21 février 2018

CINQ ANAGRAMMES RENVERSANTES

AEV 1718-20 mouton de panurge

Monsieur Tout le monde !

Ressaisis-toi ! Cela fait des années qu’on te taxe quelque chose comme 138 euros par an afin que tu te fasses balancer dans la tronche des choses aussi palpitantes que Derrick, les Grosses têtes, des radio-crochets, les Feux de l’amour ou les vérandas royales de Stéphane Bern ! En plus tout cela est entrecoupé de publicités au son beaucoup trop fort qui rapportent déjà gros à ce service télévisuel d’état qui n’intéresse même plus les jeunes générations !

Et toi tu acceptes de te faire bourrer le mou 3 h 30 par jour ! Même le président Macron l’a dit : « C’est une honte ! ». Shame on you, Monsieur tout le monde ! Je ne chanterai pas, moi non plus, que « j’aime tes genoux » !

Ressaisis-toi, Monsieur Tout le monde ! Eteins ce bousin ! Fais la fête avec tes voisins, va te balader, ouvre un bon bouquin ! N’attends pas la publicité pour aller pisser ! Envoie paître dès maintenant ta télécommande !

Si tu ne fais rien de cela je finirai par penser que tu es le mouton endormi !

 ***

Miguel de Cervantes Saavedra déri déra et tra lala

S’il avait fait du haïku, du limerick, bien plus de cas,
Nul dès lors n’aurait su son nom, son abattage,
Son immense talent de noircisseur de pages !

Il fut auteur de Don Quijote de la Mancha,
Individu rêveur, malingre, squelettique,
Qui rêva d’aventures et toujours se fourra
Du fait de sa myopie, dans des plans pathétiques !

Sancho son écuyer, plein de bon sens et gras,
Peut bien gueuler derrière des paroles de sage !
Le chevalier ne l’entend pas. Toujours il va,
Fonçant vers son destin, sa chute, son naufrage !

Miguel de Cervantes Saavedra déri déra et tra lala
S’il avait fait du haïku, du limerick, bien plus de cas
Aurait pu dire en une phrase ce que disent ses mille pages :
« Rien ne sert de cavaler au vent des mirages ».

AEV 1718-20 Don Quichotte


Le commandant Cousteau
était prédestiné à devenir le maître à bord du Calypso. Je parle ici du bateau et non de la musique de Trinité et Tobago et je me justifie en vous racontant le début de son conte de fée :

Son père allait nager le samedi après-midi à la piscine municipale de Saint-André de Cubzac. Ulysse Cousteau - tel était le patronyme du paternel – enchaînait les longueurs à la ligne d’eau numéro 7 quand un beau jour de l’année 1905 une jeune fille un peu fofolle de ces années-là, qui se nommait Pénélope Manaudou, en provenance directe du tremplin de trois mètres, plongea devant son nez et lui coupa la route.

Ulysse but la tasse puis refit surface en gueulant comme un putois :

- Mais ça va pas, non, de plonger sur les gens, espèce de sapajou ?! »

- Oh pardon, s’excusa Pénélope Manaudou qui faisait alors à Bordeaux, quand elle ne nageait pas, des études pour devenir attachée parlementaire. Puis-je vous offrir en dédommagement un rendez-vous galant au Café de la Saint-Médard ? »

Ulysse regarda la sirène à la voix chantante, jugea qu’elle n’avait absolument rien de désagréable et demanda :

- Vous avez un parapluie ?
- Oui, répondit-elle. Je l’ai volé ce matin même à une amie.
- Alors d’accord !

Au café de la Saint-Médard, ils y restèrent longtemps. Quarante jours plus tard ils y étaient encore !

Les biographes de Jacques-Yves Cousteau, le commandant fondateur du parti des bonnets rouges dont on n’entend plus guère parler dans ce monde du silence empli des bruits de la télé de M. Tout le Monde ont bien raison d’affirmer que pour lui tout commença dans l’eau.

AEV 1718-20 bonnets rouges


« La vraie vie est ailleurs ». « Il faut être absolument moderne ».

Si « Je est un autre » qui est-ce qui reste dans cette phraséologie rimbaldienne ?

La couleur des voyelles ? Le côté peu sérieux des jeunes gens de dix-sept ans ? Le proverbe de Paul Verlaine qui dit à ces cons égarés sous le vent et la pluie de Bretagne qu’il faut préférer l’imper au parapluie ?

Même pas ! Le vent a emporté nos vieilles semelles de Suzette. « La jambe de Rimbaud de retour à Marseille dérive en immondices à travers les égouts ». Le soldat aux deux trous rouges au côté droit a été enterré. Seule reste la Meuse. Entre Charleville-Mézières et Monthermé, n’ayant jamais des diamants de la même eau dans son lit, la rivière suit sa vallée. 

170714 Nikon 092

 

La fin du monde est pour demain ! « La fin du monde est pour demain ! » hurle le savant Philippulus dans mes cauchemars d’après-lecture de "L’Etoile my"stérieuse" de Georges Rémi, dit Hergé, auteur des "aventures de Tintin pour l‘avenir car la fin du monde est pour demain.

N’ai-je pas bien fait de profiter de ces chemins ? Malgré l’agitation sans fin de ces personnages de bande dessinée – Tintin court partout tout le temps, Milou chasse le chat siamois, Haddock fuit la Castafiore et engueule les Dupondt, Alcazar, Abdallah, Lampion et les autres manifestent une vitalité ravageuse – j’ai toujours pris le temps quant à moi de longer les rivières en flânant, de trouer les brouillards et de sentir les fleurs.

Le monde peut finir sans moi s’il le désire. Je suis tout enivré encore de l’arôme fou d’un matin splendide !

 AEV 1718-20 Philippulus

Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le 20 février 2018

d'après la consigne ci-dessous :


"A l'exemple du livre d'Etienne Klein et Jacques Perry-Salkow, "Anagrammes renversantes", rédigez un texte d'une quinzaine de lignes maximum dont l'incipit et l'excipit sont des anagrammes l'un de l'autre. Les anagrammes du livre sont fournies par l'animateur. On peut en voir quelques-unes ici et lire quelques extraits du livre là

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18 février 2018

ID-ÎLES

D’un océan à l’autre et d’archipel en îles
Se nouent au gré des flots d’étonnantes idylles :

Alexandre et Fani, Wallis et Futuna,
Saint-Pierre et Miquelon, Saint-Paul et Amsterdam,
Gilbert et Victoria, Dominique et Graham,
Antigua, Barbuda, Désirade et Cuba ;

Anticosti, Kagalaska, Galapagos,
Babeldaob, Komsomolets, Anacapa,
Calédonie, Mindanao, Hispaniola,
Archipel des Chronos, Espiritu Santos…

D’un océan à l’autre en dépit du tangage
Se nouent au gré des flots d’étranges mariages :

Marie Galante au Petit cul de sac marin
Avec le roi Guillaume un jour d’aléoutiennes ;
Prince de Galles, épris d’Annette Kerguélen,
Noces prévues à l’été de la Saint-Martin.

Maurice, Adélaïde, Hélène, San Miguel,
Loyauté, Abondance, Oléron, Tuamotu,
Tahiti, Tatihou, La Tortue, Kangourou,
Grenadine, Sandwich, noce en blanc aux Seychelles

IL 2018 02 12 Belle-île-en-Mer

Bréhat, Belle-île-en-Mer, Groix, Sein, Ouessant, Molène,
Mariannes du Nord, Vierges, Amirauté, 
Ascension, Glorieuse… A Pâques ou Trinité, 
Aux Îles-sous-le-vent jamais ne Tombelaine !

D’un océan à l’autre et d’archipel en îles
Se nouent au gré des flots d’étonnantes idylles !


Ecrit pour les Impromptus littéraires du 12 février 2018

à partir de cette consigne

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17 février 2018

LÉON, LUCETTE, SAM ET YVETTE : ATRABILOUTE ?

sucettes 45

Je ne suis pas de caractère
Atrabilaire.

Un jour sur deux je suis jovial,
L’autre d’humeur primesautière.

J’aime les guinguettes printanières ;
J’y garde le sac de ma copine
Car je danse vraiment trop mal.

Je reste derrière ma chopine,
J’observe le cérémonial
Du fest-noz, de la boîte, du bal
Populaire.

Et comme j’ai aussi la guitare amicale
Je chante des javas pour plaire
Aux défiantes septentrionales
Qui aiment quand ça part en sucette ! 



Spécial dédicace à Maryline18 qui a pondu   ici  ces  paroles immortelles !


Ecrit pour le Défi du samedi n° 494 d'après cette consigne : atrabilaire

15 février 2018

LE CABINET DES LETTRES. Chapitre 1

 Joe Krapov - le cabinet des lettres

CHAPITRE I

Aujourd’hui il n’est monté personne dans la rame du métro sur la ligne 7, enfin personne qui soit du genre à prendre la parole pour plomber d’avantage encore le silence pesant avec des phrases comme « S’il vous plaît, Messieurs et Dames, je sors de prison, j’aurais besoin d’une pièce ou deux pour manger ou d’un ticket restaurant pour survivre». Il n’y a eu personne non plus pour entonner « L’amandier » de Georges Brassens en s’accompagnant d’une musique de karaoké sortant d’un ampli crachotant attaché sur un diable à bouteille de butagaz.

De toute façon aujourd’hui Florent Fouillemerde n’a pas besoin d’être distrait ou perturbé pendant son travail. Le détective privé, bonhomme entre deux âges, entre deux eaux et même souvent entre deux vins, entre Saint- Chinian et Ventoux, entre Médoc et Pécharmant, est en pleine filature d’un type aussi anodin que lui. Un gars à lunettes rondes, la cinquantaine, signe particulier néant, genre personnage de Sempé portant une écharpe rouge, un ciré Guy Cotten bleu, une casquette irlandaise et un sac à dos du tout-venant. Bien qu’il ait l’air un poil intello, le type n’a pas de livre ou de revue à la main et il a l’air absent de tous les voyageurs qui vont descendre à Châtelet pour un long changement.

Le trajet du quidam emprunte ensuite la ligne 1. Nouveau changement à Charles de Gaulle-Etoile, ligne 2 pour une seule station. On descend à Ternes. « Ca lui va bien au teint ! » se dit Florent en ne perdant pas de vue les baskets de l’autre, son écharpe et sa gapette à carreaux.

1718-19 fontaine_Wallace_reductwk

Il est 17 h 15 et ça roule déjà comme pour rentrer chez soi sur l’avenue de Wagram. Le type la remonte jusqu’au numéro 36. Là il y a un banc public et le type s’assoit, faisant face à un immeuble haussmannien. Au rez-de-chaussée la porte est entourée de deux boutiques. A gauche c’est un marchand de béton et de téléphonie, à droite c’est « Gloops » qui vend des machines à rouler modernes pour piétons fatigués de naissance. Au deuxième étage du 36 une fenêtre est ouverte et le balcon est plus fleuri qu’une vahiné en quête d’un soupirant plein de pèse et de poudre à lever. Même Madame de Fontenay un jour d’élection de Miss Météo France ne clignoterait pas autant que le sapin polychrome qui trône parmi cet hymne floral au dieu de l’arc-en-ciel.

Florent aurait aimé pouvoir se planquer derrière une fontaine Wallace mais il n’y en a pas ici. « Pas plus que de fontaine Gromit », songe-t-il. Alors il regarde en coin tout en faisant semblant de s’intéresser aux costards hors de portée de sa bourse de Sandro et Jean-Louis David puis revient vers le banc en flânant. Qu’est-ce qu’il attend, ce mec ?

Au bout de cinq minutes une charmante jeune fille vient s’accouder à la rambarde fleurie, se penche légèrement pour scruter les passants. Elle n’accorde aucune attention au type assis sur le banc. Puis elle rentre chez elle et referme la porte-fenêtre. Alors le type se lève. Il va taper quatre chiffres et une lettre sur le digicode puis entre. Florent Fouillemerde se précipite à sa suite, s’engouffre derrière son dos, faisant comme s’il habitait là. Il dépasse le gars qui s’est arrêté devant les boîtes aux lettres. Il fait mine de monter l’escalier et, après le premier coude, il s’arrête, s’accroupit et regarde le hall d’entrée. Le gars est en train de sortir une enveloppe de son sac à dos. Il la glisse dans une des boîtes après quoi il referme son sac et ressort.

Florent redescend tranquillement et s’en va lire le nom de la locataire à laquelle on vient de distribuer du courrier : Aude Rimbaud.

Ecrire à A. Rimbaud ? Pourquoi pas ? Mais aussi, pourquoi se cacher de la poste, faisant foi ?


Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le 13 février 2018
à partir de la consigne ci-dessous

Image d'illustration empruntée ici

LE CABINET DES LETTRES. Quatrième de couverture / par Anne-Marie H.

Collection Fleur à l'épaule

A Paris, dans le métro, ligne n° 7, un homme entre deux âges, entre deux eaux, entre deux histoires sort de la rame du métro et se dirige vers la sortie. Quelque part ailleurs [dans Paris] la fenêtre est ouverte, le balcon est bien fleuri. Aude se penche légèrement pour scruter les passants de la rue.

Arrivera-t-il à l’heure ? Va-t-il venir ? Elle l’attend depuis si longtemps ! Mais aura-t-il le courage de venir la voir, de lui parler enfin ?

 

Né en 1955 Joe Krapov a fait des études de littérature avant de devenir journaliste littéraire pour la revue  Télérama entre autres. Après de nombreux voyages l’auteur  vit maintenant sur une petite île bretonne et partage son temps entre de nombreux engagements associatifs locaux et un rôle de conseiller auprès du Ministère de la Culture.

Sa prochaine œuvre qu’il écrira en breton sera une compilation de légendes dont le personnage principal sera l’Ankou, figure centrale de la mythologie bretonne.

 

« Après une saga familiale saluée par la critique, l’auteur s’attaque dans ce roman à une œuvre ambitieuse. C’est un peu comme si on mélangeait une histoire sortie d’un film de Ken Loach avec du Laurel et Hardy. Un cocktail détonnant, irrésisitible. » Anne-Charlotte Brontin.


12 février 2018

MAISONS EN VIS-À-VIS

Le chat me fixe.
Je fixe le chat.

Les enfants partent pour l’école.

Le chat me fixe.
Je fixe le chat.

- On va jouer longtemps comme ça au chat et à la souris ? » que je demande au chat.
- Je crois que oui ! » me répond-il.

Le chat me fixe.
Je fixe le chat.

La journée se passe. Les enfants reviennent de l’école.

Le chat me fixe.
Je fixe le chat.

- On pourrait peut-être arrêter de se regarder en chiens de faïence ? » que je demande au chat.
- Je ne crois pas, répond le chat. Qu’est-ce que tu es d’autre ? ».

Le chat me fixe.
Je fixe le chat.

La nuit est tombée.

IL 2018 02 05 chat me fixe duo

Le chat me fixe.
Je fixe le chat.

« L’éternité, c’est long. Surtout vers la fin » qu’il a dit, Woody Allen.

Ecrit pour les Impromptus littéraires du 5 février 2018

d'après cette consigne

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10 février 2018

L’HÔPITAL SE MOQUE DE LA CHARITÉ

Qui dira les ébats
Du zébu
Sur les bords du Zambèze ?

DDS 493 vestiaire gratuit

Qu’il danse la samba,
Ayant bu,
Ou bien la javanaise,

Le mambo, la cumbia,
Le gumbé (très pointu !)
La polka lorientaise,

Qu’il essaie la rumba,
Fort imbu,
Il n’est jamais à l’aise.

Et pourtant, ce gars-là,
Comme il bosse
Pour devenir le roi
De la soirée de gala
Du dancing Macumba !

Ecoute-moi, zébu !
Petit conseil d’ami
Pour concours d’élégance

Transmis depuis la France :

Mets de l’eau dans ton vin !
Prends un air moins bovin !
Pour devenir the boss
Des dance-floors poitevins
Mets ta bosse au rebut,
Bouge un peu plus ton cul !

Et puis, par Belzébuth,
Pour une allure altière,
Pense donc à mettre un fute
Par-dessus tes glaouis
Et à laisser tes cornes
Au vestiaire :
C’est gratuit !

DDS 493 danseur zébu

Ecrit pour le Défi du samedi n° 493 à partir de cette consigne : zébu

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07 février 2018

PORTRAIT CHINOIS MYSTERE. 1, Une femme

Si j’étais une couleur je serais le rose. Mais pas le rose tyrien, un rose pâle, un peu effacé.

Si j’étais un animal je serais une petite souris, discrète, honnête, secrète.

Si j’étais un parfum je serais celui de l’aubépine ou mieux encore celui de l’églantier.

Si j’étais une langue je serais la langue des signes mais sans les mains.

Si j’étais un fruit je serais un coing ou plusieurs coings transformés en gelée rosâtre.

Si j’étais une invention je ne remporterais pas de prix au concours Lépine parce que je serais déjà un peu inutile. Du genre un épluche-mammouth ou un coupe-file pour boucherie-charcuterie végétarienne.

Si j’étais un oiseau je serais un étourneau anonyme, noyé dans un nuage tourbillonnant au-dessus des grues de Rennes-en-Chantier.

Si j’étais une boisson je serais un lait fraise.

Si j’étais des chaussures je serais des ballerines pour danser les jours où il n’y a pas de public dans la salle.

Si j’étais un moyen de locomotion je serais un petit train de ceinture.

Si j’étais un bijou je serais un simple bracelet doré sans ornementation comme celui que je porte au poignet gauche sur le portrait peint par mon oncle.

Si j’étais un outil je serais une lime. J’en ai la rigidité et je suis déjà sans manches.

Si j’étais un élément je serais l’eau. Je suis du signe des poissons et les rares fois où l’on m’a vue dans la lumière j’avais un air à gober les mouches.

Si j’étais un légume je serais un radis ou une feuille d’endive.

Si j’étais un gâteau je serais une religieuse.

Si j’étais une heure du jour je serais seize heures dix, l’heure à laquelle débute l’émission « Des chiffres et des lettres ».

Si j’étais un poisson je serais un mérou.

Si j’étais un objet de toilette, je serais une serviette éponge rose.

Si j’étais un meuble je serais une petite table de chevet.

Si j’étais un écrivain je serais Arvers, le gars qui a écrit un sonnet si célèbre que tout le monde a oublié le nom du poète et ne se souvient d’aucun des vers du poème.

Si j’étais un monument de Paris je serais une tombe du cimetière du Père Lachaise. Vous m’y chercheriez longtemps parce que je n’y suis pas enterrée.

Si j’étais une superstition je serais le pot de peinture mal accroché à l’échelle sous laquelle vous passez.

Si j’étais une religion ce serait une religion avec réincarnation : j’ai toujours rêvé, sans en avoir jamais rien montré, d’avoir une seconde vie bien meilleure et bien plus drôle que la mienne.

Si j’étais une épice je serais de celles qu’on laisse plus souvent qu’à leur tour sur l’étagère : l’anis étoilé, le fenugrec, la baie de genièvre.

Si j’étais une caresse je serais une légère tape sur l’épaule. Après ça deviendrait vraiment trop osé.

Si j’étais un animal domestique je serais une tortue. Oubliez-moi dans un coin du jardin, s’il vous plaît ! Je saurai bien m’enfouir toute seule pour hiberner au calme.

Si j’étais une civilisation disparue je serais la ville d’Ys. Pas très sûre vraiment d’avoir existé.

Solution et consigne d'écriture ci-dessous

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PORTRAIT CHINOIS MYSTERE. 2, Un homme

Si j’étais une couleur je serais celles de l’arc-en-ciel et je viderais tous mes pots sur les lettres de l’alphabet. Je garderais le pot-rouge pour en badigeonner des navigateurs imprudents que j’aurais pris pour cible et le pot de violet pour peindre des œillets et les offrir en riant à certains trous du cul !

Si j’étais un animal je serais un sanglier à l’œil bleu.

Si j’étais un parfum je sentirais le coyote. Une odeur très pratique pour se fondre dans le désert et très déplaisante aux bourgeois.

Si j’étais une langue je serais le charabia, le volapük et la novlangue mêlés puis le morse. Je vous chanterais « I’m the walrus » !

Si j’étais un fruit je serais la châtaigne. Vous vous piqueriez à ma bogue, à mon bug et vous sentiriez une décharge électrique dès que vous croiriez me toucher.

Si j’étais une invention je serais un bâton de dynamite géant enduit de colle, histoire que je ne sois pas tout seul à exploser ! Que le monde explose avec moi !

Si j’étais un oiseau je serais un serpent à plumes, un Quetzalcóatl.

Si j’étais une boisson je serais un bock de bière, une absinthe mais pas une limonade et surtout pas du tilleul.

Si j’étais des chaussures je serais des godasses de randonnée qui ont beaucoup servi..

Si j’étais un moyen de locomotion je serais un bateau sans gouvernail puis une paire de béquilles.

Si j’étais un bijou je serais un diamant brut rêvant toujours de se tailler ailleurs..

Si j’étais un outil je serais un tourne-vice.

Si j’étais un élément je serais l’air en mouvement, le vent qui se mêle au sable et tempête dans le désert.

Si j’étais un légume je serais la macédoine d’Alexandre.

Si j’étais un gâteau je serais un vol-au-vent. Oui, je sais, ce n’est pas du gâteau mais moi non plus..

Si j’étais une heure du jour je serais midi ou minuit. L’heure d’être toujours au zénith et jamais au rendez-vous.

Si j’étais un poisson je serais l’exocet. Si j’étais un missile aussi.

Si j’étais un objet de toilette, je serais un rasoir de barbier et je vous tailladerais le cuir.

Si j’étais un meuble je serais un buffet sculpté de chêne sombre empli de vieux secrets indéchiffrables.

Si j’étais un écrivain je serais qui vous voulez mais surtout pas cet Arthur Rimbaud dont j’espère bien que tout le monde aura brûlé les rinçures qu’il a produites..

Si j’étais un monument de Paris je serais le moulin de la Galette.

Si j’étais une superstition je serais un oiseau de mauvais augure.

Si j’étais une religion je serais une croyance avec un enfer pour chaque saison, des illuminations derrière les piliers de mes cathédrales et aucune promesse de paradis ou de quoi que ce soit.

Si j’étais une épice je serais le pavupapri (le pavot-paprika).

Si j’étais une caresse ce serait à mettre dans les annales, comme disent les proctologues à la fin de leurs banquets.

Si j’étais un animal domestique je serais un mille-pattes avec une jambe de bois. 999 tics et un TOC.

Si j’étais une civilisation disparue je serais la poésie française des origines à la fin du XXe siècle. Rappelons que ce monument s’est effondré au XXe siècle, ravagé par l’invention démoniaque d’un serpent à plume qui se prenait pour un missile exocet.


Pondu à l'atelier d'écriture de Villejean le mardi 6 février 2018

d'après la consigne ci-dessous

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04 février 2018

LE DERNIER SILENCE D'ARTHUR R.

O terre des Ardennes à jamais détachée
De mes souliers crottés ! Ô gorge desséchée
D'avoir eu tant de science et de n'avoir dit rien !

Injustice rendue sous l'absence de chêne
Me voici désormais privé de tout soutien !
Porteurs de ma civière, allez, à perdre haleine !

Pour la dernière fois ma trace d'Aquilon
Au livre de l'Afrique une corne promène.
L’œil bleu, le sang gaulois vont rejoindre la plaine.
Vers la rivière fraîche au creux de son vallon
Le drapeau du Destin, criblé de trous, nous mène.

O Saisons ! Ô châteaux ! Pourrai-je m'effrayer,
Si un jour je découvre, étrange, horrible chose,
Sur ma saison d'enfer, sur ma tombe sans rose,
Une bibliothèque en guise de laurier ?

170715 Nikon B 017

Ecrit pour les Impromptus littéraires du 29 janvier 2018

à partir de cette consigne