24 juin 2017

QUATRE AUTEUR(E)S SUR LA HAUTEUR

1

DDS 460 Vargas

Forcément
Retors
Et
Décalé

Voici
Adamsberg de
Retour.
Gare à l’
Araignée
Sournoise !


2

DDS 460 madeleine-proust

Mortifèrement
Affalé,
Reclus,
Cherchant l’
Endormissement
Libérateur, ce

Plumitif
Refile à notre
Oncle
Une allergie au
Snobisme
Terrifiante !


3

DDS 460 molièreJoie 
Baroque !

Médecin
Origénial !
L’
Ironie
Est
Royalement
Envoyée !

 

4

C’est
Hebdomadaire,
Eblouissant,
Roboratif,
Eclatant !

DDS 460 IowaJ’
Ouïs son
Yoddle
Enthousiasmant,

Drôlissime,

Issu
Orgasthmatiquement du Middle-
West
Américain.


Ecrit pour le Défi du samedi n° 460 d'après cette consigne : Acrostiche

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17 juin 2017

DRÔLE DE ZIG !

Les zygomatiques ! Ah ! Ah ! Ah ! Laissez moi rire !

J’ai tellement souffert autrefois sur «L’eau et les rêves» de Gaston Bachelard et sur «Le rire» d’Henri Bergson que je n’en conseillerais même pas la lecture à mon pire ennemi. A vrai dire, de pire ennemi, je n’en ai pas, ou alors, si j’en ai, c’est sans le savoir et il n’a sans doute pas survécu à la vague de dégagisme qui vient de déferler sur la France cette année. Le général de Gaulle a tort : les Français ne sont pas des veaux car ils viennent de voter comme un seul mouton pour le chien du berger !

Mais revenons à cette histoire de muscle. A la bibliothèque des Champs libres, tout à l’heure, j’ai trouvé dans le rayon «humour», 847 chez M. Dewey qui classalsifie tout, le «Que sais-je ?» sur l’humour juif. Je me suis bien gardé de l’emprunter. Mieux vaut relire «Plumard de cheval» de Groucho Marx ou regarder une énième fois «La Soupe au canard» du même avec ses frères pour savoir ce que c’est.

Et donc je crains fort qu’une dissertation sur les zygomatiques ne fasse rien d’autre que de vous extirper des bâillements. C’est pourquoi, quitte à être hors sujet, je vous livre une chanson sur le bâillement qui vous décoincera peut-être les zygomatiques ! Allez savoir !

Et j’en ajoute une deuxième inspirée par Joye et son «Witloof frommi tuyau» un peu adapté pour la cirque-constance !

Il y a de drôles de zigs, quand même, sur ce Défi du samedi ! ;-)
 



 

Ecrit pour le Défi du samedi n° 459 à partir de cette consigne : Zygomatiques

15 juin 2017

AU BOUT DE LA NUIT CROQUIGNOLE

- Il faut voir comme la Nuit est gourmande ! Tout ce qu’elle s’envoie dans le cornet et dans la voie lactée ! Ce qu’elle engloutit de croissants de Lune ! Elle ne fait pas de quartiers ! Jamais dans la demi-mesure. Il lui faut sa ration quotidienne de cette pâtisserie astrale car sinon, bonjour l’humeur : rien ni personne n’est plus sombre qu’une Nuit sans lune.

Son appétit de sucreries est si féroce que les gazelles s’enfuient à son approche afin de préserver leurs cornes.

La Nuit aime les éclairs qui zèbrent le ciel d’orage des étés et la dotent d’un beau pyjama à rayures. Sans aucune reconnaissance, elle les avale à la vitesse de Guy L’Eclair.

160220 265 123

La Nuit dévore la galette tout autant que les financiers et les mendiants. On appelle ça la Crise. 1929 et 2008 sont des fringales célèbres de la Nuit. Il eût mieux valu pour tout le monde que ces financiers, florentins ou pas, le sussent ou les vissent venir, mais non. Elles arrivent sans tambour ni crumpets et tout le monde est douillonné sauf la Nuit qui se régale de nos déconfitures. L’économiche n’est pas une science exacte.

La Nuit est une ogresse iconoclaste. Peu lui chaut la religion. Jésuite, sacristain, alleluia, colombe de Pâques, religieuse, pet-de-nonne et même Saint-Honoré, tout est bon pour son estomac qui ne croit que ce qu’il broie. Elle bouffe du curé, nantais ou pas, à tous les repas. N’en faisons pas tout un fromage, nous sommes déjà rendus au dessert.

Photo prise à Valence (Drôme) le 20 février 2016

Que vous soyez Congolais, Oranais, gens de Paris, Brest, Pithiviers, Monaco, Vitréais, Tropéziennes, que vous preniez la navette de Marseille ou fassiez des vers de mirliton à Rouen, sachez-le, un jour la nuit vous avalera, bande de glands et de struffolis ! Surtout vous, les boulets de Metz !

Il faut voir comme la Nuit est gourmande en lumière. Ce qu’elle nous coûte en énergie. Mais nous sommes déraisonnables, aussi ! Plutôt que d’aller dormir lorsqu’elle tombe et profiter de sa sagesse – car la Nuit porte conseil – nous voulons à tout prix éclairer ces merveilleux chemins qui mènent à l’opéra. Nous désirons élire la Reine de la Nuit, vérifier que tous les chats ne sont pas gris, voir dans nos cinémas, « sur l’écran noir de nos nuits blanches » « Queue de castor et Pompe à huile » et tant pis si les acteurs sont un peu tartes !

Mais c’est du flan, tout ça ! Dormez plutôt en paix, braves gens ! Le jour devrait suffire à notre bonheur. Lui n’est pas gourmand en lumière. Un seul gros projecteur en forme de brioche dorée dans la gueule et tout le monde est content. « Viens nous voir à Ganassouinda, y’a du soleil et des nanas ! ». Pas besoin qu’on lui découpe à l’emporte-pièce, dans le tissu du ciel, des sablés en forme d’étoiles pour y voir ! Ne dit-on pas « Clair comme le jour » ? « Bon comme le pain » ? « Simple comme bonjour » ? « Sans chichis » ?

La Nuit, laissons la faire son voyage, on la trouvera au bout, comme disaient Céline Renaud et Louis-Ferdinand Saint-Malo-Alanagecécostaud. Cette gourmande est une ogresse qui se nourrit de forêts noires, de cris de loups, de peurs d’enfants. Laissons-la faire sa chasseresse, remplir son chariot, allumer son fourneau, remplir sa casserole, déguster sa baguette de mesure de jade, sacrifier à l’autel de la gourmandise nocturne. Il faut bien que tout le monde vive et ça n’a rien de gênant : il n’y a même pas de lumière à l’intérieur de son silencieux réfrigérateur !

Nous, bien au chaud dans les draps, serrés l’un contre l’autre, on n’est pas bien, là, mon chou ?

- Eteins la lumière, mon amour ! Je vais te faire un truc qui te laissera baba !

- Oui, Charlotte ?


- Je vais te dévorer, mon bichon !


Ecrit pour les Impromptus littéraires du 12 juin 2017
d'après cette consigne : une nuit gourmande

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12 juin 2017

ÉQUIVOQUE LA GALÈRE !

L’invitation était sans équivoque : « Rejoignez notre bacchanale à pied et déguisés en arbres ! ». Ils s’y rendirent. Ce n’était vraiment pas une bonne idée : déguisés en bouleaux, ils avaient l’impression d'y aller et tous les dalmatiens du quartier, attirés par le noir et blanc flambant neuf de leurs costumes, s’en venaient uriner sur leurs racines, enfin sur leurs pieds.

AEV 1617-29 Cabaret-neant-enfer

C’est d’ailleurs ce qui les sauva. La fête avait lieu dans une grotte dont l’entrée était gardée par un diablotin cornu, barbichu, vêtu d’une grande cape rouge et doté d’une impressionnante fourche à trois dents.

- Comment est l’ambiance à l’intérieur ? demanda Bouleau premier.

- Y hêtre ou ne pas y hêtre, là n’est pas la question, répondit le vigile. Elle est du feu de Dieu, si je puis dire, l’ambiance. Mais je ne laisse entrer que les grands secs.

- Mais ce n’est pas de notre faute si on a les pieds mouillés ! protesta Bouleau deuxième. Des dalmatiens nous ont épicéa dessus. Allez, M’sieu, S’iouplaît !

- N’insistez pas, il y a peu de chances que je tremble même devant des menaces ! Arrêtez de me faire du charme, je ne cèdrerai pas. De toute façon, vous pourrez remercier les dalmatiens au retour. C’est d’enfer là-dedans ! Il y a une atmosphère à couper à la hache ! Tous les beaux messieurs de Bois doré ont été très vite abattus par les briseurs de chênes qui ne se sont pas cassé le tronc pour les transformer en rondins. Mais désolé, vieilles branches, on refoule le bois humide. Surtout quand il refoule des nougats.

- Mais quand même ! On a fait tout comme il était dit sur l’invitation : sans équivoque. Vous pouvez nous fouiller : on n’a pas d’équivoque sur nous !

- J’ai bien vu ! Rentrez chez vous, je vous dis ! Ils sont d’un con, ces damnés de la terre, aujourd’hui ! Comment ils croient qu’on l’alimente, la boule de feu qui est à l’intérieur de la planète ? Ils coupent à tous les tissus de mensonges, les coups de pub et à trèfle, ces idiots !

Alors, plus pleureurs que des saules, plus dépités que des Gaulois en Halésia, un peu pliés, beaucoup voûtés, déçus d’avoir échoué cyprès du but, Bouleau 1 et Bouleau 2 reprirent sans équivoque le chemin du retour.

Ils firent même ce que leur avait conseillé le virgilier : ils dirent merci aux dalmatiens. Lesquels se marrèrent franchement, sans aucune équivoque.


Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le 6 juin 2017
à partir de la consigne-incipit n° 338 de Pascal Perrat.

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UNE SEMAINE DE VACANCES

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Deux oreillers s’aimaient d’amour tendre jusqu’à ce qu’un polochon vienne troubler la paix du ménage. Leur brouille naquit sur un tissu de mensonges, vous allez comprendre pourquoi très vite quand je vous aurai dit que cela se passe en juillet dans la maison de vacances de Roméo et Juliette.

Appelons comme ça ces deux quadragénaires. Ils travaillent tous les deux, ils sont cadres moyens, ils ont deux enfants et depuis qu’ils ont acheté cette résidence secondaire sur la Côte d’émeraude, ils viennent y passer tous les week-ends. Tout au long de la semaine, les deux oreillers brodés de leurs initiales, que nous nommerons R et J, ont la paix vu que Roméo et Juliette retournent bosser ensuite à Rennes.

Quand il n’y a pas d’humains dans la pièce les oreillers s’envoient en l’air. Le plumard, c’est le meilleur moyen qui existe pour ne jamais se plumer. Il faut voir comme ils n’arrêtent pas ! Quand Roméo et Juliette sont là, R et J vivent plus calmement. A tête reposée. Ils ne sont pas mécontents du tout de leurs propriétaires qui lisent beaucoup au lit. Par-dessus leurs épaules R et J ont ainsi des nouvelles des mondes imaginaires qui peuplent les romans.

Mais voilà : la maison a coûté cher et c’est la crise. Afin de rembourser leur emprunt Roméo et Juliette la mettent en location en juillet-août. Et on y est.

Voici donc la famille Tuyaudepoêle-Recomposé qui débarque. Il y a Monsieur Tuyaudepoêle avec ses trois garçons d’un premier lit, Madame Recomposé avec ses deux filles d’un premier canapé-lit et le petit dernier, Chevalier-Braillard Tuyaudepoêle-Recomposé qui est là pour sceller la nouvelle union.

Dans la famille Tuyaudepoêle, les enfants sont rois. Les trois frères, Georges, Jacques et William ont réclamé de dormir dans la chambre de Roméo et Juliette et l’ont obtenu, jurant qu’ils roupilleraient mieux là, bien sagement, le soir, épuisés qu’ils seraient par les jeux de plage et les bains de mer. Ils ont amené un grand traversin trouvé dans les placards et du coup on a mis R et J dans des coffres. Séparés, les coffres.

A l’intérieur du premier, R a vécu une semaine de promiscuité avec une couette en plume d’autruche. Dans le second J. a côtoyé de manière très proche un édredon et un coussin de bergère en forme de cœur.

De quoi était constitué le tissu de mensonges dont nous parlions au début ? C’est très simple : tous les soirs les garçons Tuyaudepoêle et les filles Recomposé se sont adonnés à d’homériques batailles de polochons. Ces parents modernes, avec leurs lubies de bains de minuit, de tour au casino, de restaurant en amoureux ou de promenade au clair de Lune de Chevalier Braillard dans sa poussette, c’est permissif à un point qu’on n’imagine pas !

Mais bon, la semaine est finie, ils sont retournés chez eux et Roméo et Juliette sont revenus mettre la maison en état pour la location suivante.

Mais pour R et J, ça n’est plus pareil.

Maintenant que les propriétaires sont repartis, chacun des oreillers se taie. Non, pardon, se tait.

J rêve d’un retour de la famille foldingue. Afin de retrouver ses compagnons de partouze.

R espère que le pavillon sera loué tout l’été à d’autres tribus du même type. Pour la même raison.

Il faudra que je demande à mon psychanalyste pourquoi les monte-en-l’air, inconsciemment, rêvent toujours de se faire coffrer. Il sait peut-être, lui !


Pondu à l'atelier d'écriture de Villejean le 6 juin 2017
à partir de la consigne-incipit n° 340 de Pascal Perrat


DEBORDEMENT

Une rivière en avait marre de vivre sous les ponts, de refléter le soleil puis la lune et quelques pêcheurs à la ligne. Elle décida de sortir de son lit. Il était temps, elle approchait les 50 berges !

Par bonheur pour elle, les hommes avaient inventé le réchauffement climatérotique. Tout le temps était tout le temps détraqué et un jour, deux jours, trois jours durant, il se mit à pleuvoir du pont. Du pont des Arts, pour être précis, il plut des cadenas et des rambardes.

Quand toutes ces amours ou preuves d’amour furent tombées dans l’eau pour y rejoindre les clés des cadenas et les amours de Guillaume Apollinaire, la Seine, car c’était elle, déborda de reconnaissance :

- Ah merci, merci, Pont des arts, Averse et Pluie de cadenas ! Depuis le temps que j’étais serrée dans ce lit ! Je ne pouvais même pas étendre mes bras ni sentir le sang affluer à mes joues ni même jouer à l’habile beau quai ! De quoi perdre la boule !

AEV 1617-29 zouave 8678937

Et la Seine d’envahir Paris, de se répandre en bavardages dans ce nouvel entourage, d’aller rire au nez et à la barbe du zouave du pont de l’Alma, de mettre la main, comme une sœur, dans sa culotte, de se moquer de sa chéchia.

- Fichez le camp sur le champ ! » ordonna la statue du militaire.

Ça tombait bien, le Champ de Mars n’était pas loin. Elle s’ébattit gaiement sur ce nouvel espace mais soudain elle entendit une grosse voix qui lui disait :

- C’est ça ! C’est ça ! Entrez dans mon cabinet sans rendez-vous ! Allongez-vous sur la canopée, pendant que vous y êtes !

- Oh je ne monterai jamais jusque là-haut, répondit la graine d’évaporée. Car il est dit dans le « Livre sacré des fleuves et des rivières » que l’histoire du patriarche de la Noë est une légende lutécienne non vérifiée. Mais qui êtes-vous donc, Monsieur ?

- E.I. Felturm, psychanalyste. Qu’est-ce qui vous amène ? Vous avez de la chance, je le suis aujourd’hui. Amène.

- Eh bien voyez-vous j’avais comme qui dirait une petite envie de m’épancher et j’ai trouvé une fenêtre de « j’me tire ».

- Allongez le pognon et vos fesses sur le champ et racontez-moi vos débuts dans la profession. Remontez bien à la source, surtout !

AEV 161729 4626- Eh bien voilà, Docteur Felturm, c’est assez oedipien comme comportement et somme toute naturel pour un fleuve : j’ai toujours eu envie de voir la mer ! Alors je me suis nourri de ce rêve, de l’eau qui tombait des nuages, j’ai grossi, j’ai tracé mon chemin, j’ai fait les quatre cents coups dans le calcaire, j’ai suivi ma voie, j’ai coulé des jours heureux, j’ai passé l’été en pente douce, puis j’ai décliné…

Il s’ensuivit tout un flot de paroles plaintives, une dégoulinade de souvenirs en cascade, d’épanchements de Seino-vie que le psychanalyste écouta impassible. Ou plutôt il entendit tout ce roman-fleuve comme un clapotis de potins, des bruits de vagues et de ragots de virago, une remémoration de murmures sous ramure qui l’endormirent presque. Il se demanda si la cliente ne lui montait pas un bateau-mouche tant elle versait de larmes sur son sort de voyageuse énurétique en perpétuel transit avec des aspirations au voyage vers le large à la longue étouffées sur les bords. Quand elle eut vidé suffisamment son sac il l’arrêta et lui dit :

- Rentrez chez vous, remettez-vous au lit et laissez faire les choses. Ne traitez que le courant. Vous allez la voir bientôt, la mer. Vous allez le trouver, votre havre de paix. Si vous êtes pressée, vous n’aurez qu’à regarder le film homonyme d’Aki Kaurismaki en DVD. Ou alors en streaming.

- Merci beaucoup, Docteur Felturm. Je vous dois combien ?

- Il est d’usage qu’on me paie beaucoup et en liquide mais pour vous ce sera gratuit. D’habitude on me casse les pieds avec de vieilles histoires mais vous, vous me les avez lavés avec des rêves d’avenir. J’ai juste une chose à vous demander.

- Oui ?

- Vous avez une voix de crécelle un peu énervante. Aussi, quand arriverez aux Andelys…

- Oui ?

- Bouclez-la !

P.S. Cette histoire d’inondation de Paris était totalement imaginaire mais il est tout à fait possible – vous m’en verriez alors ravi - que certaines et certains d’entre vous l’aient… crue !

AEV 1617-29boulevard-haussman-crue-de-la-seine-1910

Pour voir d'autres images de la Seine en crue, c'est ici.


Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le 6 juin 2017
à partir de la consigne-incipit n° 336 de Pascal Perrat

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10 juin 2017

Jeter l'éponge

Yaka planquer Yoko Tsuno dans le yucca !

Yaka consulter le Yi King !

Yaka demander à Yukong de déplacer les montagnes !

Yaka faire cuire le yack en sukiyaki dans un wok !

Yaka chanter “Yankee doodle”!

Yaka promener le Youki !

Yaka dire que Zola était un yakuza !

Yaka ri chez le dentiste, s’il y a carie !

Yaka tre marins sur la mer, loin de leurs amitiés !

Yaka tre filles du Docteur Marsh sinon crève !

Yaka ry Grant qui pose des charades à Audrey Hepburn !

Yaka lifornie !

Yaka diens, toutes les yakadiennes vont chanter vont danser sur le violon, la faute à qui donc ? La faute à Napoléon !

Yaka pulco !

Yaka faire comme si Yoko Ono se mettait sous un drap et hululait sur scène à Totonto !

Yaka rien !

Yaka Seltzer !

 

Yaka blement terrible et soudain !

Yaka dire qu’après Z et après Keith j’arrête !

 

Ecrit pour le Défi du samedi n° 458 à partir de cette consigne : Yaka-Yakapa

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07 juin 2017

BALLADE DES GENTILÉS QUI SONT NÉS QUELQUE PART

C’est fou, tout ce qu’il faut connaître
Une fois qu’on est tombé(e) des nues,
Qu’on a eu l’idée saugrenue
- Et c’est là la question ! – de naître !

C’est fou ce qu’il faut retenir
De vocables très dispensables
Si tu ne voyages qu’en ta chambre,
Si tu joues les anachorètes.

Dès que tu es né quelque part
On t’attribue une étiquette.
Ça donne tous ces noms bizarres
Qui nous encombrent un peu la tête.

Je connais des Clodoaldiens
Des Stéphanois, des Saboliens,
Des Parigots, des Arrageois,
Des Montiliennes et des Lillois.

J’ai retenu Burkinabé,
Moscovite, Guatémaltèque,
Péruvien, Néo-Zélandais,
Iowanien, Sarde, Lisboète,

Wallon, Flamand, Tchouktche, Fléchois,
Mongol, Malgache, Tahitien,
Stambouliote, Vénézuélien
Et Castelthéodoricien.

Y’a des Bourguignons dans la Sarthe
Et des Ch’tis dans l’Ille-et-Vilaine.
Il y a des Alsaciens à Sienne,
Des Castéloriens en Lorraine,

Quelques Portugaises à Sablé,
Des Ivoiriens à Nouvoitou,
Des Angevins à Dieulefit
Et des Qataris près de Nantes

(ou des canaris près des tentes ?).

Mais je n’ sais pas comment on nomme
Ceux qui sont nés dans une étable
Ou dans une valise en carton
Comme Linda qui est née De Suza
Et l’abbé qui est né dessous X
A Carhaix plus deux.

Et celui que l’on a trouvé
Dans un berceau des bords du Nil,
S’il n’est pas né de Cléopâtre
Changera-t-il la face du monde ?
Je n’en Carolomacérien
Comme disait Jean-Arthur Rimbaud.

170607 Llanfair-PG

Et, j’avoue, j’ignore toujours
Le nom des natifs de l’Utah,
Le gentilé des habitants de Tombouctou
Et de ceux de Llanfairpwllgwyngyllgogerychwyrndrobwllllantysiliogogogoch,
La dénomination de celle
Qui est sortie tout habillée
De la cuisse de Jupiter.

MORALITÉ :

Peu importe là où t’es née,
Athéna,
Si tu me fais mourir de rire
Ou de plaisir.

Ainsi en soit-il à la ronde
Citoyennes, citoyens du monde !

 
Ecrit pour les Impromptus littéraires du 5 juin 2017 d'après cette consigne : né quelque part.

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03 juin 2017

LAVRILLETTE, LAVRILLE-ETTE

161029 Nikon 013Un dimanche sur deux les Lavrillette et leurs deux enfants allaient déjeuner chez les Letermitte qui habitaient le bois de Soeuvres et avaient eux aussi deux enfants. L’autre dimanche sur deux, les Letermitte et leurs enfants allaient déjeuner chez les Lavrillette.

Ce dimanche-là c’était au tour des Letermitte d’être les hôtes des Lavrillette mais comme le mot « hôte » a deux sens cette phrase-ci est peu claire et donc inutile sauf si l’on veut tirer à la ligne. Maintenant que c’est fait remplaçons-la donc avantageusement par : « Reprenez donc de ces délicieux champignons symbiotes, Madame Lavrillette. C’est de la mérule pleureuse. Ça ne fait pas grossir, c’est bon pour la ligne et c’est complètement bio : je les ai achetés chez le scarabée ». Bref on était chez Sabine et Thierry Letermitte, c’est cela, oui.

Leurs enfants s’appelaient Bernard et Tristan.

Il y avait entre les Letermitte et les Lavrillette ce que les philosophes crypto-marxistes et les lectrices de Biba auraient pu appeler une certaine différence de classe. Car il existe deux catégories de xylophages : ceux qui sortent le revolver de leur culture quand ils entendent le mot « parvenu » et ceux qui creusent. Vous, les Lavrillette, vous creusez. Au Creusot plutôt qu’à Palaiseau, c’est ce qu’à choisi le roi. Les Letermitte eux vous bourrent le mou ou bourrent la reine, c’est selon.

Les filles de Paul et Jeanne Lavrillette se prénommaient Françoise et Jeanneton. Comme toutes les midinettes, elles rêvaient d’avoir un jour des faux-cils et du jonc pour couper court à la vie de famille pesante des gens qui ne peuvent pas épater la galerie avec des vers mais qui ont du Kant à soie quand même. Ceux qui friment et ceux qui triment, donc.

161029 Nikon 040Quand les Lavrillette étaient invités chez les Letermitte, le rituel était immanquable. Après le dessert et avant d’aller faire une promenade dans les bois Thierry et Sabine sortaient l’album des photos de famille et s’extasiaient devant la binette de chacun de leurs ancêtres. Et ça durait, ça durait, mes aïeux ! Car les xylophages sont hyper-doués en matière de généalogie. Ils avaient ainsi retrouvé un Cerambix Letermitte qui avait œuvré à la destruction du camp romain de Babaorum, tout près d’Erquy.

Plus loin encore dans le temps il y avait eu cet officier de cavalerie prénommé Nicéphore qui, après la prise de Troie, visa le subterfuge si près de l’estomac que le cheval tomba comme un car en bas d’une montagne. Chapeau, l’ancêtre !

A les entendre, c’est tout juste si ce n’était pas un Letermitte qui avait inventé le feu en frottant deux sirex l’un contre l’autre !

Plus près de nous leur grand oncle Poucet-Phore avait réussi à percer la chaise de Louis XIV.

Et la branche des Cossus-Gâtebois, menée par leur ancêtre Robin, était venue à bout de la forêt de Sherwood.

161029 Nikon 038

A côté d’eux les Lavrillette faisaient pâle figure. Leur famille était rennaise de souche, s’était peu déplacée et tout leur travail de sape des maisons à pans de bois n’avait pu aboutir à cause du grand incendie de 1720 où beaucoup d'entre eux d’ailleurs avaient péri.

Il y avait bien eu leur tante Zeuzère Bostryche qui s’était attaqué à une célébrité dans un atelier italien, chez un dénommé Gepetto. Mais le pantin de bois dont le nez s’allongeait était très vite devenu un gamin de chair humaine et la tante Zeuzère une écharde dans son gros orteil dont l’enfant s’était débarrassé vite fait bien fait.

Lorsque l’album fut enfin refermé on se prépara à aller faire un tour dans le bois. Les filles Lavrillette demandèrent la permission de rester dans la maison pour lire les bandes dessinées des garçons. Cela leur fut accordé car elles étaient des enfants très, très sages, Françoise et Jeanneton Lavrillette.

***

161029 Nikon 074

On ne sait pas ce qui leur prit, ce jour-là, aux deux pucelles. Toujours est-il que depuis ce dimanche-là les Letermitte et les Lavrillette sont fâchés à mort et ne se voient plus. Au retour de la promenade, en constatant les dégâts irrémédiables affligés à son patrimoine, Thierry Letermitte explosa et agonit d’injures les gamines :

- Espèces de tarets ! Mollusques bivalves ! Pyrophiles ! Iconoclastes ! Crustacés ! Bande de capricornes à roulettes ! Coniophores des caves ! Charançons des isbas !

Puis il mit toute la famille dehors en hurlant :

- Disparaissez dans un trou, troglodytes ! Ne revenez plus jamais éroder par ici !

***

161029 Nikon 055Les Lavrillette regagnèrent leur domicile de Saint-Sulpice-La-Forêt. Ni la mère ni le père ne grondèrent les enfants. Au contraire. Tout au long du chemin Paul et Jeanne se jetaient en silence des coups d’œil complices en se retenant de rire des exploits vindicatifs de leurs filles : elles avaient dévoré intégralement l’arbre généalogique des Letermitte.


Ecrit pour le Défi du samedi n° 457 à partir de cette consigne : xylophage

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31 mai 2017

UN LÉGER SENTIMENT D’EUGÈNE

IL 170529 Amaury-Duval par DevériaEugène Amaury-Duval (1808-1885), dont un site anglo-saxon prétendait jadis, à tort, qu’il écrivait sous le pseudonyme d’Isaure Chassériau, n’a jamais vu aucun de ses manuscrits littéraires édité. Si j’en crois les perles que j’ai relevées dans son roman « La Couleur des sentiments », il y a quand même de bonnes raisons pour que les éditeurs aient laissé cela à l’état de relique dans mon grenier déjà trop plein de vieilleries :

« Quand l’heure du crime sonne, le roi s’empourpre. C’est qu’il est indigné quand l’un dit « go » et que l’autre se désape. »

« Bien souvent, quand on est mis K.O., on va au tapis. Le tapis n’est pas vert mais par contre, parfois, l’œil est au beurre noir. Comme la raie du combat signifiée par l’arbistre. »

« Heureux celui qui voit la vie en rose s’il a fait faire la paix aux rouges qui affrontaient les blancs. »

« Il n’est jamais totalement hilare, celui qui rit jaune, sauf si c’est un Bouddha au restaurant chinois. »

IL 170529 Amaury-Duval autoportrait 1

« Difficile de rester impavide si tu commandes du rosé et que tu vois le barman mélanger du rouge et du blanc. »

« Par-delà la beauté de leurs pelages fauves, de leurs robes alezanes, leurs crinières tourdilles, si un cheval bai vient à déposer son crottin, on peut très bien être incommodé par cette odeur. Aucun parfumeur jamais ne baptisa un de ses produits « Écurie » ou « Fumier ». Ça se saurait ! »

« On peut rester interdit devant ce panneau : un trait rouge horizontal sur un fond circulaire blanc. Est-ce bien sensé, tout cela ? »

« La moutarde monte au nez de l’irascible dont la maison aux murs moutarde fut ornée cette nuit d’un tag noir anthracite. Pour un peu il en broierait. »

« Lorsque la rose est réséda, le croyant, incrédule, ne sait plus à quel saint se vouer. L’incroyant non plus ! »

« Les enfants joyeux s’élancent dans une danse capucine. »

« Libérée de l’obscurité elle met le nez dehors et voit le soleil se lever.
Libérée de l’obscurité elle met le nez dehors et voit le soleil se lever.
Libérée de l’obscurité elle met le nez dehors et voit le soleil se lever.
Libérée de l’obscurité elle met le nez dehors et voit le soleil se lever.
A la quatrième taupe, il était six heures du matin. »

IL 170529 Amaury-Duval Hyppolite Bayard et Bertall, coll« Quelquefois, on est à la noce. Et ce n’est pas forcément une mariée en blanc qui vous emmène au septième ciel. Cela vaut mieux, d’ailleurs, pour tout le monde : il n’y a plus que les homosexuel(le)s qui se marient aujourd’hui. Ça limite les occasions d’être à la noce. »

« Parfois Tartuffe battait sa coulpe : il lui serrait la haire chair avec une discipline aubergine. »

« De voir toutes ces vieilles photos, ça peut vous foutre le bourdon. Surtout si vous avez vécu à l’époque où la vie était en noir et blanc et si vous avez des souvenirs sépia. »

« On peut avoir le cœur au bord des lèvres et conclure par le dépôt d’une gerbe au monument aux ors mais il faut avoir sacrément forcé sur le curaçao pour que le vomi soit turquoise. »

« Elle était attendrie par mes côtés fleur bleue : lui offrir un bouquet de violettes la faisait fondre. Quand elle n’était plus qu’une flaque j’avais les nerfs en pelote. Je l’ai quittée, ce glaçon. »

« Bienheureux les pauvres en esprit ! Ils peuvent désormais se façonner un savoir dans l’argile écru de Wikipedia et se fabriquer une culture incolore en regardant Youtube dans le blanc des yeux ! »

IL 170529 Amaury-Duval photo« Les gars qu’on asticote, ils prennent la mouche, ils en font tout un fromage. C’était juste une blague, même pas amarante, certes, mais qui ne justifie pas ces expressions de douleur soufre, d’orgueil enflammé, d’ascension de grands alezans. »

« On peut errer comme une âme en peine dans un purgatoire blafard ou glauque, surtout si c’est un labyrinthe zinzolin. Rappelons-le : le zinzolin s’obtient à partir de la graine de sésame. »

« Cette jolie jeune fille en robe champagne, sa seule contemplation l’avait mis d’humeur pétillante. Il avait même réussi à troquer sa mine de papier mâché contre une teinte assez bulle. »

« Monsieur le curé était décontenancé par la couleur du vélo que ses paroissiens venaient de lui offrir : cyclamen ! »

IL 170529 Amaury-Duval naissance de Vénus« Quand le FC Nantes perd 5 à 0 contre les Rouge et Noir (Rennes) le canari est d’une humeur massacrante. Et pourtant c’est lui, le massacré ! »

« Si vous êtes débordé, déprimé, que le travail vous rend chèvre, mettez-vous au vert. Allez en élever dans le Larzac ! »

« Quand elle est d’humeur folâtre, elle s’habille en rose saumon ; quand elle est d’humeur saumâtre, elle s’habille en bleu Folon. »

« J’étais désorienté : elle avait des yeux verts en amande, des petites fesses grosses comme des noisettes et elle était partie d’un fou-rire gigantesque lorsque, me voyant nu comme un ver elle avait trouvé mes noix acajou. Alors qu’elles n’étaient qu’auburn. Est-ce que je me mêlais des couleurs de son abricot, moi ? »


Ecrit pour les Impromptus littéraires du 29 mai 2017 à partir de cette consigne :
"Couleurs primaires... et sentiments"