03 juin 2017

LAVRILLETTE, LAVRILLE-ETTE

161029 Nikon 013Un dimanche sur deux les Lavrillette et leurs deux enfants allaient déjeuner chez les Letermitte qui habitaient le bois de Soeuvres et avaient eux aussi deux enfants. L’autre dimanche sur deux, les Letermitte et leurs enfants allaient déjeuner chez les Lavrillette.

Ce dimanche-là c’était au tour des Letermitte d’être les hôtes des Lavrillette mais comme le mot « hôte » a deux sens cette phrase-ci est peu claire et donc inutile sauf si l’on veut tirer à la ligne. Maintenant que c’est fait remplaçons-la donc avantageusement par : « Reprenez donc de ces délicieux champignons symbiotes, Madame Lavrillette. C’est de la mérule pleureuse. Ça ne fait pas grossir, c’est bon pour la ligne et c’est complètement bio : je les ai achetés chez le scarabée ». Bref on était chez Sabine et Thierry Letermitte, c’est cela, oui.

Leurs enfants s’appelaient Bernard et Tristan.

Il y avait entre les Letermitte et les Lavrillette ce que les philosophes crypto-marxistes et les lectrices de Biba auraient pu appeler une certaine différence de classe. Car il existe deux catégories de xylophages : ceux qui sortent le revolver de leur culture quand ils entendent le mot « parvenu » et ceux qui creusent. Vous, les Lavrillette, vous creusez. Au Creusot plutôt qu’à Palaiseau, c’est ce qu’à choisi le roi. Les Letermitte eux vous bourrent le mou ou bourrent la reine, c’est selon.

Les filles de Paul et Jeanne Lavrillette se prénommaient Françoise et Jeanneton. Comme toutes les midinettes, elles rêvaient d’avoir un jour des faux-cils et du jonc pour couper court à la vie de famille pesante des gens qui ne peuvent pas épater la galerie avec des vers mais qui ont du Kant à soie quand même. Ceux qui friment et ceux qui triment, donc.

161029 Nikon 040Quand les Lavrillette étaient invités chez les Letermitte, le rituel était immanquable. Après le dessert et avant d’aller faire une promenade dans les bois Thierry et Sabine sortaient l’album des photos de famille et s’extasiaient devant la binette de chacun de leurs ancêtres. Et ça durait, ça durait, mes aïeux ! Car les xylophages sont hyper-doués en matière de généalogie. Ils avaient ainsi retrouvé un Cerambix Letermitte qui avait œuvré à la destruction du camp romain de Babaorum, tout près d’Erquy.

Plus loin encore dans le temps il y avait eu cet officier de cavalerie prénommé Nicéphore qui, après la prise de Troie, visa le subterfuge si près de l’estomac que le cheval tomba comme un car en bas d’une montagne. Chapeau, l’ancêtre !

A les entendre, c’est tout juste si ce n’était pas un Letermitte qui avait inventé le feu en frottant deux sirex l’un contre l’autre !

Plus près de nous leur grand oncle Poucet-Phore avait réussi à percer la chaise de Louis XIV.

Et la branche des Cossus-Gâtebois, menée par leur ancêtre Robin, était venue à bout de la forêt de Sherwood.

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A côté d’eux les Lavrillette faisaient pâle figure. Leur famille était rennaise de souche, s’était peu déplacée et tout leur travail de sape des maisons à pans de bois n’avait pu aboutir à cause du grand incendie de 1720 où beaucoup d'entre eux d’ailleurs avaient péri.

Il y avait bien eu leur tante Zeuzère Bostryche qui s’était attaqué à une célébrité dans un atelier italien, chez un dénommé Gepetto. Mais le pantin de bois dont le nez s’allongeait était très vite devenu un gamin de chair humaine et la tante Zeuzère une écharde dans son gros orteil dont l’enfant s’était débarrassé vite fait bien fait.

Lorsque l’album fut enfin refermé on se prépara à aller faire un tour dans le bois. Les filles Lavrillette demandèrent la permission de rester dans la maison pour lire les bandes dessinées des garçons. Cela leur fut accordé car elles étaient des enfants très, très sages, Françoise et Jeanneton Lavrillette.

***

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On ne sait pas ce qui leur prit, ce jour-là, aux deux pucelles. Toujours est-il que depuis ce dimanche-là les Letermitte et les Lavrillette sont fâchés à mort et ne se voient plus. Au retour de la promenade, en constatant les dégâts irrémédiables affligés à son patrimoine, Thierry Letermitte explosa et agonit d’injures les gamines :

- Espèces de tarets ! Mollusques bivalves ! Pyrophiles ! Iconoclastes ! Crustacés ! Bande de capricornes à roulettes ! Coniophores des caves ! Charançons des isbas !

Puis il mit toute la famille dehors en hurlant :

- Disparaissez dans un trou, troglodytes ! Ne revenez plus jamais éroder par ici !

***

161029 Nikon 055Les Lavrillette regagnèrent leur domicile de Saint-Sulpice-La-Forêt. Ni la mère ni le père ne grondèrent les enfants. Au contraire. Tout au long du chemin Paul et Jeanne se jetaient en silence des coups d’œil complices en se retenant de rire des exploits vindicatifs de leurs filles : elles avaient dévoré intégralement l’arbre généalogique des Letermitte.


Ecrit pour le Défi du samedi n° 457 à partir de cette consigne : xylophage

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31 mai 2017

UN LÉGER SENTIMENT D’EUGÈNE

IL 170529 Amaury-Duval par DevériaEugène Amaury-Duval (1808-1885), dont un site anglo-saxon prétendait jadis, à tort, qu’il écrivait sous le pseudonyme d’Isaure Chassériau, n’a jamais vu aucun de ses manuscrits littéraires édité. Si j’en crois les perles que j’ai relevées dans son roman « La Couleur des sentiments », il y a quand même de bonnes raisons pour que les éditeurs aient laissé cela à l’état de relique dans mon grenier déjà trop plein de vieilleries :

« Quand l’heure du crime sonne, le roi s’empourpre. C’est qu’il est indigné quand l’un dit « go » et que l’autre se désape. »

« Bien souvent, quand on est mis K.O., on va au tapis. Le tapis n’est pas vert mais par contre, parfois, l’œil est au beurre noir. Comme la raie du combat signifiée par l’arbistre. »

« Heureux celui qui voit la vie en rose s’il a fait faire la paix aux rouges qui affrontaient les blancs. »

« Il n’est jamais totalement hilare, celui qui rit jaune, sauf si c’est un Bouddha au restaurant chinois. »

IL 170529 Amaury-Duval autoportrait 1

« Difficile de rester impavide si tu commandes du rosé et que tu vois le barman mélanger du rouge et du blanc. »

« Par-delà la beauté de leurs pelages fauves, de leurs robes alezanes, leurs crinières tourdilles, si un cheval bai vient à déposer son crottin, on peut très bien être incommodé par cette odeur. Aucun parfumeur jamais ne baptisa un de ses produits « Écurie » ou « Fumier ». Ça se saurait ! »

« On peut rester interdit devant ce panneau : un trait rouge horizontal sur un fond circulaire blanc. Est-ce bien sensé, tout cela ? »

« La moutarde monte au nez de l’irascible dont la maison aux murs moutarde fut ornée cette nuit d’un tag noir anthracite. Pour un peu il en broierait. »

« Lorsque la rose est réséda, le croyant, incrédule, ne sait plus à quel saint se vouer. L’incroyant non plus ! »

« Les enfants joyeux s’élancent dans une danse capucine. »

« Libérée de l’obscurité elle met le nez dehors et voit le soleil se lever.
Libérée de l’obscurité elle met le nez dehors et voit le soleil se lever.
Libérée de l’obscurité elle met le nez dehors et voit le soleil se lever.
Libérée de l’obscurité elle met le nez dehors et voit le soleil se lever.
A la quatrième taupe, il était six heures du matin. »

IL 170529 Amaury-Duval Hyppolite Bayard et Bertall, coll« Quelquefois, on est à la noce. Et ce n’est pas forcément une mariée en blanc qui vous emmène au septième ciel. Cela vaut mieux, d’ailleurs, pour tout le monde : il n’y a plus que les homosexuel(le)s qui se marient aujourd’hui. Ça limite les occasions d’être à la noce. »

« Parfois Tartuffe battait sa coulpe : il lui serrait la haire chair avec une discipline aubergine. »

« De voir toutes ces vieilles photos, ça peut vous foutre le bourdon. Surtout si vous avez vécu à l’époque où la vie était en noir et blanc et si vous avez des souvenirs sépia. »

« On peut avoir le cœur au bord des lèvres et conclure par le dépôt d’une gerbe au monument aux ors mais il faut avoir sacrément forcé sur le curaçao pour que le vomi soit turquoise. »

« Elle était attendrie par mes côtés fleur bleue : lui offrir un bouquet de violettes la faisait fondre. Quand elle n’était plus qu’une flaque j’avais les nerfs en pelote. Je l’ai quittée, ce glaçon. »

« Bienheureux les pauvres en esprit ! Ils peuvent désormais se façonner un savoir dans l’argile écru de Wikipedia et se fabriquer une culture incolore en regardant Youtube dans le blanc des yeux ! »

IL 170529 Amaury-Duval photo« Les gars qu’on asticote, ils prennent la mouche, ils en font tout un fromage. C’était juste une blague, même pas amarante, certes, mais qui ne justifie pas ces expressions de douleur soufre, d’orgueil enflammé, d’ascension de grands alezans. »

« On peut errer comme une âme en peine dans un purgatoire blafard ou glauque, surtout si c’est un labyrinthe zinzolin. Rappelons-le : le zinzolin s’obtient à partir de la graine de sésame. »

« Cette jolie jeune fille en robe champagne, sa seule contemplation l’avait mis d’humeur pétillante. Il avait même réussi à troquer sa mine de papier mâché contre une teinte assez bulle. »

« Monsieur le curé était décontenancé par la couleur du vélo que ses paroissiens venaient de lui offrir : cyclamen ! »

IL 170529 Amaury-Duval naissance de Vénus« Quand le FC Nantes perd 5 à 0 contre les Rouge et Noir (Rennes) le canari est d’une humeur massacrante. Et pourtant c’est lui, le massacré ! »

« Si vous êtes débordé, déprimé, que le travail vous rend chèvre, mettez-vous au vert. Allez en élever dans le Larzac ! »

« Quand elle est d’humeur folâtre, elle s’habille en rose saumon ; quand elle est d’humeur saumâtre, elle s’habille en bleu Folon. »

« J’étais désorienté : elle avait des yeux verts en amande, des petites fesses grosses comme des noisettes et elle était partie d’un fou-rire gigantesque lorsque, me voyant nu comme un ver elle avait trouvé mes noix acajou. Alors qu’elles n’étaient qu’auburn. Est-ce que je me mêlais des couleurs de son abricot, moi ? »


Ecrit pour les Impromptus littéraires du 29 mai 2017 à partir de cette consigne :
"Couleurs primaires... et sentiments"

27 mai 2017

ET EN MÊME TEMPS...

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- L’endive et le chicon ? s’emporta le commissaire Van In en reposant bruyamment ses couverts dans son assiette de carbonade entièrement vidée. Mais c’est n’importe quoi, ce que tu racontes-là, Guido !

L’endive et le chicon, c’est comme Istanbul et Constantinople ! Combien de kilomètres pour aller de Leningrad à Saint-Petersbourg ! Combien de temps faut-il pour aller de Lutèce à Paris ? De Lugdunum à Lyon ?

Endive et chicon, c’est étourneau et sansonnet ! C’est Bossuet et aigle de Meaux ! C’est aronde et hirondelle ! Krapoverie et déconnade ! Don Diego de La Vega et Zorro ! Docteur Jekyll et Mister Hyde ! Hermès et Mercure ! Aphrodite et Vénus ! Macron et Jupiter ! Bonnet blanc et blanc bonnet ! Jus vert et vert jus ! Chou vert et vert chou !

L’endive et le chicon ! Qu’on me saupoudre de mimolette râpée si je blasphème mais on tombe sur la tête, là, Guido ! C’est Isaac Newton et Gotlib ! Pourquoi les paquebots belges ont-ils trois cheminées ? Parce que les transatlantiques ! Le nonsense et l’absurde ! Dat is allemaal vijfenzeventig ! C’est échanger quatre trente sous pour un dollar ! Six of one and half a dozen of the other !

L’endive et le chicon ! Quelle différence entre une montagne ?

L’endive et chicon ! Le topinambour et la truffe du Canada ! Le bombyx du mûrier et le ver à soie !

L’endive et le chicon ! N’importe quoi et Port’nawak !

- Mais enfin, Pieter, protesta Hannelore, qu’est-ce que c’est que ces salades ? Il n’a jamais été question ni d’endives ni de chicons ? Guido te disait qu’il était allé aux Maldives faire un stage de chi kung ! Tu deviens de plus en plus sourd, ma parole ?

- Non, ce n’est pas ça, Hannelore, protesta Versavel. C’est juste qu’après trois Duvel et deux bouteilles de vin rouge il n’a plus tout son entendement !


- N’avoir plus son entendement et être sourd, c’est un peu pareil, non ? répondit-elle désolée en contemplant son conjoint qui avait entre-temps piqué du nez dans son assiette. Comme le tournesol et l’héliotrope ? Le haddock et l’églefin ?


- Le chicon et l’endive ?

N.B. Les trois personnages de ce sketch imbibé sont empruntés aux romans policiers de Pieter Aspe dont l’action se déroule en général à Bruges. Ou à Brugge ?

P.S. 1 Si vous allez un jour en voiture à Bruges (ou à Brugge ?) sachez que pour revenir à Lille il vous faudra prendre la direction de Rijsel. Lille et Rijsel, vous l’avez deviné, c’est comme l’endive et le chicon ! ;-)

P.S.2 Evidemment, tout ceci vous est transmis « From Rennes (From Condate ?) witloof » !

Ecrit pour le Défi du samedi n° 456 d'après cette consigne : witloof

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23 mai 2017

OUI, MAIS QUE FUMENT LES CRAPAUDS POUR S’ECLATER À CE POINT-LÀ ?

1

La nuit est limpide,
L´étang est sans ride
Dans le ciel splendide
Luit la Lune d´or.

Orme, chêne ou tremble
Nul arbre ne tremble
Au loin le bois semble
Un géant qui dort.

Chien ni loup ne quitte
Sa niche ou son gîte
Aucun bruit n´agite
La terre au repos.

Alors sortant l’herbe
S’apprêtant, superbes,
Aux magies du verbe,
Fument les crapauds.

2
Fourmillant d’idées
Guitares accordées
Les Bufonidae
Entament leur chant.

Ca coasse et ça piaille
Ca rit et ça braille
Mais fumer d’la paille
Ne rend pas méchant

Vers des terres creuses
Des contrées heureuses
Près de Bételgeuse
Ils s’en vont planer

Chacun outrepasse
Sa condition basse
Qu’une les embrasse
Ils sont transformés !

3
Finie la galère
Dans les fondrières !
Demeure princière
Grand bal cette nuit !

Lumières sur la boule !
Clignements d’ampoules
Champagne qui soûle
Et tout resplendit !

Racontant salades,
Faisant des gambades
Au pied de l’estrade
Ils s’en vont danser.

Un peu à la masse
Chacun se surpasse
Et passe et repasse
Devant le buffet

4
Si je ne me trompe
L’effet qui s’estompe
Fait que s’interrompent
Les festivités

Tous les mots s’emmêlent !
Fin des ritournelles !
Revient, de plus belle,
La lucidité.

Le jour qui se lève
Efface les rêves
D’une nouvelle Eve
On retourne au turf

Le lot de l’anoure
Sauf si je me goure
Est bien qu’il accoure
Plancher sur le surf ?


5
Sur le nénuphar-e
Sa journée démarre
Il a le pétard-e
Quelque peu mouillé

Tous ces ovocytes
Qui quittent le gîte
C’est vrai ça l’excite
De jouer au pompier

Car enfin le drôle
Un peu croquignole
S’il tient bien son rôle,
S’il conjugue aimer,

Ce soir sa maîtresse
Lui dira - largesse -
«Repos mon Ernesse,
Vous pouvez fumer ! »

Moralité :

La fumette occasionnelle
Rend barjot plus d’un :
Le devoir l’appelle
Et le crapaud vient ! *

*Ce dernier calembour est emprunté à Vegas-sur-Sarthe.

Ecrit pour les Impromptus littéraires du 22 mai 2017 à partir de cette consigne :

"fumer comme un crapaud"

20 mai 2017

DIPTYQUE

1

A la va comme je te pousse
Je vis ma vie d’escarpolette.

J’envoie dans l’atmosphère douce
Bérénice, Adèle ou Poulette.

Leurs vies sans se faire de mousse,
En l’air, deviennent chant d’alouette.

Le peintre saisit leurs frimousses
Et, des couleurs de sa palette,

Il fige pour l’éternité
Cet instant de légèreté
 

DDS 455 lescarpolette27976_5


2

A la va comme je te pousse
Je glisse, verrou vénérable.

On vient ici pour faire, en douce
Des choses plus ou moins pendables.

Que l’on soit hétéro ou gousse,
On voit le loup, on tire le diable

Par la queue, à coup de secousses…
Seul mon silence est respectable :

Il fige pour l’éternité
Cet instant de légèreté.

DDS 455 Jean-Honor_C3_A9_Fragonard_009

Les deux reproductions des tableaux de Fragonard ont été empruntées à M. Google images.


Ecrit pour le Défi du samedi n° 455 d'après la consigne "Va comme je te pousse".

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18 mai 2017

LE HASARD ET LA… ?

C’est toujours par un pur hasard
Qu’on trouve un trésor au désert :
Un cadeau de Rosette à Pierre,
Un chameau qui joue du Mozart,
Les Mémoires de Caspar Hauser…

C’est toujours par un pur hasard
Que Melchior aima Balthazar
Mais on enterra cette histoire
Aux oubliettes du Mystère,
Dans les cachots du ministère.

C’est toujours par un pur hasard
Qu’on échappe aux voies de misère
Ou pas.

C’est toujours par un pur hasard
Qu’on choit dans le fond du puisard.
« Ca c’est au jeu de l’oie, ma mère,
Au 31 » dit ma mémoire.
L’oie se fout bien de l’Alzheimer :
Elle a chopé la grippe aviaire
Hier au soir. Un pur hasard !


IL 170515

C’est toujours par un pur hasard
Qu’on fait un accroc au blazer,
Qu’on se déchire le falzar,
Qu’on marche où déféqua l’Azor
Et rate la première marche au bas d’l’escalator.

C’est toujours par un pur hasard
Que le prince épouse la bergère,
Que Blanche-Neige écoute la sorcière,
Que Cendrillon rentre trop tard
Perdant sa pantoufle de vair.

C’est toujours par un pur hasard
Qu’au jeu d’échecs on gagne ou perd :
Tu as tes chances contre Richard ;
Que faire face à Bobby Fischer ?

IL 170515 Bobby

C’est toujours par un pur hasard
Qu’on fiche à Smyrne le bazar,
Qu’on trouve l’issue du labyrinthe
Sans raison ni raisins ni sans isthme à Corinthe.

C’est toujours par un pur hasard…

Puisque tout est allé à Thouars
Ou à vau-l’eau sur la Vézère
C’est que les Parques se font vieilles,
C’est qu’elles ne font plus de merveilles :

Elles t’insultent – « Micheton ! » -,
Secouent leurs jupes, dansent des claquettes,
Moquent ta singularité.

Elles dévalent et rient de ton
Destin à l’écart des gisquettes,
De ta destinée-cécité.

IL 170515Giscard hmxZRW8mhs4ak

Elles te contre-pètent au nez,
Ces insolentes !

C’est toujours par un pur hasard
Que l’on est muté en Lozère,
Que le révérend dit « Bizarre »,
Que nul n’obtient ce qu’il désire,
A part un vieux méchant tracsir
Aux portes de son avenir.

Ce n’est jamais un pur hasard !

Non, c’est toujours très volontaire
Quand ma poésie dégénère
Et dégouline, délétère,
En joyeux vers de mirliton !
Ce sont des vers « à ma façon »,
Un poil diserts, un poil barbares,
Pondus derrière le zinc du bar
Dont je suis l’aimable patron.

Mon bistrot ? C’est « Le Pur hasard »
Tout près de la gare Saint-Lazare.
Sur la vitre on lit au-dehors
De quoi faire rire tous les morts :
« On accueille les fantômes at home. ».

Bienvenue dans Le Pur hasard !
Bienvenue aux ressuscité(e)s !

Ecrit pour les Impromptus littéraires du 15 mai 2017
d'après la consigne "Un pur hasard"

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14 mai 2017

TOUT ÇA POUR ÇA ?

170514 Dick

Dans l’espace intersidéral, aux commandes de son vaisseau d’exploration, le Jefferson Starship XXL, P.A. Ward était le plus heureux des hommes. Il y avait à cela, ce jour-là, trois raisons :

- il était de retour en direction de la Terre avec le sentiment du devoir accompli ;

- il avait réussi à mettre hors service, pour le voyage du retour, les deux androïdes bavards comme des pies qui l’accompagnaient dans cette mission. A l’aller leur concours de composition de limericks avait été insupportable mais il fallait bien composer avec William et Jack dans l’habitacle : ils étaient chargés de piloter le vaisseau tandis que lui, à bord du LEM, descendait explorer la surface de la planète bleue.

- Dormez, mes petits agneaux ! Rêvez bien de moutons électriques, amis androïdes !» leur avait-il déclaré en les plongeant dans une provisoire léthargie ;

- Le monde entier allait l’acclamer. Dans l’histoire de l’humanité Paul A. Ward serait enregistré comme l’homme-sauveur, l’astronaute qui avait découvert une autre Terre sur laquelle l’humanité accomplirait son second grand pas : celui de sa migration.

***

Car en 2111, sachez-le, braves gens, c’est la catastrophe pour la planète. A force d’élire des climato-sceptiques butés, des marchands de mensonges, des fabricants de fausses nouvelles, des constructeurs de murs en tout genre, à force de vouloir le tout en un eh bien il arrive que la banquise fonde, que les esclaves fuient, que les guerres fusent, que les murs se chopent un accent circonflexe sur le sommet du crâne et s’écroulent. Alors c’est la cata, c’est la faillite. Que peuvent les états ? Rien. Ils n’existent plus en 2111. C’est con, hein ? Oui, c’est conglomérats et compagnie. Si ce n’est pas gai, pagaie ! Rame, homme !

***

A priori, Art Payntor ne risquait pas d’être touché dans l’immédiat par cette crise. Oligarque multimilliardaire à la tête d’un empire médiatico-industriel, Promptostar S.A., il ne craignait rien sauf les tsunamis, les inondations et les explosions de centrales nucléaires. Intéressé depuis toujours par les étoiles, exactement comme tous les gens qui veulent briller un jour, il avait déjà effectué trois vols spatiaux autour de la Terre. Quand les états n’avaient plus eu les moyens d’envoyer qui que ce soit là-haut, il avait financé un programme secret d’exploration des abysses et de recherche d’une planète habitable dans laquelle se réfugier en cas de cataclysme ultime.

170514 espace arpenteur

***

Après être rentré dans l’atmosphère terrestre, Paul A. Ward rebrancha les deux androïdes. Aussitôt le concours de limericks stupides reprit de plus belle :

« Il faut que cela se fasse ! / On pousse ! On fait la grimace ! / L’orifice entre les fesses / Libère un truc nommé fèces. / Après, on tire la châsse ».

« Si tu veux séduire une gonzesse / Opère avec délicatesse ! / Choisis bien le moment propice / Pour lui offrir de la réglisse. / Ouais, pas mal, la sortie d’la messe ! ».

« Tous les jours, c’était la sauce ! / Elles étaient trempées, nos chausses ! / La bouillasse, la mélasse, / Nous avons fait volte-face : / On n’ira plus, en Ecosse ».

Paul serra les dents et les fesses et il entreprit de contacter Whitney sur le tarmac de Cap Carnarrival.

- Miss Rouston, nous sommes de retour ! Jefferson Starship XXL !


- On vous suit Paul. Votre trajectoire est bien celle que nous avions prévue. Nous serons là à la réception. Mais s’il vous plaît, faites taire ces deux androïdes !

***

En fait d’accueil triomphal P.A. Ward eut droit à l’évacuation de sa capsule au milieu d’un mauvais grain de noroît, à un voyage en bateau agité au cours duquel Jack et William eurent le mal de mer et vomirent et cela se conclut par un interrogatoire en bonne et due forme dans les locaux de son commanditaire, la Promptostar S.A.

- Bienvenue sur Terre, M. Ward. Je suis Yaddo Janik, le colonel chargé du programme d’explorations spatiales. Nous nous sommes vus lors de votre départ. Je suis accompagné de M. Joe Krapov, le chef de notre police. Et je ne vous présente pas M. Art Payntor que vous connaissez obligatoirement.

- Je suis ravi d’être de retour et de vous apporter de très bonnes nouvelles !» répondit Paul.


- Dites-nous, M. Ward ! Dites les nous ! Cette planète bleue… C’est de l’eau ? Ce sont des océans ?


- Non, c’est mieux que cela !


- Racontez-nous ça !


- La planète est cinq fois plus volumineuse que la Terre. Elle n’est pas vraiment ronde, juste un peu enveloppée et sphérique. Elle n’a aucun relief, elle est uniformément lisse ou presque. Un peu comme la surface d’une balle de golf ou d’un agrume. Elle est parfaitement habitable. L’atmosphère est similaire à la nôtre. Climat tempéré, non, pas tempéré, régulier : aucun vent, aucune précipitation, température constante.


- Mais alors, s’il n’y a pas d’océan et pas de pluie, il n’y a pas d’eau ?


- Il y a mieux que ça ! J’ai fait des prélèvements sous l’écorce. A cinquante centimètres sous la surface du sol on trouve une matière molle, comme pulpeuse, et quand la carotte arrive à ce niveau cela déclenche un phénomène de geyser.


- Il y a un liquide qui sort ? Quel est-il ? Vous l’avez analysé ?


- Mieux que ça ! J’en ai bu. C’est délicieux ! Un genre de curaçao mais avec la fraîcheur d’un jus de fruit glacé.


- Du curaçao ? Mais, que Potemkine me damne, c’est une boisson bleue !


- Oui, monsieur Krapov. C’est bleu. Tout ce qui se trouve sur cette planète est bleu.


- Diable ! répondit le chef de la police. Moi qui, en gros, n’aime que le rouge !

***

Quand l’interrogatoire fut terminé on ramena PA Ward dans sa chambre et les trois hommes restèrent dans la pièce. On pouvait lire sur leurs visages un air de gravité consternée.

- Evidemment, Joe, tu nous le mets au secret, ordonna Yaddo. Personne ne doit savoir que nous avons encore échoué.

- Pas de souci pour ça. Je connais un village où il sera bien traité à condition qu’il ne cherche pas à en sortir ou à parler.


- Qu’est-ce qui ne va pas dans ce programme ? demanda Art P. C’est la drogue qu’on leur fait prendre pour dilater le temps du voyage ? Huit ans quand même pour celui-ci ! Ce sont les androïdes d’accompagnement qui sont mal programmés ?


- Je ne comprends pas pourquoi ils délirent à ce point ! répondit Yaddo. Comment font-ils pour inventer des mondes aussi stupides qu’inexistants ? Et pourtant nous prenons soin de veiller à la variété des intervenants lorsque nous lançons la consigne de vol et mettons la fusée sur rampe de lancement. Les faire partir tous un dimanche n'est peut-être pas une bonne idée. C'est quand même le jour du Seigneur ?


- C'est un hasard. Bon archivez-moi ce dossier. Ce n’est jamais que le septième à revenir. Il en reste encore trois. Tout espoir n’est pas perdu. » conclut Art P. en quittant la pièce et son air soucieux.

***

Joe Krapov a archivé le dossier dans son coffre-fort. Sur la couverture on peut lire :
« Opération Dix petits nègres dans l’espace– Exploration n° 7 – Paul Averell Ward – Terre bleue comme une orange ».

***

Ce jour-là, de son côté, Augustin Dieu s’écria : « Ma plus belle création, avec des tas d’ouvertures, de possibilités de développement, de passage d’un monde à l’autre, de richesses à partager ! J’ai vu souvent des Mexicains, j’ai rarement vu des mecs si cons ! ».

Sur son blog il écrivit : « Quand ça veut pas, ça veut pas !». 


Ecrit pour les Impromptus littéraires du 8 mai 2017 d'après cette consigne 
: La Terre n'est pas ronde

Constitue une réponse en forme de prequel au texte de l'Arpenteur d'étoiles ! ;-)

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06 mai 2017

LE PARADIS TERRESTRE

Le paradis terrestre…
La Corée du Nord !
La Corée du Nord…
La Corée du Nord…
La Corée du Nord…
La Corée du Nord…
La Corée du Nord…

161229 265 092

La chicorée du Nord !
Quelques grains par-dessus
Le café qu’on a moulu
Le bonheur d’ « eun’ goutt’ ed jus »
En famille, porte ouverte
Avec le soleil dehors,
Le carrelage lavé tous les jours,
Le rire de l’oncle plombier
L’amour des parents et des grands-parents…
Le paradis terrestre !

Le paradis terrestre…
La Corée du Nord…
Il suffit d’un missile
Pour qu’elle en fasse du
Plâtre de terrassier !

Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le 2 mai 2017 d'après cette consigne

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CELUI QUI CROYAIT AU CIEL ?

DDS 453 aldo

Et si le ciel était vide ?

Et si Thomas Pesquet n’existait pas ?

Et si Neil Armstrong avait posé le pied non pas sur la Lune mais dans un studio de Hollywood devant une caméra de Stanley Kubrick ?

Et si Aldébaran n’était qu’un comique enrhumé du genre d’Aldo Maccione ?

Et si l’étoile du Berger rentrait ses étoiles du Blanc mouton dans l’étable de Saturnin Fabre d’Eglantine parce que soudain il pleut et que les musiciens font des canards ?

Et si Vénus, Mercure, Saturne et Jupiter n’étaient que des divinités d’une mythologie oubliée ?

Et si la comète de Haley dansait le rock sans se faire de bile autour d’une horloge franc-ma-super-çonnique au lieu de filer à l’anglaise le parfait amour avec cette nébuleuse d’Andromède ?

DDS 453 rue de paradis

Si la planète Io n’était qu’une librairie intello sise rue Saint-Louis à Rennes ? J’avoue, ce serait vache pour les cruciverbistes et pour la Voie lactée !

Et surtout, si Saint-Pierre n’était qu’un poisson et non le concierge d’une boîte de nuit où n’entrent que des constellés d’horions ?

Si le Paradis n’était qu’une des rues de la série violette du jeu de Monopoly ?

Si la réponse de Georges Marchais avait pour effet qu’à la question posée – « Et Dieu, dans tout ça ? » - par Jacques d’un seul coup l’univers chancelle ?

DDS 453 pimpampoum1926

Oui, si le ciel était vide, à quoi servirait alors le télescope de Hubble ?

A quoi s’occuperait l’astronome de « Pim Pam Poum » (les Katzenjammer kids)?

Ami sceptique, ami stoïcien, ami agnostique, ami terre-à-terre, camarade matérialiste, ta vie elle est dite ici !

 

P.S. "Ta vie elle est dite ici" est l'anagramme de "Et si le ciel était vide". Cette forme d'écriture un peu analogue aux homophonies approximatives de Raymond Roussel m'a été inspirée par les livres de Jacques Perry-Salkow en collaboration avec Etienne Klein puis Raphaël Enthoven et plus précisément par ce dernier :

AEV 1617-26 Anagrammes-pour-lire-dans-les-pensees

Ecrit pour le Défi du samedi n° 453 à partir de la consigne "Télescope"

(En fait récupéré depuis l'Atelier d'écriture de Villejean du 2 mai 2017 d'après cette consigne).

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03 mai 2017

QUE NUL N’ENTRE ICI S’IL N’EST GÉOMÈTRE !

- Que nul n’entre ici s’il n’est géomètre !

- Parce que… c’est quoi, ta boutique, Platon-Daignant ? C’est un atelier dans lequel on travaille à la chaîne d’arpenteur ? C’est une droite qui passe par deux poings dans la gueule et d’un seul coup d’un seul se retrouve chaos ? C’est un point de passage vers un univers parallèle ? Un endroit où l’on peut jouer au petit rapporteur parce que tout est black et rien d’équerre ? Un lieu où il faut respecter les règles et faire dans la demi-mesure ? C’est le pavillon de Sèvres ? On y conserve Nicolas Sarkozy dans du formol et dans cette vitrine attenante, là, ce sont les talons du maître ? C’est la salle Hubert Circurien ? On y donne des circonférences pour nous expliquer pourquoi le monde tourne de moins en moins rond ?

- Ca va changer. A partir de dimanche soir vous n’aurez plus le droit d’écrire vos insanités et d’interroger le pouvoir. La bête qui vit dans cette caverne connaît votre amour des Lumières et votre habitude de demander des comptes. Elle les connaît et elle ne les aime pas. Ces usages seront abolis. Nous n’acceptons pas que l’écriture signifie le questionnement.

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 Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le 2 mai 2017 d'après la consigne ci-dessus.