15 avril 2018

LA COMMUNICATION

Mon Amour
Je me souviens avec bonheur de ce temps-là
Où l’on prenait tant de photos en noir et blanc,
De l’air sérieux que j’arborais en t’attendant,
Ganté de beurre frais comme tout prétendant,
Des cinémas et des théâtres où nous allions…

Pour devenir ton roi de cœur combien n’ai-je pas dépensé ?
Et quelle fougue aussi j’avais la nuit venue !
Quel galant n’ai-je pas été !
Souvent dans ce fauteuil finissaient nos ébats.
Nous en sortions heureux, silencieux, repus
Et nous nous endormions dans la nuit de Paris
Pleins des promesses et des folies de la jeunesse !

Lakévio 103 Fauteuil

- Allô ? Maman ? Comment tu vas ?

- Je n’en peux plus de ce silence, de cette apathie, de ces rébus, de ces bouts de papier illisibles qu’il laisse traîner partout ! Tu te rends compte qu’il écrit aussi la nuit, dans le noir pour soi-disant ne pas me déranger pendant mon sommeil, comme si je n’entendais pas le bruit de son crayon sur le papier !

- Maman…

- Et maintenant, comment je fais, moi ? Alzheimer, aphasique, artiste à l’Ouest, il a toujours cumulé ! Et voilà qu’il se met à tout retourner et à constituer des énigmes en 3D ! Ce n’est plus une maison que j’ai, c’est un musée d’art moderne plein d’installations bizarroïdes. Heureusement qu’elles sont temporaires !

- Maman !

-On me l’avait bien dit que la vieillesse serait un naufrage mais je suis désolée, je n’ai que quatre-vingt-quatre ans ! Je ne suis pas encore allée en Chine, je ne veux pas abandonner la marche nordique, l’art floral, le club d’œnologie ni les voyages et excursions de mon association pour passer mon temps à ranger les gants, les jeux de cartes et les photos que ton vieux débris de père laisse traîner partout !

- Maman…

- Je ne suis pas payée pour vivre avec un sphinx !

- Maman ! Tu devrais voir un psy !


Ecrit pour le jeu de Lakévio n° 103 d'après cette consigne

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DEMAIN LES CABOTS

Demain les cabots
Veilleront en bord de mer
Sur l’éternité

Les hommes seront absents,
Envolés à tout jamais.


Cabotins mondains,
Ronds comme des Botéro,
Leur fête est finie

Les lumières sont éteintes
L’humanité est défunte.

171823 chien bottes


Sculptures laissées
Par les grands dispariteurs,
Les bottes, liées,

Feront sourire à jamais
Les oiseaux et les insectes


Comme ils ont marché
En tous sens, ces arpenteurs
De planètes rondes

Combien de tours, comme Ulysse,
Avant de rentrer chez eux ?


Pénélope attend
Bien plus belle que jamais
Le guerrier fourbu

Il en a, dis, plein les bottes
Et ses guerres sont perdues !


Ô, chienne de vie !
Pourquoi cesses-tu un jour,
Civilisation ?

Qui enterrera, et où,
Le dernier de tous ces hommes ?


Demain les cabots
Qui se nourrissent de pluie,
De vent et semelles

Resteront droits dans leurs bottes
A rire de ces nabots !


Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le mardi 3 avril 2018 

d'après la consigne ci-dessous

14 avril 2018

COMME L’ITALIE ME BOTTE !

Il n’y a rien de tel qu’un atelier d’écriture pour conjuguer le verbe « improviser ». L’animateur arrive avec un thème principal et chacun dans son coin écrit son contrechant par-dessus puis le livre aux oreilles – ou aux yeux - des autres.

Improviser sur le verbe « improviser » est une belle mise en abyme ! J’imagine que beaucoup d’entre vous, devant un champ aussi libre, auront été bien inspiré(e) s. Pour ma part j’ai choisi de vous livrer une improvisation d’il y a quinze jours sur un motif plus astreignant : l’écriture d’une suite de tankas à partir d’une photo !

COMME L’ITALIE ME BOTTE !

Au caillebotis
Bottes vertes, blanches, rouges
Sèchent sur le seuil.

Moi je joue au chat botté
Et je rêve d’Italie.

171823 cochon bottes


Je sais qu’au musée,
Signé par Botticelli,
Le printemps est beau.

C’est incroyable vraiment
Comme l’Italie me botte !

Sur un ferry-boat
J’embarquerais volontiers
Comme Cyrano.

C’est fou – péninsule ou cap –
Comme l’Italie me botte !

Du pauvre goret
Ecoutez la litanie
Quasi-rimbaldienne :

En marche ! Allons de l’avant
Vers l’Italie qui nous botte !

Sur quel paquebot
Embarquer au débotté
Jusqu’à la lagune

De Venise, vers Bologne
Ou vers Naples ou Pompéi ?

D’une périssoire
Peinte hier par Caillebotte
Je ferais navire

Si quelqu’un voulait m’aider
A ramer vers l’Italie.

Dans un port celé
De la mer Adriatique
Nous ferions escale.

Générosité d’autrui
Nous aurions des confitures

Et des marguerites
Sur des pizzas gigantesques
Aux quatre saisons.

Pays de magnificence
Vraiment, l’Italie me botte !

Pour Corto Maltese
Venise serait sa fin.
Moi, pauvre cochon,

Finir en jambon d’Aoste
Je n’y peux rien : ça me botte !


Et si vous voulez de l'improvisation musicale, en voici de la vraie :

Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le mardi 3 avril 2018

et adapté pour le Défi du samedi n° 502

d'après cette consigne : Improviser

11 avril 2018

ALERTEZ LES BÉBÉS !

Alertez les bébés ! Qu’ils se préparent à déployer le drapeau de la colère ! Qu’ils se le disent : il n’y aura pas suffisamment de champagne pour tout le monde ! Et pas plus de caviar pour les autres !

Alertez les bébés ! Il faut qu’ils viennent au monde avec la rage en dedans, qu’ils se préparent à la croisade des enfants ! Qu’ils se prévoient un vieux bras de fer avec un univers pourri dans un no man’s land irradié !

Alertez les bébés ! C’est aujourd’hui, la crise ! La planète Terre est un boxon où l’ange et le salaud doivent se côtoyer, où les robots parlent de l’amour sans savoir ce que c’est et où trois tonnes de TNT font plus d’effet qu’une symphonie des droits de ‘homme.

Alertez les bébés ! Qu’ils gardent un œil sur la bagarre, qu’ils aient le courage de vivre, la fuite dans les idées ! Qu’ils se méfient de ces prophètes proclamant « Ce qui est dit doit être fait » et qui le font ! Qu’ils ne croient pas ceux qui promettent « Demain ça s’ra vachement mieux... surtout si je vous arrache les yeux !" !

Alertez les bébés ! Ils vont tous faire l’objet d’une fiche anthropométrique. Pour peu que les flics fassent de l’excès de zèle ils devront danser la java des chaussettes à clous dans la gueule, coincés entre deux gares, huit jours en Italie avant retour chez eux ! Bonjour le coup de blues ! Autant fumer tout de suite sa dernière cigarette !

Alertons les bébés ! Criez, priez, les bébés ! Pas question qu’en plus vous exprimiez votre vague à l’âme ! Avouer « Maman, j’ai peur ! » serait faire preuve d’un sérieux manque de classe. Si tu as un poil dans la main, Bébé Cadum, fais demi-tour ! Pars en arrière ! Chope la soupape, envole-toi sur les ailes du silence ! Commencer une phrase par « Je rêve… » sera bientôt illicite. Ça l’était déjà d’ailleurs à l’époque de Martin Luther King.

Alertez les bébés ! Moi aussi un beau jour je suis tombé du ciel et j’ai souvent lu sur le menu de ma vie : « Aujourd’hui : blues ». J’aurais bien voulu les aider, les bébés, car en théorie on est là pour ça mais j’suis qu’un grain de poussière, un conquérant de l’inutile, un petit gars du genre tête en l’air, un Buster K. de pacotille. Quand je vois mon portrait dans la glace, je n’ai qu’une seule envie c’est de retourner dans mon aéroplane blindé. Chaque soir, en entrant dans mon lit, j’entends résonner l’hymne aux paumés et je me dis : « Encore une journée de foutue !». 

Il 2018 04 09 Higelin aéroplane blindé

La Cie "Hop là !" interprète "Dans mon aéroplane blindé"

Alertez les bébés ! Le minimum que je puisse faire pour eux, c’est de les prévenir, les bébés : Jacques Higelin ne sera pas plus secourable que moi. Il vient de nous dire « adios ! ». Il ne sautera plus six pieds en l’air, tel un aviateur dans un ascenseur. Exit le captain Bloody Samouraï ! Crashé en beauté, le captain Dodécaphonique Dada ! Fin de la chanson !

Ah la la ! Quelle vie qu’cette vie ! Alertez les bébés ! Un autre fou chantant vient de nous quitter. Si vous voulez vivre agréablement, il ne faudra pas Trénet à le remplacer ! On a mis Jack in the box et on a mis la boîte sous terre. Ci-gît une star.

A plus d’un titre, merci pour tout, Monsieur Jacques !

Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le mardi 10 avril 2018

d'après la consigne ci-dessous

et publié chez les Impromptus littéraires du 9 avril 2018 où il fallait écrire

"à la manière de Jacques Higelin"

09 avril 2018

L’AMOUR EST UNE BOULE DE LOTO

Lakévio 102 Karin Jurick

C’était époustouflant de le constater mais Aurélien et Bérénice étaient bien une illustration vivante du mot «complémentaire».

On peut en juger ici sur ce tableau où ils sont portraiturés de face par Karin Jurick. Et ce même si le cadrage est particulièrement loupé. Parfois l’opérateur est victime de tremblote.

Il se dégage de ses mains de tortionnaire à elle une impression de drame ancien, de tristesse profonde et l’on ne serait pas étonné d’apprendre qu’elle a passé quelques années, plus jeune, à servir dans une armée révolutionnaire sud-américaine ou à purger une peine dans un pénitencier. Voire les deux.

La peine s’est arrêtée quand elle l’a rencontré. Lui respirait la joie de vivre du chanteur de cha cha cha, la légèreté de l’élégant en mocassins. Il oeuvrait au sein de l’orchestre dans les casinos de la Riviera. Il profitait de la baignade dans la piscine des hôtels à Monaco, Cannes ou Jersey et se mêlait aux magnifiques à la Gatsby en faisant comme s’il était des leurs. Il n’était qu’un parasite de ce monde-là, un musicien dont seul le costume était blanc, mais il eût été aberrant de se pourrir la vie avec des concepts crypto-marxistes de lutte des classes ou de révolution prolétarienne. Surtout quand le fait d’arborer un sourire et de balancer des rythmes cubains rapportait autant.

Lakévio 102 Carpe diem mon lapinIl avait perdu la tête pour elle. Elle avait perdu la tête pour lui. Si l’amour est une boule de loto, ils avaient coché les numéros de la grille ensemble et à l’aveugle. Sans se prendre le chou, ils étaient devenus adeptes du «Carpe diem, mon lapin !» si cher aux statues de l’île de Pâques. Qui vivra verra ! Tant que l’on pourra, on en profitera !

Cela dure depuis trois décennies et ils ne s’en lassent pas. En astrologie, il y a des mystères. Lui est natif d’un signe d’air, elle d’un signe de terre. Est-ce lui qui la rafraîchit de son tourbillon de paroles, est-ce elle qui le retient en lui ôtant l’envie de s’envoler volage ?

Il y a d’autres couples dans lesquels l’eau n’éteint pas le feu et où les flammes n’ont pas pour effet l’évaporation du liquide.

Carpe diem, mon lapin ! Ne faites pas ces yeux en billes de loto : certaines et certains parfois tirent le bon numéro. Oui, c’est vrai, c’est une question de chance.

 
Ecrit pour le jeu n° 102 de Lakévio

d'après cette consigne


 

 


07 avril 2018

TOUT ÉBAUBI !

Le gars s’est approché de la jolie femme noire installée au bar et, d’emblée, il a commencé son numéro de rentre-dedans.

- T’sais qu’t’es mignonne à croquer, toi ? Si tu veux je peux te montrer mes pectoraux. Des vraies tablettes ! Je suis sûr que tu vas fondre dès que tu m’auras vu à poil ! Tu vas te liquéfier pour moi, ma petite fée du logis ! Je vais t’appeler « Ma saucière bien aimée » ! Mais j’ai oublié de me présenter : Jeannot Vazy. Je suis emballeur professionnel, je travaille chez Albal. Mais t’inquiète, avec moi c’est toujours carré. J’assure, je suis jamais à côté de la plaque. C’est bien simple je suis toujours fourré au septième ciel avec mes conquêtes. Ca te dit de toucher à ma braguette magique, poupée ? J’ai une heure devant moi.

La fille ne s’est pas démontée.

- Faut pas plaisanter avec la fée Chocolat ! a-t-elle déclaré en faisant apparaître le hashtag #jefrétilledunez suivi du plus commun #balancetoncoupdebaguettemagique.

Le dragueur de supermarché s’est senti tout drôle d’un seul coup dans son slip.

- Euh… Y’a quelque chose qui cloche, mon lapin ! a-t-il balbutié.

- Oui, je sais, c’est Pâques, a-t-elle répondu. Comme tu as l’air d’aimer le chocolat, je viens de te faire cadeau de deux petits œufs enveloppés dans du papier doré et d’un Finger de chez Cadbury. Ta copine va adorer ça ! Et si c’est ta femme, c’est encore mieux !

Elle s’est levée et elle est partie.

Faut pas plaisanter avec la fée Chocolat !

- Au revoir, Madame Lafée ! Bien le bonjour à Monsieur Lafée ! ai-je songé innocemment.

Ou alors, il faut attendre que ses oreilles soient hors de portée de votre voix. Encore n’est-ce pas garanti : il vient de me pousser deux oreilles de lapin sous mon chapeau ! 

180401 Nikon 037

Ecrit pour les Impromptus littéraires du 2 avril 2018 d'après cette consigne

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ÉCRIRE A RIMBAUD. 15, Hystérique

Monsieur Arthur Rimbaud
B.P. 01 au vieux cimetière 
08000 Charleville-Mézières

Mon cher Arthur

 

"Ecoutez la chanson bien douce…" Paul Verlaine / Léo Ferré

Je ne suis pas le mieux placé pour te parler des hystériques. Quoique…

Le hasard fait que je dois aborder ce thème la semaine et le jour-même où Jacques Higelin disparaît du circuit, nous laissant esseulés avec son âme de poète qui court les rues et le souvenir de ses concerts-marathons dont certains relevaient de la folie douce voire furieuse – j’y assistai quelques fois au siècle dernier -. Je présente donc mes sincères condoléances à Dame Poupoune qui nous a réjoui(e)s ici il y a quelques années. Elle n’a rien à voir avec l’hystérie mais elle était La fan n° 1 du grand Jacques français.

En tant que iatrophobe pratiquant, je ne m’intéresse ni à la classification DSM IV ou 5 ni à la psychiatrie et encore moins à la psychanalyse. Il faut bien que tout le monde vive, y compris les émules du docteur Knock – on heaven’s door ! - qui sont toujours prêts à vous déclarer grands malades du moment que vous avez les moyens  de vous allonger et de les allonger. Mais je ne comprends rien à leur charabia, à leur manie d’épingler les papillons que nous sommes et à rédiger des étiquettes avec des noms abscons pour mettre dessous.

Si «l'hystérie décrit un ou plusieurs excès émotionnels incontrôlables», comme l’écrit Madame Wikipe, alors nous sommes tous hystériques.

Verlaine qui tenta d’étrangler sa mère pour lui soutirer du pognon et te tira dessus pour que tu ne te tirasses pas l’était quelque peu.

La houle qui assaille les récifs dans le Bateau ivre l’est aussi !

J'ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries
Hystériques, la houle à l'assaut des récifs,
Sans songer que les pieds lumineux des Maries
Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs !

L'étais-tu, toi ? Il faudrait que je lise cette thèse de Renaud Lejosne-Guigon pour le savoir.

Les jeunes filles qui se pâmaient à la vue des Beatles en concert étaient un bel exemple qui nous fait bien rire aujourd’hui où plus personne ne s’emballe pour la musique devenue gratuite sinon obligatoire. 

Higelin dérange mon plan. Je voulais poser la question « Où donc a disparu l’hystérie ?".  Hier on était Beatles contre Stones, Ricains contre Russkofs, cocos contre fachos, gauchos, trotzkos, socialos et de l’autre côté il y avait "les istes contre les iens » : chiraquiens, sarkozystes, balladuriens, giscardiens, fillonistes…

Maintenant il n’y a plus ni droite ni gauche mais « en même temps »… tout et son contraire, c'est à dire plus rien.

On ne retrouve l’hystérie finalement que dans le domaine du sport. Quel sport pratiquais-tu, cher Arthur, à part le lancer d’anathèmes et de sarcasmes et la marche à béquilles sur ta fin ?

La natation ?

Le judo ?

 Les plus curieux-ses de nos lecteurs-lectrices iront se documenter chez "les Papous dans la tête" qui posaient parfois cette question dans leur émission dominicale !

Moi je n’ai pas le temps. Je suis actuellement un stage d’adaptation au nouveau monde ! C’est vrai, c’est toi qui l’as dit, Arthur : "Il faut être résolument moderne". Je soigne donc mon hystérie en essayant de limiter «mes excès émotionnels incontrôlables». Crois-moi, c’est très dur !

Heureusement il y a « Léo Ferré chante Verlaine et Rimbaud » qui m’aide beaucoup ! Ou pas !

Bon repos à toi – et à moi ! – jusqu’à la prochaine fois !

 

Ecrit pour le Défi du samedi n° 501 à partir de cette consigne : Hystérique

02 avril 2018

J’TE JOUE DE L’HARMONICA

neil-young-1986-2-chris-walter

J’te joue d’l’harmonica où tu veux, quand tu veux !

Il n’y a pas plus vintage, comme instrument ! Plus personne n’en joue aujourd’hui. Les vieux fourneaux de votre connaissance vous déclareront avec la fierté de ceux qui peuvent encore citer Aznavour :

- On a connu Albert Raisner qui en jouait dans l’émission « Age tendre et tête de bois » ! Et je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître !

- Plus tard on a eu droit aux chemises à fleurs et aux élucubrations d’Antoine, le chanteur opticien. Lui ne savait jouer que deux notes sur cet instrument à bouche que les Québécois appellent « ruine-babines ». Après quoi il lançait « Oh yeah ! » et, précurseur en matière de « name dropping », il parlait d’Yvette Horner et de Johnny Hallyday qu’il souhaitait voir enfermé en cage à Médrano. Quel cirque c’était, ces années 60 !

Pour mon collègue René, l’harmonica c’est Bob Dylan.
Pour moi c’est plutôt Neil Young.
Pour d’autres c’est Jean-Jacques Milteau.

Non, plus personne n’en joue. Je suis le dernier à souffler-aspirer dedans par-dessus mon ukulélé. J’te joue d’l’harmonica où tu veux, quand tu veux ! C’est plus facile à transporter qu’une contrebasse !

De la guimbarde ? Non. Je n’ai jamais appris comment ça marchait.
De l’Anna Karina ? Non plus. Jean-Luc Godard interdisait que l’on soufflât dedans. Je crois d’ailleurs qu’on dit « ocarina » plutôt qu’"Anna Karina".


Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le mardi 27 mars 2018 
d'après la consigne ci-dessous

ADAM ET EVE

1718-22 Adam et Eve de Rubens

ADAM – C’est pas pour dire mais je préfère Gand à Bruges. Mais bon… j’dis ça, j’dis rien !

EVE – Alors ferme la ! Tais-toi, oui ! Tais-toi, tu vas dire des bêtises. A croire que tu ne sais faire que ça !

ADAM – Pour être tout à fait honnête avec vous, on était bien sous la couette, tout à l’heure ! Je pense que vous êtes un type dans mon genre. Avec quelques petites différences, bien sûr !

EVE – Abruti, va ! C’est juste insupportable ! Vos bêtises, il faudrait les noter !

ADAM – On peut peut-être se tutoyer ? Vu qu’on va passer pas mal de temps ensemble ?

EVE – Ah non, mon pote ! Compte là-dessus et bois de l’eau ! L’amour popote, ce n’est pas pour moi. Tu vas faire ceinture !

ADAM – En même temps je peux comprendre. Vous n’êtes effectivement pas du genre à prodiguer des conseils affectueux comme « Ne rentre pas trop tard ! » « Ne prends pas froid ! » ou à vous inquiéter : « Où sont les enfants ? ». Là on est davantage sur « Je suis une intello rebelle et toi tu n’as pas lu « Au-dessous du volcan » ! ».

EVE – Vous me flattez, Adam ! Un jour peut-être vous jouerez là, vous aussi, dans la cour des grands. Mais pour l’instant vous avez l’air du type qui a été renvoyé de partout !

ADAM – J’y peux rien ! C’est le dirlo ! Il n‘a pas fait son deuil d’une planète harmonieuse où les hommes et les femmes vivraient, croisseraient ou coasseraient et multiplieraient…

EVE – Vous devriez lire le Bescherelle ! Moi je le lis chez ma coiffeuse, ça aide pour faire des phrases qui tiennent debout. Nous allons vous laisser, mon vieux ! Le monde est vaste, vous trouverez peut-être une compagne à votre mesure ici ou là !

(Elle s’en va).

ADAM – Je sais pas ce qu’on leur a fait aux jeunes mais ils n’articulent plus, maintenant ! Eh oui, mon brave Milou, je me suis pris le premier râteau de l’humanité, aujourd’hui !

LE SERPENT – Je vous prie de cesser de m’appeler Milou. Je suis un serpent, pas un chien ! N’oubliez pas que cette île fait neuf kilomètres carrés et que vous êtes seul.e.s dessus. Elle reviendra vers vous, ne vous inquiétez pas !

ADAM – Oh, je ne m’inquiète pas de cette fille nommée Eve ! C’est juste le dirlo qui me rappelle quelqu’un mais je ne sais plus qui. Un acteur de cinéma ? Un mec à la télé ? On l’a vu dans quoi déjà ?


Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le mardi 27 mars 2018
d'après la liste de phrases de la consigne ci-dessous

31 mars 2018

A LA CASSE ! DIT L’IMPRIMEUR

DDS 500 Sttellla- 500 000 kilomètres au compteur !

- Et vu son état chacun de ceux-ci était un vrai défi !

- Il va en faire quoi ?


- A tous les coups un nichoir à oiseaux !


- On va peut-être moins rigoler, sans elle !


- Pensez-vous ! Elle faisait trop partie des meubles ! Trop vintage ! Même l’agent Longtarin ne la verbalisait plus !


- « Il faut savoir tourner l’Apache » comme dit le Belge de Sttellla.


- Allez, c’est pas le tout ça, le travail nous attend, Mademoiselle Jeanne !


- J’arrive, Monsieur Prunelle ! Bonne retraite, la guimbarde à Gaston !

DDS 500

Ecrit pour le Défi du samedi n° 500 à partir de cette consigne : guimbarde

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