05 juin 2019

L’ACCORDEUR DE CIGALES

Tout a sans doute commencé à cause de l’accordéoniste. Il s’est incrusté dans une discussion entre Nathalie et Monique dans la salle des périodiques de la Bibliothèque universitaire où je venais d’atterrir. Dans toute la joyeuse bande de mes collègues d’alors j’avais réussi à en embarquer trois dans ce projet musical totalement au diapason du Jack Lang de 1981 : descendre dans la rue le jour de la Fête de la musique et donner à entendre et à voir son savoir-faire de tapeur de casseroles, de frotteur de violon ou d’élytres, de joueur de piano debout ou de chanteur de salle de bains.

Ce n’est pas pour embêter la fourmi mais moi je suis du signe de la cigale et mon instrument c’est la gratte, la guitare. Je souffle également dans des harmonicas et mon inspiration pour ce jeu de souffler-aspirer dans un « ruine-babines » vient de Neil Young plus que de Bob Dylan. Encore que les modèles français que j’ai eus dans l’enfance s’appelaient plutôt Albert Raisner ou Antoine. Ce dernier, dans ses « Elucubrations » de 1965 ou 66 nous gratifiait de deux petites notes par-dessus ses chemises à fleurs à la fin desquelles il proclamait : « Oh ! Yeah ! ». 

A l’époque Sheila chantait « Le kilt », « Petite fille de Français moyen » et « Le Folklore américain ». Il y avait plein de joyeux loustics qui avaient débarqué avec des guitares électriques et il fallait choisir son camp entre Beatles et Rolling Stones. Mais on pouvait aussi préférer la guitare sèche du moustachu de Sète, l’oncle Georges B. avec son « plonk plonk » régulier qu’on appelle la pompe.

Mais je m’égare. Tout ça c’était bien avant qu’on fasse la connaissance de ce pharmacien à thèse tardive – il ne l’a toujours pas soutenue - qui jouait de l’accordéon. Il m’est arrivé plus tard de chanter avec lui du Bruce Springsteen (« Pay me my money down ») mais jamais de morceaux de Neil Young.

Donc l’accordéoniste, Hervé, s’est joint à nous, a tenté de se mettre en osmose avec notre répertoire de javas folles et de tangos stupéfiants pour que finalement, sur la petite place derrière chez nous, nous produisions sans recevoir top de quolibets la première prestation des « Rats déridés » ce 21 juin 1998 dans la bonne ville de Rennes.

Vingt ans ont passé depuis, la chorale a grossi puis s’est éteinte, puis s’est transformée en Club des 5 et j’en ai à nouveau deux autres sur les bras. Grâce à l’informatique et à cause de la nécessité de transposer la tonalité des partitions pour les joueurs de piano à bretelles sans capodastre, j’ai fait d’énormes progrès en solfège. Mais franchement, être accordeur de cigales, quel turbin ! Que devrait dire vrai un chef de chœur, quel enfer vit-il, le roi de la polyphonie ? Parce que moi, mes cigales chantent à l’unisson. Une fois sur deux j’oublie de leur faire faire des vocalises mais il me semble bien que le quart d’heure qu’elles passent à bavasser entre elles avant de pousser la moindre note est un exercice de mise en voix bien plus efficace que les « Rheu Keuh Tseuh Keuh », le « Chênehutte-les-Tuffaut » ou le « La belle eau, la belle eau, la belle eau » que j’ai pratiqué en tant que choriste de 2008 à 2018 au sein de la Chorale Héloïse, le lundi soir, rue de Redon.

Quand je jette un œil sur cette activité musicale continue je me questionne cependant. Ne serais-je pas plutôt une très patiente et très utopique fourmi rêvant que de ces gosiers de bavardes sortent des watts Castafioriens, des habaneras de Carmen bien en place, des « Eaux vives » habitées ou des « Emmène-moi » chavirants ?

AEV 1819-03 la-cigale-et-la-fourmi B

Je réussis désormais à accompagner deux accordéonistes tatillons, un violoniste souple et des joueurs de ukulélé de rencontre. Personne ne joue du xylophone avec moi et Jean-Luc Godard a encore oublié son ocarina – pardon, son Anna Karina – dans les limbes des années soixante évoquées plus haut.

Mais toutes ces prestations déjantées, du « Meuh Meuh Meuh font les vaches » donné sur la place de la Mairie de Rennes au « Yoga de la narine » balancé sur la scène du « Diapason », du « Galette saucisse je t’aime » envoyé à l’A.G. de la Maison de quartier de Villejean à cet « Homme debout » qui ne doit rien évoquer du tout aux pensionnaires des deux EHPADS où l’on me traîne, tout ce travail d’accordeur improbable n’a-t-il pas pour objectif de réconcilier les cigales et les fourmis dans un même éclatement jovial des muscles zygomatiques ?

Faut-il que j’ajoute « J’ai usé cinq culottes » à la liste de ces gentilles provocations pour me persuader que « Tant que je chanterai, nous serons en été et la vie sera belle » ?

Parce que de toute façon, si on me demande à l’hiver de « danser maintenant », La Fontaine ne sera pas déçu du voyage : la danse et moi, ça fait deux ! Plus que deux, même !

Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le mardi 4 juin 2019
d'après la consigne ci-dessous

Mots insérés : accordéoniste, bande, collègues, diapason, elytres, fourmi, guitare, harmonica, inspirateur, jeu, kilt, loustic, moustachu, Neil Young, osmose, place, quolibet, Rats déridés, solfège, turbin, unisson, vocalises, watt, xylophone, yoga, zygomatique.

 

N.B. La caricature de Joe Krapov en cigale La Fontainienne est toujours due au talentueux Michel Hivert.


25 mai 2019

J’AI PÔ EU L’TEMPS D’L’INTERPRÉTER MOI-MÊME !

DDS 560 Goualante du pauvre jean

Dans la goualante du pauvre Jean, l’eusses-tu cru, il n’est pas question du chat de la mère Michel. On soupçonne d’ailleurs le matou d’être allé chercher fortune ailleurs que chez cette maritorne, autour du Chat noir très précisément. C’est Pierrot, écrivant au clair de la Lune, qui aurait été le dernier à le voir passer sous sa fenêtre.

Pendant ce temps le meunier dort, son moulin va trop vite, il va s’envoler. Frère Jacques lui aussi roupille déjà : il rêve qu’il se trouve dans le palais de dame Tartine ou qu’il est étendu auprès de sa blonde dans un champ de gentils coquelicots.

Tout un folklore de beautés archaïques se baigne à la claire fontaine, file la laine, danse sur le pont d’Avignon ou sur celui du Nord, trouve son mari trop petit tandis que Malbrough s’en va-t-en guerre, que trois jeunes tambours en reviennent en chantant « Le déserteur » de Boris Vian et que Monsieur Dumollet fait de beaux voyages en passant par la Lorraine.

Aux marches du palais on prétend que le roi Dagobert met sa culotte à l’envers et ne sait pas planter les choux à la mode de chez nous.

Finalement c’est Margoton la jeune bergère qui a trouvé le chat de la mère Michel : elle l’a adopté et lui donne la tétée.

Mais tout ça n’est que chansonnette. Si la goualante est une complainte plus ou moins populaire il nous faut entonner le répertoire piaffant de la môme Edith et évoquer quelques épisodes moins glorieux de la misère humaine. Ici on essuie les verres au fond du café, on essaie de voir la vie en rose avec un légionnaire de passage, un accordéoniste au coin de la rue là-bas, un pauvre clown, un Milord abandonné. Chez Cora Vaucaire on trouve des mendigotes sur la butte et chez Mouloudji les amants sont infidèles. Surtout ceux de Saint-Jean.

Dans la belle province on plume l’alouette et on fait raconter leur vie aux phoques d’Alaska. C’est vraiment n’importe quoi, la chanson francophone !


C’est pourquoi, par solidarité avec Dieu, dont je me souviens qu’il est mélophobe, je n’entamerai pas de goualante aujourd’hui !


Ca vous fera des vacances à vous aussi !
 



Ecrit pour le Défi du samedi n° 560 à partir de cette consigne : goualante.

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18 mai 2019

TEXTICULE RIDICULE

DDS 559 nightmaster

Serge avait baptisé sa verge du beau nom de Flamberge bien qu’elle ne fût qu’une triste asperge.

Arthur avait nommé la sienne Excalibur ! Dur ! Dur ! (Pas de bol, elle était molle !)

Elvis avait appelé son tout petit pénis « the real king of Memphis ».

Pascal, son popol pâle se rêvait Durandal.

Balthazar arborait un braquemart prétentieux nommé Dhu al-faqar

Le thermomètre à moustaches d’Eustache s’appelait Fragarach.

Patrick avait une trique dénommée Hal'Gebrik et la biroute d’Helmut s’appelait Ladéroute.

La limace de Wallace s’appelait Marmiadoise.

Le robinet d’Hector s’appelait Occimaure.

Et ça ferraillait dur, toutes ces têtes chercheuses au-dessus des joyeuses, Précieuse, Merveilleuse ! Toutes ces aubergines, Sauvagine, Galatyn ! Tous ces services trois pièces, Murgleis ou Damoclès. Toutes ces opine-du-chef, d’Ascalon à Dainsleif !

Et puis un jour tout s’arrêta. Le zob caleta à l’aube, la quéquette se trouva bête, le petit zozio s’envola, l’organe central partit dru comme Ulysse, le baigneur se rhabilla, le zizi redevint anonyme : un nommé Arturo avait inventé le fourreau ! Tout le monde y rangea son oiseau et l’on porta un slip, même le petit Jésus, si j’en crois Hégésippe *.

 

*Hégésippe de Mécyberne, historien si taciturne que son descendant Stéphane l’avait en berne dans sa turne. Le drapeau royaliste, hein, pas autre chose !

P.S. Pour vous instruire sur les noms des épées, c’est ici.


Ecrit pour le Défi du samedi n° 559
d'après cette consigne : Flamberge

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15 mai 2019

JE VAIS PASSER POUR UN VIEUX CON

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 - Je vais passer pour un vieux con mais je n’ai vraiment pas envie d’y aller dans votre EHPAD !

On croit rêver. Il ne s’est pas rasé ce matin, il traîne encore dans son vieux survêtement informe. Pourtant on vient de lui livrer son repas, commandé chez un traiteur très sélect. Il ne sort plus de chez lui à cause du bracelet électronique et il s’est accommodé fort bien avec le temps de ce studio sans confort. On n’y voit ni télé, ni ordinateur, ni téléphone, ni livres ni rien.

Son statut lui interdit toute communication avec l’extérieur. Ca fait des années qu’il crèche là, tout seul, et, pour un peu, on l’aurait presque oublié. Mais l’année dernière un gouvernement gauchisto-écologique a été porté au pouvoir. Une loi a été votée pour que les prisonniers âgés puissent bénéficier d’un placement-déplacement en établissement hospitalier pour personnes âgées dépendantes. Mais lui ne veut pas.

- Enfin, Monsieur Ghosn, lui explique-t-on, ce sera un peu comme si vous recouvriez la liberté !

- Pas dans ces conditions-là. Si c’est pour devoir se farcir des après-midi karaoké et des visites de chorales approximatives ou d’accordéonistes….

- Vous n’aimez pas l’accordéon ?

- Pas quand l’accordéoniste chante faux !
 

Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le 14 mai 2019
d'après la consigne ci-dessous

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QUAND ON EST DEDANS, ELLE EST BONNE !

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- Quand on est dedans, elle est bonne ! Le tout c’est de s’y mettre !

On l’a trouvé par hasard ce bord de mer idyllique. Parce qu’on en a soupé des campings avec animations le soir (concours de pétanque, soirée moules frites, karaoké, soirée disco à la piscine) on a cherché sur Internet et trouvé en vrai le camping idéal.

C’est à Poulennou dans le Finistère. Loin de tout mais on a pris les vélos pour aller au marché à Cléder ou Plouescat. Le port est à deux cents mètres au bout du camping et la plage à un kilomètre mais on est de bons marcheurs. Il y a même une anse naturelle dans laquelle on peut se baigner sans être bousculé par les vagues.

Elle, elle se baigne tous les jours mais lui n’a réussi à y entrer les épaules que le dernier jour. Il a eu l’impression de se faire cryogéniser par les transhumanistes de Google !

Ca, c’était l’année dernière. Depuis, tout au long de l’année, elle va se retremper le lundi après-midi dans la manche mais plus à l’Est : elle fait du longe-côtes à Saint-Malo, même l’hiver, même s’il pleut. Ui joue aux échecs au chaud.

Et puis récemment on a décidé d’aller faire un tour à Sète. Voir ce qui reste de Georges Brassens là-bas, découvrir la fameuse plage de la Corniche où il aurait voulu être enterré. Revoir la grande bleue.

La météo promet du beau temps alors, par plaisanterie, au moment de boucler les valises on demande :
- Tu emmènes ta combinaison de longe-côte ? Ton maillot de bain ?
- Ah surtout pas, répond-elle avec véhémence. Je ne me baigne pas dans la Méditerranée. Je me souviens encore du bain à la Napoule dont je suis ressortie toute poisseuse. Et puis maintenant, avec tous ces cadavres !

On éclate de rire parce qu’on s’attendait à tout sauf à cette réponse-là. Et puis on se retient d’ajouter cyniquement :

- Quand on est dedans elle est bonne ! Il suffit de s’y mettre !

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Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le 14 mai 2019
d'après la consigne ci-dessous


ON N’EST PAS OBLIGÉ DE TOUT BOIRE !

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On n’est pas obligé de tout boire !
Mais ce serait du gâchis d’en laisser.

C’est qu’il est excellent ce champagne de Philippe Doury, négociant en pays rémois. On nous explique qu’il va vers le bio et que ce dernier arrivage dont on nous a servi une bouteille tient déjà compte de cette évolution.

- C’est vrai, il est encore meilleur que d’habitude !

Nous on vit encore sur la dernière livraison mais cette été on organise une grande cousinade alors on va descendre les cartons qui nous restent et celui qu’on va commander à On.

On n’est pas obligés de finir les gressins au pesto, ni les amandes et noix de cajou aux raisins secs.

On n’est pas obligé de reprendre un deuxième café et de l’accompagner d’un deuxième loukoum.

On n’est pas obligé de parler à l’accordéoniste qui nous reçoit de Maria Candido mais une fois qu’on lui a dit le titre de la chanson, il va dans sa bibliothèque et il trouve aussi vite que s’il avait fait une recherche sur Internet la partition imprimée de cette rengaine : Je te le le.

On n’est pas obligé… mais ce serait du gâchis de ne pas jouer et chanter avec lui :

Je te le le
L’avais lélé
Bien dit lili
Que tu lulu
Serais lélé
Bientôt lolo
Ma femme

Je te le le
L’avais lélé
Bien dit lili
Que tu lulu
Serais lélé
Bientôt lolo
Ma mie 

Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le 14 mai 2019
d'après la consigne ci-dessous

ET CE SOIR ?

Et ce soir, il leur arrive quoi aux Bouley et aux Lepic ?

On n’a pas la télé mais on a des collègues de bureau avec qui on finit par aller prendre une pause. Ils vous parlent parfois de ce qu’ils ont vu la veille sur leur téléviseur. C’est comme ça qu’on fait connaissance avec les deux familles de « Fais pas ci, fais pas ça », les psychorigides de droite, les Lepicovsky ou Lepic, et la famille recomposée bobo de gauche, les Bouley.

On a commencé à regarder ça sur l’ordinateur au milieu de la saison 6. On a tenu jusqu’à la neuvière et dernière saison de cette « Famille Duraton » revisitée.

Après, de la même façon que certains vous disent « Je vais relire Proust » on trouve des saisons anciennes chez les soldeurs ou dans les braderies et on achète ainsi la un et la cinq. Il y a aussi les bibliothèques municipales qui prêtent les dévédés de cette série.

Alors un jour on regarde la saison 5 et lui remonterait bien dans le sens inverse : 5, 4, 3, 2, 1. Mais elle a demandé à revoir la 6 puis la 7 et les autres. Alors on a revu la 6 et en ce moment on est sur la 7. A chaque fois elle dit qu’elle ne les avait pas vus, ces épisodes-là.

Comment a-t-elle pu oublier Médusor et Tatiana Lenoir ? Frédérique Bel ne ferait de l’effet qu’aux spectateurs de sexe masculin ?

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Mais lui, sait-il bien encore ce qui se passe dans l’épisode 6 de la saison 7 où les Bouley ont failli divorcer à cause d’un chien perdu et d’un danseur de country ?

Et ce soir ? Il leur arrive quoi aux Bouley et aux Lepic ? 

Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le 14 mai 2019
d'après la consigne ci-dessous

11 mai 2019

GENS D'ARMES ET MARAIS-CHAUSSETTES

170417 265 N 047- Il y a un fou de la gâchette
Qui tire du haut des échauguettes !

- C’est une bien belle cachette !
J’y allais avec dame Huguette
A l’époque de Jeanne Hachette
Pour lui montrer combien longuette
Etait ma jolie barbichette
Et quelquefois même, en goguette,
On s’enfournait quelques brochettes.
Nous nous mélangions les languettes
De frometon de vieille biquette
Sur un fond de fraîche baguette,
Sifflions une larmichette
De cet excellent Get 27
Et de jolis airs de guinguette
Ecrits par un natif de Sète…
Après, en guise de couchette…



 - Il y a un fou de la gâchette
Qui tire du haut des échauguettes !
Soldat, allez lui faire sa fête
Et remisez votre branchette :
Pour avoir l’air un peu moins bête
Fermez un peu votre braguette !

N.B. La photo d'échauguette a été prise à Brouage (Charente-Maritime) en avril 2017

 

Ecrit pour le Défi du samedi n° 558 d'après cette consigne : échauguettes

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09 mai 2019

FANITUDE SÉTOISE

190504 Nikon 195Voilà, je suis en route pour Sète.

Il faut croire que j’ai pris goût au périple touristique nécrophile. Après Charleville-Mézières en 2017, Sète en 2019. Après Rimbaud, Brassens. Mais qu’est-ce que j’ai à marcher sur les traces de ces anciens voyous ? Qu’est-ce que j’espère trouver à Sète ?

Une boîte à lettres au cimetière pour pouvoir écrire à Georges B. ?

Une plaque de médecin indiquant qu’on peut prendre rendez-vous avec le docteur Cléo Decinq à Sète ?

Un café qui s’appellerait « Les Copains d’abord » ? Mais on en a déjà un à Rennes tout comme on a un bistrot nommé « Le Bateau ivre ». Le Funky Munky s’appelait même « Le Rimbaud » lorsque j’ai débarqué dans cette ville d’alcooliques lettrés. Même leur club de foot rend hommage à Stendhal grâce au maillot bicolore de ses joueurs : on y trouve le rouge et le noir.

Ca se peut, ça, un sex-shop appelé « Le Pornographe » ?
Un marchand de chaussures à l’enseigne des « Sabots d’Hélène » ?
Une boucherie Cornes d’aurochs ?
Un EHPAD baptisé « Mon vieux Léon » ?
Le restaurant « Chez l’Auvergnat »
L’Institut de beauté Marquise ?
La crêperie Bécassine ?

190504 Nikon 198

190504 Nikon 176Je n’ai rien préparé pour ce voyage. Je sais juste qu’il y a un cimetière marin à Sète mais nous les Bretons, on a déjà celui de Saint-Michel en grève qui est très beau. Une plage de la Corniche sur laquelle les dauphins ont pour amis d’enfance des gamins moustachus qui fument la pipe et se grattent le ventre en chantant des chansons.

Un étang de Thau, des canaux… et du coup il me revient que cette nouvelle exploration ne sera pas forcément Brassensophile. Peut-être ne ferai-je qu’ajouter un méchant paquet de photographie à mon « Apologie des villes d’eaux » ?

Alors ? Fi des amoureux qui s’bécotent sur les bancs publics » !
Basta des lettres à Rimbaud !
Peut-être ne me faudra-t-il écrire, pour en garder trace, que sept sonnets à la gloire de Sète ?

Ou soixante-dix-sept ?

 

Pondu à  l'Atelier d'écriture de Villejean du mardi 30 avril 2019 
d'après cette consigne

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25 avril 2019

RIMES INSANES OU ANODINES

Si l’on se cantonne
A une comptine
Mettons nos mitaines
Et cherchons fortune
Auprès des sirènes :

1, 2, 3 baleine
4, 5, 6 sardines
7, 8 9 Neptune
10, 11 12 huîtres de Marennes

190418 Nikon 030

Elton John :
Il noie dans le gin
Sa peine de n’avoir pas pondu
L’« Imagine » de John Lennon !

***

Les mandarines
De la patronne,
La poitrine
D’Hélène,
Mylène
La libertine,
Et les tétons de Valentine
Tout ce béton qu’on maniait à la tonne
Tu ne peux plus en parler à personne
Maintenant sans qu’on t’assassine
A coups de hashtags anxiogènes
Du genre de #balance ton échine
Ou de # me too j’te fumigène ! 

***

Si tu bois la liqueur de prune
De dame Eliane
Par-dessus les bières des Ardennes
Qu’elle t’a servies par douzaines
Tu finiras au Doliprane !

AEV 1819-25 prune


***

Les infortunes de Justine,
Le Vicomte de Bragelonne,
Les splendeurs et misères des belles courtisanes,
Le terrible chant des sirènes,
Ce qui se passe à l’Est d’Eden,
Du côté de chez Swann
Ou bien dans les Lettres persanes,
Toute cette littérature est vaine !
Remballez-moi toutes ces tartines :
Je ne suis qu’une paysanne !

AEV 1819-25 bragelonne 

***

Si tu veux toujours rester zen,
Fiche-t-en, de la couche d’ozone,
Du Cameroun,
Des gilets jaunes,
Des fortunes et des infortunes
De toutes ces têtes à couronnes !

Ces très sinistres figurines
Laisse-les dévider leur peine
Sur Youtube et Dailymotion !

Au bord de la jolie Vilaine
Sors tes tartines
Et saucissonne !

Puis déchire à pleines canines
Le gâteau à la frangipane
Confectionné par ta marraine,
Jolie Peau d’âne !

1819-25 peau d'âne arton7993-1450x800-c

***

Caroline Quine !
Caroline Quine !
Non mais quelle conne !
Des aventures d’Alice par tonnes,
Jamais sélectionnée à Cannes
Alors que toujours s’y dandinent
Woody Allen
Sharon Stone
Et les frères Dardenne !

1819-25 Alice chez les stars_
***

Si tu laves ton deltaplane
Dans la machine
Pense à mettre de la Soupline !

***

LE STYLITE

Dieu m’a dit d’aller siffler là-haut sur la colonne
De l’attendre avec un petit bouquet d’anémones
J’ai cueilli des fleurs et j’ai sifflé tant que j’ai pu
J’ai attendu, attendu, il n’est jamais venu

Zaï zaï zaï zaï…

1819-25 Joe Dassin en stylite


Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le mardi 23 avril 2019
d'après la consigne ci-dessous