19 mai 2015

MOMENT D'ENTHOUSIASME (4)

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Brusquement, sur la fin, ma discrétion jusque-là maintenue serrée au plus près part en flèche et je m'en vais photographier sans honte, dans le pavillon du tuba, cet opéra brisé qui ne touche plus terre, cette grue en col de bouteille, ce lampadaire torsadé qui illumine d'une perspective d'été précoce ce coin si agréable de la place de la Mairie où trois orchestres d'harmonie ont fait résonner ce soir les trompettes de mon enthousiasme.


Ecrit à l'Atelier d'écriture de Villejean le 19 mai 2015 sur la thématique "Enthousiasme" et avec, pour les deux premières phrases, l'obligation de les composer avec des mots extraits d'un passage de "La perspective Nevsky" de Nikolaï Gogol :

La multitude des chapeaux, des fichus, des robes – auxquels les dames demeurent fidèles parfois même deux jours de suite – est capable d’éblouir qui que ce soit : il semble que toute une nuée de papillons s’élève de terre et volette autour de la foule des noirs scarabées du sexe fort. Vous admirerez ici des tailles d’une finesse exquise, comme vous n’en avez jamais rêvé, des tailles minces, déliées, des tailles plus étroites que le col d’une bouteille, et dont vous vous écarterez respectueusement dans la crainte de les frôler d’un coude brutal, votre cœur se serrant de terreur à la pensée qu’il suffirait d’un souffle pour briser ce produit admirable de la nature et de l’art.

Et quelles manches vous verrez perspective Nevsky ! Dieu, quelles manches ! Elles ressemblent fort à des ballons, et l’on s’imagine parfois que la dame
pourrait brusquement s’élever dans les airs, si elle n’était pas maintenue par son cavalier ; soulever une dame dans les airs est aussi facile et agréable, en effet, que de porter à sa bouche une coupe de champagne.

Nulle part, lorsqu’on se rencontre, on ne se salue avec autant d’élégance et de noblesse qu’à la perspective Nevsky. Ici, vous admirerez des sourires
exquis, des sourires uniques, véritables œuvres d’art, des sourires capables de vous ravir complètement ; vous en verrez qui vous courberont et vous feront baisser la tête jusqu’à terre ; d’autres, parfois, qui vous feront dresser le front plus haut que la flèche de l’Amirauté. Ici, vous croiserez des gens qui parlent des concerts et du temps qu’il fait, sur un ton d’une noblesse extraordinaire et avec un grand sentiment de leur propre dignité. Ici, vous  rencontrerez des types étonnants et des caractères très étranges. Seigneur ! que de personnages originaux on rencontre perspective Nevsky.


16 mai 2015

LE DEUIL DES OISEAUX

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Elle était née avec une toute petite clé dans la main. Personne ne savait à quoi elle pouvait servir. Papa n'était pas serrurier, maman n'était pas musicienne. Alors on s'interrogeait. Qu'est-ce que ça voulait dire ?

Il était né avec une cartouche de fusil dans la main. Personne ne savait à quoi elle pouvait servir. Papa n'était pas chasseur, maman ne sniffait pas de poudre. Alors on s'interrogeait. Qu'est-ce que ça voulait dire ?

Un jour quand elle a été grande elle a pris la clé des champs.

Un jour quand il a été grand il a pris la poudre d'escampette.

Alors papa et maman ont cessé de s'interroger.

Peut-être que tout cela ne voulait rien dire.

Alors ils n'ont plus rien dit.

Et j'ai mis un point final
Sur cette histoire banale.

Ecrit à l'atelier d'écriture de Villejean le 5 mai 2015 d'après un incipit de Pascal Perrat 

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07 mai 2015

LES MOTS QUI (SE) FACHENT (1)

LES MOTS QUI (SE) FACHENT


JE, TU, IL, ELLE et MOI, on en a marre de se taper tout le boulot tandis que d'autres mots bien planqués dans le dico bossent une fois tous les 36 du mois. Bathyscaphe, par exemple, ça fait combien de temps qu'il est plongé dans un profond sommeil ?
Et coelacanthe, ça l'emmerderait de refaire surface un peu au lieu de lire à la lueur du lanterneau du bathyscaphe les oeuvres des philosophes jumeaux, Emmanuel et Friedrich ? Car l'un ne va pas sans l'autre : coelacanthe et coelaNietzsche. 

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LES MOTS QUI (SE) FACHENT (2)

Mais ce n'est pas la peine de s'énerver. Il y en a qui sont tellement enfouis dans la malle au grenier de l'Académie qu'ils ne sortiront plus des siècles passés dans lesquels ils sont nés. Seuls les férus d'histoire ancienne et les auteurs de polars moyenâgeux vous reparleront encore du hennin qui a roulé à trois pas du cadavre de la victime, du hanap encore chaud qui fleure le poison italien, de Soeur Anne ensanglantée qui n'a pu monter jusqu'à la tour et se cramponne d'une main au mâchicoulis tandis que le soudard monte dans l'escalier en brandissant sa colichemarde ! Vieux fainéants, va !

 

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LES MOTS QUI (SE) FACHENT (3)

Plus personne ne dit à Riquet le houppé, au foutraque foutriquet ou au pâle paltoquet de fermer leur clapet mais on aimerait bien le matin que le conducteur du bus numéro 11 éteigne sa radio pourrie, nous épargnant ainsi les calembredaines vulgaires et les coquecigrues de caniveau de l'animateur de Virgin radio. Sa chronique stupide s'appelle "vos blagues de ouf" et ça les fait tous hurler de rire, ces adulescents post-boutonneux, de commencer le jour par des plaisanteries grasses dans leur studio si parigot. Même moi qui apprécie toutes les formes d'humour j'ai du mal à trouver là matière à rire.

 

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LES MOTS QUI (SE) FACHENT (4)

Allons ! Balayons nos aigreurs, contemplons le flacon encore à moitié plein, réveillons cette feignasse de sous-ventrière qu'on a failli se faire péter à la Taverne de Coutances, réjouissons nous de trouver refuge sur cette île flottante et cessons de raconter des salades normandes : réchauffement climatique, réchauffement climatique... A voir ce qui tombe de pluie et de tranquillité dans le Cotentin avant qu'on ne jazze sous les pommiers ne ferions-nous pas mieux de penser que la vie est toujours bien épastrouillante ?

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 Ecrit à l'Atelier d'écriture de Villejean le 5 mai 2015 
d'après un incipit de Pascal Perrat (merci à lui !)
(exercice inédit d'écriture créative n° 240)

Les photos ont été prises à Coutances et à Gratot (Manche) le 30 avril et le 1er mai 2015

12 avril 2015

DE LA FONTAINE A L'ORATOIRE

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Que deviennent
Nos antiennes,
Nos espoirs de fécondité,
Bonne santé,
Prospérité
En forme de monnaies anciennes
Ainsi jetés
Dans le fond de vieilles fontaines ?

C'est peut-être notre lot
De nous en remettre à l'eau
Pour que le bonheur en pluie
Améliore
De son or
Le sort
De notre aujourd'hui ?

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Se peut-il qu'une naïade
A la nuit
S'en vienne faire ici
Baignade,
Attirée par ce feu qui luit
Par cette eau plus claire que la lune
Et plus qu'elle chargée de thune ?

Elle disparaît à l'aurore
Et va remettre son trésor
Dans la main du vieil architecte
Qui se délecte
En numismate
Devant ces monnaies disparates
De voir notre inventivité,
Crédulité,
Sagacité,
Naïveté.

070602_11BAinsi lavé,
Lové avec autant d'ardeur

L'argent n'a pas d'odeur
Mais l'argent ne fait pas le bonheur

La livre ne délivre pas du mal,
Le franc ne l'est pas du collier,
Le pfennig ne rend pas riche,
Le thaler fait le malheur,
L'euro ne rend pas heureux,
Le dollar fait le dos large
Et Margot pleure toujours devant le mélodrachme
O Pourquoi tant de yens dans un monde déjà si cruel ?

Non ce n'est pas une naïade,
Cerveau malade !
C'est une espèce d'Anita
Sortie de la Dolce vita !

 

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Tout cela, c'est du cinéma
Et nous savons
Que nous rêvons
Car à pourrir dans la fontaine
Que voulez-vous donc qu'il advienne
A ces piécettes
Qui font trempette ?

Elles chopent une espèce de chtouille,
Elles rouillent,
Elles pourrissent comme Venise,
Elles vert-de-grisent
Et nos espoirs s'y amenuisent.

Alors, geste désespéré,
Du désespoir de cause
De qui se blesse aux roses

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On va, déçu par ces arnaques,
Piquer le nez de Saint-Guirec
Sur la plage de Ploumanac'h
Pour être sûr qu'un jour
On sera de retour
Sur les voies de l'Eternel,
Sur le plus droit des chemins,
Celui qui, comme tous les autres,
Mène à Rome.

Alors que c’est ici,
Le Paradis !

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Ecrit pour le Défi du samedi n° 345 à partir de cette consigne

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09 avril 2015

Quand on traîne sur le port : Saint-Malo le 6 avril 2015 (1)

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Quand le volcan incandescent brûle sous tes pieds, prends la résolution de danser !

(ou de célébrer, un an après, l'anniversaire de la Bataille de Marignan)

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Quand on traîne sur le port : Saint-Malo le 6 avril 2015 (2)

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 Quand le souci du qu'en-dira-t-on déserte le canton, quand tout Cannes cancane, plus question de rester sur son quant-à soi, prends des vacances et tire-toi !

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 Quant Dieu jouera à la belote avec l'archange, la coccinelle comptera les points.

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 Quand le pithécanthrope s'adresse à la cantonade pour réclamer un juge ou une ancêtre, tous ceux qui connaissent les chansons de Georges Brassens piquent des deux fuseaux !

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Quand on traîne sur le port : Saint-Malo le 6 avril 2015 (3)

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 Quand les cimenteries voleront au-dessus de la sidérurgie lorraine il pleuvra du silex et des tuiles sur la city !

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 Quand Ulysse entend le chant des sirènes, il sait qu'on est le premier mercredi du mois.

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 Quand les espadrilles voleront, tu seras chef des andouilles.

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