- Si tu veux mon avis, la chanson n’a pas traité le mobilier de nos maisons aussi bien que ne l’a fait le théâtre. Souviens-toi de Molière et des « commodités de la conversation », des « Chaises » d’Eugène Ionesco, de « Duo sur canapé » de Marc Camoletti ! Il en a écrit combien, des pièces autour du jeu des trônes, Shakespeare ? Repense à tous ces amants que, depuis Georges Feydeau, on a enfermés dans un placard au moment où le mari rentre à l’improviste de son voyage à Montauban ! Comme équivalent dans la chanson, je ne vois guère que « Perrine était servante ».
Cach’té donc dans la huche, Cach’té donc dans la huche ! »
Il y a bien un barbier de Séville au théâtre et un barbier de Belleville chez Serge Reggiani mais de barbière, aucune !
A l’arrière des berlines est-ce qu’elle a osé, Joséphine, avouer que sa petite entreprise ne connaissait pas la crise sur la banquette arrière de la tire à Baschung ?
Il y a aussi bien sûr les amoureux des bancs publics de Georges Brassens mais il font piètre figure à côté de Raymond Souplex et Jeanne Sourza, sur le banc !
A part ça… ?
- Il y a aussi « Chez toi » de Thomas Fersen mais tu en oublies surtout une de toute beauté, dont le couplet patriotique est inoubliable.
Il s’est trouvé, dans les folles années 1960 et 1970, un certain nombre d’artistes de variétés que l’on pourrait qualifier de « chansonniers revivalistes » ou plutôt, en français correct, de « repreneurs de vieux airs » qui ont repopularisé, en les ornementant d’orchestrations au goût du jour, des chansons écrites entre 1880 et 1940. Ce sont celles qu’évoquait hebdomadairement Jean-Christophe Averty dans son émission culte, « Les Cinglés du music-hall ». A vos cassettes !
Georgette Plana fait partie du lot et a fait un tabac d’enfer en relançant « Riquita ». « A Java il était né une poupée, une poupée si jolie qu’on eût dit... »
Les Charlots ont commis un tube avec cette parodie de chanson bretonne signée Georgius, « Sur la route de Pen-Zac ».
Raoul de Godewarsvelde, l’interprète de « Quand la mer monte » a réenregistré « La femme aux bijoux », L’Hirondelle du faubourg », « L’Entrecôte », « Tu n’es qu’un employé ».
Renaud Séchan a consacré l’album « Le P’tit bal du samedi soir à des chansons de Fréhel, d’Aristide Bruant, de Georgius, De Berthe Sylva (« Du gris », « La Plus bath des javas »)
Marc Ogeret et Patachou, séparément, ont consacré un album à Bruant.
Guy Béart a glissé dans son album « Porte-bonheur » sur lequel il chante « En revenant de la revue » , « Caroline », « Viens Poupoule », « La Baya », « La Mattchiche » une de ses compositions en la faisant passer pour une chose écrite au XIXe siècle. Les paroles disent ceci, qui reste d’actualité :
Où étions-nous ? (Dans la merde) Où sommes-nous ? (Dans la merde) Où allons-nous ? (Vers la merde) Pourquoi y aller ? (Pour changer de merde) (Et puis merde, merde, merde !)
D’autres artistes ont puisé dans le répertoire des chansons anciennes : Caroline Clerc, Violaine Schwartz, Hélène Delavault, Emeline Bayart. Patrick Bruel a pondu un double album honorable intitulé « Entre deux ».
On peut ajouter à cette liste Françoise Hardy et Jacques Dutronc avec leur interprétation de la chanson de Jean Nohain et Mireille « Puisque vous partez en voyage ».
Et Marcel Amont avec sa reprise d’Yvette Guilbert où « Le Fiacre » de Xanrof est transformé en Jaguar !
En 303 après Jésus-Christ, en Libye, un nommé Georges de Lydda triompha d’un dragon local qui terrorisait la région de Silène.
Si Georges s’était nommé Moustaki, les armes avec lesquelles il aurait pu combattre la bête n’auraient eu que peu d’effet sur la situation : une guitare en bois, un hamac, une nonchalance toute méditerranéenne et une gueule d’amour pour séduire les filles n’ont jamais effrayé grand monde et surtout pas des généraux qui prennent le pouvoir en Grèce, pays qui fut à ce qu’on dit le berceau de la démocratie, pour y établir une dictature.
Mais pour nous autres qui sommes de nouveau en guerre, les mots et la philosophie de Georges Moustaki constituent un bien très précieux, même si aussi inefficace contre les monstres qui nous entourent.
En premier lieu, c’est vrai, « Il est trop tard ». Pendant que je dormais, pendant que je rêvais (à la fin de l’histoire?) les aiguilles ont tourné et si on est venu à bout un temps de l’U.R.S.S., le K.G.B. est toujours là. L’impérialisme néo-tsariste nous rejoue « Buvons un coup ma serpette est perdue mais le manche mais le manche » est revenu dans la face des Ukrainiens et, par ricochet, dans la nôtre.
Bien qu’il ait gravité dans l’entourage d’Edith Piaf et lui ait concocté ce chef-d’oeuvre absolu, « Milord », Georges Moustaki a surtout percé avec son album de 1969 sur lequel on trouve le célébrissime « Métèque », « Le Temps de vivre », « Il est trop tard », « Gaspard », « La Carte du Tendre », « Ma solitude », « Joseph » et deux instrumentaux à la guitare, « Natalia » et « Rue des Fossés Saint-Jacques ».
Ce disque a été suivi d’un album en public, le concert à Bobino de 1972 qui contient le fameux « Dans mon hamac » et cette « Pierre » dont les paroles disent « Juste une croix qui déchire le vent, mes souvenirs sont les seuls survivants ».
Dans la discographie postérieure on trouve « Les amis de Georges », un hommage à Georges Brassens qui l’avait pris sous son aile, la « Marche de Sacco et Vanzetti », anarchistes américains aujourd’hui oubliés, « Ma liberté », « Eden blues », « Sarah », « Il y avait un jardin », « En Méditerranée », « Grand-père »…
Les expéditifs de 2025 verront certainement dans cette liste de quoi fusiller un « woke » ! Cela ne m’empêchera pas de chanter le refrain de « La philosophie » :
« Nous avons toute la vie pour nous amuser
Nous avons toute la mort pour nous reposer. »
Faites votre miel de tout cela, braves gens ! Et n’oubliez surtout pas la recette de l’amour et de la gaîté : « Donne du rhum à ton homme ! ».
Comme la Ballade avec Brassens fêtait ses vingt ans nous avons eu droit à un superbe cadeau d'anniversaire. Pratiquement une résurrection ! Même les athées ont droit à des miracles !
Le Myosotis trio, groupe de musiciens professionnels, s'est fait une spécialité de mettre des musiques sur des chansons "orphelines" du grand Georges. Vivent les bonheurs posthumes ! Pour ne rien gâcher les orchestrations sont jolies, "dans l'esprit" et la voix du chanteur qui articule à merveille n'est pas couverte par les instruments , même si son piano sonne un peu fort ce dimanche-là.
A un moment du concert, le groupe électrogène saute et le public poireaute cinq à dix minutes sous la pluie revenue en force. Tout le monde est redevenu un fan énamouré dans cette improbable oasis ! Le concert reprend , plein de bijoux exhumés, et c'est comme si on recevait dans les oreilles un nouvel album envoyé tout droit du paradis !
Deux même ! Je ne suis pas ici pour raconter ma vie mais je suis allé, à la fin du concert, acheter les deux CD qu'a réalisés le groupe. Mon meilleur achat de l'année, plein de merveilles absolues !
Vous pouvez en entendre vous-même six ou sept sur la chaîne Youtube du groupe ou sur leur site web. Je vous livre ci-dessous trois vidéos et je sais déjà que certaines de ces chansons vont aller très vite dans ma guitare, même si, vu le contexte actuel de recrudescence de pruderie et de féminisme guerrier, je ne chanterai peut-être la dernière que dans ma salle de bains !!
Dans ma recherche de pépites drolatiques de Gérard Jaffrès, je me suis retrouvé cette semaine sur le site "Bide et musique" qui signale bon nombre de ringardises de la chanson de variété francophone. Il n'y a là que deux titres du bon Gérard dont "La Jument de Michao". Mais si, vous connaissez ce tube celtique ! C'est celui dont les paroles disent : "J'ai vu le loup, le renard et la belette".
Dans les commentaires j'apprends que ce tube de Tri Yann des années 1970 a été repris en mode "métal" par un groupe nommé Eluveite. Ce sont des Suisses. Les trois Jean, dont il ne reste que deux, vont se retourner dans leur tombe en écoutant ça !
Evidemment, dans les recommandations de M. Youtube, j'ai rebondi sur celle qui m'emmenait voir ce même groupe confronté à un bassoniste dans l'émission "Rock the classics". Le principe est de demander à des rockers d'interpréter un morceau du répertoire classique, en l'occurrence ici "Peer Gynt" d'Edvard Grieg, en compagnie d'un musicien d'orchestre symphonique.
Le documentaire est un peu long, même si intéressant et surréaliste - la tête du musicien classique ! - et le résultat final est tronqué par des commentaires. J'ai fini par trouver la version complète du morceau, décoiffant lui aussi mais que j'aime beaucoup !
C’est une chanson. On y évoque des véhicules marins, une rivière. La présence d’une pyramide et de nombreux livres aidera à situer le pays et la ville où l’histoire se passe et qui est dans le titre du morceau. On y évoque également une femme aimée et un animal affamé.
Quel est son titre ?
Réponse(cliquez ici, maintenez enfoncé et tirez la souris vers la droite): Alexandrie, Alexandra
Qu’on habite ou pas au bord de la mer, tout commence avec « Maman, les petits bateaux qui vont sur l'eau ont-ils des jambes ? Mais oui mon gros bêta : s'ils n'en n'avaient pas ils ne marcheraient pas ! ».
On vous fait très vite enchaîner avec « Ohé ohé matelot ! Matelot navigue sur les flots » et son terrifiant « on tira’z’a la courte paille pour savoir qui serait mangé (sur le gril ?) ». Celle-là, « Il était un petit navire », vous fait bien piger que vous êtes dans la même galère qu’Obélix et que si vous tombez petit dans la marmite des liaisons mal-t-à propos il n'y a pas de raison pour que vous soyez premier prix d'orthographe quelques années plus tard.
On le comprend très vite que la mer est dangereuse et que le métier de marin n'est pas une sinécure. Il n'est que de voir Archibald Haddock lors de sa première apparition dans "Le crabe au pinces d'or" : l'alcool a fait de lui un homme fini, un gabier de potence : il ne cesse et ne cessera jamais d’injurier à tout va tous ceux qui se mettent en travers de son chemin. On apprendra plus tard qu'il tient ça de son ancêtre François de Hadoque et ce n’est un secret de polichinelle dans le tiroir pour personne : c'est juste un secret de la Licorne.
Les gabiers de l'Antiquité n'étaient pas mal non plus dans le genre grossiers personnages fort peu fréquentables. Les compagnons d'Ulysse sont plus du genre Wagner dirigé par Évguéni Prigogine dans le Vaisseau fantôme que Bateau ivre dirigé par Arthur (Rimbaud ou le fantôme justicier, je vous laisse le choix) : les guerriers de Sparte ou d'Athènes trempaient pas leur épée dans l'eau et avant l'Odyssée il y avait eu « l’Iliade, fais les valises, les partisans d'un Giro dur prétendent que la guerre de Troie à bien eu lieu ! ».
Mis à part l'univers rondouillard de Pépito et Ventempoupe de Bottaro, tout ce que la mer a porté comme navigateurs, explorateurs, Corsaires, pirates, flibustiers, négriers et amiraux de bateaux lavoir, de Cortez (the killer) à Long John Silver (and gold), est si peu admirable que quand la mer monte j'ai honte.
Oui, j'avoue, j'ai honte d'avoir mis dans ma guitare autant de ces chants de marins qu'on vénère en Bretagne au point de leur consacrer des festivals comme à Paimpol, Cancale ou Ploumanac'h.
Bien sûr qu'il y en a de très chouettes, des chansons, et de très jolies comme « Brave marin », « Loguivy de la mer » « Les Roses d'Ouessant » « Le Mariage secret de la mer et du vent ».
Bien sûr que j'adore « Mon petit garçon » « Le Vieux », « Satanicles », « Quinze marins » et les autres pépites de Michel Tonnerre. Mais quand même, quel sexisme dans ce folklore maritime en chansons !
« Pour nous sont les garces des quais qui volent, qui mentent, qui font tuer » ! Les plus belles servantes emmènent Jean-François de Nantes, gabier de la Fringante dans leur soupente. Plus tard – je raccourcis très vite ;-) car il y a trop de couplets - il se lamentera à l'hôpital (de Nantua ? ) où c’que c'est qu'on lui demandera : « Est-ce que ça vous chtouille ou est ce que ça vous grttouille ? ».
Quel programme dans « Le Forban » : « Je bois, je chante et je tue tour à tour », « Vivre d'orgies est ma seule espérance ».
Oui, je l'avoue, j’ai tellement honte de réclamer « Du rhum, des femmes et de la bière nom de Dieu » que je n'interprète même pas un des couplets de la chanson de Soldat Louis !
Je me souviens qu’un des premiers albums des Pogues s'intitule « Rhum, sodomy and the lash » ! Bonjour l'ambiance du genre « Vous avez eu mon pucelage et je n'ai pas eu votre argent » !
Chère Agrippine de Bretécher, ô gente dame, prenez peine et prenez vapeur : je vais lever le voile sur une culture masculine bien animale, sur des hommes qui vivent en mer entre eux et s’en viennent tirer des bordées et pisser comme je pleure dans le port d’Amsterdam en traitant les femmes d'infidèles avant de repartir à l'autre bout du monde faire la même chose.
Non finalement, je ne vais pas lever le voile sur ma honte : je vais surtout avouer qu’elle est avant toute chose celle d'un opportuniste ! Si je chante ces chansons, c’est parce que ces dames de par ici me les demandent : « Allez Joe, joue-nous l'Irlandais !» « Balance ton port, souffle la voile à l’harmonica, fais danser Fanny de Laninon que les joueurs de boules embrassent !".
Ce dont j'ai honte, comme Louis Aragon, c’est de n’y comprendre rien, aux termes de marine ! Qu'est-ce que c'est un gabier ? Un hunier ? Que signifie « prendre un ris » ? Une garcette, une grande vergue, une bitte d'amarrage, un nœud marin, un cacatois, tout cela est-il quelque chose de cochon ? C'est quoi un cabestan ? Et un câble qui se détend ? Quelle différence entre misaine et artimon ? Est-ce que bâbord est côté cour et tribord côté jardin ? Pourquoi y a-t-il une figure de proue et pas de figure de poupe ? Est-ce qu'on peut mettre un gabier à bord d’un sous-marin jaune qui devient vert lorsqu'il pénètre dans les eaux territoriales françaises ?
Est-ce que je n'ai pas trop jeté l'encre encore une fois aujourd'hui ?
N'est-il pas temps de chanter la nouvelle chanson que j'ai ajoutée à mon répertoire pour l'occasion ? Ça va, rassurez-vous, celle-ci est tout à fait convenable !
P.S. J'aurais pu aussi bien travailler « Le Gabier noir » du même auteur, Michel Tonnerre. Ce sera pour une autre fois !
Il paraît que je lui ai crevé le tympan à la chanteuse assise devant moi ! Je suis comme ça, moi ! Quand je chante dehors, je chante à plein volume ! Et mon kazoo, je souffle dedans avec enthousiasme !
Déjà, tout à l'heure, quand Daniel faisait tourner son orgue de barbarie, l'instrument couvrait sa voix. Heureusement qu’on était là, avec Sir Emmanuel, pour le soutenir vocalement!
Quel pied cela a été, les retrouvailles avec la chorale des « Copains Thabor » ! Je connaissais pratiquement tout de leur répertoire : « Les Petits papiers », « Ma liberté », « Dirty old town », « La Ballade Nord irlandaise », « Armstrong » de Nougaro, "Amsterdam" de Brel sur laquelle je me suis défoncé et leur chanson bolivienne, "Chichiguai" ! J'avais chanté avec eux dans le passé « Les Copains d'abord » à la Ballade avec Brassens. Il y avait juste « Mes amours, mes emmerdes » d'Aznavour que je n'avais jamais joué mais je me suis bien débrouillé pour m’aligner sur la rythmique de Patrice le guitariste.
Et surtout j'ai épaté tout le monde en balançant un solo d'harmonica sur « Let it be ». Elle est super cette chanson des Beatles ! Intraduisible évidemment mais sait-on jamais ? Parce que tout à l'heure j’ai réécouté sur Youtube deux des chansons de Neil Young que j'ai traduites-transposées-trahies : pas mal du tout finalement !
Comment ça, « vantard ! » ? C’est ma liberté, quand même, d'aimer ce que je fais ! Si je ne le fais pas, qui va le faire ?
On a beau raconter sa vie sur Internet, les un·e·s et les autres, on se connaît très mal finalement. Ainsi ce chien qui est une chienne, quel est son nom exact ? Peut-être Jackie (Russell) ? Peut-être pas !
J’aurais pu me contenter de chanter la chanson homonyme de Jacques Brel, d’abord parce que j’ai noté jadis ses accords pour ma guitare et ensuite parce que j’ai eu l’idée de l’interpréter à la douze cordes et à l’harmonica à la façon de Neil Young. Or je repars ce vendredi camper pour une petite semaine et je n’ai plus que ce mardi pour l’enregistrer.
Mais comme l’heure n’est peut-être plus à « faire le Jacques », je m’en vais jouer à nouveau pour vous au jeu du Bistrot mémoire. Je me souviens en effet d’avoir vu il y a quelques années, au festival Quartiers en scène à Rennes, un excellent spectacle dans lequel les interprètes avaient choisi de ne chanter que des chansons écrites par des prénommés Jacques ! Intéressant concept, amusant programme. Déclinons-le, recomposons-le !
On pourrait commencer avec les tubes des années 60 et 70 des deux Jacques associés, Lanzmann et Dutronc : « Et moi et moi », « Les Cactus », « L’Opportuniste », « J’aime les filles », « Sur une nappe de restaurant », « La Fille du père Noël », « Il est cinq heures Paris s’éveille », « J’ai tout vu, tout lu, tout bu », « Fais pas ci, fais pas ça », « Le Petit jardin » etc. D’autres chansons de Dutronc sans Lanzmann : « Gentleman cambrioleur », « Merde in France »…
On pourrait enchaîner avec quelques tubes de Jacques Higelin : « Champagne », « Tombé du ciel », « Poil dans la main », « Je suis mort, qui qui dit mieux ? », « La Croisade des enfants », « Pars », « Encore une journée de foutue »…
On ajouterait Jacques Prévert : « Barbara », « En sortant de l’école », « La Pêche à la baleine », « Chanson pour les enfants l’hiver »…
J’aimerais y mettre aussi, dans cette compilation, l’orchestre de Jacques Hélian mais comme je suis plus adepte de Ray Ventura aucun titre ne me revient en mémoire, sauf, vaguement, une histoire de petit train…
On pourrait faire un sketch de Philibert à l’entracte : ils étaient écrits et interprétés par Jacques Bodoin : « La Table de multiplication », « La Leçon d’anglais » (aïe go tou the bla-keu-bo-ar-de), « La Panse de brebis farcie » ou une imitation du chien Pollux auquel il prêtait sa voix dans « Le Manège enchanté ».
De Jacques Douai je n’ai dans ma guitare que « File la laine » sans doute parce que je ne suis pas assez rouet pour me frotter sans me piquer à la quenouille.
Pour Jacques Brel, c’est compliqué. J’ai une telle admiration pour cet auteur-interprète que cela m’a longtemps semblé un crime qu’on reprenne son répertoire. « Amsterdam » par David Bowie, ça n’a quand même pas très grande allure ! J’ai quand même accepté d’interpréter « Il peut pleuvoir » dans un spectacle de chansons « météorologiques » et aussi « Vesoul », « Rosa » et « La Chanson de Jackie ».
Je ferai l’impasse sur Jacques Lantier puisqu’il n’est qu’interprète de ce répertoire ancien où j’ai moi-même beaucoup pioché. Et encore plus sur Jack Lang dont la tournée d’adieux à l’Institut du monde arabe traîne tellement en longueur qu’elle vire au pathétique.
Je me souviens bien sûr de Jacques Grello, chansonnier qui offrit une guitare à Georges Brassens et de sa chouette chanson « Il fait bon » interprétée par… les Frères Jacques !
Bien évidemment, ceux-là, je les inscris d’office même si eux aussi ne sont que des interprètes. On cite, on re-cite, on récite « La Queue du chat », « La Confiture », « La Chanson sans calcium », « La Marie-Joseph », « Le Complexe de la truite », « Fredo », « Les Tics », « Monsieur Lepetit le chasseur », « C’est ça l’rugby », « Général à vendre », « Don Léon », « Le Cirque », « La Lune est morte », « Le Général Castagnetas », « La Violoncelliste »…
On pourrait évoquer aussi Jacques Demy et chanter « Nous sommes deux soeurs jumelles » des « Demoiselles de Rochefort ». N’oublions pas Jacques Martin avec sa « Pêche aux moules » et son « Je frappe au n° 1 » !
Je vous fais grâce de Jackie Sardou et de sa progéniture lacustre du Connemara ! Dans le genre capillotracté on peut se lancer dans « Les Dalton » de Joe Dassin. D’après René Goscinny les cousins s’appelaient Joe, Jack, William et Averell mais quels étaient les prénoms des vrais frères ?
Faut-il compter Jean-Jacques Goldman parmi les Jacques et Jacquouille parmi les fripouilles ? Est-ce la faute à Rousseau s’ils tombent au ruisseau ?
Laissez-passer accordé à « Hit the road, Jack » de Ray Charles et à « La Légende » de Jacques Faizant. Aussi à la musique de « Vol au-dessus d’un nid de coucou » (avec Jack Nicholson !) car elle est de Jack Nietzsche, producteur de l’album « Harvest » de Neil Young mais pas de « Ainsi parlait Zarathoustra » qui est de Richard Strauss sans entrer dans la catégorie « valse de Vienne » ! A celle des films de Jacques Tati également !
A ma connaissance Jacques Anquetil, Jacques Rivette, Jacques Doniol-Valcroze, Jack Kerouac, Jacques Ralite, Jacques Attali, Jacques Audiberti, Jacques Villeret, Jacques Charrier, Jacques Chaban-Delmas, Jacques Canetti, Jacques Perrin, Jacques Perret, Giacomo Casanova, Jacques Audiberti, Jacques Charon, Jacques Chirac, Jack Daniels, Jacques Audiard, Jacques Lacan, Jacques Mesrine, Jacques Siclier, Jacques Ferrandez, Jacques Tardi, Jacques Séguéla, Jacques Chancel, Jacques Célère, Jacques Cident et « Jack court sur le haricot magique » n’ont pas écrit de tube inoubliable.
Ce n’est pas le cas non plus de Jack Baron et l’éternité, Jacky Twitter, non, Jacky Ickx, Jacques Laffite, Jacques Borel, Jacques Flash l’homme invisible de « Vaillant » et Pif-gadget », Jacques 1er d’Angleterre, Jackie Kennedy, Jack Vance, Jacques Vendroux, Jacques Balutin, Jacques Rouland, Jacques le fataliste qui prenait le métro à Reuilly-Diderot, Saint-Jacques de Compostelle qui ne faisait le plein que dans des stations Shell, tous les Jacolandins – Saint-Jacques de la Lande est à deux pas de Rennes – qui viennent jouer au blackjack ou au jacquet dans la rue du Champ-Jacquet pour décrocher le jackpot. Il n’y a pas à dire, quand Jacques cumule, Jacques cumule !
J’ai oublié ce que chantait Jakie Quartz mais je sais encore que le bassiste du groupe Hot Tuna était Jack Cassady. Par contre nous devons à Jacques Offenbach un certain nombre d’airs fabuleux et réjouissants tirés de ses opérettes comme « Votre habit a craqué dans le dos » « Je suis Brésilien » « Il nous faut de l’amour » « La Marche des rois »… Il y a aussi Giacomo Puccini mais lui, c’est moins ma tasse de chianti ! Trop bourgeois bohème !
Frère Jacques, Soeur Jak, dormez vous ? D’habitude je ne sais pas comment arrêter ces trop longues énumérations qui naissent dans mon bistrot mémoire mais aujourd’hui, grâce à ce jeu enfantin que tout le monde connaît, c’est plutôt facile :
J’y suis allé, moi aussi, à l'hôpital des mots. Dans la chambre voisine de celle où reposait « Je t'aime » il y avait une vieille rengaine qui se traînait lamentablement dans son lit-cage.
Elle disait :
- Qu'est-ce que j'ai pu être conne !
Elle s'appelait « C'était bien, c'était chouette, chez Laurette ». Elle ajoutait :
- Il y avait déjà Simone Signoret qui nous avait prévenu. Elle avait écrit « La Nostalgie n'est plus ce qu'elle était » mais là, franchement, moi, quelle gnangnanterie ! Les années lycée ! C'est comme si on m'offrait un billet pour le concert de Starmania en 2023, qu’on m'emmenait me rhabiller dans une friperie vintage ; j'aurais l'air ridicule comme à l'époque avec mes jupes gitanes, mes parfumées au patchouli, mes freluquet à cheveux longs qui se prêtent des disques vinyles pour les enregistrer sur des mini-cassettes. Je suis sûre et certaine maintenant qu'il était crade, ce rade ! Tous les clients fumaient des gauloises bleues et des gitanes maïs en buvant des coups de rouge genre Gros qui tache, de la Stella Artois ou de la bière d'Alsace au comptoir ! De vieux habitués venaient taper le carton tous les après-midis et ils faisaient la gueule quand on mettait deux thunes dans le bastringue ou qu'on s'excitait autour du flipper parce que Gaston avait décroché un « same player shoots again » ou que Bernadette avait fait tilt.
- Allons ! Allons ! ai-je dit à « C'était bien, c'était chouette chez Laurette ». Vous étiez quand même une belle chanson ! Qu'est-ce qu'on pourrait faire qui vous ferait plaisir ?
- Écoutez, sortez-moi d'ici en loucedé ! Je déteste cet hôpital ! Ils ne font rien pour nous adapter au monde moderne. Ils nous laissent mariner pour qu'on puisse dire de nous « dans son jus ». Emmenez-moi dans un café moderne, un où il y a des afters et des happy hours, où on peut boire des pintes de bière en passant la commande au comptoir !
- Un peu dans le genre des Grands gamins, sur le mail François Mitterrand à Rennes ?
- Ouaipe, a répondu sa voisine de lit. Et si vous arrivez à l’exfiltrer, revenez de sortir de là, moi aussi !
- C’est qui, elle ?
Elle c’est « Au Tord-boyaux le patron s’appelle Bruno ».
Joe Krapov est poète, humoriste (?), musicien à ses heures et photographe à seize heures trente. On trouvera ici un choix de ses productions dans ces différents domaines.