20 mai 2017

DIPTYQUE

1

A la va comme je te pousse
Je vis ma vie d’escarpolette.

J’envoie dans l’atmosphère douce
Bérénice, Adèle ou Poulette.

Leurs vies sans se faire de mousse,
En l’air, deviennent chant d’alouette.

Le peintre saisit leurs frimousses
Et, des couleurs de sa palette,

Il fige pour l’éternité
Cet instant de légèreté
 

DDS 455 lescarpolette27976_5


2

A la va comme je te pousse
Je glisse, verrou vénérable.

On vient ici pour faire, en douce
Des choses plus ou moins pendables.

Que l’on soit hétéro ou gousse,
On voit le loup, on tire le diable

Par la queue, à coup de secousses…
Seul mon silence est respectable :

Il fige pour l’éternité
Cet instant de légèreté.

DDS 455 Jean-Honor_C3_A9_Fragonard_009

Les deux reproductions des tableaux de Fragonard ont été empruntées à M. Google images.


Ecrit pour le Défi du samedi n° 455 d'après la consigne "Va comme je te pousse".

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18 mai 2017

LE HASARD ET LA… ?

C’est toujours par un pur hasard
Qu’on trouve un trésor au désert :
Un cadeau de Rosette à Pierre,
Un chameau qui joue du Mozart,
Les Mémoires de Caspar Hauser…

C’est toujours par un pur hasard
Que Melchior aima Balthazar
Mais on enterra cette histoire
Aux oubliettes du Mystère,
Dans les cachots du ministère.

C’est toujours par un pur hasard
Qu’on échappe aux voies de misère
Ou pas.

C’est toujours par un pur hasard
Qu’on choit dans le fond du puisard.
« Ca c’est au jeu de l’oie, ma mère,
Au 31 » dit ma mémoire.
L’oie se fout bien de l’Alzheimer :
Elle a chopé la grippe aviaire
Hier au soir. Un pur hasard !


IL 170515

C’est toujours par un pur hasard
Qu’on fait un accroc au blazer,
Qu’on se déchire le falzar,
Qu’on marche où déféqua l’Azor
Et rate la première marche au bas d’l’escalator.

C’est toujours par un pur hasard
Que le prince épouse la bergère,
Que Blanche-Neige écoute la sorcière,
Que Cendrillon rentre trop tard
Perdant sa pantoufle de vair.

C’est toujours par un pur hasard
Qu’au jeu d’échecs on gagne ou perd :
Tu as tes chances contre Richard ;
Que faire face à Bobby Fischer ?

IL 170515 Bobby

C’est toujours par un pur hasard
Qu’on fiche à Smyrne le bazar,
Qu’on trouve l’issue du labyrinthe
Sans raison ni raisins ni sans isthme à Corinthe.

C’est toujours par un pur hasard…

Puisque tout est allé à Thouars
Ou à vau-l’eau sur la Vézère
C’est que les Parques se font vieilles,
C’est qu’elles ne font plus de merveilles :

Elles t’insultent – « Micheton ! » -,
Secouent leurs jupes, dansent des claquettes,
Moquent ta singularité.

Elles dévalent et rient de ton
Destin à l’écart des gisquettes,
De ta destinée-cécité.

IL 170515Giscard hmxZRW8mhs4ak

Elles te contre-pètent au nez,
Ces insolentes !

C’est toujours par un pur hasard
Que l’on est muté en Lozère,
Que le révérend dit « Bizarre »,
Que nul n’obtient ce qu’il désire,
A part un vieux méchant tracsir
Aux portes de son avenir.

Ce n’est jamais un pur hasard !

Non, c’est toujours très volontaire
Quand ma poésie dégénère
Et dégouline, délétère,
En joyeux vers de mirliton !
Ce sont des vers « à ma façon »,
Un poil diserts, un poil barbares,
Pondus derrière le zinc du bar
Dont je suis l’aimable patron.

Mon bistrot ? C’est « Le Pur hasard »
Tout près de la gare Saint-Lazare.
Sur la vitre on lit au-dehors
De quoi faire rire tous les morts :
« On accueille les fantômes at home. ».

Bienvenue dans Le Pur hasard !
Bienvenue aux ressuscité(e)s !

Ecrit pour les Impromptus littéraires du 15 mai 2017
d'après la consigne "Un pur hasard"

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14 mai 2017

TOUT ÇA POUR ÇA ?

170514 Dick

Dans l’espace intersidéral, aux commandes de son vaisseau d’exploration, le Jefferson Starship XXL, P.A. Ward était le plus heureux des hommes. Il y avait à cela, ce jour-là, trois raisons :

- il était de retour en direction de la Terre avec le sentiment du devoir accompli ;

- il avait réussi à mettre hors service, pour le voyage du retour, les deux androïdes bavards comme des pies qui l’accompagnaient dans cette mission. A l’aller leur concours de composition de limericks avait été insupportable mais il fallait bien composer avec William et Jack dans l’habitacle : ils étaient chargés de piloter le vaisseau tandis que lui, à bord du LEM, descendait explorer la surface de la planète bleue.

- Dormez, mes petits agneaux ! Rêvez bien de moutons électriques, amis androïdes !» leur avait-il déclaré en les plongeant dans une provisoire léthargie ;

- Le monde entier allait l’acclamer. Dans l’histoire de l’humanité Paul A. Ward serait enregistré comme l’homme-sauveur, l’astronaute qui avait découvert une autre Terre sur laquelle l’humanité accomplirait son second grand pas : celui de sa migration.

***

Car en 2111, sachez-le, braves gens, c’est la catastrophe pour la planète. A force d’élire des climato-sceptiques butés, des marchands de mensonges, des fabricants de fausses nouvelles, des constructeurs de murs en tout genre, à force de vouloir le tout en un eh bien il arrive que la banquise fonde, que les esclaves fuient, que les guerres fusent, que les murs se chopent un accent circonflexe sur le sommet du crâne et s’écroulent. Alors c’est la cata, c’est la faillite. Que peuvent les états ? Rien. Ils n’existent plus en 2111. C’est con, hein ? Oui, c’est conglomérats et compagnie. Si ce n’est pas gai, pagaie ! Rame, homme !

***

A priori, Art Payntor ne risquait pas d’être touché dans l’immédiat par cette crise. Oligarque multimilliardaire à la tête d’un empire médiatico-industriel, Promptostar S.A., il ne craignait rien sauf les tsunamis, les inondations et les explosions de centrales nucléaires. Intéressé depuis toujours par les étoiles, exactement comme tous les gens qui veulent briller un jour, il avait déjà effectué trois vols spatiaux autour de la Terre. Quand les états n’avaient plus eu les moyens d’envoyer qui que ce soit là-haut, il avait financé un programme secret d’exploration des abysses et de recherche d’une planète habitable dans laquelle se réfugier en cas de cataclysme ultime.

170514 espace arpenteur

***

Après être rentré dans l’atmosphère terrestre, Paul A. Ward rebrancha les deux androïdes. Aussitôt le concours de limericks stupides reprit de plus belle :

« Il faut que cela se fasse ! / On pousse ! On fait la grimace ! / L’orifice entre les fesses / Libère un truc nommé fèces. / Après, on tire la châsse ».

« Si tu veux séduire une gonzesse / Opère avec délicatesse ! / Choisis bien le moment propice / Pour lui offrir de la réglisse. / Ouais, pas mal, la sortie d’la messe ! ».

« Tous les jours, c’était la sauce ! / Elles étaient trempées, nos chausses ! / La bouillasse, la mélasse, / Nous avons fait volte-face : / On n’ira plus, en Ecosse ».

Paul serra les dents et les fesses et il entreprit de contacter Whitney sur le tarmac de Cap Carnarrival.

- Miss Rouston, nous sommes de retour ! Jefferson Starship XXL !


- On vous suit Paul. Votre trajectoire est bien celle que nous avions prévue. Nous serons là à la réception. Mais s’il vous plaît, faites taire ces deux androïdes !

***

En fait d’accueil triomphal P.A. Ward eut droit à l’évacuation de sa capsule au milieu d’un mauvais grain de noroît, à un voyage en bateau agité au cours duquel Jack et William eurent le mal de mer et vomirent et cela se conclut par un interrogatoire en bonne et due forme dans les locaux de son commanditaire, la Promptostar S.A.

- Bienvenue sur Terre, M. Ward. Je suis Yaddo Janik, le colonel chargé du programme d’explorations spatiales. Nous nous sommes vus lors de votre départ. Je suis accompagné de M. Joe Krapov, le chef de notre police. Et je ne vous présente pas M. Art Payntor que vous connaissez obligatoirement.

- Je suis ravi d’être de retour et de vous apporter de très bonnes nouvelles !» répondit Paul.


- Dites-nous, M. Ward ! Dites les nous ! Cette planète bleue… C’est de l’eau ? Ce sont des océans ?


- Non, c’est mieux que cela !


- Racontez-nous ça !


- La planète est cinq fois plus volumineuse que la Terre. Elle n’est pas vraiment ronde, juste un peu enveloppée et sphérique. Elle n’a aucun relief, elle est uniformément lisse ou presque. Un peu comme la surface d’une balle de golf ou d’un agrume. Elle est parfaitement habitable. L’atmosphère est similaire à la nôtre. Climat tempéré, non, pas tempéré, régulier : aucun vent, aucune précipitation, température constante.


- Mais alors, s’il n’y a pas d’océan et pas de pluie, il n’y a pas d’eau ?


- Il y a mieux que ça ! J’ai fait des prélèvements sous l’écorce. A cinquante centimètres sous la surface du sol on trouve une matière molle, comme pulpeuse, et quand la carotte arrive à ce niveau cela déclenche un phénomène de geyser.


- Il y a un liquide qui sort ? Quel est-il ? Vous l’avez analysé ?


- Mieux que ça ! J’en ai bu. C’est délicieux ! Un genre de curaçao mais avec la fraîcheur d’un jus de fruit glacé.


- Du curaçao ? Mais, que Potemkine me damne, c’est une boisson bleue !


- Oui, monsieur Krapov. C’est bleu. Tout ce qui se trouve sur cette planète est bleu.


- Diable ! répondit le chef de la police. Moi qui, en gros, n’aime que le rouge !

***

Quand l’interrogatoire fut terminé on ramena PA Ward dans sa chambre et les trois hommes restèrent dans la pièce. On pouvait lire sur leurs visages un air de gravité consternée.

- Evidemment, Joe, tu nous le mets au secret, ordonna Yaddo. Personne ne doit savoir que nous avons encore échoué.

- Pas de souci pour ça. Je connais un village où il sera bien traité à condition qu’il ne cherche pas à en sortir ou à parler.


- Qu’est-ce qui ne va pas dans ce programme ? demanda Art P. C’est la drogue qu’on leur fait prendre pour dilater le temps du voyage ? Huit ans quand même pour celui-ci ! Ce sont les androïdes d’accompagnement qui sont mal programmés ?


- Je ne comprends pas pourquoi ils délirent à ce point ! répondit Yaddo. Comment font-ils pour inventer des mondes aussi stupides qu’inexistants ? Et pourtant nous prenons soin de veiller à la variété des intervenants lorsque nous lançons la consigne de vol et mettons la fusée sur rampe de lancement. Les faire partir tous un dimanche n'est peut-être pas une bonne idée. C'est quand même le jour du Seigneur ?


- C'est un hasard. Bon archivez-moi ce dossier. Ce n’est jamais que le septième à revenir. Il en reste encore trois. Tout espoir n’est pas perdu. » conclut Art P. en quittant la pièce et son air soucieux.

***

Joe Krapov a archivé le dossier dans son coffre-fort. Sur la couverture on peut lire :
« Opération Dix petits nègres dans l’espace– Exploration n° 7 – Paul Averell Ward – Terre bleue comme une orange ».

***

Ce jour-là, de son côté, Augustin Dieu s’écria : « Ma plus belle création, avec des tas d’ouvertures, de possibilités de développement, de passage d’un monde à l’autre, de richesses à partager ! J’ai vu souvent des Mexicains, j’ai rarement vu des mecs si cons ! ».

Sur son blog il écrivit : « Quand ça veut pas, ça veut pas !». 


Ecrit pour les Impromptus littéraires du 8 mai 2017 d'après cette consigne 
: La Terre n'est pas ronde

Constitue une réponse en forme de prequel au texte de l'Arpenteur d'étoiles ! ;-)

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06 mai 2017

LE PARADIS TERRESTRE

Le paradis terrestre…
La Corée du Nord !
La Corée du Nord…
La Corée du Nord…
La Corée du Nord…
La Corée du Nord…
La Corée du Nord…

161229 265 092

La chicorée du Nord !
Quelques grains par-dessus
Le café qu’on a moulu
Le bonheur d’ « eun’ goutt’ ed jus »
En famille, porte ouverte
Avec le soleil dehors,
Le carrelage lavé tous les jours,
Le rire de l’oncle plombier
L’amour des parents et des grands-parents…
Le paradis terrestre !

Le paradis terrestre…
La Corée du Nord…
Il suffit d’un missile
Pour qu’elle en fasse du
Plâtre de terrassier !

Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le 2 mai 2017 d'après cette consigne

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CELUI QUI CROYAIT AU CIEL ?

DDS 453 aldo

Et si le ciel était vide ?

Et si Thomas Pesquet n’existait pas ?

Et si Neil Armstrong avait posé le pied non pas sur la Lune mais dans un studio de Hollywood devant une caméra de Stanley Kubrick ?

Et si Aldébaran n’était qu’un comique enrhumé du genre d’Aldo Maccione ?

Et si l’étoile du Berger rentrait ses étoiles du Blanc mouton dans l’étable de Saturnin Fabre d’Eglantine parce que soudain il pleut et que les musiciens font des canards ?

Et si Vénus, Mercure, Saturne et Jupiter n’étaient que des divinités d’une mythologie oubliée ?

Et si la comète de Haley dansait le rock sans se faire de bile autour d’une horloge franc-ma-super-çonnique au lieu de filer à l’anglaise le parfait amour avec cette nébuleuse d’Andromède ?

DDS 453 rue de paradis

Si la planète Io n’était qu’une librairie intello sise rue Saint-Louis à Rennes ? J’avoue, ce serait vache pour les cruciverbistes et pour la Voie lactée !

Et surtout, si Saint-Pierre n’était qu’un poisson et non le concierge d’une boîte de nuit où n’entrent que des constellés d’horions ?

Si le Paradis n’était qu’une des rues de la série violette du jeu de Monopoly ?

Si la réponse de Georges Marchais avait pour effet qu’à la question posée – « Et Dieu, dans tout ça ? » - par Jacques d’un seul coup l’univers chancelle ?

DDS 453 pimpampoum1926

Oui, si le ciel était vide, à quoi servirait alors le télescope de Hubble ?

A quoi s’occuperait l’astronome de « Pim Pam Poum » (les Katzenjammer kids)?

Ami sceptique, ami stoïcien, ami agnostique, ami terre-à-terre, camarade matérialiste, ta vie elle est dite ici !

 

P.S. "Ta vie elle est dite ici" est l'anagramme de "Et si le ciel était vide". Cette forme d'écriture un peu analogue aux homophonies approximatives de Raymond Roussel m'a été inspirée par les livres de Jacques Perry-Salkow en collaboration avec Etienne Klein puis Raphaël Enthoven et plus précisément par ce dernier :

AEV 1617-26 Anagrammes-pour-lire-dans-les-pensees

Ecrit pour le Défi du samedi n° 453 à partir de la consigne "Télescope"

(En fait récupéré depuis l'Atelier d'écriture de Villejean du 2 mai 2017 d'après cette consigne).

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03 mai 2017

QUE NUL N’ENTRE ICI S’IL N’EST GÉOMÈTRE !

- Que nul n’entre ici s’il n’est géomètre !

- Parce que… c’est quoi, ta boutique, Platon-Daignant ? C’est un atelier dans lequel on travaille à la chaîne d’arpenteur ? C’est une droite qui passe par deux poings dans la gueule et d’un seul coup d’un seul se retrouve chaos ? C’est un point de passage vers un univers parallèle ? Un endroit où l’on peut jouer au petit rapporteur parce que tout est black et rien d’équerre ? Un lieu où il faut respecter les règles et faire dans la demi-mesure ? C’est le pavillon de Sèvres ? On y conserve Nicolas Sarkozy dans du formol et dans cette vitrine attenante, là, ce sont les talons du maître ? C’est la salle Hubert Circurien ? On y donne des circonférences pour nous expliquer pourquoi le monde tourne de moins en moins rond ?

- Ca va changer. A partir de dimanche soir vous n’aurez plus le droit d’écrire vos insanités et d’interroger le pouvoir. La bête qui vit dans cette caverne connaît votre amour des Lumières et votre habitude de demander des comptes. Elle les connaît et elle ne les aime pas. Ces usages seront abolis. Nous n’acceptons pas que l’écriture signifie le questionnement.

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 Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le 2 mai 2017 d'après la consigne ci-dessus.

ON NE SE BAIGNE JAMAIS DEUX FOIS DANS LE MÊME FLEUVE

On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. Ça porte malheur. Regardez la pauvre Léopoldine Hugo à Villequier !

Et puis, la Vilaine, vous vous y plongeriez, vous, dans cette eau boueuse du centre de Rennes ? Et comment vous feriez ? On a construit un parking par-dessus !

J’ai du respect pour les poètes. Jamais je n’irais me baigner sous le pont Mirabeau à Paris au milieu des amours d’Apollinaire.

J’aurais bien fait trempette des pieds à Meung-sur-Loire mais il y avait là un gros pêcheur aigri qui m’a jeté :
- Si tu te baignes là, je te fais coffrer ! Aussi vrai que je m’appelle Jules Maigret.
Je n’ai pas insisté. Ces retraités, quelle engeance !

Il faut voir les digues qu’ils ont construites, à Toulouse ô Toulouse ! Dès qu’elle entend du Nougaro la Garonne ne se sent plus pisser, elle déborde d’aise et ce sont alors des crues phénoménales. De toute façon la Garonne on ne la traverse à gué que lorsqu’il a neigé à Port-au-Prince, c’est-à-dire pas souvent. Du coup je préfère dire à ma femme de faire du feu dans la cheminée et rentrer chez nous

Tous les fleuves, c’est pareil. Dans la Tamise, ce n’est pas de mise, dans le Hoang Ho il ne fait pas chaud. Dans le Tage ça te bousille les cartilages, dans le Rhin ça t’esquinte les reins, dans l’Ienisseï tu te gèles les glaouis et dans l’Ob… ça te glace les lobes des oreilles.

Pour vous dire, même à la plage, je ne me baigne plus. Ce n’est jamais la même eau non plus, à la mer. Et je ne fais même plus non plus de châteaux de sable. J’aurais l’air de quoi, à mon âge (28 ans bientôt, faut-il le rappeler ?). Tout fout le camp, ma brave dame, dans cet univers fluctuant, liquéfié, dévastateur. La vague sans fin modifiée emmène nos jeux de sable.

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 Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le 2 mai 2017 d'après la consigne ci-dessus.

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DIEU EST MORT

Dieu est mort et moi-même je ne me sens pas très bien.

Dieu est mort et Marine Le Pen est au second tour de la présidentielle.

Dieu est mort et François Fillon a ramassé sa veste. « Non mais dis donc, Dieu ! » a-t-il lancé après avoir regardé la doublure. Où est-ce que c’est-y que tu t’habillais ? C’est pour un va-nu-pieds comme toi que je me suis allié avec les intégristes de Sens commun ? Je leur ai même promis des ministères et toi, le tien, tu y mets un terme sans prévenir, tu tombes la veste et tu t’en vas marcher sur l’eau sans chemise et sans pantalon, comme Rika Zaraï ? Tu retournes faire le mariole parmi les âmes du paradis en nous laissant les juges d’instruction et Nadine Morano aux fesses ? Merci bien ! ».

Dieu est mort et nous, il y a cinq ans, on a entendu le discours de François Hollande au Bourget. On aurait mieux fait de réécouter Gilbert Bécaud chanter « Je m’en vais dimanche à Orly » Lui au moins, il y allait, il tenait ses promesses.

Dieu est mort et on a dû voter Chirac au deuxième tour en 2002. On a connu Berlusconi et Sarkozy, on a Trump et Poutine et Marine au second tour. Je le sais que les promesses n’engagent que ceux qui y croient (Charles Pasqua) et c’est pour ça ou plutôt contre ça que je vais voter Macron dimanche prochain.

Mais bon ! Je n’en suis pas encore à me retourner dans ma tombe mais je crois quand même que depuis que Dieu est mort, je ne suis pas encore vraiment remis de tout !

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Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le 2 mai 2017 d'après la consigne ci-dessus.

LA RÉVOLUTION D’OCTOBRE

La Révolution d’octobre… Hic ! Il faut boire à sa santé ! Hips !

Certes, elle nous a apporté le Merckxisme-Léninisme ! Hic ! Mais bon Hips : C’était pas capital de tout comprendre ! Hic ! Fallait juste obéir au camarade Guépéou Kagébérovitch parce que sinon…Goulag ! Beurk !

Au début, c’était les blancs contre les rouges ! Hic ! Mais nous, c’est pas notre faute si on préférait le rosé ! Hips ! Et la vodka !

Bien sûr, il y a eu Trotzky et ce regrettable incident de pic à glace. Hic ! Mais quelle idée aussi de mettre un aussi gros glaçon dans un verre aussi petit ! Hic ! Ils sont fous, ces Mexicains !

On a connu Staline gronde, Stalingrad, les orgues de Katioucha… Hic ! Mais nous on n’y comprenait rien à la musique de Choskat… Chostakovitch !

La Révolution d’octobre… Hic ! Il faut boire à sa santé ! Hips !

Grâce à elle on a eu Khrouchtchev, Gagarine, Yachine, Karpov, Gorbatchev, les chœurs de l’armée rouge, Boris Eltsine ! Santé, camarades ! Za vaché zdorovié Tovarichtchi !
Hic !

La révolution d’octobre ! 1917-2017 ! C’est le centenaire cette année ! Tout ce qu’on a pu boire comme vodka dans tout ce temps ! Cent ans, qu’il est, le robinet d’alcool, ouvert !

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Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le 2 mai 2017 d'après la consigne ci-dessus.

29 avril 2017

LA CHASSE AUX MOTS

FuretDuNord

A la chasse aux mots, Momot s’en est allé. Dans quantité de dicos, même chez Furetière, il a fureté mais aucun terme n’a détalé, pas même « furet » et pourtant il court bien, l’animal ! Alors il a pêché les plus rares, les plus colorés, les plus sonores, les plus drôles. C’est comme ça qu’il enrichit son vovocabulaire, Momot.

Il a ramené dans ses filets le mot « zambic ». C’est un mot de l’ex-Congo belge, une déformation de « Gueuze Lambic », et cela désigne soit les coureurs de jupons, soit ceux qui aiment la bière mais on peut faire les deux si on veut.

Il a adoré le mot « Zaïque ». C’est une interjection malgache que l’on lance aux enfants pour leur intimer l’ordre de se tenir à carreaux.

Il a apprécié le mot américian « less » qui signifie plus ou moins la même chose que le mot «laisse » en français sauf qu’on l’attache uniquement à un teckel, un basset artésien ou à ce genre de chiens lymphatiques comme Droopy ou François Fillon dont on se demande bien pourquoi on les laisse (ou less) proclamer que « Vous savez quoi ? Ils sont le héros. ».

Momot a moins aimé le mot « losse ». Le mot « losse » s’était perdu dans le dictionnaire allemand entre « berger » et « mirador ». Un losse est un chien qui ne supporte pas la laisse et le manifeste de façon agressive. Ce n’est jamais très agréable de tomber sur un losse.

Il a bien aimé le mot « fritz » qui signifie « ami » en alsacien.

 

AEV 1617-25 M le maudit

Il a flashé sur le mot « Die » qui est le nom d’une ville dans laquelle vivent une jolie fille qui s’appelle Clairette et un cochon qui sent (le fameux cochon qui sent de Die, dont on tirait jadis un parfum très recherché).

Mais de tomber amoureux de ce dernier vocable, cela a causé sa perte, à Momot. Il n’aurait jamais dû le clamer aussi fort. Quand il a crié : « J’aime le mot « Die » ! », ça n’a pas loupé, tout le monde a crié « Zaïque » s’est emparé de sa less, a lâché son losse et lui est tombé dessus.

C’est que, voyez-vous, par ici, les gens ont vis-à-vis de la langue et des Fritz une culture assez cynéphilique.

Alors si vous aussi vous allez à la pêche aux mots, n’en parlez à personne. Rappelez-vous le proverbe touareg made in Breizh :

« Chameaux tus et babouche cousue,
La Lune d’or lit en silence ».

AEV 1617-25 chameau

Image de Michel Moyne
extraite de
"Un Petit canard... comme ça" de Jean Sauvestre.

Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le 25 avril 2017
d'après  la consigne n° 332 de Pascal Perrat (incipit en gras)

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