27 novembre 2019

ENCORE EUX ?! (1)

04 Rimbaud en 1862 à l'insrtitut Rossat

La vivacité d’esprit, c’est ce qui fait le bon élève. Il sait, de manière inconsciente, le jeu de la tour de Babel et pour peu qu’il naisse à l’époque où l’on enseigne le latin, le grec et les langues étrangères, il fait passer d’un bord à l’autre des vocables du dictionnaire, il traduit tout. Il y aura donc version et thème, rédaction, assouplissement, remise de prix d’excellence et puis, puberté obligeant, rébellion envers le parcours tout tracé par la société.

On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans et moins encore quand on n’a même pas cet âge. On accorde confiance aux proverbes : on croit que la fortune sourit aux audacieux. Arthur brûle le dur et se retrouve en taule plutôt qu’au mont Parnasse. Vous imaginez ce monde-là, kafkaïen avant l’heure, où chaque dévoiement, fût-il si innocent, mérite la prison ? Où tout soulèvement, comme celui de la Commune de Paris, appelle du pouvoir le massacre ou l’exil dans des bagnes lointains ?

Tout pour lui finira, de façon plus badine, dans les mains des sœurs Guinche. Elles chercheront des poux dans la tignasse du beatnik, lui fourniront tout le papier qu’il va noircir avec ses textes incendiaires. A Douai a atterri un élève doué dont il nous reste les cahiers qui ont failli être brûlés.

Mais la fugue est restée en travers du gosier de la mère. Vitalie le réclame, son fiston. Et quand le professeur-rimailleur-sauveteur ramène à Charleville l’adolescent fugueur il pleut. Il pleut des baffes sur Arthur et des noms d’oiseaux sur Georges Izambard. Dans la religion, c’est comme dans la chasse, on fait boire le calice jusqu’hallali. Izambard s’enfuit, piteux, déconvenu et en convient : la bigote n’aime pas Hugo(te) !

Verlaine et rimbaud à londres par regamey_220x256Après… Après on y verra, dans cette histoire, toutes sortes d’abominations. Je ne reconnais là qu’une forme d’adultère et encore, sans avoir aucune preuve de la consommation. On a tant bu, tant bu chez les Vilains bonshommes qu’on se retrouve soûl à monter à quatre pattes l’escalier de la chambre chez Verlaine, enfin chez de Fleurville, où la très jeune épouse, Mathilde, enceinte, dort.

Bientôt, de chambre en chambre, l’insupportable ado, le punk à chien sans chien sème les graines du scandale. Un jour deux hommes partent vers d’autres aventures, l’un laissant derrière lui femme et enfant à naître. C’est à Bruxelles puis à Londres qu’ils vont taquiner la bouteille, la Gueuze, la gueuse, le coup dans l’ale, d’autres drogues, haschisch, opium, prostituées, bibliothèque, jusqu’à ce qu’un jour de juillet 1873 un coup de revolver tranche le nœud gordien de cette cohabitation insensée, mette fin à la domination de celui qui préfère l’impair par celui qui préfère traiter de rinçures ce qui restera à jamais comme le plus bel héritage de la poésie française du XIXe siècle. Rimbaud entreprit ensuite, sans revenir jamais ni sur ces illuminations ni sur cette saison en enfer de devenir un simple, un misérable, un abracadabrantesque vagabond.


Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le mardi 26 novembre 2019

d'après la consigne-ci-dessous.


N.B. La première photo représente la classe d'Arthur Rimbaud à l'Institution Rossat en 1862. Il est le troisième élève assis au premier rang en partant de la gauche.

Le dessin qui représente Verlaine et Rimbaud à Londres vers 1873 est de Félix Régamey.


23 novembre 2019

ALOUETTE, GENTILLE ALOUETTE !

Doit-on écrire "yaourt", "yahourt", "yogourt" ou "yoghourt" ?

Je m’en fiche ! Moi ce qui m’intéresse, c’est de pédaler dedans ! Et même la semoule des quatre jeudis peut faire l’affaire !

Il n’empêche, je ne suis pas peu fier cette semaine d’être venu en aide à mon oncle préféré et d’avoir retrouvé, chez Madame Beuneufeu, mon ancienne mère nourricière, la chanson que chantait sa maman à lui.

Pas peu fier non plus d’avoir retrouvé la partition et d’avoir enregistré la chose qui datait quand même de 1857 et semblait totalement tombée dans l’oubli.

Quel rapport avec le yoghourt ou le yaourt, Joe Krapov ?

Essayez donc un peu de chanter avec moi le « Lirli ! Lirli ! Lirli ! Lirli ! Lirli ! Relireli ! Relireli ! Relireli ! » et vous verrez si vous n’en faites pas ! 


P.S. Pour les historiens de la chanson :

« L’Alouette gentille… » figure ici : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k109059s/f229.item
au sein du poème XXXVII, "La vierge aux souvenirs" dans un recueil de François Barrillot intitulé "Les Vierges" et paru en 1857.

La partition figure à la page 122 du «Livre de musique» de Claude Augé paru à Montréal vers 1920 et disponible en pdf ici : http://encrages-studio.com/wp-content/uploads/2016/05/lelivredemusique00aug.pdf

Partition complète Barrillot l'Alouette

Ecrit pour le Défi du samedi n° 586 à partir de cette consigne : yoghourt

Posté par Joe Krapov à 09:26 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

20 novembre 2019

O CYRANO NOX

Monsieur Cyrano de Bergerac
A bord du paquebot RMS Titanic
ou plutôt sur les quelques planches qui en restent,
quelque part dans l’océan Atlantique.

Monsieur Lechat-Botté
Chez le Marquis de Carabas
Quelque part entre Mamers et Louailles dans la Sarthe

Sur un radeau de fortune le 15 avril 1912

AEV 1920-09 Cyrano et Chat botté

Cher Monsieur Lechat-Botté

Je vous passerais bien un sacré savon si je pouvais ! Je sais bien que vous et vos pareils n’aimez pas trop la flotte mais figurez-vous que moi non plus. Et pour l’heure pourtant sur mon îlot flottant j’ai la vague impression que j’en suis très entouré.

Hier soir, dans les salons de première classe, j’avais demandé au maître d’hôtel un whisky avec un cube de glace. Je ne m’attendais pas à ce que le glaçon fût si gros. Est-elle véritablement bien réglée la baguette de la fée Clochette que vous m’avez confiée lors de notre rencontre à Paris ?

C’était bien gentil à vous de la lui avoir chat-pardée et plus encore de me l’avoir offerte. "Avec cela, m’avez-vous dit, vous allez pouvoir réaliser vos désirs les plus fous. Vous pourrez même voyager à travers le temps !" Mais de fait, quand j’ai demandé à l’instrument de m'emporter jusqu’aux Etats-Unis d’Amérique et de m’arrêter à la date du 21 juillet 1969, ça n’a pas marché sur la Lune, pas marché du tout. Je n’ai pas pu vérifier si un homme du futur marcherait un jour sur le sol de notre satellite et confirmerait la véracité de mes propres récits. Va te faire lanlère pour la Lune, Savinien ! Voyez comme c’est con : la baguette m’a déposé à Southampton, Angleterre, le 10 avril 1912.

Tant qu’à faire d’être là, plutôt que d’aller vous retrouver, vous et vos confrères, autour du Cabaret du Chat noir, je me suis offert ce dont je rêvais depuis longtemps aussi : une croisière ! La baguette de Clochette est un véritable agent de change : vous lui confiez un écu, elle le transforme en une valise pleine de livres sterling. Je menais donc la belle vie sur ce paquebot luxueux, me gavant de mille-feuilles à chaque fin de repas, pratiquant l’escrime avec de fiers bretteurs dans la salle de sports du pont n° 3, assistant à des conférences passionnantes comme celle d’avant-hier sur le pluriel des noms composés ou celle d’hier sur les soutiens-gorge de la Joconde.

Il y a celui qui soutient les faibles, maintient les forts ou ramène les égarés. Celui de Mona Lisa fait tout cela à la fois et c’est à dessein, sachant que vous êtes en période de chaleur et que vous maroulez toutes les nuits dans vos bottes, que je n’en dis pas plus sur cette échappée du musée du Louvre. M. Apollinaire qui contemple la Seine depuis le pont Mirabeau entre deux alcools a été disculpé du cambriolage mais la piste des Etats-Unis tient toujours. J’espère juste que le tableau n’était pas à bord du Titanic et qu’on le retrouvera ailleurs plutôt qu’au fond de l’océan où il aurait coulé sinon la nuit dernière.

Si la bouteille vide dans laquelle je glisse ce message en forme de SOS n’arrive pas très vite sur une plage, je crains fort de toucher le fond moi aussi dans les jours qui viennent. La baguette magique de la fée Clochette ne m’est plus d’aucun secours. Elle ne fonctionne plus. L’étoile qui en ornait l’extrémité a disparu et je ne vous remercie donc pas de ce cadeau empoisonné. Pour une fois, je l’avoue, j’ai manqué de nez.

J’espère simplement que je serai vengé un jour. J’ai fait télégraphier à ma cousine Roxane pour qu’elle vous mette la police aux fesses. Si l’’inspecteur Peter Pan vous met le grappin dessus et que vous aussi, tel le greffier de la Mère Michel, vous terminez votre vie en civet, je n’en serai pas plus marri que cela.

Mes amitiés au marquis et à la marquise de Carabas. 



Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le mardi 19 novembre 2019

à partir de la consigne ci-dessous.

Posté par Joe Krapov à 21:29 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

L'APPEL DE LA JUNGLE

Youyou ! Alors, Tarzan ? T’as core raté la liane de 8 h 47 ? Té t’as écrasé sur les marches du Teuneubeu à Rennes, samedi soir ? Pourquoi qu’ t’as pas appelé Tata Marleau à la rescousse ? Ej te l’aros dit, mi, qué té jouos gros à faire eul pompier pyromane avec tin copain américain ! A moins qu’y vienne d’un pays d’ù qu’ya dél neiche et d’ù qu’un peut sortir Popaul en skis !

Chés filles alle y ont coupé l’chifflot, à ch’l’accusateur accusé ! Alles y ont foncé d’ssus tout schuss et y’ont fait s’n’affaire, à Dreyfus !

Mais t’inquiètes pas pour cha, Tarzan ! A mi té m’finds pas l’cœur, comm’ qu’un dit dins l’partie d’cartes eud Marcel Pagnol ! Ti t’as ouvert eul débat et chés camarates alles t’ont dit : « Ferme eut’ trappe !».

Y’a juste eun’ zigue ed cacoule qui m’chiffonne dins t’n’histoire : je n’savos nin qu’y avot un féminin à as-censeur !

Té f’ras eun’ baisse pour mi à Jane et à Cheetah et aussi aux pumas qui piaillent dins chez bett’rafes !

Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le mardi 19 novembre 2019

d'après la consigne ci-dessous.

09 novembre 2019

TÉ VEUX PAS UN CÔ D'RAMON, NON PUS ?

Euch chus d'accord, eum'n onque ! Ch'est à mi, cheul wassingue !
Pas la pein' eud nous coller un coup d'torchon pour cha !


Et puisque cours de linguistique il y a, ajoutons en un autre : 

Putain, putain, nous sommes quand même tous des Européens, non, comme chantait Arno du temps de TC Matic ? Je dois avouer que ces revendications communautaristico-linguistiques me fatiguent un petit peu ! Et comme je me suis accroché gentiment déjà l'autre semaine avec un défenseur du gallo, je ne vais pas en rajouter dans la nostalgie - que je n'ai pas - des Boyaux rouches ou des Ch'tis et de leur "parlache". Et donc je ne vous chanterai pas la chanson mentionnée par Guy Dubois, "Té peux rev'nir, Alphonse" de Line Dariel.

D'une je ne la connaissais pas, de deux je manque cruellement de temps pour la mettre dans ma guitare ou même pour en transcrire-traduire les paroles : j'ai mon ménage à faire, il faut que je passe la wassingue... euh la serpillière dans l'escalier ! 

  

Ecrit pour le Défi du samedi n° 584 à partir de cette consigne : wassingue.


06 novembre 2019

ALLONS, TRAVERSE !

Allons, traverse !
Le feu est rouge !
La forêt flambe !

Oui, c’est l’automne qui allume
Les vieilles feuilles du grand chêne ;
N’attends pas que tout passe au vert :
Entre les deux il y a l’hiver.

191026 265 003 B


Allons traverse
Deux chemins de fer
N’arrêtent pas tes pas d’humain.

Oui c’est l’atelier qui t’attend,
C’est là où sont mes camarades ;
On mettra les mots en salade,
On rira et c’est important.

Allons, traverse
Prends les chemins
Où nul ne va !

Un aller simple pour ailleurs,
Un pas de côté d’alouette,
La sieste à l’ombre des coquettes
Cerises sans merle moqueur.

191026 265 005


Allons, traverse
La muraille
Du quotidien fantomatique !

Derrière, dans un tonneau de vin
Résonne le violon du diable.
Allons, va faire un tour pendable
Jusqu’aux limites du divin !


Allons traverse
Ou sinon prie
Pour ton salut !

Il te faut voler les étoiles
Pour être fiancé de printemps.
Choisis : deviens un émigrant
Ou le dernier des éléphants.

N.B. Les photos ont été prises à Redon (Ille-et-Vilaine) le 26 octobre 2019

Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le mardi 5 novembre 2019

d'après la consigne ci-dessous

19 octobre 2019

CHANSON BLEUE DE TROUBADOUR ?

Je suis allé lire les élucubrations de Madame Wikipe et j’ai encore appris des choses aujourd’hui.

Si j’écris des conneries en langue d’oc au Sud de la Loire et que je les fais chanter par d’autres, je suis un troubadour.

Si j’écris des conneries en langue d’oïl au Nord de la Loire et que je les fais chanter par d’autres, je suis un trouvère.

Si je chante les conneries des autres je suis un ménestrel.

Si je prétends être un baladin, madame Wikipe m’affirme que je suis un saltimbanque.

Je crois que je vais en rester à la définition du groupe Malicorne : « Nous sommes chanteu-eurs de sornettes c’est pour diverti-ir les passants et les fainénants ».

Voici donc spécialement pour vous une petite évocation médiévale signée Robert Marcy (Grand marcy, Robert !) chantée et jouée un peu plus sobrement qu’à l’accoutumée par Joe Krapov le trou… le bal… le mén… votre serviteur !

P.S. Les illustrations ont été recherchées chez M. Google-Images avec les mots-clé  "style troubadour' et "troubadour".



Ecrit et enregistré pour le Défi du samedi n° 581 d'après cette consigne : troubadour

Posté par Joe Krapov à 09:01 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags : , ,

16 octobre 2019

LES BROUTILLES DE GUY BROUTY

Le grand philosophe Lao-Tseu a dit : « Un grand pas pour la Chine résulte d’une construction entre le buffet et le vase » et de fait tout ce qui nous vient de l’Orient extrême atterrit dans notre salon. L’ordinateur, le smartphone, la chaîne stéréo Akai, la revue de sudoku, tout se tient en effet entre le vase Ming hérité de tante Odette et le buffet hérité de l’oncle Henri.

A croire qu’ils se sont décarcassés pour rien les colonialistes des siècles passés ! Non seulement on ne rendra pas le Congo aux Belges, ils peuvent faire tintin là-dessus, non seulement l’histoire de la France en Indochine s’arrête en 1954, une excellente année pour les Bordeaux rouge, la Fédération nationale d’achat des cadres, le rock’n’roll et les admirateurs de Rimbaud qu’elle a vus naître mais on a aussi l’impression, comme disait Ringo Starr, qu’ «Anne d’Angleterre, c’est quand elle est foutue qu’on est le plus tranquille».

AEV 1920-06 Dubou Kama sutra couvEt donc, entre le buffet et le vase, sur la table basse du salon, depuis que Léa est partie avec mon successeur, ce qui trône est encore un grand pas pour l’Asie. Oui, moi je suis comme cela, je mélange gaiement les Chinois, les Japonais et les Indiens. C’est l’édition du Kama Sutra illustrée par Dubout. Le livre est ouvert à la page 69 et on peut lire ceci : «Pratiquée dans l’air ou dans l’eau la position de débordement se fait à deux mais non sans mal. En effet il n’y a pas d’orgasme sans rigidité. Sauf chez les escargots. Si Ada animée ondulait à l’étage la renaissance ossue du sénateur du Lude a quelque chose d’osé mais tourne vite au gag chez les grainetiers moisis – sauf chez les escargots –".

Le Kama sutra ! Je ne l’avais jamais lu, ce livre ! Avec Léa on avait surtout regardé les images et ri de l’agglomération de tétons et de fesses avec lesquelles le dessinateur fou transforme l’attaché au Parquet en victime du harcèlement : SOS hommes battus d’avance ou le monde à l’envers. Tout est tourneboulé, ma brave dame, sauf chez les escargots. Mais n’est-ce pas là l’avenir ?

191006 Nikon 045

Sur mon chemin encore, ce soir, j’ai vu d’élégantes et sportives gazelles courir sauvagement, la queue de cheval au vent, le brassard connecté comptabilisant leurs performances de beautés vénusiennes. Tandis que leurs homologues masculins, en jeans déchirés, les mains dans les poches et les écouteurs sur les oreilles, arboraient l’air plus que las de ceux à qui Petite poissone vient d’annoncer que «Contrairement à ce qui a été prévu, la femme ne sera pas l’avenir de l’homme». Sauf chez les escargots.

Oui, le mâle de demain sera, comme moi, crucifié, cruciverbiste, verbicruciste, il ne cochera plus la bonne case, elles seront toutes noires et il se rabattra, comme je le fais ce soir, en refermant le livre, sur la revue de Sudoku.

Il songera : «Si le sudokiste est celui qui cherche à remplir de chiffres la grille perverse du sudoku, comment nomme-t-on celui qui a inventé ce supplice ? Un kudosiste ?».

Il m’est arrivé aux oreilles que Pompidou à Paris nichait naguère dans les pare-chocs et que son épouse se prénommait Claude. Peut-être est-ce une dame qui a inventé cette torture sur la grille ? Une Chinoise avisée ou une geisha sadique qui aurait fait fortune dans l’édition de guides de voyage et aurait inventé, pour que nous, occidentaux, ne bougions plus de chez nous, ce sport en chambre pour séparés ?

Une spécialiste du secours au voyageur peut donc prendre la moitié jaune et jolie d’une tour du Japon et nous la balancer sur la tronche en même temps qu’un paquet de mangas, comme les Américains ont fait avec leur culture aux lendemains des deux guerres mondiales ? C’est possible, ces choses-là ?

- Oui, répond Lao Tseu. Sauf chez les escargots !

- Mais pourquoi, Lao Tseu ? demandé-je, abattu, avant de m’endormir dans mon grand lit désert.

Et le philosophe de répondre :

- Ceux qui sont là juste pour regarder ou ceux qui donnent un coup de main en excédent sont encore plus dangereux avec des cornes.

 

Pondu à l'Atelier décriture de Villejean le mardi 15 octobre 2019
d'après la consigne ci-dessous.

Posté par Joe Krapov à 18:26 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : ,

13 octobre 2019

QUESTION EXISTENTIELLE

Est-ce que les PAPOUES ont besoin d'une SOUPAPE ?

 

Ecrit et enregistré pour le Défi du samedi n° 580
à partir de cette consigne : soupape.

09 octobre 2019

L’OCÉAN DES CENT TYPOS : JOURNAL DE BORD DE « LA CACAHUÈTE »

1er janvier.

AEV 1920-05 Pepito Cacahuète

Eh bien dites donc ! Ma doué béniguet ! Aussi vrai que je m’appelle Pépito je n’avais jamais vu un grain comme celui-là et je pense que nous l’avons échappé belle ! Quelle tempête, mes aïeux !
La Cacahuète, notre bien aimé navire, a résisté aux éléments déchaînés mais elle y a laissé des plumes. Des pelures, devrais-je dire. Le grand cacatois est par terre, ça désole Bec de Fer notre perroquet mais aucun des mâts n’est cassé. Maintenant que le vent est tombé les flibustiers Ventempoupe et La Merluche s’occupent à réparer mais j’ai bien peur que nous ne soyons déroutés pour longtemps. Les instruments de mesure du bord ne répondent plus : le sextant est tout mou, l’aiguille de la boussole tourne sur elle-même de façon démente et les cartes marines sont toutes délavées suite aux paquets de mer que nous avons encaissés.

Comble de malchance j’ai bien l’impression que nous sommes passés par le détroit de Clarendon ce qui nous ferait naviguer à l’heure actuelle dans l’océan des Cent typos. Si c’est bien cela, c’est une catastrophe. Les légendes des anciens racontent qu’il y a ici un certain nombre d’îles habitées par des monstres ou des peuplades inconnues aux moeurs bien plus cruelles encore que celles des plus fieffés pirates de La Tortue ou de Las Ananas.

Mais bon, je vais m’arrêter d’écrire pour aujourd’hui. Je vais remonter sur le pont avec une bouteille de ratafia de ma réserve personnelle : c’est la nouvelle année, quand même ! Ca se fête ! Buvons un coup, buvons en deux à la santé des jours heureux ou malheureux qui nous attendent !

2 janvier au matin.

AEV 1920-05 Pepito barque

« Terre à bâbord ! » a hurlé ce matin notre singe Perruche qui occupe là-haut le poste de vigie. Nous avons aussitôt mis le cap sur cette île car nous avons besoin de refaire nos réserves d’eau douce. Dans la longue vue, au fur et à mesure que l’on approche, je suis étonné par la forme du rocher au centre de l’îlot. Quelque chose cloche. On dirait bien que c’en est une. Une cloche. Mon second, Crochette, à qui je me suis ouvert de mes inquiétudes à propos de San Tipo, enfin de l’océan des Cent typos, est allé farfouiller dans sa bibliothèque. Ses livres et parchemins n’ont pas souffert de l’orage car il les a enfermés dans un coffre du genre île au trésor. Il a trouvé quelque chose de très intéressant, un vieux bouquin du quinzième qui s’appelle « Les îles qui ont du chien » par Daniel Baskerville. En consultant l’index à l’entrée « cloche » nous avons pu déduire, d’après la description faite à la page 38, que nous étions en présence de l’île de Bell.

2 janvier au soir.

AEV 1920-05 Pepito Bec en fer

La Cacahuète mouille dans une baie agréable, un lagon bleu pervenche bordé de deux plages blanches et de cocotiers bien garni. Après avoir jeté l’ancre Ventempoupe a mis une chaloupe à l’eau et nous sommes allés ensemble à terre avec Bec-de-Fer qui voletait au-dessus de nous. Ce perroquet est fort utile. Il nous sert d’interprète. Je ne sais quel âge il a exactement mais à force de voler d’île en île et de répéter tout ce que disent les autochtones lui et ses congénères sont devenus polyglottes. Ils sont d’ailleurs tellement bavards que nous nous demandons parfois s’ils n’ont pas plus d’une glotte.

Nous avons caché la barque sur le bord supérieur de la plage et nous avons grimpé vers les hauteurs. L’île semble inhabitée. Il nous a fallu tracer notre chemin en découpant à la machette les broussailles qui ont poussé au pied des cocotiers. Il y a une odeur très sucrée dans l’atmosphère, c’est très agréable et cela donne une impression de chaleur au creux de l’estomac. Au fur et à mesure que nous montons le sol de couleur marron devient lisse et brillant. Bien vite il ne nous est plus possible d’avancer car ça grimpe trop et nous nous retrouvons au pied d’une haute falaise. Ce territoire semble réellement avoir été coulé dans un moule. Ce qui est posé là sur ce qui devait être auparavant un îlot sablonneux, c’est une cloche géante fondue dans une matière inconnue.

Nous sommes revenus sur nos pas, avons repris la barque. L’équipage va débarquer et nous allons bivouaquer ici pour la nuit.

3 janvier au matin.

On a été réveillés à matines par la sonnerie des cloches. En fait ça a été un coup d’escopette tiré par une matrone bien poudrée. C’est une voix de femme qui nous a sonné les cloches :

- Kès vouf outéla ? Cécheunou issitte ! Doucé kvou zète ? Téquila touah ?

Bec de fer a traduit :

- Que faites-vous ici, messieurs ? Vous vous trouvez actuellement sur un terrain privé. D’où venez-vous et qui êtes-vous ?

J’ai expliqué à la dame que nous ne pensions pas à mal et que nous nous apprêtions à repartir après une nuit passée sur la terre ferme. Moyennant quoi un autre Iroquois est venu la rejoindre. Peut-être était-ce son mari ou son compagnon, on ne sait plus comment dire maintenant avec toutes les sortes d’unions qu’on voit aujourd’hui.

- Nous sommes Constantia et Caslon Bodoni, fournisseurs officiels de sa Sainteté le Pape en chocolat de Pâques. Peut-être souhaitez-vous, avant de repartir, visiter notre usine ?

Le mot « usine » était inconnu de Bec de Fer et de nous-mêmes mais le ton de l’insulaire était devenu très civil pour ne pas dire bien urbain. Bec de Fer a traduit notre « Très volontiers, cher Monsieur » en « Pakinpeu Monpott » et le couple de « chocolatiers » nous a emmenés vers la cloche.

Là-même où nous avions rebroussé chemin hier il y avait un sentier étroit que nous avons suivi sur près de cinq cent mètres. Nous avons débouché sur une place et vu dans le rocher marron un grand portail ouvert par lequel nous avons pénétré dans une manufacture. Dans l’immense cloche en chocolat des ouvriers s’activaient en tapant à la pioche à en extraire de gros morceaux. Plus loin des dames en tablier coiffées de toques blanches faisaient fondre ceux-ci et versaient le liquide obtenu dans des moules rectangulaires.

- Nous n’avons jamais vu cela ! avoua Ventempoupe. Ca a l’air bon, en plus !
- Séduj amévuh ! Séd labalh ! a traduit bec de Fer

Normal, répondit Caslon Bodoni. Le secret est bien gardé. Votre pape ne tient pas à ce que le chocolat se répande dans le monde. Avec le chocolat, plus besoin de religion, le paradis est sur la Terre, plus besoin de croire, d’obéir et de subir.

Dans la langue originelle nous avons entendu « Motus papus secretus chocolatum dynamitam ».

Après qu’il eut dit ça nous avons commencé à craindre pour nos fesses. Puisque nous étions désormais dépositaires du secret, quel sort allait être le nôtre ? Les Bodoni ont dû sentir notre inquiétude car ils nous ont dit :

- Vous pouvez reprendre la mer tranquillement. Vous ne risquez pas de raconter cette histoire à qui que ce soit. Nous seuls, dans l’océan des Cent typos, connaissons le seul chemin qui mène à Rome.

Ce que Bec de Fer n’a même pas eu besoin de traduire :

- Passortih de l’oberjum, Pepito !


Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le mardi 8 octobre 2019
d'après la consigne ci-dessous

Les illustrations sont bien évidemment de Bottaro