arizona-phoenix-phoenixcvb-carte_phoenixPaysage de l’Arizona, montagne rocheuse, cactus, soleil déclinant, ciel bleu virant à l’orange. Ecran panoramique. La caméra zoome sur le pied d’un bosquet où se faufile un crotale. Bruit d’une détonation. Hennissement d’un cheval. Au ralenti la balle traverse la tête du crotale qui s’effondre doucement dans la poussière.

crotale-diamantin-d-1On entend le rire sardonique de l’homme qui vient de tirer. La caméra panoramique et vient se fixer face au personnage de western qui avance vers elle. Il est encore loin, juché sur un cheval noir et il remet son pistolet dans sa sacoche. Attachée derrière lui, il y a une autre monture, un cheval blanc avec une crinière jaune sans personne sur son dos. L’homme s’arrête, se retourne et s’adresse à la bête.

Gros plan sur les yeux du cheval blanc. Des mouches tournent autour de son museau et on voit des larmes dans ses yeux.

- Alors, Joli sauteur, tu es témoin ? Maintenant c’est moi qui tire plus vite que l’ombre de ton maître ! J’en connais trois qui vont être surpris de te voir !

Il fait tourner le sac qu’il porte en bandoulière, l’ouvre, vérifie à l’intérieur la présence d’un objet qui semble précieux. Puis il s’adresse à l’autre cheval.

- Allez, Materazzi ! Il ne nous reste plus que deux miles avant d’arriver à la casa. Toi aussi, foi de Giorgio, tu auras droit à un bon repos dans l’écurie de la Mamma.

Musique lente à base de violons et d’harmonica. Les deux chevaux se remettent en route, au trot, soulevant la poussière rouge de la piste. Gros plan sur l’arrière de leurs sabots et sur la silhouette de l’homme, de dos, à contrejour face à un grand soleil qui rougeoie.

***

Ils sont venus, ils sont tous là. Elle va mourir la Mamma, atteinte par le syndrome d’Aznavourian, c’est-à-dire qu’elle était nonagénaire et n’avait plus qu’un rêve : devenir centenaire.

Il y a même ceux du Sud de la Géorgie. On a juste demandé à l’oncle Adriano, le fils cadet des Daltoni, d’arrêter de jouer de la guitare. Ca ne gênait pas la mourante mais ça cassait les oreilles de ses autres frères qui tapent le carton avec leurs cousins de l’Arkansas.

La petite nièce, Margherita, s’active dans la cuisine pour nourrir tout ce monde-là. Elle vient de mettre l’eau à chauffer pour préparer une petite pasta des familles. Comme elle a l’ouïe fine, elle est la première à entendre les chevaux qui entrent dans la cour du ranch. Elle jette un œil par la fenêtre, écarte la casserole du centre du fourneau et se précipite dans la salle en poussant un grand cri.

- C’est lui ! Il est enfin arrivé ! Giorgio ! Le fils maudit !

Personne ne bouge et surtout pas Adriano qui est assez lent de la comprenure mais demande quand même :

- C’est Joe ? C’est vraiment Joe ?

Margherita a ouvert grand la porte et s’est immobilisée sur le seuil de la maison. Son ombre se découpe dans l’encadrement de la porte avec un halo à faire pâlir d’envie David Hamilton et une silhouette à rendre verte de jalousie Beth Ditto.

Giorgio est descendu de sa selle. Il attache les deux bidets à côté de ceux des frangins et des cousins. Elle court alors se jeter dans ses bras. Il la serre contre son cœur. Elle se met à pleurer et lui dit :

- Le médecin prétend qu’elle ne passera pas la nuit, oncle Joe !

- Ne t’en fais pas petite ! Les toubibs ne racontent que des conneries ! J’ai ramené un remède miracle. Viens à la cuisine, j’ai besoin de toi pour ça.

ob_47e1c1_charles-bronson-60735-1280x1024Il traverse le salon sans saluer personne et tout le monde le regarde ébahi. Il n’a pas changé. Toujours petit en taille, le nez proéminent et la moustache taillée à la façon de Charles Bronson. Tout le monde se tait, replonge le nez dans ses cartes, sa lecture ou sa douleur.

Il y a juste l’oncle Adriano qui lance à la cantonade, une fois que Margherita et Joe ont fermé la porte de la cuisine :

- Vous ne trouvez pas qu’il commence à faire faim ?

***

Gros plan sur la casserole d’eau bouillante sur la cuisinière.

- Il ne me reste que des macaronis, oncle Joe. Est-ce que ça ira ?

- Oui. Tu as salé la flotte ?

- Bien sûr !

- OK. On va préparer la sauce. Moi je sors les oignons et toi tu les épluches.

- Pas de souci, Giorgio.

- Tu es devenue un beau brin de fille, Margherita. Il va falloir songer à prendre la relève de Ma à la tête du gang, un jour.

- Mais Joe, tu ne te rends pas compte. Le médecin a dit qu’elle trépasserait cette nuit.

- Taratata. Je te promets qu’elle sera centenaire. Arrête de pleurer. Y’a pas de raison pour ça.

- Ce n’est pas le chagrin, c’est les oignons.

- Maintenant tu me fais deux casseroles de sauce. Une grande et une petite.

La confection de la sauce est filmée en accéléré façon Marmiton.org.

- Et maintenant regarde, Lovely Rita !

Il tire de sa sacoche un long brin d’herbe.

- Coupe moi-ça comme de la ciboulette au-dessus de la petite casserole.

- Qu’est-ce que c’est, oncle Joe ?

- Tais-toi et mélange avec une part de macaronis maintenant.

- Il est où le parmesan ?

- Là, autour de toi. Plateau. Couverts. Sers un verre de Chianti pour Mamma. Allez, zou, andiamo !

Il emporte le plateau, traverse le séjour et entre dans la chambre. Il s’approche du lit, dépose le plateau et s’agenouille près de sa mère.

- Mamma ! C’est moi, Giorgio ! Je suis venu pour te sauver !

La mourante ouvre un œil puis le deuxième.

- Giorgio, mon fils maudit. Tu sais bien qu’il est trop tard !

- Non, Mamma ! La vie est une longue patience. Je l’ai eu ! Je savais que je l’aurais un jour. Entre les deux yeux. J’ai été le plus rapide. Tiens goûte-moi ce macaroni. C’est moi qui l’ai préparé avec ses restes.

Margherita donne la becquée à la vieille dame et petit à petit celle-ci reprend des couleurs, de la vigueur. Quand elle a terminé le plat et descendu le verre de vin, elle ne semble plus malade du tout.

- Fameux, Joe ! Encore meilleur qu’autrefois ! Cet arrière-goût, ces aromates, c’est quoi ?

Ma Dalton- Son brin d’herbe ! Le brin d’herbe magique de Lucky Luciano ! Je te devais bien ça, Mamma. Désormais c’est toi qui es invincible. C’est toi dont on va écrire les aventures.

- C’est bien mon fils ! Non seulement tu as vaincu ce dragon mais en plus tu redonnes l’espoir à toute notre famille. Ils s’étaient tous un peu avachis depuis ton départ.

- Tout sera de nouveau comme avant maintenant, Maman. Sauf qu’on n’aura plus ce justicier à la noix dans les pattes. On aura juste un peu de viande de son cheval dans nos pâtes !

- Fais venir tes frères et tes cousins, Joe. J’avais laissé en plan un plan pour faire sauter la banque de Phoenix. On va entendre reparler des Daltoni !

 

Ecrit hors délais (et pas qu'un peu !) pour le Défi du samedi n° 540

d'après cette consigne : macaroni