02 mars 2013

LHOOQ : DU CHAMP DE CONNAISSANCES LIMITÉ DE MARCEL

Il arrive parfois au musée
Que l’on reste un peu médusé
Devant le portrait d’un radeau.

Le peintre a-t-il peint le bateau
A la spatule ou au râteau ?

Voulait-il fair’ peur aux badauds
Ou dissuader d’un piqu’-nique
A bord du paqu’bot Titanic ?

Il arrive parfois au musée
Que l’on soit aussi amusé
Par le portrait d’une radasse :

- C’est sûr, elle est sal’ment gironde !
Elle sourit à tout le monde
Ell’ n’arrête pas une seconde
Mais on ne voit pas bien sa tête
A cette célèbre gisquette :
Elle a oublié d’se raser ?
Ou alors sa lame est usée ?

Ou ce s’rait-y qu’un grand potache
Lui aurait collé une moustache ?

C’est p’t’êt’ Mona Lisa,
Miss Monde ou Olympia
Mais ces poils montrés à la ronde,
Je vous l’dis franch’ment, c’est immonde !

- Monsieur, ce n’est pas la Joconde !
C’est Courbet ! L’Origine du monde !

Ecrit pour les Impromptus littéraires du 25 février 2013

Posté par Joe Krapov à 18:57 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , ,


23 février 2013

Les chaises : pièce à dormir debout (1) Au parc du Thabor à Rennes le 3 mai 2012

120503 017

LES CHAISES : PIECE A DORMIR DEBOUT


Sur la scène du théâtre le plateau est nu. Il y a juste deux chaises qui se font face et un grand écran blanc qui occupe tout le fond. Les deux personnages féminins, Cour et Jardin, arrivent chacune d’un côté différent de la scène. Elles ont chacune un gros dossier plein de feuilles dactylographiées et s’assoient l’une en face de l’autre, ayant vue à la fois sur la salle et sur l’écran. Lorsqu’elles sont en place le technicien projette sur l’écran une photo d’Henri Cartier-Bresson.

COUR. – Aujourd’hui, le patron de la P .J. est venu s’asseoir à la terrasse de la brasserie Dauphine. Il aurait bien mangé une choucroute et bu un verre de Riesling bien frais mais il n’y avait personne au comptoir et personne non plus n’est venu prendre sa commande depuis qu’il s’est assis à la terrasse déserte.
JARDIN. – Alors il attend. C’est un gros monsieur à l’air placide. Il porte un chapeau melon et un pardessus à col de velours. Il a gardé son parapluie à la main. La pointe du pépin fermé touche le sol, trois doigts du bonhomme serrent le manche recourbé et le pouce et l’index de l’homme pendouillent sur la petite queue du J à l’envers. Sans même tapoter du doigt, il attend.
COUR. – Il a une moustache blanche, de faux airs de Pierre Bellemare qui n’est peut-être pas encore né vu que la photo date de 1932. Il est ventru, a le visage massif, la chair flasque au bas des joues, le regard un peu éteint qui fixe le vide. Il attend.
JARDIN. – Dehors, sur la place, les vélums du restaurant voisin dessinent dans la lumière du jour hivernal une France stylisée, un hexagone au Sud-Ouest duquel trois types debout sont immobiles. Deux d’entre eux semblent discuter en marchant alors qu’en fait ils n’avancent pas. Le troisième tourne la tête et regarde derrière eux. Lui aussi a l’air d’attendre quelqu’un.

Posté par Joe Krapov à 14:12 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

Les chaises : pièce à dormir debout (2) Au parc du Thabor à Rennes le 3 mai 2012

120503 009

COUR. – Il y a cinq tables avec des nappes blanches à la terrasse du restaurant et seize chaises mais sur la scène…
JARDIN. –… ou dans cette scène…
COUR. – … on n’en voit que quinze.
JARDIN. - Il y a des chaises mâles et des chaises femelles. Toute la journée, écrasées sous les culs des humains, elles rêvent du moment où le soir le garçon en long tablier va les empiler sur la table, les unes sur les autres, enfin, tête-bêche.
COUR. – Quand le dernier autobus n° 69 sera passé, le loufiat éteindra la lumière et l’orgie commencera. Un air de jazz mystérieux descendra de l’appartement du dessus. Toute la journée les chaises attendent ça.
JARDIN. – Elles ont des noms un peu bizarres. Parfois « La tempérance » est montée sur « le diable » et « la justice » sur « le chariot ».
COUR. – Hier soir « le pendu » était sur « la maison-Dieu » et « l’étoile » sur « l’amoureux ».
JARDIN. – « Le bateleur » s’envoie « l’impératrice » et « le soleil » a enfin rendez-vous avec « la lune ».

Posté par Joe Krapov à 14:11 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

Les chaises : pièce à dormir debout (3) Au parc du Thabor à Rennes le 3 mai 2012

120503 007

COUR. – Présentement, c’est « la papesse » qui a attrapé le patron de la P.J.
JARDIN. – Par le fond de son pantalon elle a fait pénétrer une pointe de son paillage et la voilà qui aspire l’âme du type qui attend.
COUR. – Ca a une âme, un policier ?
JARDIN. – A cette époque-là, oui. Dans les trous qu’ont creusés en elle les vers à bois, la chaise niche les différentes parties qu’elle soutire au policier.
COUR. – Son aveu d’impuissance devant le gang des tractions avant.
JARDIN. – Ses rêves de retraite à Meung-sur-Loire : la pêche, le fricandeau à l’oseille de son épouse, la partie de cartes de l’après-midi au café avec le docteur, le boucher et le cabaretier.
COUR. – Bientôt la papesse a tout pompé. La chaise est repue et le commissaire Maigret n’est plus qu’un fantôme creux dans la mémoire de l’auteur de la pièce. Un souvenir lointain.
JARDIN. - Fin de la scène 1 !

Posté par Joe Krapov à 14:07 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

Les chaises : pièce à dormir debout (4)

130219 Cartier-Bresson patron de la P

COUR. – Malgré son Alzheimer, l’auteur a écrit une scène 2 ?
JARDIN. – Tu rigoles ? La pièce est encore inachevée. Elle fait 4208 pages à l’heure d’aujourd’hui.
COUR. – Et… on va tout lire ? Je peux aller faire une pause pipi ?
JARDIN. – Attends la fin de la scène 2. Cette fois c’est une photo de Jacques Prévert par Robert Doisneau.
COUR. – Je crois que j’ai deviné le nom de la chaise !
JARDIN. – Allez, va faire pipi au lieu de dire des bêtises.
COUR. – Je voudrais bien mais… Je n’arrive pas à me lever… Je me sens vidée d’un seul coup.


Elles s’immobilisent toutes les deux. Le rideau tombe. Les spectateurs n’applaudissent pas. Ils ne sortent pas de la salle. Ils ne le peuvent pas. Moi-même j’ai du mal à vous dire où l’on peut voir la photo d’Henri Cart…

Ecrit pour Les Impromptus littéraires du 18 février 2013 en suivant la surconsigne de l'atelier d'écriture de Villejean : "intervenir dans cette photo".

Posté par Joe Krapov à 14:01 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,


16 février 2013

L'Idole de Schroeder (1) : Rennes le 16 février 2013

130216 016

L’IDOLE DE SCHROEDER

C’est aux lisières des forêts
Qu’il conviendrait que je relise
La missive à mon adorée.
J’y dis mon mal-être : « A Elise ».

C’est aux confins de la contrée
Sous des conifères d’argent
Que je l’ai, hélas, rencontrée
Mon horreur absolue des gens.

Posté par Joe Krapov à 18:42 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

L'Idole de Schroeder (2) : Rennes le 16 février 2013

130216 015

C’est au bout du bout de soi-même
Que l’on devient très héroïque.
Lorsque personne ne vous aime
Comment peut-on rester stoïque ?

Aux limites de cet état
Ne reste plus que la musique :
Nostalgie appassionata
Par-dessus destin pathétique.

Posté par Joe Krapov à 18:40 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

L'Idole de Schroeder (3) : Rennes Villejean le 16 février 2013

130216 009

Aux frontières du temps qui fuit
S’il reste un peu de mon génie
Qu’on me laisse encore une nuit
Œuvrer à cette symphonie.

Aux bornes de l’a(b)surdité
Je ferai entendre la joie
D’un hymne de postérité
Pour une Europe qui flamboie.

Posté par Joe Krapov à 18:38 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

L'Idole de Schroeder (4) : Rennes Villejean le 16 février 2013

130216 002

A la douane du jour naissant
Je déclarerai au finale
Un chant de malheur incessant :
Toute existence est infernale.

Ô mon âme ! Cesse de geindre !
Fi de toute cette infortune !
Que ce feu au point de s’éteindre
Trouve son âtre au clair de Lune !

Ce texte constitue ma participation aux Impromptus littéraires du 11 février dont le thème était "Les lisières"

Posté par Joe Krapov à 18:36 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

11 février 2013

Crépuscule sur l'embarcadère vers l'île de Bréhat à Ploubazlanec (Côtes d'Armor) le 7 avril 2004

 

040408_8078

LA MAGIE OPÉRA ?

Lorsqu’Athéna pose ses armes
Pour s’adonner, sens en alarmes,
Dans le milieu de ses clairières
Au troublant repos des guerrières

(Le monde apaisé sous la palme
Atteint lors un moment de calme) ;


Quand Neptune arrête son char
Et, dans l’écurie en bazar
Qu’Hercule ne nettoie jamais,
Dételle ses grands chevaux bais

(Alors les vagues sous les cieux
Ont le fracas silencieux) ;


Lorsque Zeus ne fait plus mystère
Qu’il n’est pas un gars du tonnerre
Et qu’il aime son rocking-chair,
Ses mots croisés et sa rombière

(Les séducteurs transformateurs
Doivent soigner leurs adducteurs) ;


Quand Apollon pose sa lyre,
Qu’il met son pyjama rayé
Et qu’il enfouit, comme en délire,
Sa tête sous son oreiller

(J’assistai au coucher du fauve,
Le ciel alla de jaune à mauve) ;


Alors le populo radieux
Se dit avec ravissement
Qu’il voit, comme les Allemands,
L’entier crépuscule des dieux

(Il y a bien Diane qui s’enfuit
Mais c’est qu’elle est gardien de nuit).


Ce tableau réjouit l’athée :
De ce feu, jamais ne s’en lasse.
L’amoureux, lui, alors se tait ;
Sa mie enlace, sa mie embrasse.

(Et ce moment, en vérité,
Est beaucoup plus divin que la divinité)

Ecrit pour Les Impromptus littéraires du 28 janvier 2013

Posté par Joe Krapov à 01:01 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , , ,