24 mars 2016

REVISITER TINTIN (1)

AEV 1516-23 Tintin 01

- Est-ce que le texte peut être déconnecté des aventures de Tintin ?

- Absolument ! C’est d’ailleurs pour ma part ce que je compte faire maintenant, agissant en cela comme un vidangeur malodorant. Je m’en vais séparer le sémiotique du méphitique !

Bien malin qui pourrait nous dire déjà de quel album est tiré cette vignette sur laquelle on voit trois exocets chevaucher le Zéphyr à la surface de l’océan. Mais abordons effectivement cette image sous l’angle de la sémiologie, qui est, je vous le rappelle, l’étude des signes linguistiques verbaux et non verbaux et même verbeux et non verbeux.

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Première remarque sur les formes présentes : si le cadre est rectangulaire, si le rectangle a les proportions d’une des deux illustrations d’un atout au jeu de tarot, la représentation des poissons volants s’inscrit dans une figure géométrique plus particulière : il s’agit de deux cercles qui se chevauchent. A l’exception du phylactère, c’est-à-dire, pour les non-spécialistes, de la bulle où est inscrit le texte, le reste de l’image est noir.











 

 

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REVISITER TINTIN (2)

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Si, telle une décalcomanie, on faisait glisser cette image en dehors de la page de la bande dessinée, comprendrait-on de façon aussi évidente que les poissons sont observés à la jumelle ? En ces premiers jours de printemps ou je me sens primesautier, j’ai très envie de faire ensuite l’expérience suivante dans Photoshop : en évidant la surface des lentilles, en remplaçant les trois poissons par la Naissance de Vénus de Botticelli ou le portrait d’Isaure Chassériau par Eugène Amaury-Duval, déduirait-on réellement que je suis assez fou pour me promener dans un musée avec une paire de jumelles ? 

 

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Et si, pour Isaure Chassériau, à la place du huit renversé, l’image était un ovale horizontal, penserait-on que je suis entré au Musée des Beaux-arts de Rennes avec un masque de plongée ?

-Sahib gardien ! Sahib gardien ! hurleraient les Hindous un peu cafardeurs de la « Chasse au tigre » de Rubens, il y a un homme-grenouille qui danse la java et met de la flotte partout sur le parquet verni ! ».

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On me courserait derrière pour m’éjecter de l’institution. Je ne vous raconte pas le rodéo que ça ferait en ce dimanche après-midi jusque-là paisible. Et pourtant, même si ce n’est pas « Tintin en Amérique » on est bien dans une aventure du petit reporter belge et non dans un album de Lucky Luke.

REVISITER TINTIN (3)

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Mais revenons à nos moutons ou plutôt à nos pigeons. La manutention de phrases digressives étant mon fort, la deuxième idée qui me vient à l’esprit est bien celle du jeu de con qui s’appelle « pigeon vole ». En effet, la place naturelle des poissons est dans l’eau. Or on voit sur notre image des poissons qui flottent dans l'air. Ils sont pour ainsi dire de drôles de cosmonautes, sans scaphandre, sans tuyau et bien sûr sans semelle de plomb. On n’est donc pas dans « Le Trésor de Rackham le rouge » ni non plus dans « On a marché sur la Lune ». Les « petites flèches d’argent » dont parle Tintin dans la case précédente sont observées en légère plongée. On voit leur profil droit, elles se dirigent vers la droite. Leur déplacement est indiqué par deux traits parallèles derrière leur queue, un court et un long, suivi de trois autres traits si raccourcis qu’on pourrait les assimiler à des points.

AEV 1516-23 Tintin 01

Tout le fond de l’image est d’un bleu uni et le fait qu’il s’agit de la mer et non du ciel est signifié par les représentations d’écume (des jours ?) ici et là. En plissant les yeux on compte deux (nouvelles ?) vagues couvertes de petits îlots blancs, allongés, biscornus. Ils pourraient être Chypre, la Crète, le Chili détaché pour un temps de son entreprise sud-américaine « Cordillère des Andes SA ».

Les ailes violettes des exocets forment toutes des angles de valeur différente. Aucun signe graphique ne nous signifie qu’elles sont en mouvement. N’étant pas doté d’ailes moi-même et n’ayant pas mon encyclopédie de Madame Wikipe sous la main, je ne puis dire ici si le poisson volant, à l’instar de l’Albatros, du goéland ou de Plastic Bertrand, a la possibilité de planer sans remuer les ailes lorsqu’il a acquis suffisamment de vitesse.

Force est de constater : quelques traits de crayons nous ont tout dit sur la situation : un type, sur une plage ou sur un bateau, observe des poissons volants avec une paire de jumelles.

Maintenant le phylactère : le gars (ce pourrait être une fille aussi, mais il y en a peu dans Tintin) commente le spectacle qu’il observe et il dit : « … jaillissent des vagues et qui… Hop ! En voilà deux… Et là, trois autres…"

 

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REVISITER TINTIN (4)

AEV 1516-23 Tintin 09

Je pourrais arrêter ici l’analyse et vous rappeler notre petit jeu du début : de quel album est extraite cette vignette ? Ca m’étonnerait beaucoup qu’il y ait des poissons volants dans « Tintin au Tibet » mais est-on jamais sûr de quoi que ce soit avec Hergé qui, paraît-il, fumait quelquefois de la moquette ?

Au dos de l’album, là où figurent les 22 couvertures des albums du jeune belge à houppette, il en reste quatre sur lesquelles on voit la mer : « L’Île noire », « L’Etoile mystérieuse », « Le secret de la Licorne » et « Coke en stock ».

Avant de vous livrer la réponse, il me reste une dernière remarque à faire à propos du phylactère. Avez-vous remarqué l’utilisation abondante des points de suspension ? Pour une image où des poissons hors de l’eau semblent mystérieusement retenus dans les airs par un fil transparent, c’en est presque redondant !

Mais à feuilleter vers le début – on était page 53 – l’aventure en question, je note un peu partout ce point de graphie que je n’avais jamais décelé jusqu’à ce jour : Hergé colle des points de suspension partout, jusques et y compris derrière les points d’exclamation !

Bizarre, non ? Je dirai même plus : bizarroïde !

Et donc la réponse : même si vous aurez du mal à croire que je n’en sniffe jamais, on est dans « Coke en stock ». Tout à l’heure, en sortant de l’atelier, j’irai le relire car j’ai encore oublié ce qu’il racontait celui-là. Mais il faut comprendre aussi : si je décortique toutes les cases de mes BD comme je viens de le faire ici, je ne suis pas près de venir à bout du « Crabe aux pinces d’or » !

Ecrit à l'Atelier d'écriture de Villejean le mardi 22 mars 2016 à partir de cette consigne :

- Ecrire huit couples de lettres de l'alphabet. Par exemple ici : CE PS TT VR SB DE MN RO + ZR et AE en complémentaires
- Former huit mots en ajoutant des lettres intermédiaires entre ces deux lettres. Par exemple ici : Cosmonaute, Printemps, Tarot, Vidangeur, Sahib, Décalcomanie, Manutention, Rodéo, Zéphyr, Azalée
- Choisir une image dans un album des aventure de Tintin
- Ecrire un texte à partir de cette image en y insérant les huit mots.

 

En un mot comme en cent : 366 réels à prise rapide

23 mars 2016

Toucher

Ce matin, c'était bricolage. Au départ ça s'avérait aussi sportif que le "Bref j'ai monté un meuble" qui traîne sur Internet et qui fait rire tout le monde : on nous avait livré la cabane de balcon en kit... sans notice de montage !

Appel téléphoniqueau boutiquier qui nous l'a envoyée par courriel.

Alors Marina a tenu les planches, j'ai vissé, vissé, vissé, vissé, vissé...

Jamais je n'ai autant usé du cruciforme de ma vie !

Et finalement, la nouvelle cabane à outils du jardinet tient debout.

On va finir par croire qu'en matière de bricolage... on touche !

 

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18 janvier 2016

99 DRAGONS : EXERCICES DE STYLE. 32, Genre "Après la bataille mais sur les traces de Pérec"

REMY SANZEAU, BIENFAITEUR DE L’HUMANITE SAUF SI ELLE EST VEGETARIENNE

La bête était gigantesque, effrayante, dangereuse mais le petit gars, Rémy Sanzeau, avait réussi à l’exterminer. Sa lance avait transpercé la carapace, sa Durandal à lui, épée bénie des dieux, ancêtre d’autres Excalibur à venir avait tailladé dans le gras, les pustules, le ventre et les membres du bestiau, avait fait jaillir le sang sur le tablier blanc du dépeceur. Et c’est bien ce que Rémy était en train de faire, se payer sur la bête, tel que cela avait été établi préalablement avec le chef des tribus libyennes, Hafez Keujdi Ibn Paskeujfez qui avait fait appel à lui et à d’autres, plus pleutres, qui s’étaient esbignés devant la rude tâche. Lui n’avait pas fui et avait vaincu.

- Si je te débarrasse de cette enflure-là qui sème la terreur et la calamité dans tes terres, avale sans leur enlever la laine les brebis de tes paysans, réclame en guise de cerise sur le gâteau la chair de ta chair, la main et le reste de ta fille chérie, autant dire le beurre et l’argent du beurre de la crémière ; si je te libère de cet empêcheur de vivre libre et heureux, je ne te demanderai qu’un seul avantage en échange de ce service. Je désire m’établir marchand de viande en tes terres. J’ai les crédits nécessaires qui me viennent d’un héritage familial, les certificats vétérinaires du cheptel et les diplômes nécessaires que j’ai acquis après cinq années d’études à l’Université de Rennes 3.
- Kèkséksa, Rennes 3 ? avait tiqué Hafez Keujdi.
- C’est une université étrangère dans un pays qui s’appelle la Gaule et s’appellera plus tard la France mais avant ça il y aura en icelle le duché de Bretagne. C’est là qu’est-Rennes.

Epaté par tant de science, d’aisance et aussi par le peu de salaire qui lui était demandé, le chef de tribu un peu pingre avait accepté le deal. C’était, avait-il dit au grand vizir Itiz Verybad, du gagnant-gagnant à 100%.

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***

Et maintenant le magasin, que dis-je, la chaîne de magasins RSC, « Rémy Sanzeau Charcutaille » était installée dans chaque village de Libye, fréquentée par les ménagères avec leur petit panier et appréciée de leurs maris avec leurs grands appétits. Plus aucune nécessité d’aller chasser et tuer les animaux en vue d’assurer la subsistance de la famille. Rémy Sanzeau et ses équipes assuraient l’emplissage rapide des caddies ® et ensuite celui des ventres, travaillant ainsi au bien-être suprême de chacun. Ses chasseurs tuaient les bêtes sauvages, ses éleveurs abattaient les animaux dans les fermes, ses vendeurs débitaient la marchandise et des salamalecs du genre « il y en a un peu plus je le laisse ? » aux clientes béates.

« Maintenant, est-il écrit dans le dernier bulletin mensuel de la start-up, le secteur tertiaire peut prendre de l’ampleur et la Libye devenir une puissance de premier plan en marchant à pas de géant (« walk like a giant » in the british language) vers un futur aussi bien garni qu’un filet gagné à la kermesse miraculeuse de Dargif-Al-Sur-Yvette. Car derrière chacune des vitrines d’RSC, à l’arrière de chaque tête de veau garnie de persil dans les narines, c’est carrément Byzance ».

Et cela est bien vrai. Dès que la cliente a pénétré dans l’établissement elle peut admirer des quartiers entiers d’une viande luisante, dégraissée, apprêtée, appétissante, suspendue à des esses rutilantes : des chapelets de saucisses, du salami venu du Danemark, de la hampe, de l’araignée, de l’échine, du jarret, du gîte, de la perdrix, de la caille, du faisan, de la biche, du chevreuil ; et, parce que RSC est aussi très vite devenu traiteur et vend des plats préparés, de l’aiguillette de sanglier, de la vraie daube qui n’est pas « de la daube », du pâté de marcassin, du filet de rumsteck au vinaigre de cidre, des paupiette de la reine Paulette, du magret de canard, des travers, des pieds panés, de la queue aux herbes, du petit salé aux lentilles, du speck à l’Appensell, du civet de lièvre, des grives au genièvre, des gésiers, du saupiquet nivernais, du ris de veau à l’ancienne, de l’aillade, du fricandeau, des tripes, de la pissaladière au lard et aux graine de carvi…

Et dans les chaumières, les cuisines et les salles à manger, quelle activité ! C’est sûr, ça y va de la fricassée, de la quiche, du pâté de tête, du parfait au Muscat de Rivesaltes, de la caillette, de la langue, de la crépinette de pieds, du cake charcutier, de la terrine au piment d’Espelette, de la palette fraîche au lait, du carré au cidre, de la ventrêche, des petits farcis, de l’échine à la bière de garde, du curry d’agneau, de la blanquette arrière, du cabri au lait…

Et vas-y que je te barbecute au crépuscule d’été ! Que je te pause sandwich aux rillettes dûment préparées, que je te fais le lit de verdure au carré d’agneau, que je te me repaye une tranche, que je te tartine à l’envi, que je te tajine de pintade aux mirabelles, que je te sers la pastilla aux épices, que je te gave de hamburgers…

Seuls les végétariens crachent sur cette réussite parce qu’elle ne va pas dans leur sens. « C’est cinq fruits et légumes, pas cinq cent grammes de steak haché par tête de pipe et par repas, bande d’adipeux et de gras du bide ! ». Sachant que le grincheux traverse les siècles, le fait qu’ils étaient déjà là en ces temps anciens n’a rien de surprenant.

Ce qui reste inexplicable cependant et d’une injustice flagrante, c’est que Rémy Sanzeau a disparu des tablettes. Aucun livre, aucune revue, aucun article, aucun universitaire ne fait état dans ses travaux de l’existence, grâce à lui, d’une ère bénie de la Libye débarrassée d’un tyran aussi légendaire qu’animal par un petit apprenti en chemise bleue à petits carreaux, tablier blanc et petit chapeau carré, blanc lui aussi, sur le chef.

Il faudra attendre les années 1940 et 1950 et même plus si affinités. Le célèbre dessinateur Hergé, auteur des « Aventures de Tintin » a repris vraiment très brièvement dans les cases de sa bande dessinée ce que je viens de narrer en détail à mes lecteurs et lectrices chéri(e)s. Il en a fait un gag très récurrent dans lequel un marin barbu en retraite qui habite un ersatz du château de Cheverny est sans cesse dérangé par des appels mal dirigés par la dame du « Fil qui chante » (j’ai aussi lu Lucky Luke et dans le même genre, il y avait également le gag du 22 à Asnières de Fernand Raynaud).

Qui plus est, Hergé s’est quelque peu planté dans la graphie en transcrivant « Sanzeau ». Ce malentendu vaudevillesque est parfaitement injuste, gars Rémy, mais c’est la vie. Heureusement que je suis là et que je peux, si ça aide, rétablir la vérité des faits !


DDS 385 Boucherie Sanzot

 P.S. Ami lecteur, amie lectrice, tu l’auras peut-être remarqué ? Dans ce texte à la Pérec n’apparaît jamais la quinzième lettre de l’alphabet, ce qui, en un sens, ne manque pas de sel !

Ecrit pour le Défi du samedi n° 385 d'après cette consigne.

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15 mai 2015

Le Barcelone de Marina B. : bric à brac surréaliste du 3 mai 2014 (1)

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Tintin déguisé en Spirou ?

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04 mai 2015

Avant qu'on ne Jazz(e) sous les pommiers : Coutances le 30 avril 2015 (2)

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On n'est même pas entrés dans ce bar à mélophobes !
On aurait quand même dû aller vérifier si la décoration intérieure
était à base de fétiches arumbayas !

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22 mars 2015

Des objets dérivés rue Jules Simon à Rennes le 21 mars 2015

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- Bientôt, ce genre d'objet, ça coûtera plus cher qu'un Goya !
- Chantal ?

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28 septembre 2014

TONTON NESTOR

- Qu’est-ce que tu fais là ? a demandé Tonton Nestor.
- Rien, Tonton ! Avec mon copain Archibald, on joue juste à l’Ecoute-aux-portes !
- Poussez-vous donc un peu, les mômes ! Je n’ai pas très envie que vous renversiez cette grande potiche. Elle vient de Chine, elle coûte une fortune. Allez jouer dehors, garnements !
- Mais… Tonton Nestor. C’est qu’il pleut abondamment, bien plus que dans la Bretagne et la Belgique réunies !
- Alors va-t-en voir là-haut si j’y suis, Augustin !

On ne se l’est pas fait dire deux fois. La maison de Tonton ressemble à un musée et rien ne nous plaît plus, à mon copain Archie et moi, que d’en explorer les coins et les recoins chaque fois que Maman nous laisse en garde chez Tonton. Ce jour-là, du coup, comme on avait la permission, on est allés jouer aux aventuriers dans le grenier.

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Chez Tonton Nestor, le comble des combles c’est qu’on n’y trouve aucune poussière. Tout l’amoncèlement d’objets exotiques, hétéroclites, insolites et cosmopolites qui se trouve là est propre comme un sou neuf. La petite statuette à laquelle il manque une oreille semble avoir été sculptée la veille, la collection de plumeaux de Tonton semble avoir été nettoyée au plumeau et le vieux scaphandre orange est comme prêt à servir.

- Messieurs a clamé Archibald du haut de ses neuf ans en refermant la porte, allons faire à présent la tournée des boxons !
- Du boxon, Archibald !

On a fouiné un peu partout et on a commencé par ouvrir un coffre aux trésors dans lequel il y avait surtout des vêtements de femme. Ça nous a paru surprenant parce que Maman m’a toujours dit que Tonton Nestor était resté « vieux gars » et c’est vrai qu’il n’y a jamais personne du sexe féminin à lui rendre visite chez lui du moins quand Maman a son bridge et qu’elle me dépose chez Tonton avec un de mes copains. Tonton Nestor, depuis que je suis tout petit, c’est mon baby-sitter préféré !

- Attends une minute Augustin. Retourne-toi, je te prépare une surprise !

J’ai fait ce que mon pote demandait, j’ai contemplé le tableau du pirate barbu avec son chapeau à grandes plumes et sa caravelle au loin sur la mer pendant qu’Archibald, je m’en doutais bien, enfilait un déguisement.

- Alors mon rat ? Est-ce que je te tente ?

Mon Dieu, ce que c’est tout de même que de nous ! Cet idiot d’Archibald s’était vêtu d’une robe rose à manches courtes et bouffantes et il s’était mis des fleurs sur les oreilles !
- Remball’ tes os, ma mie, ai-je répondu. Tu es bien trop maigrelette à mon goût !
- Allons, ne te défends pas ! Avoue que je te plais ! Tu me plais, viens donc, beau militaire !
- Je suis le maître à bord ! Sauve qui peut ! Le vin et le pastis d’abord ! Chacun sa bonbonne et courage ! » criai-je en m’enfuyant à l’autre bout du grenier.
- Je suis un p’tit poucet perdu ! Je suis seule et j’ai peur ! Ouvrez-moi par pitié !
- Le bon Dieu me le pardonne, mais chacun pour soi !

Là-dessus, parce que la virtuosité est une affaire de balourds, ce gros malin d’Archie, bien que ses frêles mollets fussent empêtrés dans les dentelles de sa robe trop longue, a quand même réussi à m’agripper et a entrepris de m’embrasser !

- Arrête, crétin, ai-je dit. J’ai vu par la lucarne qu’il a cessé de pleuvoir et que le soleil brille. On peut retourner jouer au foot dehors.
- Le temps, madame, que nous importe ? Les femmes adultères, d’abord, n’en ont que faire !
- Attends, je ne suis pas une femme moi ! T’as dû te gourer dans tes répliques ! Je suis un pirate porté sur la bouteille !
- Les poivrots, le diable les emporte ! Reviens plutôt au coffre essayer d’autres déguisements !

Effectivement, Archibald a voulu me faire revêtir une autre robe d’apparat avec une coiffe blanche ridicule et pour rire encore plus, m’a affublé d’un miroir orné de marguerites mais j’ai refusé et j’ai jeté mon dévolu sur une superbe veste blanche avec un nœud papillon de la même couleur. Une fois que je l’ai eu enfilé, Archie m’a appelé.

- Hé ! Augustin ! Qu’est-ce que c’est que ça ?

Il s’était arrêté devant une grande malle verticale sur le couvercle de laquelle une étiquette disait « Fermé jusqu’à la fin des jours pour cause d’amour ».

- Tu crois qu’on peut l’ouvrir ? C’est peut-être dangereux ?
- Je ne sais pas ! Essaye pour voir ! Tu vas peut-être trouver dedans la femme ou l’homme de ta vie ?

Archibald a fit glisser deux petits boutons métalliques ronds. Cela a libéré deux fermetures à ressort puis il a soulevé le petit cliquet au milieu, ouvert le couvercle de la malle et alors nous sommes restés pétrifiés quand une voix d’outre-tombe est sortie de l’horreur à bandelettes qui était à l’intérieur.
- Merci ! Qu’on pût encore me désirer ce serait extraordinaire et pour tout dire inespéré ! Je ne suis pas bien grosse mais ça n’est pas de ma faute !
- Une momie ! » me suis-je exclamé en poussant Archie du coude.
- Et qui cause ! » m’a-t-il répondu d’une voix chevrotante. Il ouvrait de grands yeux hébétés et il me faisait mal à force de me serrer le bras. La momie poursuivit ce qui ne semblait être qu’un monologue.
- Mon cher, dit-elle, vous êtes fou ! J’ai deux mille ans de plus que vous !

Soudain il se passa une chose encore plus étrange. La momie pivota sur elle-même, ses yeux devinrent deux boules rouges phosphorescentes, elle fixa son regard sur moi et dit :

- C’est toi que j’aime et si tu veux tu peux m’embrasser sur la bouche et même pire !

Elle me tendit ses bras, ses lèvres, comme pour me remercier mais Archie réagit le premier et d’un coup sec il rabattit le couvercle de la malle. Nous repoussâmes les verrous tandis qu’à l’intérieur la momie protestait :
- Aïe ! Vous m’avez fêlé le postérieur en deux !

***

Quand l’incident a été terminé, nous nous sommes épongé le front et sans demander notre reste nous avons redescendu l’escalier quatre à quatre, encore haletants, les cheveux dressés sur la tête d’avoir ressenti un tel effroi.

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Pour donner le change à Tonton Nestor, une fois arrivés en bas, nous avons rectifié notre tenue et nous avons pris chacun un illustré dans sa collection de bandes dessinées. Puis nous nous sommes installés sagement sur le canapé du salon.

Tonton Nestor nous tournait le dos car il était en train de téléphoner. Nous l’avons écouté sans qu’il se rendît compte de notre présence :
- Non, Irma, disait-il à son interlocutrice. Je ne pourrai pas tout de suite. Quand je travaillais encore dans son château, Madame la marquise m’a collé des morpions. Ils ont grandi depuis et je suis en train d’en garder un. Quand j’aurai rendu Augustin à sa mère je viendrai te prouver que je n’ai jamais aimé que toi, ma Bibiche.

C’est donc ce jour-là que j’ai appris, tout à fait par hasard, à cause d’une momie nymphomane, que Tonton Nestor n’était pas mon oncle mais bel et bien mon père génétique ! Dès qu'il s'agit de ccaher la poussière sous le tapis, les adultes sont décidément très forts !

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 Ecrit à l'Atelier d'écriture de Villejean le mardi 23 septembre 2014 d'après cette consigne :

1 Ecrivez le titre de trois chansons que vous connaissez.
2 Choisissez en une parmi ces trois : celle dont le titre pourra et 
devra même être celui du texte que vous allez écrire
3 Vous avez obligation d'insérer dans ce texte cinq répliques ou 
citations extraites de chansons de Georges Brassens

12 février 2014

De la Tintinophilie rue de la Visitation à Rennes le 9 février 2014 (1)

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- Où sont les pièces aimantées pour jouer aux échecs sur la carlingue pendant les sorties dans l'espace ? demande Tintin.
- La taille de l'échiquier n'est pas règlementaire. C'est 64 cases et non un multiple de 5, répond Milou.

 

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