02 janvier 2018

ECRIRE A RIMBAUD. 12, Thuriféraire

Monsieur Arthur Rimbaud
B.P. 01 au vieux cimetière 
08000 Charleville-Mézières

Mon cher Arthur

"Entends-tu les clochettes tintinnabuller ?"
Graeme Allwright

 

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Nous autres les thuriféraires de la poésie volatile, les apôtres des hashtags #balancetonencens, #diffusetonpatchouli, #assumetonbabacoolisme et #décroissantsaubeurre, nous avons fort à faire ces jours-ci avec les sommations de la société de consommation.

Nous voici à peine sortis de la célébration coûteuse et somptueuse de la naissance d’un fils de pauvre dans une étable que d’aucuns songent déjà à remettre le couvert le 31 décembre pour commémorer la venue au monde de Jean-Marc Sylvestre, le thuriféraire n° 1 du libéralisme galopant nez au vent, ou pas, sous sa bannière emplie d’étoiles.

Consommons ! Consommons ! Consommons la dinde et le marron, les serpentins, les cotillons, les canapés sur le napperon, la veuve Clicquot, le Dom Pérignon, soignons-nous aux petits oignons, gavons-nous jusqu’au troufignon de foie gras d’oie, foie gras d’oie voilà les Dalton !

Car il ne sert à rien de jouer les Harpagon, Picsou nageant dans ses millions, d’avoir la passion des actions et d’honorer le dieu Pognon.

Claquons tout ! Soyons fous ! Sauf que moi je ne le puis. Mon bonheur sur cette Terre me coûte excessivement peu cher. Je suis le thuriféraire des captations de lumières ; l’objectif de ma prêtrise est de dispenser des bêtises et mon déguisement en Merlin l’encenseur ne vise que des petits bonheurs, ceux qui n’ont pas de prix parce qu’ils sont gratuits.

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J’opère en toute simplicité d’esprit et – beati spiritu pauperes – je m’en trouve bienheureux. J’entre dans les églises pour aimer leur silence et faire mon miel photographique de leurs vitraux. C’est par-là que je crois au mot «divinité». A ce jeu-là, si c’en est un, il me semble que nos chemins sont à l’inverse.

Y a-t-il un coeur sous ta soutane d’autrefois ? Qu’est-ce qui bave à la poupe sinon l’encre d’un certain fiel ? N’était-il pas par trop facile de retourner Verlaine comme tu le fis à chaque fois ?

Sur le bateau ivre de la photographie, dans cette chapelle marginale, ne rencontré-je pas, de mon côté, un certain mysticisme planant ?

Là où nous nous rejoignons, finalement, c’est au désert ! J’écarte soigneusement les humains de mes paysages, tel un herboriste rousseauiste et me réjouis des attraits des bois et guérets de la Creuse.

Mais je ne dédaigne pas pour autant les portraits de groupe, la sainteté volée des musiciennes au travail ou la gaîté posée ou joyeusement éclatée des carnavaleuses complices.

J’adore aussi ces krapoveries à la W.C. Fields qui me viennent je ne sais comment : « Ca y est ! Je me suis encore fait avoir. L’estomac plein, le cœur au bord des lèvres. Fruits de mer, pâté en croûte, vins, Champagne, chocolats, gâteaux. Trop, trop, trop. Pourquoi ai-je tant participé à ces festivités alors que je ne crois même pas au Père Noël et encore moins à sa naissance à Bethléem entre un bœuf et un âne ? En Laponie, entre deux rennes, passe encore ! ».

A part ça j’ai découvert ce week-end un bien plus terrible thuriféraire que nous autres. Il s’agit de Pierre Michon dont, jusqu’à la semaine dernière, le nom et l’oeuvre m’étaient inconnus.

Ce monsieur s’est fait une spécialité d’écrire autour des portraits, d’en dresser de bien littéraires à des moments-clés de la vie des glorieux. Dans son livre «Le corps du roi» il nous met sur la table des lois son idolâtrie pour Samuel Beckett et William Faulkner se faisant portraiturer chez un photographe ou nous dépeint Gustave Flaubert sortant pisser un coup dehors après avoir mis le point final à la première partie de "Madame Bovary". A tous les coups Michon a dû écrire quelque part une prose poétique du même acabit sur Proust. A bon entendeur, Port-Salut ! Voilà, c’était une idée de cadeau à rechercher pour votre oncle de Belgique !

Mais surtout j’ai appris en parcourant les Cahiers de l’Herne à lui consacrés qu’il a commis un «Rimbaud le fils» dont je ne peux pas te dire grand-chose car il était sorti, comme tous les livres de Michon, de la bibliothèque où j’ai mes habitudes. J’ai d’autant plus d’appétence pour cette lecture que son projet de départ était d’écrire sur ton frère, Frédéric Rimbaud, le conducteur d’attelage ! Je trouve cette idée géniale, gaguesque à souhait mais je doute qu’il en ait fait un bouquin réellement rigolo.

Voilà, mon cher Arthur, ça sera tout pour aujourd’hui. Ite missa est !

Je t’envoie mes salutations distinguées de thuriféraire de Sainte-Boîte-à-lettres-du-Cimetière qui me permet depuis six mois maintenant de correspondre avec un mort d’importance !


P.S. Ceci n’est pas une grossièreté : existe-t-il pareille boîte à lettres dédiées au cimetière de Montcuq ? Car je me ferais bien aussi le thuriféraire de Nino !
 



Ecrit pour le Défi du samedi n° 487 d'après cette consigne : Thuriféraire


20 décembre 2017

DE RIMBAINE A VERLAUD. 5, Paske et Pourkwa

M. Arthur Rimbaine
Agence d’exploration de villes extraordinaires
et d’us et coutumes à mettre dans les annales
8, quai Arthur Rimbaud
08000 Charleville-Mézières

Monsieur Paul Verlaud
Société de géographie des Maladives et du Miraginaire
73, rue Sonneleur
62812 Vent-Mauvais

Oukipudonktan, île de Porqué-Portquai, le 19 décembre 2017

Mon cher Paul

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Je crois que trop c’est trop. Dans un sens comme dans un autre. Si on écoute la radio, regarde la télé ou lit les journaux, on entend le discours de gens qui sont des savants absolus. Ils ont réponse à tout, même aux questions qu’on ne leur pose pas, même aux questions qui ne se posent pas. Rien ni personne ne peut arrêter leur débit mais ce n’est jamais drôle très longtemps de les écouter. Ils sont capables de nous pondre des phrases, des thèses, des romans sur le fameux incipit de Marcel Proust «Longtemps je me suis couché de bonne heure et j’ai toujours mis trois plombes à ne pas trouver le sommeil» sans qu’aucun ni aucune ne fasse le rapprochement avec l’histoire de la princesse au petit pois !

Le petit Marcel a du mal à s’endormir et en plus ce rigolo néglige de surveiller sa literie ! Sur un matelas Epéda multispores il y a tellement d’acariens que tu peux devenir asthmatique et cet idiot-là l’était ! Supposons qu’il soit né sous une étoile mystérieuse : les multispores de l’Epéda peuvent donner naissance à des champignons qui grossissent, grossissent et éclatent en faisant «Schploff» ou «Pffflurt». Va-t-en t’endormir avec ça si tu n’es pas aussi sourd que Tryphon Tournesol ! Si ça se trouve, sous son matelas, à Marcel Proust, il y a le crayon de bois de Jean d’Ormesson ! Une farce de Céleste Albaret !

Bref, si je suis devenu explorateur c’est pour rencontrer les gens qui n’en savent pas plus que moi et qui sont curieux de naissance plutôt que Messieurs Jesaistout, Fermela et Cémoikikoz. Et alors là, mon cher Paul, chez les Pourqwa-Pourkoi chez qui tu m’as envoyé, j’ai été servi !

Dès la descente du bateau – Porqué-Portquai est une île – les habitants te sautent dessus, t’enguirlandent, t’emmènent dans leur case et commencent à te bombarder de questions saugrenues :

Pourquoi y a-t-il des papous à poux et des papous pas à poux ?
Pourquoi les occidentaux ne vont plus à la messe le dimanche ?
Pourquoi, en échange, se précipitent-ils à l’approche du 25 décembre dans les temples de la consommation de la rue Le Bastard ou dans les hyper-Noëls des alentours de Rennes-au-nez-Rouge-et-Noir ?

Un beau jour, les Pourqwa-Pourkoi ont fait comme moi. Ils se sont équipés d’un petit dictaphone et ils ont enregistré les réponses que les visiteurs apportaient à leurs questions. Ils ont déversé les enregistrements dans un ordinateur central mais comme il n’y a ni archiviste ni bibliothécaire chez eux personne ne va compiler les résultats pour en faire une encyclopédie ou un dictionnaire ! Car, à vrai dire, les Pourqwa-Pourkoi se fichent du savoir comme de leur premier slip aéré ! Autant les Passe-queue-Paske dont je parlais au début de cette lettre se fichent de nos questionnements, autant les Pourqwa-Pourkoi ne s’intéressent pas aux réponses qu’on leur apporte. Eux sont sur terre pour poser des questions, alors ils les posent. Quel est la couleur du cheval blanc d’Henri IV ? Quelle est la différence entre un écureuil et une brosse à dents ? Pourquoi y a-t-il un h à «rhododendron» ? Pourquoi n’y en –t-il pas à «rodomontade» ?

Le plus cocasse survient à chaque fois qu’on leur répond «Je ne sais pas» ! Les Pourqwa-Pourkoi éclatent alors d’un rire tonitruant et ils viennent nous taper sur l’épaule en disant «Mais c’est pas si grave !». Comme tous ces échanges s’effectuent en buvant de leur alcool de mangue de cinquante ans d’âge vieilli en fût de chêne et que cette boisson frappe un maximum l’hilarité vous gagne très vite et on assiste alors à des échanges de questions-réponses d’une drôlerie inimaginable. Et tenez-vous bien, on en redemande ! J’en ai tellement bu que je vois double et que je te vouvoie, dis-donc !

Tout allait donc pour le mieux sauf qu’à un moment de la soirée la jeune fille de la maison est entrée dans la case. Très jolie, très sympathique, on me l’a présentée mais elle était bien plus collet monté cul pincé lèvres gercées que son géniteur et sa génitrice.

Elle ne m’a posé qu’une seule question.

- Monsieur Rimbaine, vous qui avez beaucoup voyagé, savez-vous pourquoi on nous appelle les Pourqwa-Pourkoi et pouvez-vous me dire à quoi correspondent ces différentes graphies d’un même phonème ?

170419 Nikon 010Comme j’étais arrivé au bord de l’ivremortitude, j’ai trouvé très malin de lui répondre : «Je ne sais pas» pour la faire rire ou au moins pour la décoincer. Mais ça n’a pas marché avec elle. Elle n’est pas venue me taper sur l’épaule et ça, en tout cas, je l’ai bien vu, ça a jeté un froid.

- Il faudrait que vous sachiez, Monsieur Rimbaine. On ne construit rien sur du sable et on ne laisse aucune trace dans l’histoire du désert si on n’a pas aux pieds des tongs de l’UMP.

- Des tongs de l’UMP ? ai-je demandé. Qu’est-ce que c’est ? Un genre de semelles de vent ?

Là j’ai senti que j’avais commis un impair phénoménal. Les parents de la jeune fille, redevenus sérieux comme des papes, se sont levés. Ils ont retrouvé toute leur dignité, ils m’ont accompagné dehors jusque sur la plage et là ils m’ont indiqué un hamac dans lequel je pourrais passer la nuit. Ils m’ont retiré la guirlande de fleurs et la bouteille d’alcool de mangue et ils sont rentrés dans leur paillotte qu’ils ont fermée à double tour.

Le lendemain matin le père est venu m’expliquer que chez les Pourqwa-Pourkoi les étrangers ne devaient jamais poser de questions et surtout pas aux filles métisses que les habitantes de Porqué-Portquai ont eues avec des missionnaires blancs.

Voilà pourquoi, mon Cher Paul, j’ai quitté le pays des Pourqwa-Pourkoi.

Joyeux Noël et bonnes fêtes de fin d’année à toi !


Pondu le mardi 19 décembre 2017 à l'Atelier d'écriture de Villejean
d'après la consigne suivante :


Extrait du jeu "Comment j'ai adopté un dragon" :
 
écrire sur le thème "Pourquoi j’ai quitté le pays des Pourqwa-Pourkoi"
en insérant successivement dans le texte :

En plus - Et alors - Un beau jour - Mais c'est pas si grave - En tout cas

16 décembre 2017

Y ALLER A LA ACHE

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Plus je regarde cette plante, plus j’examine le mot qui la désigne et plus je me dis que la lettre «h» ne sert absolument à rien.

Qui est-ce que ça gênerait, qu’on écrive son nom "rododendron" ?

C’est comme la route du rum. On se doute bien qu’elle ne croise pas la route du Rom et si Rome ne s’est pas faite en un jour, ce n’est pas la hache de Clovis qui va y changer quelque chose. Au vase de Soissons peut-être mais à l’omophonie, que dalle !

Le facteur résus, les bords du Rin, la rapsodie de Liszt, la rétorique, le rinocéros, l’oto-rino, la rubarbe, le rume. Tout le monde me comprend, non ?

Gardons le rytme. Allons voir du côté du T. Le tym et la farigoulette, la talasso, le taumaturge, le téâtre, la téologie, le téorème, la téorie. Vous me suivez toujours ?

Il y aurait bien le thé et le té, le therme et le terme, le thon et le ton. Aurais-je tort, par Tor ?

Même là où on l’entend, là où il change le son de la lettre, comme dans "shérif", "show" ou "shopping" qu’est-ce qui nous empêche d’avoir une seule graphie ? "Chérif", "chow", "chopping" comme "chat" et "chien".

Et le ph ? » vont demander les chimistes. Le ph c’est f, un point c’est tout. Philippe, Felipe, pharmacie, farmacie, je t’écrirais tout ça en fonétique, moi, tiens ! C’est ma nouvelle filosofie !

Je te la donnerais à bouffer aux piranas, la lettre « h », je l’enverrais se balader au Gana. Jamais je n’aspirerais le aricot, c’est des coups à périr étouffé.

Suffit avec Jean Anouilh ! Plus personne ne sait qui c’est ! Finissons-en avec Jonny Allyday !

La réforme de l’ortografe, finalement, ce n’est pas grand-chose à mettre en place. On déplace juste Aïti et le Onduras dans le dictionnaire et on se retrouve avec un alphabet de 25 lettres. Tout le papier qu’on économiserait ! La place qu’on gagnerait pour écrire sur Twitter ! Les jeunes feraient moins de fôtes !

Elle n’est pas plus belle comme ça, la vie, avec l’ortografe simplifiée ? C’est-y pas le boneur de marcher sur les trasses d’Alfonse Allais, natif d’Onfleur ?

Merci, les rododendrons !

 

Ecrit pour le Défi du samedi n° 485 d'après cette consigne : rhododendron

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13 décembre 2017

24000 BAISERS

Bon, ce n’est pas bientôt fini tout ce tintouin autour des gens qui meurent ? Je rappelle qu’il est interdit, chez moi, de parler de médecine à table ! Si j’ouvre le bouton de la radio ce n’est pas pour entendre le panégyrique d’académiciens décédés, la nécrologie de chanteurs opticiens ou les louanges de patrons de journaux soutenus par la soutane !

Qu’ils reposent en paix ces braves types mais de grâce, ne me demandez pas d’allumer le feu, même si je viens d’en enflammer trois d’un coup, et de broyer du noir avec le survivant ! Excuse-moi partenaire ! Ce n’est pas l’envie qui me manque de fermer le poste pour rester gai. Simplement après le journal de France-Culture, une station déjà très nécrophile en temps ordinaire, j’ai l’habitude de ripper sur le jeu d’Emile Euro sur France-Inter parce que j’adore les quizz. Surtout les questions bleues de M. Krapov, de Rennes : « Y a-t-il un s à quizz quand il y en a plusieurs ? Y a-t-il un pluriel à buzz ? Est-ce que la bombe Pliz ? ».

C’est pourquoi je ferai l’impasse sur Jean d’Ormesson, Johnny Hallyday et François-Régis Hutin et je consacrerai mon éditorial de ce jour à tous les enfants qui sont nés la semaine dernière !

Vous venez d’entamer votre voyage au pays des vivants. Vous voici, derrière l’amour, arrivé-e-s sur la terre promise comme un chant d’espérance à la création du monde. Maman a perdu les eaux puis quelque temps après vous avez déclaré « Ouiiin ! Ouiiiin ! » à la douane de mer.

C’est une chose étrange à la fin que le monde et au début aussi ! Vous dites « au revoir et merci » à madame Placenta et on vous colle une claque sur les fesses ! De là vos premiers soupçons que je comprends très bien.

Hey, Joe, demandez-vous, si on commence à bastonner dès maintenant on va finir les bras en croix avant d’avoir commencé à goûter à la saveur du temps. Les coups, ouais, ça fait mal !

Mais non, les gars les filles ! Simplement n’ouvrez pas grand le guide des égarés, n’écoutez pas les souvenirs souvenirs aigris de la génération perdue et bégayante, les prêches ou les litanies de ce sorcier maudit. Ne cédez pas à la fureur de lire la presse, délaissez le caniveau, ouvrez de vrais livres, écoutez vos musiques, vivez à tout casser ! Soyez les fils de personne, la fille aux cheveux clairs, profitez à fond de votre enfance, cette île sur laquelle Casimir mène la grande vie !

Le monde entier va sauter un jour où l’autre mais on s’en fout ! Il ne faut pas arrêter pour autant le jeu que tu joues. Tu es là. Dis-toi que tu as de la chance, qu’on trouve le bonheur à San Miniato, dans les illusions de la mer ou dans le vent du soir. Vis tes tendres années à fond, je te promets qu’elles peuvent durer longtemps, très longtemps ! Il n’y a rien à jeter, le temps ne fait rien à l’affaire, à tout âge le ciel nous fait rêver, la fille à qui je pense me rend aussi dur que du bois et aussi drôle que Dutronc.

En vrai, faites comme vous voulez ! Vous pouvez chercher les anges dans le regard des autres… ou pas ! Chaque vie est un rêve à faire et pour d’aucuns, parfois la Cadillac ou l’Eldorado. Si c’est du vent, il te permet de rester libre. Si c’est l’Himalaya tu peux chercher à y emmener Laura ou Gabrielle ou suivre l’étoile solitaire. C’est au plaisir de Dieu, ne pontifiera plus François Régis !

Vivez vos vies, vivez la Vie ! Tous les hommes en sont fous et les femmes aussi !

Moi, il faudra oublier ma voix de révolté, mon discours qui a la forme du testament d’un poète. Johnny est mort, Jean d’Ormesson ne va pas mieux, François-Régis Hutin n’enfoncera plus de portes ouvertes avec ses éditoriaux passe-partout et moi je vis toujours, nananère ! Le plus immortel des quatre n’était pas celui qu’on pensait !

Garçon, de quoi écrire, s’il vous plaît !

Ecrit pour les Impromptus littéraires du 11 décembre 2017

à partir de cette consigne

Il y avait bien sûr aussi une surconsigne de l'Atelier d'écriture de Villejean !

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10 décembre 2017

HISTOIRE DE BEBEBY-SITTING

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- Le BEBEby-sitting, NOUNOUs dit AnNOUNOUchka, est un sport de combat. Au début, BEBEtement, on croit qu’on va tomber en extase devant un NOUNOUveau-né tellement mignon qu’on va BEBEgayer d’admiration devant sa perfection. Il sera tout bleu ou tout rose dans sa greNOUNOUillère et il suffira de le BEBErcer tranquillement tout en regardant des BEBEtises sur la télévision de ses parents. Genre « Les Feux de l’amour à NOUNOUméa » ou « Meurtre à ColomBEBEy-Les-Deux Eglises » avec AnNOUNOUk Grimberg et Jean-Paul BEBElmondo. Mais le NOUNOUrrisson a vite fait de vous interrompre avec des BEBElements si NOUNOUrris que les voisins éBEBErlués par ce vacarme iNOUNOUï sont prêts à hurler « Bourreau d’enfant ! » dans la cage d’escalier, voire, si vous n’interrompez pas rapidement la NOUNOUBA du BEBEjaune, à appeler Police-Secours !

« Mais qu’est-ce que t’as, BEBEbert, à NOUNOUs seriner comme BEBEethoven, le Saint-BEBErnard qui suait le burNOUNOUs au cinéma dans les années 80, un air comme quoi tu serais tellement sourd que tu crois faire de la peinture et gueuler ton appartenance au mouvement des fauves ? Tu veux faire concurrence à Joséphine BEBEker ? A Céline Dion ? Ah ? C’est du NOUNOUgaro que tu NOUNOUs BEBEles ? Le gaz et la java !

Mais t’as peut-être faim, comme t’es là ? T’en voudrais-t-y de ce restant de NOUNOUilles à la sauce BEBEchamel ? Quelle NOUNOUrriture donne-t-on à un BEBEBEBE qui NOUNOUs brise les NOUNOUgats avec un hashtag #Balanceton BEBEmol ?

Tiens, regarde, c’est NOUNOUNOUNOUrs à la télévision ! Ca ne te calme pas, Nicolas et Pimprenelle qui se BEBEcotent ? T’es déjà rendu à snoBEBEr le marchand de sable sur son NOUNOUage ? Tu préfèrerais NOUNOU-York Police Department ou BEBEnny Hill ? T’es BEBEgueule ou quoi ? T’as un abonnement à Netflix ?

Mais dis-moi, mon cochoNOUNOU ? T’as renversé le BEBEnitier ? C’est quoi ce débordement de liquide sur tes geNOUNOUx ? Et cette odeur de tout ce que tu veux sauf de la NOUNOUgatine que tu NOUNOUs liBEBEres d’un seul coup ?

Ah l’abominable ! C’est la BEBErézina ! » constate AnNOUNOUchka héBEBEtée en déNOUNOUant la couche. Quel boulot il ne faut pas faire ! ».

Une fois que le BEBEBEBE a les fesses bien au propre elle le repose dans son berceau et c’est à NOUNOUveau le silence. Elle le savoure en s’envoyant le BEBEtisier de « Scènes de ménages » sur M6.

Le déNOUNOUement de cette histoire est savoureux :

- C’est depuis cette séance-là que j’ai monté la barre de mes exigences en matière de BEBEby-sitting. Je ne garde plus que des garçons de plus de dix-sept ans !

Sacrée AnNOUNOUchka !


Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le mardi 5 décembre 2017

d'après la consigne ci-dessous

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EDUCATION SEXUELLE

C’est marrant : ce soir personne n’a opté pour l’écriture d’une histoire érotique pariZIZIenne !

Je vais donc devoir m’y coller, sans léZIZIner sur la déPANPANse, afin de détendre vos ZIZIgomatiques avec de PANPANtagruéliques gauloiseries, je sens ça ! Ce n’est pourtant pas difficile de parler d’un ZIZIgomar et d’une pin-up plutôt pimPANPANte qui conviennent de passer un bon moment ensemble.

Ca fait un bout de temps en effet qu’AspaZIZIe – les vieux prénoms reviennent à la mode – a un penchant certain pour la fantaiZIZIe et les beaux yeux de PANPANgloss – nommons le ainsi puisqu’ils vont jouer au jeu du docteur à main chaude dans un jardin ouvert aux candides. Ca fait le même bout de temps que PANPANgloss anesthéZIZIe plus ou moins son irrépressible déZIZIr de toucher aux PANPANplemousses d’ AspaZIZIe de PANPANtruche !

Ils se ZIZIeutaient, PANPANsifs, ils faisaient des ZIZIgzags autour de la PANPANdule, buvaient de l’ambroiZIZIe en se tendant des guet-aPANPANs plutôt gentils.

Et puis voilà que le grand moment est arrivé, celui où on oublie la poéZIZI et le PANPANtoum, celui où, dans un coin coZIZI deux êtres PANPANtelants vont s’adonner à des plaiZIZIrs de chenaPANPANs.

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Rappelons-le sans héZIZIter : à ce genre de doux combat plus d’un y alla en se tromPANPANt !

Il y a pluZIZIeurs types d’obstacles dans ce PANPANcrace !

Le ZIZIp des fermetures éclair laisse PANPANtois les maladroits !

Certains vêtements en ZIZIbeline comme le PANPANty ne s’enlèvent pas facilement ! Ces fantaiZIZIes-là sont crisPANPANtes !

Ce qui met la ZIZIzanie aussi et qui est bien flipPANPANt c’est de coincer sa ZIZIgounette dans la braguette du PANPANtalon.

Et les manquements au garde-à-vous font péter un fuZIZIble a plus d’un fantassin dans le PANPANdémonium !

Cet effet de paralyZIZIe, avoir le sexe qui PANPANdouille, incite plus d’un inquiet à recourir aux aphrodiZIZIaques, au Viagra ou au dégripPANPANt.

Allez, admettons qu’AspaZIZIe et PANPANgloss n’ont pas connu ces aléas.

Les voici donc en pleine action au pays d’Alice où ça glisse. L’oiZIZIllon est entré au PANPANthéon. Il ne va pas tarder à baigner dans le bonheur et lors d’un phénomène appelé éjacuzZIZIlation il va éPANPANdre sa bonne et liquide parole, AspaZIZIe l’entrecouPANPANt de râles et de soupirs plus ou moins origasmiques et l’affaire sera pliée. Jusqu’à la prochaine fois.

Laissons-les donc à la muZIZIque érotique dont l’avenir de l’humanité déPANPANd.

Car c’est bien de cette frénéZIZIe-là, d’un peu de liquide qui se réPANPANd au son du "Ah que je t'aime" de Johnny H. que vous êtes issus – ô héréZIZIe !, bande de petits sacriPANPANts !


Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le mardi 5 décembre 2017

d'après la consigne ci-dessous

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09 décembre 2017

LE TENNIS BARBU

C’est un jeu oublié, je crois. On s’asseyait sur un banc, on regardait chacun d’un côté, scrutant les gens qui passaient et quand il y avait parmi eux un barbu on marquait quinze point puis trente, comme au tennis. Jeu, set et match.

Je ne sais pas d’où ça sortait. Peut-être bien de cet entre-deux guerres si mystérieux ou de ces années folles voire des années cinquante avec ces gens et ces romans bizarres, complètement oubliés aujourd’hui : Jules Romains et ses « Copains », Paul Guth et son « Naïf », René Fallet, Gabriel Chevallier et son « Clochemerle ». Noël Roquevert, Noël-Noël, Michel Simon, Jean-Louis Barrault.

On y a joué beaucoup, nous autres, à l’époque, au tennis barbu. C’était un jeu au poil, comme celui qu'on avait dans la main ! Anne-Marie Pascal qui faisait partie de notre bande a arrêté d’y jouer quand elle rencontré son Désiré. Un beau type barbu ! Elle a marqué quinze points, elle est partie avec lui, elle a dû décrocher la coupe Davis ou la coupe Desvertus parce qu’on ne l’a jamais revue. Il faut dire que son Désiré s’appelait Landru.

Nous aussi, très récemment, on a stoppé le jeu du tennis barbu. On a arrêté d'y jouer quand ce sont les barbus qui ont marqué les points.


Ecrit pour le Défi du samedi n° 484 d'après cette consigne : Quinze.

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07 décembre 2017

QUI SE MÊLE DE PLUIE ET DE VENT ?

C’est l’automne. Le vent s’engouffre dans la rue du Quai. Dans le caniveau il y a un cahier bleu avec des feuilles à petits carreaux. Au passage du vent une page se tourne. On peut y lire, posés par une main qu’on devine enfiévrée, les mots suivants :

Toi qu’il a ravie au lit, livide Livia, quel talent à l’Italien, tel Lulli, que nous n’avons pas ? Est-ce que son Mickey mousse ? Sa tagliatelle est-elle magique ? Elle glose et glisse sur la glaise pour que tu glousses comme l’Anglaise qui se glace en son église ?

Arrivé sur le port le vent change de direction. Une autre page se tourne.

Avec elle j’aurais parcouru le monde en tous sens. Les quatre points cardinaux n’auraient pas eu plus de secrets pour nous que les quatre filles du Docteur Marsch ou crève. J’aurais escaladé en sa compagnie les sept collines de Rome : l’Aventin, le Palatin, le Trissotin, le Picotin, le Quirinal, le Capitole et le Pactole. Bref j’étais tombé éperdument amoureux d’Isaure Chassériau dont le portrait peint par Amaury-Duval est conservé au Musée des beaux-Arts de Rennes.

Le vent décide alors de tourbillonner au-dessus de ce cahier. Une page se tourne encore

Bon, c’est l’histoire d’un gars qui va acheter son pain à la boulangerie tous les matins. Mais comme il est un peu myope et qu’il est séduisant cependant, il ne s’aperçoit pas que la jolie boulangère est prête à lui donner son 06 et plus si affinités. Alors, comme la situation perdue et que le 45 tours ne peut pas dépasser 2 mn 45 elle lui prend un rendez-vous chez un ophtalmo qui lui prescrit d’acheter des lunettes. Et donc, le lendemain de cet achat il retourne à la boulangerie et en un éclair il la trouve très chou, il l’épouse et ils font fortune en lançant une chaîne de pâtisseries pour bobos sans gluten.

Maintenant la fureur du vent est apaisée. Sa lecture le met en joie. Une dernière page se tourne.

Le cri de Tarzan commence la journée : «Aouaouaaaaah !». Celui de Jane hurlant «A table ! Le puma aux betteraves est servi !» la termine.

La vie des baobabs est une succession de palabres mystiques auxquelles leur feuillage n’entrave que couic.

L’éléphant rêve d’un régime amaigrissant, la girafe d’un restaurant gastronomique.

Qui ne consulte pas l’horaire avant de sauter risque de rater la liane de 8 h 47.

Qui a été saisi par une oreille et entraîné dans un maquis ne doit pas s’attendre à ce que le gorille lui fasse écouter ses vinyles de Brassens. Ce serait trop facile !

Maintenant le vent est tombé sous le charme de cette écriture drolatique. Il note l’adresse, « 15, rue du Quai », puis s’en repart dans les hauteurs. Il s’insinue par le dessous de porte dans la chambre où dort Eole sous les draps. 

IL 171204 Time fades away

Dans la rue du Quai il s’est mis à pleuvoir. Et pas qu’un peu : la pluie est diluvienne. Elle trempe et détrempe tout, elle cochonne et détruit tout, elle lave et délave l’écriture, l’encre déteint, les feuilles du cahier bleu se collent et se décollent à jamais. Tout ce qui ruisselle des toits et des gouttières aboutit dans le caniveau et le cahier, tel un bateau ivre, est emporté par ce torrent jusqu’à la bouche d’égout la plus proche.

***

- Vous imaginez ? Là, ce n’est que mon cahier d’écriture nomade mais si le vent et la pluie ont fait pareil avec les manuscrits africains de Rimbaud ?

- Arrête de nous bassiner avec ça, Joe Krapov ! Le Harrar, c’est comme la Bretagne, il n’y pleut jamais. Et puis tiens-le toi pour dit : Rimbaud n’a plus pondu de poésie après 1875. Il a arrêté d’écrire. Et si toi tu pouvais faire pareil, tes cahiers paniqueraient moins en songeant à leur devenir !

 

Ecrit pour les Impromptus littéraires du 4 décembre 2017

à partir de cette consigne.

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04 décembre 2017

UNE BONNE NOUVELLE

Lakévio 87 118102237

La marquise sortit à cinq heures. Il n’y avait que quelques pas à faire pour aller de sa villégiature au bureau de poste au centre du village. Elle les fit d’autant plus volontiers qu’il avait fait chaud toute la journée et qu’un peu de fraîcheur arrivait seulement maintenant par l’Ouest.

Elle donna le numéro parisien. La télégraphiste demanda l’inter et elle alla s’enfermer dans une cabine. Ce fut James qui répondit.

- Passez-moi mon mari, James, je vous prie !

Au lieu de le faire, le majordome partit s’empêtrer dans des explications confuses selon lesquelles un des chevaux de l’écurie n’allait pas bien «et même plus si affinités». On ne comprenait jamais rien de ce qu’il racontait, celui-là. En plus il avait un accent Ch’ti à couper au couteau à Maroilles.

- Je vous serais bien obligée d’appeler mon mari pour qu’il vînt au bout du fil.

En fait elle eut Martin, le cocher, qui renchérit sur le laïus chevalin.

- Mais qu’est-ce que vous m’embêtez avec vos histoires d’écurie et de début d’incendie ? Occupez-vous de cela avec Monsieur le marquis. Moi je suis partie depuis quinze jours à Deauville où je suis toujours, je ne puis régenter cette affaire à distance, vous en conviendrez ? Passez-moi mon mari ou si c’est impossible, passez-moi Pascal ou Lucas !

Ce fut Lucas. Il alla droit au but, sans les circonvolutions des autres. Apprenant la nouvelle de sa ruine, monsieur le marquis s’était suicidé. Une balle dans la tête. Dans sa chute il avait entraîné le chandelier. Tout son bureau avait pris feu. L’incendie s’était propagé à tout le château. Jusqu’aux écuries où sa jument avait péri.

- Bon, j’aime mieux ça, répondit la marquise. Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement. Je rentre illico.

Mais avant de retourner faire ses bagages elle demanda à la téléphoniste de lui appeler un autre numéro, celui de son notaire.

- Maître Trigono ? Madame la Marquise de Castellflorite-Ventura. Je devais vous rappeler ces jours-ci, vous vous souvenez ?

- Tout à fait ! Tout à fait, chère marquise !

- Vous avez le renseignement ?

- Oui ! Tout va très bien, madame la marquise ! Il n’a pas annulé l’assurance-vie !

 

Ecrit pour l'Atelier de Lakévio n° 87 d'après cette consigne.

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02 décembre 2017

LA CHANSON DE L'AMNÉSIQUE (1)

Elle est très sympa, cette dame Véronique ! Voici ce qu’elle écrit, ce lundi :

Les Amnez’ziques ont sévi sur la scène cet après-midi. Ils ont continué à sévir après leur départ en laissant, qui un chapeau, qui un parapluie rouge. Comme après leur passage la météo ne s’est pas améliorée, le chapeau attend son propriétaire-chanteur sous un coin de parapluie d’un auditeur ou d’une auditrice !

Avis aux amnésiques et/ou aux étourdis dont je sais faire partie !

Merci pour votre présence à tous et toutes et pour avoir partagé ce bon moment.

Véronique

Evidemment, celui qui a oublié son chapeau, c’est encore Manu Lebichon, le chanteur historique du groupe « Am’nez zique et les Biches » dont font aussi partie Sebarjo, Chris Biche et Joe Krapov, votre serviteur.

C’est moi qui suis arrivé le premier chez Dame Véronique. Je suis venu à pied. Trois quarts d’heures de marche avec sac à dos et guitare. On peut dire que je le bichonne, mon bilan carbone !

J’allais attendre les autres dans la rue mais Dame Véro est sortie et m’a fait entrer dans sa vaste demeure. Tout était prêt pour le concert : chaises, canapés, fauteuils installés, jolie vaisselle prête pour le goûter qui suivrait. Et, en guise de rideau de scène, il y avait un très joli et large paravent.

J’ai installé mon matériel : pupitre, guitare, ukulélé, kazoo, harmonicas. Les autres sont arrivés là-dessus et tout s’est bien déroulé, le concert a été très réussi.

Juste trois bémols et un dièse :

- Personne dans la nombreuse assistance n’a jugé bon de photographier les artistes. Du coup je ne peux pas vous montrer le paravent.

- Moi-même, bien qu’ayant amené mon appareil photo compact et rose, je n’ai pas pensé à photographier l’objet. Je savais bien pourtant que « paravent » était le thème du Défi de ce samedi ! 

- Manu a oublié son chapeau sur le paravent tout comme il avait oublié son pull chez moi la dernière fois, ses sabots chez Isabelle et perdu les micros de la sono en septembre ! Un véritable Am’nez zique, il est ! 

- Du coup, pour dièse, c’est #balancetontimbre ! Sur l’air de « Je n’suis pas bien portant » d’Ouvrard, je lui ai écrit « La Chanson de l’Amnésique » ! 



Les paroles de cette chanson sont ci-dessous.

Ecrit pour le Défi du samedi n° 483 à partir de cette consigne : paravent