby Lemonade ».
Aurais-je la flemme de tourner la molette ou de déplacer le petit cliquet ? Je n'ai pas ramené dix photos avec effet créatif de notre séjour à Vendôme et de nos excursions aux alentours ! Les voici, rassemblées dans un seul billet :
Ils s'y sont mis à trois ! Pour lui faire la peau ? Non, au contraire, pour le sortir du tombeau, de l'oubli, de la catégorie "Poètes maudits". Tristan Corbière ! Le poète de Morlaix, l'auteur des "Amours jaunes". Je fais le fanfaron comme ça mais, comme à l'habitude, je ne connaissais que le nom de l'auteur et le titre de son oeuvre la plus représentative !
C'était drôlement bien, cette conférence-découverte entrecoupée de lectures. Public nombreux au soir de cette première journée, cette fois-ci bien à l'ombre des grands arbres de ce jardin, et aujourd'hui encore je peste contre mon enregistreur qui s'est mis en rade juste à ce moment--là : Monsieur H1n ne supporte pas d'avoir plus de 530 fichiers dans sa mémoire ! Ça m'apprendra à faire le ménage de temps en temps et à ne pas emmener l'intégrale de Brassens en MP3 en vacances !
Autre petit désagrément : ces messieurs ont été photographiés à contre-jour mais ils étaient tellement bons que je ne leur en veux pas ! Je vous gratifie des photos, du texte d'un poème que j'ai fort apprécié et d'une émission de France-Culture de 1971 qui traîne encore ce jour chez M. Youtube.
Encore un regret : que Keith Richard n'ait pu se rendre disponible pour assurer les intermèdes musicaux. Il était pourtant présent lors de la présentation ! ;-)
La Pipe au poète
Tristan Corbière
Je suis la Pipe d’un poète,
Sa nourrice, et : j’endors sa Bête.
Quand ses chimères éborgnées
Viennent se heurter à son front,
Je fume… Et lui, dans son plafond,
Ne peut plus voir les araignées.
… Je lui fais un ciel, des nuages,
La mer, le désert, des mirages ;
— Il laisse errer là son œil mort…
Et, quand lourde devient la nue,
Il croit voir une ombre connue,
— Et je sens mon tuyau qu’il mord…
— Un autre tourbillon délie
Son âme, son carcan, sa vie !
… Et je me sens m’éteindre. — Il dort —
· · · · · · · · · · · · · · · · · · ·
— Dors encor : la Bête est calmée,
File ton rêve jusqu’au bout…
Mon Pauvre !… la fumée est tout.
— S’il est vrai que tout est fumée…
Joe Krapov est poète, humoriste (?), musicien à ses heures et photographe à seize heures trente. On trouvera ici un choix de ses productions dans ces différents domaines.