17 septembre 2016

TOUT CA, C'EST PEANUTS. 1, Affalé

Affalé

Dans la famille, dans chaque famille, il y a toujours un affalé. Il est vautré dans le fauteuil, allongé sur le canapé, les bras mous, les paupières tombantes, le temps de cerveau plutôt éteint, surtout s’il regarde TF1. Mais ça marche aussi avec des documentaires sur Arte.

Chez nous il y a eu l’oncle Désiré qui traînait en pyjama une bonne partie de la matinée. Il avait d’ailleurs toujours fait ça. Quand il était jeune, ses copains venaient le chercher le dimanche à midi. Il dormait encore et ne se levait pas pour les voir. Charmante famille !

Pour devenir affalé, pas besoin de suivre des cours. Il suffit que la télé soit la télé et que le siège soit confortable. Chez nous, quand j’étais adulescent, on a possédé pendant un certain temps un objet hyper-vintage : un fauteuil à billes ! J’ai regardé, affalé dedans, en noir et blanc, tard le soir, le ciné-club de Claude-Jean Philippe qui vient de nous quitter pour le paradis des cinéphiles.

Quand j’ai quitté la maison pour aller vivre ma vie de jeune adulte à Paris on n’avait pas de magnétoscope. Aussi n’ai-je jamais enregistré de documentaire animalier… pour mon chien !

D’ailleurs, comme le chante très bien Jacques Brel, « J’ai jamais eu de chien » ni d’autre animal domestique chez moi. Ce qui ne m’interdit pas de vivre, sans fauteuil à billes et sans télévision, mais très heureusement, avec une femme bélier !

Peanuts 02 A R

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TOUT CA, C'EST PEANUTS. 2, Pluie de notes

Pluie de notes

Aujourd’hui, il pleut des notes.

Ce n’est pas qu’on soit fatigué des hallebardes, des cordes ou de la simple pluie bretonne. Ce n’est pas que l’institutrice restitue les copies de la composition d’histoire ou la dictée corrigée. C’est que le petit garçon au maillot rayé jaune et noir est encore en train de balancer des barcaroles over Beethoven sur son piano-jouet. Il joue cela magnifiquement.

Comment fait-il, du haut de ses sept ans, pour s’y retrouver parmi les bémols à la clé, les triolets, les doubles croches, les bécarres, les demi-soupirs, la clé de fa, la clé de sol ?

Comment fait-il pour rester concentré dans ce monde où tout le monde jacasse, crie, s’agite et où finalement, au bout de la portée restée ouverte, ses notes se fracassent ?

Même le chien du voisin qui n’est pourtant pas le dernier à l’écouter et à le soutenir en brandissant la pancarte « C’est, aujourd’hui 16 septembre, l’anniversaire de Beethoven » s’est protégé de cette cataracte, de cette chute de scansion, de cette pluie de notes avec un parapluie rouge.

Et Schroeder – c’est le nom du gamin – continue de jouer, imperturbable, comme si lui aussi, tel son idole, était sourd à tous les aléas de son environnement.

J’envie sa foi en la musique, j’admire sa ténacité, je le remercie d’exister.

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TOUT CA, C'EST PEANUTS. 3, Lire

Lire

Je ne considère plus la littérature que pour m’en amuser. Hier, en partant à ma répétition de musique, j’ai aperçu, depuis la fenêtre du bus, au niveau de la place de la République, une publicité grand format pour une rencontre-dédicace d’Amélie Nothomb. Cette dame belge vient de réécrire Riquet à la Houppe. Est-ce réellement amusant ? Y aura-t-il du monde à lire cela, à vouloir se le faire dédicacer ? La vraie question est plutôt ailleurs que dans le livre : ai-je vraiment envie de voir et de photographier le chapeau le plus célèbre de Belgique ? Le « people » ne prend-il pas définitivement le pas sur l’écrivain ? Tout le monde désormais, y compris les hommes politiques et les gens de télévision écrit sur tout et n’importe quoi. Faut-il vraiment lire ses contemporains ?

Plutôt que de m’absorber à l’occasion – entre deux pluies de notes, entre deux affalements ! – dans la relecture des romans policiers de Raymond Chandler, ne ferais-je pas mieux de me plonger dans ces auteurs dont je connais les noms et les titres de leurs œuvres depuis toujours et que je n’ai jamais lus ? « La dame de pique » de Pouchkine, « Guerre et paix » et « Anna Karénine » de Léon Tolstoï, « Le Don paisible » de Mikhail Cholokhov, « Le docteur Jivago » de Boris Pasternak, « Crime et Châtiment » de Fedor Dostoïevski, « Les frères Karamazov », du même.

Au lieu de faire cela, il ne me vient qu’une idée stupide : proposer aux ami(e)s de l’Atelier d’écriture de réinventer l’histoire des Frères Karamazov. Si vous ne la connaissez pas, improvisez ! Pour les autres, faites une fiche de lecture, sur ce livre-là ou sur un autre que vous n’avez pas pu terminer !

Et d’ailleurs… Elle meurt, à la fin du livre, madame Bovary ? Mangée par le phoque de la roulotte de Rennes. Quoi ? Vous ne connaissez pas la roulotte du phoque ? C’est là le seul intérêt que Gustave Flaubert et Maxime Du Camp ont trouvé à notre riante cité lors de leur voyage « Par les champs et les grèves ».

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TOUT CA, C'EST PEANUTS. 4, Crêpe

Crêpe

Spike est un chien du désert. Cela fait des années qu’il vit ici, échoué sur le sable, coiffé de son chapeau miteux, entouré de cactus et de buissons baladeurs. De quoi vit-il ? Comment survit-il ? Pourquoi est-il et reste-t-il là ? Ce sont là des questions qu’il ne faut pas poser. Les réponses seraient toutes plus absurdes les unes que les autres et vous êtes terriblement cartésien(ne) je le vois bien. Je vais quand même répondre à celle-ci : Que mange-t-il ? ». la réponse est : « des crêpes ! ».

A-t-il été scout Baden Powellien ou Hamster Jovialien avec son frère Snoopy, celui qui emmène en camp d’été à Woodstock des piafs du genre baba-cool ?

Sans doute que oui ? Il sait allumer un feu de bois. Possède-t-il une cuisine intégrée ? En plein désert ? Vous voulez rire ! C’est déjà du bol qu’il en ait un, de bol, et un pilon ou une cuillère pour mélanger la pâte.

Il possède aussi une poêle à frire et ne manque jamais de faire sauter la crêpe au moment de la faire dorer sur sa deuxième face.

J’entends d’ici votre question : la crêpe ne tombe-t-elle pas alors par terre ? La réponse est négative : la crêpe va s’accrocher aux épines du cactus qui est le seul compagnon de Spike. Et le chien-philosophe ne manque jamais de conclure que tout est dans le coup de main. Enfin, presque tout.

J’adore Spike !

Peanuts 05 R

Ces quatre textes et celui de demain ont été pondus à l'Atelier d'écriture de Villejean le mardi 13 septembre 2016.

Il fallait, à partir de 4 pages de l'album "Snopy se fait mousser",

- soit raconter un strip - une bande horizontale - sous forme d'histoire sans images ;
- soit parler de ces gamins et de ce chien comme s'ils étaient de réels habitants de votre quartier ;
- soit utiliser le texte de cinq bulles pour raconter ce que l'on voulait.

J'ai réutilisé trois de ces textes, agencés différemment, pour le Défi du samedi n° 420 d'après cette consigne.

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11 septembre 2016

99 DRAGON : EXERCICES DE STYLE. 36, Télégraphique

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- Madame la dragonne Z ?

- Oui ?
- Télégramme !

Ma chérie, STOP Ai trouvé pays cocagne STOP Paysans faciles racketter STOP Viande ovine 1er choix STOP Maréchaussée inexistante STOP Rejoins-moi avec mômes STOP Trop de la balle ! STOP
Signé : Dragon Z

télégraphiste 975_0010

- Monsieur Sanzot, producteur d’ovins ?
- Moi-même.
- Télégramme de la Confédération paysanne !

Négociations fructueuses. STOP Evénements récents déclarés catastrophe naturelle. STOP Réparations suivent. STOP Monarque suggéré nous adresser « Assurances Considération distinguée » avec dossier étendue sinistre. STOP Confraternellement vôtre. STOP

Facteur-2

- M. Judas Ganelon ?
- Ca dépend des jours. C’est pour quoi ?
- Télégramme envoyé par « Comploteurs cagoulés réunis ».
- Ce n’est pas une contrepèterie, au moins ?

Cher M. Judas Ganelon. STOP Avons suivi vos conseils. STOP Nous sommes fait porter pâles. STOP Roi désemparé, esseulé. STOP A fait appel puissance étrangère. STOP Quel nul ! STOP Attendons échec intervention Saint-Georges comme convenu. STOP Ensuite, procédons putsch ! STOP A nous le pouvoir ! STOP
P. S. Trente deniers pour votre société de conseil suivent. STOP Ne rentraient pas dans le télégramme. STOP 

télégramme de bonheur 303_002

 

- Mme la sœur Anne ?
- Ah non, moi c’est Sœur Sourire. Sœur Anne fait ses dévotions là-haut tout en haut de la tour.
- Il n’y a pas d’ascenseur ?
- Pas encore inventé, mon pote ! C’est à remettre en mains propres ou il faut te montrer patte blanche. Je sais, ça revient au même. Je peux prendre le colis pour elle et le lui remettre, si tu veux, mon mignon ?
- C’est juste un télégramme.
- Alors monte ! L’escalier est dans la concierge.

Anne, ma sœur Anne. STOP

Je vais enfin voir le loup. STOP Si tu savais ! STOP Papa contrit mais d’accord. STOP D’après rumeur publique, mon promis crache des flammes et a une grosse queue. STOP Chic ! Chic ! Chic ! STOP Bises de ta soeurette. STOP

carson

- M. Saint-Georges ?
- Oui ?
- Télégramme du pénitencier.

Cher Lucky Luke. STOP Dalton encore évadés. STOP Merci nous les ramener. STOP Signé : Le directeur.

- Ouf ! ca n’est pas pour moi ! Je vais pouvoir continuer tranquillement mes sudokus de niveau 12

sudoku

P.S.


Télégramme pour Miss MAP et oncle Walrus :

Un dragon supplémentaire ! STOP Encore bonne chose faite ! STOP Merci à vous accepter sur Défi depuis lustres délires krapoviens. STOP Et permettre accomplissement grand œuvre hagiographique et Quenaldien. STOP Amitiés et remerciements renouvelés. 

Signé : Joe Krapov le neveu fou

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04 septembre 2016

DECEMBRE EN CHAMBRE DES MERVEILLES

160825 Expo Chambres des merveilles

DECEMBRE EN CHAMBRE DES MERVEILLES

En auront-ils parcouru, des braderies, des bric-à-brac et des brocantes ! Tout comme leurs hardis parents qui, de Lima au Mali, de Chaville à Cambrai, du Havre jusqu’au Chili, pour des chasses au trésor toujours plus chamarrées, ont marché, fouiné, empli leur havresac, leur besace élimée !

Et tout cela en vue de nous amasser dans des cabinets de curiosités puis… dans des malles au fond des caves de ce vieux château !

Savent-ils, ces jeunes Béotiens, qu’ils ont remisé ici, dans ces bas-fonds délabrés où personne ne dévale plus, de vieilles reliques devant lesquelles leurs anciens propriétaires ne faisaient que s’émerveiller ?

C’est vraiment du délire ! Ou alors cela relève de la brimade. Cela nous déchire le cœur d’être stockés ici comme des débris dans un débarras.

Le plus vraisemblable, c’est que ces gens ont trop dansé la samba et la lambada. Ils s’en vont de la cervelle ! Leur époque est amère et leurs mœurs sont trop viles : ils n’arrivent pas à la cheville de leurs ancêtres.

Quel conservateur joyeux drille, quelle chambrière aux yeux de biche à Bac + 5, quel connaisseur d’antiques en balade viendra nous délivrer de ce cauchemar ?

Nous l’entendons déjà, ce messie, réveiller ses pareils, bramer :
- Mais elles sont en ambre, ces billes ! Et ceci, c’est du vrai marbre ! Et là, cette châsse : un objet sacré volé à Notre-Dame de la Garde à Marseille ! Ici, une statuette Mochica ! Là, une harde de la tragédienne Rachel et, dans cette valise, le manuscrit autographe du barbier de Séville et le cahier des pensées secrètes de Rachilde.

Hélas non, cessons de remâcher nos rêves éveillés ! Ce que nous oyons cette nuit ce sont les échos de la grande brasserie du dessus. Chambard délibéré ou orgie calibrée, la fiesta débridée a démarré. Les salons et salles d’apparat du château ont encore été loués pour servir de cadre à une soirée électro très chic de cocaïnomanes et autres alcooliques de la jet set. Un barde télévisuel braille pour faire vibrer les brebis de Panurge de cette fête d’hiver.

Bientôt, contre les arbres centenaires du parc, d’aucuns, qui ont trop liché de Chablis chavirent et vident leur vessie ou s’écroulent, tripes vidées.

Ce ne sont point des bisbilles que nos plaintes, c’est une question-invitation au réalisme : habillé de lamé, de résille et de chic, ayant perdu la boule et toutes ses facettes, qu’a-t-il donc d’admirable, votre monde d’héritiers malades ?

Ecrit d'après cette consigne

Ne manquez pas de lire la réponse de Célestine à ce même exercice. La maison lui accorde le premier prix de chambre des merveilles !

 

Le film du jour

... qui a inspiré la fin du texte précédent : "Toni Erdmann" de Maren Ade.

Pas aussi drôle que ne le prétend la critique (quoique certaines scènes soient d'anthologie) mais surtout très tendre, très bien vu et très humain sur la relation père-fille. La maison Krapov-Bourgeoizovna a adoré !

 

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20 août 2016

JEUX TORDUS POUR JE TORDU

DDS 416 cubes image du défi

- Vous voyez ? Ces parallélépipèdes, ces objets cubiques ? On en fait de fichus jeux pour les gamins, Monsieur K.

Chaque face du cube ? Recouverte par une lettre ou un chiffre. Imaginez qu’Ajax veuille y voir un wiki ?

Il saurait alors qu’au zoo de la Flèche le yack jouxte le zébu et que le kiwi grimpe sur le vieux wapiti.

Il ferait la connaissance de Virginie Hocq, de Najat Belkacem, de Wim Wenders, des chromosomes X et Y.

On lui dirait qu’à Wimereux-plage le port du burkini est conseillé : il ne fait que 12 ° et aujourd’hui Yasmina en zézaie.

Constatez-le vous-même, citoyen K : ces faux-nez et phonèmes, mon wok s’en badigeonne la coque !

Car à l’issue de ces cogitations, bien lassé des quizz, Ajax va ficher le camp sur sa Kawazaki !

Nos zygomatiques sont amorphes. Ne vous vexez pas, B’wana ! Les folies pérecquiennes, c’est du vent !

 

- Comment ça, c’est du vent ? Ce poème est construit selon le schéma de la belle absente et il contient une révélation essentielle pour l’histoire de la littérature ! Car ici c’est le bel absent.

- Le bel absent ?

- Dans chacune des phrases qui constituent le poème, toutes les lettres de l’alphabet ont été utilisées sauf une. Ainsi dans «Vous voyez ? Ces parallélépipèdes, ces objets cubiques ? On en fait de fichus jeux pour les gamins, Monsieur K.» on trouve a,b,c,d,e,f,g,h,i,j,k,l,m,n,o,p,q,r,s,t,u,v,x,y,z mais surtout pas w. La lettre w est le premier élément du bel absent. Le même principe a été appliqué aux vers suivant. Et si on met ces lettres écartées à la suite les unes des autres, verticalement, comme pour un acrostiche, on obtient W. SNUVRYK !

Je vous concède qu’il faut maintenant expliquer qui est ce monsieur au nom si mystérieux. Et c’est bien là que l’on constate l’utilité de la poésie : jusqu’à aujourd’hui cet homme célébrissime était resté anonyme. Grâce à Georges Pérec, grâce à moi et grâce à Miss MAP qui nous a donné sur sa photo de cube les lettres absentes qui sont donc l’anagramme de W. SNUVRYK nous connaissons aujourd’hui l’identité exacte de « ce juge blond auquel vous portez ce vieux whisky ».

- ???

- Il faut tout vous expliquer à vous, hein ? « Portez ce vieux whisky au juge blond qui fume », c’est un pangramme : une phrase courte écrite en y incluant toutes les lettres de notre alphabet !

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Ecrit pour le Défi du samedi n° 416 à partir de cette consigne

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14 août 2016

S COMME "SECRET BANCAIRE" ?

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- Bon alors, Lenglumé, ces fichés "S" ?
- J’ai épluché toutes leurs dépenses de juin-juillet, Chef ! C’est du lourd ! Des vrais Scandaleux !
- Très bien ! Qu’est-ce que ça raconte ?
- Le 26 juin ils ont acheté pour 52 € de liquide inflammable au relais des Trois marches à Vezet-le-Coquin.
- Des pyromanes ? Des incendiaires ?
- Non, c’est juste de l’essence pour la voiture. Ils refont le plein le 5 juillet. 58 €.
- Ben dites donc, ça a roulé, on dirait !
- Ouais. La femme a fait tout un va-et-vient entre Redon, Nantes et Montfort-sur-Meu.
- Ca existe, ça ?
- Ouais, c’est vache comme nom, hein ? On les retrouve le 9 juillet au camping de la Route d’Or à La Flèche dans la Sarthe. Deux nuits, 27,14 €.
- Un camping qui ne pousse pas vraiment à la consommation. La Sarthe, c’est là où il y a le Las Vegas ?
- Oui mais à côté, à Sablé.
- Qu’est-ce qu’ils fichent par là, les fichés ? Ils font du repérage chez François Fillon ?
- On ne sait pas. Premier contact le samedi avec deux natifs du cru. A cette date, à la Flèche, il y a un festival de théâtre de rue, les Affranchis. Gratuit ! Les comédiens prennent des spectateurs en otage. Ils prennent peut-être des leçons ? Toujours est-il qu’on a un chèque le lendemain midi à l’ordre de L’Etoile du Maroc.

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- Ah nous y voilà. Une mosquée ?
- Non, un restaurant de couscous. Ils y rencontrent deux autres complices venus d’ailleurs. Un dénommé Z et sa belle. Le 11 ils prennent à nouveau de l’essence et l’autoroute ensuite. Sortie à Bourg Achard près de Rouen. Le 13 ils sont à Carvin dans le Pas-de-Calais. Ils achètent des pinceaux et de la peinture dans un hypermarché.
- Pour maquiller le véhicule ?
- Non, pour repeindre un corridor et des toilettes ! Le 15 ils déjeunent à l’Opéra corner de Lille. Vous imaginez, chef ? 20,60 € ! Ils n’ont même pas pris de dessert !
- Ah, les fumiers ! Mettez-moi cet établissement sous surveillance. Je les connais, ils ne proposent même pas de menu à la carte à leurs clients ! N’empêche, Lenglumé, Pas-de-Calais, Nord, Hauts de France, on se rapproche de Molenbeek, hein ?
- Oui mais ils ne passent pas la frontière. Le 17 ils repartent sur Rennes. J’ai un reçu de la SAPN de 3,40 € aux Essarts et un chèque de 60 €uros dans une brasserie de Rouen.
- Rouen ! Nom de Dieu !
- Ils n’y restent pas. Le 20 ils refont le plein. Ils tirent 100 euros dans un distributeur à côté du stade de Rennes. Le 21 ils sont à Lannion, ils déjeunent avec une autre complice, devinez où ? A "La Chicorée", un restaurant Ch’ti !

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- C’est la filière « OSS 117 à Biloute » ou quoi, Lenglumé ?
- Le lendemain ils dépensent 20 euros tout rond à la librairie Gwalarn.
- Ils ont acheté le Coran !
- Non, le livre des chansons de jeunesse de Georges Brassens.
- Qui c’est ce mec ? Mettez-le en résidence surveillée, lui aussi !
- Pas la peine, chef, il est mort.
- Il est mort et il continue d’écrire des chansons ? Ca me semble vraiment louche, tout ça !
- Le 25 ils sont au camping du Golf à Saint-Jean-de-la-Rivière en Normandie après un nouveau retrait de 60 €. Là ils font un effort. 166,50 € pour six nuits. On n'a pas de trace des arrhes. Mais ni camping-car, ni mobil-home. Juste une tente pourrie de dix ans d’âge à deux places. Ensuite ça continue : essence et retrait à Barneville. 43,10 € au Café du Port à Cherbourg !
- Cherbourg, Lenglumé ! Ils veulent s’en prendre au Redoutable ! Le fleuron de nos sous-marins atomiques. Cherbourg ! Ils veulent nous refaire le coup du parapluie bulgare ! 
- Vous ne vous trompez qu’à Demy, Chef. Il y a d’autres objectifs possibles dans la Manche et ils ont plus d’un atout dans la leur : des témoins les ont vu randonner à Flamanville !

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- Merde ! Les centrales nucléaires ! C’est dans les cibles possibles, ça ?
- Voui, Chef ! La femme fait ses courses dans des boutiques bio et semble du genre à voter écolo.
- Des fichés S qui votent ? C’est quoi cette histoire, Lenglumé ?
- Le 1er août ils sont revenus à Rennes. Ils remplissent leur frigo. Le 3 on arrête le mec à la Bouquinerie du centre.
- Il avait acheté le Coran ?
- Non, deux albums de Lucky Luke : « L’escorte » et « La ville fantôme ». 9 euros les deux, d’occase. On a alpagué la femme chez elle.
- Des armes, des explosifs ?
- Non, de la tapisserie et de la peinture.
- Encore ? Mais elle n’arrête pas de bosser celle-là ! Du genre à s’accrocher au pinceau quand on retire l’échelle ! Que disent leurs portables, leur ordinateur ?
- Pas de portable pour l’homme, aucune activité sur les réseaux sociaux. Plutôt que Telegram un blog de photos du genre Instagram et de la messagerie même pas rose.
- Intéressant ?
- Juste des échanges en belge avec un morse.
- Vous voulez dire « des échanges en morse avec un Belge » ?
- Non, de l’humour de gens qui ont la frite avec un nommé Walrus. Et la meilleure, Chef…
- Oui, Lenglumé ?
160723 Nikon 051- Ces suspects n’ont pas la télévision !
- Alors là, bravo l’artiste ! Leur compte est bon. Vous avez fait quoi ?
- Envoyés au Centre de rétention-rééducation de Ploumanac’h.
- Motif ?
- « Décroissants au beurre sans aucun crédit sur le dos. Déviants du samedi et des autres jours ».
- De vrais Scandaleux. Leur réaction ?
- Morts de rire tous les deux. Ils n’y croient pas au chef d’inculpation de « trouble au plan de relance de la croissance sous forme de vacances économiques». On leur a dit qu’ils rigoleraient moins en cabane quand il se mettrait à pleuvoir.
- Ils ont répondu ?
- Oui. L’homme a dit qu’il ne pleuvait jamais en Bretagne. Et la femme a complété : «Sauf sur les cons. Les autres sont au bistrot ».
- Vous ajouterez « injure publique » à son dossier. Je n’aime pas qu’on se moque des douaniers.
- Mais, Chef, on est des flics ?
- Avec tous ces gens qui n’ont rien à déclarer, je ne sais plus, Lenglumé. Heureusement qu’on a les banques avec nous : un petit saut de puce pour l’homme, un point de contact géant pour la Police. Ou alors c’est la photo : peut-être bien qu’on est un peu sur le sentier de naguère, non ? 

Ecrit pour le Défi du samedi n° 415 à partir de cette consigne

07 août 2016

S'Y PRENDRE COMME UN MANCHE

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Vous n’allez pas me croire mais… moi aussi j’ai fait la Manche !

Je n’étais pas déguisé comme le gars sur la photo et je ne suis pas resté immobile aussi longtemps que lui mais j’ai quand même écumé toute la côte Ouest cet été !

160726 265 040Le premier jour ça ne m’a rapporté que des coups de soleil sur les orteils ! Ca m’apprendra à jouer les va-nu-pieds !

Avec ce que j’avais amené comme économies personnelles je suis allé à pied de Saint-Jean-de-la-Rivière à Barneville pour m’acheter de quoi me faire, le soir, au camping, des spaghettis aux tomates. Logique, non ?

Le lendemain je me suis dit « Ca va peut-être mieux marcher à Port-Bail. Et justement c’était le jour du marché. Ca faisait un sacré bout de temps que je n’étais pas allé à Port-Bail et ça faisait un bail que je ne m’étais pas rendu au Bhoutan.

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Comme le tour de France était passé par ici en juillet, mécaniquement, j’y suis allé à vélo. J’ai fait mon numéro sur le marché mais je n’ai pas réussi à capter… l’attention ni à me joindre, ni roulé en boule, ni assis, ni les deux bouts. Normal : je n’ai pas de téléphone portable et mes fonds – de culotte – sont bas – cela va – de soie.

Alors, comme il y avait un libraire d’occasion je lui ai acheté de la documentation sur la manche. Il vendait justement un bouquin très bien sur le sujet : « Le voyageur des siècles » de Noël-Noël. On y explique comment se vêtir pour passer inaperçu quand on est un homme du XXe siècle et qu’on revient en 1788 pour sauver de la guillotine une dame dont la beauté vous fait perdre la tête. Il m’a suffi de faire l’inverse de ce qui était écrit pour que les gens s’aperçoivent qu’un Gugusse du XVIIIe siècle était arrêté comme une statue au coin de la rue, y faisait son intéressant et mendiait une pièce ou deux, un bon geste en échange d’un bon geste. 

 Mais bon, sur un marché les gens ne s’arrêtent pas de ne pas s’arrêter sauf chez les commerçants de biens comestibles. Ils vont d’un stand à l’autre pour acheter, chez le poissonnier, sur l’étal, des poissons désarêtés ou, chez l’huîtrier, sur le volet, des huîtres aussi fermées qu’un porte-monnaie. Ils n’avaient pas l’air prétentieux du tout mais c’est comme ça : je vous la baille peut-être belle mais on m’a snobé à Port-Bail. Sans doute que le melon était en promotion ? 

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 J’y suis resté une semaine dans le Cotentin, à vivre en tirant des sous de ma propre cagnotte. Au Cap de Carteret j’ai failli trouver une explication à mon infortune. Ca ressemble tellement à l’Ecosse, la Normandie, que les gens d’ici sont peut-être devenus aussi radins-rapiats que Mac Assett ou que Rougon-Macquart-Pagon-Coutainville ! 

 

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Plus haut, à Cherbourg, impossible de faire mon numéro : il y pleuvait tant qu’on ne voyait plus que des parapluies. Alors je suis allé demander de l’aide aux professionnels de l’immobilité au Musée Emmanuel Liais. Ces empa… illés de première se sont bien gardés de me livrer le moindre conseil ! Pis, c’est moi qui ai lâché deux euros pour les voir à l’œuvre dans leur vitrine. Très bien l’immobilité mais faudrait voir à bouger un peu de temps en temps quand même ! Ne serait-ce qu’un faux cil ! 

160728 Nikon 028On ne gagne décidément rien à quêter ni à enquêter dans ce département. A part Cherbourg, toutes les réputations y sont surfaites ou mensongères. Flamanville, par exemple, on n’y trouve pas un seul Belge ! Vous me direz, à Wallondville non plus mais c’est normal, Wallondville n’existe pas. 

Flamanville ce n’est pas non plus la Camargue. La vie n’y est pas rose et le paysage est plutôt morose. On n’y voit aucun EPR : Energumène Particulièrement Rentable. 

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J’ai quand même poussé jusqu’à Omonville-la-Petite pour interroger le pro de la chasse au bas de laine, M. Jacques Prévert. Manque de bol, il était mort de chez Mort !

Du coup, après cette semaine où j’ai fait la Manche, je suis rentré chez moi et j’ai vu que mon salaire avait été versé sur mon compte. Alors j’ai décidé d’arrêter la mendicité de luxe. L’année prochaine j’irai chiner en Chine. Ou bosser du dos en Beauce *.
 

Ecrit pour le Défi du samedi n° 414 à partir de cette consigne

 

* J'ai ajouté après coup, dans la zone des commentaires :

C'est le début d'un grand poème collectif du Défi sur le thème du... renoncement ! 

L'incipit : 

J'irai faire la Manche dans la Manche 
Bosser pour des clopinettes en Beauce 
Chiner de quoi croûter en Chine. 
J'irai caler dans le Pas-de Calais, 
J'irai crier misère en Lozère 
Et nous verrons en Aveyron 
S'il faut prévoir l'exode dans l'Aude, 
Mettre une petite laine en Ille-et-Vilaine, 
S'abriter sous un radome dans le Puy-de-Dôme, 
Réclamer du son en faisant l'âne et Hi Han dans le Morbihan... 

Les compléments :

Chercher la gloire en Haute-Loire (Adrienne)

Etre à l'heure dans l'Eure 
faire un somme dans la Somme 
Chercher des noises dans l'Oise 
Manger une darne dans le Tarn 
Et du buvard dans le Var 
Avoir des misères en Isère 
Mais un trône dans le Rhône 
passer une écluse en Vaucluse 
Avoir les glandes dans les landes 
Un mystère dans le Finistère...  (Célestine)

Se faire porter pâle sur la Côte d'Opale (Walrus)

Dire "C'est Go !" pour Chicago (Joye)

Et aller à Saint-Jean-Pied-de-Port (Porc ?)
Pour que tout redevienne épique (Alain André)

Merci à toutes et à tous !

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DEVINETTE D’ÉTÉ

DDS 413 kangourou réduit

Chères et chers Défiant(e)s du samedi, un animal incongru est caché dans cette image. Saurez-vous le découvrir ? Si oui vous comprendrez pourquoi les carreaux sont cassés !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

DDS 413 kangourou caché réduit

 Eh oui, il s'agissait bien d'un kangourou !

(T'es pas le mauvais cheval, Joe Krapov, mais de temps en temps ce serait bien que tu retournes dans ton box(e) !)

Ecrit et fabriqué pour le Défi du samedi n° 413 à partir de cette consigne

Posté par Joe Krapov à 10:50 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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