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Mots et images de Joe Krapov
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9 juillet 2025

"Molière" par la Cie Amaranta aux Tombées de la nuit à Rennes le 4 juillet 2025

 

Le conférencier est bougon. Il ne connaît pas les Tombées de la nuit ou quoi ? Si tout le monde était bien là à l’heure à 19 h 40 on n’a ouvert les portes qu’à 19 h 50 pour un début de spectacle à 20 heures et avec le temps qu’il faut pour scanner avec le téléphone portable les QR codes des billets imprimés ou virtuels les gradins ne se remplissent que petit à petit.

 

 

Le conférencier est mal embouché. Il prend à partie les retardataires, raille leur désinvolture. Il n’est pas content de participer à un petit festival de gauche. Il a oublié le nom de la « mairesse » de Rennes mais ce n’est pas grave, l’Histoire l’oubliera aussi.

 

C’est un spectacle sur Molière. On va présenter sa vie et ensuite on lira toutes ses œuvres, déposées en cercle à même le sol au pied du micro. Ça nous mènera jusqu’à 5-6 heures du matin…

 

 

Si vous vous appelez Stéphane Bern, Claire Chazal, Guillaume Gallienne, Christian Hecq, Francis Huster, Ariane Mnouchkine ou Eric Ruff, n’allez pas voir ce spectacle. Vos oreilles ont sifflé, vendredi dernier. Si vous croyez que Molière a pris le parti du petit peuple contre les grands de ce monde, rentrez chez vous lire la biographie que lui a consacrée Georges Forestier. Molière n’était qu’un bourgeois qui s’est moqué des cons.

 

 

Si vous pensez que le Misanthrope Alceste est Molière, retournez lire de "De natura rerum" de Lucrèce.

 

Et puis le conférencier machiste, anti-wokes, Desprogien se mue en comédien. Et là on a le souffle coupé : entre la réinterprétation par un seul personnage des dialogues du début du Misanthrope, entre la reconstitution de deux émissions de télévision pour le quatrième centenaire de la naissance de l’auteur, on décolle, on est emporté pendant une heure et quarante cinq minutes.

 

Ça se termine en eau de boudin avec le comédien de théâtre de rue qui est à deux doigts de mourir sur scène, déguisé en bouffon, sommé par Pole emploi d’aller faire une animation dans un hypermarché.

 

 

Et à ce type, qui nous a balancé « au deuxième degré » des saillies dignes de Bruno Retailleau, on est obligé de faire un triomphe parce que le numéro d’acteur est fabuleux, les arguments convaincants, les petits marquis bien ciblés et donc on tire notre chapeau, tout en se demandant si ce deuxième, dix-huitième, trente-troisième degré n’était pas quand même la philosophie sans maquillage aucun de Martin Petitguyot. Auquel cas, mesdames, sauvez-vous également : il y a d'la misogynie plus que de la rumba dans l'air !

 

On est d’autant plus décontenancé que sur le site de sa compagnie Amaranta, la critique fort élogieuse de ce même spectacle est signée de "L’Humanité" !

 

Soit on ne comprend plus rien à « soigne ton gauche, prends garde à droite » soit on est en train de virer sa cuti : le spectacle du matin, la méga chorale Bisounours sur les droits de l’enfant était si caricaturale qu’on a quitté la place du Parlement avant la fin en se disant "Ça y est, j’ai compris ce que c’est, « woke » !

 

Bref, les Tombées de la nuit c’est encore et toujours tout et n’importe quoi voire son contraire !

 

Sauf que d’avoir vu l’excellence de ce Molière-là a failli nous gâcher, par comparaison, les spectacles des Affranchis, au moins le « Dehors Molière » bâti sur le même principe mais trente-trois tons en dessous !

 

 

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