26 janvier 2023

LIEUX AIMÉS ET LIEUX DÉTESTÉS

Je ne suis pas ici pour raconter ma vie mais je suis quand même bien étonné par la façon dont la fiction, la musique, la culture tiennent une si grande place dans mon rapport au monde.

Dans la troisième partie du questionnaire notamment, à propos des lieux que j’aimerais visiter, le désir de voyage est justifié par une curiosité littéraire ou cinéphilique.

AEV 2223-17 espace-albert-dubout-musee

Palavas-les-Flots, par exemple. Il y a peu encore, j’ignorais la situation géographique de cette cité balnéaire sur la carte de France. Si je m’y rends un jour, ce sera pour voir le musée consacré à Dubout et surtout pour photographier les lampadaires « rafistolés » réalisés d’après les dessins de cet illustrateur très actif dans les années 1930 à 1970. De même que les talons aiguilles et les aspirateurs associés sont très genrés, le style de dessin de Dubout, dont j’ignore le prénom - Albert, nous souffle Maryvonne - est passable aujourd’hui des foudres du mouvement #MeToo. C’est qu’on n’illustre plus impunément de nos jours le marquis de Sade, François Rabelais, le Kama sûtra et San Antonio de même que la caricature de grosses dames mariées à de tout petits messieurs est devenue taboue. Dubout, tabou, mets les bouts ! Si ce musée existe encore et si l’idée me vient de retourner à Sète, d’aller sur les traces de Charles Trénet à Narbonne et de pousser jusqu’à Palavas, j’irai le voir, ce château bâti sur les flots !

AEV 2223-17 JK Dubout 02

Sainte-Sévère-sur-Indre ne dit rien à personne mais doit sa célébrité à un film intitulé « Jour de fête ». C’est le village dans lequel Jacques Tati s’est déguisé en facteur de légende. Il n’y a certainement pas grand-chose à voir à Sainte-Sévère. Une place de village, une route, un pont ? Peut-être trois photos du film dans le hall de la mairie ? Un bistrot du coin ? Y a-t-il une gare seulement ? Une librairie ? Un hôtel restaurant ? A part « Le Défi du samedi » je ne vois pas quel journal serait assez fou pour envoyer Isaure Chassériau qui a troqué récemment le rose pour une garde-robe signée René Magritte mener l’enquête là-bas. Ce qui serait drôle c’est qu’elle y allât avec un grand sac Tati rose emprunté à Jack Palmer !

 

AEV 2223-17 HonfleurHonfleur c’est culturel. C’est la ville dans laquelle sont nés Erik Satie et Alphonse Allais. Il y a un tout petit musée au-dessus de la pharmacie paternelle dans laquelle on expose le crâne de Voltaire enfant et plein d’autres farces de l’oncle Alphonse, inventeur du café lyophilisé et de la peinture monochrome avant Malevitch même. Voir son « Combat de nègres dans une cave pendant la nuit » mais il ne faut plus utiliser ce vocable non plus depuis que l’on a rebaptisé le plus célèbre des romans d’Agatha Christie « Ils étaient dix ». Honfleur mérite sans doute qu’on y séjourne plusieurs nuitées, qu’on écoute les gymnopédies en faisant de l’exercice sur le port et qu’on visite, déguisé en légionnaire, le musée Eugène Boudin, admirable peintre de nuages normands.

 

AEV 2223-17 JK - Le Prisonnier 2

Je ne m’étendrai pas sur Portmeirion, un village-musée au pays de Galles qui a été utilisé pour servir de cadre au feuilleton britannique « Le Prisonnier » de Patrick McGohan. On perçoit très bien d’après mes références datées que je ne suis pas un perdreau de l’année et d’avouer son âge n’est plus très en cour non plus à notre époque jeuniste où ne sont intéressants que les Youtubeurs, les Tiktokeurs, les comploteurs, les influenceurs , les politiqueurs-emmerdeurs de travailleurs et ta sœur qui bat le beurre.

Mais ai-je vraiment envie d’aller à Portmeirion ? Un collègue qui a fait le voyage autrefois m’a confié que l’endroit était bizarre, propice à des mésaventures. A savoir si, une fois rendu là, on ne m’y retiendrait pas prisonnier, affublé d’un badge et d’un numéro, avec l’impossibilité de regagner mon domicile où je me trouve si bien ces derniers temps que j’arrive même à y faire de vraies grasses matinées ? Je vais peut-être juste regarder une fois de plus les dix-sept épisodes de cette série des années 60 en dévédé sur mon ordinateur.

***

Comment ? Il est déjà 19 h 49 ?  Alors comme ça je n’aurai même pas le temps d’expliquer mes rejets de destinations diverses par… l’absence de culture, de possibilité de rêver et la peur viscérale que ne soit mis un terme, accidentellement à mes curiosités enthousiastes de prolo-intello bon vivant ?

C’est pourtant bien le cas à Mourmelon-le-Grand, une ville de casernement en Marne où j’ai passé un an. Imaginez une rue, vingt-trois bistrots, des jeunes gens de vingt ans qu’on utilise un an durant pour qu’ils deviennent des hommes du rang, d’un seul rang, d’une seule tête, alignement Rogntudju ! On appelait ça le sévice militaire, je crois. Ou service mais c’était moins drôle qu’au tennis. Dans cet univers militaire j’ai quand même survécu. Je ne conserve de ce séjour que quelques photographies de jeunes gens idiots, basiques, plus ou moins alcoolos, et le souvenir d’avoir meublé les temps perdus en compagnie d’un guitariste normand quasi-mutique et d’un joueur d’échecs bordelais, musicien lui aussi et œnologue à l’occasion.

AEV 2223-17 Objectif Lune 2

Tant pis ! Vous ne saurez rien de l’austérité du chant grégorien entendu dans l’abbaye de Solesmes, de la laideur constatée et de la dangerosité imaginée de l’EPR de Flamanville où nous nous égarâmes en cherchant le point de départ d’une randonnée. Vous n’imaginerez pas l’estimable opéra de Rennes où je ne vais plus, de peur de me retrouver à nouveau dans une loge du dernier étage avec vue plongeante sur le vide et le sommet du crâne de Yannick Jaulin : une situation insupportable pour un acrophobe.

Du coup, pour me voir monter dans la fusée d’Objectif Lune, désolé, vous ferez Tintin !


Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le 24 janvier 2023

d'après la consigne AEV 2223-17 ci-dessous

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25 janvier 2023

DIX POINTS DE NON-RETOUR ET NON-ALLER ET CINQ VOYAGES POSSIBLES

AEV 2223-17 Objectif Lune

Pas très envie d'aller :

- à Tchernobyl ;
- à Mexico ;
- à San Francisco ;
- Sur le pont du paquebot Titanic ;
- Dans la fusée d'Objectif Lune.


Pas envie non plus de retourner :

- A Mourmelon-le-Grand passer un an dans une caserne ;
- M'égarer à l'entrée des installations de l'EPR de Flamanville ;
- A l'abbaye de Solesmes un soir où on y donne un concert de chant grégorien ;
- A l'opéra de Rennes dans une loge tout en haut au premier rang avec vue plongeante sur le vide ;
- Au huitième étage de la tour, 2, rue Saint-Exupéry à 72300 Sablé-sur-Sarthe.


Par contre il se pourrait que j'aille un jour :

- à Palavas-les-Flots ;
- à Sainte-Sévère-sur-Indre ;
- à Colmar ;
- à Honfleur ;
- à Portmeirion (pays de Galles).

Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le mardi 24 janvier 2022

d'après la consigne 2223-17 ci-dessous

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21 janvier 2023

DE QUELQUES HURLUBERLUS BÉDÉESQUES

DDS 751 Haddock

Il faut attendre l’album « Objectif Lune » pour que le mot « hurluberlu » devienne une insulte sortant de la bouche du célèbre capitaine Haddock.

Pourtant, dans les aventures de Tintin, scénarisées et dessinées par Georges Rémi dit Hergé, il figurait déjà un certain nombre de personnages, de Tryphon Tournesol aux Dupondt, de Philémon Siclone à Séraphin Lampion, auxquels cette dénomination pouvait s’appliquer sans aucun problème.

J’aime beaucoup les hurluberlus. J’en suis peut-être un moi-même. Dans les définitions des dictionnaires on lit : « personne étourdie, écervelée qui se comporte avec extravagance, d’une façon bizarre ou inconsidérée. Synonymes : braque, évaporé , extravagant, farfelu ». Ou pas !

Mais je ne suis pas ici pour raconter ma vie et donc je ne vais le faire que très peu. Je vais juste ajouter que j’ai relu ce dernier mois la quarantaine d’albums des éditions Dargaud que je possède dans lesquels sont reprises les bandes dessinées de Charles M. Schulz consacrées à Snoopy et à ces enfants américains qui ont eu la chance (?) de ne jamais vieillir pendant près de cinquante ans. Je me suis régalé à nouveau de tous les éclats de rire nés de cette lecture, de toutes les inventions abacadabrantesques de ce cartooniste.

Car chez les Peanuts, les hurluberlus sont légion et particulièrement dans les gags quotidiens parus entre 1988 et 2000.

DDS 751 Snoopy Sopwith camelIl y aurait une thèse à écrire sur le chien de Charlie Brown, sur le Van Gogh et le billard qu’il possède dans sa niche, sur la claustrophobie dont il souffre, ce qui fait qu’il dort sur le toit de celle-ci. Sur l’amour qu’il a de ses gamelles : il les filme en vidéo pour les revoir ensuite. Sur ses ambitions de romancier - « C’était par une nuit sombre et orageuse » - rejeté par les maisons d’édition et même par sa boîte aux lettres ! Sur sa participation à la guerre de 14-18, ses combats dans son Sopwith Camel contre le baron rouge. Sur sa troupe d’oiseaux scouts, sur Joe Cool, sur la reprise par la légion étrangère de Fort Zinderneuf, sur Woodstock, sur sa pratique de tous les sports.

Autre personnage bien frappé, Linus Van Pelt ne se promène pas sans sa couverture de sécurité ; la nuit de Halloween, quel que soit le temps et il pleut souvent fin octobre, il fait le guet dans un champ de citrouilles pour voir s’envoler la grande citrouille qu’il assimile au Père Noël ou a Santa Claus pour être précis.

Sa grande sœur, Lucy, autoritaire, expéditive n’a qu’une faiblesse : elle est amoureuse de Schroeder, le pianiste qui ne lui prête guère attention et préfère jouer du Beethoven sur un piano d'enfant. Grâce à eux je sais – mais j’oublie toujours de me promener dans la rue avec une pancarte "C'est l'anniversaire de Beethoven !" ce jour-là – que l’auteur de l’Ode à la Joie est né un 16 décembre ! Les gags graphiques muets autour des partitions sont tout simplement sublimes.

DDS 751 Peppermint pattyTout le monde n’entre pas aussi facilement que moi dans cet univers un poil absurde mais pourtant très bien observé. Avez-vous déjà envoyé un cerf-volant dans le ciel sans qu’il atterrisse dans les branches du seul arbre à proximité ? Dans les bandes des dernières années j’adore la façon dont ces pauvres gosses vivent la problématique de l’école et donc du poids des règles sociales. Les démêlés de Peppermint Patty avec les QCM, les vrai ou faux ou les fiches de lectures à rédiger pendant les vacances, la nouvelle nouvelle philosophie de Sally Brown, tout cela m’enchante positivement.

Mais le plus hurluberlu de tous est bien Spike, le frère de Snoopy qui vit dans le désert. Je trouve admirable tout ce que l’auteur a pu tirer comme effets comiques d’une telle situation : un chien civilisé mais un peu bêta vit dans le désert en compagnie d’un cactus, de cailloux et de buissons baladeurs : il porte un chapeau de pêcheur et des chaussures offertes par Mickey ! Andy et Olaf, les autres frères toujours perdus ne sont pas mal non plus !

DDS 751 Spike schultz 3

Le dernier gag, le plus funèbre, est peut-être celui qui s’est déroulé « In Real Life », dans la vraie vie.

Charles Monroe Schulz a décidé d’arrêter de travailler à cette série en 1999. La veille de la parution de la dernière planche, le 12 février 2000, il décède à l’âge de 77 ans.

Quel hurluberlu ! Faut jamais prendre sa retraite ! Faut jamais s’arrêter de travailler ! Pas avant l’âge de 117 ans ! La preuve : dès qu’on arrête, on meurt ! 


Ecrit pour le Défi du samedi n° 751 à partir de cette consigne : hurluberlu

 

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20 janvier 2023

ON EN A GROS SUR LA PATATE !

Dillon 13 coloriée et réduite

1
« Qu’on était bien, six pieds sous terre,
Bien à l'abri,
Logées, nourries
Avec le gîte et le couvert !

Et puis un jour ,
Sacré mystère,
Un truc trop louche,
Un coup de fourche :
Voilà qu’on se retrouve à l'air ! »

Refrain 1
C'est la chanson d’la pomme de terre
Qui clame que ça l'exaspère
D'entendr’ des gens peu diplomates
S'envoyer « Va donc, eh, patate! ».


2

« Dans la cave mises à sécher
Bien à l'abri
Ce qu'on s'ennuie !
Puis on nous emmène au marché.

Pour le bonheur des ménagères
V’là qu'on nous pèse
A Sainte-Thérèse
Et qu’aux Lices on nous désespère ! »

Refrain 2
C'est la chanson d’ la pomme de terre
Il n’lui arrive que des misères !
Avec le temps va tout volcan
Dans la purée des p’tits enfants !


3

« Parfois on passe à la casserole
- Ô gens méchants ! -
en robe des champs
Ou on nous pèle ; ça n'est pas drôle !

Pas facile de garder la frite
Quand c'est la fin
Des haricots
Et que les carottes sont cuites ! »

Refrain 3
C'est la chanson d’ la pomme de terre
Il n’lui arrive que des misères
Comme au jambon de Parme entier
Qui s’ retrouve en tranches découpé

Ou comme à cette Finlandaise
Qui masse son mari balèze
Et qui n’éprouve aucune joie
Quand elle gratte un dos finnois.

AEV 2223-16 JK Masseuse finlandaise

 Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le mardi 17 janvier 2022

d'après la consigne 2223-16 ci-dessous

19 janvier 2023

WO YÉ LÉ

Dillon 9 colorié et réduit

1
Wo yé lé yé lé
Wo yé lé yé lé
C’est la chanson du canoë
Celle que chante le trappeur Joé
En admirant la canopée

2
Wo yé lé yé lé
Wo yé lé yé lé
C'est la chanson en stéréo
Que passe sur sa cassette Cléo
En admirant son paréo

3
Wo yé lé yé lé
Wo yé lé yé lé
Mais qu'est ce qu'elle s’en vient foutre ici
Cette satanée chauve-souris ?
Voilà qu’ l'ambiance est toute pourrie
On n’admire plus qu'un ciel tout gris

4
Wo yé lé yé lé
Wo yé lé yé lé
Qui est-ce qui a foutu la pagaille ?
Qui est-ce qui a bouffé la papaye 
Pour qu’on se retrouve sur la paille ?

5
Wo yé lé yé lé
Wo yé lé yé lé
Qui a volé le ï tréma ?
Qui nous fait tout ce cinéma
Pour qu’ Joé dans son canoë
Trouve la fin d’ sa chanson... pagaie ?

Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le mardi 17 janvier 2022

d'après la consigne 2223-16 ci-dessous


LA VIEILLE TANTE KOBA

Dillon 21 coloriée

1

Quand j'allais chez ma tante Koba
Elle déménageait, sa cafetière !
Il fumait son calorifère
Et elle n'en était pas plus fière !

Quand j'allais chez ma tante Koba
Fallait remplir la charbonnière
Réchauffer le café d'hier
Sur la plaque du calorifère.

Refrain 1

Café bouillu café foutu !
Mais non c'est des légendes, vois-tu :
Tout se transforme, rien ne se perd
Seul son cerveau s'faisait la paire !

2

Quand j'allais chez ma tante Koba
Elle jouait à la bayadère
Mais n'avait plus l'allure altière
En nous exhibant sa jarretière

Quand j'allais chez ma tante Koba
Sa main gauche tenait un vieux bas,
Son orteil dansait la samba
Dans une tasse pleine de chocolat

Refrain 2

Benko Nesquik ou Banania
Elle était vieille et toute gaga.
Tout se transforme rien ne se perd
Elle comprenait tout de travers.

3

Quand j'allais chez ma tante Koba
J'avais peur de ses deux molosses
Et je trouvais assez craignos
Qu'elle ait pris pour sceptre un grand os.

Était-ce le tibia d’oncle Edouard
Qui avait disparu un beau soir
Au pôle Nord ou soufflait l’Blizzard
Blizzard ? Vous avez dit « Blizzard » ?

Refrain 3

Le cerveau plein de courants d'air
- Personne ne parlait d'Alzheimer -
Tout se transforme, rien ne se perd,
Orpea ne crie pas misère !

4

Quand j'allais chez ma tante Koba
Je trouvais ça très rock'n'roll
Qu'elle ait une fraise autour du col
Et soit pied nu dans une seule grolle

De Tante Koba j'ai fait mon deuil :
J'ai hérité de son fauteuil.
Sous le siège – Sabords ! Mille milliards ! -
Y avait l’ magot de l'oncle Édouard !

Refrain 4

Depuis j’mène un sacré train d’vie
Et je vous l’ conseille mes amis :
Fréquentez donc les vieilles douairières
Qui déménagent de la cafetière ! 

Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le mardi 17 janvier 2022

d'après la consigne 2223-16 ci-dessous.

14 janvier 2023

UNE ÉLÉGIE POUR PÉLAGIE

DDS 750 Galipaux 1

- En fîmes nous, des galipettes !

- Même, nous cassâmes des lattes au lit !

- Quels pliages ! Quels origamis !

- Et quelle gaieté dans nos ébats !

- On était agiles ! On en faisait partout !

- Agités du bocage !

- Sur la plage !

- Sauf si elle était en galets !

- On n’avait pas de galette !

- On se pelait ! On se gelait ! Mais on restait d’humeur égale !

- T’étais ma petite marguerite ! Je t’enlevais les pétales !

- Tu m’as gâtée ! Epatée ! Toujours pliée de rire, avec toi !

- Je ne suis pas du genre qui glapit mais notre palette de couleurs n’est plus aussi étendue !

- C’est vrai. Palette de douleurs, tu devrais dire. C’est une pitié, de prendre de l’âge ! On pâlit, on pâtit, on prend la pâtée au palet, on tombe dans tous les pièges, plus rien ne nous égaie !

- On a toujours un pet de travers, on s’alite pour un rien ! On a des pétages de plombs dignes d’un gilet jaune dès qu’on entend le mot « élite » !

- Arrête de ronchonner, c’est l’heure qu’on descende nos deux étages. Le taxi vient d’arriver en bas. Allez, mets ta gapette et ton manteau, Papi. Et ne t’étale pas dans l’escalier ! Va pas te casser une patte ! Même si ça te ferait une bonne excuse pour ne pas aller jusqu’au funérarium !

- Quelle plaie, les funérailles ! Je déteste ça ! Ça lui faisait quel âge à Tatie Pélagie ?

- 98 ans ! Mais elle était bien tapée, l’ancienne prof d’éducation physique et sportive !

- Elles sont encore plus loin que nous dans le passé, ses galipettes à elle ! Elle est rendue à la dernière étape !

- Elle qui était plus souvent pagée qu’à son tour, à se tortiller dans son lit comme si elle avait attrapé la gale, elle ne bougera plus maintenant !

- Où est-ce qu’on disperse ses cendres ?

- Derrière le gymnase !

roulez jeunesse

 

Ecrit pour le Défi du samedi n° 750 à partir de cette consigne : galipette

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12 janvier 2023

RÉCIT D'UNE PROMENADE FANTAISISTE

AEV 2223-15 JK Lapin blanc passé par Goart

Elle rêvait, l'enfant, de partir voyager au beau pays des rêves bleus et justement son livre n'était pas un récit passionnant.

Alors, d'un seul coup, le sommeil la gagna et elle rêva d'un lapin qui courait, une montre à gousset ancienne à la main, un beau chapeau haut-de-forme sur la tête et son élocution empressée lui faisait bébégayer « Je suis en retard ! Je suis en retard !".

Soudain Alice le vit disparaître dans un trou. Son terrier ? La porte d'un pays magique menant au Nirvana ? Saisie d'une soudaine envie de divines surprises et d'aventures folles elle s'élança à la suite de ce drôle d'animal et s'engouffra dans le tunnel . A l'issue de sa chute elle atterrit sur le cul et sur un tas de feuilles mortes.

Il y avait devant ses yeux une clé et un flacon avec une étiquette « Buvez moi et vous verrez ! ». La Ligue antialcoolique, le ministre de l'Intérieur, celui de la Santé n'avaient donc jamais sévi par ici ? Très logiquement, parce qu'elle était curieuse, elle but goulûment à même le goulot de la petite bouteille. Aussitôt elle grandit, grandit et comprit soudain qu'elle ne pourrait plus passer par la petite porte que le lapin avait empruntée pour disparaître. Elle trouva fort heureusement un autre flacon qui lui permit de rapetisser. Alors, ayant repris taille humaine, après avoir subi une autre mésaventure avec les clés du Airbnb, elle ouvrit la porte et entra dans le jardin.

AEV 2223-15 JK Reine rouge passée par goartIl y faisait un grand soleil.
Elle avança et rencontra
Un bébé dans les bras d'une duchesse.
On le secouait, il pleurait, on jetait du poivre.
Ça tournait, petit à petit, crescendo,
Au délire total
Avec une marmotte qu'on faisait entrer dans une théière,
Un chapelier qui disjonctait…

Puis arriva la reine :
Une souveraine lourdement « Nächtige Königin » comme on dit chez Mozart,
Une autocrate terriblement « Dame de fer » comme on dit chez Thatcher
Salement cauchemardesque :

- Tête coupée ! Tête coupée !
Tribunal impitoyable ! Pas d’issue ! Réveil interdit !

Pays des merveilles ? Mon cul, oui !

 

Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le mardi 10 janvier 2023

d'après la consigne AEV 2223-15 ci-dessous

07 janvier 2023

LA PÊCHE AU ROUGET DE JACQUES P.

1
DDS 749 sgt-pepper-album-cover1_0Allons, en sortant de l’école,
Enfants, danser la farandole !
A l’instar de la ribambellle
L’heure est à se faire la belle
Sur de jolis chemins buissonniers

Voyez-vous bien au quai de la gare
Ce train aux wagons colorés
Où joue un orchestre bizarre
Musiciens en tenues bariolées ?

Montons sur la plate-forme !
Mettons un souk énorme !
Dansons ! Dansons
Ronds d’Saint-Vincent
Et laridés huit ans !

(Euh...  je crois que ça s’écrit « huit temps »!)

2
Allons, en sortant de l’école,
Enfants, danser la farandole !
Faisons fi des garde-barrières !
Condamnons les faiseurs de guerres
A se tenir par l’auriculaire !

DDS 749 rouget_lisle_chantant_marseillaise (réduit) 3Comptez vos pas, tyranneaux grotesques !
Sautez, balancez en cadence 
Vos bras, vos allures simiesques
Et suivez le rythme de la danse !

Cessez votre bla-bla !
Dansez la lambada !
Soyez, grands fous,
A no(z)s festou
Bombardés de binious !

3
Allons, en sortant de l’école,
Enfants, danser la farandole !
Le train nous emmène à la plage
Ramasser de beaux coquillages
Et voguer vers les îles parfumées

DDS 749 SUB_SUB_009 drew _0Au Japon des trois mousquetaires
Par quatre descendons au jardin
Faisons le tour de l’Univers
Dans notre sous-marin jaune ou vert

Dansons dans le printemps !
Donnons-nous du bon temps !
Fest-deiz ! Fest-noz !
La vie en rose
Rien d’autre n’est important !

Poil au dents !

 

Ecrit pour le Défi du samedi n° 749 à partir de cette consigne : farandole

04 janvier 2023

FAIS PAS TON MALIN !

À peine est-on sorti des vacances de Noël qu'il faut déjà se remettre au travail ! Il y a des cartes de vœux à écrire, des salades à raconter aux amis lointains, aux amies lointaines, pour leur faire croire qu'on rajeunit alors que les poils blancs envahissent nos tempes.

Et pourtant, c'est vrai, ce n'est pas la fin, Jane ! Tarzan, le roi de la jungle, n'a pas garé sa Jaguar le long du trottoir comme dans la chanson de Pierre Vassiliu. Les pumas ne piaillent pas encore dans les betteraves et le couple mythique dans sa forêt profonde est désormais du genre à se déplacer dans un combi Volkswagen orné de fleurs géantes. C'est peut-être Jean-Marc Ayrault qui leur a revendu le sien. Ils font leurs courses à la Biocoop de Ouagadougou ou à l’AMAP de Lambaréné, chez Mamadou Schweitzer, agriculteur raisonnable et raisonné. Celle qui fait la tronche dans l'histoire c'est Cheetah à qui ils refilent de la pâtée pour chat bio.

C'est vrai que pour tous ces gens à cheveux de neige dont nous ferons partie un de ces quatre matins, tout va bien, grosso modo. Le retraité n'a plus besoin de s'interroger sur le sens du travail, il n'est victime de harcèlement moral ou sexuel que s'il le veut bien et il n'est pas inquiet du report de l'âge légal du départ en retraite. Je le soupçonne fort, du reste, d'être majoritairement pour que les autres en chient plus qu’eux. Ça fait partie, hélas, de la nature humaine.

AEV 2223-14 JK - Corsaire Triplex

À ce tarif là d'ailleurs je ne sais pas si, pour faire pareil, je ne vais pas commencer par m'envoyer une carte de vœux... à moi-même ! Me souhaiter une hibernation d'ours qui a vu l'homme qui a vu l'URSS qui dure jusqu'à la fin du printemps (de Prague). Me promettre du temps en plus pour lire ces livres de mon grenier auxquels je n'ai pas encore touché : les romans d'Elsa Triolet, les récits d'aventures à la Jules Verne de Paul d’Ivoi, les œuvres de Paul Féval fils, les poèmes de Paul Verhaeren... Me souhaiter d’avoir suffisamment d'énergie pour pouvoir numériser les illustrations de Jules Verne en livre de poche afin d'éliminer un carton plein de livres et de pouvoir me dire : « Ça y est ! J'ai commencé à vider le grenier... et à saturer mon disque dur externe !". M’insuffler de l'espoir pour avoir réellement confiance dans ces supports informatiques de stockage à l'heure où l'on nous menacé de coupures d'électricité - l'Ukraine est à nos portes - ou de pétages de plombs des centrales nucléaires. Même pas besoin d'une bombe russe pour immobiliser l’EPR de Flamanville !


Mais non, je ne suis pas comme ça. Sauf accident, je ne vais pas m'arrêter ces trois mois qui viennent. J'ai déjà repris le bus vers Beaulieu ce matin pour aller chanter avec plaisir et avec les M’A2R1 d’O douce l'hymne du Canada ou plutôt du Québec : « Crè-moué Crè-moué pas quèque part en Alaska y a un phoque qui s'ennuie en maodit ». 

Je le reprendrai jeudi pour aller pousser un pion en e4 ou d4 (en e6, d5 ou f5 avec les noirs) sur un ou 2 échiquiers. Et je serai trop content de parler aux amis de Rouen et de Fougères, dans mes lettres de vœux, de cet atelier d'écriture dans lequel on joue à partir... des jeux découverts en famille ou chez des amies à Noël.

AEV 2223-14 JK - Et on tuera tous les affreux

Car ça ce ne sont pas des salades : prendre de l'âge et reprendre sa liberté, c'est retrouver les plaisirs de l'enfance tel celui de se plonger dans un jeu en attendant minuit avec à l'esprit la bienveillance du pompier - un mot que je n'avais pourtant pas choisi d'inclure dans mon texte ! - prêt à porter secours au Père Noël si jamais il se retrouvait coincé dans la cheminée avec le feu qui prend à sa barbe blanche. Finalement, pas si ours que ça vraiment, il me vient même l'envie de souhaiter une bonne année 2023 à tout le monde sauf à Vladimir Poutine. *

* Pourquoi lui tout seul ? Il y a dans ce monde tant d'autres de ces affreux que Vernon Sullivan (Boris Vian) avait promis de tuer mais c'était comme ce texte-ci : juste des mots en l'air pour amuser ses voisines et voisins !

Mots insérés : vacances - livres - Jules Verne - printemps - bus - combi Volkswagen - Canada - ours - Forêt profonde - chat - neige - poil blanc - salade - jungle - Jane

Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le mardi 3 janvier 2022

d'après la consigne 2223-14 ci-dessous

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