05 juin 2016

SOUVENIRS, SOUVENIRS

J’ai la mémoire qui flanche, j’me souviens plus très bien…
Où sont passées mes pantoufles ?
Qu'est-ce que j'ai fait de mes clés, mes lunettes et mes papiers, mon veston, mon lorgnon, mon étui d'accordéon ?
Oui je sais, je perds tout mais c'que j'veux pas c'est qu'on se moque de moi !
Oh ! Hé ! Hein ! Bon !

Et d’abord
Qu'est-ce qu'il fait, qu'est-ce qu'il a, qui c'est celui-là ?
Qui a eu cette idée folle un jour d’inventer l’école ?
Que reste-t-il de nos amours ?
Où sont les femmes ?
Z’avez pas vu Mirza ?
Où sont tous mes amants ?
Qui suis-je ?
Est-ce ainsi que les hommes vivent ?
Mais qu’est-ce que t’as mis dans le café ?
Où vas-tu, Basile ?
Dis, quand reviendras-tu ?

Et d’abord
C’est quand qu’on va où ?
Où c’est que j’ai mis mon flingue ?
Qui a tué Devy Moore ?
Qui a le droit ?
As-tu vu la casquette, la casquette, la casquette du père Bugeaud ?
Qu’est-ce qui fait pleurer les blondes ?
Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ?
Quoi, ma gueule ? Qu’est-ce qu’elle a ma gueule ?
Comment te dire adieu ?

***

Mémoire, que serais-je sans toi ? Heureusement que tu es là ! Je me souviens encore, fort heureusement, d’un tas de choses fort utiles :

"Vercingétorix, né sous Louis-Philippe, battit les Chinois un soir à Roncevaux. C’est lui qui lança la mode des slips et pour ça mourut sur un échafaud. Il faisait "Zip" quand il roulait, "Bap" quand il tournait, "Brrr" quand il marchait. Je ne sais pas ce que c'était et je crois que je ne le saurai jamais. Il n’y a plus d’après à Saint-Germain des Prés !"

Et je m’en fous ! Parce qu’à part ces interrogations non-existentielles, tout va très bien madame la Marquise ! Je me rappelle très bien que le prénom d’Alzheimer était Marcel et que mon oncle Walrus n’aime pas les œuvres d’Alois Proust !
 

Ecrit pour le Défi du samedi n° 405 d'après cette consigne

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29 mai 2016

MOI AUSSI J’AI CONNU DES PÉPINS AMOUREUX ET CARDIAQUES

Le fait que je sois noir de peau n’a jamais été gênant, en quoi que ce soit, dans ma vie affective. Au contraire. J’étais grand, baraqué, jovial et surtout protecteur. Je plaisais énormément aux filles… et aux gars !

Il fallait juste, pour mes partenaires, accepter que je sorte beaucoup, que je passe ma vie au-dehors par tous les temps et y compris la nuit. Par manque d’exubérance, par trop de repli sur soi, l’amour né au printemps périt.

Au début, j’ai été gâté. Denise avait un travail de nuit dans une boîte du boulevard Saint-Marcel. Un hôtel. En fait elle travaillait devant l’hôtel. Le Stendhal était un de ces établissements dans lequel on commet un impair quand on est en manque. Un hôtel de passe. Elle était fille de joie pour hommes de peine ou hommes en peine.

Mais un jour elle est partie avec un de ses clients. Et elle m’a oublié là.

J’ai pu alors assumer pleinement ma bisexualité. J’ai d’abord vécu à la colle avec un avaleur de sabre. Cette période-là, quel cirque ça a été ! D’ailleurs, c’était dans un cirque. La preuve : je me suis acoquiné ensuite avec l’acrobate.

Et puis les affaires du chapiteau ambulant sont allées à vau l’eau. J’ai préféré jouer la sécurité en m’associant avec un vendeur de cravates qui m’a mis la tête à l’envers.

Ensuite il y a eu Barbara et Nantes ! Ah ! Nantes ! Rappelle-toi, Barbara ! Une ville faite pour moi vraiment ! On allait beaucoup place Graslin, place Royale, quai de la Fosse. J’aimais moins la Cigale et le passage Pommeraye où je m’étiolais à Demy, en fin, à demie. Nantes ! C’est incroyable comme il y a de Lola, enfin, de l’eau-là : la Loire, l’Erdre, l’île de Versailles.

Puis quand Barbara est morte je me suis replié sur Paris pour vivre avec Mary. « Paris est une fête » a dit Hemingway. Même en habitant près du cimetière le plus célèbre de la capitale, celui où sont enterrés Pierre Desproges, Frédéric Chopin et Jim Morrison, j’y ai vécu une vie de bâton de chaise. On allait même danser sur les toits avec Mary.

Seulement Mary est partie travailler à Londres et c’est à ce moment-là que tout a lâché, le cœur, la carcasse et le reste. Ce soir d’orage où je suis sorti noyer mon chagrin dans l’alcool, j’ai fini comme la lune de Goodis et Beineix, dans le caniveau. Con, cassé, concassé, désossé, tordu, déchiré grave.

Heureusement Marguerite m’a récupéré. C’était une vieille amie dont la silhouette se découpait dans la nuit depuis très longtemps sans que je la voie ou puisse la voir. Marguerite est une cantatrice roumaine. Elle ne chante pas très bien l’air de la reine de la nuit parce qu’il y a des jours où elle marche au radar. Mais Marguerite m’aime depuis toujours, secrètement, fidèlement, généreusement. Comment ai-je fait mon compte pour ne pas m’en apercevoir ? Comment n’ai-je pas deviné que cette souris était pour moi ? J’ai dû m’y prendre comme un manche ! Dieu merci, grâce à elle, j’ai le cœur rafistolé.

Et comble de chance, elle aussi est du genre qui sort la nuit, mène sa vie sens dessus-dessous et se marre comme une baleine.

Si vous voulez nous rencontrer, venez donc un de ces soirs dans cette boîte sélect où nous avons nos habitudes, « Le Grenier de la Mairie ». Demandez-nous au patron, Monsieur Fersen, mais de fait vous nous reconnaîtrez aisément : Marguerite est la chauve-souris et moi le grand parapluie noir. 

 

Ecrit pour le Défi du samedi n° 404 à partir de cette consigne

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22 mai 2016

SEIZE HAIKUS IRISES

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Dans sa robe jaune
Au rythme du vent qui souffle
La gitane danse

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Si c’était l’oiseau,
L’iris jaune, alambiqué,
Ce serait la huppe !

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Charmes du sépia
Pour fêter Maman dimanche ?
Iris délavé ?

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Bouquet incueillable
Sauf à l’irisque et péril
De mouiller ses pieds !

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De ce paysage
Quel tableau serait venu
Au Douanier Rousseau ?

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De Rosny-sous-Bois :
Des bouchons à signaler
Etang d’Apigné 

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Piscine en plein air :
Pour garder la ligne d’eau
L’iris maître-nage.

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Pas monté du col,
Le bec dans ses plumes jaunes,
Le cygne sommeille.

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 Mystère, élégance,
Un côté déchiqueté :
L’iris noir et blanc.

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 Projet irisé :
Du toboggan arc-en-ciel
Je ferai mon miel

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 L’iris, contracté,
Ou pas, ne verra jamais
De pareilles choses

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 Fleur bleu métallique ?
Explication de gravure :
Un temps d’aquatinte !

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Folie que voir là
Un tableau signé Poussin !
Mais… Combien d’oiseaux ? 

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 Fin de l’opéra.
Pour l’actrice qui salue
Un bouquet d’iris ? 

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 Le jeune Osiris,
Sa silhouette égyptienne
Devant l’étang-ciel.

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 Enfance de l’art :
Sur le tépale inférieur
Y voir un bavoir !

P.S. Ce cher oncle Walrus m'a appris que l'iris d'eau est l'emblème de la région bruxelloise. Aussi ai-je concoté un diaporama-hommage avec la série photographique complète et la musique  du groupe 't Kliekske. 

Remis en forme et complété d'un diaporama musical pour le Défi du samedi n° 403 dont la consigne est ici.

P.S. Sur le blog de Maïck la conteuse qui puise abondamment dans ma-notre photothèque, j'ai été étonné de voir comme la taille des photos avait une importance énorme sur la perception que nous avons d'elles. En l'occurrence - gag ! - "small is beautiful" !

Cette photo de la statue d'Anne de Bretagne à Nantes m'est apparue deux fois plus belle ainsi :

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ou ainsi

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18 mai 2016

Le défilé du carnaval à Toulouse le 9 avril 2016 (4)

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- Toi livide Livia dont on voit sur la vidéo te dévoilant sans voiles qu’il t’a ravie au lit, dis quel talent a-t-il, l’Italien, que nous n’avons pas ? Quelles secousses sismiques à lui dues provoquent les mimiques où ta joie quand tu jouis se dilue?

- Est-ce un Mickey maousse à mes trousses qui fait que je me trémousse ? Glop glop ! glapit devant son plug ma glotte. Sa tagliatelle est magique : elle glose et glisse avec délice comme sur la glace et je glousse et détrempe dans l’église d’indolence au faîte de tout, lourde du délit d’insolence au soir, jamais lasse comme Alice, l’Anglaise qui trempe le loir dans la mélasse au thé des fous.

- Dégueulasse ! J’en perds mon latin ! C’est la dernière fois que je te cuisine, cousine crue sans QI qui carottes mes espoirs, par cet aveu-plongeon, d’être un jour ton Don Juan !

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Tope là, mon pote ! La popote du pape n’est pas top ! C’est des pâtes, des pâtes, des pâtes qu’il se tape, sauf parfois des patates aux câpres et paprika quand Capri s’est fini ou qu’il part se détendre à Pâques au Pakistan. 

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Le mime s’abîme dans la contemplation du Pô sans piper mot.

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Quand le lévrier lève un lièvre en fuite le chasseur avec fièvre mais sans shit fonce tout schuss à sa suite et, sache-le, ça chie s’il trébuche sur une souche louche et ramasse une bûche. Ca le rend chèvre.

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Le défilé du carnaval à Toulouse le 9 avril 2016 (5)

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 Chez les Papous, papa, les pinups sont pimpantes, les papys font du parapente et les pompiers du pont des Loges délogent les pipistrelles sans papiers qui pépient et piaillent la nuit à Paimpont où l’abeille coule, l’abeille coule, l’abeille coule près de l’abbaye cool.

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 Dans les granges qui regorgent de grains d’orge, quel grabuge ! Voilà qu’un gros et gras dragon grunge s’en vient faire rendre gorge à la prospérité des paysans du coin.

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 Tâter un tantinet du twist en trottinette est tentant. Mais gare à tes mollets si tu te casses la margoulette. Souvent il en coûte croûtes rouges, crois-nous, mou du genou !

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 Il faut la jouer mollo, mollah, le chant de ce cher Serge chez qui nous sommes, qui se moque du moka, « Couleur café ».
La mélodie décaféinée, au mélodica déféquée, sans liqueur, ou tapée sans délicatesse – qu’est-ce ?- sur ta caisse claire, ça énerve et ça écoeure.


Le défilé du carnaval à Toulouse le 9 avril 2016 (6)

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Ineffable fable : l’acquis et l’inné savent s’incliner devant la douleur quand le kiné meurt

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 Caca décoté du Dakota,
Tapioca décapoté de Bogota
Folles gaîtés du goal fêté au Golgotha
Un sans atout sans un iota
Chats farceurs du Minnesota
Amateurs mous de la Rotonde
Il faut de tout pour faire un monde ! 

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 Quand Lassie est lassée que tu tires sa laisse, si tu la laisses aller à son allure à elle à la chasse au lapin, tu rentres lessivé… de lièvre !

 

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 - Jamais je n’eusse cru que tu fusses si cru et causasses de cul, Lustucru, vieux salace !

- Que veux-tu, Mère Michel ? Sous la charmille, à la charmante qui m’est chère m’y mêle chair, monte aux échelles du plaisir. Il ne tient qu’à toi qu’on soit trois sans tracas à s’adonner en silence à la truculence de l’existence. Joins-toi-z- à nous, au moins à nos jeux à genoux ! Sinon tais-toi ! Nul ne va me tançant cent ans sans que je n’aille ressentant le besoin de protestation !

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Le défilé du carnaval à Toulouse le 9 avril 2016 (7)

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 A la commissure des lèvres du commissaire Vorobeïtchik naît un rictus rustique, tic russe qui vient là et s’incruste assez pour qu’on le scrute, qu’on dise « crotte ! » que qu’on passe vaseux aux aveux, sans raison : 

- Les pesos sont à Vaison ! »

Comme quoi le « haro sur » du beau détective mène bien à la romaine !

 

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 - Est-ce que t’es lu à Tulle, Catulle ? demande le frère de Camille à Mendès.

- Est-ce qu’on te lit aux pôles, Claudel ? répond Catulle encore à l’aise.

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Les quatorze virelangues qui accompagnent de manière surréaliste - collage automatique ! - les photos du carnaval de Toulouse ont été écrits à l'Atelier d'écriture de Villejean le 17 mai 2016 à partir de la consigne "Ecrivez des virelangues à partir d'une collecte de vocabulaire et d'exemples relevés ici".
Je leur ai donné les titre "Quatorze virelangues ni en slang ni en morse dont certains peu avouables".

15 mai 2016

VIENS AMPOULE, VIENS AMPOULE, VIENS !

- Voyons, tirez la langue et faites : "Aaaah" !

- Toi tu me fais de l'électricité ! Tu fais monter ma tension ! Pour n'pas tomber dans la lubricité, faudra que je fasse attention ! Tous les soirs tu m'allumes, le matin tu m'éteins mais même si tu dois tout faire sauter… Fais-moi de l'électricité !

- Dites 33 ?

- On dansait sur des machines, on chantait dans les clubs. De nous donner le meilleur, fais de nos corps les veilleurs, Cité ! J'ai le droit de citer, Cité, ton ÉLECTRICITÉ. Cité me rend tout excité, C'est ça la densité : danse, danse, danse ! Cherchons les formes au milieu du puzzle, changeons de forme !

- Et quand je vous fais ça, vous sentez quelque chose ?

DDS 402 Edison ébouriffé- Je n'ai toujours pas payé la facture d'électricité. Qu'est ce qui a bien pu nous arriver ? Nous ne sommes plus les mêmes depuis samedi dernier. Tu sais je l'avais pourtant rangée avec l'échographie du bébé ?

- Maintenant toussez !

- On se ressemble : nos pôles sont les mêmes ! A 220 volts, tu sais trop bien ce que ça nous donne !
Surfer sur les larmes,sur les courants ne nous mène à rien. Autant glisser les doigts dedans ! L’électricité, y a de l'électricité dans l'air, y a des étincelles, des éclairs, l'électricité qui nous fait ce drôle d'effet. Mais ailleurs, qui pourrait nous donner cette électricité ?

- Alors, Docteur ?

- Je suis désolé Mademoiselle Edison, mais il me semble que votre papa, à force de faire ses expériences sur l'électricité, a fini par péter les plombs. Je suis comme vous, je ne comprends rien à sa syntaxe, à sa façon ampoulée de s'exprimer. 0n dirait un langage du futur.

- Qu'est-ce que vous nous conseillez, Docteur ?

- Des vacances au Tyrol. Il y a à Sankt Wolfgang im Salzkammergut, en Autriche, une auberge sympathique où il pourra prendre du repos. Cela s'appelle "au Cheval blanc".

- Et pour ses cheveux, hérissés sur le haut du crâne depuis qu'il a mis les doigts dans la prise, vous avez un remède ?

- Du pétrole Hahn !

- En friction ?

- Non, en ampoules.


Ecrit (avec la complicité de Joe Dassin, Jean-Louis Aubert, Miossec et Pascal Obispo dans le rôle de Thomas Edison) pour le Défi du samedi n° 402 d'après cette consigne.

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13 mai 2016

DU TEMPS OÙ JE M’APPELAIS JACKY

AEV 1516-28 Licorne 12(C) La Licorne

DU TEMPS OÙ JE M’APPELAIS JACKY

 - Bien sûr, les fleurs, c’est périssable. Mais ça n’est pas une raison pour que tu t’empiffres avec les bonbons qui sont dans la boîte bleue. Quand Maman reviendra, je te dénoncerai !

- Je prendrai mon air le plus innocent et je dirai que tu en as mangé autant que moi, Marieke ! Mais tout de même, si Jason avait eu une fiancée dans ton genre, jamais il n’aurait conquéri la Toison d’Or !

- Conquis ! Comment peux-tu être aussi insoucieux de tout, sans exigences, même vis-à-vis de la langue ? Je suis bien bonne d’accepter de jouer avec toi le jeudi après-midi, Grand Jacques !

- Dis donc, Marieke, il y a des limites ! Je commence à comprendre pourquoi ta copine Mathilde t’a surnommée le caporal Casse-Pompon !

- Bon allez, assez de parlote, Grand Jacques ! C’est trop facile de faire et dire n’importe quoi parce qu’on est chez ma grand’mère et qu’elle a le dos tourné. Elle est toujours à nettoyer les fenêtres ou à naviguer entre les deux fauteuils du salon où il y a la pendule, à observer la rue, les bourgeois qui passent sur les pavés, les bigotes qui vont à la messe, les vieux qui vont au bistrot, les Flamandes qui passent sans rien dire, les gens, quoi ! Si tu revenais un peu au scénario au lieu de nous jouer l’air de la bêtise ? Je m’en remets à toi. Alors voilà : on est au printemps, on est habillés avec élégance. C’est le terme de l’aventure : demain l’on se marie. Sur la place, devant la cathédrale, tous nos amis sont réunis. Voici Zangra, Clara, Fernand, Isabelle, Jef, Madeleine, Titine, Manon, Rosa. Devant eux il faut que tu me dises « Je t’aime » et que tu m’embrasses.

- La veille du mariage ? On ne va pas plutôt boire de la bière chacun de son côté ? Je crois que ça s’appelle la bourrée du célibataire ou l’enterrement de la vie de garçon !

***

 S’il vous plaît, ne pensez pas que je suis un affreux Jojo ! Rangez-moi plutôt parmi les timides, mettez-moi chez les moutons plutôt que chez les toros. Je n’étais et je ne suis toujours, au fond, qu’un enfant. C’est comme ça !

 Et si j’ai sorti Marieke de mon enfance, c’est parce qu’il nous faut regarder, sur la photo jointe, comme elle doit être un peu vieille et pourtant très, très belle, maintenant. Je n’écris pas ici des litanies pour un retour dans le temps. Nous étions à l’âge idiot, heureux, à deux, très souvent ensemble, je ne sais pas, je ne sais plus pourquoi, peut-être parce que j’aimais son calme et sa sagesse.

 Peut-être étais-je pour elle le fou du roi à la tête dans les nuages, le troubadour inoffensif qui ne demande pas à jouer au docteur ! Pas tout de suite, toujours ! Parce que j’ai tout ce qu’il vous faut, maintenant, mesdames ! Le stéthoscope, la vigueur du lion, la douceur, la tendresse : je suis bien… sous tous les rapports !

 Mais bon, le temps s’en va et pourtant on n’oublie rien ! La preuve, je repense à elle aujourd’hui. Alors que faire de ce souvenir inutile de deux amants de coeur âgés de neuf ans, quelque part au plat pays ? Comment rejouer ces deux vieilles notes de musique étouffées dans la symphonie du grandir, du vieillir, des départs, des la… la… la… et facéties (fa et si ?) de l’accordéon de la vie ?

 Aller les enterrer dans les jardins du casino ? Les jeter dans la Vistule depuis les remparts de Varsovie ? Les lancer dans l’eau du port d’Amsterdam ?

 Ah, Marieke, Marieke !

 Je te souhaite de t’être aussi bien mariée-marrée que moi dans ta vie !

Ecrit à l'Atelier d'écriture de Villejean pour le jeu 17 de Filigranes d'après cette consigne

J'ai inclus 77 titres d'oeuvres d'un chanteur belge très connu dans ce texte. Ho, le malade, lui, hé !

08 mai 2016

JE DETESTE DISNEY !

DDS 401 Blanche-Neige

Au début, on était comme Adam et Eve, Daphnis et Chloé, Castor et Pollux, Rodrigue et Chimène, Roméo et Juliette, Roux et Combaluzier, Tarzan et Jane.

Je lui trouvais plus de beauté et de séduction qu’aux trois Grâces réunies.

C’était l’époque du début, celle que depuis Monet on appelle « Impression soleil levant ». Tout autour de moi avait pris les sept couleurs de l’arc-en-ciel. Je vivais sur un nuage. J’étais prêt à accomplir pour elle les douze travaux d’Hercule. A m’abstenir de commettre les sept péchés capitaux. Pourtant j’ai longtemps cru que je n’avais pas le droit de pénétrer dans les églises et que, n’étant pas croyant, ces interdits ne me concernaient pas. Pas plus d’intérêt pour la Sainte-Trinité que pour les dix commandements ou les dix Chatterley.

Avec elle, j’aurais voulu faire les quatre cents coups, passer mille et une fois mille et une nuits, j’aurais parcouru le monde dans tous les sens. Les quatre points cardinaux n’auraient pas eu plus de secrets pour nous que les quatre filles du docteur Marsh ou crève depuis qu’elles ont entrepris d’écrire 366 réels à prise rapide.

J’aurais escaladé les sept collines de Rome : l’Aventin, le Palatin, le Trissotin, le Picotin, le Capitole, le Pactole et le Quirinal.

A elle seule elle représentait plus d’aventures potentielles que mes dix-huit compagnons de jeunesse réunis : le club des cinq, le clan des sept et les six compagnons.

Elle était supérieure aux sept merveilles du monde, elle était la huitième et la neuvième de Beethoven réunies pour un hymne à la joie des choeurs et de mon cœur.

Bref j’étais éperdument amoureux d’Isaure Chassériau dont le portrait par Eugène Amaury-Duval est conservé au Musée des Beaux-Arts de Rennes.

Mais je crois que j’aurais dû consulter des voyantes. Deux ou trois voire plus si affinités. Elles me l’auraient peut-être prédit, les sept boules de cristal, qu’il y aurait quatre saisons dans notre vie d’amoureux.

J’ai longtemps cru, enfant, que les faits divers s’écrivaient « fées d’hiver ». Je n’avais jamais imaginé qu’il pût y avoir aussi des sorcières d’été.

Ce qui nous a perdus, ce qui a tué mon amour, c’est son affection débordante pour les animaux.
Un dalmatien, ça va. Deux passe encore, trois, bonjour les dégâts. Mais 101 !

DDS 401 Dalmatiens 2

Le premier s’appelait Dalmatheux, le deuxième Duffelcoat, le troisième Deltoïde puis vinrent Dagobert, Daffodil, Duralex, Dixieland, Djingle bells, Davidoff…

Le cent unième fut appelé Derdesders. Mais il y avait déjà longtemps que je n’en pouvais plus d’aller les faire sortir dans la rue pour leurs besoins du soir.

Qu’est-ce qui m’avait pris de tomber amoureux de cette tête de corde à nœuds, de ce lapin de Garonne, comme on dit à Toulouse, de ce gibier de quarantaine ?

Désormais je ne rêvais plus que de la quitter, de m’envoler cinq semaines en ballon, de faire le tour du monde en 80 jours et de n’en pas revenir.

DDS 401 bateau

Même encore maintenant, dans ce petit voilier au pied des falaises normandes je cherchais ce qui, avant que je ne fasse sa connaissance, avait pu, dans ma folle jeunesse, provoquer les cieux au point que je dusse recevoir un tel châtiment BrigitteBardotesque.

Avions-nous, un jour, été treize à table ? Avais-je froissé sept samouraïs, douze hommes en colères, huit salopards ? Avais-je eu dans un pays imaginaire, dans une vie antérieure, sept femmes et une barbe bleue ? Avais-je dérobé des bottes de sept lieurs et agi de telle manière qu’un ogre fût obligé d’égorger ses sept filles ? Faut pas poucet, quand même, j’avais fait des conneries, mais pas celle-là ! Je n’avais pas non plus, par sept fois, participé à une épreuve de lancer de nains au cours d’une épreuve de sports d’hiver, dans un paysage tout couvert de blanche neige.

J’étais abasourdi de chiffres, de souvenirs vrais ou inventés.

Quand je sortis de ma réflexion, je m’aperçus qu’une chose bizarre s’était produite autour de nous. Le vent était tombé, la barque n’avançait plus et il n’y avait plus de ligne d’horizon. Tout autour de nous la barrière de falaises s’était refermée et nous étions désormais à la surface d’un lac d’Auvergne mais sans possibilité aucune d’accoster.

Je tapai sur l’épaule d’Isaure qui se redressa.

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- As-tu vu ce que je vois ? lui demandai-je.
- Ce n’est rien, me répondit-elle. Ce n’est pas pire que d’être coincé à bord du radeau de la Méduse. Quand les douze coups de minuit sonneront, tu te réveilleras et tu verras que tout cela n’est qu’un cauchemar.
- Vraiment ?
- Vraiment ! Et alors tu sortiras faire pisser Dakota, Desdémone, Delaware, Douaisis, Darrigade, Dyslexique, Dulcimer, Domino…

Je déteste Disney !

Ecrit à l'Atelier d'écriture de Villejean pour publication sur le Défi du samedi n° 401 d'après cette consigne et cette surconsigne :

A )Dressez la liste 

1) de deux choses auxquelles vous avez longtemps cru 
2) des choses qui vont par deux, trois, quatre, sept, etc. 
3) des noms de dix des 101 dalmatiens (si vous ne les connaissez pas, inventez-les) 
5) de trois injures que vous êtes capable d’inventer là sur le champ 
6) de 3 titres de tableaux dont vous vous souvenez 

B) Composez un texte court avec ces éléments ou une série de ces éléments et autour d'un homme et une femme dans un bateau. 

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