01 décembre 2013

LA CHANSON DE PREVERT

Sur la fin de sa vie, Beethoven avait tellement les feuilles mortes (1) qu'il croyait qu'il était peintre et qu'il s'appelait Serge Gainsbourg !

(1) : en argot les feuilles sont les oreilles. Autant dire qu'il avait les portugaises ensablées comme sur l'image ci-dessous :

 

DDS 274 Beethoven aux feuilles mortes

 

Ecrit pour le Défi du samedi n° 274 à partir de cette consigne


24 novembre 2013

QUAND ON BRISE LA GLACE

131123 060

 131123 064

 Quand on brise la glace à l’heure de l’apéro on entend CRAC on entend KLING et on entend TCHIN ! Mais on entend d’abord le PLOP du caoutchouc du réfrigérateur puis le CLAC de la porte du freezer et le VROM VROM du bac à glaçons qui traîne pour sortir, s’accrochant à la banquise ou s’accolant au sac plastique des petits pois ou au carton des petits-pois-sons panés.

S’il y a bien dans nos logis une image du luxe que nous envient les gens du Sud, bien souvent noirs, c’est celle de ce gros monstre blanc à l’extérieur comme à l’intérieur qui contient le produit de notre chasse, de notre pêche, l’huile de foie de morue ou la graisse de phoque dont notre corps a besoin pour dire « Fuck ! ». Le réfrigérateur ! Le Frigidaire ! Le congélateur !

Se peut-il aujourd’hui qu’on puisse aller chercher dans ses profonds tréfonds le vocable à dégeler et le mot qui, con, fond ? Pardon : le vocable à dégelées et le mot qui confond ? Ferons-nous le pari qu’en ses blanches entrailles on trouve de quoi alimenter notre pyromanie ? Prenons le risque ! Faisons appel à nos mémoires. Allons racler dans le râblé, Rabelais ! Allez, Pantagruel à deux mains, mon cousin et creuse, cimente, maçonne !

Extrayons tout d’abord de l’océan de boustifaille la boîte de rillettes de thon. « On nous prend pour des quiches ! » s’exclament les lardons. « On nous prend pour des thons ! » s’exclament les routiers qui ont de la rillette sous les bras et un klaxon deux tons pour montrer que le transporteur de porcs tique au portique Ecotaxe.

Puis brandissons le surimi comme un étendard orange et blanc ! Celui-là vient du Japon pour dire sa colère contre Fukushima. Pour éviter la catastrophe il eût mieux valu certes que la citoyenneté surimisçât un peu plus dans l’impudence des technocrates et l’incurie Pierre et Marie des politiques.

Pour réchauffer l’ambiance, convoquons le chorizo. Dégelons ce vocable espagnol, pimentons la conversation qui ne manquait déjà pas de sel. Mais comme tout bâton merdeux celui-là est une arme à double tranchant et je le vois plutôt servir au pouvoir en place, aux technocrates du libre-échange, qu’ils aient ou non leur rond de serviette à l’Europe. Je les imagine très bien nous servant, les collets montés, les collets austères du « Il faut mettre un chorizoterme à la gabegie des déficits ! ». « Oxymore aux vaches ! » répondit l’Espagnol féru de corrida !

Qu’avons-nous encore qui nous revigore en venant du froid ? Dans sa petite boîte jaune, il y a bien Youri Margarine, l’homme idéal pour les révolutions. Dans le bac à légumes les betteraves sont rouges, les carottes promettent qu’elles ne seront pas cuites de sitôt et les poireaux gueulent à tue-tête qu’ils n’attendront pas bien longtemps avant de crier Poireau sur le baudet ! D’ailleurs, ils appuient déjà sur les champignons.

Il y a aussi suffisamment, à droite, de moutarde pour qu’elle vous monte au nez, de mayonnaise pour que tous les problèmes y montent et de vinaigrette pour que la moindre situation y tourne. Mais le bocal de cornichons sème le doute. Ne nous prévient-il pas contre le Panurgisme ? Serrés en rangs d’oignons dans la manif comme eux dans le bocal, on fait masse mais on fait masse ! L’individu marche mais le courant ne passe plus, tout est confus, on a du mal à s’en sortir et on se doute bien qu’on ne fait qu’accompagner le plat de résistance, la viande du despote au feu, le roi de l’entrefilet mignon, le lièvre qui court deux pogroms à la fois, le manipulateur boosté caché, le stratège qui va nous rôtiboiser.

Alors on touche le fond, on voit bien qu’on nous embobine, qu’on nous promène, qu’on nous embouteille. Dans « jus d’orange » il y a « Dors, ange ». Dans le vin blanc il y a plus de « vain d’espérer » que de « vindicatif ». Le dégel de la situation de crise est bien le muscadet de leurs soucis. Nous voici bel et bien muselés ô Muse-lait dont le sein doux est interdit pour cause de cholestérol et de mises en garde contre les graisses animales.

Je ne sais pas, au bout du compte, s’il est sérieux d’espérer, comme dans le « Quart livre » de François Rabelais, que les mots se dégèleront un jour. Une seule chose est sûre c’est qu’à tenir si longtemps, même en pensée, la porte du frigo ouverte, quelqu’un dira bientôt, sur un ton acerbe ou pas, que l’on chauffe les mouettes. Mais c’est ça aussi, le luxe.

Pourtant, nous-mêmes, ayant trouvé ou pas, nous sortirons le visage du freezer avec, en son milieu, - l’eusses-tu cru, bonne pâte de Panurge ? – non pas un bonnet rouge mais… un beau nez rouge !

« Ils ont des chapeaux ronds
Vive la Bretagne
Ils ont des bonnets rouges
Vive le monde qui bouge ! »

Allez, tant qu’à faire de trinquer, levons nos verres ! Tchin quand même !

 

131123 048

Ecrit à l'Atelier d'écriture de Villejean le 19 novembre 2012 à partir de la consigne suivante : lecture du chapitre 56 du Qaurt livre de François Rabelais dans le quel il est question de paroles gelées qui éclatent mystérieusement lors de la décongélation.


Trouvailles et visionnages

Le réfrigérateur de l'INA, il faudrait ne jamais l'ouvrir ! On trouve de ces trucs, dedans ! C'en est au point que l'intégration de la vidéo suivante sur un site web en a été désactivée sur demande ! Enfin, j'ai bien ri quand même, même avec les bras tombés !

http://www.youtube.com/watch?v=UKrCmF6yiSg

 

REECRIRE "L'AUTOMNE"


J’entends marcher dehors.
Tout est clos. Il est tard.
Ma lampe seule veille.

J’entends gueuler dehors.
Sans doute est-ce un fêtard
A la trogne vermeille,

Arsouillé au Cahors
Pour noyer son cafard,
Ayant bu deux bouteilles ?

Ou bien, jouant Milord
Allé au bobinard
Où son or appareille,

Jean-François à tribord
Hurle un hymne paillard
Aux charmes de Mireille ?

A Nantes, mill’ sabords,
Pourquoi tant de gueulards
Nous cassent les oreilles ?

Puis tout se tait dehors,
S’éloigne le braillard,
La ville s’ensommeille.

Moi je choisis mes ors,
Les dispose avec art
Sur ces musiques vieilles.

Tous ces oripeaux morts
Le soleil, ce roublard,
En fait lande à merveille.

Vivaldi en ressort,
Allume le brouillard
Prend saveur de groseille.

Puis je couche mon corps
Au lit, un peu plus tard,
Et Morphée appareille.

L’âme en paix on s’endort,
Exempt des traquenards,
Vers la nuit sans pareille.

 

Ecrit pour le Défi du samedi n° 273 à partir de cette consigne

Posté par Joe Krapov à 11:26 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

17 novembre 2013

YANNICK NOIX

DDS 272 noix

23 lignes pour dire ce qu’il y a à l’intérieur d’une noix ? Mais on me demande l’impossible, là ! Et ce n’est pas parce qu’à la ligne 3, ayant répondu « un cerneau », je poserai un point final et mon stylo, loin de là !

C’est plutôt qu’à jouer sur les mots, ou avec eux ou même ici avec leurs lettres on risque d’aller se planter bien plus loin que sous le noyer !

Car dans NOIX il y a ION, ce petit truc dont je ne sais rien mais qui intéressa tellement Etienne Klein, le physicien de France-Culture, qu’il en fit sa professION et nous régale d’anagrammes si bien troussées que je ne rate plus jamais la conneXION sur sa chronique du jeudi matin.

En parlant de trousser, il y a un X dans NOIX et c’est l’occasion d’évoquer Marcel Stroskane, un personnage de fiction qui se fait des films X dans sa tête. L’outil dressé droit comme un I en permanence, les deux NOIX pleines comme des O de spermatozOÏdes prêts à hurler Banzaï, scout toujours prêt pour le cOÏt, il est aussi nul que neuneu mais pas aussi nuirisible que son modèle dans le réel qui chercha des NOIses à la NOIre Nafissatou. Marcel préfère Sophie Tell, la fille au gars Guillaume qui sous l'arbre halète.

DDS 272 Argus

Il y a aussi dans la NOIX la vache la plus connue de la mythologie et des cruciverbistes. En un mot et en deux lettres, c’est IO qui nous fait penser à Argus, un type qui avait cent yeux tout autour de la tête mais qu’Hermès parvint à endormir pour lui subtiliser la génisse à lui confiée par Héra pour la rendre à Zeus. Pour le punir Héra lui vola ses yeux afin d’en parer la queue du paon et en plus elle lui supprima son bonnet rouge, sa carte professionnelle de bouvier et sa subvention de Politique Agricole Commune, d’où l’expression « PAC ôtée à l’Argus » (je vous l’avais bien dit qu’on s’en éloignerait, du noyer ).

neil-young-vs-neil-old

Enfin dans NOIX il y a INOX, abréviation sans doute aucun d’INOXydable et je ne connais pas plus INOXydable que ce vieux Young, l’uncle Neil qui chante que la rouille ne dort jamais, que cette nuit (NOX en latin) c’est la nuit et qu’il vaut mieux brûler d’un seul coup que de se délaver. Je ne comprends pas trop cette philosophie à la noix parce que brûlé ou délavé, ton jean est foutu ! Encore que maintenant, on les porte déchirés. Avant on était entourés de locdus, maintenant on est cernés par des loqueteux !

DDS 272 Xoxo

 

Et puis dans sa coquille de NOIX, dans son bateau d’amour, il y a aussi XOXO qui écrit sur les murs qu’elle aime son Max un max !

 


Avant que je n’atteigne ou ne dépasse la 23e ligne, qu’il me soit permis de mentionner, plutôt que la chanson de Charles Trénet, le sketch de Chanson Plus Bifluorée car pour ma part je ne peux jamais entendre parler de noix sans fredonner « Casser la (les ?) noix » sur un air de Patrick Bruel ni penser à Marie-Hélène Arotine, au stage folk, aux tables de la MJC, au dulcimer, au grand-père de Bernard Lavilliers et aux châtaignes bouillies dans les narines !
 

 

Une version plus longue et actualisée de ce sketch avec interprétation de la chanson "Marions les filles" est visible ici.

Ecrit pour le Défi du samedi n° 272 d'après cette consigne

 

Posté par Joe Krapov à 18:02 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

13 novembre 2013

Un ciel de matin d'été au Bugue (Dordogne) le 27 juillet 2013 (1)

130727 002

LA VIE ET LES GENS SONT TRES SURPRENANTS

Hier nous avons mangé le chat. Vous trouvez sans doute cela surprenant mais il faut bien savoir que les Chinois, eux, mangent du chien. Les Américains aussi d’ailleurs qui appellent cela « hot dog ». A part les oreilles et la queue le chat ressemble à un lapin. C’est très difficile de les distinguer l’un de l’autre une fois qu’ils sont cuits car dans les restaurants où l’on sert du chat à la place du lapin on ne sert pas les oreilles et la queue dans la cocotte et dans ceux où l’on sert du lapin non plus.

Si en plus du lapin ou du chat vous trouvez du porc et du poulet dans la cocotte, c’est que vous êtes en train de déguster une marmite sarthoise. Cela va vous paraître surprenant vu que je ne roule pas les « r » mais j’ai vécu douze ans dans la Sarthe et j’ai découvert là qu’on pouvait cuire une marmite dans une cocotte. Enfin nous on cuisinait plutôt des cocottes dans notre marmite ou plutôt des poulettes ou des poulets de Loué. Les poulets, du reste, il vaut mieux les acheter que les louer parce que ceux qu’on a loués on est obligés de les rendre et du coup on reste sur notre faim. C’est comme les cassettes vidéo pornos dans lesquelles Henri IV met la poule au pot et Marcel Stroskane attache la libertine au pieu puis il déraille et se met à sniffer des œufs à la coque. Personnellement, je n’ai jamais mangé de cassettes vidéo ni fumé quoi que ce soit : les gens qui me connaissent bien disent que je n’ai pas besoin. Il y aurait bien du hareng à fumer, ou du gouda, mais il n’y en avait pas dans le réfrigérateur et c’est pour ça qu’on a mangé le chat.

 

Posté par Joe Krapov à 21:02 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,


Un ciel de matin d'été au Bugue (Dordogne) le 27 juillet 2013 (2)

130727 005

Pour l’accompagner dans sa dernière demeure – nos estomacs ! – on n’a pas chanté  « Fais du feu dans la cheminée » même s’il aimait s’y réchauffer quand l’hiver frappait à notre porte. On a juste bu du vin rouge, du Pécharmant, un vin qu’on a découvert dans le Périgord mais qu’on a ramené du Mammouth de derrière chez nous. C’est vrai, c’est surprenant la vie et les vacances. On va passer les vacances en Dordogne, sept heures de voiture à l’aller, sept heures au retour, deux journées de foutues, planter la tente en plein soleil, 38°, pas un poil d’ombre, on est au pays des grottes de Lascaux avec leurs animaux préhistoriques peints sur les parois, on goûte des vins du pays alors qu’on a un Mammouth derrière chez nous et même que dedans on y trouve du Pécharmant ! Et pour le poil d’ombre on n’avait pas besoin de partir puisqu’il y avait celui du chat qui était noir et il en semait partout. Heureusement que ça ne repousse pas !

Quand on part en vacances, c’est toujours un problème, un chat. Il faut trouver quelqu’un qui va vous le garder ou passer chez vous pour lui donner à manger. Une vraie corvée ! C’est pour ça qu’on a mangé le nôtre, même si on ne part plus en vacances avant le mois d’avril de l’année prochaine. 

Posté par Joe Krapov à 21:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

Un ciel de matin d'été au Bugue (Dordogne) le 27 juillet 2013 (3)

130727 006

Je ne sais pas quel tour surprenant a pris la conversation à un moment mais au dessert nous avions quatre pâtisseries orientales à nous partager à trois. Marina Bourgeoizovna a coupé la corne de gazelle en trois et les trois autres gâteaux en quatre pendant que je passais le café. C'est à ce moment-là qu’on a reparlé du moulin à café électrique. « Est-ce qu’on l’a encore, seulement ? » ai-je demandé. On ne sait plus. Depuis le temps qu’on achète du café tout moulu, maintenant c’est nous qui le sommes, tout moulus quand on fait dix kilomètres de vélo ou treize kilomètres de marche alors que quatre kilomètres de jogging en K-Way sous la pluie, je ne sens rien.

Ca fait une paie que j’ai quitté mon village natal en emportant ce moulin à café. Quand je travaillais à Paris, j’y revenais toutes les semaines ou tous les quinze jours et je repartais le lundi matin avec dans mon sac un paquet de café Méo en grains acheté à la Boulangerie Lecorne. Je me souviens aussi du moulin à café manuel qu’il y avait avant celui-là. Il se rangeait dans le placard de gauche de la cuisine, il était couleur crème et avait un petit tiroir orné de fleurettes rouges. On le coinçait entre ses genoux, on fermait le petit logement métallique dans lequel on avait versé les grains et puis on moulinait. Plus on tournait et plus on entendait Juliette Gréco qui chantait « Eh bien voilà, lui dit-il, j’ai avalé ma pendule ! ». C’était du Queneau. On lui demandait à la fille de Saint-Germain des Prés au nez refait : « Vous aimez Queneau ? » et elle répondait « Oh que oui que j’aime Queneau ! ». A l’époque il y avait aussi Marcel Zanini qui chantait « Tu veux ou tu veux pas ?». On peut bien manger le chat aujourd’hui vu que dans les années soixante on avalait des pendules ! Par contre Tryphon Tournesol n’a jamais avalé le sien de pendule. Surprenant, non ?

 

 

Posté par Joe Krapov à 20:59 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

Un ciel de matin d'été au Bugue (Dordogne) le 27 juillet 2013 (4)

130727 007
130727 008

A part ça, à 21 h 45, au même soir de ce somptueux repas de chat, mon beau-père qui habite Redon m’a téléphoné. J’ai bien senti qu’il tournait autour du pot, qu’il avait besoin de quelque chose pour faire bouillir sa marmite : une demi-heure il m’a tenu la jambe ! Il a cassé son Internet juste au moment où son copain Prosper l’a branché sur un peintre qui a vécu à Redon : Gabriel Robuchon dit Mérovak, « l’homme des cathédrales », un farfelu qui a vécu un temps dans une des tours de Notre-Dame de Paris, qui a perdu l’usage de sa main droite pendant la guerre, qui aurait publié chez F. Juven, il sait pas quand, 180 planches murales d’imagerie scolaire sur l’art gothique et sur lesquelles les deux papys veulent mettre la main.

Quand j’ai eu raccroché, je suis allé rassurer mon épouse qui se demandait quoi et qu’est-ce.
- C’est rien, ai-je dit, mais les papys, c’est comme les matous ! Faut les tuer, les vieux !

N’ayez pas peur ! Aucun crime ne se prépare par ici au prétexte qu’on demande à un mec qui connaît SUDOC, Gallica, Google et BN-Opale de travailler pour des érudits à 10 heures du soir un jour férié alors qu’il fait déjà ça tout le long de la semaine ! D’abord il ne faut jamais croire tout ce que je dis ou écris. Il vaut mieux écouter les chansons de Jacques Brel pour savoir la vérité sur ces gens-là :
« J'ai jamais tué de chats
Ou alors y a longtemps
Ou bien j'ai oublié
Ou ils sentaient pas bon »

Et j’adore mon beau-père. Mais je n’irai pas garder votre chat si vous partez en vacances avec Juliette Gréco au pays surprenant des moulins à café d’autrefois.

Ecrit à l'atelier d'écriture de Villejean à partir d'une collecte de sept mots qui aboutit à ce dessin collectif :

Dessin 2013 11 12 JP réduit

 

Posté par Joe Krapov à 20:57 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

10 novembre 2013

DANS LES DEBOIRES ETERNELS

DDS 271 train 1

Il avait commencé à lire le roman quelques jours auparavant. Il l’abandonna à cause d’affaires urgentes et l’ouvrit de nouveau dans le train en retournant à sa propriété. Il se laissait lentement intéresser par l’intrigue et le caractère des personnages. Ce soir-là, rentré chez lui, il prit après le repas une feuille de papier et entreprit de noter ce qui lui semblait, dans les dialogues, relever de la folie douce. Du chapitre 1 au chapitre 26 – le roman en comptait 67 – cela donnait ceci :

- Celui-là, pas de plomb dans la tête, pas de plomb dans les mains. Il va sur son âne en suivant sa boussole, comme ça l’arrange.
- Eh bien laisse-le !

- Elle n’est pas bien réglée, votre radio. Vous voulez que je vous l’arrange ?
- Non, hombre. Je ne veux pas entendre leurs âneries. A mon âge on a le droit de ne pas se laisser faire.

- Et si on meurt avant d’avoir fini de vivre, c’est pareil. Les assassins continuent à tourner dans le vide, des engeances qui viennent nous démanger sans cesse

- Eh bien quel est le problème ?
- C’est moi le problème.

- Tu n’as pas remis tes chaussures ?
- C’est bien comme cela : les idées peuvent circuler par la plante des pieds.

- Mais qu’est-ce qu’on peut faire, si c’est la mort ?
- On va voir, on va s’arranger.

Il est évident que le chat avait un tempérament d’alcoolique, à surveiller.

- On ne peut vivre en homme en restant sur les berges
Et celui qui s’y tient dans le néant s’immerge.

Arrivé à ce stade, Jean-Baptiste, bien que cela ne fût pas dans ses habitudes, tapa du poing sur la table et il vociféra : « Elle va trop loin ! Ca ne peut plus durer ! ».

Il traversa plusieurs salles du château et pénétra dans son bureau. Il ouvrit son agenda de cuir rouge et consacra le reste de la soirée à passer une bonne dizaine de coups de téléphone. Ses interlocuteurs habitaient des pays différents dans le monde et cela lui prit un certain temps. Cela aurait été plus pratique de lancer un « Doodle » sur Internet mais il n’était pas au fait de ces technologies modernes et eux non plus sans doute aucun. Le stage de génétique qu’Elle lui avait fait effectuer au Québec lui avait laissé trop de mauvais souvenirs pour qu’il s’y mette un jour vraiment.


***

Quinze jours après cet énervement, les véhicules les plus divers franchirent, sur le coup de 18 heures, la grille de sa propriété de Saint-André-Goule-d’Oie. Les gens du village, étonnés, virent passer un coupé 504 Peugeot, une 4 CV Renault conduite par une ménagère de plus de cinquante ans accompagnée d’un passager lourd et massif , un cabriolet 403 Peugeot immatriculé aux USA, trois véhicules anciens immatriculés en Belgique, une Torpédo 1925 et même un cab anglais avec cocher, entouré d’une nappe de brouillard et tiré par deux chevaux blancs.

DDS 271 Rouletabille

Tous ces gens portaient des couvre-chefs aussi bizarres que démodés, des casquettes, des melons, des chapeaux mous, même un deerstalker et bien qu’il ne plût pas, certains semblaient n’avoir jamais quitté l’imperméable beige qu’ils portaient sur le dos sauf peut-être pour dormir. Un autre, par pléonasme ou plaisanterie, était vêtu d'un costume en tissu à pied-de-poule.


La nombreuse domesticité du château mena les invités dans les différentes chambres à eux destinées puis sur le coup de 20 heures tous ces messieurs, fumant la pipe ou pas, la dame en tailleur anglais, l’Ecossaise en kilt, le couple de semi-retraités où la femme portait la culotte et l’homme le kilt se retrouvèrent dans le grand salon, pour une fois fin prêts à passer à table pour ce repas de « retrouvailles confraternelles ».

Quand Jean-Baptiste descendit l’escalier, des applaudissements furent émis mais il fut bien le seul à ne pas sentir qu’ils étaient simplement polis. Il serra des mains, fit des bises aux dames, balançant du « cher collègue » par-ci, du « Comment vas-tu depuis le temps ? » par là.

On servit du Champagne à l’apéritif et puis on s’assit devant les empilements d’assiettes qui laissaient présager de nombreux services.

L’hôte réclama le silence et dit :

DDS 271 Maigret

- Mes chers amis, je vous ai réunis ici pour que tous ensemble nous prenions la défense de notre profession et nous libérions de ces semi-divinités qui font de nous des jouets ridicules du destin et nous infligent un sort que nous n’avons pas mérité. ..»
- Il y a sans doute plus grand malheur que d’habiter dans un château, même tout seul, tu ne crois pas, Jules ? » glissa tout bas Mme Maigret à l’oreille de son mari.
- Ou alors il veut parler des adaptations cinématographiques ! répondit le commissaire retraité.
- Celles dans lesquelles on nous remplace par des duos comiques. On m'a parlé de Lampion et Larosière ! Il fallait bien qu'ils se mettent à deux pour égaler mes petites cellules grises !" plastronna Hercule Poirot.



- Moi qui vous parle, je dois vous avouer que ma créatrice ne m’a pas ménagé au long de ses récits. J’ai failli attraper la peste, être accusé de meurtre par des policiers québécois, être acculé au suicide par un serial killer octogénaire… Franchement, est-ce bien crédible ?
- Nous aussi, on se moque de nous ! lança Dupondet. 
- Je dirai même plus, on se fout de notre gueule ! ajouta Dupontet
- Ne vous fâchez pas ! conseilla Imogene.

- Je n’ai dû mon salut qu’en me dissimulant tout nu dans le peignoir de mon lieutenant, accroché comme un ouistiti dans le dos de Violette Retancourt ! Y a-t-il plus ridicule comme situation ?
- Ce type n’a pas d’humour » glissa San-A. à l’hénaurme Béru.
- Ni de tempérament ! rétorqua celui-ci.

DDS 271 Burma

- Je ne vous parlerai pas de ma brigade ! 27 personnalités atypiques dont certains hystériques avec lesquels je suis à deux doigts de m’affronter violemment à coups de tessons de bouteille. 
- En parlant de bouteille, quand est-ce qu’on reboit ? demanda Marlowe à Burma qui était en train de bourrer sa pipe à tête de taureau.
- J’espère que ce mec va mettre son mystère KO un peu plus vite que ça ! Sa jactance m’ennuie ! As-tu remarqué, mon cher Philip, comme Miss Marple a des roberts choucards ?

- Et ma vie affective ? De quoi j’ai l’air avec cette paternité assumée en toute camaraderie avec une artiste-plombière qui est toujours barrée aux quatre coins du monde et qui couche avec mes adjoints ?
- Ah si nos enfants pouvaient partir se balader plus souvent avec leurs horribles mioches, confia Tuppence « the bag » Beresford à son mari Tommy.

DDS 271 Sherlock

- C’est pourquoi je vous ai réunis ici ce soir. Ras le bol de mon passé pyrénéen qu'elle me renvoie dans la figure ! Marre de ces dialogues ridicules, de toutes ces moqueries sur mon manque de vocabulaire et mon peu de mémoire ! Je pense qu’avec toute notre science en matière criminelle, nous pouvons ensemble traverser le miroir et aller mettre fin définitivement aux agissements de cette femme qui dénature le roman policier et le transforme en roman-photos pour midinettes amoureuses de psychologie de salle d'attente médicale  et de cinéma fantastique pour adotes !
- Décrochez-moi ces gousses d’ail qui déshonorent mon portail ! » higelinisa Rouletabille.
- Si je comprends bien, Adamsberg, vous nous proposez d’aller tous ensemble commettre un meurtre ? s’étonna Hercule Poirot.
- Oui, le crime parfait, même ! Qui irait soupçonner un héros de fiction d’avoir assassiné son créateur ?
- Vaste fumisterie, protesta Sherlock Holmes. Rebellion de potache ! Mauvais fils ! Parvenu nihiliste ! Ingrat double !».

Et, de l’autre bout de la table, il balança sa loupe à la tête du commissaire. Celui-ci, atteint au front par ce boomerang sans retour, s’écroula et resta immobile.
Nick Charles s’approcha de lui et dit à Nora en lui prenant le pouls :
- Comme aurait dit Groucho Marx : soit ma montre est arrêtée, soit cet homme est mort !

Asta, leur chien, vint lécher l’oreille d’Adamsberg puis s’en retourna aux cuisines où flottaient de meilleures odeurs.

- Bon ! L’enquête va pouvoir commencer, m'sieur-dames ! déclara Columbo.
- Ah non, on bouffe d’abord ! protesta Bérurier. On se débarrassera du corps après. On n'a qu'à le mettre dans un lieu incertain en attendant. De toute façon on a bien vu que c'est Holmes qui a fait le coup. Devait être encore shooté, à mon avis, ce sacré Rosbif !
- Je ne comprends pas pourquoi ce gars détestait tant les zoologues ! s’étonna Wenceslas Vorobeïtchik.
- Moi c’est les archéologues, avoua Miss Marple.
- Et moi c’est les prologues ! plaisanta Ferdinand Flure.

***

DDS 271 train

Le train s’arrêta. La jeune fille au pantalon vert éteignit sa tablette. Sa voisine lui demanda :

- C’était quoi, le nibouque que tu lisais ?
- C’était une Krapoverie !
- En html ?
- Ouais, il a pas eu le temps de faire des Acrobaties autour de sa daube, cette semaine ! Ni de faire intervenir Arthur le fantôme justicier pour faire disparaître le corps de la victime, ni de chanter « Arthur où t’as mis le corps ».
- Ah ben tu t’es fait voler alors, côté multimédia !
- Ouais ! Je vais me remettre au livre en papier ! Et toi tu lisais quoi ?
- J’peux pas t’le dire ! Des trucs salaces !
- J’ai d’viné ! Vargas-sur-Sarthe !

 DDS 271 Sherlock 2

 Ecrit pour le Défi du samedi n° 271 à partir de cette consigne.

Posté par Joe Krapov à 13:38 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

03 novembre 2013

DICTIONNAIRE PERSONNEL, AMOUREUX ET DEJA SURANNE DES VACANCES EN PERIGORD NOIR

- Tu vas encore nous infliger la lecture d'un nibouque, Joe Krapov ?
- Oui, j'y prends goût, finalement, aux zibouques !
- Combien de pages, cette fois ?
- 62 mais c'est écrit gros et très illustré. N'oubliez pas de zoomer ! 

Le fichier Pdf peut également être téléchargé ici.

Ecrit pour le Défi du samedi n° 270 à partir de cette consigne

Posté par Joe Krapov à 13:28 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,