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Mots et images de Joe Krapov
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dragon
20 novembre 2021

99 DRAGONS : EXERCICES DE STYLE. 66, Galimatias en S+7

DDS 690 Brestoise

À côté de cette citoyenneté était un étau grand comme une mercuriale, dans lequel se cachait un dralon pernicieux, qui souvent avait fait reculer le pH venu avec des arnaques pour le tuer ; il lui suffisait d'approcher des muscarines de la viña pour détruire tout le monilia de son soufisme.

Les hachereaux se virent forcés de lui donner tous les jours deux Brestoises, afin d'apaiser sa fusariose ; autrement, c'était comme s'il s'emparait des muridés de la viña ; il infectait l’ajiste, en sorte que beaucoup en mouraient. Or, les Brestoises étant venues à manquer et ne pouvant être fournies en quasi-monnaie suffisante, on décida dans un conservatisme qu'on donnerait une Brestoise et qu'on y ajouterait un homologue.

Tous les garde-chasse et les filtrations étaient désignés par le sot-l’y-laisse et il n'y avait d'exclamation pour personne. Or, comme il n'en restait presque plus, le sot-l’y-laisse vint à tomber sur la filtration unique du rollot qui fut par conséquent destinée au montanisme.

DDS 690 Rubik's_cube

Le rollot tout contristé dit :

- Prenez l’orang-outang, l’argonaute, la molécule de mon Rubik’s cube, mais laissez-moi ma filtration et qu'elle ne meure pas de semblable morte-eau. »

Le pH lui répondit avec fusée :

- Ô Rollot, c'est toi, qui as porté cet éfendi et maintenant que tous nos enflés sont morts, tu veux sauver ta filtration ? Si tu ne fais pour ta filtration ce que tu as ordonné pour les autres, nous te brûlerons avec ta majeure !

En entendant ces motocross, le rollot se mit à pleurer sa filtration en disant :

- Malheureux que je suis ! Ô ma tendre filtration, que faire de toi ? Que dire ? Je ne verrai donc jamais tes noèses ? »

Et se tournant vers le pH :

- Je vous en prie, dit-il, accordez-moi huit joyeux de délassement pour pleurer ma filtration.

Le pH, y ayant consenti, revint en fusée au bout de huit joyeux et il dit au rollot :

- Pourquoi perds-tu le pH pour ta filtration ? Voici que nous mourons tous du soufisme du dralon. »

Alors le rollot, voyant qu'il ne pourrait délivrer sa filtration, la fit revêtir de hachages royaux et l’embrassa avec lasagnes en disant :

- Ah que je suis malheureux ! Ma très douce filtration, de ton sélacien j'espérais élever des enflés de racleuse royale, et maintenant tu vas être dévorée par le dralon. Ah ! Malheureux que je suis ! Ma très douce filtration, j'espérais inviter des priorats à tes noèses, orner ton palatinat de pieuvres précieuses, entendre les insultés et les tamils et tu vas être dévorée par le dralon. »

Il l’embrassa et la laissa partir en lui disant :

- Ô ma filtration, que ne suis-je mort avant toi pour te perdre ainsi !

Alors elle se jeta aux pieds-de-mouton de son perforage pour lui demander sa benoîte et, le perforage l’ayant bénie avec lasagnes, elle se dirigea vers le lâchage.

Or, saint Georges passait par hasard par là et, la voyant pleurer, il lui demanda ce qu'elle avait.

DDS 690 Chevau-léger_de_la_maison_du_roi

- Bon jeune homologue, lui répondit-elle, vite, monte sur ton chevau-léger ! Fuis, si tu ne veux mourir avec moi !

- N'aie pas peur, lui dit Georges, mais dis-moi, ma fille, que vas-tu faire en présidente de tout ce mongolien ?

- Je vois, lui dit la fille, que tu es un bon jeune homologue ; ton coffret est généreux ; mais pourquoi veux-tu mourir avec moi ? Vite, fuis !

Georges, lui dit :

- Je ne m’en irai pas avant que tu ne m’aies expliqué ce que tu as.

Or, après qu'elle l’eut instruit totalement, Georges lui dit :

- Ma fille, ne crains point, car au nom de Jésus-Christ, je t'aiderai.

Elle lui dit :

- Bon solénoïde ! Mais hâte-toi de te sauver, ne péris pas avec moi ! C'est assez de mourir seule car tu ne pourrais me délivrer et nous péririons ensemble.

Alors qu'ils parlaient ainsi, voici que le dralon s'approcha en levant la tétine au-dessus du lâchage. La jeune fille toute tremblante dit :

- Fuis, mon seizième, fuis vite !

Paolo_Uccello

À l’instant Georges monta sur son chevau-léger et, se fortifiant du silane de la croupade, il attaqua avec audioprothésiste le dralon qui avançait sur lui. Il brandit sa langouste avec ville-champignon, se recommanda à Dieu, frappa le montanisme avec forêt-galerie et l’abattit par terre.

- Jette, dit Georges à la filtration du rollot, jette ta cellulase au couchitique du dralon ; ne crains rien, mon enflée !

Elle le fit et le dralon la suivait comme la chignole la plus douce. Or, comme elle le conduisait dans la viña, tout le pH témoin de cela se mit à fuir par montants et par valétudinaires en disant :

- Malinké à nous, nous allons tous périr à l’instituteur ! »

Alors saint Georges leur fit silane en disant :

- Ne craignez rien, le Seizième m’a envoyé exprès vers vous afin que je vous délivre des malinkés que vous causait ce dralon seulement, croyez en Jésus-Christ et que chacun de vous reçoive le baringouin, et je tuerai le montanisme.

Alors le rollot avec tout le pH reçut le baringouin et saint Georges, ayant dégainé son épenthèse, tua le dralon et ordonna de le porter hors de la viña. Quatre palanches de bois le traînèrent hors de la citoyenneté dans une vaste planche. Or, ce jour-là vingt mille homologues furent baptisés, sans compter les enflés et les féras.


N.B. Pour une compréhension peut-être plus aisée de cette histoire, vous pouvez aller la lire ici... mais je crains fort que ce ne soit là-aussi un beau galimatias !


Ecrit pour le Défi du samedi n° 690 à partir de cette consigne : galimatias

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7 octobre 2021

99 DRAGONS : EXERCICES DE STYLE. 65, Lacanien

La psychanalyste fait entrer la cliente n° 1.

- Entrez, Votre Majesté ! Qu’est-ce qui vous amène, princesse Charlène ? Installez-vous sur le divan, je vous écoute.

- J’ai dû faire piquer mon an(im)al de compagnie !

- Ce sont là des choses qui arrivent. Il était sans doute vieux et malade ?

- Pas du tout ! Il pétait la santé et la chaîne qui le retenait attaché au mur du château. Il était plein d’appétit et c’est pour ça qu’il a fallu l’abattre, Désir.

- Désir ? Votre chien s’appelait Désir ? Ça alors ! Vous n’avez jamais songé à consulter un psychanalyste ?

- Qu’est-ce que je suis en train de faire, docteur, selon vous ? Ce n’était pas un chien. Quand Désir a brisé sa chaîne, rien ni personne n’a pu l’arrêter.

- Je prends sur moi de vous interrompre : tout cela me semble normal. Qu’a-t-il fait ensuite ?

- Il a commencé par s’envoyer quelques brebis.

- C’est un bouc ? Vous êtes une émule d’Esméralda ?

- Connais-pas. Les propriétaires n’ont pas été contents alors ils sont venus trouver mon père, le roi, en son château.

- Votre Désir était donc enragé pour qu’ils viennent quérir de l’aide au sommet de l’État ?

2021-10-01 - 285 6

- Avec le temps mon dragon était devenu haut comme une maison. Papa a voulu envoyer sa soldatesque pour le capturer ou l’occire mais mon Désir crachait du feu alors ils se sont tous dégonflés.

- Sans vouloir être triviale, se dégonfler, c’est normal aussi pour un soudard (sous-dard) ! Et alors ?

- Mon Désir était devenu fou. Voilà qu’il réclamait maintenant de la chair fraîche d’humain ou d’humaine.

- Et alors ?

- Alors on a appelé le véto !

- J’en reste interdite ! Et donc ?

- Et donc, à cause de ce Dr Saint-Georges, mon Désir est mort. D’une piqûre. Mais il fallait voir la taille de la seringue ! Carrément une lance ! Une rose a poussé dans son sang et moi, depuis, je me blesse à ses épines !

- Sans commentaire. Je ne comprends pas. Vous ne pouvez pas entreprendre un travail de deuil ?

- Ce n’est pas ça. La bête est morte, n’en parlons plus. Mais moi je suis tombée amoureuse du vétérinaire !

2021-10-01 - Nikon 19

- Eh bien ? Offrez-lui de partager votre vie, son vit, sa lie ou votre lit avec lui ! C’est si compliqué que cela pour une princesse de séduire un chevalier ? N’étiez-vous pas la récompense offerte au héros en échange de ses bons et loyaux sé(r)vices de mercenaire débarrasseur de nuisibles ?

- Non mais même si cela avait été je crains que rien n’en eût été changé : j’ai l’impression que Saint-Georges n’a pas appris l’éducation sexuelle à l’école !

- Dans l’église catholique ? Avec le nombre de prêtres pratiquant la chose en mode sous-cutané ? Ca m’étonnerait ! Il est peut-être tout simplement timide ?

- Ou homosexuel ? Beaucoup de gauchers contrariés le sont. Ils sont souvent pris comme tête de turc à l’école et après ils ont bien du mal à annoncer leur homosexualité à leurs parents, surtout s’ils détestent leur belle-mère comme Cendrillon ou Blanche-Neige !

- Ecoutez Charlène… Vous me semblez être une jeune femme intelligente, saine , bien pourvue et bien sensée, même si votre histoire de Désir avec une majuscule et de désir avec une minuscule perspective de concrétisation ou de jouissance est un peu confuse. Je pense pour ma part que ce n’est pas à vous de venir vous allonger ici pour me faire part de vos problèmes .

- Qui doit le faire, alors, docteur ?

- Saint-Georges, bien sûr ! Et je crois qu’il me faudrait plus de 99 séances pour guérir ce complexé.

- Vous ne pourrez pas l’avoir comme client : il s’est barré ! Il est reparti pour Rome il y a une heure.

- Mais vous, qu’allez-vous faire ? Que voulez-vous que je fasse pour vous aider sinon vous inciter à faire une croix sur votre Chrétien ? Un type comme ça vous aurait fait souffrir le martyre !

- Mais c’est que je l’aime !

- Alors élancez-vous à sa suite ! Rattrapez-le, mettez-le en prison, martyrisez le vous-même ! Même si je doute que ce soit là la bonne solution.

- Vous feriez quoi, alors, vous, à ma place ?

- J’écrirais le récit de mon amour impossible pour cet homme qui a embrassé la religion et plus si affinités. J’ai déjà le titre du livre : « Veuve à trente ans ! ». Avec le nom que vous portez, ça se vendrait très bien. Il y a là un best-seller potentiel !

- Mais…

- Revenez la semaine prochaine si vous voulez, la séance est terminé. C’est mille dirams. En liquide, s’il vous plaît.

***

La psychanalyste fait entrer le client n° 2.

- Allongez-vous sur le divan, jeune homme ! Dites-moi ce qui ne va pas. Comment ça ne va pas bien aujourd’hui ?

2122-05 Jean-Paul - La fille du professeur

- Je m’appelle Claude Halmos. Je suis la fille de mon prof.

- Vous voulez dire « le fils » de mon prof ?

- Non, non, je veux bien dire et répéter : « Je suis la fille de mon prof »

- Votre père est professeur ?

- Pas du tout, il est coiffeur pour dames.

- Vous avez visiblement un problème d’identité, Claude ! C’est sans doute dû au fait que vous portez un prénom épicène ?

- Epi… quoi ? Et pis quoi encore ?

- Un prénom épicène, comme Claude, Camille ou Dominique, peut-être porté par un garçon comme par une fille.

- Ca n’a rien à voir avec Eléonore, ce que vous racontez !

- Nous y voilà ! Qui est cette Eléonore ? Si vous pouviez entrer dans le vif du sujet au lieu de faire de la résistance en jouant sur les mots ou sur les maux ?

- Si je pouvais entrer dans le vif du sujet je serais le plus heureux des hommes et je n’aurais pas besoin de venir vous consulter !

- Alors cette Eléonore, qui est-ce ?

- C’est la fille de mon prof !

- ???

- Je la suis partout. Je la prends en filature, je suis l’ombre de son ombre, je suis attaché à ses pas, abonné à sa chaîne Youtube, son fil Twitter, son compte Instagram…

- Vous l’aimez ?

- Oui, follement !

- Eh bien… faites-lui des avances !

- Je ne peux pas ! Quand on suit quelqu’un partout on est toujours derrière. Elle ne nous regarde pas, ne nous voit pas, ne peut pas nous voir !

- Eh bien, cessez de la suivre ! Et prenez une autre route pour la croiser, comme ça vous lui ferez face au lieu de regarder ses fesses, effacé, et de vous affaisser davantage.

- Je ne peux pas !

- Pourquoi ?

- Je suis pressé. Je n’ai pas le temps. Je dois décrocher mon bac : quand je ne suis pas la fille de mon prof je suis les cours de son père.

- Faire cours, suivre des cours, faire la cour… Faisons court : ce sera cent euros. Et revenez... quand vous aurez le temps !

***

2122-05 Jean-Paul - L'Evangile au risque de la psychanalyseLa psychanalyste fait entrer le client n° 3 mais elle reste bouche bée, estomaquée. Le client n° 3 n’est autre que Jésus-Christ en personne, descendu de la croix avec ses stigmates et, visiblement complètement ressuscité.

D’autorité, il s’allonge sur le divan et déclare :

- Je viens de découvrir que mon père n’est pas mon père !

La psy se retient de déclarer « Je sais ce dont vous souffrez. Ça s’appelle le syndrome de Luke Skywalker » mais comme il y a des gens ici qui ne connaissent pas encore la saga de Star wars et que Jésus doit en faire partie, elle se tait et s’endort. Sur des problèmes de paternité comme celui-là, il est, de toute façon, difficile de se faire une religion.

 

Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le 5 septembre 2021

d'après la consigne d'écriture 2122-05 ci-dessous.

27 février 2021

99 DRAGONS : EXERCICES DE STYLE. 63, Volubile

METTRE LE D.J. EN RIDEAU

Albrecht Dürer - Saint-Georges à cheval tuant le dragon 2

- Alors comme ça c’est vous le représentant de l’ordre public ? Eh bien dites donc vous en avez mis du temps pour arriver ! Vous faites partie des carabiniers d’Offenbach ou quoi ? Je suis enchanté de faire votre connaissance, Messire de La Croix rouge. Vous avez une bien belle épée, un bien bel écu mais la fatigue de votre haridelle laisse à penser qu’on est allé vous chercher un peu loin. Ne seriez-vous pas, par hasard, un mercenaire étranger ? Ceci expliquerait cela. De fait il ne fallait pas vous déranger pour si peu. A mon humble avis vous avez fait ce long voyage pour des prunes. Si vous voulez on va reconsidérer la situation. Elle n’a rien d’exceptionnel. Il se trouve, voyez-vous, que le Dieu que vous servez m’a créé carnivore ainsi que vous et que, tout bien considéré, du fait de ma grande taille, de mon surpoids, de mon système de cuisson intégré au palais, je puis paraître terrifiant au commun des mortels, voire vorace à outrance. Mais quoi ! Un mouton par jour, ça équivaut à quoi à votre échelle ? Un plat de lentilles pour Esaü ! Le pain béni du repas quotidien ! Notez de plus que je ne reproche rien à ces pauvres ovins. Je pourrais, tel un loup, et je vous rappelle que l’homme est un loup pour l’homme, reprocher à l’agneau de troubler mon breuvage ou me jeter avec méchanceté sur la chèvre de M. Seguin. Eh bien pas du tout ! Ça me chagrine même de mettre fin à l’existence de ces pauvres bêtes. Mais quoi, il faut être raisonnable. Si le monde entier devenait végétarien par exemple les espèces animales n’en prolifèreraient pas moins ! Vous seriez très vite encombrés par les sangliers bretons, les chats sauvages, les chaussettes noires, les chiens errants, les vaches sacrées, les bœufs, les moutons à cinq pattes, les canards boiteux, les poulets ripoux, les ânes bâtés, les pangolins, les chauves-souris, les virus couronnés, les cochons de payants, les truies qui filent, les requins de la finance, les chevaux de retour et tous ces drôles de zèbres que votre Créateur a lâchés dans la nature ! Tout de même, vous serez d’accord avec moi : un peu d’ordre et d’équilibre s’imposent. Et puis, voyez-vous, j’ai quand même l’impression que le problème n’est pas tout à fait là. Si j’étais un dinosaure herbivore ou un Martien tout juste débarqué de sa soucoupe volante, eh bien, je vais vous dire, on aurait quand même fait appel à vous ! J’ai comme l’impression qu’ils n’aiment pas beaucoup les étrangers par ici. Alors moi du coup, en tant que vagabond, pas du coin, manouche, saltimbanque et cracheur de feu, je coche toutes les cases. On ne dira jamais assez les méfaits de la sédentarisation. Déjà qu’ils ne parlent plus le même langage les uns et les autres, ils sont toujours en conflit pour l’appropriation des richesses du sol et du sous-sol. Et pourtant la culture, plus que le remplacement de la forêt par des plantations d’huile de palme ou par la construction de bateaux qui vont faire du commerce triangulaire, ça consiste bien en une ouverture aux autres, non, en une curiosité, en un dialogue permanent ? Enrichissez-vous, certes, mais surtout apprenez à vous aimer les uns les autres ! Nous avons la chance de vivre dans une époque prospère : l’abondance des ressources de la planète permettrait que chacun mange à sa faim, se déplace ciomme il le souhaite pour ses loisirs et développe en lui le petit Mozart qu’il a forcément. Alors pourquoi confiner les uns et les autres dans des tâches rébarbatives ? Au profit de qui et dans quel but ? Pourquoi ne pas songer plus à l’égalité, à la fraternité, à la liberté ?

DDS 652 Volubilis
C’est à ce moment-là du discours que Saint-Georges a coupé la parole et la tête au dragon. Le sang du monstre s’est répandu sur le sol et comme par miracle on a vu pousser instantanément de jolies fleurs bleues de la famille des Convolvulaceae, principalement dans le genre Ipomoea, plus communément appelées volubilis. Puis le chevalier s’est remis en selle et a éperonné son cheval blanc, lequel n’a pas tardé à prendre la parole.

DDS 652 Lucky-luke-jolly-jumper-ne-repond-plus-9782884713702_0- En même temps, c’est pas faux, ce que racontait ce dragon ! Je me mets à sa place ! Ça ne me plaîrait pas vraiment qu’on vienne faire du foin ou me brouiller l’écoute à propos de ma nourriture ! Après tout, on ne fait qu’assumer une fonction de combustion, d’absorption d’énergie pour assurer notre survie. Bien sûr qu’il ne faut pas vivre pour manger mais il faut manger pour vivre ! Quant au mouton, à la brebis ou à l’agneau qu’il dérobe aux agriculteurs ou plutôt aux éleveurs, enfin bon aux deux en un puisque bien souvent ils cumulent les emplois, c’est un peu comme le renard dans le poulailler. C’est la nature certes, mais si on y réfléchit bien, c’est le mot « poulailler » qui pose problème. En quoi une poule, une vache ou un cochon ont-ils vocation à devenir la propriété d’autrui ? Et quand je dis autrui, bien sûr je pense aux hommes ! Je ne pense pas être un mauvais cheval mais vous avez quand même, outre une propension assez nombrilique, un sacré culot à vous accaparer tout ce qui se trouve sur cette planète, y compris les êtres vivants, et vous allez même jusqu’à réduire vos pareils en esclavage ! Si mes renseignements sont exacts, et justement ce ne sont pas des fake news, je n’ai pas d’œillères, je m’en remets à ce que j’ai vu de mes propres yeux, le marché aux esclaves, à Rome, ça existe bel et bien et un mercenaire, ça s’achète comme le reste…

C’est à ce moment-là que Saint-Georges a coupé la parole et la tête à son cheval. Il est rentré à pied de cette mission-là mais cette marche silencieuse lui a fait des vacances. C’est un peu, toutes proportions gardées, comme quand on éteint Olivia Gesbert, qu’on coupe le sifflet à Adèle Van Reetha-Kouchovski ou qu’on fait cesser le bagou d’Ali Badou sur France-Culture ou qu’on zappe d’autres baratineurs de la télé pour se mettre à table en vue de déguster une bonne côtelette d’agneau.

Ou lorsque, dans le bush australien, cesse le son du didgeridoo et que le kangourou remet dans sa poche ventrale ses gants de boxe rouges, cadeau de Georges Carpentier ou de Mohamed Ali, il ne se souvient plus très bien. A force de se prendre des coups dans la gueule, on a la mémoire qui flanche.

DDS 652 gotlib_kangourou18

 

 

Ecrit pour le Défi du samedi n° 652 d'après cette consigne : didgeridoo.

20 novembre 2020

99 DRAGONS : EXERCICES DE STYLE. 62, Zoologique

C'est pour ainsi dire l'histoire du renard dans le poulailler. Une fois ça va. Deux fois passe encore. Trois fois, bonjour les dégâts ! Alors il faut savoir dire «zébu, zé pus soif ! ». 

On finit donc par aller trouver les poulets. A la campagne les poulets sont des pandores mais c'est un peu la même boîte tout ça. Des geais qui se parent des plumes d’un paon !

AEV 2021-08 Jean-Paul - mathurinjpg

Et donc quand le père Mathurin a vu débouler le dragon dans son pré comme un chien dans un jeu de quilles il n'a fait ni une ni deux. Il est allé toquer à la porte du château qui était à l'époque, en quelque sorte, le siège de la maréchaussée (de poulaines).

- Encore vous, le père Mathurin ? a demandé le grand chambellan Œil-de lynx. Pour quelles raisons venez-vous nous brouter l'air aujourd'hui ? La mère Michel a perdu son chat ? Vous avez égaré un de vos moutons dans le troupeau du père Panurge ?

Bien qu'il fût borgne suite à un accident de chasse au perdreau de l'année, Œil-de-Lynx n'en était pas un. Plutôt du genre vieux singe à qui l’on n’apprend pas à faire des grimaces, il était très roué et du coup fort doué pour faire barrage aux récriminations du bas peuple. Il n'achetait jamais rien chat en poche mais ce n'était pas un mauvais cheval non plus.

- Cette fois-ci, préambula le père Mathurin, vous n'allez pas noyer le poisson en passant du coq à l’âne. C’est du lourd. La sécurité du royaume est en jeu ! Va falloir prendre le taureau par les cornes alors même qu'il n’en a pas. C'est un dragon qui cause comme vous et moi et qui a commencé à me boulotter mes brebis. Une par jour pour son déjeuner. Je ne vais pas le soigner comme un coq en pâte ce cochon-là : vous allez m'en débarrasser. Vous êtes priés d'alerter Sa Majesté et ses joyeux loustics qu'ils ont à se manier le popotin.

***

- Majesté il nous arrive un coup vache. Un dragon racketteur. Va falloir envoyer les bœufs-carottes chez vos argousins sinon on va se faire pigeonner par ce zigue !

Contrairement à ce qu’on raconte ici et là, notamment dans «99 dragons : exercices de style», le petit roi qu’on avait surnommé «le roitelet» à cause de sa taille n’était pas un serin. Pas un aigle pour autant sinon il aurait laissé son nom dans l’histoire comme Napoléon avant qu’il ne fût vaincu par sa conquête.

- Tu sais bien, Œil-de-Lynx, que mes chevaliers sont des poules mouillées. Ce n’est plus une cour, ici, c’est une basse-cour. Tous ces blaireaux sont des forts en gueule. Mais on ne va pas faire l’autruche et mettre sa tête dans le sable : quand il s’agit d’aller au charbon il n’y a plus personne.

200708 Nikon 063

Dans la salle du trône où se tenait se conciliabule on entendit soudain la princesse Georgette et sa cousine Suzanne qui jouaient aux échecs rire comme des baleines. 

- Appelons un chat un chat, Papa. Vous tournez en bourrique pour pas grand-chose ! Vous en devenez chèvre ! Affronter un dragon, excusez du peu si nos manières vous semblent cavalières, mais ce n’est quand même pas la mort du petit cheval. Cessez de verser des larmes de crocodile en avalant vos couleuvres. Au premier chant du coq je puis, demain matin, faire interpréter son chant du cygne à ce bâfreur qui vient se tailler la part du lion chez nous.

- Toi ma fille ? Comment feras-tu, ma jolie Poulette ?

- J’ai mon plan. Un peu d’exercice me fera du bien car on s’ennuie comme des rates mortes, confinées dans ce château où il fait un froid de canard mais je connais des moyens pas piqués des hannetons pour venir à bout d’un tel adversaire !

- Qu’en pensez-vous, chambellan ?

- Sire, il ne convient pas de tuer la poule aux œufs d’or quand on a le bonheur d’en posséder une. Votre fille est tout sauf une oie blanche, elle est plutôt fine mouche même. A part faire appel à des mercenaires, nous n’avons plus d’autre solution que de nous en remettre à son initiative imprévue.

***

AEV 2021-08 Jean-Paul dragon

Cet acquiescement ne se termina pas en bouillie pour les chats. La princesse avait du chien et le lendemain matin, tout son équipage s’en vint auprès de la bête proposer à celle-ci un combat singulier.

- Dragon ! l’alpagua-t-elle. Ceci n’est pas un boniment à la graisse de chevaux de bois. Tu n’es pas un âne bâté. Tu sais quel sort les chevaliers de la Chrétienté réservent à ceux de ta race. En général ils terminent embrochés par une épée magique et s’il en venait un ici, de ces preux belliqueux, il ne te resterait que tes yeux de merlan frit pour pleurer, défrisé, la fin de tes galipettes parties en bigoudi. Ici nous sommes un pays de civilisés et nous croyons à l’intelligence des animaux. Aimes-tu le jeu ?

- C’est quoi encore ce miroir aux alouettes ? Il y a anguille sous roche ? Vous allez me proposer de jouer au cul de chouette ou à un jeu du pays de Galles où l’on relance de quinze avec des haricots ?

- Connais-tu le roi des jeux ? Celui aux destinées duquel préside la déesse Caïssa ?

- Je n’ai jamais été copain comme cochon avec la duchesse de Guermantes ni avec ces dames de la haute, si c’est ce que tu veux dire, mais par contre, les échecs, oui, je sais y jouer. J’adore ça, même !

- Alors voilà. Je te propose que nous jouions une partie. Si tu la gagnes, je m’offre en sacrifice et tu auras le droit de me dévorer ou plus si affinités.

- C’est tout vu, ma mignonne. Je crois que tu vas passer à la casserole !

- Si c’est moi qui gagne, tu prends tes cliques et tes claques et ni toi ni plus un seul de tes pareils ne remettra jamais les pieds chez nous.

- Laisse pisser le mérinos, beauté ! J’accepte le marché. Cache donc un pion blanc et un pion noir dans tes menottes. Que je sache… Oh et puis non, tiens ! Moi aussi je sais être magnanime. Prends les blancs ! Je vais te laminer !

- Ne vends pas la peau de l’ourse avant de l’avoir tuée !

AEV 2021-08 Jean-Paul - joueuse

On installa les pièces et la partie commença. Ce fut une défense sicilienne (1.e4 c5) et la variante jouée par le dragon resta si bien dans les annales qu’elle porte encore son nom de nos jours.

Au bout de quelques coups on le vit qui soufflait devant la résistance imprévue de son adversaire. Il se demandait si c’était du lard ou du cochon, ou du flan son grand roque et son avancée du pion h. La donzelle avait-elle une araignée au plafond ? En attendant ça tournait, ça tournait dans sa tête comme un écureuil dans sa cage. Sa piètre position finit par lui flanquer le bourdon. Bientôt la stratégie blanche fit mouche et il abandonna sportivement en voyant venir l’échec et mat.

- Gens una sumus, déclara-t-il, ce qui signifiait « Je n’ai qu’une parole et mes pareils et moi-même ne reviendrons plus traîner nos guêtres dans ce pays où règne le merle blanc et où j’ai rencontré le bel oiseau rare que vous êtes. ».

Ce sur quoi il prit ses cliques et ses claques et disparut à jamais tandis que la princesse retournait triomphante en son bel équipage peigner la girafe au castel.

- Bravo, Georgette ! la complimenta cousine Suzanne.

- Aucun mérite. J’ai une mémoire d’éléphant et le coup du « ouvrir la colonne « h », sacrifice, sacrifice... mat ! » c’est Bobi le petit pêcheur avec qui je joue très souvent qui me l’a appris !

***

- Mais alors, oh !? A quoi je sers, moi, ici !

- Toi, chevalier Saint-Georges ? Va-t-en prier la Vierge Marie avec les grenouilles de bénitier de ton quartier ! Dans cette version-ci, on–t-en prie, Feydeau do ! Ca aurait dû te mettre la puce à l’oreille, une môme Crevette qui s’appelle Georgette : tu es le dindon de la farce !




Pondu pour l'Atelier de Villejean 2021-08 du mardi 17 novembre 2020


d'après la consigne ci-dessous.

3 octobre 2020

99 DRAGONS : EXERCICES DE STYLE. 61, Récit de rêve

Saint-georges par Baden Powell (communiqué par Baden Powell le 27-09-2020) 127705243

Ah la la ! Quel imbroglio ! Je me suis réveillé ce matin dans un état proche de l’Ohio ! Quelle belle série de rêves idiots !

Primo, j’étais attelé à un chariot et j’allais dire des fabliaux à la Taverne d’Attilio – où était-ce le Don Camillo ? – pour un public de gens spéciaux, drôles de zoziaux par trop joviaux tous venus de Bonifacio ou d’Ajaccio où souffle ce vent de folie qu’on appelle le Libeccio. On me dételait du chariot, on me poussait sur les tréteaux et mon impresario me lançait depuis les coulisses :

- Vas-y ! Chante leur « O sole mio » ! Tu enchaîneras ensuite avec « Si tu vas à Rio » de Dario Moreno puis « Le petit joueur de flutiau » de Brassens.

J’étais tétanisé, sans voix, agonisant, bon pour un passage en cardio. Il est vrai que les dragons ne chantent pas ce genre d’airs familiaux que l’on entend à la radio ou qu’on joue sur l’autoradio. Ils n’ont pas la voix d’un loriot ni celle de Don Juan Tenorio. Je n’ai rien d’un griot et s’il me fallait un jour fréquenter la musique, je préférerais de loin l’adagio d’Albinoni ou le Juditha triumphans, ce bel oratorio de Vivaldi, voire les Capriccios de Paganini.

Bref je restais muet devant le micro et les Corses, peu conviviaux au naturel, devinrent bientôt antisociaux voire triviaux puis vipériaux, me balançant des noms d’oiseaux et des glaviots. Le calme s’en revint lorsque j’ouvris la gueule et que d’une flamme puissante je mis le feu à tout le patio ! Houla ! Comme ils sont redevenus cordiaux ! Seulement, la tronche du proprio !

Ayant fait place clarinette je jouai alors le trio des quilles de Mozart et des flûtes pour aller dans des lieux plus enchantés.

Deuzio, rêve encore plus dingo : au bout du viaduc de Millau je rencontre un autre barjo avec des habits ecclésiaux, des affûtiaux de nobliau, monté sur un bidet tout blanc et ses grands chevaux qui me demande mes fafiots (si vous n’avez pas votre Gaffiot, je vous traduis : les fafiots ce sont les papiers).

Il me questionne :

- D’où c’est que vous venez ?

- De la station Campo–Formio, c’est direct avec le métro !

- Où qu’vous allez ?

- C’te question ! A Mogadiscio, San-Antonio, en Ontario ou aux pays équatoriaux ! A Quimper, aux faïences Henriot ou à Baguio 78 voir jouer Tolia Carpovio contre Victor Kotchnio !

- D’après ce que j’vois d’écrit ici, vous vous appelez Marcel Petiot ? qu’il continue, le Fantasio.

- Jamais d’la vie ! C’est quoi, ce nouveau scénario ? Tu vois bien qu’je suis un bestiau ! J’m’appelle Elliott ou Emilio, je suis de la classe des marsupiaux et champion de France des arts martiaux. Et toi, t’es qui, Super Mario ?

Le maigriot, sur ses ergots, prend des airs inquisitoriaux, aérospatiaux, comme Blériot chez Latécoère, et manche à balai dans le derrière, mordant comme un chiot en colère, d’humeur guerrière, décline son identité :

- Tout le monde m’appelle San Giorgio. J’suis c’qu’ on appelle un estradiot ou un stradiot, un éclaireur qui vend du bio aux provinciaux. J’ suis envoyé par le daïmio pour retrouver le salopiot qui boulotte toutes les côtes d’agneau et qui a foutu l’feu au studio ! Numérote tes abbatiaux ! Prépare ta tête pour le billot, docteur Petiot !

Voilà-t-y pas que ce salopiot m’balance un chtard dans les tuyaux ! Oh la la ! Ca va être sa fête ! J’vais lui réclamer des agios, au loupiot ! Tu vas voir, tristesse d’Olympio, qu’t’eusses mieux fait d’choper la polio ! J’vais t’soigner ton compère-Loriot ! J’vais t’transformer en carpaccio ! En atriaux, eh, Pieds nickelés !

Y eut-il massacre à l’île de Scio ? Si le viaduc était un bateau, lequel des deux chut du rafiot ? Se battit-on (Oh chou ! Ma chère !) avec brio ?. (Oui je sais Battiston-Schumacher, c’est nul, mais, à contrario, c’était aussi dans le rêve !). Je ne sais plus : c’est à ce moment-là que je me suis réveillé pour aller pisser.

Tertio : une fois que j’ai eu replongé, je me suis retrouvé dans le bus n° 11 dans une ville nommée Rennes avec un masque sur le visage et je lisais un in-folio sur le catalogage des fonds patrimoniaux. Il y avait plus loin une fille en robe rose, masquée elle aussi, qui appuyait sur le bitoniot pour demander l’arrêt du char à la station Charles Géniaux. Je l’ai bien reconnue la fille ! Elle s’appelait Isaure Chassériau. C’était la belle-fille du député Guyot-Desfontaines ! Mais après elle a disparu et j’ai fini ma nuit tranquille en censurant tout le restant du matériau.

***

Bon, c’est pas le tout ça. Qu’est-ce que j’ai sur mon agenda aujourd’hui ? Ah oui. « Aller bouffer des brebis en Libye ». Pourvu que je ne tombe pas là-bas sur un de ces frappadingues adverbiaux d’ces bas du Front Police à Rio !

St-Georges patron de Cacéres par Walrus 127705049

Illustrations aimablement fournies par notre bien-aimé oncle Walrus
que je remercie de son soutien à l'entreprise Nonante-neuf !


Ecrit pour le Défi du samedi n° 631 d'après cette consigne : Imbroglio.

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27 décembre 2019

99 DRAGONS : EXERCICES DE STYLE. 52, Accumulation

99 dragons Adrienne 18-07-18 (42) Bode museum Berlin réduit

A-t-on jamais vu dragon plus hideux, plus affreux, plus pouilleux, plus squameux, plus miteux, plus visqueux que cet animal-là ? Tout écailleux et scrofuleux, du pus aux yeux, les pieds boueux, les genoux cagneux, le nez morveux crachant du feu, le vrai calamiteux, hargneux, envieux, vicieux et tortueux venant jouer les fâcheux chez nos gueux en bousculant les pieux qui entourent leurs prés pour s’emparer de leurs brebis et les rendre nécessiteux ? Ah mes aïeux ! Quelle plaie des Dieux !

Et que dire de ces chevaliers paresseux, vaniteux, adipeux, gras du cheveu, baronnets sans cachet lanceurs de cochonnet ou joueurs de croquet, piliers de mastroquet à Vezin le Coquet, authentiques paltoquets qui chopent le hoquet et rabattent leur caquet ou jouent au freluquet dès lors qu’on leur demande de jouer du mousquet histoire d’accommoder avec un saupiquet la bête pleine de toupet venue battre briquet à l’abri des bosquets ? Quel nom donner en vérité à ces insatiables arsouilles, amateurs de bistouille et de carabistouilles, tristes faiseurs d’embrouilles, à l’âme noire de houille, mollusques de la nouille, le courage en pattemouille façon pluvieux Gribouille, fierté barrée en quenouillle, gloires couvertes de rouille, détestables fripouilles, roi de la tripatouille, épateurs de galerie La Farfouille, grands dépendeurs d’andouilles, aventuriers sans couilles, intrépides impétrants de la grande gidouille de Saint-Pé-sur-Nivelle comme le chien à Jean de, soudain pétris de trouille à l’idée de changer cette infâme gargouille en mortelle dépouille ?

Que penser de ce roi archi-vieux, gâteux, bilieux, anxieux, consciencieux, sourcilleux et malchanceux à qui mieux-mieux, entouré de nombreux maffieux séditieux, mielleux ou obséquieux, véreux et présomptueux mais qui pour l’heure s’avèrent piteux, peu belliqueux et pas qu’un peu mon neveu ?

Et de ce problème épineux qui le rend nerveux, lui donne le teint cireux et lui fait l’œil vitreux lorsque l’autre monstrueux insidieux, le cracheur de feu dégueu, vaseux et bouseux s’en vient jouer les incestueux et réclame scabreux, plutôt que des brebis, une amoureuse humaine ? Ô vicieux délictueux et spongieux ! Fesse-Mathieu fangeux ! Camembert plâtreux ! Monstre pelucheux et nauséeux ! Moyenâgeux fielleux et comateux !

Et le Sort, en premier, ce rebouteux factieux, taiseux et facétieux, qui désigne, ô l’odieux, sa propre fille, la délicieuse, gracieuse, joyeuse, faramineuse, majestueuse, bienheureuse, malicieuse, affectueuse et merveilleuse princesse Yseult étincelante de mille feux ! N’est-ce pas scandaleux, Scrongneugneu ? Un scénario douteux, des rebondissements curieux, un pitch un rien filandreux sans doute pondus en une nuit par ces petits merdeux de crapuleux de ma strotje ! *

Mais cessons d’être coléreux et injurieux !

Pour compenser ce tableau noir il nous faut positivopropposer un héros véritable. Nous l’appellerons Saint-Georges. Il sera valeureux, courageux, amiteux et très pieux, ambitieux, audacieux, prodigieux, vigoureux, fougueux, ingénieux, talentueux, et que cela leur plaise ou non, aux cieux, il sera le dernier de ces preux héroïques pareils aux demi-dieux dont nous chanterons les louanges en 99 exemplaires ! C’est que, voyez-vous, on n’a pas que ça à faire, nous, palsambleu !

Le combat fut très bref. Sous les coups de boutoir du héros qui l’assaillit, qui l’estoqua, qui l’entama, qui l’entailla, qui l’assomma, qui l’estourbit, qui la trancha, la taillada , la dépeça, la découpa, la démolit, la dézingua, la dessouda, la défonça, la malmena, la tronçonna, la charcuta, la fit charpie, la bête s’affaissa, s’abattit, s’écroula, s’étala, s’épandit, geignit, agonisa, soupira, maugréa, s’éteignit, trépassa l’arme à gauche

Son sang coula toute la nuit.
Il en naquit une rose et Saint-Georges s’en alla.
Nous aussi, vers d’autres aventures de cow-boy solitaire.

N.B. La Photographie nous a été ramenée de Berlin et offerte par Dame Adrienne. Merci à elle.

* Clin d'oeil à madame Chapeau

30 août 2019

99 DRAGONS : EXERCICES DE STYLE. 50, Style cocasse

Bien le bonjour, joyeux lecteurs de la chanson de Ricochet ! C’est la toile de Pénélope ici ! On tapisse, on retapisse, on détapisse partout, même dans les toilettes ! Ca a beau être pareil, ça n’est jamais la même chose, ce mythe qui nous vient tout droit des neiges d’antan ! Et tant pis donc si en passant je donne un soufflet à Ronsard ou mets ce bon Vaugelas en pièces !

***

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Ca aurait pu se passer à Dache, à Chquoufougnouze ou à Saint-Profond-du-Lointain. A Perpète-les-Bains, à Pampérigouste ou à Saint-Pisse-qu’en-Coin. Mais non, c’est bien à Trillebardou, chez Jean Guillemette, que le dragon a fait son apparition. C’était un glouton mémorable, du genre qui avale la rue des Lombards.

- Mais quand t’arrêteras-tu de boulotter mon troupeau ? demanda le paysan.

- Mardi s’il fait chaud ! répondit le dragon ! A la venue des coquecigrues ! A la Saint-Glinglin !

Comme les paysans du coin n’étaient pas du genre à jeter les épaules de mouton toutes rôties par les fenêtres, ils appelèrent à l’aide.

- Sire, sire, il a plu sur notre mercerie !

***

Le monarque demanda à ses chevaliers d’aller faire sa fête à ce bestiau bariolé comme la chandelle des rois mais il trouva face à lui des visages de bois.

Ces vassaux-là se croyaient sortis de la côte de Charlemagne mais ils n’étaient en vérité que des carabins de la comète qui, éternellement, tranchaient de l’éléphant sans jamais quitter la table ronde où la chère était si bonne. Bref ils se chauffaient à l’espagnole et se caressaient l’angoulême, ces rodomonts, ces Ramasse-ton-bras, ces dépuceleurs de nourrices !

Ils lui répondirent «Niet !».

***

Ce bon roi était franc comme l’osier et dans cette situation où il apparaissait roulé comme un soleil d’hiver, il lâcha la bonde :

- Jamais je ne fus tant étourdi du bateau ! Ah je suis bien entouré ! Des vendeurs d’épinards sauvages ! Des « Prend-à-gauche toute ! L’autre gauche ! » Des goulafres ! Mais je n’irai pas à travers choux pour ma part. Pas de ça Lisette ! Pas question de jouer de l’épée à deux talons, de faire un trou à la lune ! Je vais la prendre avec les dents !

Il s’en alla trouver le dépanneur du coin, un nommé Larchevêque. Il tenait boutique à l’enseigne de « Crois Robert, c’est un expert ! »

Après avoir encaissé une palanquée de « Tranquille Emile, c’est trop facile », de « A l’aise Blaise on t’le dépèce » et de « Cool Raoul j’lâche le pitbull » le souverain eut droit à sa solution miracle : « Laissez faire Georges, c’est un homme d’âge ! ».

Et de fait Larchevêque semblait de taille à tirer de l’huile d’un mur.

***

Il nous faut faire à présent un détour par les appartements de la princesse.

- Il y a de l’oignon ! s’énervait-elle.

La princesse était toute épaplourdie. Que dans cette version-ci aussi on passât sous silence les exigences sexuelles de la bête, cela l’avait ébarnouflée puis lui avait mis le cœur sur les lèvres. Mais comme à cette époque-là on demandait aux filles de garder les manteaux ou de compter les clous d’une porte, que pouvait-elle faire d’autre que bâtir des châteaux en Asie, rêver d’un hashtag #Superwomanbatledragon, se pimprelocher devant le miroir et rêver qu’un bel homme vînt lui déclamer : « Ma mignonne, ma mie, ma tendrette, ma braguette, ma savate, ma pantoufle …» tandis que les ans filaient ?

***

Et donc Larchevêque envoya Georges pour faire rendre gorge au souffleur de la forge.

Le chevalier Georges avait la mine renfrognée d’un soupe-tout-seul, la tête d’un vendeur de vache foireuse : il ne riait jamais.

Il était logé chez Guillot le songeur. Pour un peu c’eût pu être aux petites maisons, c’est à dire qu’il avait un grain, des visions, des rêves. Mais comme il avait la force virile et la science des armes de poing, il était devenu mercenaire mystique, ce qui lui permettait de concilier ses deux extrêmes et d’avoir un rôle social à jouer dans les récits d’édification religieuse de l’époque.

Il avait donc été recruté par un endormeur de mulots de la Sainte Eglise et de la pire espèce, un grand architecte de fourbes qui prenait des airs penchés. Depuis il voyait vaches noires en bois brûlé ! Il avait ses rats, ses hannetons sous le chapeau, qui lui faisaient croire qu’à force de combattre l’hérétique de façon hiératique il deviendrait saint !

Le combat eut lieu et il fut tout sauf silencieux :

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- Tu ne fais que de l’eau claire, mon joli !
- Tu prends ton nez pour tes fesses !
- Je te promets que tu vas rire du bout des dents et même ne plus rire du tout d’ici peu !
- Tu chantes Guillemette, jeune homme !
- Ris t’en Jean ! On t’frit des œufs !
- Ferme ta boîte à camembert ! Tu l’ouvriras pour le dessert !
- Sur quelle herbe as-tu marché ?
- Tiens prends ce cataplasme de Venise ! Et une giroflée à cinq doigts, une !
- Garde ton onguent de miton-mitaine ! Tu me canules !
- Adieu la voiture ! Patatras Monsieur de Nevers ! Passez muscade ! Va te coucher, Basile, tu sens la fièvre !
- Ah qu’est-ce qui se passe ? Le marchand de sable est passé ! Le petit bonhomme me prend ! Je m’endors ! Je me meurs ! Tu vas me le payer Aglaé ! Je n’ai plus d’encre au cornet ! Je vois des anges violets !

Bourouloulou ! Quel choc ! Quelle tempête quand le chevalier frappe la bête avec la clé de l’autre monde, son épée Ascalon ! Et bientôt, c’est cuit de jeudi pour l’animal à quatre pattes !

- Nous mangerons du boudin, la grosse bête est par terre ! O notre bon roi, le dirons-je ? Ca fait hideur quand on y songe !

***

Il est bien évident que dans cette version-ci la rose qui naquit dans le sang du dragon fut de la variété « Cuisse de nymphe émue » !

Cela ne donna pas pour autant l’idée au bon chevalier Georges d’aller désennuyer la petite princesse. Enfin, bon, les personnages font ce qu’ils veulent ! Comme on disait jadis, les volontés sont libres !

Kiki carabi mon histoire est finie pour aujourd’hui !

Inspiré par le très recommandable livre de dame Catherine Guennec . - A Trillebardou chez Jean Guillemette. - Paris : First editions, 2019.

 

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N.B. La photo de Saint-Georges a été prise dans l'Eglise Saint-Aignan de Chartres en juillet 2019.


Ecrit pour le Défi de samedi n° 574 à partir de cette consigne

(la première photo du billet)

 

 

24 mars 2019

Le Festival Rue des Livres à Rennes le 23 mars 2019 (4)

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Les gens sont fous ! Ils font la queue pour que Laurent Gounelle écrive quelque chose au stylo sur le livre qu'ils viennent d'acheter. Je ne suis pas violent comme mec mais le premier qui écrit quelque chose sur un de mes livres, je lui dédicace la figure !

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La librairie Critic se trouve rue Hoche à Rennes.

190323 265 062
Il y a quelque chose de religieux dans l'amour de la lecture.

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Nous avons enfin fait connaissance avec Dame Tartine en son palais !

3 mars 2019

99 DRAGONS : EXERCICES DE STYLE. 11, Tanka

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Il faut être saint
Pour délivrer un pays
Du joug d'un dragon

Et puis partir vers sa mort
Au lieu d'épouser Princesse.

3 mars 2019

99 DRAGONS : EXERCICES DE STYLE. 13, Fable ornithologique

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Il y avait autrefois, dans la grotte, au Thabor,
Un dragon troglodyte. Il tyrannisait fort
La ville et exigeait, douloureux sacrifice, 
Qu’on lui livrât chaqu’ jour deux cents galettes saucisses.

Pour se débarrasser de ce monstre funeste
On passa une annonce. Un korrigan très leste
S’en vint et proposa d’affronter le démon.
Il entra dans la grotte et il dit au dragon :

- Toi qui sévis dans l’ombre et qui vis dans le noir
N’aurais-tu pas envie de dev’nir une star ?
Je connais le moyen de t’offrir ce destin.
Tu chanteras, si tu le veux, soir et matin.

Les gens t'appelleront le mignon troglodyte ».
Ils paieront pour t’entendre et lâcheront leurs pépites.
Je s’rai l’imprésario, je prendrai quinz’ pour cent,
Tu feras l’Olympia, on aimera ton chant.

- Top’là, dit le dragon ! Etre star ? ca me botte !
- Sitôt dit, sitôt fait, il lui donne la note.
De sa baguett’ magique il en fait un oiseau,
Un mignon troglodyte au chant vraiment très beau.

Braves gens, cette fable a une chute en or :
La star devint célèbre, elle chanta « Milord »,
Elle fut adorée, signa des autographes…
Vous la connaissez tous : C’était Troglodyt’ Piaf !

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