SONNEZ, PRINTEMPS ! (1)
Après le défilé, il faut changer les fesses.
Non pas celles de la mannequin anorexique, celles du charmant bébé breton.
Quand le printemps sonne à la porte on s’en va vite ouvrir à sa chaleur nouvelle, à ses lumières aimables et là, surprise, on se retrouve face à l’été : 35° à Rennes en ce beau mois de mai !
Ce qui est rigolo quand il fait ce temps-là à Lannion c’est que les gens sortent, en même temps que la crème solaire, le parapluie : plus personne ne vend d’ombrelle dans cet endroit des Côtes d’Armor qu’on appelle le Trégor.
Et quand le Printemps sonne par ici ça veut dire qu’il vient vous casser les oreilles avec force binious, bombardes, grosse caisse et caisses claires. Le printemps des sonneurs, ici, c’est le nom d’un rassemblement de bagads ou plutôt de bagadou. Sachez qu’il n’existe pas de bagadou doux et que même les durs d’oreille entendent le bousin des Assurancetourix locaux vêtus de leur costume de fête.
Plougastel a ramené sa fraise, bien rouge, sur la grosse caisse, Douarnenez est aligné comme des sardines, Saint-Malo, Tréguier et Perros-Guirec ont fait le déplacement avec les bannières colorées.
Il y a deux cercles celtiques avec de beaux sourires féminins, des joues gonflées pleines de santé, de la bonne humeur, des sourires.
Des enfants joliment costumés attirent les regards et la jeune maman qui présente son bébé à la foule en même temps qu’une image de dignité totale reçoit maints applaudissements.
Une fois traversée la place du Marc’hallac’h – le Marc’hallac’h est grand et je suis tout sauf son prophète – le défilé prend la rue qui descend à gauche de la mairie puis tourne en bas à gauche sur le quai d’Aiguillon et vient se disperser sur l’esplanade qui n’est plus désormais un parking au bord du Léguer.
C’est là, après le défilé, qu’il faut changer les fesses. Non pas celle de la mannequin anorexique mais celle du charmant bébé breton. J’ai pris la photo de très loin : quand les selles ressemblent par trop aux petites purées de légumes destinées au bambin, ça me coupe toute velléité de piocher dans une barquette de frites-saucisse dégoulinante de ketchup. A moins que ce ne soit l’inverse ?
Après, c’est le grand souk, la chasse au coin d’ombre, le mélange des popus plus ou moins lasses. Il est quinze heures mais les danseuses bretonnes en coiffe font la queue pour avoir leur crêpe beurre sucre. Les musiciens boivent de la bière de la brasserie bio locale et moi je tourne discrètement, immortalisant des tee-shirts exotiques, des tatouages effrayants, des chapeaux bretons, des petites filles noires coiffées d’un bonnet de dentelle – bien fait pour toi, Eric Zemmour si, même ici, tu te trouves grand-remplacé ! – et je rigole devant ces fameux parapluies dont je parlais au début.
Et puis écrasé de chaleur, je me réfugie à l’arrière de la scène. Derrière la poste, près des toilettes publiques le bagad qui a remporté le concours s’accorde et répète avant que d’aller donner l’aubade finale sur la grande scène.
C’est là que j’immortalise « les deux amies ». Elles ont quoi ? Douze ans ? L’une à des paillettes sur la joue gauche, l’autre porte une bombe d’équitation pour se protéger du soleil. Entre deux envois de mélodie à la bombarde elles sont pliées de rire. On ne saura jamais pourquoi.
Mais on souhaite une chose au bébé, c’est de grandir vite. La vie est plus amusante quand les printemps sonnent, qu’ils s’ajoutent aux printemps et qu’arrivent la complicité et l’amitié, la musique, la fête et, soit dit en passant, le babil des belous du dehors qui viennent admirer et prennent le temps d’en parler dans leur chronique.
Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le mardi 26 mai 2026
d'après la consigne 2526-28 ci-dessous.