1

La nuit est limpide,
L´étang est sans ride
Dans le ciel splendide
Luit la Lune d´or.

Orme, chêne ou tremble
Nul arbre ne tremble
Au loin le bois semble
Un géant qui dort.

Chien ni loup ne quitte
Sa niche ou son gîte
Aucun bruit n´agite
La terre au repos.

Alors sortant l’herbe
S’apprêtant, superbes,
Aux magies du verbe,
Fument les crapauds.

2
Fourmillant d’idées
Guitares accordées
Les Bufonidae
Entament leur chant.

Ca coasse et ça piaille
Ca rit et ça braille
Mais fumer d’la paille
Ne rend pas méchant

Vers des terres creuses
Des contrées heureuses
Près de Bételgeuse
Ils s’en vont planer

Chacun outrepasse
Sa condition basse
Qu’une les embrasse
Ils sont transformés !

3
Finie la galère
Dans les fondrières !
Demeure princière
Grand bal cette nuit !

Lumières sur la boule !
Clignements d’ampoules
Champagne qui soûle
Et tout resplendit !

Racontant salades,
Faisant des gambades
Au pied de l’estrade
Ils s’en vont danser.

Un peu à la masse
Chacun se surpasse
Et passe et repasse
Devant le buffet

4
Si je ne me trompe
L’effet qui s’estompe
Fait que s’interrompent
Les festivités

Tous les mots s’emmêlent !
Fin des ritournelles !
Revient, de plus belle,
La lucidité.

Le jour qui se lève
Efface les rêves
D’une nouvelle Eve
On retourne au turf

Le lot de l’anoure
Sauf si je me goure
Est bien qu’il accoure
Plancher sur le surf ?


5
Sur le nénuphar-e
Sa journée démarre
Il a le pétard-e
Quelque peu mouillé

Tous ces ovocytes
Qui quittent le gîte
C’est vrai ça l’excite
De jouer au pompier

Car enfin le drôle
Un peu croquignole
S’il tient bien son rôle,
S’il conjugue aimer,

Ce soir sa maîtresse
Lui dira - largesse -
«Repos mon Ernesse,
Vous pouvez fumer ! »

Moralité :

La fumette occasionnelle
Rend barjot plus d’un :
Le devoir l’appelle
Et le crapaud vient ! *

*Ce dernier calembour est emprunté à Vegas-sur-Sarthe.

Ecrit pour les Impromptus littéraires du 22 mai 2017 à partir de cette consigne :

"fumer comme un crapaud"