22 mars 2015

ALLEZ LES ROUGE ET NOIR ?

IL 15 03 16 Cacoune 020 - P1090322

L’escadron de gendarmerie sortit de l’estafette immatriculé 22 (ou pas). De toute façon, à des tas d’autres détails, on devinait que l’on était dans les Côtes d’Armor :

- les pumas piaillaient dans les choux fleurs ;
- Le chemin d’accès à la longère était encore boueux de la dernière ondée ;
- Tous les hommes de la brigade se prénommaient Erwan et leur épouse Nolwenn
- Il y avait à l’arrière du véhicule un autocollant « A l’aise Breizh » et un autre de la LPO (Ligue de Protection des Oiseaux) représentant un macareux acheté à la station ornithologique de L’Ile-grande (l’autocollant, pas le macareux)
- Le portail était d’époque. De l’époque à laquelle Madame Yvonne de Vieux-marché arpentait à vélo le Trégor pour en photographier les habitants.

Le brigadier Lorguilloux, couvert par ses hommes restés en retrait, arme au poing, prêts à tirer en cas de grabuge, s’approcha prudemment de la porte du vieux bâtiment. Il tira la chevillette. Un genre de bobinette dut choir à l’intérieur car il se trouva que la bergère du lieu, une dame à cheveux gris et au visage souriant vint lui ouvrir la porte.

- Bonjour madame. Est-ce que je pourrais voir Monsieur Erwan Ibrahimovic ?
- Bien sûr !

Elle se tourna vers l’intérieur de la fermette et appela, d’une voix de contr’alto surpuissante :

- ERWANNNNNN !

Dehors les gendarmes tagadatacticiens se Raidirent.

- Excusez-moi pour le volume, expliqua-telle. Mon mari est un peu sourd et il est encore en train d’écouter « Psychedelic pills » de Neil Young devant son ordi.
- Je vous en prie, Madame, répondit le brigadier qui se tourna vers ses hommes et leur fit signe de Rambo-remballer leur artillerie.

Un mec sans âge et sans cheveux blancs mais non dénué de pantoufles aux pieds ni de lunettes de vieil intello sur le nez descendit l’escalier et vint voir à quoi se rapportait l’intrusion auprès de sa compagne chérie de la marée chaussée de chaussettes à clous.

- Vous êtes bien Erwan Ibrahimovic ?
- Oui. C’est pour quoi ?
- C’est bien vous qui alimentez le site web « Lannion en délires » ?
- C’est-à-dire que…
- Etes-vous bien l’auteur de ce couplet-ci ? « Parigot tête de veau/ Avec des champignons / J’te cuis au brasero [3-0] / J’te soigne aux p’tits oignons
Quand on reçoit Lorient / Et son banc de merlus / On les fait en riant / Mijoter dans leur jus ».
- Ben…
- Et de celui-ci ? « La sardine marseillaise / C’est un plat de fauchés / Elle grille au-d’ssus des braises /On n’en fait qu’une bouchée
Dans l’chaudron d’Saint-Etienne / On va allumer l’feu / La moutarde à l’ancienne, / Les verts, ça pique un peu ».
- Ben oui. Il y a un problème ?
- Et comment ! Vous allez demander à Madame Nolwenn de faire votre valise. Nous vous arrêtons pour assassinat.
- Ma femme s’appelle Liliane et je range très bien mes affaires moi-même. Ca ne vous gêne pas que ce soit dans un vieux sac à dos rouge ?
- Je le savais, intervint Liliane, qu’à force d’écrire des conneries sur Internet, tu finirais par avoir des ennuis !

***

L’avocat commis d’office s’appelait de Buridant et lui aussi se prénommait Erwan.
- Ben dites donc, papy ! C’est du lourd ! déclara-t-il en posant son attaché-pataquès sur la table du parloir.
- Je ne comprends pas bien pourquoi ! répondit Ibrahimovic.
- Association de malfaiteurs, troubles à l’ordre public, incitation au hooliganisme, déviationnisme antinationaliste. Vous allez être un certain temps sans revoir le phare de Mean Ruz !
- Tout ça pour avoir ajouté deux couplets à la chanson du Stade Rennais Football Club « Galette saucisse je t’aime » ? « Galette saucisse je t’aime, j’en mangerais des kilos, dans toute l’Ille-et-Vilaine avec du lait ribot » ?

 

150321 095

- Depuis 2018 cette chanson est interdite, Monsieur, de même que toutes les confrontations locales. Intervilles, c’est fini ! Rendez l’antenne à Cognacq-Jay, Guy et Simone ! Tout le monde est aligné derrière les bleus maintenant !
- Vous savez, moi, le foot, je ne le suis même pas ! C’était par pure dérision que j’ai écrit ça. Un genre de caricature, en fait !
- Ne dites surtout pas ça à l’audience ! N’aggravez pas votre cas ! On n’est plus dans le consensus mou, Monsieur ! On est dans le mainstream gluant ! Quelles sont vos dernières volontés ?
- Je peux avoir du papier et un crayon ?
- Pour quoi faire ?
- Je voudrais écrire un couplet supplémentaire sur Guingamp et Toulouse.
- Indécrottable ! Je ne réponds plus de rien dans ce cas !
- Plus personne, maître ! Songez-y : si le monde est comme vous dites, alors ce sera mieux hier !


Ecrit pour les Impromptus littéraires du 16 mars 2015 à partir de cette consigne.

La photo en noir et blanc est de Cacoune


15 mars 2015

DES QUESTIONS DANS LE SILENCE

Je traverse la vie avec un drapeau blanc ;
Cela veut dire que je me rends
Je ne sais où.

Je n’agite aucun chiffon rouge,
Ne me mêle d’aucun de vos vieux différends.
Je ne suis rien.

Est-il encore de trop, pour vous,
Ce signe de croix à la portière ?

Le mot « trève »
N’est-il rien qu’un rêve ?

Le vœu de paix
Une utopie ?

Loin de tout respect
De la vie,
Tirerez-vous sur l’ambulance ?

150314 A 055

150314 A 056
Ecrit pour les Impromptus littéraires du 9 mars 2015 d'après la consigne "Drapeau blanc"

... et pas envoyé. Texte jugé trop réaliste, trop "tristoune" et image trouvée à la dernière minute à Trégastel (Cotes d'Armor).

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PALINODIES SUR PALIMPSESTE

DDS 341 barbe-bleueL’oubli du donjon

Le château s’étend tellement loin maintenant
Que le donjon se sent
Comme promis aux oubliettes ;
D’ailleurs sa porte est condamnée.
C’est là son triste sort que personne n’y entre,
Pas même sœur Anne à la tour
Mais elle en a tant dans son sac !

 

 

 

DDS 341 Didon-Enee-r1

Ce qui se passait dans la garde-robe

- Tu veux savoir le pire, Enée ?
Quand Madame à sa tour montait,
Quand ta dame était tourmentée,
Pour qu’elle cesse de dédaigner
Les joies et bonheurs de la vie,
Par bouffonnerie je vêtais
Ses habits et elle riait
Elle riait, dis donc, Didon !
Elle riait car, vois-tu,
Eh bien, ses beaux atours m’allaient.
Voilà, tu sais le pire, Enée.

 

 

 

DDS 341 verrou

Les pièces verrouillées

L’itinéraire de délestage
Vous conduit au 3e étage ;
Les gestes
Y sont lestes
Et l’âge
Plutôt volage ;
Bagatelle
Dans la dentelle
Et pourtant
- C’était tentant -
Il y a du lourd
Dans le velours !

 

Le rapport de Tartem-es-pion sur ce qui se passe aux jardins

Il paraît que les jardiniers
Chantent « Sous les palétuviers »
Nous le savons de source sûre,
Informés par Dame Serrure
Epouse Toutencarton,
Pauline de son prénom,
Concierge de son état
Qui nous chanta :
« C’est par le trou
Qu’on connaît tout ! ».

 

Ce qu’en disent les chevaux de retour

Quand le palefrenier par malheur n’est pas là
- Quelquefois il s’occupe de Lady Godiva ! -
Lady Chatterley pâlit.
Les fessiers déprimés n’aiment que l’écurie,
Prince Augias.
Il se passe au palais des choses dégoûtantes.
Appelez Hercule, au moins !
Faites cesser ce foin,
Nettoyez l’incurie,
Dont notre rapière est marrie !


Dans un salon du XIXe (étage, siècle, arrondissement ?)

Sur son divan de moleskine
Sophie, comtesse Rostopchine,
Aide le général Dourakine,
Complètement imbibé de kvas,
A organiser le complot
De la prise de Palavas-
Les-Flots
Afin de voir le bout du bout

Ils sont entourés de lumières
Et l’on rapporte
Qu’a un projet de cette sorte
Certaines lampes adhèrent

 

DDS 341 dubout

 

Réaction royale

Moi, Louis-Philippe XII, roi de France et de Pologne, je déclare ceci : la rumeur selon laquelle, en des parties reculées de mon palais, on ferait subir à mes opposants le supplice du pal, est sans fondement.

 

De la cuisine littéraire

Dans un coin du palais,
Une dame tartine
Tartine,
Tartine…

Et toi, que fais-tu d’autre, Joe Krapov ?



Ecrit pour le Défi du samedi n° 341 d'après cette consigne

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12 mars 2015

LE TELEPHONE PLEURE (1)

1415-19 Philémon 3

La dernière fois qu’Anatole est venu à Saint-Malo, c’était à Quai des bulles, le festival de bandes dessinées. Tout le monde a été gentil avec lui à part quelques enfants qui se sont moqués de ses grandes oreilles. D’autres ont très bêtement ahané « Hi han ! Hi han ! » mais un papy savant a dit en latin « Asinus asinum fricat » en faisant se toucher les têtes des deux garnements.

Anatole a été très content d’entendre parler en latin, une langue qu’il a apprise il y a très longtemps, quand il habitait chez Madame Rostopchine et qu’il écrivait ses mémoires, les siennes, pas celles de la comtesse de Ségur. Vous l’aurez compris, Anatole est un âne savant.

Mais aujourd’hui, hodie, ici et maintenant, hic et nunc, Anatole est triste : le festival est fini. Post festivalum animal triste est. Et surtout, son maître a disparu. Plus personne à l’horizon L’âne espère qu’il ne s’est pas noyé dans le port ou que, s’il y est tombé, il aura eu la force et la volonté de flotter. Nautilus Nemo fluctuat nec mergitur.

- Vous n’auriez pas vu un garçon brun avec un maillot blanc rayé de bleu ?
- Si c’est Arnaud Montebourg en marinière que tu cherches, bougre d’âne, sache qu’il est parti ailleurs monter sa petite entreprise qui ne connaît pas la crise !

- Philémon ! Philémon ! se lamente Anatole intra muros dans Saint-Malo qui s’endort.
- Vas-tu bientôt cesser ton boucan, espèce de bourricot ? lui lance la fée Clochette.

Mais est-ce réellement la fée Clochette ? Elle a bien des ailes de libellule dans le dos mais sa petite robe est de couleur orange et… elle n’a plus de jambes !

150228 A 002- Excusez-moi, Madame la fée, mais je cherche mon maître qui a disparu. Ne l’auriez-vous pas vu ? Et, pour répondre aux questions que se posent les six lectrices et le lecteur de ce conte, comment vous appelez-vous ?
- Je suis la fée Claudette et je connais ton maître parce que j’ai de la bouteille, de la mémoire, une bonne bibliothèque et que j’ai lu toutes vos aventures dessinées par le génial Fred pour Pilote « mâtin quel journal ! ». Viens passer la nuit chez moi et demain matin nous partirons à sa recherche. Ton maître a été emporté par une vague alors qu’il faisait l’andouille sur le sillon pendant la grande marée. Il est vivant mais loin. Pour le retrouver, nous devrons voyager.

 

La fée Claudette habite au deuxième étage d’une maison bourgeoise à l’intérieur des remparts de Saint-Malo. L’escalier est raide. Anatole a détesté en grimper les degrés mais finalement la fée Claudette était si avenante, la demeure si accueillante bien qu’un peu humide que l’âne est bien monté, comme il se doit dans toute histoire qui respecte les traditions et n’a pas peur des clichés. Il a bandé toutes ses forces et est parvenu à se hisser dans le home sweet home de la fée.

 

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LE TELEPHONE PLEURE (2)

Le lendemain a trouvé Anatole et Claudette quelque peu emmêlés, rapport aux folies qui ont suivi leur absorption de nombreuses coupes de Champagne. « Ben quoi ? a dit Claudette en se réveillant, il fallait bien fêter le Quai des Bulles, non ? ».

Après le petit déjeuner la fée a déroulé un grand tapis et a demandé à Anatole de se percher dessus.

- C’est un tapis volant. Nous devons aller ce matin arrêter l’anticyclone des Açores.
- On va lui passer les menottes ? Pourquoi ? Qu’est-ce qu’il a fait ?
- Ne pose pas des questions stupides, si tu es vraiment un âne savant. Emporte plutôt de la lecture pour le voyage.

Anatole s’est installé sur le tapis avec « La Critique de la déraison pure » d’Emmanuel Conte. Il a trouvé ce livre dans les toilettes de Claudette. Eh oui, même sans jambes, les fées vont aux toilettes grâce à leurs ailes et elles adorent y lire des livres détournés de l’Enfer (liberate me ex inferis).

Claudette a prononcé une formule magique du genre « Abaque crade à bras djoubi djouba Hocus Pocus cuniculiculture carpe diem et lapin noctem » et alors, par la fenêtre grande ouverte, le curieux équipage est parti à l’aventure.

1415-19 Philémon 2

 

 

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LE TELEPHONE PLEURE (3)

Ils ont beaucoup discuté, ils ont fait des pauses quand le moteur du tapis broutait et qu’Anatole avait besoin d’en faire autant. Puis ils ont survolé l’Océan Atlantique, ses lettres magiques, enfin, celles du bout du mot « Atlantique » parce que finalement, le cyclone contestataire n’est pas si éloigné que ça de la roche tarpéienne où pousse le cannabis en contrebande des plates-bandes du couvent de Marguerite Gautier qui tousse comme un cochon (necnon margaritas ante porcos, Athos, Aramis et Dumas fils).

25anticyclone-acores
(image de Plonk et Replonk)

Ils sont enfin arrivés au-dessus de l’île de l’anticyclone et Claudette a fait descendre le tapis. Si vous ne l’avez jamais vu auparavant, il faut que vous le sachiez : l’anticyclone est un grand phare au sommet duquel tourne une vis sans fin. Une ogive nucléaire garnie de six grands panneaux solaires est perchée dessus et tourne en permanence. Dans les contes pour enfants, on les appelle les six pales et la fourbie

- Allez, Anatole, à toi de faire le vent contraire !

Philémon - queen

L’âne s’est souvenu d’un diaporama qu’on lui avait envoyé récemment au format Powerpoint dans sa boîte de messagerie électronique. On y voyait la reine d’Angleterre, le pape, des traders à parapluie, des Ecossais en kilt et des jeunes femmes en robe légère qui affrontaient avec plus ou moins de succès le vent fripon qui soulève les jupons.

Quand il s’est trouvé, à ce souvenir, complètement pété de rire, il a soulevé sa queue et a lâché un vent à décorner les bœufs. Alors l’anticyclone s’est arrêté. Philémon est sorti de la petite maison à droite du grand phare.

 

 

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LE TELEPHONE PLEURE (4)

- Beau 6 ! Où étais-tu passé ?
- Mais, Philémon ? C’est toi qui as disparu pendant le festival Quai des Bulles à Saint-Malo ! Et je m’appelle Anatole !
- Saint-Malo ? Mais ça n’existe pas ! Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Tu pédales dans le yaourt ou quoi , Maxime ? T’as brouté de l’herbe à la maison bleue ?
- La fée Claudette t’a vu te faire emporter par une vague géante. Heureusement, elle a pu me véhiculer jusqu’ici en tapis volant.
- La fée Claudette ? C’est qui ? Mon pauvre Beau 6 ! Tu as dû recevoir un coup sur le crâne pour raconter pareilles inepties ! Quelqu’un t’aura fait le coup du père Claude François !
- C’est une fée en costume orange qui n’a pas de jambes et la bibliothèque qu’elle tient de sa sœur Alexandra est plus grande que celle d’Alexandrie !
- Bon, arrête ton délire et viens, on va monter dans le voilier pour retourner chez Papa.

Anatole n’a plus rien dit. Depuis que Fred est mort et que les bédés actuelles sont hyper mal dessinées, c’est Philémon qui n’a plus toute sa tête. Il y a même des jours où il repeint sa marinière en rouge et blanc et où il dit qu’il est Charlie.

- C’est normal, dit la Fée Claudette, nous vivons une époque opaque, au bout du conte !

1415-19 Philémon 1

Ecrit à l'Atelier d'écriture de Villejean le 3 mars 2015 d'après la consigne piochée dans un chapeau : "Un âne savant doit se rendre de Saint-Malo aux Açores en empruntant un tapis volant"

A la suite de ce texte j'ai relu avec grand plaisir les onze premiers volumes de la série Philémon et découvert ceci : 

 et ceci que j'aime beaucoup :

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08 mars 2015

FERME POUR CAUSE D'INVENTAIRE A LA PREVERT

Au Bazar du Bizarre, si l’on fouine au hasard, c’est fou ce qu’on dégotte !
Un buste en bronze de Bizet sculpté par Jean-François Bizot,
Le portrait de Guizot peint au couteau aiguisé par Bézu,
L’arbre généalogique du bacille imbécile qui un jour décima toute la bande à Basile, ceux-là qui bizutèrent la belle Cé-Célimène à leur bal des oiseaux,
Un coup de boule de Zidane, un coup de corne de brumes humides du BZH (Breizh), une corne de Belzébuth,
Une lettre de Balzac pour déclarer sa flamme à sa cousine bête pendant que son cousin ponce,
Une autre lettre d’Olivier Besancenot pour candidater à la présentation de Nulle Part Ailleurs (mais non, Antoine, je déconne !),
Une besace de facteur (encore Besancenot ?) sur laquelle a reposé la tête de Booz endormi (natif de Besançon, Victor Hugo en rut, lorsqu’il la découvrit en perdit ses bésicles !),
Un bison pas futé perdu dans le blizzard parce qu’il a raté la bretelle qui menait à Bazouges-La-Pérouse,
Un vieux plan de Byzance ayant appartenu à Bajazet,
De sable et d’azur le blason de Blaise de Monbazillac 2 dit le Moelleux,

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Un Mexicain basané sniffant du basilic,
Un bison ravi,
Un blues écrit par Count Basie,
Un boson né sous X dans un boxon de Buzenval,
La rive gauche du Zambèze,
Un parlement de Bretagne qui s’embrase quand on trouve son point G ou quand on lui dit un conte léger d’Anatole Le Braz (ça n’existe pas !),
La règle du jeu de zanzi que l’on joue dans le métro et aussi dans les bars de Zanzibar avec des gens zarbis aux yeux exorbités,
Un zébu qui bosse du dos, qu’un drôle de zèbre appelle the boss et qu’a peint un rapin surnommé Scapin, membre de l’école de Barbizon,
De vieux blazers et des blousons des blues brothers,
Un nœud de vipères et une folle mouche du coche ayant appartenu à Hervé Bazin,
Un uniforme de bachi-bouzouk avec le bazooka ad hoc,
Un sécateur géant pour tailler les bonzaïs balèzes,
Une paire de ciseaux pour tailler en biseau la barbe du bisaïeul,
Une bizyklette bleue pour les pays lipogrammatiques dans lesquelles la lettre « c » n’existe pas,
Un astéroïde bizarroïde en forme d’hémorroïde ovoïde,
Une photo de Marcel Bozzuffi déguisé en Bozo le clown,
Le baise-en-ville de l’évêque de Belzunce,
Un jeu de bésigue pour ceux qui vont vite en besogne dès lors qu’il s’agit de tricher,
Une virole de bec bunsen du Bas-Empire,
La partition de « La Biaiseuse » de Marie-Paule Belle « Je suis biaiseuse chez Paquin »,
La batte de base-ball de Camille Bazbaz,
Des trucs, des machins, des business
Et des bouses et des bouses et des bouses ! Jamais on en vit tant, même chez Félix le laid qui faisait de beaux meubles
Et, j’allais oublier :
Et un raton laveur !
Non, deux !

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Au Bazar du Bizarre on bazarde le bousin qui encombrait la remise du cousin, on largue les mérins qui font chier le marin quand la mer est mauvaise.

Mais tout cela n’est rien à côté de ce qu’on trouve dans le fourbi du voisin :
« Au Gourbi du Zarbi » !

Allez ! Salut les filles ! Bisous ! Et pour vous, amitiés, mes bons amis !

Ecrit pour le Défi du samedi n° 340 à partir de cette consigne.

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OVNI SOIT QUI MAL Y PENSE

C’est une très belle nuit du mois d’août 2012. Il n’est pas loin de 23 heures à Pleumeur-Bodou (Côtes d’Armor, est-il besoin de le préciser ?). Sur sa vieille bicyclette verte, Erwan Le Flohic revient du village de chalets de Stereden où il a rendu visite à son cousin parisien Erwan Cochard, « l’écrivain », venu passer là une semaine de vacances. C’est peu de dire que les cousins ont arrosé leurs retrouvailles ! Le chouchen a un peu coulé et ce serait faux de vouloir faire croire qu’Erwan roule droit sur la route du radome. « Le radome de la Médumse » comme l’appelle le cousin parisien qui a développé dans la capitale un sens de l’humour un peu particulier à base de jeux de mots laids et de calembours lourds.

120823 087

Peut-être bien qu’avec les bolées de cidre descendues auparavant, l’après-midi, en jouant aux cartes au café « Les Chardons » avec ses potes retraités, Erwan a dépassé la limite permise par la loi des 0,5 g d’alcool dans le sang. Mais bon, à cette heure-ci, les gendarmes doivent eux aussi taper le carton en rigolant à la brigade – car il est bien connu que les gendarmes rient dans la gendarmerie. De toute façon, il n’y a pas un chat et le vélo a de bons freins. Tout ce qu’Erwan Le Flohic risque c’est de sortir de la route et d’aller s’emplafonner sur un des mégalithes en résine synthétique de la menhir-parade. Le voilà d’ailleurs arrivé à l’endroit de l’exposition en plein air des menhirs « relookés » par des « artisses » du « qui l’eût » cru « qu’on pût inventer des trucs comme ça » comme aurait pu écrire son cousin Erwan qui aime bien coller des guillemets partout… parce que sa femme s’appelle Guillemette !

C’est avant d’arriver au village gaulois qu’Erwan a dû freiner comme un malade, qu’il est tombé de vélo et que sa roue s’est voilée. Au milieu de la route il y avait une soucoupe volante et quatre lézards géants assis sur des pliants autour d’une table de camping.

- A ! Dampred a vo lost ma hastalodenn, n'eo ket brao dond da evañ aperitifoù amañ ! s’est écrié Erwan ce qui veut dire à peu près, si on s’en remet au dictionnaire trégorrois-français d’Erwan Gaffiot, « Damnée soit la queue de ma casserole, en voilà de drôles de façons de prendre l’apéritif ! ».

Purée, la crise de délirium tremens ! Le pire c’est quand le père lézard, six mètres cinquante de hauteur, à branché l’interrupteur-traducteur de son scaphandre orange et a déclaré d’une voix métallique :

- Ah tu tombes bien toi, l’autochtone à bécane ! Viens donc ici répondre à deux ou trois questions, que l’on n’ait pas fait tous ces kilomètres pour rien !
- Oui ? a fait Erwan en ramassant et essuyant sa casquette de marin qui était tombée dans le freinage et dans une flaque d’huile de vidange. Que… que puis-je pour vous messieurs-dames ? Bon appétit d’abord !
- Merchi ! a dit la petite fille qui avait la bouche pleine de hamburger aux épinards et au ketchup.

Chez les Lézardriviens aussi, le ketchup va avec tout.

- Qu’est-ce qui vous a pris d’envoyer vos saloperies sur la comète « Femme Oie du couscous Tchouri » ? Vous trouvez malin de polluer la Tchouriviera ?
- Euh ? Qu’est-ce que vous dites ?
- Ca ne vous suffisait pas d’être allés déposer un drapeau moche sur the dark side of the Moon en 1969 ? Il a fallu que vous récidivassiez !
- Euh ? De quoi vous parlez ? Et en quelle langue ?
- Et c’est nouveau cette façon de dessiner sur nos tombes ?
- Euh ? Des tombes ? Il n’y en a pas ici !
- Evidemment, nous n’avons pas les mêmes rites funéraires ! Nous autres Lézardriviens sommes immortels mais nous avons quand même une certaine religiosité ! Sous ces grandes pierres dressées, nous avions coutume autrefois, avant la Grande Mue, d’enterrer nos queues. Et nous venons régulièrement, certaines nuits d’été, en pèlerinage à Carnac, commémorer cette époque ancestrale. Ce n’est pas pour que vous fassiez des dessins sur nos monuments !
- Carnac ? Là où il y a les alignements ?
- Forcément, hein ! dit Simone Guelou, la mère. Pas le Karnak en Egypte ! Les obélisques, ce n’est pas nous !
- Mais on n’est pas à Carnac, ici ! On est à Pleumeur-Bodou !
- Pleumeur-Bodou ? T’entends, Simone ? C’est où ça ? Vous voulez nous faire croire qu’on est en Afrique ou quoi ?
- Ben non, on est dans les Côtes d’Armor, en Bretagne, en France, sur la côte Nord. Carnac c’est sur la côte Sud.

Erwan Le Flohic s’étonnait de son élocution retrouvée. L’incident et sa chute de vélo l’avaient comme dessoulé. Les Lézardriviens, eux, d’un seul coup, hésitaient.

120823 057

- Notre GPS aurait eu tout faux ? supposa la maman. On aurait raté la bretelle de sortie après Auray ?
- Et ce ne sont pas de vrais menhirs ! précisa Erwan Le Flohic. Ce sont des blocs de résine peints par les artisses du cru ! D’ailleurs vous n’avez qu’à gratter et vous verrez.
- C’est vrai, papa, on voit bien que la Joconde est un faux. Elle n’est pas de Léonard.
- Elle serait plutôt de Johnny Bigouden ! dit le jeune lézard Erwan Guelou qui s’y connaissait plus que le GPS en géographie bretonne et en peinture de la Renaissance.

- Présente tes excuses au monsieur, Pierrot. Tu t’es mis en colère pour rien. Ce n’est visiblement pas lui qui a balancé le crabe mort sur Tchouri. Et il n’est pas responsable du fait qu’on s’est trompés de cimetière. Et que c’est en fait ici un musée en plein air.

- Pas question, Simone ! Je n’aime le « land art » ni sur la carte, ni sur le territoire et je n’apprécie pas plus que ça l’extension du domaine de la pollution. Remontez dans la soucoupe, les enfants, et toi, l’autochtone, estime-toi heureux qu’on ne t’embarque pas avec nous pour que tu viennes t’expliquer devant nos autorités. Allez, disparais, bipède à vélocipède ! Tiens, ramasse-le, ton crabe ! Allez, en soucoupe, Simone !

***

- Freinez, bon sang, Dugommier ! hurla le brigadier Erwan Lorguilloux au gendarme qui conduisait la voiture de patrouille. Qu’est-ce que c’est que ce gus sans lumière qui pousse son vélo au milieu de la route en zigzaguant ? Et c’est quoi l’appareil insensé qu’il traîne derrière lui ? Il est bon pour finir sa nuit au poste, celui-là !

Et c’est effectivement dans la cellule de dégrisement qu’Erwan Le Flohic termina cette nuit du 23 août 2012 où, comme il le raconta plus tard à son cousin Erwan Cochard, « il avait bel et bien rencontré des Martiens ». Une assertion que le brigadier Erwan Lorguilloux contesta toujours :

- 2,2 g d’alcoolémie ! Ce type était bourré plus que Jean-Claude lui-même, Dugommier ! A ce stade-là on peut bien voir des soucoupes volantes et des éléphants roses ! Dites-vous bien une chose, Dugommier, les OVNIs, moi je n’y crois pas !
- Pierre Dac a pourtant écrit « La meilleure preuve qu'il existe une forme d'intelligence extraterrestre est qu'elle n'a pas essayé de nous contacter. ». Ils peuvent avoir eu un moment de faiblesse : « A momentary lapse of reason » ?
- Taratata ! Les seuls petits hommes verts que je connaisse, c’est les Schtroumpfs et ils sont bleus !
- Mais quand même, la drôle de machine qu’il avait avec lui, le « crabe mort » ?
- Une pièce qu’il aura piquée au Musée des télécoms !

Dugommier restait sceptique, tout comme nos lecteurs à l’esprit plus affûté que le bison qui ont deviné qu’il s’agissait-là du robot Philaé. Qu’est-ce qu’il pouvait bien fiche à Pleumeur-Bodou en août 2012 ?

Ecrit pour les Impromptus littéraires du 2 mars 2015 à partir de cette consigne.

Il s'agit en fait de la version longue de la deuxième partie d'une nouvelle écrite pour un concours sur un thème très voisin, dont je reparlerai un jour.

01 mars 2015

UNE ENFANCE DE CASANOVA (MAIS IL S’AGIT DE JACQUES-HENRI)

Les rosières à la roseraie, rosissantes plus que de raison, séduisantes ou laiderons, tournaient en rond comme du liseron autour du réséda, oui-da, car c’était l’heure du laridé et l’on s’en faisait, du mouron, comme des idées l’abbé Mouret, à se voir aussi soupe au lait avec ses desiderata d’amoureuse peu pétaradante, à se demander, hésitante, s’il faut payer rubis sur l’oncle, pour la nièce niaise, une fois qu’elle s’est décidée à se dire « Demain j’oserai demander au grand échalas Nicolas qu’il me fasse la courte échelle, l’écarte-scrupules existentiels pour monter au septième ciel ».

Elles étaient jolies les Rennaises à l’époque du bassin à bateaux près de l’entrée Palestine du jardin du Thabor ! Bateliers bateleurs, nous nous bonimentions, nous promettions d’accaparer tous ces trésors ! Des Marius de treize ans rêvaient de Cléopâtre, des mariolles de seize ans se prenaient pour César avant que le temps ne les concasse et que l’âge ne nous les brise !

On se demandait, m’as-tu-vu mutiques : « Que matas-tu là, sur ton matelas, jeune matelot ? Est-ce Pétula ? Sous ton air matois de matou miteux, tu m’eus l’air ma foi, bien ambitieux de rêver matin à cette mutine tandis que montait depuis la cuisine le fumet tentant d’un bœuf miroton ! Non mais dis-donc, mon angelot, t’as vu la taille de ton javelot ? Dis, jeune os fait rature, as-tu vu ta littérature comme elle eut saisons et châteaux, oraisons et dents de râteau lorsque le vampire rendait l’eau devant ces gousses d’aïe aïe aïe brandissant le mot « épousailles » ? ».

Près du kiosque à musique, qu’est-ce qu’on s’amusait ! Juliette la boniche y pousse le landau moche dans lequel braille le mioche de la famille Binoche mais on n’est pas mirauds, on voit bien les képis, on voit bien les shakos qui coiffent la caboche des militaires cupides : ils convoitent nos biches et leur tournent autour sous l’œil plus ou moins torve des languides belles-doches que viennent piquer les mouches attirées par la morve du bébé qui chie dans sa couche. Face d’ange ! Fesse Fange ! Appel Change ! Nouveaux Langes ! Fais la bête ! Mais tu attendras, mon chameau, avant qu’elle soit à deux dos ! Mais tu attendras méchamment avant qu’elle te mène au dodo et tant pis si cela démange de façon lascive ou étrange !

 

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Dans la cabine de douche, rêvas-tu de sa bouche ? Entendis-tu son chant ou point quand tu te passas du shampooing ? La puberté t’abreuva tôt de tentations ! Près de la volière chinoise, tu regardais les dem-oiselles dont virevoltaient les dentelles. Ce n’était pas l’Enfer mais presque parmi ces oiseaux gigantesques aux proportions plus que dantesques.

Quand tu fais le ménage de tes méninges surnage l’image du manège, des jardins sous la neige, des statues dénudées dénuées de pudeur autour desquelles nous courions tirant nos luges comme au déluge loin des horloges des concierges. C’étaient des jeudis sans radis dans le paradis du rodage, bien avant le marivaudage, le rigodon et le volage, c’étaient des temps de rigolade, de petits entrains interlude, des temps heureux dont les auras ne nous seront jamais rendues par les Zorros arides qui sévissent aujourd’hui et nuisent à nos noces comme à nos nostalgies. Nos romances d’hier, quand nous étions Robin, sont plus belles, robots, que vos performances de demain ! And so long, Marianne !

Que Paris conserve sa messe et ses Français dévots de ville ! Le jardin du Thabor vaut bien pour ses variances, sa luxure, sa luxuriance celui du Luxembourg en matière de folies. Souvenez-vous, bergères ! Je n’y épargnai pas la force de mon âge. Et s’il se trouvait à refaire, même en chemin de fer, même dans l’Enfer, même à l’envers tout cet apprentissage demain dans les cordages, de seins dans les corsages, de sain dans les corps sages, de comblement de lacunes, ben j’y retournerais ! Et plutôt deux fois qu’une !

Ecrit pour les Impromptus littéraires du 23 février 2015 à partir de cette consigne.

Posté par Joe Krapov à 17:03 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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