07 avril 2020

CONSIGNE D'ÉCRITURE 1920-25 DU MARDI 7 AVRIL 2020 A L'ATELIER DE VILLEJEAN

Les Inconnu·e·s sur la photo

 

Que faire des photos ratées ? Des photos sur lesquelles vous ne reconnaissez personne ? Deux solutions : soit les mettre à la poubelle, soit les donner à un atelier d'écriture avec la consigne suivante.

Vous choisissez une personne sur une des photos ci-dessous. Vous parlez d'elle "de l'extérieur" en utilisant le pronom "il" ou "elle" pour parler d'elle et raconter où elle se trouve, à quelle époque, et pourquoi elle figure sur la photo.

Puis vous reprenez votre texte et vous le réécrivez une seconde fois "de l'intérieur", à la place de la personne, en disant "je".

Facultatif : Vous pouvez, si ça vous aide, insérer dans votre texte les mots ou noms de personnes ou de lieuxsuivants :

- brillantine, château, champignon, pont, harmonie, concorde, pleurs, masque, policier, dérogatoire, girafe ;

- Boutilliez, Moneyron, Tardy, Carpentier, Caron, Masqueliez, Hauchard, Félix, Laure Manaudou ;

- Lens, Hongrie, Pologne, Carvin, Auvergne.

Cliquez sur les photos pour les agrandir et naviguez dans le diaporama
avec les flèches en bas à gauche jusqu'à l'image 24.

 Boutilliez, chef de l'harmonie La Concorde 1

 Cueillette de champignons (détail)

 Jeune inconnu devant la porte

 Joueurs de boules à la Faisanderie (peut-être) détail

 La lectrice

 La famille Moneyron chez Pierrette

 La mère aux trois enfants dont un qui pleure (détail)

 La photo de groupe du chien dans la cour du 73

 Le premier communiant inconnu

 Les enfants sur le matelas (peut-être en Auvergne)

 Les enfants sur le matelas (peut-être en Auvergne) détail

 Les Inconnus brillantinés

 L'inconnu par Hauchard de Lens

 Les inconnus du vieux pont

 Les inconnus du vieux pont (détail)

 Les Masqueliez en Pologne (peut-être)

 Louise, Françoise et Edmund

 Louise, Françoise et Edmund (verso)

 Moumoune, chat siamois

 Pêcheurs à Tence

 Classe de garçons de Guy Lecorne (M

 Classe de garçons de Guy Lecorne (M

 Scène de rue en Hongrie (peut-être)

 Prendre le bus à la Napoule

 

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04 avril 2020

LE RASTAQUOUÈRE

La Renaissance sportive de Libercourt (section ballet) en 1946 01

Voilà : tu es content d’avoir récupéré cette photo de 1946 sur laquelle on voit ta mère, ta grand-mère, ta tante Lucie, sœur de celle-ci, et surtout tes deux autres tantes du côté paternel : Paulette et Marie. Tu reconnais aussi une grande copine de ta mère et de Lucie, Andrée V.

Tu trouves que c’est vraiment dommage d’hériter d’une photo en si mauvais état mais tu es quand même épaté de ce qu’on trouve entre les pliures : une belle absence de grain, une coloration entre le sépia et le noir et blanc, du joli détail sur les visages.

Tu sais qu’il y a Alfred Langlet à droite, tu apprendras bientôt que c'est Fernand Catenne à gauche. Alors tu tapes sur Google «Renaissance Sportive de Libercourt» et tu atterris sur ce site, Histo Libercourt et surtout sur cette page.

En bas de celle-ci qu’est-ce que tu trouves ? La même image et d’autres de cette section «ballet» de la RSL. Mais quel dommage que ces photos soient de si petite taille !

La Renaissance sportive de Libercourt 3 (récupérée sur Histo Libercourt) 68102114


Avec un peu de technique on peut arriver à les agrandir. Et puis tu peux joindre, pour faire un joli billet de blog  à destination de nonagénaires nostalgiques, les autres photos que tu possèdes de ces jolies jeunes filles de 13 ou 14 ans.

Et c’est là que ton unique neurone se remet à fonctionner – on ne remerciera jamais assez le confinement qui lui accorde tout ce repos inattendu – et tu te dis que c’est peut-être par l’intermédiaire des deux jeunes sœurs de ton père que ta mère a connu ton père et que ton père a connu ta mère.

En tout cas tu comprends pourquoi, tous les premiers de l’an, elle ne ratait jamais l'occasion de regarder à la télé le concert de la nouvelle année pour voir exécuter « Le Beau Danube bleu » dans les beaux décors de Vienne !

Et tu comprends aussi que tu es un rastaquouère dans cette famille : tu as lu des tonnes de bouquins, tu écoutes de la musique classique, tu as voyagé, tu écris, tu as épousé la Denise, une fille de la ville, enfin, d’une autre ville mais… Mais… MAIS…

Tu danses comme une patate, le rastaquouère !



Ecrit pour le Défi du samedi n° 605 à partir de cette consigne :

Rastaquouère.

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03 avril 2020

La Section ballet de la Renaissance Sportive de Libercourt en 1946 ou 1947

La Renaissance sportive de Libercourt (section ballet) en 1946 01
Les photos ci-dessous proviennent du site web "Histo Libercourt".
Merci à ses concepteurs pour ce beau travail de collecte et d'histoire locale.

La Renaissance sportive de Libercourt 3 (récupérée sur Histo Libercourt) et agrandie à l'écran

La Renaissance sportive de Libercourt 3 (récupérée sur Histo Libercourt) 68102114

La Renaissance sportive de Libercourt 2 (récupérée sur Histo Libercourt) 68102114 agrandie

La Renaissance sportive de Libercourt 2 (récupérée sur Histo Libercourt) 68102114

La Renaissance sportive de Libercourt 1 68102114 agrandie à l'écran

La Renaissance sportive de Libercourt 1 68102114
Celles-ci, tout comme la première de ce billet, sont issues de la collection des parents de Joe Krapov.

La Renaissance sportive de Libercourt (section ballet) en 1946 03

La Renaissance sportive de Libercourt (section ballet) en 1946 04

La Renaissance sportive de Libercourt (section ballet) en 1946 05

La Renaissance sportive de Libercourt (section ballet) en 1946 02
La Renaissance sportive de Libercourt (section ballet) en 1946 06

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01 avril 2020

MISE À PLAT

200401 265 001

 Ils nous font bien rire avec leur confinement !

Nous, ça fait des dizaines d’années qu’on est confinées, dans des boîtes, dans des albums, dans des buffets, dans des greniers ou dans des caves.

Etre confiné, ce n’est pas la mort, quand même ! Tant qu’on ne finit pas chez un antiquaire, un brocanteur, un libraire ou chez un héritier j’m’en-foutiste, tant que personne parmi ces gens-là ne décrète que nous ne valons rien et sommes justes bonnes pour la déchiqueteuse, ça va, c’est qu’on est immortelles ! Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir ! Regardez comme on apprécie Doisneau, Cartier-Bresson et Vivian Maier !

Le confinement ! Est-ce qu’on bouge, nous ? Ben justement oui, on vient de se taper quatre-cents kilomètres dans le coffre d’une bagnole ! Et depuis notre arrivée à Rennes nous vivons notre « second life » comme disent nos anciens proches voisins les Rosbifs de Douvres qui font la gueule depuis qu’on a interdit la promenade des Anglais alors qu’on permet encore la balade des clébards ! Oui je sais, à seulement dix mètres de leur domicile dans le Var, à Sanary-les-Bains ! C’est vrai que ça ne pisse pas loin, ces mesures de confinement du gouvernement !

Donc le dépositaire nous a sorties des boîtes et des albums, triées grosso merdo par famille ou par tranche chronologique, il nous a mises dans des enveloppes et maintenant, comme un confiné lambda qui promène son chien au soleil pâle du début d’avril, il nous fait prendre la lumière.

Qu’est-ce que c’est bon de susciter de l’intérêt, de faire causer, de « ramintuver » : ramintuver, c’est un mot ch’ti du patois d’Erchin comme le parlait la grand-mère. Ca veut dire « rappeler, raviver les souvenirs ».

Figurez-vous qu’aujourd’hui ça va être à mon tour d’être mise en vedette, dites donc ! Mon heure de gloire est arrivée ! Justement je suis une photo du dépositaire qui, maintenant, pour une raison que j’ignore, se fait appeler Joe Krapov !

Ils sont fous dans cette famille ! Pourquoi l’oncle Joseph s’est-il toujours fait appeler René ? Pourquoi la grand-mère portait-elle un autre prénom que l’officiel ? Pourquoi donne-t-on des prénoms, des surnoms, des diminutifs aux gens ? Pourquoi écrivent-ils tous sous pseudonyme ? Et pourquoi Marcel Prout, lui, c’est son vrai nom ? Comment, ça, « j’ai oublié l’s » ?

Jean-Paul et Jojo ca 1956Donc ici, avec l’enfant Joe, c’est son oncle Georges, le jeune frère de sa mère. Ils avaient treize ans d’écart, elle et lui. On le surnommait Jojo la Fleur ou Jojo la Fleur bleue ou, plus court encore, Jo. Comme Moustaki quand Edith Piaf en parlait. Sauf que ce Georges-là, Mustacchi, se prénommait réellement Joseph. Comme l’oncle René. Vous me suivez ?

Vous lui donneriez quoi, comme âge, vous, au gamin à bouille ronde ? Un an ou deux ? Marina Bourgeoizovna, la seule pièce rapportées de Bretagne dans cette famille de Ch’tis, a suggéré quinze mois mais ça ne colle pas bien. Quoique… Joe et Jo sont nés tous les deux à la fin juin. Ils ont huit ans moins un jour d’écart. Ils sont tous les deux en manches courtes avec un grand soleil qui vient taper sur leur tempe gauche, sur le sommet de leur crâne et sur les bords des grands chaudrons. Il ferait beau comme ça dans le Pas-de-Calais en septembre ? Me racontez pas de cacoules ou de carabistoules ! C’est comme si on prétendait qu’il ne pleut jamais à Rennes !

Et il se trouve où, ce marché ? Sur la place de Verdun ? Il a l’air de s’être beaucoup étalé avec ses seaux et ses bassines le Robert Lequelquechose qui vendait du chauffage, de l’électro-ménager et des télévisions à Machintruc-en-Gohelle (Montigny ? Loos ? Sains ? Givenchy ? Arleux ? Fresnoy ?).

Pourquoi il ne fait pas comme Parick Modiano, le Krapov ? Une petite enquête dans un vieil annuaire, un coup de bigophone à Robert Lequelquechose pour lui demander où il s’installait quand il venait sur le marché de L. ?

Comment ? Il est sans doute mort, maintenant, le quincailler ? Mais qu’est-ce qu’ils ont tous à disparaître comme ça ? Elle est pas belle, la vie ? Ils ne connaissent pas l’immortalité ou quoi, ces gens-là ?

Mais je me tais : voilà que c’est mon tour ! Il m’a posée délicatement sur une vitre froide – Aglagla ! – il a appuyé sur un truc qui ressemble à une souris sans oreilles et Vlang ! Shazam ! Flashcube ! Je me suis pris un grand coup de lumière dans la tronche un peu comme quand ils passent un scanner à l‘hôpital !

Et puis… Miracle ! Me voilà clonée, dédoublée, agrandie, brillante ! Je suis toujours sur la feuille de papier chamois au format 9x14 cm mais j’apparais aussi sur l’écran lumineux.

D’après ce que m’a raconté la photo du grand-père pêcheur mon heure de gloire est arrivée ! Quand il m’aura insérée dans ce qu’ils appellent un billet de blog, deux milliards d’individus confinés chez eux vont pouvoir admirer la photo des affreux Jo-Joe ! 



Pondu pour l'Atelier d'écriture de Villejean le mercredi 1er avril 2020

d'après la consigne ci-dessous

30 mars 2020

Rappel des troupes à Rennes le 30 mars 2020 (1)

C’est entendu : nous sommes en guerre et le combat ne fait que commencer.

C’est pourquoi j’ai battu le rappel des troupes, j’ai relancé la conscription, j’en ai fait sortir quelques-uns de leur boîte pour les confiner ici-même et les faire participer au combat immobile de cette guerre de tranchées.

Qu’est-ce que je n’ai pas fait-là ! Comme si on ne portait pas suffisamment de valises sans foutre le nez dans celles des autres ! Résultat des courses, hier soir sur le coup de 23 heures j’ai déniché sur Internet l’acte de mariage de mon arrière-grand-père et de mon arrière-grand-mère !

C’est ddddingue, quand même ! Je sens que je vais ouvrir un compte sur Généanet.org et ne plus faire que de la spéléologie archivistique !

Oui, je sais, tout ça ne sert à rien. Mais la guerre non plus, vue de mon point de vue de mauvais citoyen !

Léon De 1 le grand-père à moustache (réduit) 2

Mon arrière-grand-père du côté maternel.

Né le 28 février 1885 - OIGNIES 62

Décédé le 13 février 1916 - BELLEMAGNY 68 (Haut-Rhin), à l'âge de 30 ans
Soldat en 1907, ouvrier mineur en 1909
Régiment(s) : 401e Infanterie ; Grade : soldat

C'est le fameux grand-père à moustache dont le grand portrait a longtemps trôné sur le buffet
de la cuisine et que je croyais  disparu à jamais. 

Il restait cependant cette petite photo déchirée sur laquelle il a le même regard coupant
et présent au monde que celui de son fils, ci-dessous.

Le fils, né le 14 octobre 1910, portait le même prénom que son père.
Il est le premier tout en haut à gauche. Comment, ça, vous ne voyez pas bien ?

Léon De au service militaire à Sissonne (détail

Avouez que c'eût été dommage de ne pas sortir cette dernière photo des oubliettes ?!
Elle date de 1930 ou un peu avant.

Léon De et les gars du Nord à Sissonne

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Rappel des troupes à Rennes le 30 mars 2020 (2)

En 1954 et 1955 on envoyait encore les jeunes gens du Pas-de-Calais faire leur service militaire à Sissonne dans l'Aisne. Sur la plupart de ces photos-ci il y a mon père, au 6e régiment de cuirassiers. On ne rigolait pas avec le confinement à l'époque ! Incorporé là en mai 1954, devenu père de famille un mois plus tard, il devra attendre la naissance en février 1956 d'un deuxième fils pour être libéré de ses obligations militaires. Mais si on regarde bien les photos, lui et ses amis Bidasses natifs d'Arras ont rarement l'air malheureux de jouer au petit soldat. 

01 Char Richelieu

02 Photo de groupe devant les chars

06 Paul et ses potes devant les chars

08 Paul et ses potes devant les chars

14 Souvenir du 1er défilé de Paul 23 juin 1954

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Rappel des troupes à Rennes le 30 mars 2020 (3)

15 Un groupe de soldats quelque peu crados

16 Paul parmi d'autres bidasses

18 Paul présente les armes

19 Mais où est donc passée la 7e compagnie

21 trimballer son paquetage
Apparemment, ils étaient devenus là-bas des experts en matière d'apéro-skype et le coronavirus de l'époque tremblait dans son froc en entendant - ou plutôt en les voyant - siffler leurs canons !

24 Paul et se spotes au bistrot

25 Paul et ses potes au bistrot

30 Paul et ses potes autour d'un accordéon

 Ces deux billets-là ne seraient pas complets sans cette chanson de Madame Raymonde (vieux souvenir de La Flèche en Sarthe) que l'ami Emmanuel (pas les deux autres mais celui qui récite du Rimbaud par coeur) m'a rappelée il y a peu : 

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Rappel des troupes à Rennes le 30 mars 2020 (4)

J'ai convoqué aussi le frère du précédent, l'oncle V. Lui a été envoyé au front fiévreux des "événements" pour essayer de confiner l'Algérie en des temps difficiles.

Je ne saurais terminer cette revue de mes troupes sans citer l'oncle Georges une nouvelle fois afin de mettre un peu de légèreté et de philosophie dans tout ça.

"Je te plais, tu me plais, viens donc beau militaire !
Dans un train de banlieue on partait pour Cythère
On n'était pas tenu même d'apporter son coeur"

Georges Brassens - Les amours d'antan.

Victor Legrand pendant son service militaire en Algérie 01

Victor Legrand pendant son service militaire en Algérie 02

Victor Legrand pendant son service militaire en Algérie 03

Victor Legrand pendant son service militaire en Algérie 04 à Oran B

Victor Legrand pendant son service militaire

 

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26 mars 2020

LE HARENG A LA JAPONAISE

Léon le pêcheur 01 réduit

A la maison, en ce temps-là, il n’y avait que le grand-père pour manger du poisson.

C’est peut-être parce qu’il était lui-même un grand pêcheur devant l’éternel. A revoir les albums et les boîtes de photos que j’ai récupérés récemment on pourrait croire qu’il a passé sa vie à accrocher des vers au bout de son hameçon, à monter des lignes avec des petiti plombs, à amorcer, à surveiller son bouchon, à se faire photographier avec de jolies prises.

C’est peut-être cela, le secret du bonheur : être pêcheur au bord de l’eau.

Tout ça pour dire que Maman, qui faisait les courses des deux familles, s’arrêtait parfois « au Saumon d’or », chez Jules Turbiez, le poissonnier de la grand’rue, et qu’elle ramenait des rollmops ou des harengs saurs qu’on appelait des saurets. Je n’ai pas souvenir qu’elle ou grand-mère aient jamais cuisiné du cabillaud, du thon, du lieu ou du sabre comme je le fais très souvent maintenant. 

Poissonnerie Jules Turbiez 
Photo d'un "mariach' à sabots" extraite du calendrier 2017 de la ville de L.

Alors vous pensez bien, le hareng à la japonaise, ça a été un grand moment de drôlerie dans notre histoire commune !

C’était en 1980, à Cracovie, je crois. Il nous avait emmenés, ma grand-mère, mon frère et moi, passer des vacances en Pologne et en Tchécoslovaquie où il avait des connaissances et des points de chute pour le logement.

Vous-ai-je déjà dit qu'il était un espion du KGB ? Oui, je l'ai dit et ceci explique cela.

Ce jour-là, on était entrés, tous les quatre, sans accompagnateur autochtone, dans un restaurant.

On a regardé la liste des plats sur le menu mais tout était écrit en polonais et uniquement en polonais. Pour demander des explications en allemand ou en russe, les deux langues dans lesquelles, avant même d’être devenu Breton, je pouvais baragouiner quelque peu, c’était compliqué : les Polonais, pour des raisons d’envahissements intempestifs de leur territoire que l’on sait, détestent entendre le sabir de leurs voisins de droite comme de gauche. Tout ce qu’on savait c’est que les knedliky, ces boulettes de farine qu’on vous servait trempées dans une espèce de soupe, c’était pas top.

Alors on s’est lancés au hasard et moi, comme entrée, j’ai pris « Śledź po japońsku ». C’était d’autant plus gonflé qu’à l’époque on avait encore moins idée de ce que pouvait être la cuisine japonaise mais on ne se faisait pas de sushi pour si peu. On verrait bien !

Eh bien figurez-vous que c’est très bon, « Śledź po japońsku » ! C’est du hareng fumé mélangé avec des pommes, des cornichons et de la crème fraîche !J’ai fait goûter le plat à mon grand-père. Tout le restant de sa vie il a regretté de ne pas avoir fait le même choix que moi !

Finalement, la cuisine, c’est comme le jeu d’échecs ! Ce n’est pas vous qui gagnez, c’est l’autre qui fait le premier une erreur dans son choix !

En voici la recette qui est devenu un plat traditionnel de la maison Krapov :

Vous prenez un paquet de filets de harengs fumés doux. Vous les passez sous le robinet histoire de les dessaler un peu, même si, en argot, le hareng est toujours dessalé.
Vous coupez les filets en morceaux d’un centimètres.
Vous les mettez dans un grand saladier.
Vous épluchez un oignon et le coupez en fines lamelles.
Vous ajoutez trois ou quatre petits cornichons coupés en tronçons.
Puis deux cuillères à café de câpres.
Un piment de Cayenne séché que vous découpez très (con)finement.
Puis trois pommes fruit que vous pelez, épépinez et coupez en demi-quartiers.
Vous versez là-dessus deux cuillères à café de jus de citron, une cuillère d’huile d'olive, du poivre et un pot de dix centilitres de crème fraîche.
Vous mélangez et servez frais.

Bon appétit !

Pardon : Smacznego !



Pondu pour l'atelier d'écriture de Villejean le mercredi 25 mars 2020
d'après la consigne ci-dessous

16 mars 2020

LE DÉPOSITAIRE (1)

Avant que nous n’entrions, le 15 mars 2020, dans la période dite "de la fin de monde, du malin Grossièrement et du con Finement", je suis retourné, le vendredi 13 mars au soir à la dernière soirée jeux de la Maison de quartier de Villejean.

J’ai joué à « Carcassonne » à peu près pour la première fois et, comme d’habitude, j’ai gagné. A chaque fois que je joue à un jeu, je gagne. C’est pour ça que plus personne ne veut jouer avec moi et que désormais, je vis tout seul chez moi. Comme tout le monde !

On m’a aussi appris, en ce début d’année 2020 à « jouer ? » au Grand jeu de la Vie dont les règles sont très particulières.

200306 265 014

- Si tu passes deux fois en un an sur la case « crématorium » tu perds énormément de jetons « larmes » mais tu gagnes le pion « dépositaire » !

- A quoi il sert ?

- Ca veut dire que c’est toi qui es le dernier : tu hérites de l’histoire familiale et tu en fais ce que tu veux. Tu la racontes ou pas, tu l’enfouis ou pas, tu la réinventes ou pas, tu t’en amuses ou tu t’en attristes, ou pas.

- Il est nul ce pion ! Il est nul ce jeu !

- Attends, ne pars pas te confiner tout de suite. Il faut aussi que tu emmènes les caisses « héritage ».

- C’est quoi ?

- Des albums photos, des papiers, des cassettes et des cartes postales.

- Finalement, on a bien fait de venir en voiture, alors !

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