07 décembre 2017

QUI SE MÊLE DE PLUIE ET DE VENT ?

C’est l’automne. Le vent s’engouffre dans la rue du Quai. Dans le caniveau il y a un cahier bleu avec des feuilles à petits carreaux. Au passage du vent une page se tourne. On peut y lire, posés par une main qu’on devine enfiévrée, les mots suivants :

Toi qu’il a ravie au lit, livide Livia, quel talent à l’Italien, tel Lulli, que nous n’avons pas ? Est-ce que son Mickey mousse ? Sa tagliatelle est-elle magique ? Elle glose et glisse sur la glaise pour que tu glousses comme l’Anglaise qui se glace en son église ?

Arrivé sur le port le vent change de direction. Une autre page se tourne.

Avec elle j’aurais parcouru le monde en tous sens. Les quatre points cardinaux n’auraient pas eu plus de secrets pour nous que les quatre filles du Docteur Marsch ou crève. J’aurais escaladé en sa compagnie les sept collines de Rome : l’Aventin, le Palatin, le Trissotin, le Picotin, le Quirinal, le Capitole et le Pactole. Bref j’étais tombé éperdument amoureux d’Isaure Chassériau dont le portrait peint par Amaury-Duval est conservé au Musée des beaux-Arts de Rennes.

Le vent décide alors de tourbillonner au-dessus de ce cahier. Une page se tourne encore

Bon, c’est l’histoire d’un gars qui va acheter son pain à la boulangerie tous les matins. Mais comme il est un peu myope et qu’il est séduisant cependant, il ne s’aperçoit pas que la jolie boulangère est prête à lui donner son 06 et plus si affinités. Alors, comme la situation perdue et que le 45 tours ne peut pas dépasser 2 mn 45 elle lui prend un rendez-vous chez un ophtalmo qui lui prescrit d’acheter des lunettes. Et donc, le lendemain de cet achat il retourne à la boulangerie et en un éclair il la trouve très chou, il l’épouse et ils font fortune en lançant une chaîne de pâtisseries pour bobos sans gluten.

Maintenant la fureur du vent est apaisée. Sa lecture le met en joie. Une dernière page se tourne.

Le cri de Tarzan commence la journée : «Aouaouaaaaah !». Celui de Jane hurlant «A table ! Le puma aux betteraves est servi !» la termine.

La vie des baobabs est une succession de palabres mystiques auxquelles leur feuillage n’entrave que couic.

L’éléphant rêve d’un régime amaigrissant, la girafe d’un restaurant gastronomique.

Qui ne consulte pas l’horaire avant de sauter risque de rater la liane de 8 h 47.

Qui a été saisi par une oreille et entraîné dans un maquis ne doit pas s’attendre à ce que le gorille lui fasse écouter ses vinyles de Brassens. Ce serait trop facile !

Maintenant le vent est tombé sous le charme de cette écriture drolatique. Il note l’adresse, « 15, rue du Quai », puis s’en repart dans les hauteurs. Il s’insinue par le dessous de porte dans la chambre où dort Eole sous les draps. 

IL 171204 Time fades away

Dans la rue du Quai il s’est mis à pleuvoir. Et pas qu’un peu : la pluie est diluvienne. Elle trempe et détrempe tout, elle cochonne et détruit tout, elle lave et délave l’écriture, l’encre déteint, les feuilles du cahier bleu se collent et se décollent à jamais. Tout ce qui ruisselle des toits et des gouttières aboutit dans le caniveau et le cahier, tel un bateau ivre, est emporté par ce torrent jusqu’à la bouche d’égout la plus proche.

***

- Vous imaginez ? Là, ce n’est que mon cahier d’écriture nomade mais si le vent et la pluie ont fait pareil avec les manuscrits africains de Rimbaud ?

- Arrête de nous bassiner avec ça, Joe Krapov ! Le Harrar, c’est comme la Bretagne, il n’y pleut jamais. Et puis tiens-le toi pour dit : Rimbaud n’a plus pondu de poésie après 1875. Il a arrêté d’écrire. Et si toi tu pouvais faire pareil, tes cahiers paniqueraient moins en songeant à leur devenir !

 

Ecrit pour les Impromptus littéraires du 4 décembre 2017

à partir de cette consigne.

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04 décembre 2017

UNE BONNE NOUVELLE

Lakévio 87 118102237

La marquise sortit à cinq heures. Il n’y avait que quelques pas à faire pour aller de sa villégiature au bureau de poste au centre du village. Elle les fit d’autant plus volontiers qu’il avait fait chaud toute la journée et qu’un peu de fraîcheur arrivait seulement maintenant par l’Ouest.

Elle donna le numéro parisien. La télégraphiste demanda l’inter et elle alla s’enfermer dans une cabine. Ce fut James qui répondit.

- Passez-moi mon mari, James, je vous prie !

Au lieu de le faire, le majordome partit s’empêtrer dans des explications confuses selon lesquelles un des chevaux de l’écurie n’allait pas bien «et même plus si affinités». On ne comprenait jamais rien de ce qu’il racontait, celui-là. En plus il avait un accent Ch’ti à couper au couteau à Maroilles.

- Je vous serais bien obligée d’appeler mon mari pour qu’il vînt au bout du fil.

En fait elle eut Martin, le cocher, qui renchérit sur le laïus chevalin.

- Mais qu’est-ce que vous m’embêtez avec vos histoires d’écurie et de début d’incendie ? Occupez-vous de cela avec Monsieur le marquis. Moi je suis partie depuis quinze jours à Deauville où je suis toujours, je ne puis régenter cette affaire à distance, vous en conviendrez ? Passez-moi mon mari ou si c’est impossible, passez-moi Pascal ou Lucas !

Ce fut Lucas. Il alla droit au but, sans les circonvolutions des autres. Apprenant la nouvelle de sa ruine, monsieur le marquis s’était suicidé. Une balle dans la tête. Dans sa chute il avait entraîné le chandelier. Tout son bureau avait pris feu. L’incendie s’était propagé à tout le château. Jusqu’aux écuries où sa jument avait péri.

- Bon, j’aime mieux ça, répondit la marquise. Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement. Je rentre illico.

Mais avant de retourner faire ses bagages elle demanda à la téléphoniste de lui appeler un autre numéro, celui de son notaire.

- Maître Trigono ? Madame la Marquise de Castellflorite-Ventura. Je devais vous rappeler ces jours-ci, vous vous souvenez ?

- Tout à fait ! Tout à fait, chère marquise !

- Vous avez le renseignement ?

- Oui ! Tout va très bien, madame la marquise ! Il n’a pas annulé l’assurance-vie !

 

Ecrit pour l'Atelier de Lakévio n° 87 d'après cette consigne.

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02 décembre 2017

LA CHANSON DE L'AMNÉSIQUE (1)

Elle est très sympa, cette dame Véronique ! Voici ce qu’elle écrit, ce lundi :

Les Amnez’ziques ont sévi sur la scène cet après-midi. Ils ont continué à sévir après leur départ en laissant, qui un chapeau, qui un parapluie rouge. Comme après leur passage la météo ne s’est pas améliorée, le chapeau attend son propriétaire-chanteur sous un coin de parapluie d’un auditeur ou d’une auditrice !

Avis aux amnésiques et/ou aux étourdis dont je sais faire partie !

Merci pour votre présence à tous et toutes et pour avoir partagé ce bon moment.

Véronique

Evidemment, celui qui a oublié son chapeau, c’est encore Manu Lebichon, le chanteur historique du groupe « Am’nez zique et les Biches » dont font aussi partie Sebarjo, Chris Biche et Joe Krapov, votre serviteur.

C’est moi qui suis arrivé le premier chez Dame Véronique. Je suis venu à pied. Trois quarts d’heures de marche avec sac à dos et guitare. On peut dire que je le bichonne, mon bilan carbone !

J’allais attendre les autres dans la rue mais Dame Véro est sortie et m’a fait entrer dans sa vaste demeure. Tout était prêt pour le concert : chaises, canapés, fauteuils installés, jolie vaisselle prête pour le goûter qui suivrait. Et, en guise de rideau de scène, il y avait un très joli et large paravent.

J’ai installé mon matériel : pupitre, guitare, ukulélé, kazoo, harmonicas. Les autres sont arrivés là-dessus et tout s’est bien déroulé, le concert a été très réussi.

Juste trois bémols et un dièse :

- Personne dans la nombreuse assistance n’a jugé bon de photographier les artistes. Du coup je ne peux pas vous montrer le paravent.

- Moi-même, bien qu’ayant amené mon appareil photo compact et rose, je n’ai pas pensé à photographier l’objet. Je savais bien pourtant que « paravent » était le thème du Défi de ce samedi ! 

- Manu a oublié son chapeau sur le paravent tout comme il avait oublié son pull chez moi la dernière fois, ses sabots chez Isabelle et perdu les micros de la sono en septembre ! Un véritable Am’nez zique, il est ! 

- Du coup, pour dièse, c’est #balancetontimbre ! Sur l’air de « Je n’suis pas bien portant » d’Ouvrard, je lui ai écrit « La Chanson de l’Amnésique » ! 



Les paroles de cette chanson sont ci-dessous.

Ecrit pour le Défi du samedi n° 483 à partir de cette consigne : paravent

29 novembre 2017

CAUSERIE LÉGUMIÈRE

caravage01judith

Un jour, on ne sait plus trop quand, il y a eu, dans l’histoire de la peinture, un type qui a voulu faire son petit effet et qui a décidé de partir en éclaireur dans une voie jamais encore explorée. Jusque-là chaque peintre avait l’excellent projet d’édifier les foules en lui présentant, au sein de grands bâtiments appelés «églises», l’explication en images de scènes et de personnages de l’Histoire sainte.

La Sainte Vierge était vêtue de soierie bleue ; le Christ, bien que natif du Moyen-Orient où le soleil ne manque pourtant pas, avait tout à fait la tête pâlichonne de Jean-Paul Rouve, l’acteur qui joue le rôle du photographe dans le film «Le sens de la fête». Le gars ne peut dominer son appétit immodéré pour les petits fours du mariage et la belle-mère qui s’encanaille. Je parle de Jean-Paul Rouve, pas du Christ.

Notre peintre novateur n’était sans doute pas hostile à cette école picturale ancienne au sein de laquelle on ne craignait pas de représenter des scènes d’une violence effroyable. On voit ainsi sur un tableau du Caravage une nommée Judith user du tranchant d’une épée pour éliminer un nommé Holopherne en lui entamant largement la gorge. Le sang gicle, l’homme a les yeux exorbités et sur d’autres tableaux consacrés à ce sujet on voit même la tête du gars posée sur un plateau et arborée fièrement par la décapiteuse en chef.

Le harcèlement n’était pas dans le même camp à l’époque ! Ou alors, si c’était du féminisme, il ne s’embarrassait pas de mots ou de gestes inutiles. «Le sexe, c’est tout dans la tête» ? On coupe !

Lakévio 86 Catherine Rey 118042300 réduite

Notre peintre novateur a choisi ce jour-là d’inventer la nature morte. Il est allé dans son jardin, il a cueilli ce légume à la saveur douceâtre qu’on appelle carotte, il a composé un bouquet de treize carottes, a choisi l’exposition à la lumière et a peint la Cène. Pardon, j’ai fait une faute : « cène » ne s’écrit pas CENE mais «scène» SCENE.

Je ne sais pas pourquoi il a fait ça. Peut-être n’avait-il plus que de l’orange et du vert sur sa palette ? Peut-être que si, au fond, qu’il en avait marre de toute cette cruauté humaine envers les animaux, les hommes, les femmes, les légumes, la planète et Holopherne ?

Toujours est-il que depuis ce jour la peinture profane (de radis ?) et la nature morte ont proliféré. Des peintres belges ont portraituré des messieurs à chapeau melon au visage caché par une pomme et des pipes qui n’en sont pas. Des peintres espagnols ont peint des vues du bordel de la rue d’Avignon à Barcelone avant que les indépendantistes catalans n’y installent le leur en réclamant leur indépendance et dame Catherine Rey a peint des carottes.

Lors de notre prochaine causerie, j’évoquerai pour vous la naissance du navet au cinéma.

 

Ecrit pour l'Atelier de Lakévio n° 86 d'après cette consigne

 

L’APPRENTIE-SORCIÈRE AU SAINT-NECTAIRE

Aujourd’hui le cabinet du docteur Pinterest, l’acupuncteur de Vezet-le Coquin (Ille-et-Vilaine) est fermé. On a épinglé sur la porte : «Clos pour cause de Closer».

Et c’est vrai que le docteur Pinterest est en train de lire le journal qui vous mène au plus près de la vie des stars dans la salle d’attente du « Venus Beauté Institute » de Vezet. Mais c’est bientôt son tour. Il se dessape derrière un paravent puis se confie aux bons soins de Madame Debord, la directrice du salon de beauté. Seulement il s’aperçoit qu’il a mis pour venir ici le caleçon offert par ses collègues de l’AFA (Association Française des Acupuncteurs). C’était pour son anniversaire qui tombe en même temps que le congrès et ça se passait au restaurant du château de Chantilly où l’on célèbre le duc d’Aumale.

Sur la face arrière du caleçon est écrit « Suivez la flèche !». Sur la face avant est représentée une horloge où la petite et la grande aiguille se chevauchent sous le nombre douze. Pour insister à peine lourdement sur la symbolique il est aussi écrit «Toujours sur midi !».

- C’est un peu gênant, Madame Elvire. J’espère que vous n’y verrez pas malice ? s’excuse-t-il avant de s’allonger sur le dos et sur la table.

- Oh vous savez, j’en ai vu d’autres ! répond Madame Debord, l’esthéticienne, en le décorant de rondelles de concombre avant de l’enfourner sous la chaleur des lampes à UV.

- Elle est un peu curieuse, votre spécialité locale, vous ne trouvez pas ? Qu’est-ce qui se passe quand le concombre est cuit ?

- Les carottes le sont aussi et on arrête le légume coupable ! D’ailleurs, je ne sais pas si vous avez vu mais la gendarmerie est sur la piste !

- Sur la piste du concombre masqué ?

- Hier le brigadier Pandore est venu nous interroger à propos de l’affaire.

- L’affaire ?

- Vous n’êtes pas au courant ? L’affaire des caleçons qui rétrécissent ! Depuis une semaine tous les caleçons des gendarmes rétrécissent.

- Au lavage ?

- Pas plus au lavage qu’à l’essorage ! Pendant que les gendarmes les portent ! Pandore n’y comprend rien. Il pense qu’on a jeté un sort à la brigade. Du coup il oriente l’enquête vers les sectes du secteur.

- Il y aurait des sectes vaudoues à Vezet-le-Coquin ? En Ille-et-Vilaine ?

- Moi ce que j’en dis, hein, c’est ce que j’en sais ! Et ça m’a mise en colère, d’ailleurs. J’ai été suspectée ! Il paraît qu’ils ont reçu un coup de fil anonyme.

- Ca disait quoi ? Une demande de rançon pour que les caleçons retrouvent leur taille normale et que ça ne leur serre plus le kiki ?

- Non ça disait « le vaudou est toujours Debord ».

- Debord avec un d, comme Guy Debord, la société du spectacle et… comme vous ?

- Ben oui ! Vous vous rendez compte ? Elvire Debord soupçonnée d’envoûtement, de hashtag #balancetonsort, de sorcellerie, de planter des aiguilles… Mais où va-t-on ? Mais où va-t-on ?

Là-dessus elle se tait, car elle vient de se rendre compte qu’il n’y a pas mieux qu’un acupuncteur désorganisé pour transpercer une statuette maléfique.

***

Voilà. Je me suis arrêté là. Si j’avais mis la suite, ça aurait été trop long, j’aurais encore fait fuir tout le monde ! Parce que ce n’est pas le tout d’installer un mystère, après il faut procéder à sa résolution. Et dans les polars d’aujourd’hui, plus c’est compliqué, plus c’est long, plus ça plaît. Sauf à moi qui ai d’autres choses à écrire et à vous qui avez autre chose à faire !

Voici quand même mes pistes de développement de ce scénario :

150718 N 059

De retour à son cabinet le docteur Pinterest reçoit la visite du gendarme Pandore. On a en effet retrouvé des aiguilles dans une botte de foin à l’entrée de son cabinet. Le docteur explique qu’il plante en effet dans la paille ses aiguilles usagées afin que les employés du Centre de tri des déchets ne se piquent pas par mégarde.

On suit alors le brigadier Pandore qui rentre chez lui. On découvre qu’il est célibataire, qu’il est auvergnat et que pour résoudre les mystères de Vezet-le-Coquin il s’installe dans son fauteuil et visionne des dévédés de films de cape et d’épée tout en réfléchissant au problème posé. Ce soir-là il s’envoie « Le Capitan » avec Jean Marais. Et pendant la scène où l’acteur escalade la muraille du château de Val – ah, les paysages de sa jeunesse ! – il a une illumination rimbaldienne ! « Le vaudou est toujours Debord » ? Non ! « Le vaudou est toujours de Bort !». Bort les Orgues. C’est la ville importante la plus proche du château de Val ! Sa ville natale ! 

Le lendemain matin il entre dans la boutique dont l’enseigne est « Papa pique et maman coud ». La patronne de la boutique de couture est nouvellement arrivée dans le village. Une dame d’à peu près le même âge que lui qui rougit, confuse, devant son uniforme et son prestige. Et soudain, il la reconnaît ! Céline Lapiquouse ! Son ancienne voisine de pupitre à l’école de Bort-les-Orgues ! Ils se tombent dans les bras l’un.e de l’autre et dans la mode de l’écriture inclusive en même temps.

D’habitude les histoires d’amour finissent mal en général mais pas chez moi. Même si Céline doit lui avouer que c’est bien elle la coupable. En effet elle est venue s’installer ici pour le retrouver car elle l’aime depuis toujours mais est timide et n’a jamais oser lui avouer et patati et patata comme dans Closer. Alors quand elle a reçu dans sa boîte aux lettres le prospectus de Monsieur Hamidou elle est allée le consulter pour obtenir un retour de flamme.

De retour chez elle, elle a suivi les conseils du marabout. Elle a confectionné dans du Saint-Nectaire fermier une poupée représentant un gendarme. Elle a habillé la figurine d’un caleçon bleu marine et l’a coiffée d’un képi Playmobil. Puis elle a planté une aiguille à coudre dans les fesses de la poupée. Pas très fort pour ne pas lui faire mal.

- Mais dis-moi, Céline, a demandé Hugues – Pandore se prénomme Hugues, ne cherchez pas, il n’y a pas de jeu de mots au frais pour une fois – T’es toujours aussi bête ou quoi ? C’est pas là qu’il faut piquer ! C’est de l’autre côté ! Regarde, c’est écrit : Suivez la flèche !
- Ah oui ! J’avais pas vu ! Alors c’est ici ?
- Oui, vas-y. Et pique fort !

150716 N 030

Elle plante son aiguille à l’endroit idoine.

Aussitôt tous les caleçons de la gendarmerie française se dilatent, les pantalons eux-mêmes tombent, le retour de flamme a lieu et pas qu’un peu. Si bien qu’aujourd’hui « Papa pique et maman coud » est fermé. On a épinglé sur la porte : « Clos pour cause de Closer ».

Quelques semaines plus tard tout le village de Vezet-le-Coquin est invité à un mariage auvergnat avec marquisette et tripoux à volonté, chabrot obligatoire et Saint-Nectaire en roue libre au dessert. Bien sûr le docteur Pinterest a cru rigolo d’offrir comme cadeau de mariage un service à fondue bourguignonne avec douze piques. Elvire Debord, pas rancunière a offert un bon pour une croisière sur le lac Chambon et une cure thermale à La Bourboule.

Elle n'est pas belle, la vie, par chez nous ?

P.S. OK, pour le coup de fil anonyme, j’avoue, c’est moi. Ben quoi, il faut bien un deus ex machina aussi, non, avec une consigne d’écriture aussi tordue ?

Ecrit pour les Impromptus littéraires du 27-11-2017
à partir de cette consigne

 


26 novembre 2017

CONFUSION MENTALE

IL 171120 obelisque-egyptien

J’étais peinard dans le grenier en train de séparer le bon grain de l’ivresse, de faire du ménage pour la prochaine braderie quand je suis tombé sur la reproduction assez volumineuse de ce monument égyptien qui trône sur une place de Paris. J’ai du mal à trouver mes mots. C’est ça, oui, merci, l’obélisque !

Il me venait de mon grand-père, qui le tenait de son grand-père qui l’avait obtenu de Bernard Lavilliers. Ou de Line Renaud, je ne sais plus. Ou de Chanson plus Bifluorée.

Devait-on garder ça et si oui pour quelle utilité ? Un cure-dents géant ? Un symbole de concorde entre les peuples ?

C’est à ce moment que Germaine est rentrée, de retour de sa crise de noctambulisme, allumée comme un sapin de Noël en manque de boules et de guirlandes.

- Quand tu auras fini de vider le grenier, tu descendras à la cave ? qu’elle m’a demandé d’une voix suave, sans doute pour rimer avec cave, qu’elle me prend toujours pour un.

C’est là que j’ai trouvé une utilité au menhir égyptien.

- Je ne suis pas ton odalisque ! ai-je crié en la frappant à coup d’obélisque.

Ce en quoi j’étais en pleine confusion mentale : une odalisque n’est pas une esclave sexuelle mais la femme de chambre vierge des esclaves sexuelles !

Là où je me trompais aussi c’est qu’il a bien fallu que j’y descende à la cave. Pour enterrer une momie, y’a pas mieux comme endroit. Enfin, une mummy . Refroidie. Glaçante puis glacée.

J’ai mis l’obélisque avec. L’arme de l’ice-cream.

Ca sera toujours ça de moins à proposer à la vente le jour du vide-grenier !

 

Cet hommage-emprunt à Vegas-sur-Sarthe
a été écrit pour les Impromptus littéraires du 20 novembre 2017
d'après cette consigne : vide-grenier.

P.S. On notera que l'auteur s'est imposé comme surconsigne de respecter celle du Défi du samedi : "obélisque" et "odalisque", de même qu'il s'est ajouté "vide-grenier" pour son texte du Défi ! On ne pouvait faire plus efficace en matière de confusion mentale ! 

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25 novembre 2017

VIDE-GRENIER

Dans le grenier aux mille frusques,
Encadrée par la soldatesque,
S’agite l’odalisque brusque,
Pour une braderie dantesque.

DDS 482 Sophie Anderson sheherazade


Telle, au désert, une bourrasque
Elle remue tapis et vasques 
Et statuaire éléphantesque,
Confisque tout le pittoresque
Du harem devenu burlesque.

Sa danse est une bergamasque !
Shéhérazade s’en inspire
Et s’en redescend pour écrire
Ceci :

L’obélisque est gigantesque,
L’odalisque est fantasque,
Moi je rêve de Manosque.
Qu’y boirai-je ? Une mauresque !

Jouer des musiques sous le kiosque
A la Daft Punk, dessous un casque,
Peindre mille et mille arabesque
Orner des boucliers étrusques…

Dois-je citer toutes mes frasques
Ityphalliques et pioupiesques ?

Prescription pour le pays basque ?
Je n’ai pas dégradé de fresque
Mais Omar a « manger » la bisque !
Pourquoi changerais-je de disque ?

Pourquoi tomberais-je le masque ?
L’exercice n’est pas sans risques :
Un jour nous aurons les joues flasques,
Nous serons des vieillards grotesques
Car toute existence est farcesque.

Sarcey se prénommait Francisque,
L’obélisque sera clownesque
On n’était pas chevaleresques
Mais juste… abracadabrantesques » *
 

DDS 482 Anna Karina Sheherazade

 
Ce que la conteuse nous chante
Finira-t-il à la brocante ?

Se pourrait-il, par aventure,
Que ses mille nuits d’écriture
Disparaissent dans la nature ?
Qu’un heureux acheteur du souk
Les emmène dans sa felouque ?

Se peut-il qu’un jour sur E-bay
Parmi d’autres trésors livresques
Un libraire ému les débusque ?

Ou suis-je par trop romanesque ?


* Oui, j’ai oublié de citer nommément l’astérisque.
C’est pour ça que j’en ai mis un quand même sous cette forme-là.
Tant pis s'il ne sert à rien !
Revendez-le au prochain vide-grenier près de chez vous !

 

Ecrit pour le Défi du samedi n° 482 d'après cette consigne :
obélisque et/ou odalisque

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24 novembre 2017

A COMME ARTHUR

Je crois que je ne serais pas moi-même si je laissais passer ce "A comme Arthur" !

Tous mes billets de la semaine dernière auraient pu s’intituler "B comme brumes matinales" tant j’ai pris en ce mois de novembre de photos, naturelles ou trafiquées, de brouillard sur Lannion, sur Redon, sur Rennes et sur le chemin qui mène aux étangs d’Apigné.

Et c’est là justement, au kilomètre deux, entre le petit manoir et le croisement du chemin de halage avec la route de la Prévalaye, que se trouve, sur la gauche, un mur d’une cinquantaine de mètres sur lequel on a peint, récemment, des trognes d’aventuriers louches, africains ou sud-américains, dont je ne vous dis que ça !

Cela ne m’étonnerait pas que ces gars-là aient acheté leurs pétoires préhistoriques au dénommé Rimbaud à son retour de chez le roi Ménélik !

Arthur, on y revient toujours. Comme disait la belle Hélène « C’est la fatalité ! C’est ici qu’elle me mène, hélas ! ».

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 Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean 
le mardi 21 novembre 2017 d'après cette consigne.

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23 novembre 2017

P COMME PARAPLUIE

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Je me souviens encore très bien de ce concert du groupe Nirmaan à Transat en ville. J’y suis descendu tout seul avec mon pliant sur l’épaule. Ce jour-là, comme il avait plu, le pliant sur l’épaule a été l’assurance de poser ses fesses sur une surface de toile sèche. Parce que les transats étaient plutôt en vrille ! De jolies flaques invitaient les grenouilles, de bénitier ou pas, à aller s’asseoir ailleurs ou à rester debout.

La chanteuse indienne était très jolie, la musique exotique à souhait même si jouée au saxophone amplifié et déformé par des pédales d’effets. J’ai pris des photos mais on voit surtout dessus le parapluie du mec devant moi qui offrait un coin de paradis sec à sa voisine. 

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Sur la fin du concert je me suis levé et rapproché pour aller m’agiter au pied de la scène. C’était justement la danse du chameau et il s’était remis à pleuvoir. Chaude ambiance pourtant, rappels à répétitions, danseurs en transe. Puis je me suis éloigné, j’ai fait le tour de la place et photographié les parapluies. J’en ai mitraillé un qui était très joli, orné de représentations des bâtiments les plus emblématiques de Rennes. Et puis à un moment une dame m’a demandé : « Vous ne vous êtes pas inscrit pour la visite nocturne de Rennes ? Il est encore temps de le faire ! ».

Je lui ai répondu : « Non, désolé. Je ne peux pas, on m’attend chez moi ». Ce n’était même pas vrai : Maina Bourgeoizovna était encore à une soirée contes ou un truc comme ça. Mais je me connais et je l’ai reconnue, la fille de l’Office de tourisme : c’était la petite dame blonde de Rennes-en-Délires ! Dans le roman interactif elle s’appelle Isabelle Caffi et elle est un avatar d’Isaure Chassériau.

Bien sûr, j’aurais pu la suivre. Je pouvais prévenir mon épouse puisque j’avais, depuis très peu, un téléphone portable. Mais vous me voyez écrire un premier SMS tel que celui-là : « Je rentrerai plus tard : j’ai rencontré Isaure ! » ?

C’est des coups à avoir une scène de ménage avec son odalisque ! 

Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean 
le mardi 21 novembre 2017 d'après cette consigne.

 

22 novembre 2017

O COMME ODALISQUE

171122 jeringres17C’est dingue, quand même, l’évolution des moeurs, des hashtags et de l’art occidental ! Prenez les odalisques par exemple. Madame Wikipe, la pédiatre, nous apprend plein de choses à leur sujet.

On en a peint des tonnes au XIXe siècle. Des tas de dames toutes nues qu’on exposait au salon. Par exemple « La grande odalisque » d’Ingres, un peintre qui était tellement miraud qu’il a cru toute sa vie qu’il jouait du violon alors qu’il faisait de la peinture !

171122 jeringres16«L’Olympia» de Manet c’est une odalisque. Ce n’est pas, comme certains le croient, Rika Zaraï qui se repose dans sa loge avant son tour de chant dans le music-hall de Bruno Coquatrix. Et il y a «le bain turc», d’Ingres encore, plus fort de café que le café du même endroit.

Tous ces tableaux représentent en fait l’intérieur d’un harem. Vous vous rendez compte ? Voilà un mec, appelons-le le sultan, il ne nous répondra pas, il a droit à une favorite différente chaque soir dans son lit. Et ce n’est même pas une odalisque : les odalisques sont les femmes de chambre des concubines.

OK pour la polygamie ! Les Japonais plient leurs feuilles de papier comme ils veulent mais toutes ces dames au salon sont en fait des esclaves. Des esclaves sexuelles ! Bonjour les mœurs des étrangers et celles, sous couvert d’orientalisme, de la bonne bourgeoisie française !

Aussi m’étonné-je, en cette période de décochage de flèches féministes sur la toile et ailleurs : pas un seul décrochage de toile au musée, pas une dénonciation, pas un mot de repentance, pas un seul hashtag #balancetonpeintredodalisque !

Mieux que ça, des provocateurs belges – j’ai les noms ! – nous lancent le défi d’écrire à la fois sur les odalisques et sur les obélisques à partir d’une photo de celui de la Concorde recouvert d’un préservatif géant !

De deux choses l’une : soit je ne comprends rien à l’art, soit je comprends tout à la Belgique !

171122 obélisque 118177775

 
Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean
le mardi 21 novembre 2017 d'après la consigne ci-dessus.