27 juillet 2022

COMMENT NOUS AVONS RATÉ MONSIEUR LUNE !

2022-07-24 - 285 3

J’aime l’été. J’aime l’été quand je suis à Rennes et que j’ai réussi à stabiliser un peu ma virevoltante épouse. Ca ne dure pas bien longtemps, bien sûr – on repart demain pour une virée de trois jours dans trois lieux différents – mais j’ai quand même le droit, quelques semaines par an, de mobiliser son attention sur cette ville de Rennes où elle m’a conduit. C’est vrai quoi, il n’y a pas que Saint-Malo, Lannion et les stages de conte aux quatre coins de la France, dans la vie !

J’aime l’été à Rennes. Je peux piocher des comédies dans les dévédés de la médiathèque des Champs libres, je peux emmener Marina B. aux mercredis du Thabor et à Transat en ville.

Pour qui ne le saurait pas encore, Transat en ville est un festival de concerts gratuits, dans des genres musicaux très divers, qui ont lieu le mercredi et le samedi à 20 heures, place de la Mairie ou dans différents quartiers de Rennes et aussi le dimanche à 16 heures au jardin du Thabor.

J’aime l’été à Rennes et nous aimons aussi beaucoup la charte graphique de Transat en ville. Depuis des années le programme des festivités est imprimé sur un bel éventail en carton que l’on garde ensuite, à partir de septembre, affiché comme décoration sur la vitre de l’armoire aux marionnettes dans notre séjour.

 Transat en ville 2021 recto réduite

Transat en ville 2021 verso réduite

 

220727 Monsieur Lune

Et donc ce samedi 23 juillet, ou 24, je ne sais jamais quel jour on est, je m’empare de l’éventail et je vérifie ce que j’avais pointé. C’est bien Monsieur Lune qui joue ce soir place de la Mairie. Ah que voilà une bonne occasion de réentendre des chansons de Renaud par quelqu’un qui a une plus belle voix que Renaud. Oui, je sais, ce n’est pas difficile, tout le monde, y compris moi, a une plus belle voix que Renaud, ces temps-ci. Passons sur cette méchanceté gratuite, descendons à pied en centre ville et installons-nous sur nos propres pliants derrière les transats mis à disposition par les services municipaux.

2022-07-23 - 285 22

Ah oui, j’oublais ! La spécificité de Transat en ville, c’est que les spectateurs sont affalés dans des transats mis à leur disposition. Très pratique pour les groupes qui bougent un peu, genre salsa, électro ou rock ! Les meilleurs arrivent quand même à faire danser une douzaine de personnes sur l’espace devant la scène. Sinon tu fais ton show et tu te tire ailleurs, après tout c’est n’égal si les gens ne dansent pas ou s’ils apprécient tes morceaux autant que leur hamac au ras du sol.

Il y a cette année de très beaux transats roses ! Une façon, sans doute inconsciente, de rendre hommage à Isaure Chassériau, la plus célèbre des inconnues rennaises qui hélas, n’en profitera pas, coincée qu’elle est dans son transat vertical et ovale du Musée des Beaux-Arts. D’aucuns, qui sont nos voisins, empuantissent l’atmosphère avec leurs barquettes de frites et leur burger inappétissant (oxymore ou pléonasme?) ; la dame noire devant vous expose sa blingblinguerie et ses ongles de deux centimètres de long qui ne quitteront que rarement, toute cette soirée, son téléphone portable. Un type passe dans les rangs et distribue un prospectus avec les dates de concert d’un groupe nommé Babakar en disant aux gens « c’est le concert que vous allez voir ce soir ».

Comment ça ? Et Monsieur Lune ? Et Renaud ? C’est quoi cette embrouille ? Et de fait, sur le coup de 20 heures déboulent trois énergumènes qui envoient des chansons de leur cru, dont certaines très bien, d’ailleurs, mais comme toujours la voix du chanteur est écrasée par les instruments et on perd la moitié des paroles.

2022-07-23 - 285 46

A la fin du set, je m’approche de la baraque officielle et jette un œil sur les éventails indiquant la programmation. Ben oui, c’était bien Babakar qui était programmé aujourd’hui. Monsieur Lune ayant eu un empêchement, ils auraient remplacé son set et refait le tirage du programme sans me le dire ?

Rentré à la maison, je vérifie le nôtre. Monsieur Lune figure bien à la date du samedi 24 juillet mais mon regard tombe alors sur la ligne du haut qui indique 3 juillet – 21 août… 2021 !

Zut alors ! Comment est-ce qu’on fait pour retourner en 2021, maintenant ?

Ce serait bien, finalement, Madame B., de changer la déco de temps en temps, de poser sur la vitre le programme 2022 de Transat en ville qui traîne dessous parmi les suppléments jeux d’Ouest France, les cartes postales des ami·e·s et les tickets de surchauffe de carte bleue – l’été est caniculaire, paraît que la planète se réchauffe ! -.

C’est vrai quoi : c’est bien aussi, de temps temps, d’archiver !
 


08 juin 2021

LETTRE OUVERTE A MICHEL-ÉDOUARD L.

Mon cher Michel-Edouard

Michel Houellebecq et moi-même te remercions des efforts que ton équipe et toi-même accomplissez pour que « le monde d’après soit identique à celui d’avant mais en pire ».

Je n’ai absolument rien à redire sur la succursale de ton enseigne où je me rends tous les lundis matins afin de remplir mon frigo et mes placards de victuailles qui nourriront nos estomacs pendant la semaine. Depuis bientôt vingt ans que j’habite à proximité d’icelle jamais rien de fâcheux ne m’est arrivé en ce lieu. Je mets de côté le fait que nous ayons dû patienter une heure avant de passer en caisse un certain lundi de mars 2020 mais c’était celui du début du confinement et nos contemporains étaient venus remplir leur caddie ® de papier hygiénique et de pâtes par kilos entiers en vue de tenir un siège… qui dure encore.

Aujourd’hui, cher Monsieur L., je suis allé, après mes courses alimentaires, faire un tour dans le magasin où tu vends des produits jugés non-essentiels par notre gouvernement. Je n’ai pas trouvé de livre, de disque, de CD ou de DVD qui m’intéressât au point de ressortir ma carte bleue. Ma maison est déjà bien pleine de ces objets culturels que j’ai achetés par le passé à la FNAC, chez Odyssée, chez OCD et même parfois ici, chez toi.

Je suis donc ressorti du magasin tel que j’y étais entré, avec mon panier de victuailles, mon petit sac à dos accroché aux épaules et ma casquette de golfeur qui n’a jamais touché à un club en soixante ans d’existence. Même pas à l’envers, la gapette, ce qui à priori, ne me fait ressembler en rien à un rappeur des cités sensibles.

Le croiras-tu, Michel-Edouard de mon cœur ? Le portique antivol de ta boutique n’a pas sonné ! C’est normal du reste. Citoyen respectueux des lois et de santé encore convenable, je ne promène pas encore de pacemaker intégré et je n’ai pas pour habitude de dérober illégalement des biens que je peux tout à fait payer de ma poche. Sans être millionnaire et même en étant retraité je gagne correctement ma vie et suis assez sage pour ne pas prendre le risque d’aller en prison, d’aller directement en prison sans passer par la case départ ni toucher frs 20.000.

210608 1529-53534

Mais il se trouve que derrière le portique il y avait ton agent, le vigile Longtarin. Il m’a gentiment intimé l’ordre de lui présenter pour la fouille le panier empli de fenouil, champignons, rillettes de thon, gaufrettes pralinées et crevettes emballées par ton poissonnier, Monsieur Ordralfabétix. J’ai aussi ouvert à sa demande mon sac à dos afin qu’il constate la présence à l’intérieur d’une boîte de cassoulet, d’un litre de lait et d’une bouteille de 33 cl de bière belge, une Corsendonk rousse pour ne pas la nommer, et surtout l’absence du disque de Rosemary Standley «Schubert in love» que je te recommande vivement bien que depuis avril, je ne l’aie jamais vu dans les bacs de ton étage à disques.

J’ai bien craint un instant que ton employé zélé ne cherche à vérifier si je n’avais pas caché un vinyle de Neil Young à l’intérieur de mon slip ! Un slip de sexygénaire est un endroit suffisamment vaste pour qu’on puisse y dissimuler un objet de 30 centimètres de diamètre, non ? Dieu merci, sa suspicion à mon égard n’est pas allée jusque-là !

Il m’a poliment remercié. Je n’ai pas ajouté un mot puisque je n’en avais pas prononcé un seul. Je lui avais déballé mes affaires dans un silence qui confinait à l’obéissance solidaire. J’avais pensé, tout au long de cette interpellation : « Je ne vais pas te chercher des crosses, camarade prolétaire ! On te fait faire un drôle de métier pour gagner ta vie mais je ne vais pas t’engueuler pour l’irrespect que tu me manifestes en me soupçonnant de malhonnêteté. Je comprends bien que c’est du pauvre Michel-Edouard qu’il s’agit. Il faut le protéger de la ruine dont le menacent les gangs de papys kleptomanes, de mamies chouraveuses, de ces septuagénaires pillard·e·s en bande organisée qui ne font rien qu’à l’embêter dans l’exercice de son petit commerce ».

J’ai refermé mon sac à dos, ramassé le petit panier qui me donne l’air d’un con comme dans la chanson « Marinette » de Georges Brassens et je suis rentré à la maison ranger tout cela dans le réfrigérateur et les placards idoines.

Et puis je me suis dit que les occasions de rire en faisant un bon mot sont assez rares et que ce petit incident méritait bien une lettre ouverte. Tu avoueras comme moi, mon cher Michel Edouard, que toi non plus, celle-là, tu ne l’as pas volée !

Ton pas bégueule ami et toujours client pour autant

Joe Krapov

Posté par Joe Krapov à 15:14 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : ,