25 août 2013

DES PAPATTES, OUI MAIS DES PANZOOTIES !

DDS 255 la poule couve

 

- Mais dis-donc, Cocotte… je ne sais pas si tu te rends compte mais… tu couves un chiot, là !

- Ah oui ? Mais ce n’est pas pire, Poulette !

- Pire que quoi, Cocotte ?

- Pire que le ramassis de signes non-spécifiques qui associent chez toi présentement fièvre, céphalées, toux, pharyngite, myalgie, asthénie et anorexie. Ne ressens-tu pas une modification de ton comportement t'incitant à augmenter le nombre de tes interactions sociales, ce qui donne à penser que les transformations neurophysiologiques chez l'hôte sont un avantage évolutif pour le virus ? N’éprouverais-tu pas le besoin d’inhibiteurs de la neuraminidase ?

- Eh minute, Cocotte ! Qu’est-ce que tu racontes, là ?

- Ne prends pas cet air ahuri de celle qui vient de trouver un couteau sans lame auquel il manque le manche ! J’ai reconnu les symptômes : toi tu couves la grippe, Poulette ! La grippe aviaire, même !
  

 

Ecrit pour le samedi n° 255 d'après cette consigne 

Posté par Joe Krapov à 00:16 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,


LAPONIE EXPRESS ! CHOUBIDOU OIE !

- Si tu vas

Au pays de Selma

Lagerlöf

 

N'oublie pas,

Ramène-moi

Plein de töfs (1)

 

Des chaussures qu'on fabrique là-bas !

 

- De quoi tu parles, là

Joe Krapov ???

DDS 254 pompes bleues

- Des blue SUEDE shoes !

(1) : töfs = phötös en suédois (a ne pas confondre avec le danois tøfs !)



Ecrit pour le Défi du samedi n° 254 d'après cette consigne et cette photo :

 

DDS 254 avion Nils

 

21 juillet 2013

LE TOUAREG (1)

Il y eut un temps, il y a très longtemps, où la ville de Rennes s'appelait Condate. A cette époque lointaine, ni la tour des Horizons, ni le marché des Lices, ni le métro n'existaient encore. C'est vous dire à quel point c'était il y a longtemps.

En ces temps quasi-immémoriaux le marché des Lices avait lieu place de la Mairie. Il n'était pas rare à l'époque de trouver parmi les vendeurs de galettes-saucisses des marchands venus de plus loin que Betton, que Bécherel ou même que Landerneau. Mais quand Omar le touareg a monté son estrade juste devant la niche où trônait encore une statue de Vercingétorix à genoux devant César, on peut dire qu'il a installé un fameux souk dans le paysage. A vrai dire, c'était la première fois qu'on voyait un touareg à Condate.

touareg

Il portait bien sûr un grand turban bleu et une espèce de chasuble aux manches dorées. Il avait de longues mains, curieusement assez blanches et osseuses, dont il jouait abondamment, comme tous les latins et les plus que latins, quand il donnait des ordres à ses aides chameliers en train de déballer des monceaux de marchandises. Tout le monde autour d'eux ouvrait de grands yeux ahuris. Que l'étranger fît halte à Condate, passe encore. Mais surtout qu'il y vînt pour faire du commerce et que l'on ignorât ce qu'il avait à vendre, voilà qui piquait au plus vif la curiosité des autres forains et celle des chalands qui passaient au pied du beffroi.

 

touareg 2

LE TOUAREG (2)

Quand neuf heures sonnèrent au clocher de la grosse Françoise, deux des aides-chameliers frappèrent sur des tambours et Omar monta sur son estrade. Dans un gallo tout ce qu'il y a de plus correct, avec juste l'accent un peu plus pointu de ceux qui ont grandi dans le quartier Sud gare, il déclara :

- Pas de salamalecs, les mecs ! Pas de salades aux loukoums, les Oum Khalsoums ! Approchez, approchez, Condataises et Condatais. Je m'appelle Omar Mer et je viens de très loin. Nous sommes commerçants de père en fils et ce depuis trente-six générations. Dans notre famille, on a toujours eu la bosse du commerce et avec nos dromadaires et nos chameaux, nous avons parcouru le monde entier pour vous ramener, amies Condatiennnes et amis Condatiens, des plus lointains pays, les plus inattendues, les plus folles, les plus délirantes des marchandises dont vous n'aviez pas forcément besoin mais que vous allez acheter quand même ! Tout pour votre bonheur, messeigneurs. Commençons, si vous le voulez bien par les célibataires. Y a-t-il des célibataires dans l'assistance ?

Quelques index intimidés mais curieux s'élevèrent de ci delà au-dessus des têtes

- Approche, mon ami. Je vois à tes yeux hébétés et à ta langue pendante que tu en as ras la casquette de chercher l'âme sœur sur Internet et de ne tomber que sur des annonces matrimoniales proposées par la maffia russe. Omar Mer t'a apporté la solution à tous tes problèmes. Regarde. 108 écus sonnants et trébuchants pour ce pot de femme-fleur d'oranger. Tu arroses tous les jours pendant quinze jours et regarde ce qui pousse. Regardez, amis Condatifs, amies Condatives. Vous n'allez pas en croire vos yeux.

femme-fleur

Les deux assistants écartèrent la tenture aux motifs orientaux et revinrent portant un gigantesque pot de fleur dans lequel était plantée une grosse tige noire. Des "oh" et des "ah" admiratifs s'échappèrent du public. En haut de la tige, une superbe jeune femme vêtue d'une robe orange, avec des cheveux orange, des fleurs jaunes dans les cheveux, des yeux magnifiques, une bouche groseille se mit à se balancer sur la tige au son d'une musique venue d'ailleurs, envoûtante, sirupeuse, abracadabrahatloukoumesque.
- J'achète ! lança le Toine, 43 ans aux fraises et toujours pas marié aux radis.
- Attends, mon brave ! Pas de précipitation. Chez Omar Mer tu as le choix entre plusieurs options. Peut-être préfères-tu la femme rose ou la femme violette ? Ou encore la femme coquelicot ? Assistants ! Montrez l'assortiment !

D'autres femmes fleurs furent amenées sur le devant de l'estrade. Tout le lot de pots de graines de femmes-fleurs partit en un instant.

femme-fleur 2

 

 

 

LE TOUAREG (3)

- Maintenant, pour vous mesdames, nous avons la même chose et en couleurs ! Voulez-vous d'un homme objet ? Décoratif, docile, ne coûtant pas cher à nourrir et surtout attaché à son foyer, joli à regarder autant qu'agréable au toucher. Messieurs les assistants, montrez l'objet à ces dames.

homme-objet 2

Ils étaient si élégants, si distingués, si craquants, ces personnages à la Magritte sur fond de beffroi breton que ce fut une véritable ruée et que bientôt, dans toutes les rues de Condate on ne croisa plus que gens réjouis emmenant chez eux leur pot rempli de terre et leur espoir d'en voir sortir, d'ici une quinzaine de jours, une fleur humaine magnifique.

homme-objet

Quand Omar eut vendu tout son stock, il regarda la place et n'aperçut plus qu'une toute jeune fille vêtue d'une robe rose et coiffée de deux couettes fleuries fort originales. Elle le regardait fixement et semblait attendre quelque chose d'autre de lui.

- Eh bien la belle ? Tu n'as pas trouvé chaussure à ton pied ? Le show est terminé, tous mes pots sont partis comme des petits pains.
- Ce ne sont pas vos petits pots qui m'intéressent, monsieur Mer, c'est votre chameau.
- Lequel ? C'est que j'en ai toute une caravane !
- Celui-là !" dit la jeune fille en montrant du doigt un chameau particulièrement famélique.
- Ce chameau-là ? Mais cet animal est très vieux et de plus il a une malformation congénitale.
- Oui, oui, j'ai remarqué. Combien me le vendez-vous ?
- Ecoutez, vous n'allez pas faire une affaire. Je ne lui donne pas un an à vivre. Et puis le climat breton, pour les chameaux, c'est trop humide.
- J'insiste !
- Ma foi, puisque vous insistez, je vous le laisse à cent écus.
- Marché conclu. Dites-moi simplement comment il s'appelle.
- Il se nomme Khalifa.

***

Quand Isaure Chassériau, la jeune fille vêtue de rose, ramena chez ses parents le chameau à trois bosses, elle n'entendit d'abord que des hauts cris. Et puis, comme on vivait déjà alors en intelligence par ici, les cris se transformèrent bientôt en rires. Et enfin, quand Isaure fit fortune en louant l'animal pour des promenades à deux dans les rues de Condate, les cris et les rires se muèrent en admiration et en fierté dans la famille Chassériau et dans son entourage.

***


LE TOUAREG (4)

Au moment de conclure cette histoire, il me faut répondre à deux questions que le lecteur attentif et à la curiosité aiguisée n'aura pas manqué de se poser.

- Des femmes-fleurs et des hommes-objets sont-ils sortis des pots vendus par Omar Mer aux habitants de Condate ? La réponse est : "Bien sûr que non".

- A-t-on la preuve de l'existence de Khalifa, le chameau à trois bosses ? La réponse est "oui". Son portrait figure encore sur la façade du restaurant homonyme qui trône en haut de la place des Lices, à Rennes.

130720 013

Et surtout, le chameau à trois bosses est enterré au cimetière de Brelevenez à Lannion (Côtes d'Armor). Pour vous rendre sur sa tombe, le mieux est d'emprunter les escaliers très jolis qui mènent à cette église qui surplombe Lannion.

brelevenez

Si jamais par malheur vous ne trouviez pas la tombe de Khalifa dans le cimetière, surtout ne m'en veuillez pas. Profitez du panorama. Lannion, ce n'est pas aussi bien que Rennes mais c'est quand même pas mal non plus.

N.B. Cette histoire écrite en 2002 était restée inédite jusqu'à ce jour.

07 juillet 2013

J'AI RENDEZ-VOUS AVEC VOUS SUR LE PONT DES ARTS

Est-ce le hasard qui m'a mené à Rennes ?
Avais-je rendez-vous avec Isaure Chassériau ?

Une chose est sûre et l'autre est certaine :

1) Je suis en vacances.
2) J'ai horreur de me poser des questions quand je suis en vacances !

Bonnes vacances à toutes et à tous !

Ecrit pour Le défi du samedi n° 253 d'après cette consigne.

 

 

30 juin 2013

QUATRE VARIATIONS VACANCIERES

La valise acquise à Valence
Où donc l’emmener en vacances ?
A Venise ? A Saint-Paul-de-Vence ?
Pleine de devises à Trévise ?
Pleine de pétulance à Lens ?
Même si toi tu t’en balances
Je crois que je penche pour Pise !

***

Celui qui oublie ses valoches
A l’avant du train
Mérite une paire de taloches
Ou qu’on lui botte l’arrière-train.

***

Sur le cannevas des vacances
Je tire un fil qui va
De Paris où l’on danse
Le french-cancan
Jusqu’à Cannes
Ou à Vannes
En passant
Par Trifouilly-les-Oies
Où la cane cancane
A propos des noces de Cana
Vanessa trouva
Son petit paradis

***

C’est si compliqué de savoir
S’il faut aller passer ses vacances en Vallonie
Ou ses ouacances en Ouallonie
Que la plupart des Belges préfèrent
Partir les passer en Espagne.

 

Bonnes vacances à toutes et à tous !


Ecrit pour le Défi du samedi n° 252 à partir de cette consigne.

Posté par Joe Krapov à 22:27 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

22 juin 2013

LA MAGICIENNE A DISPARU !

Courait-elle dans l’herbe avant qu’on ne l’attrape,
Avant qu’on ne lui greffe, au bout de son museau,
Un fil qui la rattache au monde des « Fenêtres » ?

La vie longtemps pour elle a marché comme sur des roulettes :
Il suffisait, pour que ça roule
De ne jamais perdre la boule.

Mais le progrès vous scie les pattes et c’est désormais ventre à terre
Qu’elle officie, handicapée mais productive,
Se mouvant pas très loin sur le ring comme toute envoyée au tapis.

Nul ne l’attrape par la queue sauf lors des déménagements.
Tout le monde lui caresse le dos – c’est pour elle jeu de main chaude –
Mais elle ne ronge plus que son frein.

En guise de cerveau elle a un côté gauche dédié à l’action
Et une partie droite consacrée à Mémoire
Mais bon il faut aimer qu’on vous tape sur la tête.

Le quatorze juillet et tous les autres jours
Sa bosse, Monseigneur qu’on touche en permanence,
Donne, sans pistolet, départ au défilé.

Tant de cordes à son arc mais une seule flèche !
Qu’elle atteigne la cible et le sablier tourne
Tandis que les lumières du kaléidoscope
Changent devant nos yeux souvent émerveillés.

Je hais par-dessus tout qu’on la trempe dans l’huile ou dans l’eau :
Froid ou chaud, plein d’effroi, peu me chaut l’escargot,
Trop lent pour la machine, qui sent l’ail et l’enterrement
Des feuilles de papier mortes.

A tout coup désormais importée de la Chine
Sans qu’on ne nous fournisse le moindre certificat vétérinaire
Elle indiffère le chat qui se désintéresse de cette bête-simulacre.

On n’aimait peu jadis l’avoir dans sa maison
Mais les temps ont changé. Monsieur, à l’occasion,
L’eût bien mise dans son lit

Mais madame est contente de la voir disparaître.
Pour l’adultère virtuel hélas nous serons chocolats
Car on passe aux tablettes.

Alors, adieu, souris ! Prends tes clics et tes claques,
Merci pour ta magie, chapeau pour le boulot, bravo, petit mulot
Et tant pis si Progrès-prestidigitateur
Te met dans son chapeau et te pose un lapin sorti du haut-de-forme.

D’un abracadabra de baguette magique
Un artiste farceur te repeindra en vert
Et te redonnera liberté sur pelouse, pattes, oreilles, moustache…

Allez, souris, souris !
La vie n’est pas si dure
Que le disque rayé veut nous le faire accroire !

 

Green-Mouse-psd45849

 

Posté par Joe Krapov à 22:16 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

16 juin 2013

CRITIQUE DRAMATIQUE AMBULANT (1)

Quand reviennent les beaux jours dans la ville que j’habite, je me remets à exercer l’improbable métier que j’ai toujours rêvé de faire : critique dramatique ambulant (CDA). Je monte dans le bus avec un pliant de camping à la main et je vais écouter « La Traviata » sur écran géant place de la Mairie à Rennes. Je vais découvrir un quatuor de musiciens inconnus, le Gribi quartet,  et faire partie, en fin de leur concert, d’une chorale improvisée qui entonne avec eux des ragas indiens et des chants de griot africain. Bientôt je planterai ma tente au camping de La Flèche (Sarthe) pour retrouver « Les Affranchis ». Dimanche dernier, le CDA que je suis a fait sept kilomètres à bicyclette pour aller voir des spectacles en plein air. Vous auriez pu le reconnaître à son sac à dos d’où dépassait une pompe à vélo et à son casque de cycliste pendouillant par-derrière le sac. Merci en tout cas au journal « le Défi du samedi » de bien vouloir publier ce compte-rendu de randonnée culturelle quelque peu déjantée mais pas trop : « On fait ce qu’on pneu comme disait mon confrère Paul-Louis Mignon à son pote Henri III ».

Tout le temps de la semaine me semble un monde cafardeux, noyé de chagrin, de boulot, de quotidien subi, de peines de prison pour le cœur. Quand on a besoin d’oseille, une vie à gagner, on se trouve trimballé du lundi au samedi sans entrain. Bien meilleur est le dimanche, plein de renouveau, de bonheur charmant, de merveilles, de chansons et d’oiseaux.

Même parmi la foule du festival Robinson à Saint-Grégoire (Ille-et-Vilaine) on revit, seul au monde ou presque, l’aventure de l’île au trésor. Amarrée au bord de l’eau du canal d’Ille-et-Rance la péniche-spectacle de M. Charbonneau sert de point de ralliement. C’est qu’on va cavaler, pendant les heures qui viennent, de la cale Robinson au jardin du moulin, traverser la grande pelouse, emprunter la passerelle pour aller du côté cour au côté jardin.

Que retenir cette année de ce bon vieux festival Robinson ? Tout ou quasiment tout ! Mais puisqu’il faut choisir de vous raconter un seul de ces spectacles de théâtre de rue, avouons le faible éprouvé pour le « Prince à dénuder » de la compagnie Ocus.

130609 156

Aurais-je été séduit par l’entregent de la comédienne, par les côtés charnels de son désir de prince charmant, par sa voix chaude et sa science de l’escrime ou de la descente de petits verres ? C’est possible : un rien m’émoustille pourvu qu’il soit femme ou fille, violoniste irlandaise, danseuse bretonne ou même cantatrice grecque jouant une fille perdue à cheveux gras dans un opéra italien adapté d’un roman français à flanquer la tuberculose à plus d’un effeuilleur de marguerite.

130609 170

Mais le prince qui viendra, qui arrive au galop, qui déboule sur le terrain herbeux de la séduction cavalière, il faut bien avouer qu’il n’est pas mal non plus. Comme le dit la notice du spectacle-médic-amant « le prince est charmant, il sent bon, il joue de la guitare comme un dieu, il fait des poèmes sous la lune et il a les dents qui brillent ". Alors pourquoi cela ne marche-t-il pas entre ce clone moyenâgeux de Gatsby le magnifique et cette Blanche-Neige transfigurée par les messages du MLF que les corbeaux du coin ont portés jusqu’en son château de carton-pâte ?