03 février 2018

RÉCAPITULAYÉTIF

Kikséti l’yéti ?

C’est-y le hobereau de l’ubac ?
Le roi des hypocondriaques ?
Un iatrophobe un peu braque ?
Un chasseur de doryphores
Buveur de Monbazillac ?

Un manieur de vilebrequin,
Un fêlé du bidouillage,
Un fabriquant de clepsydres
A la va comme je te pousse ?
Une fripouille de quarterback ?

Adrienne 2203273366

(image empruntée à Adrienne)

Y danse-t-i l’yéti ?

Y danse-t-i la lambada
Au son d’un vieux gramophone ?
Y fait-y le saltimbanque
Sur des rythmes de syncope
Balancés au saxophone ?
Y suit-y cure de jouvence
En écoutant du vieux rock
Avec des noctambules nazes
Qui cherchent un poil d’extase ?

Y mange-t-i l’yéti ?

C‘est y un jobastre qui
Hante les wagons-restaurants ?
Un goinfre qui se nourrit
De witloofs au kangourou,
De sauterelles xylophages
Et de nouilles au lipizzan
(Mon royaume pour un cheval !
Mon droit d’aînesse pour des lasagnes !)
En buvant du xérès d’antan ?

Ouksétikilé l’yéti ?

C’est y un thuriféraire
De très sainte-Ubiquité
Caché de manière fortiche
Dans le un vertical d’un poème acrostiche ?

Le vois-tu au téléscope
Ou dans ton kaléidoscope ?
Y’est-y gravé sur l’obélisque ?
Y’est-y tatoué sur l’odalisque ?
Caché dans les rhododendrons ?
Planqué derrière un paravent
Pour préparer des maléfices ?

Y s’chass’-t-i l’yéti ?

Yaka prendre quinze fusils
Ou bien quatre-vingts chasseurs
Ne pas craindre dans la nuit
De pister cette fripouille
Dans les montagnes des Pouilles
D’être taxé d’ostracisme
Envers les Himalayens…

- Tartarins, mes camarades !
Cessez vos rodomontades !
Ecoutez l’iconoclaste
Prompt aux procrastinations !

Ce yéti n’est rien qu’un mythe
Inventé après une cuite
Par un Bhoutan-train ironique
Pour le plus grand bonheur de nos zygomatiques

Rien ne glossaire de courir
Dans la neige, d’y souffrir,
D’y bleuir et d’y mourir !
Il vaut mieux choisir d’en rire !

DDS 492 107984875_o

Ecrit pour le Défi du samedi n° 492 d'après cette consigne : Yéti.


01 février 2018

SALUT LA COMPAGNIE CRÉOLE !

170708 Nikon 131Famille décomposée, famille recomposée… va, je ne te hais point !

- Célimène ! C’est l’hymen ! » hurlait la foule en liesse.

Au mariage de ma femme, j’ai un peu forcé sur le ti-punch ! Comme on dit aux Antilles « A fos makak karésé ich li, i tjwé li ! ». A trop vouloir bien faire, à trop vouloir caresser la famille dans le sens du poil, le singe qui est en nous en arrive à faire des conneries irrémédiables ! Vaste kouyonad !

De fait, ça m’a fait chaud au cœur de revoir Simone, la jolie cousine de ma femme.

- Invite-la à zouker ! m’a dit celle-ci. Elle sort d’un tourment d’amour. Danser, c’est bon pour le moral !

- Allez, en voiture, Simone ! ai-je dit à la cousine en engouffrant mon sixième planteur. Ne restons pas plantés là, viens pleurer contre mon épaule, on va danser collé-collé !

- Kolé séré, on dit, Arthur ! T’as raison ! Amba latè pa ni pléji. Sous terre il n’y a pas de plaisir ! Je ne vais pas me laisser abattre par la maladie d’amour !

Je me suis mis en position, j’ai posé mes mains sur son pétard et j’ai tout de suite senti que sous cette robe de satin il y avait le 14 juillet garanti, du feu d’artifice pour toute la nuit, la machine à danser au top dans le Ghetto  du Gotha !

- Il y a le diable dans la maison ! m’a glissé Simone à l’oreille.

- Ca veut dire quoi, ce proverbe-là ?

- Ce n’est pas un proverbe. Ca veut dire que je sens ton revolver !

- Ce n’est pas un revolver, c’est une banane !

- Ca s’épluche pareil !

170708 Nikon 127

Oui, ça m’a fait chaud au cœur de revoir Simone d’aussi près mais on était au mariage de ma femme et je n’allais pas entrer à nouveau dans la famille quand même, qui plus est à la mode de Bretagne ! Sauf qu’en Bretagne ce n’est pas une banane, c’est une andouille de Guémené. Heureusement la musique s’est arrêtée.

- Depuis le temps qu’il tape sur des bambous le musicien n'est pas loin d'en attraper un coup ! Donne-lui tout de même à boire, dit mon beau-père en me tapant sur l’épaule. Alors je suis allé au bar avec les musiciens.

Leur chanteuse s’appelait Amélia.

- Viens donc prendre le frais dehors, beau blond ! m’a-t-elle susurré en me prenant par le bras.

Je ne suis pas ce qu’on peut appeler le tombeur de ces dames mais à ce moment-là, avec le rhum que j’avais rajouté au bar avec les musicos, j’étais prêt à « fè an pat chat mawon » ! (faire un pas de chat sauvage).

- Je connais de bons baisers de Fort-de-France, m’a-t-elle dit en me caressant l’arrière de la nuque dans un coin d’ombre. Viens donc un peu sous les palétuviers !

Heureusement pour moi, avant que je n’aie vu les laitues et l’évier, ma belle-mère est venue battre le rappel des musiciens. La fiesta a repris de plus belle.

J’aurais pu garder de très bons souvenirs du mariage de ma femme mais j’ai encore bu du rhum avec Brigitte qui m’a proposé une soca-party sur la plage. J’aurais pu accepter le marché de Marie-Galante (Shala shala, Arthur ?) mais j’ai prié pour rester intègre, pour que toute la désirade qui montait dans cette ambiance débridée s’éteigne dans le trémoussement des corps sur la musique. Bien sûr c’était dur parce qu’il ne faut pas laisser l’amour s’enfuir mais j’étais quand même au mariage de ma femme ! Yaka danser, comme on dit, pour évacuer l’énergie, fût-elle sexuelle, de ces jolies filles de couleur café.

Quelques ti-punchs encore et voilà que m’alpague la tante Rosalie. Bon ça va avec elle j’étais à l’abri ! Merci, Seigneur, de ne pas m’induire perpétuellement en tentation !

- Arthur, m’a-t-elle demandé, toi qui as été commissaire-priseur à Pointe-à-Pitre, est-ce que tu veux bien venir voir là-haut ? Il y a là une toile de petit maître que j’aime à la folie, j’aimerais avoir ton avis sur son origine.

Enfin un peu de sérieux dans ce monde en chaleur animale ! J’ai suivi la tante Rosalie au grenier. Elle m’a montré le tableau. Aïe ! Quelle vieillerie ! J’ai soufflé sur la poussière, déniché la signature. Instant de stupeur. Incrédulité. Oh la bonne aventure, ô gué ! Petit maître, petit maître ? Attends Rosalie, c’est le bal masqué ici ! Henri Rousseau ! Henri Rousseau !

J’ai voulu révéler la chose à la tante mais c’était trop tard ! Elle m’avait déjà poussé sur un vieux matelas et s’activait sur ma canne à sucre. Au secours, Alice ! Ca glisse au pays des merveilles ! Sans que j’aie rien vu venir je me suis retrouvé sans chemise, sans pantalon, chevauché sauvagement comme un petit maître-étalon, fruit de la passion ravageuse et ravagée de la tantine Rosalie ! Je peux vous dire que dans ce genre de situation, si ça fait rire les oiseaux de passage, ça ne détend pas le perchoir où elle est juchée pour autant !

Là-dessus ma femme est arrivée avec toute la noce derrière elle ! Bonjour le scandale dans la famille !


170708 Nikon 148

Après fèt se graté tèt : après la fête on se gratte la tête. Le lendemain je me suis souvenu que ce n’était pas le remariage de ma femme mais son premier mariage et que j’étais moi-même le marié, l’heureux élu. Et l’élu ramassait une veste, sa veste.

- Tout est rompu, mon gendre !

On m’a demandé de divorcer, de prendre mes cliques et mes claques et de retourner en métropole, ce que j’ai fait sans barguigner.

J’ai bien sûr emporté dans ma valise le cadeau du ciel. Mais non, pas la tante Rosalie, la toile de petit-maître ! Je l’ai revendue et j’en ai tiré quelques millions de francs. Pendant quelques temps ma vie a ressemblé à celle des rois de Byzance à Belle-île-en-Mer.

Vive Souchon et Voulzy ! Vive le douanier Rousseau !

(Extrait des « Souvenirs d’un explorateur heureux » d’Arthur Rimbaine
à paraître aux éditions Paul Verlaud en mars 2018).

 

Pondu à l'atelier d'écriture de Villejean le mardi 30 janvier 2018
d'après la consigne ci-dessous.
 

27 janvier 2018

RIMBAUD N’A PAS CHANTÉ EN V(A)IN !

En atteste ce poème retrouvé récemment et publié dans le numéro 1 
de janvier 2018 de la revue "Rions un peu avec Rimbaud !"
(Rennes : Editions du Petit port et de la Haute-Folie) :


"Paul est toujours entre deux vins,
Entre Xérès et Saint-Pourçain,
Offrant les délicieux bouquets que voici,
De fruits, de fleurs, de feuilles, de branches,
Entre Nuits-Saint-Georges et pitanche,
Affrontant son dragon et sa grise souris.

Nous allons de Paris à Londres via Bruxelles
Pleins d’effervescence et gaîté
Entre Corbières et Châteaugay.

DDS 491 Ronald searle plein d'effervescence et de gaîté 

Notre verbe est subtil et de grand richesse
Intense, aromatique, avec beaucoup de corps
Entre Pécharmant et Cahors.

Rude, mais généreux,
Bien qu’encore un peu vert et promettant beaucoup,
Notre aspect d’hommes jeunes et quelque peu artistes
Plaît ou déplaît surtout
Entre Petit Chablis et Cabernet d’Anjou.

Bien sûr que nos plaisanteries
Manquent quelque peu de finesse !
C’est que c’est difficile d’être bien rond et souple
D’avoir un parfum floral prononcé
Entre Romanée-Saint-Vivant et Valençay.

Mais notre couple est bien équilibré
Et présente beaucoup de caractère
- D’autres diraient plutôt «spécial» -
Entre Côte-Rotie et Jurançon l’Etoile.

Seulement quand le vin a été tiré
Et la balle aussi,
Quand il a fallu boire le calice jusqu’à la lie
Entre Clos-Vougeot et Reuilly
Les juges ont considéré
- Pauvre Lélian
Entre Hermitage et Frontignan ! –
Qu’il mériterait d’être laissé
En cave pendant au moins trois ans.

DDS 491 Ronald searle en cave

C’est vrai tout ce qu’on a pu dire
De moi :
Que j’étais sensuel et charmeur
Avec un goût de terroir très prononcé
Entre Chambertin-Clos-de-Bèze et Touraine-Noble-Joué.

Sans doute que le charme me viendra en vieillissant
Entre Pouilly-Fuissé et vieux Châteaumeillan.

J’aurai un délicieux arrière-goût de fumée
Je deviendrai quelqu’un de grande classe,
Très recherché
Entre Chablis Grand Cru et Bâtard-Montrachet !

Joliment charpenté et souple,
Vigoureux et bien membré,
Entre Moulin à vent et bon Clos-des-Lambrays.

***

Paul est toujours entre deux vins,
Entre Xérès et Saint-Pourçain.

Un soupçon d’acidité s’est glissé dans nos verres.

Ô pourriture noble !
Ô destin du vignoble !

Tout s’est terminé dans un trouble intense
Entre Gigondas et Baux-de-Provence" !

 

P.S. 1 On trouve ici (Rimbaud invisible sur deux photos, par David Ducoffre) un lien plus fort encore (?) entre Rimbaud et le Xérès : « Non, Rimbaud n’a pas dégusté, « sous les vérandas de l’Hôtel Suel », de « cette glace pilée, mélangée de Xérès, d’alcool, de citron et de cannelle, qui constitue le Sherry gobler [sic pour « cobbler »] et qui est la boisson préférée de l’Européen dans toute la zone torride » selon les dires d’Edmond Courtois dans ses souvenirs de voyage au Tonkin parus en 1890 ».

P.S. 2 Les illustrations de ce billet sont tirées de "Parler en vin" de Ronald Searle.

 

Ecrit pour le Défi du samedi n° 491 à partir de cette consigne : Xérès

24 janvier 2018

FAIRE LE TOUR DE SOI EN DIX PICTOGRAMMES

Bon, OK ! Toutes les personnes assises autour de ces tables mises en carré ont des $

On peut supposer que si elles viennent à l’atelier d’?, c’est qu’elles se sont abimé les N

en lisant plein de ¨ sans images !

Certaines écrivent dans un cahier et d’autres sur des 4 volantes.

Une fois que l’animateur a donné et explicité sa consigne on n’y " jamais : un silence de

Ns’abat sur la salle Mandoline. On n’entend plus que le bruit des !

qui courent sur le 2.

 Tout le monde dans cette assemblée doit posséder un ( portable mais on entend rarement

sonner ceux-ci. Ils doivent avoir été mis en mode Q.

 Remarquez que l’animateur n’exige pas le silence et qu’il est le premier à tendre l’ Odès qu’une occasion se présente d’échanger à propos de la consigne qui, c’est vrai, bien souvent

n’est pas un e !

 C’est le cas ce soir avec le jeu des dix pictogrammes. Ca a rappelé des méthodes d’enseignement de la lecture aux deux institutrices du groupe. Mais si, des institutrices ! Des professeures des écoles, comme on dit maintenant. Des dames qu’on ne peut interrompre

qu’en levant haut la Gavec l’index tendu au bout.

 - Oui ? Qu’y a-t-il, Laure Manaudou ? Tu connais la réponse à la question que j’ai posée ?

 - Non, je veux juste demander la permission d’aller faire pipi !

 - Ah, désolée ! Il n’y a pas de pictogramme représentant le Manneken Pis, tu attendras l’heure de la récréation pour y aller !

 Cela fait plus de quinze ans "que l’animateur vient proposer chaque mardi des jeux d’écriture

cons comme la à. On devrait lui décerner une & pour cette fidélité assumée.

 Surtout qu’une fois sorti de là il va participer à des ateliers d’? en ligne où on lui donne comme consigne :

« Echoué sur une J déserte avec ma vache ».

 M’est avis que ces gens de la salle Mandoline, ils ont une ! dans le plafond !


Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le mardi 23 janvier 2018

d'après la consigne ci-dessous (empruntée à Odile Pimet)

et utilisé pour les Impromptus littéraires du 22 janvier 2018
dont la consigne était "faire le tour de soi"

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20 janvier 2018

LES BELLES HISTOIRES DE L'ONCLE FRIEDRICH. 2, Wagon de train

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Dans le train de 8 h 24, les banquettes étaient en bois, les voyageurs étaient face à face ou dos à dos et il y avait une étroite allée centrale. Dans celui de 7 h 14 on accédait et descendait par des portes très étroites qui ne laissaient le passage qu’à une seule personne à la fois.

Mais dans celui pour Paris il y avait un long couloir et des compartiments. A l’intérieur de ceux-ci il y avait quelquefois, au-dessus des sièges, des photos en noir et blanc – en sépia ? – qui représentaient des paysages de France. Un célèbre dessin de Jean-Jacques Sempé représente un de ces wagons-là et le paysage qu’on aperçoit par la fenêtre est exactement celui qu’on voit dans un des cadres.

***

Le jeune homme s’appelait Arthur R. Il était âgé de seize ans et n'avait pas un rond sur lui. Peu avant l’arrivée du convoi pour Paris il avait contourné la gare et sauté par–dessus la barrière en ciment ajouré. Il s’était retrouvé sur le quai. C’est qu’à l’époque encore un contrôleur vérifiait au départ et à l’arrivée des trains que chaque voyageur possédait bien un billet lui permettant d’effectuer ce voyage-là et pas un autre.

Pour Arthur R ce voyage-là était LE voyage. Il jouait sa vie à quitte ou double. C’était sa première fugue qu’il espérait bien définitive. Marre de la ville de C., suprêmement idiote parmi les bourgades provinciales. Marre de la Mother qui ne comprenait rien à son art, à son amour de la composition, à son ambition de devenir un artiste. Pour percer, pour être reconnu, il fallait qu’il monte à Paris. C’est là que tout avait lieu, dans toutes ces salles prestigieuses, sous les lumières électrisantes des cafés où la vie intellectuelle était trépidante. Même si elle n’avait été qu’un peu pidante ça aurait quand même arrangé Arthur R. Il pourrait montrer ici ce qu’il valait alors qu’à C. personne ne comprenait. Et voilà pourquoi votre fils Arthur « brûle le dur », Madame R.

DDS 490 chef de gare dubout

Hop ! Hop ! Ni vu ni connu… Caché derrière un voyageur à chapeau melon Arthur échappa à la surveillance du chef de gare et monta dans le wagon. Quand le coup de sifflet retentit et que la vapeur de la locomotive s’éleva dans le ciel, le train s’ébranla lentement. Arthur ressentit alors la joie d’avoir pour ainsi dire cocufié l’agent des chemins de fer.

Il s’installa dans un compartiment où il restait une place libre. Les bourgeois qui montaient à la capitale observèrent d’un sale œil son regard effronté et gaulois, sa tignasse abondante et mal peignée et ses croquenots de campagnard qui renardaient quelque peu. « Je n’ai pas pris le temps de changer de chaussettes » songea-t-il et il reconnut dans cette phrase un alexandrin parfait.

DDS 490 controleur-tierce-OrdnerSeule âme apparemment bienveillante dans le compartiment, une jeune femme à chapeau fleuri semblait être tombée en extase, le regard fixé sur les mains fines et les longs doigts d’Arthur, signes d’une hypothétique et toute musicienne délicatesse. Peut-être y aurait-il eu ici une idylle à nouer, peut-être que tout aurait tourné autrement s’il n’y avait pas eu à l’époque des employés qui se nommaient « contrôleurs » et qui faisaient la chasse aux fraudeurs, aux resquilleurs, aux migrants économiques sans titre de transport. Il paraît qu’ils existent encore aujourd’hui et qu’ils sont beaucoup mieux armés que jadis : la douchette à flashcode plutôt que la pince à tiercé ou la poinçonneuse de couleur lilas.

Si moi-même je suis terrifié lors de leur passage dans les TGV que j’emprunte – et que je rends (et pourtant je vous fiche mon billet que je le paye toujours) ! – on imagine la frayeur du jeune Arthur R. lorsqu’il entendit à l’autre bout du couloir le cri de guerre du chef indien à casquette : « Contrôle des billets Sioux plaît M’sieu Dames !».

Ni une ni deux, Arthur plongea sous la banquette. Son admiratrice au chapeau à cerises épandit ses jupes le plus largement possible pour qu’il échappât aux regards. Mais les messieurs sérieux renâclèrent. Il y a même fort à penser que l’un de ces citoyens fit preuve d’un respect particulièrement putassier de l’ordre républicain et des règlements établis par le voyagiste. Plus faux-cul que la crinoline « cache-cache » de Mademoiselle Lelongbec il indiqua au représentant de la police des trains, par force grimaces et mimiques, la présence au sol d’un contrevenant.

***

Je vous la fais brève, comme disait Manuel De Falla en parlant de la vie. "On ne va pas y passer la nuit, mon chauve !" comme disait Moussorgsky à Borodine dans les steppes de l’Asie centrale.

Comme ça ne rigolait pas plus que maintenant en ce temps-là du côté de la maison Poulaga, Arthur R. fut alpagué brutalement, menotté à l’arrivée à Paris, embarqué dans un panier à salade et conduit à la prison Mazas. Il y connut l’horreur de la promiscuité, des sales odeurs de la tinette, du délire des pochards avinés, du mépris des putes grossières, de l’inhumanité des flics pas commodes et des matons blasés.

Bref il passa une semaine au violon et en sortit dégoûté à jamais de cet instrument. Quand un ami de ses parents l’eut ramené dans sa famille il se fit une raison et reprit ses études de piano et de Chopin.

A force de travail et de persévérance Arthur Rubinstein devint un très grand artiste dont l’immense talent fut reconnu dans le monde entier.

***

Comme quoi, mes chers neveux et mes chères nièces, il importe toujours de suivre le droit chemin et de ne jamais dévier de la consigne quand on veut faire fructifier son bagage.

Extrait de « Par-delà le bien et le noch ein Mal » de Friedrich Nichts.

Ecrit pour le Défi du samedi  n° 490 d'après cette consigne : wagon de train

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19 janvier 2018

L’EXPÉDITION DU KING TOU KON

8 mai

Nous en sommes déjà à quarante jours de navigation à bord du King Tou Kon.

- On a enfoncé Thomas Coville ! me dit ma coéquipière. C’est quand même une sacrée bonne idée que d’avoir changé les règles du tour du monde à la voile en solitaire pour ramener la durée du voyage aux quatre-vingts jours de Jules Verne !

Là-dessus ma coéquipière a déposé une grosse bouse. J’ai nettoyé le pont avec un paquet de mer aux enzymes gloutons.

- Retiens-toi un peu, Schilda ! Je n’ai pas que ça à faire !


9 mai

Ce tour du monde à la voile avec handicap, c’est vraiment une idée pourrie. Cohabiter avec une vache sur un trimaran, ça n’est finalement pas très marrant. Mais je ne me plains pas de ça. Les organisateurs auraient pu m’imposer un éléphant. Ce qui m’ennuie le plus c’est que Schilda parle.
Et qu’elle chante aussi.

- Hisse le grand phoque, tout est payé ! On demande Elvire au cabestan ! Qui les trois caps a passé dans l’eau a le droit d’bouser !


10 mai

- C’est le mois des catastrophes, le mois de mai ! Le Front populaire en 36, mai 68, le 10 mai 1981. Ce n’était peut-être pas une bonne idée non plus, dans le nouveau règlement, de confier le gouvernail à un novice en navigation !

Schilda, une vache de droite ! Et qui sait trouver les mots de consolation pour vous remonter le moral une fois que vous avez fait naufrage et que vous barbotez en plein océan parmi des vagues de trois mètres de haut et des requins d’autant tandis que vous emporte le vent vers un improbable destin.


11 mai

Dans une vie antérieure – j’en suis rendu à ma troisième – je faisais partie d’un club de ukulélistes. On se réunissait dans un café associatif et on jouait ensemble des morceaux américains. On faisait un bœuf, quoi. A croire que j’étais prédestiné à ma cohabitation avec Schilda !

Maintenant qu’on est échoués sur cette île je me souviens des paroles d’une des chansons, je crois qu’elle a été chantée par Louis Armstrong : «On a coconut island I'd like to be a castaway with you».

Voilà, c’est tout à fait ça : naufragé sur une île déserte avec ma vache !


12 mai

Moi aussi je pourrais chanter, sur l’air de «Rockcollection» de Laurent Voulzy : «Et Schilda ruminait» !

- Je ne comprends pas pourquoi vous appelez ça un abri de fortune ! Vous plantez une tente dans la jungle, un carton dans la rue, trois bouts de bois sur une plage et des branchages dessus et vous appelez ça un abri de fortune. Vous êtes vraiment a-tipi-ques, vous les hommes ! La fortune pour moi c’est autre chose. La corne d’abondance, la Voie lactée, la Riviera, un diamant gros comme le Ritz, le casino de Saint-Nectaire ou le gazon de Wimbledon !


19 mai

L’épave du King Tou Kon s’est échouée sur l’île. J’ai récupéré des provisions, de l’eau minérale et le bouquin que j’avais emmené au cas où. C’est «Robinson Crusoé» de Daniel Defoe.

IL 2018 01 15 Kastner-Erich-Les-Gens-De-Schilda- Qu’est-ce que ça dit ? demande Schilda agacée de ne pas savoir lire autrement que sur un écran – ben oui, un livre, faut le tenir et les vaches n’ont pas quatre mains ! -.

- Ca dit qu’il faut attendre Vendredi.

- Et on est ?

- Lundi !

- Merde ! Tu vas encore bouffer ces saloperies de raviolis ! Je déteste leur odeur !

Comble de malheur pour ma pomme, voilà que Schilda a chopé le vocabulaire de Stouf !

20 mai

Naufragés ou pas, il paraît qu’on va tous être obligés d’y passer : il y aura bientôt des sauterelles dans nos assiettes. Pinocchio a commencé à donner l’exemple. Il a enfin compris que pour avoir vraiment bonne conscience il faut se couler dans le moule et il a avalé ce Jimini Cricket. Avec la batte et la balle.

Moi je n’ai pas eu la patience d’attendre Vendredi. J’ai fait pareil. Autant Schilda était abondante et parfois bonne en commentaires, autant je la trouve succulente en steaks.

Je n’allais quand même pas crever la Heyerdahl et la laisser me brouter pendant cent sept ans, non plus !


Ecrit pour les Impromptus littéraires du 15 janvier 2018

à partir de cette consigne

18 janvier 2018

EXTRAITS D’UN JOURNAL INTIME

Retrouvées par hasard et par les héritiers dans un grenier et une boîte métallique, ces feuilles de carnets en miettes et en désordre ont été attribuées à Jean-Jacques-Henri Rousseau, peintre et douanier normand (1844-1910).

16 janvier 1886

1718-15 Rousseau carriole junier photo

Le père Junier est bien gentil. Il a bien voulu m’emmener jusqu’au bois de Pépinvast en passant par Montfarville et Anneville-sur-Saire. Nous sommes partis tôt le matin car il y a une trotte de Barfleur à Anneville. La jument blanche Blanche – non je ne bégaie pas, la jument est blanche et elle s’appelle Blanche – avale les kilomètres d’une traite car elle est vive et vigoureuse. C’est que nous étions nombreux au départ dans la carriole : Madame Junier, sa fille Judith et leur nièce Julie. Madame Junier s’appelle Juliette et M. Junier se prénomme Jules. Pour le taquiner, Madame Junier l’appelle souvent Roméo et ça les fait beaucoup rire, je ne sais pas pourquoi.

1718-15 Rousseau carriole junier tableau

 Il paraît que de donner des diminutifs ou des surnoms aux gens, comme Roméo, c’est l’alpha et l’oméga de l’amour mais moi je ne connais pas le grec, je ne suis pas un homme de lettres et je ne m’y connais pas en charrettes italiennes. Et pourtant je ne suis pas un imbécile puisque je suis douanier.

 

Il y avait aussi avec nous le chien Berluscon. Il a tellement de poils qui lui tombent sur les yeux qu’il se cogne partout. D’où son nom : « Il a la berlue c’con ! » dit toujours Roméo-Jules et ça fait rire les deux cousines Judith et Julie.

1718-15 Rousseau carriole junier timbrejpg

Les deux autres cabots des Junier sont restés à Barfleur. Le gros noir s’appelle Pulcrottin parce qu’il est toujours fourré sous la croupe de la jument alors forcément, quelquefois les besoins naturels de celle-ci, hein, ne l’épargnent pas. Et le troisième chien est tellement petit, long et plat qu’ils l’ont baptisé Razmoket même si chez eux c’est du parquet. Il faudra que je vienne immortaliser ce petit-monde là un beau jour.

1718-15 Rousseau La_muse_inspirant_le_poète



Nous avons déjeuné à Anneville chez la sœur de Juliette qui se prénomme Justine. Justine est mariée à un professeur de philosophie et elle tient une boutique d’accessoires pour boudoirs, cabinets de toilette et chambres avec vue ou pas. J’ai sorti mon carnet de croquis et j’ai esquissé son portrait à gros trait. Je dis à gros traits parce que Mme Justine est un peu enveloppée. J’utiliserai ce dessin le jour où j’aurais à peindre les trois grasses ou une des neuf muses en compagnie d’Apolllon. Je mettrai à leurs pieds des œillets de poète ou des giroflées. Je ne sais pas encore. Il faudra que je consulte une encyclopédie à la bibliothèque de Barfleur parce que je ne m’y connais pas bien enbotanique. Et pourtant je ne suis pas un imbécile, puisque je suis douanier.



8 août 1908

Vous vous rendez compte ? Il va se passer cent ans avant qu’on ne puisse à nouveau écrire la date d’aujourd’hui de cette façon : 08-08-08.

Mon collègue gabelou Fernand Moréno à qui je m’ouvrais de cette constatation m’a posé une devinette en retour :

1718-15 Rousseau charmeuse timbre

- Combien de temps va-t-il se passer avant qu’on ne soit le 13-13-13 ?

- Cinq ans, cinq mois et cinq jours ! ai-je répondu sûr de moi.

- Pas du tout ! a-t-il répondu. Il va s’écouler un certain temps !

- Oui, mais lequel ? ai-je demandé.

- Tu peux attendre au moins 107 ans, camarade Rousseau ! Parce que ce n’est pas demain la veille qu’on touchera un treizième mois ! Et surtout parce qu’il n’y en a que douze dans l’année !

- Très juste, Fernand !

Comment ai-je pu tomber dans le piège de sa question ? Je ne suis pourtant pas un imbécile puisque je suis douanier !

- Réclamer un treizième mois, ça eût payé, mais ça paie plus ! a-t-il ajouté. Autant rêver de voir une flûtiste noire charmer des serpents et des flamands roses sur les bords de l’étang de Gattemare !

1718-15 Rousseau la noceJ’ai noté cette suggestion. En ce moment je peins des jungles et des jungles avec des feuilles et des fleurs, des soleils rouges et des lunes blanches mais je ne me suis pas rendu compte que ce qui manque ici c’est une négresse !

Et pourtant je ne suis pas un imbécile puisque je suis douanier !



15 juin 1905

Ne pas oublier d’acheter un cadeau pour le mariage de Mademoiselle Lelongbec, chef de chœur, avec Monsieur Procule, inspecteur des platanes. Ce sera le 22 à Asnières-sur-Vègre, dans la Sarthe. Là où il y a un joli pont.



10 septembre 1891

1718-15 Rousseau la promenade dans la forêt

Mon ami François-André Voltaire est venu hier me raconter ses vacances dans les Ardennes. Il était accompagné de sa femme Emilie qui s’habille toujours en rouge. Ils ont bien aimé cette région même si, lors d’une randonnée, ils ont failli se perdre dans les bois.

Ils étaient hilares tous les deux en contemplant mon tableau de 1886 « Un soir de carnaval »

- C’est le clair de Lune à Maubeuge ! a explosé Mme Voltaire.

- Nous, nous avons fait la croisière sur la Meuse en partant de Monthermé » a expliqué François-André.

- On nous y a raconté l’histoire d’un dénommé Rimbot qui a filé à l’anglaise avec une Tonkinoise !

Et ils sont repartis à rire de plus belle. Je n’ai vraiment pas compris à quoi ils faisaient allusion. Et pourtant je ne suis pas un imbécile puisque je suis douanier !

- Mon thermos sur la comète, Monthermé sur la commode ! a encore plaisanté Emilie mais je n’ai rien compris non plus.

- C’est un contrepet, Jean-Jacques Henri ! a expliqué Voltaire.

1718-15 Rousseau carnavalCa m’a rappelé la fois où, avec mon collègue Fernand Moréno nous avons arrêté un dénommé Robert Jarry sur le sentier des douaniers entre la pointe de Néville et la pointe de la Loge.

- Vous n’avez rien à déclarer ? ai-je demandé.

- Si, a-t-il répondu. Laval est un palindrome ! Bob aussi !


- Et Nadar, qui c’est ? a demandé Moréno.


- C’est l’plombier ! a répondu l’autre

Et ils sont partis d’un grand rire tous les deux sans que j’aie compris de quoi ils riaient. Et pourtant…

 

Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le 16 janvier 2018
à partir de la consigne ci-dessous.

13 janvier 2018

ECRIRE A RIMBAUD ? 13, Vilebrequin

Monsieur Arthur Rimbaud
B.P. 01 au vieux cimetière
08000 Charleville-Mézières

Mon cher Arthur

"Et souvent, la nuit, je m'éveille
En rêvant aux monts et merveilles
Qu'annonce un frôlement coquin
Mais ce n'est qu'un vilebrequin !"

Georges Brassens – Le Bricoleur


Les lectrices-commentatrices de mon blog et mon cher oncle du Défi du samedi semblent décidément de mèche. Il et elles semblent désirer encore et encore me faire tourner en bourrique autour du cas Rimbaud. Vas-y, Joe Krapov ! Fais tourner ton vilebrequin ! Creuse nous un joli trou ! Voici de quoi le remplir !

Et dame Adrienne de me confier l’adresse du blog des libraires associés où l’on disserte de LA photo retrouvée.

J’en ai encore appris de bien bonnes sur ton compte et surtout sur le potentiel comique de mes contemporains les plus sérieux !

Rimbaud à l'hôtel de l'Univers

Je résume, pour toi et pour ceux qui ne le sauraient pas encore. En 2010 Alban Caussé et Jacques Desse, libraires parisiens, publient une photo de toi au milieu d’un groupe de personnes assises sur le perron de l’hôtel de l’Univers à Aden.

Là-dessus un certain nombre de « refuzniks » décrète que « ça ne peut pas être Rimbaud parce que ci et parce que ça, il n’a pas une tête de poète, ce jour-là il tournait en rond pour garer sa chignole, etc. Il y a de quoi perdre une infinité de temps à la simple lecture des pièces de ce procès où les libraires se font avocats de la défense de leur bout de papier jauni et de toute l’imagerie qui te représente. Autant dire que j’enfonce mon foret dans la Forêt-Noire ! Bonjour les éclaboussures de Chantilly par-delà le bien et l’Aumale, comme dirait mon oncle Friedrich Nichts.

Mireille Mathieu

Sauf que je me suis bien amusé quand même lorsque je suis tombé, dans cette guéguerre entre historiens, thésards et autres rimbaldolâtres super-sérieux sur le portrait de Mireille Mathieu. Pourquoi est-ce qu’on ramenait sa fraise dans ce bordel à la demoiselle d’Avignon ? Je n’aurais jamais fait le lien entre celle qui a perdu l’accent qu’on attrape en naissant du côté de Marseille et celui qui avait son portrait au-dessus du berceau de la fille de Renaud.



Tu vas voir que c’est on ne peut plus capilloctracté – et c’est le cas de le dire ! - car, vois-tu, il y a un certain Gabriel Ferrand qui t’aurait connu en Afrique. Tout est ici, défendu et descendu par le libraire ! Attention, ça va Bardey !

Ce Gabriel qui brûle l’épaule de M. Desse aurait été diplomate et employé dans la même firme que toi à Aden. Il aurait raconté à Paul Claudel les carabistouilles suivantes à ton propos :

[Rimbaud] était très doux, coiffé aux enfants d’Edouard, sortant nu-tête à ce terrible soleil. Accroupi, les pieds et les mains nus et teints au henné. Il riait sans bruit et la main devant sa bouche avec une espèce de petit gloussement. Sa conversation était totalement insignifiante, des queues de poires…

"Etre coiffé aux enfants d’Edouard cela signifie avoir les cheveux longs autour de la tête et coupés court en frange droite sur le front, comme un page florentin" nous explique M. Desse.

 

Rimbaud vu par Gabriel Ferrand 06

Est-ce que c’est bien raisonnable pour moi d’aller me perdre dans ce labyrinthe où M. Desse - Quand est-ce qu’il trouve le temps de vendre des livres ? - semble vouloir polémiquer à tout prix avec messieurs Ducoffre et Bienvenu ? Finalement, oui, c’est raisonnable : dans cette phrase, il y a deux personnes et un mot qui me ramènent à ce vilebrequin dont j’ai obligation de parler cette semaine :

- Le labyrinthe est une invention du sieur Dédale or, nous dit Madame Wikipe, la joyeuse drille qui fait office de Madame Jesaistout dans nos existences larguées, «Le vilebrequin passe pour être une invention de l'Athénien Dédale".

- Monsieur Ducoffre a-t-il quelque chose à voir avec le «Tango interminable des perceurs de coffres-forts» des Frères Jacques et surtout de Boris Vian ? «Arthur, où t’as mis le corps ? A l’hôtel de l’Univers ?».

- Et Monsieur Bienvenu quelque rapport avec la station de métro Montparnasse-Bienvenuë ? Ce cher Fulgence à qui nous devons, par ricochet, la ritournelle du « Poinçonneur des Lilas », de « La jeune fille du métro » ou celle du « Trou de mon quai » ?

Comme quoi j’avais l’embarras du choix et le choix de l’embarras pour terminer en chanson cette lettre sur les mandrins, les malandrins, les requins, les vilebrequins, les bave-à-la-poupe et les vent-tarières qui te suivent à la trace avec plus de componction que je n’en ai pour ma part.

Place donc au « Bricoleur » de Georges Brassens, immortalisé par Patachou. Je lui ressemble de plus en plus, sauf que chez nous, c’est Madame qui s’occupe de la caisse à outils !

Mes amitiés à Madame Vitalie !

P.S. A propos de LA photo retrouvée, il me faudrait lire aussi le roman «Rimbaldo» de Serge Filippini qui décrit les différents personnages pendant les deux heures avant qu’elle ne soit prise. Sur Aden «Quatre saisons à l’hôtel de l’Univers» de Philippe Videlier. Alors que, dans le fond, j’ai plutôt envie de me réenvoyer «Le Club des cinq contre-attaque au vilebrequin» d’Enid Blyton ou d’attaquer «Guerre et paix» de Tolstoï !

P.S. Un jour on nous dira que les Américains n'ont jamais marché sur la Lune, que Paul MacCartney est mort en 1966 et que ce n’était pas Rimbaud sur la photo d’Aden !
- Un commentaire là-dessus, Joe Krapov ?
- Oui : Boîte à outils ! Boîte à outils !


Ecrit pour le Défi du samedi n° 489 d'après cette consigne : Vilebrequin.

10 janvier 2018

SIX COUPLES CÉLÈBRES RACONTÉS EN QUATRE PHRASES

Adam et Eve

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Bon, ce mec, on l’a posé dans un grand jardin genre le parc du Thabor à Rennes où il y a plein d’arbres fruitiers, de fontaines pures, de soleil et de ciel bleu par-dessus tous les jours, bref, ça pourrait être le Paradis sur Terre.

Mais seulement, au bout d’un moment il est comme le gardien de phare de la chanson et il n’arrête pas de chanter «C’qui manque ici, c’est une négresse !».

Alors il va trouver le jardinier en chef et il lui expose son problème, ce à quoi le Créateur du monde répond : «D’accord, mais ça va te coûter bonbon : une côte.».

Et comme le mec est iatrophobe, plus douillet que David, plus près de ses pièces jaunes que Bernadette C. et qu’il n’a pas envie de passer sur le billard parce que ça rime avec « corbillard », il refuse le marché et retourne faire des sudokus dans son transat, ce qui pose bien des questions à l’arbre généalogique de celui qui vient d’écrire ces lignes.


Verlaine et Rimbaud

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Bon, c’est un gars un peu bizarre, un jeune poète doué qui vient d’épouser une jeune fille comme il faut, jolie, tout juste sortie du pensionnat, il vient de la mettre enceinte donc il pense que tout lui sourit et qu’il va devenir le plus grand poète de sa génération.

Mais un jour Paul Verlaine reçoit une lettre des Ardennes et accepte de recevoir à Paris un jeune provincial qui écrit aussi et qui s’appelle Arthur Rimbaud.

Alors ils se rencontrent et on assiste médusés à un coup de foudre à sens unique, le gars Rimbaud imposant ses quatre volontés délétères au pauvre Lélian – c’est l’anagramme de Paul Verlaine – qui tourne et vire comme un bateau ivre ou comme un bébé vilbrequin et je m’excuse de cette allusion pas très fine à une chanson de France Gall qui vient de mettre tragiquement un terme à sa dépendance aux sucettes à l’anis.

Et comme de bien entendu ça finit très mal parce que Verlaine, un mauvais jour où il s’est soûlé toute la nuit et se retrouve matin blanc comme un cierge de Pâques, raide comme une saillie dans une chambre d’hôtel à Bruxelles avec son mauvais génie, sort son révolver, descend Rimbaud et se fait enfermer pour ce crime dans les prisons de Mons d’où, contrairement à celles de Nantes, on ne peut jamais s’échapper.


Robinson et Vendredi

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Bon, c’est un type qui s’appelle Robinson Crusoé et il a entrepris de voyager sur un bateau un peu ivre qui s’appelle « Le Titanic » et est piloté par le capitaine Rimbaud, Léonardo de son petit nom.

Mais un jour qu’il secoue un peu trop fort les glaçons de son Martini on the rocks sur le pont de première classe voici que le bateau subit une avarie de première bourre et on assiste alors à un affreux naufrage dont il est le seul rescapé à s’échouer sur ce qu’il croit être une île déserte.

Alors le gars fait le tour de l’île, il se construit une cahute, s’aperçoit qu’il n’est pas plus mal là que devant son poste de télé bloqué sur TF1, enfin la première chaîne vu que l’histoire se passe au temps de l’ORTF.

Et le jour où il entend un type un peu noir qui chante « C’qui manque ici c’est une négresse » il a cette parole mémorable qui va nous obliger à reconsidérer de fond en comble la légende d’Adam et Eve : « Le vendredi ,c’est raviolis ».


Sodome et Gomorre

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Bon, c’est un médecin-explorateur qui s’appelle David Gomorre et qui part à la recherche des sources du Nil, du côté de l’Afrique équatoriale.

Mais le gars a été scout dans sa jeunesse et du coup il n’a pas trop le sens de l’orientation et il se paume dans la brousse.

Alors, comme ni Facebook ni Google Maps n’ont été inventés à l’époque où ça se passe, on envoie pour le retrouver une autre expédition dirigée par le Professeur Henry Sodome (ne cherchez pas, il n’y a pas plus de jeu de mot ici que six lignes au-dessus !).

Et quand le professeur Sodome retrouve le docteur Gomorre il lui pose la question « Doctor Gomorre, i presume ? » et l’autre lui répond : « Vous tombez bien, mon vieux car avec Adam et Robinson on avait besoin d’un quatrième pour enfin pouvoir faire une petite belote ! ».


Saint-Georges et le dragon

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Bon, c’est un dragon qui vient d’envahir un pays prospère où il peut boulotter les brebis des paysans du coin.

Mais comme on est encore à peu près au Moyen-Age les serfs demandent à leur seigneur qui leur doit protection d’intervenir mais malheureusement pour eux celui-ci ne peut rien faire vu qu’il est entouré de chevaliers pleutres et incapables.

Alors la fille du roi lance une pétition sur les réseaux sociaux de l’époque, crée le hashtag #balancetonmachonul sur Twitter et surtout paye en ligne via Paypal sur le site Bobdenard.com la location d’un mercenaire ad hoc pour soûler au whisky le monstre du Loch Ness qui a débarqué chez eux.

Et c’est ainsi que Saint-Georges Rémi invente le chevalier de Hadoque dont cette aventure inédite me permet ce jour de pondre l’épisode 40, en style expéditif, de «99 dragons : exercices de style».


Ulysse et Pénélope

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Bon, c’est un petit gars nommé Ulysse qui veut montrer qu’il en a autant qu’Hemingway et qui s’en va faire la guerre contre les Hollandais ou contre n’importe qui, juste pour montrer qu’il n’est pas un simple collaborateur mais qu’il veut et peut devenir calife à la place du calife.

Mais ça, ce sont des plans qui n’arrivent jamais aussi simplement qu’on le croit et surtout pas dans les bandes dessinées de Goscinny et Tabary.

Alors quand on découvre qu’il a pioché dans le trésor de guerre de quoi acheter des croquettes à son chien Argos et du matériel de chez Ecolaine pour que son épouse Pénélope puisse faire tapisserie en brodant une jolie tapisserie il est dégradé et la flotte grecque embarque sans lui en direction de l’ennemi avec escales dans les îles de Syrisa, Varouflakis et Tsipras où Adam, Robinson, Sodome et Gomorre entament leur 245 681e partie de belote.

Et cette version des fait qui correspond pourtant à la réalité historique le romancier Homère ne nous l’a pas racontée comme ça dans son livre « Odyssée loin, l’Elysée ? » ce qui prouve bien qu’on peut lui décrire un éléphant de cinquante façons, un aveugle ne verra jamais la même chose que nous !

Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le mardi 9 janvier 2018
d'après la consigne ci-dessous

06 janvier 2018

LES BELLES HISTOIRES D'ONCLE FRIEDRICH. 1, UBIQUITÉ

Rimbaud 1866 première communion

Il m’a dit d’aller voir là-bas s’il y était. 

J’y suis allé. Il y était.

- Comment cela est-il possible ? lui ai-je demandé.
- Je suis partout ! Je suis dans tout ! a-t-il ricané.

Il avait une gueule d’ange et un sourire méchant de garnement rusé.

- Va voir à Charleville si j’y suis !

Je suis allé à Charleville. Il y était.
Je suis allé à Londres. Il y était.
Je suis allé au restaurant chez Godefroi, à Bouillon. Il y était.
Je suis allé, enfantin, voir la tour de Paris. Il y était.
Je suis allé à Stuttgart. Il y était.

C’était quoi, ce jeu ? Ca ne rimait même plus. Même pas avec rien.
C’est là que j’ai compris que c’était un vaurien.

Quand tous les clignotants ont été au rouge – c’était à Bruxelles encore, une fois ça marche, une fois ça marche pas – j’ai sorti mon revolver et je ne l’ai pas raté. Une balle en plein cœur et deux autres qui lui ont fait deux trous rouges au côté droit.

Je ne sais pas comment c’est dans le vôtre mais dans cet univers-ci, Dieu est mort. C’est moi qui l’ai tué. Son don d’ubiquité m’énervait.

On a ramené sa dépouille de Marseille et on l’a enterrée avec son corps de Bruxelles. Bien sûr personne ne sait où a eu lieu l’enterrement ni où on a mis le corps d’Arthur – ici Dieu se prénommait Arthur – mais on s’en fout. Depuis, sans lui, c’est le paradis, ici.

Extrait de : « Ainsi parlait Sarah Fouchtra, Auvergnate irascible » de Friedrich Nichts.


P.S. 1   Si tu lui avais dit, oncle Friedrich, qu’ici Dieu est un type avec une jambe de bois qui rêve de retourner au désert, Sarah aurait compris pourquoi notre monde boite autant !

P.S. 2   L'illustration (Copyright la Bibliothèque Nationale de France) représente Augustin et Arthur Dieu en premiers communiants. Si vous avez d'autres photos d'Augustin Dieu, faites le savoir à Pierre Michon, il est preneur !


Ecrit pour le Défi du samedi n° 488 à partir de cette consigne : Ubiquité

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