15 octobre 2017

COMMENT SE CENTON LORSQUE GOGOL RIT ?

Après avoir longtemps erré dans la campagne,
Bien tard, quand il se sent l'estomac écœuré,
Fantasque, un nez poursuit Vénus au ciel profond
Et dit : "Je suis la ligne indécise des arbres
Que dorait un rayon de soleil arriéré.

J'ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,
Des lichens de soleil et des morves d'azur.
J'ai vu des archipels sidéraux et des îles,
Un bateau frêle comme un papillon de mai
Qui dans le bercement des hosannah s'endort ». 

170710 Nikon 094

 La Meuse à Charleville-Mézières le 10 juillet 2017 

Après avoir longtemps erré dans la campagne,
Voilà que monte en lui le vin de la Paresse,
Soupirs d'harmonica qui pourrait délirer.
Dans la campagne en rut qui frémit solennelle
L'air s'emplit du lointain nasillement des danses.

171013 Gogol

Nous faisons quelquefois ce grand rêve émouvant :
Telle un fil de glaïeuls au vol des libellules 
La nature s'éveille et de rayons s'enivre. 
La terre, demi-nue, heureuse de revivre, 
A des frissons de joie aux baisers du soleil.

On sent, dans tout cela, qu'il manque quelque chose
Du grand désert où luit la Liberté ravie
Dont le parfum se mêle à des parfums de fruits :
Plein de lourds ciels ocreux et de forêts noyées ?
Cette bête qui sue du sang à chaque pierre ?

Quand, des nefs où périt le soleil, pli de soie,
La Nuit vient, noir pirate aux cieux d'or débarquant,
Et, dans ce lourd sommeil, met un rêve joyeux ;
Lorsque tout s'engourdit sous le ton gris des cieux
Nous avons quelque chose au coeur comme l'amour !

Où lire Arthur Rimbaud

Ecrit, ou plutôt composé-collé, pour les Impromptus littéraires
du 9 octobre 2017 d'après cette consigne.


14 octobre 2017

SUIVRE LE VOYANT A LA LETTRE

DDS 476 escher-mainLorsque Vitalie Cuif, précédée de son jeune fils, entra dans la salle d’attente du Docteur Zigmund, celle-ci se trouvait vide et elle-même n’était pas très remplie d’enthousiasme. Il allait encore falloir déballer le linge sale de la famille, expliquer à un médecin inconnu les vices nombreux du deuxième fils, le prénommé Arthur qui lui rendait la vie si dure. Elle devrait raconter au marabout, car elle en était rendue là de la quête d’un diagnostic efficace, que le père du gars, le capitaine Frédéric R. avait mis les bouts (de ficelle !) à la naissance de la petite Isabelle, quatrième des enfants du couple. Ceci expliquait peut-être cela ? Mais, désolée, ce ne sont pas des choses qui se font chez les catholiques bon teint mondain, même à Charleville-Mézières, vu que le mariage était une chose sacrée et le divorce pas encore inventé. N’est-ce pas, Docteur ?

Arthur s’était assis sagement et avait replongé le nez dans le prix d’excellence qu’on lui avait remis en fin d’année scolaire. C’était encore un livre de ce misérable de Victor Hugot, comme disait Vitalie en prononçant le « t » et il s’appelait, justement, « Les Misérables ». Là-dessus, une autre patiente impatiente avait pénétré dans la salle d’attente du Dr Zigmund, suivie d’un gamin du même âge qu’Arthur.

 

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Les deux dames se saluèrent car elles se connaissaient bien et les deux gamins échangèrent très vite un regard entendu : « Motus et bouche cousue, Nénesse ! » « T’inquiète, Tutur, je serai muet comme une catacombe !».

Madame Delahaye posa son manteau et son chapeau sur le siège à côté d’elle, en face de Vitalie, et Ernest sortit son cahier de dessin dans lequel il se mit à gribouiller.

- Alors, Vitalie, toujours des soucis avec ce chenapan d’Arthur ?

- Ne m’en parle pas, Elisa ! Comme tu peux le constater, j’en suis réduite à consulter un voyant ! On n’a pas trouvé de solution dans la médecine traditionnelle. De toute façon, on est grillés chez tous les praticiens de Charleville. Arthur a mordu le docteur Mengele, il a frappé le docteur Knock, il a traité de foldingue le docteur Folamour, accusé le docteur Mabuse de l’avoir violé et chez le docteur No il est allé jusqu’à faire des bonds insensés sur son bureau, cassant tout et faisant mine de tirer au pistolet avec sa pipe tenue fourreau à l’envers. Il a traité le docteur Jivago d’esclavagiste tsariste et le docteur Jekyll de schizophrène ! Il n’y a qu’avec le docteur Petiot que ça s‘est bien passé. Ce toubib-là lui a montré sa collection de valises et Arthur a été fasciné. Petiot nous a expliqué que tout était normal, qu’Arthur était juste « un petit peu iatrophobe ». C’est lui qui nous a conseillé de voir ce docteur Zigmund pour le guérir définitivement.

- Si ce n’est que ça, Vitalie, ce n’est rien, rassurez-vous ! Iatrophobe, iatrophobe, tout le monde a peur d’aller chez le médecin ! Petiot a raison ! Par contre personne ne craint d’aller chez le rebouteux, le marabout, la voyante extra-lucide, l’astrologue ou la diseuse de bonne aventure !

DDS 476 table zigmund- Et vous, Elisa, qu’est-ce qu’il vous fait, votre Ernest ?

- Il me dessine des cochonneries partout ! Vous vous rendez compte, à son âge ? Des choses innommables ! On l’a même accusé d’avoir écrit « Merde à Dieu ! » sur le mur de l’église ! Et pourtant je suis sûre que ce n’est pas lui : on était chez ma sœur à Reims le jour où ça s’est fait !

Heureusement pour Arthur, la porte du cabinet s’est ouverte et le médecin, un grand type à cheveux blancs et moustache a lancé : « Madame Cuif ? ».

Vitalie et Arthur se sont levés, sont entrés dans l’antre du Docteur Zigmund, se sont assis sur les deux sièges devant la table de travail. Quel chantier, cette table ! Elle était couverte de piles de papiers de toutes sortes, d’objets qui n’avaient rien à y faire : un parapluie, une machine à coudre, un jeu de go, des lunettes pour contempler des éclipses de soleil, les oeuvres de Dr Fu Manchu. Il y avait même un chat vivant dont le sourire et le pelage changeaient à chaque entrée d’un nouveau patient dans la pièce.

Sur le mur du fond, face aux visiteurs, il y avait une affiche représentant le docteur Zigmund en train de jouer aux échecs contre une femme entièrement nue !

DDS 476 Duchamp joue aux échecs

Vitalie n’avait pu faire autrement que se signer, consternée et choquée par le décor, alors qu’Arthur s’était plongé dans une contemplation effrénée de la dame de l’affiche. Il songeait malgré lui : « Elle doit s’appeler Gabrielle et quand elle joue avec les blancs elle ouvre de 1.f4 ! ».

Le docteur Zigmund s’était assis sans rien dire et ils contemplait dans le blanc des yeux ses deux visiteurs différemment effarés. Au bout d’une minute de ce silence absolu il ouvrit la bouche et déclara :

- Je vois ce que c’est. Madame Cuif, voulez-vous bien me régler le prix de la consultation et ressortir discuter le bout de gras avec Madame Delahaye dans la salle d’attente ?

Comme subjuguée, Vitalie sortit son portefeuille et déposa le nombre de billets souhaités puis elle sortit de cet antre du diable comme elle le décrivit ensuite à Elisa.

- Alors Arthur, demanda le docteur Zigmund, pourquoi ne veux-tu pas retourner à l’école ?

- La vraie vie est ailleurs. Marre de faire des vers en latin !


- Qu’est-ce que tu veux faire plus tard ?


- Pas plus tard, tout de suite. Je veux devenir riche et célèbre. Mais je ne veux pas travailler.

Le docteur Zigmund posa une pierre blanche sur le plateau de go.

- Riche et célèbre, tu le deviendras. Mais très tard. Les saturniens se réalisent très tard. Sache le dès maintenant, ça ne t’apportera pas le bonheur pour autant. Est-ce que tu connais le proverbe chinois de l’imbécile et du doigt ?

- Quand on lui montre la Lune, l’imbécile regarde le doigt ?

- Oui. Eh bien tu vois, toi c’est l’inverse. Imagine maintenant un rhinocéros. Le rhinocéros regarde la Lune. Il croit que c’est une énorme boule d’or qui brille dans le ciel. Il sait que l’or, ça vaut du fric, alors il court toute sa vie pour décrocher la Lune. Et il oublie de voir ce que tout rhinocéros est obligé de voir, quoi qu’il regarde.

- Et quoi donc, Docteur Zigmund ?

- Sa corne ! C’est sa corne qui vaut bonbon. Sa fortune est devant son nez sous forme d’une corne d’abondance. En Afrique on chasse le rhinocéros pour exploiter sa corne. On en fait un puissant Afrodisiaque.

- Ca s’écrit « aphrodisiaque », ça vient d’Aphrodite ! releva Arthur qui avait décelé le jeu de mots rien qu’à la prononciation du praticien.

- Tu manques singulièrement d’humour, Arthur, et c’est ce qui te perdra. Mais tu es sur la bonne voie. La richesse est déjà en toi, vois-tu ? La solution pour toi c’est d’aller de l’avant, de ne plus t’arrêter. Fonce comme ce rhinocéros. Voyage, fais tout ce que tu veux, ne te soucie pas des conventions, deviens voyant, voyeur, voyou, voyageur, mets des couleurs aux voyelles, enivre-toi de bateaux et d’absinthe, va à Londres – j’y vais souvent, c’est très bien, Londres ! – va à Vienne, évite Bruxelles si tu peux, va loin, deviens le Cuif errant mais…

Arthur ouvrait des yeux en billes de loto.

- … mais ne cesse jamais d’être iatrophobe ! Ne mets jamais les pieds à l’hôpital, ce serait ta perte, malheureux !

- Comment fait-on pour être voyant ?

- Quand tu sauras monter une tente marabout pour huit personnes dans un camping de la Sarthe pour passer un week-end de tai chi chuan et de dégustation de vin de Jasnières, tu seras un homme, mon fils ! Je plaisante. Ou pas. On devient voyant par recensement-dézingage de toutes les règles, par dérèglement de tous les sens. Tu peux aller, maintenant. Je te rends à ta liberté libre. Deviens ce que tu es ! Et surtout, suis mes conseils à la lettre !

 

DDS 476 jeu de go

Le soir-même Arthur Rimbaud planta sa mère et ses sœurs sur la promenade où les tilleuls verts sentaient bon. Il alla prendre le train pour Charleroi puis bifurqua vers Paris mais ceci est une autre histoire.

DDS 476 jeu de go

Bien des années plus tard, alors qu’il était en train de compter sa fortune dans la corne de l’Afrique, il se souvint du rhinocéros du docteur Zigmund. Il ne rêvait plus que d’une chose, à l’époque : rentrer en France et vivre une Lune de miel avec une Gabrielle aussi jolie que celle du poster.

Et sur son coup f4 il eût répondu e5 !

 

DDS 476 chat zigmund

 N.B. Pour qui ne connaîtrait pas le Dr Zigmund et son rhinocéros, c'est ici ou ici que ça se passe. 

La majeure partie des photos de ce billet lui a été empruntée. Amitiés, Docteur Zig !


Ecrit pour le Défi du samedi n° 476 à partir de cette consigne : iatrophobe

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08 octobre 2017

DE RIMBAINE À VERLAUD. 2, ENGUIRLANDER

M. Arthur Rimbaine
Agence d’exploration de villes extraordinaires
et d’us et coutumes à mettre dans les annales
8, quai Arthur Rimbaud
08000 Charleville-Mézières

Monsieur Paul Verlaud
Société de géographie des Maladives et du Miraginaire
73, rue Sonneleur
62812 Vent-Mauvais

Charleville, le 5 octobre 2017

 

                                  Mon cher Paul

C’est incroyable comme je me suis fait enguirlander en arrivant dans le petit village de Ténadoque-sur-Couesnon ! Il faut dire cependant que le nom d’oiseau, le langage fleuri et l’invective généreuse constituent l’industrie principale de cette commune de la Manche très inventive et sympathique au demeurant comme à celui qui n’y reste pas.

A la descente du bus de charmantes autochtones en pagnes bariolés – des motifs de voyelles colorées, si je me souviens bien – la poitrine presque dénudée – on dit aussi «topless» mais ce mot est tabou ici – et des fleurs sur l’oreille vous mettent autour du cou, en guise de guirlande et de bienvenue, des chapelets d’injures. Il s’agit de petites lettres de plastique rattachées perpendiculairement à un grand cordon de l’Ordre de Stone et Charden, «made in» Normandie lui aussi.

 

IL 171002 Ténadoque

Cela vous est offert de bon cœur, sans arrière-pensée, sans animosité et sort tout droit de la recyclerie locale, «La Ténadoquerie du cœur» où l’on peut s’en procurer d’autres bien plus fournis ainsi que des tombereaux entiers mais, bien évidemment, il faut y mettre le prix.

A titre d’exemple de leur imagination sans limites, voici les mots qui figurent sur celle que j’ai achetée à votre intention :

«Hygiaphone ! Croquemoufle ! Hobereau ! Habitant d’Ubac ! Jobastre Sartrien ! Hypocondriaque ! Goinfre de Padirac ! Gramophone du bide ! Xylophage ! Rubicond mal affranchi ! Serpolet ! Serre-Paulette ! Mellotron ! Balladurien ! Krasuckiste ! Yaka Yakapa ! Zarzueliste ! Doryphore de café ! Fripouille des Pouilles ! Draisienne ! Roubaisienne ! Castor vénitien ! Loutre qui danse ! Va comme je te pousse ! Dupois l’ajonc ! Phonographe ! Bistouri à moquette ! Bouillon de Rubik’s cube ! Sarrasin zinzin ! Semoule de blé dur ! Castafiore bazooka ! Thermomètre anal ! Pousse-mes-gueux ! nez de beau ! Abyssynique ! Fait de néant ! Sexe-traîne ! Peine à fouir ! Fourragère ! Rodomont ! Cambouis de cambuse ! Cancrelat de vivre ! Saltimbanque !»

J’ai interrogé pour vous le directeur de cette usine à gros mots :

- En ces temps de globishalisation bisounoursienne où les seuls écarts de langage sont du style «What the fuck ?», «triple buzz» et «jokes» en bande organisée sur ou devant un plateau de télé, je trouve qu’il est bon de recourir au vocabulaire toujours surprenant de notre bonne vieille langue française. Cela nous permet à nouveau de tirer la langue dans tous les sens, d’enguirlander sévère les animateurs de bavasseries télévisuelles ou radiophoniques (talk-shows), les monomaniaques bouffeurs de séries (addicts), les américanophiles par principe, les perfidalbionistes, les Rastapopulistes, les City Schön Ken, les néo-Thatchériens de l’anti-Jeanned’arquerie primaire, les Rossini-ni du tourne-dos, les pisseurs à l’arrêt, les faux Monzami, les petits fats, les harengs soles, les missi dominici, bref toute la gamme des brouilleurs d’écoute que vous savez ! J’en passe et des Shakespires !

M. Archibald O’Florine qui a des ascendances mi-écossaises, mi-scandinaves a tenu à préciser, en montrant ma guirlande :

- Nous autres, Normands, nous sommes francs du collier ! Nos équipes utilisent pour fabriquer les insultes nouvelles des termes pas si anciens que ça mais tombés en désuétude à cause de la modernité galopante et de son lot dément et démultiplicateur d’obsolescence programmée de nos vies, de nos langues et de nos us et coutumes. La civilisation moderne est un étouffoir d’empoigne. Si on ne s’enguirlande plus, si on ne se coltine pas la réalité de l’autre, si on n’échange plus, si on ne se parle plus, si on ne s’affronte plus sur l’échiquier des mots que bien à l’abri derrière un écran, on finit par se tirer dessus dans la rue. Il vaut mieux vider sa maquerelle avant de la faire cuire sinon ça va sentir l’étripage au salon !

- C’est vrai, lui ai-je répondu. Le jeunisme, ça va bien cinq minutes, après il faut rentrer dans le rang et dans le chou sinon on n’existe plus ! Merci aux Ténadoquiens d’avoir réveillé en nous l’insultanat dormant !

Je vous joins, mon cher Paul, la facture de cette exploration. J’espère que vous ne vous fâcherez pas, cher vieux coquin à jambe de bois, si je vous traite, «ténadoctement» mais gentiment, d’Unijambiste du Zambèze !

Si vous avez une autre mission d’exploration à me confier, n’hésitez pas à me joindre où vous savez.

Bien amicalement

Arthur R.

 

Ecrit pour les Impromptus littéraires du 2 octobre 2017 d'après cette consigne

AU PIED DE LA LETTRE AU BARBU

C’est dingue comment on m’a enguirlandé !

Sûr, avec tout ce qu’on m’a mis sur la gueule, j’étais habillé pour l’hiver !

Y’a de quoi vous foutre les boules, quand même !

Je le savais bien qu’à l’approche de cette date il y avait de l’électricité dans l’air mais bon, j’en ai pris tellement plein les mirettes que je clignote de partout. Trente-six-chandelles, j’ai vu !

Mais ça va, ils se sont calmés.

Il y a juste les mômes qui me chantent sans cesse des stupidités à propos de Blois et Guéret qui ne serait plus dans la Creuse à cause des découpages administr’hâtifs de la dinde et du loir. Je ne comprends pas trop ce qu’ils veulent dire par-là. Heureusement la mère les met au lit tôt, ça me retire une belle épine du pied.

Mais bon, je n’aime pas être maquillé comme ça, on dirait une drag-queen sur un char de la techno-parade. Et vas-y que je te me montre à tout le monde et vas-y qu'on dit que je suis beau et il paraît qu’ils attendent plein d’autres visiteurs bientôt. Tu parles d'un cadeau !

Je crois qu’après le 25 je vais me tailler de cette crèche. En bûchettes. Ma cohabitation avec la famille Dugenou ne va pas faire long feu, je vous le dis. Je ne sais pas si vous percevez l’odeur mais… ça sent furieusement le sapin !

 

161227 265 009 

Ecrit pour les Impromptus littéraires du 2 octobre 2017 d'après cette consigne

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L'AMOUR C'EST COMME LES MELONS

L’amour c’est comme les melons :
On vous kiffe ou pas, c’est selon ;
On vous sniffe ou pas c’est selon.

On met son nez contre le nez de l’esquimaude
Et si l’aRÔME ERRE et taraude
Alors on passe la nuit chez Maud.

AEV 1718-03 Ma nuit chez Maud

 

Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le mardi 26 septembre 2017
d'après cette consigne

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07 octobre 2017

DE RIMBAINE À VERLAUD. 1, HYPOCONDRIAQUE

M. Arthur Rimbaine
Agence d'exploration de voies intraveineuses
et de traditions orales ou à mettre dans les annales
8, quai Arthur Rimbaud
08000 Charleville-Mézières

Monsieur Paul Verlaud
Société de géographie des Maladives et du Miraginaire
73, rue Sonneleur
62812 Vent-Mauvais


Charleville, le 4 octobre 2017

Mon cher Paul

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Voici mon premier rapport sur l’île de Tamalou, anciennement dénommée Hypocondrie, où je me suis rendu à votre demande afin de vérifier et compléter les informations dont vous disposiez ou pas.

La capitale de cette petite île s’appelle bien Gébobola comme vous le supputiez. L’île est traversée d’Est en Ouest par une rivière que les autochtones appellent la Fièvre diffuse. Un genre de Sèvre niortaise mais en moins long que cette rivière charentaise qui pantoufle aussi en Vendée et dans les Deux-Sèvres. C’est un fleuve relativement impassible qui prend sa source sur le plateau de Maloku et s’épand en de nombreux méandres une fois qu’il est rendu dans la plaine de Malokrane. Ses principaux affluents sont la Migrène, l’Hémorroide, la Savouchatouïe et la Savougratouïe.

Au Sud de l’île se trouve une chaîne de montagnes assez bien élevées qui tutoient les cieux mais avec respect et que l’on nomme les Pyravenirs. L’été les Tamaloussas y organisent des courses de vélo très disputées. Ils essaient de franchir le plus rapidement possible le Col du Fémur, celui du Tournemalet puis escaladent l’Aubisquerage, sinuent sur les lacets du mont Eiffel-Argan, grimpent au sommet du Savapété, un volcan qui n’est du reste pas encore tout à fait éteint. « Avec le temps va tout volcan mais c’est comme le cul du fanon, ça met un certain temps » dit un proverbe local qui les fait rire comme des baleines, car, vous le verrez tout à l’heure, mon cher Paul, ils sont très joueurs, les Tamaloussas.

Le tour de Tamalou se poursuit dans la plaine avec des étapes de plat disputées entre Enséfalogram et Toutanémié. L’épreuve contre la montre a lieu sur le circuit de Poukibavitalarivé. Le dopage est autorisé. Une des curiosités de l’ile est d’ailleurs l’usine pharmaceutique de Kilébon-Monmédoc où l’on produit le sirop Typhon, la capsule Gémini et la gélule Dernier-Vargas qui soignent toutes les maladies mais uniquement sur place.

Les autres industries locales sont la confection de blagues Carambar et l’invention de maladies asymptomatiques, les bobobénins, destinés à rassurer les gens sur leur bonheur présent, à prendre en vaccin sous forme de doses homéopathiques de caramel mou et huit jours. Un autre proverbe tamaloussa dit d’ailleurs « Si t’as que ça, reste chez toi, va pas creuser Troudlaséku ni enrichir les charlatans !».

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Si cela vous intéresse, j’ai ramené des échantillons des troubles psychosomatiques suivants, qui m’ont semblé intéressants :

- La Rimbaldite aiguë : peur de n’avoir pas été très sérieux à l’âge de dix-sept ans ;

- Le Tintinoreleczéma : maladie de peau qui se déclenche quand on pense qu’on aura un jour soixante-dix-sept ans et que l’on n’aura pas, à relire les aventures de Tintin et Milou, un plaisir égal à celui qu’on éprouva à les découvrir à sept ans ;

- La dissentryphonite : peur de chier un pendule ayant appartenu à un savant sourd ;

- L’épanchement de cuisine novice : trouble obsessionnel compulsif qui consiste à craindre de mourir en ayant oublié de fermer le gaz sous la cocotte alors qu’on concoctait une recette nouvelle.

Je vous l’avais dit, mon cher Paul, les Tamaloussas ou Hypocondriaques sont de drôles de zigs, un petit peu malades dans leur tête, mais bon, qui ne l’est pas de nos jours ?

Pour vous rendre dans leur île il faut partir de Kuala Lumpur en Malaisie. Il y a un vol régulier qui dure une demi-heure et vous dépose sur l’aérosyndrome de Münchhausen puis on prend ensuite une navette automobile, un bus en fait, qui vous amène au centre-ville de Gébobola, terme-omettre de votre « voillage » comme nous disions jadis, vous et moi, quand nous bourlinguions de concert.

DDS 475 malaisie_2


Je joins ma facture à cette missive. Vous constaterez que je n’ai pas pratiqué le coup de fusil comme on le fait ces temps-ci dans le secteur non-conventionné.

Si vous avez une autre mission d’exploration à me confier, n’hésitez pas à me joindre où vous savez.

Bien amicalement

Arthur R.

 

Ecrit pour le Défi du samedi n° 475 à partir de cette consigne : hypocondriaque

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04 octobre 2017

LE MYSTERE DES DIX-HUIT CHAISES

AEV 1718-04 mystère

La vie est la farce à mener par tous
Alors déguisez vous
En clown,
En Superman,
En drag-queen ou en Jupiter
Puisque je est un autre !

*

Le monde a soif d’amour. Tu viendras l’apaiser.
Garde-toi cependant une poire pour la soif,
Une poire à lavement pour noyer ses laideurs.

*

Le chant des cieux, la marche des peuples !
Esclaves ne maudissons pas la vie !
La mort aura vite fait de ployer à genoux
Le poète qui maudit !

*

Mais que salubre est le vent
Qui sème tout à la fois
Les graines d’avenir
Et l’engrais de l’oubli !

*

Je me crois en enfer, donc j’y suis.
Pour combien de saisons ?
Pour quel crime commis ?
C’est de ne pas savoir qui fait que l’on y est
Sans même pouvoir y croire. 

AEV 1718-04 saison

 
C’est un trou de verdure où chante une rivière
Et la Nature, idiote, y berce un militaire !

*

Les inventions d’inconnu réclament des formes nouvelles :
Soufflons le verre de la cornue inusitée
D’où sortiront les germes de la vie éternelle !

*

J’écrivais des silences, des nuits. Je notais l’inexprimable, je fixais des vertiges.
Sous ce que j’ai écrit ils ont posé leurs mots
Et c’était détestable ;
Sur ce que j’ai écrit ils ont posé leurs culs
Et c’était lamentable !

*

Oh la la ! Que d’amours splendides j’ai rêvées
Mais chaque fois ma mère entrait et me disait :
« Boug’ toi donc, fainéant ! Il est l’heure de t’lever !

*

Et j’ai vu quelquefois ce que l’homme a cru voir :
Un homme qui aurait vu l’ours qui aurait vu le loir.

*

C’est faux de dire : je pense. On devrait dire : on me pense.
Couteau planté dans le ventre,
Balle perdue dans le poignet,
Pour que tout ce raisiné
S’arrête enfin de couler
On me panse, on me panse !

170712 265 021


Il faut être absolument moderne !
Il y a tant de vieilles badernes,
Il y a tant de vieilles casernes
Et si peu qui me concerne
Dans vos étendards en berne.

*

Ô justes, nous chierons dans vos ventres de grès,
Dans la colle du progrès,
Dans la quille et dans les agrès
Et dans les pantalons des paléontogogues.

*

J’ai avalé une fameuse gorgée de poison
Et j’aurais préféré qu’on ait
Sur ma table posé
Bière crémeuse ou, à foison,
Lumineux cruchons de gorgeon.
Où se trouve l’eau de la Meuse
Que j’y recrache mes misères
D’auteur « malgré lui » qu’il en ait
De best-sellers pour les liseuses !

AEV 1718-04 arthur R


Elle est retrouvée. Quoi ? L’éternité : c’est la mer allée avec le soleil
Jouer à saute-nuages et à change-couleurs dans le ciel de Barfleur

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Je m’entête affreusement à adorer la liberté libre
A en perdre la raison
Mais une chambre d’hôpital
Sera ma dernière prison.
Dis-moi, à quoi tout cela rime ?
Et, ma sœur, quel était mon crime ?

*

Ô saisons ! Ô châteaux ! Quelle âme est sans défaut ?
O cuisine ! Ô restau ! Quel cuistot sans couteaux ?

*

Oisive jeunesse à tout asservie !
Par délicatesse j’ai perdu ma vie

Si vous la retrouvez
Envoyez-moi un mot :

Cimetière de Charleville,
Boîte aux lettres Rimbaud.

170715 Nikon B 012


 Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le mardi 3 octobre 2017
à partir de la consigne ci-dessous

02 octobre 2017

LE GIBIER MANQUE ET LES FEMMES SONT RARES

LE GIBIER MANQUE ET LES FEMMES SONT RARES :
Supplique pour être opéré à l'Hôpital de la Timone à Marseille

se chante sur l'air de la "Supplique pour être enterré sur la plage de Sète" de Georges Brassens

1
Vous n’imaginez pas c’que j’ai fait comm’ boulots !
Explorateur d’enfers, métallo-mégalo
Marchand de casseroles au Harar(e)

J’ai vendu des télés aux paysans d’Ardenne
Mais dans ce grand désert où mon âme se traîne
Le gibier manque, les femmes sont rares.

01 Le gibier manque

2
L’amour c’est aussi con que le chant des oiseaux :
On n’prévoit pas le jour où l’on deviendra gros
Quand on est ivre en la gabare.

J’ai descendu des fleuves absolument grotesques
Et j’ai vu des pays abracadabrantesques
Où l’gibier manque, la femme est rare.

3
Dans les cabarets verts j’ai vu bière et Fräulein,
Ses bourrelets d’antan, muss es sein ? Es muss sein !
Ell’ me surnommait « Ringard Star ».

02 Biere_et_fraulein-1

La danse du balai, la danse du tapis…
Elle s’est envolée, eh bien, ma foi, tant pis !
Le gibier manque, les femmes sont rares

4
Si t’as levé le coude, alors lève le pied,
Rimbaud pas vraiment beau - poète, vos papiers ! -
J’étais vraiment un type bizarre.

Puis la mer a bercé tant d’amours cet été
Que dans le creux des vagues où j’étais balloté
J’ai rencontré la femme-cougar.

5
Ancienne jeune fille qui faisait des pâtés,
Belles jamb’s mais alors quell’ tête ! Mocheté !
Avais-je le choix dans la date ?

03 sacha-distel-le-bateau-blanc-1980-2

Je me suis retrouvé en tutu sur le pont
- O Bwana Missié blanc ! Pauvre zombi Dupont ! -
Avec la chtouille entre les pattes.

6
Ses lèvres avaient le goût du beaujolais nouveau ;
Tous les dauphins dansaient avec ce cachalot
Le dernier tango à la mode.

Tu as beau bronzer beau, t’as la marqu’ du maillot
Aux Ménuires elle était barmaid dans le restau
J’aimai son cul sur la commode.

7
Ma civière est posée sur le pont du bateau
Enivré de douleur, je file, pas vraimambeau,
En direction de la Timone.

Je ne danserai plus, pas même comme un pingouin
Je n’suis jamais allé aux am-putes à Saint-Ouen
Mais maint’nant, en voitur’ Simone !

8
Avion, bête, camion, j’en passe et des meilleures,
Je pourrais porter plainte, au fond, contre mon cœur
Mais je délire et je m’égare.

Antoto Akali Abitchou Chankora
Mindjar Cassam Rouella Hawache et Fil-Ouaha
Le gibier manque, les femmes sont rares.

9
Careyon et Gallas et guerre aux Aroussis
Le chirurgien découpe et ça sent le roussi
Ma sœur prie Dieu dans le couloir.

Galansa ! Boroma ! P’tits roberts ! Burkini !
Choux cailloux et genoux, époux d’Abyssinie,
Le cœur me manque les jambes sont rares.

04 1510619558-3

10
Si vous me confisquez mes membres inférieurs
Vos villes deviendront des cloaqu’s en chaleur
Vous ne trouverez plus d’ivoire.

Comm’ j’hippopotaimais cette amante irascible
Verlaine me hurla dessus – j’étais sa cible –
« Pwète à la manque ! Faiseur d’histoire ! »

05 je t'hippopotaime 4800

11
Ô Terre du Harar ! O portes de l’Eden !
Misères de ma vie finies à l’Est d’Aden !
On a trop fait l’amour ensemble !

Quoi de plus redoutable, au fond, qu’un pet sonore ?
Langage, emporte-moi, tue-moi ou baise m’encore !
Ô tant je t’aime que j’en tremble !

12
Ô Dieu ! Mon Chinois vert, passe-moi donc le ciel !
J’écouterai pousser les fleurs du violoncelle,
Mettrai les bigoudis par douze

Aux cheveux du Destin, aux chercheuses de poux
Et je te scanderai les chansons des Papous
Pour que se termine… ce blues !

Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le 26  octobre 2017
à partir de la consigne ci-dessous

30 septembre 2017

ECRIRE A WALRUS. 1, Gramophone

Le Boss
Quelque part en Belgique
Derrière la laisse d’un Jack Russell très autonome

"Sur mon phono /Mon bon vieux phono /Sans m’ déranger
J’ peux écouter / L’ premier numéro / De Chevalier
J’ vois La Scala /L'Eldorado /Et moi, en l’ver d’ rideau
Sur mon phono / Mon bon vieux phono / Qui chante faux

Vincent Scotto - Mon bon vieux phono" 

Cher oncle Walrus,

 

170924 265 076

Est-ce bien raisonnable de proposer
Un gramophone aux graphomanes ?

Et pourquoi pas bientôt, peut-être,
Des hormones de croissance à Superman,
Un nain jaune aux nymphomanes,
Un mégaphone au quadrumane,
Un hygiaphone au pétomane,
Une mégatonne à Rocket-man,
Un Gaffophone aux mélomanes ?

Un gramophone aux graphomanes !

Dans la cire si malléable du langage
Ils vont y creuser leur sillon,
Evoquer tous leurs craquements,
Leur stupeur et leurs tremblements,
Pondre des fables à la Chaîne,
S’terrer auprès de Caruso,
Faire soixante-dix-huit tours ou plus sur le plateau
Puis remettre l’aiguille au début
Et saturer le pavillon de tes oreilles
En racontant comme des sourds
Leurs symphonies de siphonnés,
Leurs sanglots longs de sonotones,
DDS 474 Porgy_bessLeurs rayures de bagnards du verbe
Jusqu’à ce qu’ils entendent
Le bras en bout de course se lever
Et donner le signal à tes nerfs fatigués
Et voient le chien blanc d’EMI
Un Jack Russell, assurément,
Assis devant le gramophone
Ecoutant la voix des maîtres du son
Et qui n’entend plus suivre
La voie qu’avait choisie son maître.

Un gramophone aux graphomanes !

Pourquoi ne pas proposer
« Nyctalope » à Pénélope ?
Faire l’obole de « Vinyle » au Discobole ?

Ignores-tu que nous avons été vaccinés avec une aiguille de phonographe,
Que pour combler le zézaiement des éléments
Nous pratiquons, toujours avides, le trop Zeppelin avant l’aphone ?
Que nous brassons de l’air pour en faire des chansons
Et tant pis pour la bière sur laquelle nous dansons !

Vois-tu comme j’ai été bon aujourd’hui, à faire si bref ? J’aurais très bien pu te parler longuement de Charles Cros qui voulut inventer cette machine-là, l’image en couleurs et des tas d’autres choses et qui s’en vint surtout avec l’ami Verlaine accueillir à la gare un dénommé… Comment déjà ? Ah oui ! Rimbaud !

Ce sera pour une autre fois ou pour ailleurs, cher oncle ! Porte-toi bien ! Tiens bien la laisse !
 

DDS 474 kitle

 Ecrit pour le Défi du samedi n° 474 d'après cette consigne

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29 septembre 2017

ECRIRE A RIMBAUD ? 9, Gramophone

Monsieur Arthur Rimbaud
B.P. 01 au vieux cimetière 
08000 Charleville-Mézières

Mon cher Arthur

« Un bon petit diable à la fleur de l'âge,
La jambe légère et l'œil polisson,
Et la bouche plein' de joyeux ramages,
Allait à la chasse aux papillon»

Georges Brassens – La Chasse aux papillons 

 

DDS 474 de fil en aiguilleAujourd’hui je devais te parler de gramophone mais à la chasse aux papillons, j’ai rencontré Cendrillon. Comme elle partage tout, même ses microbes, elle m’a filé son rhume et j’ai donc passé mon lundi matin plongé dans un autre bouquin très intéressant. Il s’appelle : « De fil en aiguille : les pionniers de la communication : Charles Cros et les autres ».

Charles Cros ! Qui sait, ou qui se souvient, qu’il accompagna Verlaine à la gare de l’Est pour t’accueillir à Paris un jour de septembre 1871 ? « Venez, venez vite, chère grande âme ! On vous désire ! On vous attend ! » ou plutôt, sans les fioritures, « Venez, je me charge de tout » t’avait écrit l’homme des sanglots longs en t’expédiant un mandat pour payer le voyage. Sauf que ces deux clampins n’avaient pas de perche à selfie au bout de laquelle ils eussent pu accrocher un panonceau «Arthur Rimbaud ?» ou «Hôtel Verlaine». Du coup tu les ratas, ils te ratèrent, vous vous ratâtes. Il y a fort à penser que tu arrivas avant eux au 14 de la rue Nicolet chez les Mauté de Fleurville, les beaux-parents de l’homme au ciel par-dessus les toits, et que Charles Cros était bien le deuxième des hommes qui entrent là pour te retrouver dans le récit de M. Teyssèdre sur M. Googlebooks.

Charles Cros, le deuxième homme ! Quel humour elle a cette Fatalité Offenbachienne ! 

DDS 474 cros chasseur de papillons

Car Charles Cros fut bien, toute sa vie durant, le Poulidor de l’invention et même peut-être aussi celui de la poésie ! Que ce soit pour le phonographe ou pour la photographie des couleurs, ce poète savant eut la vision et la conception juste de ce qu’il fallait faire mais fut toujours coiffé au poteau par des gens qui, de leur côté, étaient arrivés au même résultat mais avaient mis en pratique l’idée. Ainsi de Louis Ducos du Hauron, le Jacques Anquetil de la trichromie et de Thomas Edison, l’Eddy Merckx du phonographe. Quelle déveine permanente !




« J'ai tout trouvé, nul mur ne m'ayant arrêté.
Mais Chance, dis-moi donc de quel nom tu te nommes ? »

Charles Cros ! Le passage des poètes dans le Sud de la Sarthe ! Je ne puis parler de lui sans révéler que moi aussi, comme toi, j’ai habité chez lui ! Enfin, pas chez lui, chez son mécène, le duc de Chaulnes, au château de Sablé dans la Sarthe. Et, bon, d’accord, plus d’un siècle après, quand même, je ne suis pas si vieux que ça. Le duc de Chaulnes, très intéressé par les développements de la photographie, avait invité le poète-inventeur natif de Fabrezan à venir poursuivre chez lui ses travaux sur la photographie des couleurs. 

ECOLE-MODERNE--LE-CHÂTEAU-DE-SABLE-SUR-SARTHE-AQUARELLE-ENCADREE-PROVENANCE---ANCIENNE&HELLIP-

Il y a de quoi rigoler à propos de ce château de Sablé-sur-Sarthe. Quelle continuité dans sa destinée poétique ! Alors que tu devenais, après ton départ en Afrique, négociant en café, le château fut racheté par des industriels du Nord de la France, les frères Williot qui y installèrent une fabrique de chicorée. Alors que Charles Cros y était venu pour la photographie, le château devint en 1981 un centre de microfilmage de documents de la Bibliothèque nationale. Joe Krapov, poète à ses heures et photographe à seize heures trente, y travailla de 1985 à 1997.

Et je me souviens, dans la même veine, d’un texte d’Alphonse Allais, "L'agonie du papier",  où il imaginait le journal de l’avenir sous forme d’une pellicule photographique projetée sur le mur. Carrément la microfiche, déjà ! Alphonse Allais qui connut Charles Cros au cabaret du Chat noir et au journal éponyme…

Si je reviens au livre dont je parlais au début – parce que, n’est-ce pas, de fil en aiguillle, on perd de vue qu’on est en train de causer du livre "De fil en aiguille" - je dois préciser qu’il est également le catalogue d’une exposition de ce département de la Bibliothèque nationale qu’on appelle «Phonothèque nationale».

A une certaine époque, bien avant que je n’aille travailler en Sarthe, je passais tous les jours devant cette institution sise au numéro 2 de la rue de Louvois à Paris. Moi je bossais au numéro 4. Une des rédactrices de ce catalogue, Catherine Cassan, vint elle aussi, plus tard, travailler au château de Sablé.

Mais revenons au gramophone. Dressons, c’est très amusant, non pas des tigres du Bengale mais la liste des inventions qui ont permis d’accomplir le rêve de Charles Cros :

"Comme les traits dans les camées
J'ai voulu que les voix aimées
Soient un bien, qu'on garde à jamais,
Et puissent répéter le rêve
Musical de l'heure trop brève ;
Le temps veut fuir, je le soumets." 

DDS 474 gramophone_berceau_fete_de_la_musique

Télégraphe parlant – paléophone – phonographe – microphone – photophone – audiphone – électromotographe – gramophone – kinétoscope – linguaphone – électrophonoscope – cinématographe – kinétoscope – micro-phonographe – bioskope – chromophotographe Demény – fluoroscope – télémicrophonographe – Eureka – mutoscope – multiphone – télégraphone – Lioret-graph – multiplex graphophone – kinora – triplephone –phonopostal – monophone – elgéphone – chronophone – kinematographe – phonocinématographe – telegrapon – radiotéléphone – cinéphote – télévision – chronophone – pathégraphe – ronéophone – dulcephone – praxinoscope – trichromie – bélinographe – télémégaphone – téléphonomètre – phonogosier – phonofilm – televisor – alternaphone –pick-up – sélénophone – phonodiff – radiophonographe – magnetophon – mnémosyne – visiotéléphone –

Tout ça, en passant par la caméra super 8, le magnétophone à cassettes, la poupée qui parle et le baladeur MP3 pour aboutir à Skype et au smartphone !
C’est ddddingue !

Sur ma fréquentation plus active encore de Charles Cros dans la ville de Sablé j’ai conservé tout un dossier d’archives. Il me faudra bien un jour publier-partager le souvenir de ces soirées de lecture publique « Hydraulire » créées et animées en collaboration avec Lionel Epaillard. Je dois avouer, en contemplant ce hareng saur qui en fait partie, que je m’intéressais alors plus au poète qu’à l’inventeur. 

DDS 474 hareng 2

Revenons à toi, camarade Rimbaud ! Il paraît que votre cohabitation ne dura que quinze jours at que ce fut de ton fait. Je lis ici que tu lacéras une revue dans laquelle Cros avait publié des poèmes. Non mais ça va pas, la tête, Arthur ? C’est quoi cette manie de jouer du couteau ? Tu te prends pour le général Alcazar dans « Les sept maboules de cristal » ? Tu as le diable dans le ventre ou quoi ?

Charles Cros ne t’en voulut pas plus que ça. Il lança une souscription pour que les poètes du Cercle zutiste puissent assurer ta subsistance de PDG SDF (Poète Décrocheur Génial Sans Domicile Fixe).

Charles Cros m’est sympathique également à cause de son humour loufoque, absurde et parfois grinçant. A part le fait qu’il a laissé son nom au grand prix de l’Académie du disque, il est célèbre pour avoir écrit ce poème décoiffant, « Le hareng saur » dont j’ai trouvé une version formidablement illustrée ici.

On ignore souvent que cette chanson de Brigitte Bardot est signée aussi de lui. Le poème original s’appelait "Triolets fantaisistes". La musique est de Yani Spanos.

Comme tu peux le constater, mon cher Arthur, mon oncle Walrus m’a particulièrement gâté en me proposant d’écrire sur un mot tel que "gramophone".

Il me ramène à des époques bénies - « 20 ans le plus bel âge ! Ou le plus con ? -, à des lieux d’écoute musicale oubliés, le pavillon de Paris, le théâtre Mogador, le grand studio de RTL, le Vidéostone, le théâtre Solférino à Lille, les différentes scènes de la Fête de l’Humanité, la «piscine» du château de Sablé où l’on travaillait avec un casque de baladeur à K7 sur les oreilles…

Il m’incite à numériser des documents qui dormaient dans mon grenier et à en découvrir des tonnes d’autres sur Internet, dont ce disque de Jean-Marc Versiniun musicien que je connaissais déjà de longue date parce qu’il a mis en musique des poèmes … d’Arthur Rimbaud !

 DDS 474 cros  DDS 474 rimbaud

Allez, R.I.P., (Reste in Peace and love ?) mon cher Arthur, comme on dit chez M. Youtube sous les vidéos d’artistes décédés ! Au moins jusqu’à samedi prochain !


Ecrit à partir de la consigne du Défi du samedi n° 474 : Gramophone

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