17 décembre 2018

MOI AUSSI ON M'AZNAVOURA AUX GÉMONIES

De la cave qui se rebiffe
Au grenier qui se déballonne
Tout va mal dans cette maison !

181207 Nikon 073

Sans conversa-certa-tion, 
Sans concilia-vesti-bule,
Plus moyen de tenir salon !

Où est donc le bonheur-du-jour
Où nous rangions tout notre amour
Et nos recettes de cuisine ?

Il n’y a plus grand monde au balcon,
La chambre n’est plus horizon,
Autour de nous le monde gronde,

L’huissier chinois frappe à la porte !
Tu t’laisses aller, tu t’laisses aller !
Marianne, j’te l’dis, tu t’laisses aller !



Ecrit pour les Impromptus littéraires du 10 décembre 2018 d'après cette consigne


15 décembre 2018

JARGON ÉCHIQUÉEN

Bon, ben si ça ce n'est pas du jargon, je veux bien être couronné pape de la biographie rimbaldienne ou de l'incipit proustien !

[Event "Partie amicale"]
[Site "Diapason"]
[Date "2018.12.13"]
[Round "2"]
[White "JK"]
[Black "MR"]
[Result "1-0"]
[EventDate "2018.12.13"] 

1.e4 e5 2.Nf3 d6 {Retour à la défense Philidor !} 3.d4 exd4 4.Nxd4 Nf6 5.Nc3 a6 {5... c5 était peut-être meilleur.} 6.a4 Bd7 {Et ici je pense qu'il fallait jouer 6... Fe7 suivi de 7... 0-0.} 7.Bc4 Nc6 8.O-O Qe7? 9.Bg5 h6 10.Bxf6 gxf6 {Bien vu ! La colonne g est ouverte face au roi pour la tour. Encore faudra-t-il avoir le temps de la positionner en g8 !} 11.Nd5 {Menace la dame et la case c7 avec une belle fourchette.} 11...Qd8 12.Nxc6 Bxc6 13.Qf3 Bg7! {Je m'attendais plutôt à 13... Fxd5 14. exd5 et les blancs prennent la colonne e.} 14.Rad1? {Donne le pion a4 par gaffe mais en fait après 14... Fxa4 15. b3 ca devient une espèce de gambit !} 14...Bd7 {Le fou se replie pour viser h3. Il faut encore jouer Tg8 et Fh8 pour que l'attaque noire prenne corps.} 15.Rfe1 c6 16.Ne3 Qe7? {OK, les noirs vont pouvoir faire le grand roque mais les blancs ont maintenant toutes leurs pièces qui jouent !} 17.Nf5 Qf8 18.Nxd6+ Kd8?? {Autre gaffe. Il fallait jouer 18... Re7 et seul le pion b7 (ou f7) tombait.} 19.Nxf7+ Kc8 20.Nxh8 {Abandon. Après 20... Fxh8 les noirs ont perdu une qualité et deux pions et leur tour est enfermée} 1-0

 Pour la traduction en clair (????) cliquez ici 

puis faites avancer les pièces ci-dessous en appuyant sur la flèche orientée vers la droite.

Ecrit (?) pour le Défi du samedi n° 537 à partir de cette consigne : jargon

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05 décembre 2018

MON AMANT.E DE VILLEJEAN n° 1 de novembre 2018

Comme promis hier, vous trouverez ci-dessous le n° 1 de novembre 2018 de "Mon amant.e de Vilejean" rédigé par l'Atelier d'écriture de Villejean.

Pour le lire en plein écran, cliquez sur l'icône "fenêtre externe". 

Bouton nouvelle fenêtre

 

 Bonne lecture et bon amusement à vous ! 

 Mon amant.e de Villejean n° 1 de novembre_2018

 

 

 

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02 décembre 2018

A PART PEUT-ÊTRE… AU MUSÉE DES HORREURS ?

Lakévio 132 121942861

Le regard a quelque chose de dur, déjà. Elle fera de la route, cette môme ! Elle est du genre à régenter son entourage, à tout réformer, à œuvrer en douceur et cependant en y mettant toute la fermeté voulue.

On ne la détournera pas comme cela de son but. Elle a du caractère, elle est tenace, peut même se montrer résolument féroce quand elle va au charbon.

Le trône sur lequel elle a posé ses fesses semble trop grand pour elle certes ou alors prévu pour une autre. Attendez quelques années et vous verrez que ça ne va pas durer : elle prendra de l’ampleur et comprendra que la royauté, ce n’est que du folklore, juste une couronne ou des chapeaux sur la tête et du tralala pour la presse people. Le monde se gouverne par l’argent, les réseaux et le carnet d’adresses.

Côté bagatelle ce ne sera pas ça par contre. Sur cette œuvre elle évoque déjà le fameux « Ferme les yeux et pense à l’Angleterre !».

Ce côté brut de décoffrage avec malgré tout un sens de l’honneur, de l’ordre, du haut rang, ce goût pour la sueur et les larmes nous évoque forcément la colonne Nelson et l’autre fumeur à gros ventre abhorrant le sport !

On s’approche du cartouche et on constate qu’on a vu juste. On l’a reconnue, la dame de fer ! Ce tableau représente en effet Margaret Thatcher enfant. Désolé, camarade Renaud ! 

Ecrit pour le jeu de Lakévio n° 132 d'après cette consigne

 

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DÉTESTER SARAH

Lakévio 132 121942861

- Va me chercher un sceptre en or, Père Ubu ! Et que ça saute !

- T’es qu’une méchante, Sarah ! Tu n’arrêtes pas de jouer au chef et de me donner des ordres !

- Et merdre, Père Ubu ! On est les monarques du royaume de Pologne, alors autant que ça serve à commander, ordonner, plastronner ! A s’en mettre dans les poches, également ! Avec ton épée en plastoc, ta cape de Zorro et ton crochet à phynance, tu peux quand même un peu les taper, les Polaks, non ? Chouraver leurs zlotys, engouffrer leur vodka, créer des taxes comme la gabelle, la CSG etcetera ? C’est ça le rôle d’un tyran ! Faut réellement que je t’apprenne tout ça, espèce de nul ?

- D’abord je ne veux plus jouer à ce jeu-là.

- Hola, mes valets ! Qu’on apporte des poupées, des peluches, des Lego, des Polly pockets et des poneys à ce pleutre ! Et devant Ma Majesté prosternez-vous ! Contemplez mon trône et honorez ma grandeur ! Où tu vas comme ça, père Ubu ?

- Je retourne dans le salon avec nos mères. Tu vas trop au théâtre et tu écoutes trop France-Culture, je trouve !

- Soldats ! Coupez la tête à ce rustre ! Dégonflé ! Lopette ! Tyranneau d’opérette !

***

 

Lakévio 132 Ubu roi

- Et alors, Alfred ? Qu’est-ce que j’apprends ? Tu ne veux donc plus jouer avec Sarah ?

- Non, elle est trop commandeuse. Et je préfère la pyrogravure aux gravures de mode.

Alfred sort son coffret et se met à graver des escargots sur sa planche en contreplaqué.

En aparté, Madame Bernhardt demande à Madame Jarry :


- Quelque chose ne tourne pas rond dans la tête de ce gosse, non ?


Ecrit pour le jeu de Lakévio n° 132 d'après cette consigne

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01 décembre 2018

SI LES RICAINS N’ÉTAIENT PAS LÀ !

Hula hoop ! Notre oncle Walrus croit encore qu’il va nous faire suer en nous sortant ce mot et cet objet-là ! Ou alors il imagine peut-être que les participantes du Défi vont jouer les Jane Fonda comme sur la vidéo d’accueil ! Je m’étonne d’ailleurs qu’il ne nous ait pas encore imposé de plancher sur « burnous », « canicule », « sauna » et « laxatif » dans ce même esprit-là de nous en faire baver à l’exemple du dernier « gastéropode » !

Chez moi les choses sont très simples cette semaine. Le hula hoop fait certainement partie de ces objets qui nous sont venus des Etats-Unis, une fédération d’états que nous appellerons, à la suite de Joye, les Tazunis ou La Tazunie et dont les habitants sont appelés Tazunien.nes, Américain.e.s ou Ricain.e. s, surtout pour cette dernière dénomination, par Michel Sardou !

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Comme toute population colonisatrice et impérialiste plongée en milieu hostile (???) les Tazunien.ne.s ont un goût prononcé pour le port d’armes, pour le tirage dans le tas de tout ce qui ne leur ressemble pas et pour la diffusion mondialisée de leurs inventions ou productions culturelles. Pas tous et toutes, heureusement, mais ça a été longtemps comme ça et moi, si je suis manichéen, ce jour, c’est parce que j’ai trop regardé Walt Disney !

Maintenant vous êtes comme moi, vous êtes libres de ne pas vous filmer avec un hula-hoop autour du ventre, de ne pas consommer ce qui nous vient d’outre-Atlantique si ça ne vous agrée pas ou si ça vous barre fixe ! Et d’ailleurs il y a tellement à boire et à manger, à voir et à digérer ou pas dans les inventions tazuniennes que je me suis proposé de classer tout ça dans un tableau Excel à trois colonnes.

Je les ai nommées ainsi :

+ positif

J’aime ou j’ai aimé cela

- Négatif

Ce n’est pas vraiment ma tasse de tea party et encore moins mon verre de Coca-Cola

= indifférent

Ca m’est égal, pourquoi pas, tout le monde est libre dans le monde libre (en théorie !)

C’est évidemment complètement subjectif mais personne ne vous interdit de faire votre bilan personnel des apports tazuniens à votre environnement. La semaine prochaine, si c’est le mot «izba» qui nous est proposé on pourra faire la même chose avec les Russkofs !

+

-

=

Les Marx brothers

Le drive-in et ses dérivés

Le base-ball

Tex Avery

Le fast-food

Le jazz

Charlie Chaplin

La guerre au Viet-Nam

Le chewing-gum

Robert Altman

La bombe atomique sur Hiroshima et Nagazaki

La funk music

Walt Disney

Walt Disney

Walt Disney

Terry Gilliam

L’utilisation d’avions renifleurs pour trouver des armes de destruction  massives en Irak et aller y foutre le bordel

L’envoi dans l’espace de trois clampins qui ne ressemblent pas à Tintin avec pour objectif de les faire marcher sur la Lune

« O’ brother » des Frères Coen

Les gratte-ciel (je suis de plus en plus acrophobe)

Elvis Presley

Audrey Hepburn

Woody Allen

Superman

Marilyn Monroe

Le général Custer et les “guerres indiennes »

Robert Crumb

Billy Wilder (oui, je sais il est Autrichien de naissance)

La chaise électrique

Edward Hopper

Jerry Lewis

Donald Trump

Hollywood

Le western dans sa déclinaison B.D. européenne (Lucky Luke, Chick Bill, Teddy Ted, etc.)

Le rap

Le western dans sa déclinaison cinématographique y compris façon, spaghetti

Steve Warson chez Michel Vaillant (dans le même esprit)

 

The Grateful dead

Neil Young (oui je sais, il est canadien de naissance)

 

The Jefferson airplane

Emmylou Harris

 

Madonna

The Nitty gritty dirt band

 

Jimi Hendrix

The Ozark Mountain daredevils

 

Cassius Clay

Le concept du Festival de Woodstock

 

Janis Joplin

Le concept du juke-box

 

George W. (Whatelse) Clooney

Francis Scott Fitzgerald

 

 

Les Peanuts de Charles M. Schultz

 

 

Donald Westlake

 

 

Fredric Brown

 

 

Clifford D. Simak

 

 

La guitare électrique

 

 

Last but not least : Joye !

 

 

 Ecrit pour le Défi du samedi n° 535  d'après cette consigne : Hula hoop

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30 novembre 2018

APPRENDRE À TOUT ÂGE

Il y a deux ans et demi on m’a mis à la porte de l’école dans laquelle j’allais !

A ce qu’on m’a dit alors, j’étais trop vieux pour redoubler encore une fois. Déjà on m’avait exclu des cours et on me permettait seulement de passer mes journées à la bibliothèque avec des dames charmantes. Ça m’a d’ailleurs fait beaucoup de peine de devoir les quitter. C’était en février 2016.

Heureusement, le chemin de l’école, je n’ai pas tardé à le reprendre ! En septembre de la même année je me suis inscrit à un cursus intitulé « Poussage de bois en nombre impair ». C’est une U.F.R dans laquelle ils étaient sept et donc cherchaient un huitième pour jouer des parties d’échecs !

C’est un cours très sympa ! Il a lieu dans la cafétéria ! Les élèves sont tous des garçons. Il y avait, au début, Marc, Boris, Maurice, Daniel, Armel, Jacques, Jacques, Jacques et moi. Mais il y a deux Jacques qui sont partis ce qui fait qu’on est toujours sept !

Il n’y a pas de professeur pour donner des cours. On apprend comme on peut. Moi je suis le plus sérieux de la bande. Je suis allé rechercher dans mon grenier les bouquins que j’avais achetés il y a vingt ans et j’ai replongé le nez dedans. Je n’y comprends toujours rien tant c’est compliqué ! Je lis régulièrement à nouveau la revue Europe-échecs et surtout je regarde sur Youtube les vidéos du professeur Igor-Alexandre Nataf. Il est super sympathique et surtout très rigolo, lui ! Il vient de commenter le championnat du monde entre Carlsen et Caruana. Douze parties nulles qu’il a analysées en profondeur entre 1 heure et 3 heures du matin avec un chat sur les genoux ou un micro qu’il a oublié de brancher !

 Mes camarades de classe ne jouent que 1. e4 e5. Ça veut dire qu’ils avancent toujours le pion qui est devant le roi de deux cases avec les pièces blanches comme avec les noires. Moi je suis imbattable sur le gambit écossais même si je ne porte pas de kilt. Avec les noirs je leur joue de la défense sicilienne même si je ne suis pas maffieux mais je me heurte à des variantes non théoriques, fermées, des étaux de Maroczy, tout ça et depuis peu j’essaie de placer la défense scandinave portugaise. Je ne savais pas qu’il fallait connaître autant la géographie pour jouer aux échecs !

Ma copine dit que j’embête tout le monde avec cette scolarité-là à laquelle personne ne comprend rien. Heureusement pour elle je me suis inscrit à un autre cursus intitulé « M’A2R1 d’H2O douce et voix en do diverses ». En gros, il s’agit d’une chorale.

Là aussi je rigole bien. Déjà c’est mixte ! Il y a un violoniste, un accordéoniste et moi j’amène ma guitare et mes harmonicas. Tous les chanteurs s’appellent Alain, toutes les chanteuses se prénomment Françoise !

Ça m’a plu de reprendre le chemin de l’école. En plus c’est bien parce que je n’ai cours que le jeudi après-midi pour les échecs et le mardi matin tous les quinze jours pour la chorale. Les autres jours je suis en vacances ! Mais en fait je fais plein de devoirs à la maison : éducation ménagère, découpage, collage, ateliers d’écriture, cuisine... Parce que, voyez-vous, il faut songer sérieusement à l’avenir : à l’heure actuelle, je ne sais toujours pas ce que je vais faire quand je serai grand !

Ecrit pour les Impromptus littéraires du 26 novembre 2018 d'après cette consigne

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24 novembre 2018

IT'S A LONG WAY TO COLUMBARIUM !

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A chaque fois que le vent soufflait dans les branches de sassafras, Bianca Lafolia faisait entendre sa tragique chanson. On eût dit un opéra de Verdi, dramatique et larmoyant à souhait, et on en versait des larmes, et on reniflait et on se tamponnait les yeux avec nos mouchoirs ! Enfin, façon de parler parce que Pascouché et moi on est surtout des escargots.

Bianca Lafolia a tenu trois saisons et ce jour d’hui, le vingt novembre, elle a fini par céder à la pression des éléments déchaînés : les incendies de Californie, les défilés de gilets jaunes, de bonnets rouges, de blouses blanches, de délégués du congrès des maires à écharpe tricolore, de la moustache d’Edwy Plenel en goguette à Villejean. Elle n’était plus très bien dans son assiette, elle est tombée, elle s’est écrasée au sol, elle est morte. Dès que j’ai su la nouvelle je suis allé prévenir Pascouché.

- Qu’est-ce qu’il y a, Buvard ? Tu ne vois pas que je suis en train de trier les granulés bleus et les pots de yaourt emplis de bière qui nous empêchent d’accéder aux salades qu’on raconte dans les télés ? Ceux-là, d’ailleurs, quand est-ce qu’ils vont nous rendre Apostrophes ?

Pascouché est un intellectuel susceptible et irascible. C’est une célébrité dans son genre mais il n’est pas prétentieux pour autant ni pour deux ronds de carotte. Il s’appelle Pascouché et il est célèbre parce que vous avez toutes et tous entendu parler de lui. Dans les manuels de calcul utilisés pour enseigner la multiplication, la division et autres opérations en option aux petits des humains, c’est lui qui escalade le poteau d’1’80 m de hauteur en grimpant 60 centimètres le jour et en redescendant 15centimètres la nuit. On demande au bout de combien de temps il atteindra le sommet du panneau.

- Eh bien ! On n’est pas couchés, se disent les parents des mioches en se grattant la tête.

- Et moi, quand est-ce que je dors, dans cette partie de yoyo ? C’est bien la peine d’avoir sa maison sur le dos si on ne peut pas se coucher dedans quand on veut ! a répondu Pascouché.

Pascouché n’a jamais tiré aucune gloriole de cette notoriété-là.

- Ca m’a juste forgé un peu plus le caractère. Comme la fois où j’ai réussi à battre le grand maître Limassov au tournoi d’échecs de Dieppe. Qui plus est en blitz !

La cadence du blitz, chez nous les escargots, est de quarante coups en trois jours puis de vingt coups en deux et enfin d’un jour pour terminer la partie. Avec un incrément de trois heures par coup joué.

- Notre amie Bianca Lafolia a cassé sa pipe cette nuit. Est-ce que tu veux bien m’accompagner à son enterrement ?

- Y’a pas une entourloupe non plus derrière cette histoire-là ? Je me suis déjà fait avoir une fois avec les cancres des prés verts dont le porte-plume redevient oiseau ! Je les connais, les mômes ! En sortant de l’école ils nous ramassent puis nous oublient dans un recoin de l’espace-temps et on est condamnés à tourner en rond dans un vieux souvenir de grand-mère ! Ou dans une cage à képi qui ne salue plus rien !

- Il paraît que ce sera une crémation et qu’on a besoin de nous pour établir la liste des chansons qui lui rendront hommage.

- Ah ? Un teppanyaki ? Alors ça marche, biloute ! On va aller l’oscariser, notre copine ! Tiens j’ai déjà une idée de titre : « Flamme pure et légère » !

- Ah oui, « la légende du feu » ! Ou bien « Allumer le feu », de Johnny !

- Dans « Mon père m’a donné un mari », la jeune femme met le feu au lit. Ca te dirait ?

- T’es fou, toi ! On ne peut pas chanter de chansons cochonnes dans ce genre de cérémonie funéraire !

- En tout cas moi je ne chanterai pas celle d’Yves Montand, même si on répond à l’appel.

Là-dessus on s’est mis en route pour aller enterrer la feuille morte.


Ecrit pour le Défi du samedi n° 534 à partir de cette consigne : gastéropode.

Ce texte répond aussi à la consigne n° 10 de Treize à la douzaine.

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21 novembre 2018

POUR CONFORTER L'ONCLE WALRUS

J’ai vu le teaser de la saison 24 de « A la recherche du temps perdu » ! J’ai trouvé ça écotoxique ! 

Difficile de trier le bon grain de l’ivraie dans ce soap-opéra ! La multiplication des personnages qui s’apostrophent, se mettent la pression, s’écharpent ou au contraire se boujoutent, se poutounent, se doucinent ou carrément se catleyent entre deux bouffées de vapoteuse, toutes les taches aperçues sur le buvard des scénaristes nous laissent renifler qu’on ne verra pas encore le bout de l’histoire au terme de ces épisodes-là ! Ils se sont gardé l’option d’une saison 25 ! Ca doit leur rapporter, quelque part, à ces travailleurs détachés  en voie de boboïsation ! Enfin, c’est l’opinion que je me forge.

2018 11 21 Madeleine Proust

Mais s’ils croient que cette version en mapping video projetée sur la façade de l’église de la Sainte-Madeleine sera césarisée, voire oscarisée, ils se mettent le doigt dans l’œil jusqu’à l’omoplate ! On ne pouvait déjà pas se sentir bien dans son assiette après avoir ingurgité le teppanyaki de biscottes trempées dans le thé du frotteur prétentieux qui a pondu le pitch, alors cette déclinaison tire-à-la-ligne, alambiquée et quasi soaporifique, quand elle sera diffusée, moi je lui dirai niet ! Même pas en replay ! 

Et pour longtemps ! D’ailleurs, moi, dès ce soir, je me couche de bonne heure !

Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean d'après la consigne
des Impromptus littéraires du 19 11 2018
et d'après celle de Treize à la douzaine de novembre 2018

19 novembre 2018

GERMAINE QUINGE ED NOM ! *

Lakévio 130 20809163

Voici l'heure où commence l'histoire de Germaine Malorthy, du bourg de Terninques, en Artois : c’est neuf heures du matin. Elle installe ses 90 kilos, clope au bec, au volant de sa vieille Renault 5 et, toussotant autant que le moteur, s’en va cahin-caha vers Arras toute proche.

Elle se gare près de l’hôtel de ville, s’extirpe de la carcasse piquée de rouille et se rend au service de l’état-civil. Elle prend un ticket et son tour dans la queue.

- Qu’est-ce qui vous amène, chère Madame ? demande aimablement l’employé faux-cul en contemplant le laideron dépenaillé qui vient de s’asseoir face à lui.

- Ben v’là ! Je n’n ai marre qu’in m’appelle toudi Germaine ! I’ m sanne que tout l’monde y s’fout d’mi à cause ed cha. Ch’est possibe eud quinger d’nom et d’ prénom ? **

- Mais bien entendu, chère concitoyenne ! Du moment que vous ne souhaitez pas devenir Fañch Le Marrec avec un tilde breton sur le n, Mohamed Merah, Mégane Renault, Ikéa Rogntudju, Rambo Livi ou Nutella Téoula, tout est possible, tout est réalisable. L’identité est à la carte ! Vous avez d’ailleurs peut-être établi votre choix avant de venir formaliser ?

- Oui ! Ej voudros ben qu’in m’appelle Lakévio Ambato ! ***

- Lakévio Ambato ? Très joli choix, Madame ! Un petit côté latin, exotique, méditerranéen ! Je vous félicite, c’est une très bonne idée. Je vous établis les papiers tout de suite. Voulez-vous bien entrer dans la cabine du photomaton pour que j’appose une photo récente sur votre carte ?

Germaine lève sa graisse et s’exécute. Elle entre tant bien que mal dans le photomaton. Quatre coups de flash plus tard, Lakévio Ambato en ressort : svelte, dynamique, élégante, mince, racée, c’est une autre femme. Ses cheveux sont si légers qu’ils sembleraient flotter dans le vent s’il y avait un souffle d’air quelconque dans la mairie d’Arras. Ce prénom de Lakévio lui va très bien au teint.

L’employé lui tend ses papiers. Elle règle le montant du timbre fiscal, sort de l’hôtel de ville sous le regard de loup texaveryen de tous les individus de sexe masculin présents en ce lieu.

Parvenue là où Germaine avait garé sa R5, elle sort ses clés de voiture de son sac et ouvre la portière de la Ferrari GTC4 Lusso blanche. Elle démarre, prend la route de Paris puis celle du Sud. Le trajet se passe sans encombre. Il y a juste, de temps en temps, une petite voix intérieure du moteur qui émet un son comme « Si j’aros su ! Si j’aros su ! » ou « Si j’aros su, j’y seros allé avant !». ****

Lakévio 130 121799831

Tableau de Carrie Graber

En rentrant le soir dans sa villa du Lubéron, Lakévio va piquer une tête dans sa piscine. Puis c’est l’heure de passer à table.

- Nestor, commande-t-elle au majordome. Vous demanderez à Joseph de porter la voiture au garage demain. Elle fait un curieux petit bruit lorsque je fais des pointes de vitesse. Dites-lui aussi que nous prendrons la Rolls pour aller flamber à Monte-Carlo demain soir.

- Bien Mademoiselle !

Lakévio 130 57786500Le repas d’Honorine est excellent comme à l’habitude et pour terminer la soirée Lakévio hésite entre la relecture d’une nouvelle de Francis Scott Fitzgerald dans le recueil « Un diamant gros comme le Ritz » ou la consultation d’un documentaire sur Rome sur le home cinéma. Ou peut-être rien : c’est si bon de revenir chez soi et de s’y sentir bien ! Dehors la nuit noire et le bruit assourdissant des criquets s'étendent de nouveau, maintenant, sur le jardin et la terrasse, tout autour de la maison.

Traduction des phrases en Ch'ti :

* Germaine change de nom

**  Voyez-vous, Monsieur l'employé, je suis lasse de porter ce prénom Germaine. Il me semble que ce patronyme fait naître moult moqueries chez mes contemporain.e.s. Me serait-il possible de changer d'identité ?

*** Effectivement, j'aimerais assez me faire appeler Lakévio Ambato.

**** Si j'avais su, j'y serais allée bien avant !

Les deux photos sont empruntées à Lakévio.

Ecrit pour le jeu de Lakévio n° 130 d'après cette consigne

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