21 juillet 2013

LE TOUAREG (3)

- Maintenant, pour vous mesdames, nous avons la même chose et en couleurs ! Voulez-vous d'un homme objet ? Décoratif, docile, ne coûtant pas cher à nourrir et surtout attaché à son foyer, joli à regarder autant qu'agréable au toucher. Messieurs les assistants, montrez l'objet à ces dames.

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Ils étaient si élégants, si distingués, si craquants, ces personnages à la Magritte sur fond de beffroi breton que ce fut une véritable ruée et que bientôt, dans toutes les rues de Condate on ne croisa plus que gens réjouis emmenant chez eux leur pot rempli de terre et leur espoir d'en voir sortir, d'ici une quinzaine de jours, une fleur humaine magnifique.

homme-objet

Quand Omar eut vendu tout son stock, il regarda la place et n'aperçut plus qu'une toute jeune fille vêtue d'une robe rose et coiffée de deux couettes fleuries fort originales. Elle le regardait fixement et semblait attendre quelque chose d'autre de lui.

- Eh bien la belle ? Tu n'as pas trouvé chaussure à ton pied ? Le show est terminé, tous mes pots sont partis comme des petits pains.
- Ce ne sont pas vos petits pots qui m'intéressent, monsieur Mer, c'est votre chameau.
- Lequel ? C'est que j'en ai toute une caravane !
- Celui-là !" dit la jeune fille en montrant du doigt un chameau particulièrement famélique.
- Ce chameau-là ? Mais cet animal est très vieux et de plus il a une malformation congénitale.
- Oui, oui, j'ai remarqué. Combien me le vendez-vous ?
- Ecoutez, vous n'allez pas faire une affaire. Je ne lui donne pas un an à vivre. Et puis le climat breton, pour les chameaux, c'est trop humide.
- J'insiste !
- Ma foi, puisque vous insistez, je vous le laisse à cent écus.
- Marché conclu. Dites-moi simplement comment il s'appelle.
- Il se nomme Khalifa.

***

Quand Isaure Chassériau, la jeune fille vêtue de rose, ramena chez ses parents le chameau à trois bosses, elle n'entendit d'abord que des hauts cris. Et puis, comme on vivait déjà alors en intelligence par ici, les cris se transformèrent bientôt en rires. Et enfin, quand Isaure fit fortune en louant l'animal pour des promenades à deux dans les rues de Condate, les cris et les rires se muèrent en admiration et en fierté dans la famille Chassériau et dans son entourage.

***


LE TOUAREG (4)

Au moment de conclure cette histoire, il me faut répondre à deux questions que le lecteur attentif et à la curiosité aiguisée n'aura pas manqué de se poser.

- Des femmes-fleurs et des hommes-objets sont-ils sortis des pots vendus par Omar Mer aux habitants de Condate ? La réponse est : "Bien sûr que non".

- A-t-on la preuve de l'existence de Khalifa, le chameau à trois bosses ? La réponse est "oui". Son portrait figure encore sur la façade du restaurant homonyme qui trône en haut de la place des Lices, à Rennes.

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Et surtout, le chameau à trois bosses est enterré au cimetière de Brelevenez à Lannion (Côtes d'Armor). Pour vous rendre sur sa tombe, le mieux est d'emprunter les escaliers très jolis qui mènent à cette église qui surplombe Lannion.

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Si jamais par malheur vous ne trouviez pas la tombe de Khalifa dans le cimetière, surtout ne m'en veuillez pas. Profitez du panorama. Lannion, ce n'est pas aussi bien que Rennes mais c'est quand même pas mal non plus.

N.B. Cette histoire écrite en 2002 était restée inédite jusqu'à ce jour.

07 juillet 2013

J'AI RENDEZ-VOUS AVEC VOUS SUR LE PONT DES ARTS

Est-ce le hasard qui m'a mené à Rennes ?
Avais-je rendez-vous avec Isaure Chassériau ?

Une chose est sûre et l'autre est certaine :

1) Je suis en vacances.
2) J'ai horreur de me poser des questions quand je suis en vacances !

Bonnes vacances à toutes et à tous !

Ecrit pour Le défi du samedi n° 253 d'après cette consigne.

 

 

30 juin 2013

QUATRE VARIATIONS VACANCIERES

La valise acquise à Valence
Où donc l’emmener en vacances ?
A Venise ? A Saint-Paul-de-Vence ?
Pleine de devises à Trévise ?
Pleine de pétulance à Lens ?
Même si toi tu t’en balances
Je crois que je penche pour Pise !

***

Celui qui oublie ses valoches
A l’avant du train
Mérite une paire de taloches
Ou qu’on lui botte l’arrière-train.

***

Sur le cannevas des vacances
Je tire un fil qui va
De Paris où l’on danse
Le french-cancan
Jusqu’à Cannes
Ou à Vannes
En passant
Par Trifouilly-les-Oies
Où la cane cancane
A propos des noces de Cana
Vanessa trouva
Son petit paradis

***

C’est si compliqué de savoir
S’il faut aller passer ses vacances en Vallonie
Ou ses ouacances en Ouallonie
Que la plupart des Belges préfèrent
Partir les passer en Espagne.

 

Bonnes vacances à toutes et à tous !


Ecrit pour le Défi du samedi n° 252 à partir de cette consigne.

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22 juin 2013

LA MAGICIENNE A DISPARU !

Courait-elle dans l’herbe avant qu’on ne l’attrape,
Avant qu’on ne lui greffe, au bout de son museau,
Un fil qui la rattache au monde des « Fenêtres » ?

La vie longtemps pour elle a marché comme sur des roulettes :
Il suffisait, pour que ça roule
De ne jamais perdre la boule.

Mais le progrès vous scie les pattes et c’est désormais ventre à terre
Qu’elle officie, handicapée mais productive,
Se mouvant pas très loin sur le ring comme toute envoyée au tapis.

Nul ne l’attrape par la queue sauf lors des déménagements.
Tout le monde lui caresse le dos – c’est pour elle jeu de main chaude –
Mais elle ne ronge plus que son frein.

En guise de cerveau elle a un côté gauche dédié à l’action
Et une partie droite consacrée à Mémoire
Mais bon il faut aimer qu’on vous tape sur la tête.

Le quatorze juillet et tous les autres jours
Sa bosse, Monseigneur qu’on touche en permanence,
Donne, sans pistolet, départ au défilé.

Tant de cordes à son arc mais une seule flèche !
Qu’elle atteigne la cible et le sablier tourne
Tandis que les lumières du kaléidoscope
Changent devant nos yeux souvent émerveillés.

Je hais par-dessus tout qu’on la trempe dans l’huile ou dans l’eau :
Froid ou chaud, plein d’effroi, peu me chaut l’escargot,
Trop lent pour la machine, qui sent l’ail et l’enterrement
Des feuilles de papier mortes.

A tout coup désormais importée de la Chine
Sans qu’on ne nous fournisse le moindre certificat vétérinaire
Elle indiffère le chat qui se désintéresse de cette bête-simulacre.

On n’aimait peu jadis l’avoir dans sa maison
Mais les temps ont changé. Monsieur, à l’occasion,
L’eût bien mise dans son lit

Mais madame est contente de la voir disparaître.
Pour l’adultère virtuel hélas nous serons chocolats
Car on passe aux tablettes.

Alors, adieu, souris ! Prends tes clics et tes claques,
Merci pour ta magie, chapeau pour le boulot, bravo, petit mulot
Et tant pis si Progrès-prestidigitateur
Te met dans son chapeau et te pose un lapin sorti du haut-de-forme.

D’un abracadabra de baguette magique
Un artiste farceur te repeindra en vert
Et te redonnera liberté sur pelouse, pattes, oreilles, moustache…

Allez, souris, souris !
La vie n’est pas si dure
Que le disque rayé veut nous le faire accroire !

 

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16 juin 2013

CRITIQUE DRAMATIQUE AMBULANT (1)

Quand reviennent les beaux jours dans la ville que j’habite, je me remets à exercer l’improbable métier que j’ai toujours rêvé de faire : critique dramatique ambulant (CDA). Je monte dans le bus avec un pliant de camping à la main et je vais écouter « La Traviata » sur écran géant place de la Mairie à Rennes. Je vais découvrir un quatuor de musiciens inconnus, le Gribi quartet,  et faire partie, en fin de leur concert, d’une chorale improvisée qui entonne avec eux des ragas indiens et des chants de griot africain. Bientôt je planterai ma tente au camping de La Flèche (Sarthe) pour retrouver « Les Affranchis ». Dimanche dernier, le CDA que je suis a fait sept kilomètres à bicyclette pour aller voir des spectacles en plein air. Vous auriez pu le reconnaître à son sac à dos d’où dépassait une pompe à vélo et à son casque de cycliste pendouillant par-derrière le sac. Merci en tout cas au journal « le Défi du samedi » de bien vouloir publier ce compte-rendu de randonnée culturelle quelque peu déjantée mais pas trop : « On fait ce qu’on pneu comme disait mon confrère Paul-Louis Mignon à son pote Henri III ».

Tout le temps de la semaine me semble un monde cafardeux, noyé de chagrin, de boulot, de quotidien subi, de peines de prison pour le cœur. Quand on a besoin d’oseille, une vie à gagner, on se trouve trimballé du lundi au samedi sans entrain. Bien meilleur est le dimanche, plein de renouveau, de bonheur charmant, de merveilles, de chansons et d’oiseaux.

Même parmi la foule du festival Robinson à Saint-Grégoire (Ille-et-Vilaine) on revit, seul au monde ou presque, l’aventure de l’île au trésor. Amarrée au bord de l’eau du canal d’Ille-et-Rance la péniche-spectacle de M. Charbonneau sert de point de ralliement. C’est qu’on va cavaler, pendant les heures qui viennent, de la cale Robinson au jardin du moulin, traverser la grande pelouse, emprunter la passerelle pour aller du côté cour au côté jardin.

Que retenir cette année de ce bon vieux festival Robinson ? Tout ou quasiment tout ! Mais puisqu’il faut choisir de vous raconter un seul de ces spectacles de théâtre de rue, avouons le faible éprouvé pour le « Prince à dénuder » de la compagnie Ocus.

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Aurais-je été séduit par l’entregent de la comédienne, par les côtés charnels de son désir de prince charmant, par sa voix chaude et sa science de l’escrime ou de la descente de petits verres ? C’est possible : un rien m’émoustille pourvu qu’il soit femme ou fille, violoniste irlandaise, danseuse bretonne ou même cantatrice grecque jouant une fille perdue à cheveux gras dans un opéra italien adapté d’un roman français à flanquer la tuberculose à plus d’un effeuilleur de marguerite.

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Mais le prince qui viendra, qui arrive au galop, qui déboule sur le terrain herbeux de la séduction cavalière, il faut bien avouer qu’il n’est pas mal non plus. Comme le dit la notice du spectacle-médic-amant « le prince est charmant, il sent bon, il joue de la guitare comme un dieu, il fait des poèmes sous la lune et il a les dents qui brillent ". Alors pourquoi cela ne marche-t-il pas entre ce clone moyenâgeux de Gatsby le magnifique et cette Blanche-Neige transfigurée par les messages du MLF que les corbeaux du coin ont portés jusqu’en son château de carton-pâte ?

CRITIQUE DRAMATIQUE AMBULANT (2)

Pourquoi nous ravit-il, ce « spectacle de rue pour une princesse, un prince, une guitare et un cheval moche » ? Parce que c’est du cinéma en vrai, et du grand et que tout y passe ! Dès l’arrivée de l’homme sur son cheval de son on pense aux « Visiteurs du soir » et la guitare électrique semble Garance-tir à qui guette des tonneaux de Satisfaction. Quand elle lui commande une suite de sérénades en les appelant par leur numéro dans la liste, c’est le juke-box d’American graffiti réinventé à sauce troubadour-trouble amour : Mel Brooks revisite le temps à coups d’anachronismes et tout le dernier siècle en chansons défile car on entend Brassens, Renaud, Vassiliu, Bob Marley, Sanseverino et même Gilbert Bécaud. 

Mais lesdits bécots attendront car le western a commencé ! Il l’a traitée de tarte et sur le jardin du moulin Laurel et Hardy sont apparus, Mack Sennett macule la saynète, l’entarteur belge frappe encore – Tiens voilà du Godin, du badin, du gadin ! - et la mousse à raser, à défaut d’épinards, jette un froid entre Olive et Popeye. Ca ne va pas toujours de soi, d'aller de conserve !

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On fera très vite d’une rapière deux coups et on se retrouvera dans Scaramouche avec des bleus à la lame comme à l’âme avant que d’un épithalame elle ne finisse par avouer son feu (Ocus !) de sorcière de Salem à ce salaud d’homme.

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CRITIQUE DRAMATIQUE AMBULANT (3)

Je passe sur la scène du mariage qui rappelle par trop les malheurs de Marilyn M. Epouser un boxeur, un intellectuel ou un employé de Meetic, c’est toujours découvrir que le prince charmant vous préfère un beau jour la galette-saucisse, la bière devant le foot et le manque de romantisme absolu avant la prière du soir sur la route de Memphis.

 

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Alors, Castafiore castratrice, matriarcale Bretonne de Saint-Germain-sur-Ille, Claire Laurent épingle Benoît Bachus – bravo à tous les deux – parmi les têtes de nœuds papillons qui se castagnent à perdre la raison aux alentours du parc des princes et le finale est beau comme dans le « Docteur Jivaro ». Les comédiens peuvent venir saluer. Tout ça c’était pour rire et on a bien ri. Le public sait bien que dans la vraie vie les gens s’aiment, s’épousent, ils sont heureux longtemps et ils ont beaucoup d’enfants. C’en est au point qu’en lieu et place du bonheur, il faudrait nationaliser le mariage pour tous !

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Fasse le ciel que ces parents modèles emmènent encore longtemps leurs moutards - qui me montent parfois au nez – à ce genre de festival. Ces spectacles font mon bonheur et en revenant à Rennes sur le vélo pourri qui me sert de cheval moche, je me suis pris moi aussi à fredonner « Un jour mon prince viendra » puis j’ai pensé que la veille, en centre-ville, 3000 personnes ont défilé pour la marche des fiertés homosexuelles.

On fait de drôles de rapprochement quand on se promène au bord de l’eau ! 

C’est sans doute qu’en bullant, le critique est parfois dramatique !

Ecrit pour le Défi du samedi n° 2590 à partir de cette consigne.

01 juin 2013

QUAND ON S'PROMENE AU FIL DE L'EAU

1
Du lundi jusqu´au sam´di,
Pour gagner des radis,
Quand on a fait sans entrain
Son p´tit truc quotidien,

Subi le propriétaire,
L´percepteur, la boulangère,
Et trimballé sa vie d´chien,

Le dimanch´ au parc
On monte dans une barque
Alors brusquement
Tout paraît charmant!...


Refrain 1
Quand on s´promène au fil de l´eau,
Comm´ tout est beau... Quel renouveau...
On oublie Titi et Madame Yonyon,
On a le cœur plein de chansons.

L´odeur des fleurs nous met tout à l´envers
Et le bonheur nous saoule pour pas cher.

Chagrins et peines de la semaine,
Tout est noyé dans le bleu, dans le vert...

Un seul dimanche au fil de l´eau,
Aux trémolos des p´tits oiseaux,
Suffit pour que tous les jours semblent beaux
Quand on s´promène au fil de l´eau.

2
From Monday to Saturday
Just to win some radis
When we worked without pleasure
Our quotidian labour

Fuck off the propriétaire,
Perceptor and boulangère,
Drinking like a dromadaire

And Sunday quickly
We go to Nogent
And then suddenly
Everything’s charmant


Refrain 2
When we walk on the river side
Always we ride nothing to hide
Paris so far seems to be a prison
I wanna dance with Jane Manson

Smell of flowers put us in disorder
And happiness junk us more than cheapen

Blood, sweat and pain of the semaine,
All is noyed in the blue in the green...

Just one Sunday on the river floor
With tremolos from p’tits oiseaux
It’s just enough to forget tomorrow
When we walk on the river floor.

 P.S. C'est vrai : la plus grande partie de ce texte est dûe à la plume de MM. Julien Duvivier et Louis Poterat.
La musique est signée Maurice Yvain et Jean Sautreuil. Les paroles en anglais sont, non pas comme je l'ai longtemps cru,  de M. Dom Bourgeoizov qui me sert aussi à l'occasion de beau-frère mais de François Guyonnet, Hervé Nicolas et Philippe Roussel du groupe ZEBRA 4 (merci à eux !). Mais je vous assure que l'interprétation ci-dessous et les photos sont de moi-même ! Bonne promenade !
 

Ecrit pour le Défi du samedi n° 248 à partir de cette consigne.

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26 mai 2013

JE NE PEUX RIEN VOUS REFUSER !

- Vous avez reçu un nouveau message ! dit mon ordi.

Je regarde le nom de l’expéditeur ! C’est l’ordi du Défi du samedi qui me dit :
- Dis donc, Joe Krapov, il y a longtemps que tu ne nous as pas gratifiés d’une chronique en 23 lignes !

Comme je n’ai rien à refuser aux ordis – ils me permettent de gagner ma croûte ! – et que je suis un peu maso je me suis exécuté. J’ai tiré.

J’ai tiré mon portrait de « dromomane »car, je l’ai appris cet après-midi chez Madame Wikipe, en plus d’être iatrophobe je suis aussi dromomane ! Comme si bercé trop près du mur ne suffisait pas !

DE JEAN-JACQUES ROUSSEAU ET DE MOI-MÊME

23 lignes pour me transformer en promeneur solitaire et réécrire les Confessions de Jean-Jacques Rousseau en 55 minutes ? Mais on me demande l’impossible, là !

On m’objectera bien sûr que je suis né le même jour que l’amateur de fessées d’Ermenonville. Cependant, du côté de ses artères, il a quand même deux siècles au moins de plus que moi. C’est selon que vous me donnerez vingt-quatre ou quarante-huit ans.

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Plus personne n’aime Jean-Jacques Rousseau de nos jours. Chaque fois que Gavroche se casse la gueule par terre, il dit que c’est la faute du philosophe genevois. Jérôme Cahuzac quant à lui reproche à Voltaire d’avoir vendu du saucisson en promotion mais dans ce double dix de chute dans le ruisseau c’est quand même le PS qui glisse sur une andouille, non ? Doit-il revenir à l’Assemblée, le chirurgien capillaire à cause de qui les planqueurs de fric se font des cheveux ? Les avis sont partagés. Il y a 59 millions de gens contre et cinq gars pour. En tout cas, si vous avez le projet de faire des enfants, ne les prénommez pas Jérôme : entre Cahuzac et Kerviel, c’est un prénom qui prédestine à la déchéance. Ou alors faites comme Rousseau, abandonnez-les en chantant du Brel : « Adieu l’Emile, je t’aimais bien, Adieu l’Emile je t’aimais bien, tu sais. C’est dur de mourir au printemps Mais la belle Héloïse m’attend J’espèr’ qu’tu t’trouv’ras une maman ».

(L'image ci-dessus empruntée au talentueux M. Kichka)

Revenons donc à nos promenades solitaires, à mes exercices de botanique et à mes prétendues rêveries hors du monde. Je suis désolé, messieurs Dames mais j’ai beau me moquer à longueur de semaine de Frigide Barjot et Christine Boutin, je ne suis pas pour autant un militant de la cause homo ou autosexuelle. A preuve je viens de célébrer cette semaine un nombre rond d’années de marr(i)age avec une native du bélier ascendant sagittaire. C’est dire si, astrologiquement, je pourrais mettre ma main aux feux de l’amour et parier que je ne suis pas l’ami Zanthrope de Molière et Boby Lapointe.

Simplement, lorsque je marche, j’ai la drôle de démarche du curieux de nature, l’œil de l’observateur et l’esprit du poète-photographe. Cela m’isole des troupeaux de randonneurs-tchatcheurs que l’on croise partout en Bretagne ou sur le chemin de Saint-Jacques à la noix.

Avant que la limite des 23 lignes ne soit atteinte ou dépassée, qu’il me soit permis d’avouer que j’aime, c’est vrai, la coquille, cette brioche du Nord avec deux têtes de Jésus aux extrémités et aussi cet oubli du typographe qui trouve son paroxysme voire son abyme lorsqu’il s’applique au mot « coquille ». Mais je préfère encore marcher dans l’île d’Yeu de La Croix au port de La Meule en ayant laissé tout le monde derrière moi. Eh bien oui, cela, foi de randonneur bien chaussé, c’est vraiment le pied !

A longer la mer bleue sur le petit chemin en haut de la falaise, à se faufiler entre les bosquets d’ajoncs, à surplomber le petit port où les barques sont endormies, à revoir la chapelle Notre-Dame de Bonne Nouvelle étaler sa blancheur dans un décor de Côtes d’Armor – du bleu, du blanc, du vert – à découvrir au loin une créature endormie sur le bord du sentier au-dessus des vagues qui se fracassent dans la crique en contrebas, on se sent comme Adam découvrant Eve dans le journal qu’a tenu l’écrivain Mark Twain de cette rencontre des origines.

Remercions ces braves ancêtres et tant pis si, de votre avis, ni Rousseau ni moi-même ne remplissons le contrat social. Si l’ordre des choses établi exige que l’on détienne un compte Facebook, un Ipad, un Iphone, un abonnement à Canal-Plus-de-chaînes-encore-que-tous-les-autres, le goût de faire la queue dans la nuit froide à l’Apple-store ou sous la pluie pendant trois heures pour une expo au Grand Palais, que l’on ait envie de bastonner les supporters de foot de l’équipe d’en face ou celle de frauder le fisc parce que tout le monde le fait, alors oui, tout comme le Jean-Jacques, je suis un dangereux asocial !

Voilà. Tout est dit et je ne puis que plaindre mes enfants : je ne les ai hélas pas abandonnés et il leur faut, parmi leurs gènes, faire le tri entre les côtés « grand tragique breton » du côté familial maternel et l’héritage « imbécile heureux » de la famille de papa !

Ils feront un tri… sélectif, bien sûr ! Pendant ce temps-là je continuerai de le faire de mon côté – en Suisse, comme
J.-J.- R. – en chantant du Brassens :

« Tout est bon chez elle, y’a rien à jeter
Sur l’île déserte il faut tout emporter ».

 

Ce texte a été écrit pour le Défi du samedi n° 247 d'après cette consigne.