20 septembre 2014

RENDEZ-VOUS PEU SECRET

Jamais je ne m’habituerai
Au fait que le printemps ait goût
Pour les travaux manuels de l’école primaire
Et la valse à mill’ temps de ses bourgeons qui gonflent !

Jamais ne m’acclimaterai
Au fait qu’au python familier
Les oncles d’Amérique accrochent leur melon
Avec accablement et parfois maladresse !

 

1415-02 le-fils-de-lhomme

 

Ne demandez jamais pardon
A quiconque ! Vous existez !
Le soleil s’est levé depuis déjà longtemps
Et vous avez gagné sa médaille de bronze !

Non jamais je ne m’y ferai
Au fait de poser nu ici
Année après année, surprendre, émerveiller
Comme si l’on était au concours d’invention.

Presque jamais soucieux du doute
Et rarement sujet aux poussées d’amertume,
Incertain d’éviter toute littérature,
J’écris dans un état second

Tout ce qui pardessue la tête,
Tout ce qui ouvre le cerveau,
Sans autre forme de procès, jetez-vous y !
Soyez le sujet vif qui allume les cierges !

 

1415-02 la clé des songes

 

Les mots sont matière élastique,
La phrase patinaroulette,
Le manuscrit s’expose à d’infinis ennuis
Mais l’avril et le mai ne m’échapperont pas !

A la commissure des lèvres
Fume une comète musclée.
Vous êtes-vous accoutumées, ô vaporeuses,
A mes luminescences en forme d’aptéryx ?

 

1415-02 les rencontres naturelles

 

Je mets mes oiseaux à chanter,
Prêt à perturber bien des gens.
Vous voudrez écouter tous leurs égarements
Qui sonnent juste et bien sur la portée du temps

De ce caractère si doux,
Pourquoi ressort en bulles d’air
L’écriture en bazar, vierge de cicatrices,
A qui cet atelier évite la prison ?

Si course il y a dans cet emploi
D’héritier de l’Inattendu
Mes chaussures de saut m’épargneront la chute :
Je ne mourrai jamais d’ennui ou de tristesse !

A fabriquer de jolis mondes
A s’égarer sans nulle excuse
Loin des commandements de Dieu ou des cousins
J’aurai finalement bien provoqué l’Hiver !

 

1415-02 jockey perdu

 

Qu’il se fasse à l’idée que l’âge n’y peut rien !
Qu’il s’habitue au fait que le Printemps a goût
Des travaux manuels à l’école primaire
Et, dans nos cœurs gonflés, de valse à mille temps !

Ecrit à l'Atelier d'écriture de Villejean le 16 septembre 2014 d'après cette consigne (1415-02) : 

Choisir un incipit parmi une liste de sept débuts de romans et l'utiliser comme point de départ de votre texte.

 

AEV 14-09-16 Six Incipit au choix

 

 

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MAISON BLANCHE AUX VOLETS BLEUS (SAINTE-)

JRMorel 07N’en déplaise à Maxime Le Forestier, on ne trouve que très peu de maisons bleues aux volets blancs adossées à la colline aux coralines dans la Bretagne qui est si belle quand il pleut sur le Festival Jean-Michel Caradec.

L’inverse par contre est assez répandu et tout photographe épris de vrais clichés ne manquera jamais d’immortaliser, ainsi que l’a fait sur cette aquarelle M. Jean-Roger Morel, cette sacrée maison blanche aux volets bleus qu’on voit dans le port de Ploumanac’h, de Trégasoil ou de Ploumazout car les maisons blanches aux volets bleus, c’est comme les marées noires, elles ont envahi tout, elles sont partout. 

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Le cérémonial n’est complet que si des hortensias poussent dans le jardin et si, au voyageur, des rideaux de dentelles aussi épais qu’un string essaient de cacher l’habitante déjà bien dissimulée dans l’ombre. Car la maison a beau être blanche, l’intérieur en est toujours sombre.

La locataire, on l’imagine très bien portant par-dessus son chignon la sainte coiffe bigoudène et confectionnant sur la sainte crêpière Billig la sainte galette au chèvre et au miel.

Mais on est très déçu par la réalité quand on la voit sortir de la sainte maison blanche aux volets bleus. Elle est jeune, jolie, percée de partout, tatouée sur les bras et les jambes, elle porte un short en jean déchiré et des collants noirs, elle a des cheveux bleus et un iphone collé à l’oreille.

C’est que voyez-vous, braves gens, depuis 1914 Sainte-Bécassine a eu le temps d’avoir une descendance, des enfants, des petits-enfants, des arrière-petits enfants et celle-ci s’en va retrouver son coquin dont elle espère bien qu’il lui en fera, à elle aussi, une tripotée qu’ils nommeront Timothée, Victor, Mélanie, Ernestine ou Auguste. Oui, comme vos arrière- arrière-grands-parents. Pourquoi est-ce que le monde nous rajeunirait ?

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 Ecrit à l'atelier d'écriture de Villejean , le 9 septembre 2014, d'après cette consigne (1415-01) :

A partir de l’aquarelle distribuée, dressez la liste de ce que vous considérez comme les valeurs sacrées de la Bretagne. Il peut s’agir de lieux, d’objets, de symboles, de traditions, de gastronomie. 

Dans un deuxième temps, vous déclinerez vos choix sous forme d’une entrée dans un dictionnaire des saints bretons modernes. Epuisette deviendra Sainte Epuisette, Gilles Servat deviendra Saint-Gilles Servat, etc.

Dans un troisième temps, vous développerez avec des souvenirs ou des ressentis personnels, de manière plutôt humoristique, ce que ces valeurs sacrées vous inspirent. Remplir au minimum trois entrées de ce dictionnaire collectif. Exemples : Saint Café du port, Saint Fest-Noz, Sainte Galette-saucisse, Sainte Gigouillette, Saint Putiphar d’Eckmühl, Sainte ville-close de Concarneau, Sainte Bécassine, Saint Menhir de Carnac, Saint Alan Stivell, etc.

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13 septembre 2014

CLEMENTINE CARAVAGE ET LES FRUITS DE LA PASSION

Dans l’absolu, on pourrait lui balancer un marron en pleine poire au gars qui nous brise les noix mais il faut d’abord considérer, en toute relativité, la façon dont on est gaulé et choisir, si la querelle a lieu à propos de queues de cerises, de se fendre plutôt la pêche.

Dans l’absolu, si le gars qui vous brise les noix est un gendarme qui vous a vu passer à l’orange prononcé, il vaut mieux accepter qu’il vous colle une prune. Mais en toute relativité, si vous lui dîtes « OK, l’amende est pour ma pomme mais le gars qui me précédait avait bien lui aussi plus qu’un peu appuyé sur le champignon, non ? » et qu’il vous répond « Oui mais lui on le connaît. C’est une grosse légume, une huile de chez nous », alors ne tergiversez pas : écrasez votre banane, lâchez-lui la grappe au roi de la tagadactactique, n’ayez pas le melon. La rouspétance, jadis, ça eut payé mais aujourd’hui papaye plus.

MIC 2014 09 08 Athena with pears par Bill Gekas

Dans l’absolu, ça porte bonheur de marcher dans la griotte du pied gauche. Mais si vous roulez sur le noyau et que vous vous retrouvez à l’hôpital avec une jambe cassée, vous êtes en droit de ramener votre fraise et de tancer la jeune marchande qui les a crachés tout le long du chemin :

- Eh dis donc, Salade de fruits jolie jolie, on ne t’a jamais dit que t’étais un vrai danger public ?

- Mon bon monsieur répond la belle enfant, gardez pour vous vos avanies et vos framboises. Je ne me sens responsable en rien du pépin qui vous arrive. A chacun ce qui lui vient, autrement dit, « c’est ton des-tin »  ! Car tout le temps que vous m’avez suivie le long du mur où pendent les mûres j’ai bien senti que vous n’aviez qu’une seule idée en tête : me mettre la main au panier !. Si je suis la cause du désir, je ne suis pour rien dans votre chute : je mangeais, voyez-vous, des groseilles et je ne crachais sur personne, ce n’est pas dans mon tempérament. Pourtant, dans l’absolu, je leur balancerais bien une pêche en pleine poire voire un pruneau dans le buffet aux gars comme vous qui me brisent les noix à force d’en vouloir à ma figue secrète, mon abricot fendu et mes petites mandarines ! 

 

Ecrit pour "Un mot, une image, une citation" d'après cette consigne :

 

Un mot: absolu 
 Une image :
Athena with Pears (photographie) par Bill Gekas  
Une citation : À chacun ce qui lui vient. - Proverbe français

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UN DRÔLE D'OISEAU

S’il y a bien sur cette terre un animal aux us et coutumes étranges, c’est l’Homme.
Oui, je sais, la Femme n’est pas mal non plus.
Bien que j’aie mis une majuscule à Homme, mettons-les, l’homme et la femme, dans le même panier et gageons qu’ils y feront des petits ensemble.
Reprenons.
Disons « nous »…
Disons-nous que nous allons dire « nous » par la suite puisque l’objectif de ce texte est de mettre tout le monde, y compris moi-même, dans le même sac même pas à malices.

Nous allons donc tous à l’école. On nous y apprend à lire, à écrire, à compter pour autre chose que du beurre, on nous enseigne l’histoire, la philosophie, les langues, la littérature et on nous donne en exemples des gens qui ont pensé et passé leur vie à pondre des bouquins d’importance : on est très honorés d’apprendre que Balzac est l’auteur de 93 volumes de Comédie humaine, on découvre qu’Emile a pondu vingt volumes de Rougon-Macquart ou dans ces eaux-là, on s’étonne que Marcel Proust… Non, pas Marcel Proust, oncle Walrus va encore faire une jaunisse !

Résultat des courses, une fois apprise la leçon, on est un homme, mon fils ! Une fois ingurgités les codes moraux et culturels de la société contemporaine, munis de ce bagage exemplaire et admirable des gens qui, face à la barbarie primitive, ont conquis la liberté de penser, de raisonner, d’écrire, de partager, de dénoncer, de délirer même parfois alors, irrémédiablement, comme tout le monde,… nous nous affalons devant un écran et nous regardons des conneries !

Les plus évolués d’entre nous, ceux qui ne se laissent pas prendre au piège des glandes mammaires de la Miss Météo du moment, celles qui trouvent stupide de s’exciter une bière à la main devant vingt deux crétins sportifs qui courent après une baballe, celles et ceux que laissent indifférent(e)s les millions de photos de chatons qui font tout et n’importent quoi et surtout gangrènent l’Internet, ceux-là et celles-là qui ont retenu quelque chose du bel enseignement de l’école continuent à écrire et y prennent grand plaisir. Grâces leur soient rendues : ils, vous, toi, moi, participent à des ateliers d’écriture et à mon bonheur présent et je les vous te me en remercie.

MAIS !

Mais comment expliquer qu’au sein de cette communauté résistante de gens sensés un type puisse arriver et imposer sa loi stupide sans que personne ne moufte plus que ça ? Avant que cette chronique n’atteigne sa 23e ligne ou ne la dépasse, nommons le type M. Twitter ou appelons-le M. Loiseau et rendons-nous à l’essentiel car ça traînouille un peu, je trouve, ce jour d’oui mais des Panzani !

M. Loiseau nous dit : « C’est très bien les gars les filles ! Vous avez commencé à raconter votre vie sur un blog ! Vous savez intéresser lecteurs et lectrices de manière à ce qu’ils vous suivent dans vos récits du quotidien au moins jusqu’à la 23e ligne ! Mais maintenant, avec moi, vous allez faire plus fort ! Vous allez ouvrir un compte chez moi, comme ça je saurai tout de vous, j’envahirai vos boîtes mail avec ma pub mais ça c’est rien. Surtout vous allez avoir des tas de fans de vous, des « followers » à qui vous raconterez où vous êtes, ce que vous faîtes, qui vous êtes, ce qui vous plaîtes ou vous déplaîtes, vos histoires de zézettes ou de pensées pas nettes… Tout ça, vous allez le faire à longueur de journée chez moi. MAIS ! Mais chacun de vos message ne devra pas dépasser 140 caractères d’imprimerie !".

Le croirez-vous ? Chez cet individu aux mœurs bizarres autant qu’étranges, l’homme, la femme, nos « contemporains c’est dire si j’contemple rien », cette proposition stupide a marché et marche encore. Tu demandes aux gens de se contenter de cinquante mots de vocabulaire, de consulter leur courrier sur une plaquette en plastoque de 5cm sur 10, de n’exprimer qu’une phrase à la fois pour que la toute faune cacophone et ils le font ! Ils écoutent leur discothèque dans deux boules quiès maintenant ! Moi je dis que ça mérite des baffles !

Ce besoin panurgien de suivre le troupeau et les nouveaux gourous armés de la technologie est tel que j’ai moi-même ouvert un compte Twitter il y a deux ou trois ans. A ma décharge publique, je n’y ai publié que six ou sept haïkus et c’est tout. Comme je suis un individu aux us et coutumes encore plus étranges que les vôtres, un drôle d’oiseau en fait, je me suis aperçu qu’au lieu de cuicuitweeter j’allais faire (le) coucou chez les autres et que je déposais, dans la zone de commentaires de mes blogami(e)s, de véritables formulettes à -140 ! Je les ai baptisés gazouillidiots parce qu’au début j’écrivais cela « twits ». Joye m’a expliqué que ça voulait dire quelque chose comme « crétin » en anglais.

Et donc ce jour, ayant décidé de rentrer dans le rang – c’est là le lot commun des brebis égarées du troupeau du Seigneur ! - je les rassemble ici pour que vous puissiez juger par vous-même qu’en matière de bêtise et de méchanceté, face à Nadine M. et Valérie T., j’ai encore des progrès à faire ! Ou pas !

La vie est dégueulasse. John Lennon est mort. Georges Brassens est mort. Jean Ferrat et Georges Moustaki sont morts. Et Michel Sardou chante encore !

Le temps d’apprendre à vivre, il est déjà trop tard. Bien ! Alors vivons vite! On apprendra plus tard !

Qu’Elsa crie « Olé Olé ! » Et aussitôt Aragon grimpe aux rideaux !

Aller au cinéma voir « Le Jour le plus long », « la 25e heure » ou « L’année des méduses », ça prend du temps !

Chez nous on ne nettoie le lustre que tous les cinq ans

On a conservé « les riches heures du duc de Berry » mais pas « les laborieuses journées du pauvre Martin, serf ».

- Qu’as-tu fait de tout ton temps sur cette terre ? demanda Dieu à Dostoïevski.
- « L’Idiot » …
Mais avant même qu’il eût pu citer d’autres titres, Dieu se tourna vers moi et demanda :
- Et toi, Joe Krapov ?
- -Pareil !


Tu vas pas nous chier une pendule parce que t’as perdu ta montre, non ?

Les déchus du Sarkozysme ne seront pas tombés de bien haut (C’est petit, ça, Joe Krapov !)

Si j’étais un bouquet de fleurs, j’aimerais bien être six roses, ma foi !

Si j’étais une fleur, je serais jacinthe ni touche !

Proverbe chinois : Un potage au nid d’hirondelles ne fait pas le rouleau de printemps !

Les chiens de Vannes aboient et la carapace

Parce qu’ils ont bonne mémoire et commettent rarement des erreurs les éléphants n’aiment pas qu’on les détrompe.

Je ne sais jamais si le concerto de Rodrigo est d’Aranjuez ou s’il est du silence qui suit l’exécution d’une œuvre de Mozart !

C'est quoi le risque professionnel majeur pour un photographe qui n'aurait pas de trépied et photographierait un même port belge sous le même angle à différentes heures de la journée ?
Attraper une Ostendinite !

Un commentateur c'est quelqu'un qui commentâte de la critique littéraire mais qui est bien embêtâté quand ce n'est pas de la fiction !

Comme ces gazouillidiots sont en général suivis d’un « OK je sors », estimant avoir assez « twité»sur le Défi du samedi pour aujourd’hui, je m’en vais effectivement sortir et retourner dans la vraie vie. J’y ai là aussi des us et coutumes très étranges : je m’y fiche pas mal de Twitter et de la marche du monde, j’y aime des gens, j’y photographie des lieux et j’y joue et chante sur une guitare à douze cordes, avec la voix de Guy Béart, des chansons de Georges Brassens !

Ecrit pour le Défi du samedi n° 315 d'après cette consigne.

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07 septembre 2014

LA DOUANE DES SOUVENIRS DU BASSIN D'ARCACHON

 

J'ai rapporté dans ma valise
Un peu de la lumière grise
Qui baignait le port de Parros
Où l'on ne roule pas carrosse
Mais où, bien à l'abri des tuiles
On dit que tout baigne dans l'huile

Je vous offre quelques bricoles
Venues des ports ostréicoles :
Des hippocampes, des pinasses.
Près de Notre-Dame des passes
Des prix qui sont loin d'être en baisse
M'ont laissé tout nu à la caisse.

Dans le fond de ma Samsonite
J'ai déposé pour ma pituite
L'étiquette et quelques bouchons
De vins du bassin d'Arcachon
Et d'une ou deux autres potions
Auxquelles je fis dévotion

Dans un' poch' de mon sac à dos
J'ai mis la ville de Bordeaux,
Les grands chevaux de sa fontaine,
Montaigne le croquemitaine,
Deux têtes coupées, médusées
Et le Picasso du musée.

J'n'ai pas déclaré à la douane,
De peur qu'on me mette en cabane,
Le grand pyjama à rayures
Qu'à Biganos, port d'envergure,
j'ai volé avec la manière
Et planqué dans l'fond d'ma glacière

J'ai glissé dans mon réticule
Le pénis amputé d'Hercule
Qu'un iconoclaste nocturne,
Sorti cagoulé de sa turne,
Fit tomber d'un coup de massue
Au sein de la cité cossue.

J'n'ai rien pris d'autre au Parc mauresque
Bien qu'je sois kleptomane ou presque
Et j'ai même oublié, crétin
De m'acheter un sacristain,
Pâtisserie comblant les creux
De tout voyageur religieux.

On trouvera dans mon baise-en-ville
- Oh Sympathy for the devil ! -
La pierre qui roule sa bosse
Sur la route de Biscarosse
Et la dune qui m'ensabla
Quand j'escaladai le Pilat.

J'ai ramené dans mon bagage
Une impression de fort tangage
(Les bas ? Les hauts du cap-Ferret
Qui ne m'ont pas fait trop marrer ?),
De séjour teinté d'hérésie
Au pays de Grand'bourgeoisie.

J'ai ramené dans ma besace
Une magnifique rosace
Prise au bout de la jetée Thiers
Dans le plancher devant la mer,
Rose des vents de la Gironde
Qui invite à rêver le monde.

Et j'ai mis dans mon havresac
Le clapotis et le ressac
De la mer immortalisée,
De la mariée irisée
Dont le voile volait dans l'air
Un soir sur la plage Pereire.

Dans la grande malle d'osier
J'ai mis le soleil, ce brasier
Qui incendia nos soirs d'été
Et dispensa sérénité
Aux marcheurs rêvant d'aventure
En pays de villégiature

Mais je mens comme je respire :
Dans ma besace du bas-Empire
N'étaient que batteries vidées,
Saturations de cartes SD,
Livres lus, chaussettes salies,
(Et billets de mono poli ?)

Car dans mon vieux sac à malices
Chacun sait quels sont les délices
Que je rapporte des voyages :
Des palanquées "tchanquées" d'images !
Faites en votre miel ou pas :
Je butinerai jusqu'au trépas !

Ecrit pour le Défi du samedi n° 314 à partir de cette consigne.

P.S. Vous pouvez vous balader aussi cette semaine dans des lieux plus secrets du Bassin d'Arcachon grâce à l'émission Thalassa de France 3. Très intéressant !

http://pluzz.francetv.fr/videos/thalassa.html

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PRENDS UN SIEGE, ASSASSINAT !

C’est toujours difficile à dire, « j’ai pris trois valdas dans le buffet » !

MIC 2014 09 01 Valda-valdatoujours

D’abord parce qu’il faut expliquer aux générations « bonbecs Haribo » ce qu’étaient ou ce que sont encore les pastilles Valda : des boules de gommes de forme conique, parfumées à la menthe et enrobées de sucre, sucre-ceptibles, suce-ceptibles, pardon, susceptibles de soigner la toux et les maux de gorge. Les confiseries d’hier, Renaud les a très bien chantées dans sa chanson « Mistral gagnant ». Pour moi, je ne me sens pas de jouer les vieux cons nostalgiques, limite dépressifs alcooliques, pour expliquer à des petits morveux à boutons qu’avant eux, sans culotte ou pas, le peuple a lui aussi pris la pastille. En 1789 et après.

C’est toujours difficile à dire, « j’ai pris trois valdas dans le buffet » mais c’est encore plus compliqué à écrire. D’abord, faut-il mettre un "s" et une majuscule ou pas à « valda » et donc écrire « J’ai pris trois Valda dans le buffet » ? Car, vérification faite, il s’agit d’un médicament pas sale et d’un nom propre, celui d’une marque déposée par M. Henri-Edmond Canonne que nous nommerons par la suite HEC pour la bonne raison qu’il n’y a pas fait ses études mais qu’il a fait fortune quand même avec son remède à la gomme.

Or les noms propres ne prennent pas de « s » au pluriel, « sauf s’il s’agit de noms de pays ou de fleuves (les Guyanes, les Espagnes), de noms de familles royales (les Bourbons, les Capets, les Stuarts) ou si ce sont des noms propres employés "génériquement" à la place d'un nom commun (antonomase), par exemple des Harpagons ». On en met aussi à des noms d’œuvres d’art (des Cupidons) mais en général une seule flèche suffit pour vous rendre piqué, surtout si l’amour est enfant de Bohème.

La question est donc bien : « Peut-on comparer une valda à un watt, un ampère, un diesel, un tartuffe ou un don juan ? Un kleenex, un klaxon, un frigidaire, du scotch, un kärcher ? Si la réponse est oui, je ne vous conseille pas pour ma part de mâcher du vélux !

MIC 2014 09 01 sevedepin-2

C’est toujours difficile à dire "j’ai pris trois valdas dans le buffet", surtout chez nous car nous consommons plutôt, un par un,  des bonbons à la sève des pins des Vosges et qu’ils ne sont pas rangés dans le buffet où l’on trouve surtout la vodka et les soucoupes au citron que Mlle Zell m’a offertes pour mon anniversaire. Ah non, tiens, on ne les trouve plus : Marina Bourgeoizovna leur a fait un sort !

MIC 2014 09 01 soucoupes fruitées

Mais finissons-en ! Je sais que les rieurs ne règneront jamais, surtout quand ils auront été abattus par un fanatique impatient et violent de trois pruneaux dans le poitrail comme c'est arrivé à John Lennon. Mettons que le tueur s’appelle Henri-Edmond Canonne et la boucle sera bouclée ! Car si vous connaissez un peu l’argot, vous savez que c’est là l’autre sens de cette expression et qu’il est donc toujours difficile de dire « J’ai pris trois valdas dans le buffet » : bien souvent, après, on est mort et même pas de rire. 
 

MIC 2014 09 01_Une-valda-pour-Cendrillon_6734

 Ecrit pour Un mot une image une citation du 1er septembre 2014 à partir de cette consigne :

Un mot : buffet
Une image :

Une citation : Les rieurs ne régneront jamais. - Joseph Ernest Renan

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02 septembre 2014

LE DOMAINE DE CHATTERLEY ?

DDS 313 paysage de début

- C’est mâtines de Pâques, ma douce primevère !
- Il suffit !
- Les cloches sonnent de bonheur ! Din ! Ding ! Dong !
- Il suffit !
- Courons, légers comme cabris, faisons des bonds ensemble et des gambades en l’honneur de la nature, de Dieu…
- Il suffit !
- Laisse-moi jouer guilleret l’aubade à la mousse, à l’herbe, au coquelicot, au royaume de la tarentelle… Laisse-moi croire que tu préfères le berger qui souffre sans le dire au sonneur en velours et dentelles…
- Il suffit !
- Coucou, fais le guet ! A cueille-fleurettes je t’emmène visiter le danger et l’enfer ! C’est péché de cacher ton dedans ! Rien n’est mieux pour s’aimer que blottis sans galoches ni sabots avec elle que, entre tou’s les belles, je saurai tant tenir comme pique, chardon ménager pied voici ton tout passer patte pendant personne devine jetons dents semble ton tes ton tes tes ton petits fleuris tenir tenir tenir vois tout tout Bon !
- Il suffit !

Devant l’incohérence du discours et l’impudence des gestes de l’homme au souffle court, la châtelaine s’échappe. Elle franchit la passerelle en courant.

Il la regarde fuir vers le château au loin et, ressentant au plus profond de sa chair un sentiment d’échec lié à leur différence de classe sociale il se tourne vers Dieu et lui demande de faire disparaître cet épisode de sa biographie, voire même, s’Il le peut, à la faveur d’une révolution à venir, de faire en sorte que ces murs roses et ces tourelles pointues disparaissent de la surface de la planète.

Alors, le miracle se produit. Dieu apparaît entre deux nuages dans le ciel, il passe un coup d’éponge et repeint un autre paysage par-dessus Sa création.

DDS 313 paysage de fin

- Seigneur ! Qu’as-tu fait là ? demande la châtelaine avant de disparaître dans un autre espace-temps où les bergers Fragonardiens n’ont plus rien de libidineux.
- Ben quoi ? Tu ne connais pas la chanson ? Il supplie d’effacer le fond, c’est tout de suite la peinture ! 

Ecrit pour le Défi du samedi n° 313 à partir de cette consigne 

17 août 2014

LOGOGRIPHE DU CANDELABRE

Galerie de tableaux.
Ancêtres encadrés.
Lueur des candélabres.

Lecture du testament au salon délabré.

Cette vieille baderne de Maître Abélard nous balade par-dessus les cendres de l’aïeul refroidi.

La tante Anna, toute râblée, se racle la gorge et secoue son vison crade. Elle espère devenir le leader de la bande.

Cette vieille carne de cousin André s’est fait du lard depuis qu’il habite le Béarn mais il semble toujours avoir les neurones en rade et la matière grise en berne.

Carla la vénéneuse n’a pas bâclé sa tenue de gala. La calandre impeccable, balancée comme un tanagra avec juste ce qu’il faut de béance dans le décolleté au vu des circonstances. Pourtant, dans les bénards, aucun des mâles présents ne bandera pour cette garce au calbar noir car chacun sait comme sous son crâne son âme est celle d’un vieux ladre.

MIC 2014 08 01 enfants

Photo de Carla et de son frère enfants avant que celui-ci ne se noie – ou ne soit noyé - dans des eaux et des circonstances troubles.

Nul n’est blanc dans cette famille dont je connais tous les arcanes. Dans ce panier de crabes tout le monde canarde, charge, cancane ou assassine.

Mais nous arrivons au moment où le notaire, les yeux cernés et la voix grise, met la machine en branle et décerne les prix.

Tante Anna s’est cabrée, André a renâclé, Béa a râlé, Carla est restée clean et moi, le décalé de la bande, j’ai rigolé quand l’homme de loi matois a clamé la débâcle et déclaré, funeste barde, que la fortune du vieux grigou ne consistait qu’en une clé, celle de sa cabane de pêche du port ostréicole de La-Teste-de-Buch en Gironde.

Mon frère Bernard, acerbe, a accusé Béa d’avoir bradé les sous chez son dealer pour se shooter avec le vieux. Carla nous a traités de brelan de fripouilles. Bref tout le monde est parti furax, ébranlé, braqué sans même se serrer la paluche.

J’ai empoché la clé dont personne ne voulait, j’ai remercié l’alcade et enfourché ma bécane.

140722 A 045

Dans la cabane bancale sur le bord du canal, alors que gauche et droite le cherchent vainement, j’ai trouvé le moyen d’opérer la - ma - relance : j’ai assemblé le vieux cadre de vélo rouillé de Papy et la nacre des coquilles d’huître pour en faire œuvre d’art. J’ai fourgué le concept à des FRAC de province et j’expose l’année prochaine à la FIAC tout un tas de ferraille identique ! Croyez-moi, ça rapporte : c’est dans l’art contemporain que les riches d’Arcachon et d’ailleurs investissent leur pognon désormais !

140722 A 043


Merci, merci, Papy d’avoir jeté ici l’ancre de ton incurie et de m’avoir jadis initié à Balzac : « Oublier est le grand secret des existences fortes et créatrices ». Mais c’est vrai, ce n’est pas à la portée de tout le monde, d’oublier d’être con !

Quoi qu’il en soit, héritage ou pas, transmission ou non, candélabre ou pas, je te dois une fière chandelle !


Ecrit pour "
Un mot, une image, une citation" d'après cette consigne :

Un mot : candélabre

 

Une image :

 

 

Image par Greyerbaby chez Morguefile.com

 

Une citation : Oublier est le grand secret des existences fortes et créatrices. - Honoré de Balzac

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FERME TA BOÎTE !

Sur la petite place de ce petit village il n’y avait personne. Et pourtant je n’avais pas rêvé. Une petite voix m’avait interpellé et elle continuait de me parler.

Boîte aux lettres MAP DDS 311

- … Et c’est vrai que maintenant il n’y a plus besoin d’entrer dans une cabine téléphonique pour appeler du dehors le 22 à Asnières ? C’est ça que ça veut dire tous ces gens qui se promènent en se tenant l’oreille droite et qui causent tout fort dans la rue comme des débiles sans plus rien regarder autour d’eux ? Au début j’avais cru à une recrudescence d’idiotisme de village cumulée avec une épidémie d’oreillons ! Et les courriels, c’est quoi exactement ? Vous tapez un message sur votre clavier, vous tapez « envoi » et il arrive instantanément dans la boîte de votre destinataire ? On est en pleine science-fiction, là ! Comment ça fonctionne ? C’est un facteur factice sur un vélo virtuel qui pédale pour faire passer le pli dans les tuyaux ? Vous n’écrivez vraiment plus sur du papier ? On m’a même dit qu’aux Etats-Unis ils allaient arrêter d’apprendre aux mômes à écrire avec un stylo ! Vous vous rendez compte ? Qu’est-ce qu’on va devenir, nous ? Des pièces de musée ? Déjà qu’il n’y a plus qu’une levée par jour ! Et vous, vous écrivez encore ? Vous avez envoyé des cartes postales cet été ?".

C’était bien de la boîte aux lettres archaïque que la voix sortait. C’était bien la boîte elle-même qui me questionnait. Je n’ai pas eu le cœur de lui parler de Skype, de Facebook, de Twitter, des SMS ni de la blogosphère où je suis très actif.

Et puis j’ai paniqué. Jeanne d’Arc aussi a commencé par entendre des voix et puis après son destin a basculé tragiquement parce qu’elle est allée bûcher dans un autre domaine que le sien. Alors j’ai eu pitié de la boîte aux lettres jaune et verte et j’ai fait un truc idiot. Dans la fente réservée aux lettres et aux cartes j’ai glissé mon baladeur MP3. Si elle farfouille un peu dedans elle y trouvera, avec les petites merveilles d’Emmylou Harris ou de Cécile Corbel, la carte postale virtuelle et sonore de mes vacances à A…
 

 

Ecrit pour le Défi du samedi n° 311 à partir de cette consigne.

11 août 2014

99 DRAGONS : EXERCICES DE STYLE. 29, Conte chinois (ou sino-breton ?)

Par définition, de même que l’Argentine est habitée par les Argentins, la Palestine par les Palestiniens, les Philippines par les Philippins, la Chine est peuplée de Chinois.

Au temps où Lanzmann et Dutronc faisaient le Jacques ensemble ils étaient cinq cent millions et moi, et moi, et moi j’étais tout nu dans mon bain.

Mais à l’époque dont nous allons parler, au deuxième siècle après Jésus-Christ, ils étaient beaucoup moins nombreux et ne fabriquaient pas autant de produits de contrefaçon qu’aujourd’hui. A vrai dire, ils crevaient plutôt de faim.

C’était du moins le cas pour Ping et Pang, les deux frères Pong et pour leurs épouses respectives les sœurs Sing, prénommées Sing et Song.

140810 039

"Plus une seule petite parcelle
De champignon noir ou de vermicelle
Pour mettre dans leur gamelle
Et plus un rond dans l’escarcelle !"

C’est pourquoi ce matin-là Ping Pong avait franchi le pont sur le Fleuve jaune et maintenant il s’avançait dans la forêt en quête de nids d’hirondelles. Chaque peuplade a ses goûts et ses couleurs dont il ne convient pas de discuter ici. Quand ils sont dans le potage, les Chinois y mettent les nids de ces faiseuses de printemps tandis que nous autres, les occidentaux, nous cherchons à mettre des épinards dans notre beurre !

MIC 2014 08 04 Chinese painting

Une fois qu’il eut perdu de vue la pagode de la mère Mi Ché, celle qui égarait toujours ses affaires et ses animaux domestiques, Ping Pong pénétra dans la clairière du Loup pendu et tomba nez à nez avec un moine shaolin à l’entraînement. Le camarade branché sur « Tiens voilà du bouddha qui ne tendra pas la joue gauche» assénait force coups de bâton à un bouleau argenté qui n’en pouvait mais. Cela faisait choir sur le sol moussu de l’endroit les nids des hirondelles qui avaient préféré élire domicile là plutôt qu’un dictateur à la tête de l’Etat même si on ne leur avait pas demandé leur avis et que c’était un empire.

Ping observa la scène un instant puis il s’avança humblement et dit :
- Je te salue bien bas, camarade moine soldat.
- Je te rends ton salut, camarade gueux. Tu tombes bien !

Ping Pong se mit à craindre le pire. Il n’était ni valeureux, ni vigoureux, ni belliqueux, ni religieux et ne tenait pas plus que ça à devenir le compagnon de jeux de ce preux rigoureux et peut être obséquieux.

- Oui ? fit-il timidement.
- On m’a dit qu’il y avait un dragon terrifiant dans celle région. Qu’en est-il ? Saurais-tu le localiser ? Si oui, pourrais-tu m’amener à lui ?
- Oui, il y a bien une bête qui crache le feu dans le coin. Oui, je sais qu’elle habite la caverne du vieux Jules. Oui je peux t’y conduire mais il faudra faire une longue marche et…
- Et ?
- Me permettras-tu en échange de ce service de ramasser les nids d’hirondelles que tu as fait tomber ? Je t’ai observé : c’était du beau boulot, tu as de l’abattage !
- Si ça te fait plaisir, pas de problème ! On y va ? Comment tu t’appelles, Machin ? Je vais t’appeler par ton nom plutôt que de te balancer du "camarade gueux" à tout bout de champ. Surtout qu’ils sont nombreux le long du Huang Hé, même si en jachère. Moi tu peux m’appeler Sin Jao Jao. Je suis moine guerrier spécialisé dans le dézingage de dragons et le dessoudage de samouraïs d’Ouessant mais ça je n’en ai encore jamais rencontrés.
- Snif ! commenta Ping Pong dont j’ai oublié de préciser qu’il sortait d’un gros rhume attrapé en route.

Le temps me manque pour dire la beauté du Fleuve jaune, la légèreté de l’air automnal dans la province du Qinghai et celle des plaisanteries que les deux personnages échangèrent en chemin. Ils se mirent en route puis très vite en boîte car c’est ainsi qu’on fait en Chine quand on chemine de conserve.
- Je te montre la Lune. Qu’est-ce que tu regardes ?
- Je regarde s’il n’y a pas un lac empli de thé pour y tremper ce grand croissant.
- Bien répondu ! A toi !
- C’est un immense navire, le plus long qu’on ait jamais construit. Et il a un mât haut, un incroyable mât haut. Qu’est-ce qu’il fait ?
- Il se monte du col ?
- C’est cela. A toi.

C’est vrai. D’une part j’ai un peu peur que ce genre de vannes vaseuses ne vous lasse et d’autre part on est déjà dimanche soir et ce texte, pas encore terminé, il va falloir que je le tape, que je l’illustre, que je le mette en page et l’envoie chez « Un mot, une image, une citation » où il est paraît-il attendu.

 

MIC 2014 08 04 dragon

 

Illustration de N. Kotcherguine


Je passerai aussi sous silence le combat de Sin Jao Jao contre le dragon. Il existe déjà au moins 28 versions de ce même récit sur le ouèbe et
je ne puis que vous renvoyer vers elles ou vers des extraits de films d’héroïc fantasy ou des matches de Saint-Etienne contre Metz sur Youtube si vous aimez voir des petits hommes blancs se castagner avec de gros monstres verts .

Nous reprenons donc le cours de notre récit au moment où Sin Jao Jao, après avoir estourbi le monstre, déclare ceci à Ping Pong :

- Merci à toi, Ping Pong « Avoir ». Tu as été pour moi un merveilleux auxiliaire et je tiens à te remercier d’un présent.
- Il ne saurait en être question. C’est du passé, n’en parlons plus. C’est notre futur qui importe.
- Justement, ce cadeau-ci améliorera ton avenir. Prends cela : c’est un moulin à prières.
- Merci à toi Sin Jao Jao mais il y a un proverbe chinois qui dit « les paroles ne salent pas la soupe ».
- Les paroles ne salent pas la soupe mais elles contribuent largement à mettre du sel dans la conversation et du goût dans la fréquentation des poètes et des étrangers. Ce moulin à prière est magique. Il vient d’un pays qui s’appelle la Bretagne et où il y a de nombreux pieux. Il y a plein de pieux et du coup, même si ça semble paradoxal, la religion n’y dort jamais. Dès que tu tournes le moulin en prononçant le nom d’une probable divinité locale, « Guérande », du sel va en sortir. A toi de le récupérer et de le stocker, d’en faire un usage modéré car sinon le démon Cholestérol viendra te tirer les pieds la nuit. Pour arrêter le processus, il faut insérer A dans B, consulter la notice de montage, appeler le SAV… Non, je déconne ! Il suffit de dire « Kenavo ».

Là-dessus le moine shaolin prit congé.

Ping Pong attendit un peu, découpa un quartier de bidoche dans le dragon puis s’en retourna vers sa demeure avec son moulin à prières, ses nids d’hirondelle et son butin inespéré.

Une qui fut surprise et heureuse ce soir-là, ce fut Song Sing. Elle cuisina le quartier de viande, l’assaisonna avec juste ce qu’il faut de sel et de nids d’hirondelles pour que leur repas du soir ressemble à un festin de roi.

Mais surtout,- vous savez tout aussi bien que moi comme sont les femmes – c’est le petit bidule magique et doré qui lui fit le plus plaisir. Elle passa tout le reste de la soirée à ordonner « Guérande », « Kénavo », « Guérande », « Kénavo » et à faire des petits tas de sel sur la table de la cuisine. Et puis, - vous savez tout aussi bien que moi comme sont les femmes – c’est elle qui eut l’idée de génie.

- Et si je mettais ce sel dans des sacs et que j’allais les vendre au marché demain ?
- Je veux bien, répondit Ping, mais il faudra rester discret sur notre mode de production. Sin Jao Jao a dit d’y aller mollo. Imagine que ce moulin s’épuise, comme les ressources naturelles de la terre le feront peut-être un jour
- Cesse de dire des bêtises et viens au lit.

Ainsi firent-il s et la prospérité revint dans leur ménage. Mais vous savez tout aussi bien que moi comme sont les femmes. Quand la sœur de Song Sing, Sing Sing, la femme de Pang Pong et donc la belle-sœur de Ping-Pong vint quémander du sel pour conserver le poisson que son mari avait ramené de la rivière, on lui en donna sans rechigner parce que la famille, en Chine, c’est sacré.

La famille, c’est sacré, même si c’est un peu pourri. Car Pang Pong , le frère de Ping Pong, le mari de Sing Sing et le beau-frère de Song Sing, n’eut plus qu’un rêve : posséder le moulin à prière breton et fonder une multinationale pour commercer avec la terre entière.

Un jour que Song faisait des tas, que le moulin tournait, il vint en coup de vent, s’empara de l’objet magique et l’emmena chez lui.

Que croyez-vous qu’il advint ? Le Dieu Cholestérol ? Non. Le sel sortit du moulin, envahit toute la pièce, toute la maison et avant d’être complètement submergé, Pang qui ne savait pas comment arrêter le phénomène n’eut que le temps d’aller jeter la machine folle dans les vagues qui déferlaient sur la plage comme le sel du moulin.

Depuis ce temps, le moulin à prière breton continue de tourner tout au fond de la mer, là où les poissons sont assis.

Voilà. Maintenant vous savez pourquoi l’eau de la mer est salée.

Kenavo !

(Librement adapté d'après un conte paru dans le recueil "Les Frères Lu")


Ecrit pour "Un mot, une image, une citation" du 4 août 2014 d'après cette consigne :

Un mot : définition
Une image :
Tableau chinois retrouvé chez Google Images

Une citation : Les paroles ne salent pas la soupe. - Anonyme

Posté par Joe Krapov à 21:28 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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