UN CONTE GASTRONOMIQUE BRETON (2)
Un beau jour donc – il était beau ce jour mais beau ! Alors là non, jamais vous ne pourriez imaginer à quel point c’était un beau jour de chez beau jour ! Un beau jour donc, un mendiant vint frapper à la porte du château. A l’époque on disait plutôt « heurter à l’huis ». Cela fit Plonk, Plonk, Plonk et Replonk. On amena le saltimbanque auprès de leurs majestés. Car le roi aimait à se divertir de la variété de ses sujets. Le couple royal recevait tout un chacun à demeure. A la table du banquet, ils laissaient toujours une place pour le pauvre de passage. Car voyez-vous les philistins adorent les oiseux de passage : leurs lamentations ponctuelles et perpétuelles sur leur sort et le bout du zinc ajoutait au bonheur des royales personnes.
Mais le mendiant qui était entré ce jour-là ne se plaignit pas. Il avala sa pitance en silence, trinqua avec les dignitaires de cette haute assemblée. Qu’elle était haute, mais haute, cette assemblée ! Alors là non, jamais vous ne pourriez-vous imaginer à quel point elle culminait ! A la fin du repas, en vue de prendre congé et la direction de la sortie, le mendiant s’approcha du roi et de la reine. Ceux-ci, quelques peu inquiets d’un tel culot, effrayés même de cette initiative à la manque eurent un mouvement de recul instinctif mais ils furent tout ouïe dès que le drôle de bonhomme leur eut dit :
- Je sais quel est votre souci, vos altesses. Il vous faut marier votre fille et tout le monde se rend compte qu’elle est un peu quiche alors même qu’on n’a pas encore inventé la Lorraine. Je vous conseille juste de faire monter les enchères. Promettez aux chevaliers, seigneurs, nobliaux, hobereaux, parvenus, prétendus et prétendants de tout poil que vous donnerez en dot à votre fille l’Anneau papal et la ville d’Avignon. Il faudra pour cela quérir la réponse à cette énigme.".
Il sortit de sa besace un rouleau de parchemin qu’il remit au roi, il fit une révérence et il s’en alla.
Le roi et la reine réfléchirent cette nuit-là. L’anneau papal et la ville d’Avignon, ce n’était pas rien ! En même temps, le pont sur lequel les habitants dansaient était cassé en son milieu et la religion, ni le roi Richard ni la reine Séréna ne s’y étaient jamais vraiment intéressés, pour dire. C’était juste un pouvoir concurrent qui inquisitionnait bien un petit peu par-ci par-là, qui faisait ses petites affaires avec ses petits habits sacerdotaux, qui aimait bien avoir l’air, qui conquistadorait ramener des trésors du pays Inca mais grosso modo, bon an mal an, on vivait en bonne entente avec cette secte qui n’avait pas encore réussi.
Justement, le dernier pape était mort et un nouveau pape était appelé à régner.
UN CONTE GASTRONOMIQUE BRETON (3)
Alors, le lendemain, tous les hérauts du royaume allèrent proclamer ici et là que celui qui trouverait la réponse à la devinette suivante épouserait la princesse et deviendrait pape :
« Monsieur et Madame Saint-Malo-Alanage-C’estcoton ont un fils. Comment s’appelle-t-il ?
Tous les preux du royaume se mirent en quête de la réponse. Certains partirent sur d’improbables jonques, traversèrent les mers, utilisèrent tous les moyens, y compris le prototype du vélo de Richard Virenque pour partir à la poursuite de la réponse. Ils allèrent partout, auprès du mage Carambar, de Maître Jacques de Vannes qui en sortait de bonnes, de la bonne à la Pythie de Delphes. Il faut dire qu’à cette époque, ni Victor Hugo, ni le calembour, la fiente de l’esprit qui vole, n’avaient encore été inventés. Il fallait consulter un spécialiste pour ce genre d’énigmes.
Le temps passa sans que personne ne revînt avec la bonne réponse. La vie heureuse reprit son cours. La reine avec mélancolie refit pousser ses ancolies. Le roi se désola que toutes ces andouilles fussent rentrées bredouilles.
Le temps passa sur les mémoires, on oublia l’événement. Un beau jour, cependant, le roi vint aux cuisines et annonça qu’il y aurait festin le lendemain car c’était le jour anniversaire de la naissance de la princesse.
UN CONTE GASTRONOMIQUE BRETON (4)
C’est ici que nous retrouvons notre petit cuisinier, vous vous souvenez, le laid du début ?
Il avait tellement fait ses preuves dans la cuisine qu’il y était devenu maître pâtissier. On l’appelait Taupe Chiffe à cause de ses yeux de myope et de sa mollesse apparente mais son savoir-faire en matière de génoises, de savarins et de décorum laissait tout le monde baba. Ce fut lui, tout naturellement, qui prépara le gâteau d’anniversaire.
Il était bon, mais bon ce gâteau ! Alors là, non jamais vous ne pourriez imaginer à quel point il était bon ! C’est bien simple : quand la princesse en eut mangé, elle exigea qu’on lui présente l’auteur d’un tel prodige de gourmandise. On alla donc chercher notre héros dans la cuisine et on amena devant la famille royale le cuisinier boutonneux. La princesse sembla ne pas s’apercevoir de sa laideur.
- Comment t’appelles-tu, beau jeune homme et divin maître-queux ?
Et le pâtissier de répondre :
- Ferdinand !
- Bravo ! hurla le roi ! C’est la bonne réponse ! Monsieur et Madame Saint-Malo-Alanage-C’estcoton ont un fils. Comment s’appelle-t-il ? La bonne réponse est « Ferdinand » ! Je te donne la main de ma fille, l’anneau papal et la ville d’Avignon ! »
Alors l’énigme fut finalement résolue et c’est ainsi que Ferdinand devint pape. S’il s’était appelé Libellule ou Papillon, je n’aurais jamais pu écrire cette histoire-là !
Ecrit à l'Atelier d'écriture de Villejean le 15 juin 2015
à partir des neuf cartes ci-dessus
et d'une liste de 27 mots contenant les sons inc, onc ou anc.
Une soirée contes à Corps-Nuds (Ille-et-Vilaine) le 28 février 2015 (1)

J'aime beaucoup cette photo et l'idée de Clarisse de faire des oreilles d'âne sur une photographie prise de dos !
Nous étions samedi soir, après ma prestation avec les B Car (et avec Lucien Rose) à Lucien Rose, à une soirée de contes sur le thème des animaux préparée par des élèves de l'atelier de Xavier Lesèche.
Une soirée contes à Corps-Nuds (Ille-et-Vilaine) le 28 février 2015 (2)

Outre qu'elle me rappelle, par son aspect théâtral et mystérieux, le film "Céline et Julie vont en bateau" de Jacques Rivette, cette scène de présentation de la soirée contes m'a permis de pondre, lors du repas qui a suivi, cette krapoverie incroyable :
"Un bestiaire, c'est là où on se dévarrasse de ses bêtements".
Une soirée contes à Corps-Nuds (Ille-et-Vilaine) le 28 février 2015 (3)
Au moment du finale de cette soirée contes, le type assis au premier rang sort de son étui un ukulélé rose et, pendant les applaudissements il commence à jouer les premiers accords de la chanson "Le p'tit chat" des Ogres de Barback. Les conteurs et conteuses reviennent alors sur scène et l'entament tous en choeur.
Puis c'est au tour des conteurs du cru de venir lire ou déclamer un texte.

C'est ainsi que nous avons pu réentendre, grâce à la petite dame du milieu cette merveille d'une époque presque oubliée :
MODIFICATIONS MINUSCULES A UN CHEF-D'OEUVRE MAJUSCULE
- Tiens, Petit Chaperon rouge, puisque tu n’as rien à faire cet après-midi, ce serait bien que tu ailles rendre visite à ta grand-mère à Saint-Sulpice-la-Forêt. Porte-lui donc ces six galettes et ces saucisses que j’ai achetées ce matin au marché des Lices ! Ca lui rappellera l’époque où elle allait au stade de la route de Lorient voir les matches du Stade Rennais Football Club avec Papy. Si tu veux, tu peux y aller avec mon scooter.
- Avec ton scoot’ ? Alors là je suis toujours prête ! Je finis ma partie et j’y vais tout de suite !
En chemin, au carrefour de la D 97 et de La Foye, le Petit chaperon rouge croise l’heureux loup. Il est là qui trépigne sur place avec son maillot rouge et qui gueule « On est en finale ! On est en finale ! On est, on est, on est en finale !». La jeune fille arrête son scooter et va taper la discute avec l’imbécile heureux.
- Où tu vas, la meuf ?
- Je vais porter des galettes-saucisses à ma grand’mère qui habite 4 allée des Oliviers à Saint-Sulpice-le-Forêt ! Et puis comme elle va me donner de la thune vu que c’est mon anniversaire demain, j’aurai de quoi m’acheter une place pour la finale de la coupe de France ! Rennes–Guingamp au Parc des princes ! Je suis sûre que t'en rêves la nuit !
- Ah t’as trop de la chance ! Tu me dégoûtes, tiens ! C’est pô juste ! Salut la meuf !
Dès que le Chaperon rouge a redémarré, l’heureux loup saute dans sa Renault Twingo, il double le scooter, file tout schuss chez la Mère-Grand, frappe à la porte et se prépare à contrefaire la voix de la fille au bonnet rouge.
- Qui est là ? demande la grand-mère en mettant son œil derrière le judas.
- C'est votre petite-fille, le petit Chaperon rouge qui vous apporte des galettes et des saucisses que ma mère vous envoie. »
La bonne mère-grand qui n’est pas née de la dernière pluie lui répond :
- Transpire la mimolette et la souricette se gavera !
- Comment ?
- Tire sur la languette et l’apéricubette savoureras !
- Je crois que tu te trompes de formulette, Mamy !
- Retire-lui sa nuisette et la Marinette te chérira !
- Qu’est-ce qui se passe ? T’as forcé sur le chouchen aujourd’hui, ou quoi ?
- Dis-lui « Pas de ça Lisette ! » et sois sûr qu’elle le fera !
- M’enfin ! Qu’est-ce qui t’arrive ?
- Colle-lui une étiquette et la lettre s’affranchira !
- Alors là, c’est bien ma chance ! pense le loup. La grand-mère est Alzheimer !
- Shakespeare l’aride Hamlet et puis la tempête suivra !
- Tu t’éloignes, Mamy ! Ca commence par « tire » !
- Tire sur la bandelette et la momie nette s’effondrera !
- C’est un truc pour ouvrir la porte !
- Vire de là ta mobylette et l’escampette suivra !
- C’est quand même malheureux qu’à ton âge tu ne te souviennes déjà plus de tes classiques !
- Tire de ton escopette et l’alouette débusqueras !
- E' va me rende folle, la vieille !
- Tire sur ton épuisette et l’ablette ramèneras !
- Ca fait trop penser au sketch du plombier de Fernand Raynaud, ce gag, même si je n'ai pas l'âge d'avoir connu c'truc-là !
- Fais tomber la p’tite lingette et la sanisette broiera !
- Bon ça suffit comme ça, j’me casse ! Tant pis pour le billet de la finale !
- Je crois que j’ai perdu la clé, Chaperon, mais l’échelle est dressée sur le pignon. Escalade-la, monte sur le toit et descends par la cheminée, j’ai mis un matelas dans mon âtre pour que tu te reçoives bien à l'arrivée.
- Okkkaaaaay ! fait l’heureux loup qui commence sa grimpette et dévale par le conduit pour faire un brin de conduite à sa façon à Super Mamy Nova.
***
Deux heures après, le Petit Chaperon rouge radine. Elle appuie sur la sonnette.
La mère-grand ouvre la porte. Elle a son tablier de cuisine tout taché de sang. Elle se font la bise.
- Hmm ! Ca sent bon, chez toi, Mamy ! Qu’est-ce que tu mijotes ?
- Un filet de loup rapide façon Silvia. J’ai trouvé ça sur Marmiton.org. Dis-donc, tu as fait bonne pêche, cette semaine ! Il était gras et dodu à souhait, celui-là. Mais tu es en retard, toi ! Qu'as-tu fait depuis que tu m’as appelé avec ton portable pour me dire que l’imbécile heureux avait mordu à l’hameçon !
- Ch’suis allé donner les galettes saucisses au Resto du cœur pour nourrir les enfants Poucet et en passant, accessoirement, j’ai brûlé un portique écotaxe !
- Rigolote, va ! Allez, enlève ton bonnet rouge et viens donc goûter à mon kouign-amann !
- N’empêche, quels relous, ces loups !
- Ils n’ont pas encore compris ça, ces clowns ! La supériorité de l’homme sur l’animal, c’est que la femme, elle, a lu "Les Trois petits cochons" et les oeuvres complètes de Marcel Gotlib !

Ecrit pour le Défi du samedi n° 294 à partir de cette consigne
TROPHEE ET TREUYDICE
Il faut se faire à cette idée que le temps passe et que la culture évolue. Au carnaval de Nantes, dimanche dernier, pour évoquer le cinéma il y avait deux chars entiers pour célébrer Tim Burton et un autre consacré à Harry Potter.
Déjà c’est peu de dire que le cinéma, la télévision, les écrans ont détrôné le livre. Les librairies ferment, les bibliothèques se débattent et s’adaptent pour devenir autre chose et nous, les amoureux de la chose littéraire, nous en sommes réduits à prier pour qu’ «ils» ne touchent pas plus que cela à ce qu’il nous reste d’images de nos lectures enfantines.
C’est pourquoi je me suis régalé à visiter depuis le musée des trophées du «Bureau Intertextuel des Pois et Mesures». J’étais en compagnie d’Isaure Chassériau et ma consoeur du «Défi du Samedi» a bien voulu me prêter son magnétophone à cassettes antédiluvien pour que je réécoute son interview du maître des lieux.
- Monsieur le Conservateur, vous-même êtes une célébrité ?
- Une célébrité anonyme ! On ne me connaît que sous l’appellation du «Vaillant petit tailleur». Et je n’ai toujours pas compris ce qu’il y avait d’exceptionnel dans le fait d’estourbir sept mouches d’un seul coup de torchon.
- Les mouches ont muté depuis. On ne pourrait plus faire ça aujourdhui. A croire qu’elles ont des yeux derrière la tête. En fait elles ont des mirettes comme des catalogues de bibliothèques : à facettes. Mais alors quel est, pour vous, votre plus beau titre de gloire ?
- C’est mon travail de couturier, d’arpenteur et de muséographe. Ici dans ce musée sont conservés des chiffres absolument mythiques. Ils ont tous été relevés grâce à mon mètre ruban magique. Mais venez, je vais vous faire visiter.
- 20, 25, 27 cm ?
- C’est le diamètre des trois assiettes dans lesquelles Boucle d’Or a mangé la soupe chez les 3 ours.
- 1 mètre 63 centimètres et 28 millimètres ?
- C’est la circonférence de la citrouille que la marraine de Cendrillon à transformée en carrosse.
- 1,95 LDL-C ?
- C’est le taux virtuel de LDL-cholestérol du grand méchant loup s’il avait réussi à bouffer les trois petits cochons.
- Vous avez mesuré cela avec votre centimètre ?
- C’est un centimètre magique. Vous voulez que je vous fasse une échographie avec ?
- Non, merci bien. Ici on retrouve des centimètres. 72 ?
- C’est la longueur atteinte par le nez de Pinocchio le jour où il a proféré son plus gros mensonge.
- Et c’était quoi, ce mensonge ?
- "Je vous jure les yeux dans les yeux que je n’ai pas de conte en Suisse » ! Pathétique, n’est-il pas, pour un héros dont la renommée est internationale ? Venez, nous allons passer dans la salle des plans-reliefs.
- 22,736 kilomètres ?
- Je ne vois pas ?
- Divisez par sept !
- Il n’y a pas lieu de le répéter mais je suis assez nulle en calcul mental. Les maths ça ne m’a jamais bottée.
- C’est ça, vous avez trouvé. C’est exactement la distance qu’on franchit d’un seul pas de botte de sept lieues.
- Et ça, dans la même veine : 64,960 kms ?
- C’est là qu’on trouve le capitaine Nemo et son Nautilus !
- 20 000 lieues sous les mers ?
- Exact ! Et ceci : 4 807 mètres ?
- Ah ça je sais, c’est la hauteur du Mont Blanc !
- Perdu ! C’est l’altitude atteinte par le haricot magique de Jack. Nous l’avons conservé ici d'ailleurs et vous pourrez l’escalader tout à l’heure. Je vous laisserai revenir dans cette salle à votre gré mais pour l’instant, venez, nous allons pénétrer dans la salle des costumes.
Quelle merveille que ce musée ! Et quelle n’était pas la fierté du vaillant petit tailleur de nous montrer ses créations, récupérées au fil du temps et de ses pérégrinations à travers les contes auprès de leurs légendaires propriétaires.
- Ici cette robe bleu ciel et blanc avec des voiles transparents verts et des miroirs qui cliquètent sur la collerette, c’est celle de la sœur Anne dans Barbe Bleue. Les couleurs que j’ai choisies symbolisent l’herbe qui verdoie, le soleil qui poudroie et la candeur naïve de celle qui ne voit jamis rien venir. La suivante a appartenu à Blanche-Neige. Vous voyez, Walt Disney n’est pas tombé loin. Tenez, elle m’a envoyé une photo d’elle et de son prince charmant récemment.
- Elle n’a pas vieilli ! ai-je dit à ce moment-là.
- Ca veut dire quoi vieillir ? a demandé le petit tailleur d’un air fâché.
J’ai senti que j’avais gaffé. Heureusement, à ce moment-là Isaure a rebondi :
- Dites-moi, vaillant petit tailleur, d’avoir fréquenté toutes ces stars, de les avoir approchées, habillées, mises en valeur et ce sans que l’on vous décerne le moindre César ni Oscar, ça ne vous a pas.. chagriné ?
- Et de les voir déshabillées à l’essayage, ça n’a rien allumé en vous ?
- Vous savez, m’a-t-il répondu, il n'est pas difficile de nourrir des pensées admirables lorsque les étoiles sont présentes. Il suffit d’oublier qu’elles ont un beau cul. Ou d’être homosexuel comme tous les grands couturiers.
Isaure et le tailleur ont éclaté de rire. Pas moi parce que le nabot en avait profité pour me mettre la main aux fesses en disant cela et c’est quelque chose que je n’apprécie que modérément.
Après avoir admiré d’autres costumes nous sommes passés dans la salle des pois du musée du Bureau Intertextuel des Pois et Mesures et là c’était très décevant. Il n’y avait que les cailloux du petit Poucet et le petit pois de la princesse aux 7 matelas. Par une porte-fenêtre ouverte on pénétrait ensuite dans une cour. D’un pot de fleurs immense, un peu comme ceux qu’on voit sur la dalle Kennedy dans le quartier de Villejean à Rennes, sortait un plant de haricot géant dont on n’apercevait pas le sommet là-haut dans les nuages. Tout le long de la tige pendouillait une échelle de corde.
- Je passe le premier, a déclaré Mini-Lagerfeld. Suivez-moi, Monsieur Krapov !
En plus ce salaud-là connaissait les usages qui veulent qu’on descend un escalier devant les dames et qu’on les précède en grimpant à l’échelle pour éviter d’avoir à chanter ensuite des niaiseries souchonniennes comme « Sous les jupes des filles » ou « Allô maman bobo ».
J’ai répondu : « Allez-y sans moi, je retourne vérifier la longueur de la chevelure de Raiponce au cas où il y aurait interro écrite à la sortie ! ».
Je n’ai pas voulu avoir l’air ridicule à nouveau en avouant que je souffrais d’aérodromphobie et d’acrophobie. Ils ont disparu dans les nuages, je suis allé m’extasier à nouveau devant le panneau 66.
Non, le petit tailleur n’était jamais allé aux Etats-Unis parcourir une route mythique, il avait juste obtenu, en pratiquant diverses opérations sur les chiffres détenus dans son musée, ce que tout individu normalement constitué cherche à savoir, passe sa vie même parfois à chercher à savoir : l’âge du capitaine Achab quand il a rencontré la baleine dans laquelle Jonas et Pinocchio jouaient à qui dirait le plus gros des mensonges.
Et puis comme Isaure et le petit tailleur ne redescendaient pas et qu’il était sept heures "dring dring dring", je me suis réveillé, j’ai pris mon petit déjeuner et, en chantant, je suis allé au boulot comme les sept nains et tous les jours.
Et dans le bus, j’ai repensé, à propos de mon rêve et de ce que je disais au début au sujet du carnaval de Nantes :
- L’âge du capitaine Achab, si au lieu d’aller au cinéma voir les adaptations de Walt Disney, Tim Burton ou Trey Stokes, il avait lu le bouquin, il l’aurait su tout de suite !
Ecrit pour "Un mot, une image, une citation du 7 avril 2014 d'après cette consigne :
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| Photo par Pippalou chez Morguefiles |
Une citation : Il n'est pas difficile de nourrir des pensées admirables lorsque les étoiles sont présentes. - Marguerite Yourcenar
ABECEDAIRE DU TEMPS PASSE A LA FENETRE DE LA RUE BROCA
Barbe
Le peintre en bâtiment qui repeint la maison bleue adossée à la colline de M. le forestier et qui se fait des taches de peinture sur la barbe ne s’étonnera pas de trouver sur son trousseau de clés des taches de gros rouge sang pour sang indélébiles : la tachéite chronique est extrêmement contagieuse. Sa sœur Anne l’en avait averti mais quand son tour est arrivé il n’a rien vu venir.
Bobinette
Ce verrou d’un genre particulier est connecté à une chevillette que l’on tire depuis l’extérieur de la maison pour faire tomber le bousin et permettre au visiteur d’entrer dans le logis. Vous avouerez que c’est particulièrement stupide comme système d’alarme anti-cambriolage ! Certains loups-bards ne se sont pas privés d’utiliser cette faille sécuritaire afin de pénétrer chez la mère-grand comme Jean Moulin entra ici dans la légende ou comme dans un moulin empli de lettres ce dadais de Daudet fit (du samedi !)
Botte
Sachant qu’une botte mesure sept lieues de long et deux de large soit 28 km de long et 8 de large ; sachant qu’un petit poucet mesure un pied de long soit 33,33 cm de long et 10 cm de large. Calculez combien de petits poucets on peut allonger dans le fond d’une botte de sept lieues.
Sachant qu’un autocar Illenoo contient 57 places assises, combien l'Association des bûcherons nécessiteux de la Forêt de Rennes aurait-elle dû louer de véhicules pour remplir une botte de sept lieues et abandonner au plus profond de l’étang des Gayeulles des enfants qui coûtaient une fortune en Nutella, en Nintendo et en smartphones ?
Ne cherchez pas, la réponse est 117 906 528 et le dernier bus n’est rempli qu’à moitié !
Chat :
Dans « Alice au pays des merveilles », le chat de Cheshire (ou de Chester) disparaît en laissant flotter un sourire derrière lui. C’est devenu depuis un signe du zodiaque et les natifs les plus célèbres en sont Jacques Prévert, Robert Doisneau et Boby Lapointe.
Chèvre
La chèvre est un animal têtu, naïf et aussi buté du chapeau neuf que la mule l’est du pape. A force de s’adonner à la lecture un peu niaiseuse des « Contes de l’apéro » et des « Récits des frères Grimage » elle a fini par croire que la réintroduction du loup dans les Pyrénées était un bienfait écologique alors qu’il s’agit surtout d’une réintroduction de l’agneau troubleur de breuvage dans la panse dudit loup. De même elle confond le légionnaire et le missionnaire et n’est donc pas en position de deviner ce qui va se passer quand le porteur de képi entre dans son enclos avec sa grande taille, sa beauté virile et son odeur si caractéristique de sable chaud.
Houppe
Il faut être belge comme Tintin ou être étriqué comme Riquet pour porter une houppe : cette coiffure est passée de mode depuis qu’à l’arrière de son yacht on a vu DSK trinquer à la poupe avec Sherlock le friqué à la loupe et Watson qui tendait son briquet à la Boop (Betty).
Petit pois
En parlant de petit pois, il était une fois une princesse qui s’appelait Nabila. Quoi ? Tu ne la connais pas ? Non mais allô quoi ! Allume ta télé et mate-la !
Pomme
Alors qu’il faut manger cinq fruits et légumes par jour, certains esprits chagrins essaient de nous faire croire que les pommes peuvent quelquefois être empoisonnées. Ils prétendent que le slogan « Mangez des pommes » de Jacques Chirac contenait en germe dans le fruit un petit ver nerveux et gigoteur qu’on appelle « Sarkozy Fan Tutte ». Il s’agit d’une réelle nain-posture : en 1995, le démolisseur du mur de Berlin aujourd’hui rattrapé par la Stasi, plutôt que de soutenir la grande asperge molle, avait pris le parti du M’bala M’bala dur.
Sept
Si vous n’arrivez pas à imaginer ce que pouvaient bien fabriquer les sept frères Poucet dans le lit des sept filles de l’ogre, si vous ne savez pas comment Barbe-bleue a épuisé sept femmes, si vous ne voyez pas à quoi Blanche-Neige et les sept nains pouvaient bien jouer quand il y avait une panne d’électricité dans la maison, si les sept péchés capitaux sont inconnus de vous, alors allez-vous faire voir chez les sept samouraïs de la Grèce ! Ce n’est vraiment pas la peine que je me mette en quatre pour vous raconter la guerre de Troie * !
* On ne sait toujours pas d'ailleurs, à l'heure où nous mettons sous presse, si celle ci aura (botte de sept) lieu !
Ecrit pour le Défi du samedi n° 291 d'après cette consigne




























