26 novembre 2021

SALADE RUSSE

« C’est un joli nom, Kalinkamarade » qu’il chantait, jadis, le Jean Ferrat.

C’est vrai et je sais gré aussi aux Kalinkamarades Kalinkarpov et Kalinkasparov d’avoir agrémenté certaines de mes soirées grâce aux KalinkavalKalinkades de leurs pièces sur les soixante-Kalinkatre Kalinkases de l’échiquier, même si, encore aujourd’hui, je ne suis pas vraiment en Kalinkapacité d’entraver grand’ chose à tous leurs Kalinkalculs.

Mais pour de vrai, les tovarichtchi de l’année 1968 avec leurs chars en Tchécoslovaquie, je suis d’accord moi aussi pour les juger Kalinkalamiteux.

Le bilan de ce socialisme-là, globalement positif ? Globalement Kalinkafardeux, oui !

Ils nous ont laissé quoi, les StenKalinka Razine, les Stakhalinkanov et les Popov à part les Kalinkanons du croiseur Aurore et l’effiKalinkacité de la Kalinkalachnikov ? Poutine après Raspoutine ? Un Kalinkapharnaüm gouverné par les Kalinkanailles du KGB ?

Peut-on encore sauver l’âme russe ? C’est quoi l’âme russe ? Des Kalinkanassons qui tirent la troïkalinka des frères Kalinkaramazov dans la steppe enneigée ? Des pelisses, des Kalinkaftans, des Kalinkapotes militaires jeté·e·s sur le divan du vestibule tandis que près du poêle, Kalinkalfeutrée dans le salon des Dourakine, Anna Kalikarénine qui a gardé son Kalinkache-col et sa chapkalinka au sortir de la Kalinkalèche discute Kalinkatéchisme avec Sophia Rostopchina, comtesse de Ségur, en faisant grand Kalinkas des toasts au Kalinkaviar et de la vodKalinka qu’a apportée le Kalinkapitaine Strogonoff, Mikhail de son prénom, qui fait un effet bœuf à ces dames en mimant et KalinkariKalinkaturant la vie de sa Kalinkaserne ? Le voilà présentement qui raconte, à Kalinkalifourchon sur une chaise, ses hauts faits de Kalinkavalerie, menteur comme un dentiste et vantard comme un pilier de Kalinkabaret !

L’URSS ? Un Kalinkarnaval ! La Russie ? Un Kalinkanular divin, des coups de Kalinkarabine ou de pied au cul qui se perdent dans la taïgabegie des jours transis de froid ! Combien de Kalinkadavres dans l’histoire ? Un bilan Kalinkarrément Kalinkatastrophique ! Une Bérézina Kalinkafkalinkaïenne !

Que sauver de tout cela à part la Kalinkaravane des martyrs du goulag et de l’iniquité, Politovskalinkaïa, Navalny et tant d’autres ?

Tchekhov, peut-être ? Ce drôle de Gogol ? Et Tchaïkovski sûrement pour son « Lac des cygnes » et son « Kalinkasse-noisette ». J’y ajouterais bien pour ma part les Choeurs de l’Armée rouge mais – Malepeste ! Ventre Saint-gris ! Bastos et zakouski ! - une aviation défaillante à fait passer à la trappe la moitié de cette troupe de musiciens ! *

La Russie ? Dans le concert des nations une Kalinkacophonie suivie d’un grand silence blanc !


* C’était le 25 décembre 2016. Bientôt cinq ans. Joyeux Noël quand même, Kalinkamarades russes !
 

***

Version sans le mot caché

« C’est un joli nom, camarade » qu’il chantait, jadis, le Jean Ferrat.

C’est vrai et je sais gré aussi aux camarades Karpov et Kasparov d’avoir agrémenté certaines de mes soirées grâce aux cavalcades de leurs pièces sur les soixante-quatre cases de l’échiquier, même si, encore aujourd’hui, je ne suis pas vraiment en capacité d’entraver grand’ chose à tous leurs calculs.

Mais pour de vrai, les tovarichtchi de l’année 1968 avec leurs chars en Tchécoslovaquie, je suis d’accord moi aussi pour les juger calamiteux.

Le bilan de ce socialisme-là, globalement positif ? Globalement cafardeux, oui !

Ils nous ont laissé quoi, les Stenka Razine, les Stakhanov et les Popov à part les canons du croiseur Aurore et l’efficacité de la Kalachnikov ? Poutine après Raspoutine ? Un capharnaüm gouverné par les canailles du KGB ?

Peut-on encore sauver l’âme russe ? C’est quoi l’âme russe ? Des canassons qui tirent la troïka des frères Karamazov dans la steppe enneigée ? Des pelisses, des caftans, des capotes militaires jeté·e·s sur le divan du vestibule tandis que près du poêle, calfeutrée dans le salon des Dourakine, Anna Karénine qui a gardé son cache col et sa chapka au sortir de la calèche discute catéchisme avec Sophia Rostopchina, comtesse de Ségur, en faisant grand cas des toasts au caviar et de la vodka qu’a apportée le capitaine Strogonoff, Mikhail de son prénom, qui fait un effet bœuf à ces dames en mimant et caricaturant la vie de sa caserne ? Le voilà présentement qui raconte, à califourchon sur une chaise, ses hauts faits de cavalerie, menteur comme un dentiste et vantard comme un pilier de cabaret !

L’URSS ? Un carnaval ! La Russie ? Un canular divin, des coups de carabine ou de pied au cul qui se perdent dans la taïgabegie des jours transis de froid ! Combien de cadavres dans l’histoire ? Un bilan carrément catastrophique ! Une Bérézina kafkaïenne !

Que sauver de tout cela à part la caravane des martyrs du goulag et de l’iniquité, Politovskaïa, Navalny et tant d’autres ?

Tchekhov, peut-être ? Ce drôle de Gogol ? Et Tchaïkovski sûrement pour son « Lac des cygnes » et son Casse-noisette. J’y ajouterais bien pour ma part les Choeurs de l’Armée rouge mais – Malepeste ! Ventre saint-gris ! Bastos et zakouski ! - une aviation défaillante à fait passer à la trappe la moitié de cette troupe de musiciens ! *

La Russie ? Dans le concert des nations une cacophonie suivie d’un grand silence blanc !

* C’était le 25 décembre 2016. Bientôt cinq ans. Joyeux Noël quand même, camarades russes !


Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le 23 novembre 2021

d'après la consigne 2122-10 ci-dessous.


29 juillet 2017

ECRIRE A RIMBAUD ? 1, Tulipes

170715 Nikon B 012

Monsieur Arthur Rimbaud
B.P. 01 au vieux cimetière 
08000 Charleville-Mézières

Mon cher Arthur

«En avant Fanfan la Tulipe
En avant, La Tulipe, en avant !»

Comment puis-je nommer autrement que «Poésie» ce dérèglement de tous mes sens qui va me faire écrire, partant d’une photo de tulipes, sur Gérard Philipe, les Choeurs de l’Armée rouge et le cimetière marin de Sète ?

«Alchimie du verbe » ? Le Défi du samedi, depuis de nombreuses années déjà, nous incite à mélanger les nôtres avec des adjectifs et des noms propres (ou pas), ce sous la houlette d’un chimiste en chef promu depuis peu expert en «éprouvettes» (ou alors c’est moi qui fatigue !).

DDS 465 affiche Fanfan la tulipe

«Yoyotage de la touffe» ou «Alzheimer précoce» ? Peut-être ! Ces résurgences de  «pop culture» qui me taraudent et qui m’occupent te feront, sans doute aucun, une belle jambe à toi qui dors sans l’une et même sans étoiles sous la terre de Charleville.

C’est donc bien l’interprète du «Fanfan la Tulipe» de Christian-Jacque, le sieur Gérard Philipe, que cette photo de tulipes m’évoque en passant par le biais de la chansonnette introductive d’Emile Debraux, pondue en 1819.

J’ai dû voir ce film quand j’étais enfant et cela ne rajeunit personne. La télé était en noir et blanc, le film aussi et la vie en sépia ou, au mieux, en couleurs de Polaroïd. Pour les gens de ma famille ce Gérard Philipe était déjà une icône de la même manière que toi, mon Arthur sans saisons ni châteaux, tu en es une pour moi.

Il y avait à la maison le disque 33 tours du «Petit prince» sur lequel le plus admirable des acteurs prénommés Gérard prêtait sa voix à l’avia-narra-teur tombé en panne dans le désert et à qui Georges Poujouly demandait : «S’il vous plaît, dessine-moi un mouton ?».

DDS 465 Le Cid

Quelques années plus tard nous l’avons retrouvé en Cid campeador dans le Petit classique Larousse de la classe de 6e ou 5e et son portrait dans ce costume positionnait beaucoup plus haut dans nos esprits, par-dessus la guerre froide et les «Ôte-moi d’un doute », la grandeur de la littérature et du théâtre classiques.

On aurait sans doute pu nous donner encore à voir «Le Rouge et le noir» et «Le Diable au corps» mais entre-temps la musique yéyé, les duels Anquetil-Poulidor, la rivalité Stones-Beatles, Astérix et les héros de«Pilote mâtin quel journal» étaient arrivés et ça nous intéressait aussi. C’est ça, la pop culture : c’est ce qui te détourne de la littérature et de la réflexiture.

Chez nous Gérard Philipe était surtout «un camarade». Un des «copains» de mon grand-père à l’instar d’Aragon, Picasso et Jean Ferrat et de ceux qui ont suivi, comme tu le fis toi-même pendant la Commune de Paris, le rêve d’un Homme résolument moderne voire nouveau. Pour ma part je ne mets pas de majuscule à «homme» et j’ai toujours préféré l’antique !

J’ai bien repensé à cette époque-là l’autre jour en cherchant sur Internet les paroles forcément bretonnes et les accords heureusement simples du premier tube d’Alan Stivell, «Tri Martolod yaouank». C’est que je suis tombé alors sur cette vidéo-ci et je me suis trouvé très heureux de ce partage inattendu de langues, de musiques et de culture populaire entre ces Russes et ces Bretons-là, réunis pour le plus grand plaisir de mon seul et unique neurone. 

 La vidéo est visible ici : https://www.dailymotion.com/video/x16d2ol

DDS 465 fanfan

De la même manière ce sont des camarades roumains qui m’ont permis de remettre la main sur cette bande dessinée-là, qui paraissait dans un journal de la même famille d’utopistes, où Gaty et Nortier avaient redonné à Fanfan la Tulipe les traits de Gérard Philipe.

Comme je pense tout à coup à Claude Rich qui vient de disparaître et que j’aimais bien aussi depuis «Je t’aime, je t’aime» d’Alain Resnais, et en me rappelant également une autre icône de ce temps-là, le cosmonaute Youri Gagarine, j’en viens à me demander comment il se fait que certaines personnes ont cette aura si particulière, cette humanité sans fanfaronnade, ce sourire charmant et ce pétillement dans le regard qui nous les rendent si proches de nous et, à jamais, aimables ?

Je suis retourné récemment dans le village où tous ces souvenirs d’enfance avaient, autrefois, statut de réalité ambiante. Comme je m’y adonnais à des travaux de peinture de porte et que dans la pièce à côté un reportage télévisé sur la ville de Sète était diffusé, je me suis interrompu pour aller admirer des images paisibles du cimetière marin de cette cité. Je me suis dit que j’irai un jour saluer l’oncle Georges qui chantait à l’époque de «Fanfan» et de «Lorenzaccio» ses gaudrioles uniques, poétiques et essentielles.

Si je passe un jour à Ramatuelle, j’irai saluer Gérard Philipe. Je déposerai peut-être une tulipe sur sa tombe ? Pas sûr. C’est que je ne suis pas très doué en matière de recueillement mélancolique. A ce propos d’ailleurs, mon cher Arthur, je suis désolé de n’avoir pas fleuri ta demeure dernière. Je ne suis pas du genre à jeter des fleurs aux gens qui sont toujours vivants en moi.

Mais le cœur y est !

DDS 465 gerard-philipe-le-cid-1305Bon vent à toi !

 

P.S. 1 : Réponse supposée d’Arthur :

- Et la tombe de Gina Lollobrigida, Joe Krapov, elle sent la mozzarella ?
- Désolé, Arthur, cette dame est toujours vivante !

P.S. 2 :

Dérèglement de tous les sens ? Dérèglement de tous les sens ? En consultant Wikipédia je découvre un autre lien surprenant entre Arthur Rimbaud et Gérard Philipe : tous les deux sont décédés à l’âge de 37 ans !

 

Ecrit pour le Défi du samedi n° 465 d'après cette consigne (la photo de MAP ci-dessous)

 

DDS 465 MAP - Tulipes de Grand-Bigard avril 2011