23 avril 2016

CHRONIQUE POUR CELLES ET CEUX QUI AIMENT LA MUSIQUE ET LA VIE

DD Soleil bleu 1971 02 réduit

Je ne sais où ont disparu nos si beaux rêves de jeunesse. En avions-nous du reste ? Si oui, en sommes-nous sortis ? Qu’est-ce qui a changé ? Après les cours du lycée, on allait chez l’un chez l’autre écouter des musiques venues d’Angleterre et des Etats-Unis. Les jeunes musiciens de l’époque sont devenus les gros dinosaures d’aujourd’hui, oui, mais ce n’est pas grave.

On se souciait très peu alors du fait qu’Alzheimer se prénommât Alois. Aujourd’hui, on s’efforce de se rappeler son prénom chaque matin ! Et au sortir du travail, pour ceux qui ont la chance d’en avoir un encore par ces temps glaciaires de l’économie, nous rentrons chez nous écouter la musique de ces mêmes dinosaures ou d’autres ou « Les Bourgeois » de Brel !

JP soleil bleu 1971 réduit

Si tout ce qui est solide se dissout dans l’air, l’état de jeunesse n’est pas concerné. On ne peut pas toucher du doigt l’amour que l’on éprouve pour sa première guitare, la mélodie qu’on joue à son premier amour et si l’une est partie l’autre est toujours là. On la prend quelquefois entre les bras. On caresse ses courbes, ses cordes, on chante doucement et dans ce cœur changeant, ou pas, qui est le nôtre, la jeunesse bat sur le même rythme. L’émoi, émoi, émoi d’autrefois, lorsque les branches étaient les promesses du tronc et qu’on faisait le Jacques avec Pierre et Paul !

 

DD James Bond 1971 réduit

Vous pouvez chercher sur Internet : aucun de nous n’est devenu un mauvais garçon. Proviseur de lycée, chef de service en préfecture, chargée de communication à la région, bibliothécaire, nous sommes allés soutenir les « nozélites » - nos élites en langage « EducNat » – d’aujourd’hui. Sachez pourtant, chers anciens condisciples, que j’ai conservé les photos compromettantes, celles où vous n’étiez pas encore des messieurs chauves et replets mais où nous agitions nos cheveux longs et nos idées encore courtes. Alors que nous pensions n’appartenir qu’à une époque opaque, celle du « Concombre masqué », nous faisions les andouilles avec un vieux képi, nous jouions les James Bond avec un séchoir à cheveux, nous enregistrions les premières fausses notes d’un hypothétique et hypnotique groupe pop baptisé « Soleil bleu » !

J’ai tout gardé de cela et ma mémoire est comme neuve car j’ai conservé toujours par-devers moi la septième fonction du langage, celle qui consiste à rire et faire rire des autres et surtout de soi-même. Cette fonction, nous la cultivions en lisant le journal « Pilote », les bédés de Gotlib, Reiser, Cabu. Cabu ? J’ai dit Cabu ?

Cabu passe ton bac

Au fil des ans, la brigade du rire s’est hélas éteinte et l’an dernier un homme dangereux, armé de son seul crayon, de son amour de la liberté, un potache toujours souriant, chantant Trénet en douce France, a été abattu avec d’autres de ses semblables qui nous servaient des petits plats de résistance, des insolences, des vérités et de l’humanité.

On s’est retrouvés, soudain, seuls mais en même temps si nombreux à battre le pavé dans les rues de janvier que nous avons repris, plus forts de cela, la route vers demain. Nous étions, nous sommes encore dans un monde sans boussole, comme au temps de nos années folles, mais nous restons résolus à croire à des maisons bleues, adossées à des collines, peuplées de musiques et peuplées de fous, qui resteront debout.

Car c’est cela qu’il faut faire : rire et chanter ! Jeunes gens, jeunes gens de tous âges, quoi qu’il advienne, n’arrêtez pas la musique ! Vivez, envers et contre tout !

JBB soleil bleu 1971 réduite

Posté par Joe Krapov à 21:12 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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