« La station Anatole France, ils l’ont creusée si profonde, à cause de la rivière Ille qui coule pas loin, - ce n’est donc pas sans retour ! – qu’on imaginerait bien une baleine passer là-dessous. On ne serait dès lors qu’une petite balle bleue flottant sur son jet d’eau !

Il y a de petites étoiles sur le quai de la station Charles de Gaulle. Pour évoquer le képi du général ? Ou le métro parisien ? Moi, ce que je voudrais, c’est devenir une grande star, pas une petite étoile filante ! Montrer que j’ai les plus belles jambes du monde !

La station Triangle n’est pas très profonde. Mais la bouche d’aération a dû disparaître dans celui des Bermudes. Je ne l’ai pas trouvée.

Il y en a bien une sur la place Hoche mais c’est celle du parking souterrain. Sentir les hydrocarbures, non merci. Je préfère le Channel. Je veux dire le Chanel n° 5.

Pareil pour la station Poterie. Elle est aérienne et située au milieu d’un rond-point ! Tourner en rond à Rennes, je ne fais que ça depuis dix-neuf ans. Tourner c’est sur un plateau ! « Moteur », pas « moteurs » !

A la station Sainte-Anne toutes les lignes de la déco sont de traviole. Et maintenant A et B vont s’y croiser. Moi ce que je veux savoir c’est comment épouser un milliardaire, pas comment faire la manche sans voir le bout du tunnel avec un punk à chiens. Et pis… pareil qu’Anatole France profonde.


A Villejean-Université j’ai cru que ça ferait l’affaire. Il y a là, pour servir de puits de lumière à la station, un parquet de vitres vertes en verre dépoli. L’été, lorsqu’on est sur le quai et qu’on lève le nez on voit les pieds des gens au-dessus. Rien n’interdit à un président de passage d’imaginer, sous des robes bouffantes comme celle que je porte aujourd’hui la joyeuse parade des dessous affriolants, la pêche aux trésors du septième ciel, le petit nid d’amour de la nouvelle Eve… Ensuite, quand la ville dort, le prince et la danseuse deviennent les rois de la piste, car le démon s’éveille la nuit… »

Lakévio 52 Sally Storch


- Hey Maryline ! Pourquoi une valise pour aller en boîte ?

- Je ne viens pas danser, les filles. Je suis venue vous dire que je m’en vais !


- Ho ? Où ça ?


- A Paris. Là-bas il y en a, des bouches d’aération. Je veux leur montrer que j’ai les plus belles jambes du monde !


- Tu nous écriras, quand même ?


- Ben oui, évidemment. Vous savez que j'adore ça, écrire. Et puis si ça rate, je reviendrai bosser au Banana Club !


- Ben salut alors, Maryline !

Elles échangent des bises et la graphomane en bleu s’éloigne de l’arrêt de bus en direction de la gare avec sa valisette à la main.

- Celle-là, confie Gina à Judy, elle a toujours fait du cinéma !

- Si elle veut montrer ses jambes, elle n’a qu’à faire comme nous et porter un short ! Toutes les filles s‘habillent comme ça aujourd’hui ! Quelle idée vintage de se faire soulever ses jupes par le passage d’un métro !


- Pourquoi pas par une locomotive à vapeur ?!


- On l’appellerait alors une évaporée !


Elles éclatent de rire.


- Allez, tant pis pour elle, on y va ! Arrivée d’air chaud, Maryline !


Elles rient de plus belle en montant dans leur voiture pour aller danser au Loup-Garou, la discothèque de Chavagne.

Ne manquez pas de lire le chapitre 2 de notre grande success story :
« Choisie entre toutes».

Il s’intitule « Montparnasse, bienvenue ! ».


Ecrit pour le jeu n° 52 de Lakévio à partir du tableau de Sally Storch