26 juin 2017

LE SACRE DE L’ÉTÉ 2017

sacre-quebecois

- J’en ai mon baptême de l’emplacement 28 du camping des Flots bleus ! Tous les ans se cogner le Chirac et le Gatineau en gougounes ! On pourrait changer un peu, quand même, non ?

- Crisse ! Tu veux quand même pas t’installer au 12 près des bécosses ?

Batince ! On va encore se faire bouffer la couenne par les maringouins à planter la tente près de cet étang !

Bâtard de cagnard à particule caniculaire ! Quel épais, çui-là ! Y tape comme un sourd !

Câlice ! Se faire arrêter par ces tannants de la maréchaussée sur la route des vins ! Pourvu qu’ils me fassent pas souffler dans leur ivressomètre !

quebec

Calvaire d’aoutât ! Méchante bibitte !

Ciboire de parcmètre à touristes ! Après une heure dans les chars cul à cul par 38° ? Se sont tous ligués pour nous assommer ou quoi ?

Diable de colonies de fourmis rouges ! N’y a pourtant pas de sirop d’érable sur la nappe du pique-nique ! D’où c’est donc que vous sortez, diable de sales bibittes ?

Fuck ! Y va encore souffler longtemps le joueur de ruine-babines du bungalow d’à côté ?

Maudit Français ! Pas fermé l’œil de la nuit avec ce feu d’artifice suivi d’un bal populaire avec des tounes tout ce qu’il y a de plus ringardos !

Ostie ! Toutes ces agace-pissette amanchées les seins nus sur la plage et moi qui n’ai rien fait pour éliminer mes poignées d’amour ! J’vas ‘core être traité de balloune ! Quelle badeloque !

Bonyeu ! Je rentre même plus dans mes bobettes !

Sacrament de moules frite à vingt deux euros ! C’est dispendieux, la Côte d’Azur !

Simonaque de quinze août de mes deux ! Pas un seul dépanneur d’ouvert !

Tabarnak de bouchon au péage de Saint-Arnoult-en-Yvelines ! C’est-y pas Dieu possible !

Viarge ! Je vas l’rester ! Aucune blonde qu’a voulu que je sois son chum ! Même pas necké ni frenché pendant le quart d’heure américain ! N’y a que des lambineuses icitte !

Jésus de plâtre de coup de soleil sur les orteils ! Ca aide pas à l’endormitoire ! Ouïlle !


Allez, vous autres ! Parmi ces sacres de l’été, votez donc à c’t’heure pour celui que vous préférez !

 

Ecrit pour les Impromptus littéraires du 26 juin 2017 d'après cette consigne : le Sacre de l'été.

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05 juillet 2016

D'UN NUAGE L'AUTRE : PRENDRE DE LA HAUTEUR

Ma nièce Célestine dite « la Céleste » réclame qu’on aille toujours plus loin, toujours plus haut. Elle va être ravie ! Me voici aujourd’hui à pelleter les nuages, une expression québécoise qui signifie qu’on est un rêveur, qu’on n’a pas les pieds sur la terre, qu’on tient peu compte des réalités. Et pourtant si. Je me demande même comment on conjugue le verbe pelleter.

Ce verbe est-il construit sur le modèle de haleter ? On dirait alors « j’halète ou je halète », je pelète, on hériterait de Bruxelles d’une prime à la vache haletante mais d’un seul coup je me souviens que le Québec ne fait pas partie de l’Europe. Ce verbe est-il construit sur le modèle de jeter ? Je jette, je pellette. Ca nous rappelle « J’ai vu le loup, le renard et la belette, j’ai vu le loup le renard chanter, la jument de Michao passer dans le pré et la belette mémérer ».

En effet, prenant exemple en cela sur Bernadette Chirac, la belette mémère. Elle a un nez de fouine, elle épie, elle écornifle, elle est prête à médire, à cancaner, à débiner, la bignole ! Gardez-vous de prêter le flanc à ses commémérages ! De toute façon, ne prêtez jamais le flanc à personne ! Il est très rare qu’on vous le rende, surtout si c’est un flanc aux œufs.

AEV 1516-17 photo de nuage et expression québécoise 2016 01 26Au Québec, les brunes comptent pour des prunes. Quelle que soit la couleur des cheveux de la dame, si on a une petite amie, ce sera forcément une blonde. Vous deviendrez son chum une fois que vous serez tombé en amour avec elle. Si tout se passe bien on est vite rendu au stade « être en amour par-dessus la tête ». Sur la cendrée du dit stade, on fait des tours et des détours et là, deux solutions. Soit on se marie, soit on est accoté. Concubin, si vous préférez. On se promet d’être fidèle et on ne casse pas trop de vaisselle puisqu’il n’y a pas eu de liste mariage déposée chez Pronuptia. Mais attention, on peut être accoté et quand même dans le lit ! C’est étrange, non ?

Mais trêve de préambule ! J’étais donc ce jour-là accoté à une blonde qui était brune, nous étions au creux du lit, reposant après des ébats fougueux, quand soudain la ficelle qui reliait mon bras à sa cheville s’est cassée. Du coup, on a cassé. Comme elle tenait à la main une grappe de ballons gonflés à l’hélium, elle s’est envolée dans les nuages, direction le huitième ciel. « Toujours plus haut ! » a dit ma nièce !

Que devais-je faire ? Il n’était plus temps de pelleter en avant. Je ne devais pas montrer que j’étais un deux de pique, que j’étais du genre poche au jeu de l’amour. Je tenais à elle alors j’ai fouillé dans ma poche et j’ai sorti un grand livre que j’avais déjà en partie dévoré. C’était un roman-fleuve écrit par un senteux. Ou bien c’était l’Ecornifleur, de Jules Renard, mais pas celui qui chantait avec le loup et la belette. Je ne sais plus, parce que tout de suite, quand je me suis replongé dedans, j’ai pelleté dans la cour du voisin les problèmes de gravitation universelle, de loi de la pesanteur, d’attraction terrestre et tout ça. Si cette fille disparaît de ma vie, me suis-je dit, l’existence me pèsera et moi je n’aime rien tant que la légèreté. Si je me suis attaché à elle, c’est qu’elle me faisait planer aussi et comme c’est elle qui m’attire, et pas la terre, je ne pèse plus rien et je peux m’envoler pour la rejoindre. Je veux être son chum à jamais, c’est-à-dire l’être pour toujours. Je me suis remis sur le piton, j’ai pitonné sur le premier mot de la première ligne de la page 99 et le livre et moi, on s’est envolés. Facile pour le livre, il ne pesait même pas une livre.

Vu de là-haut, mes amies, vous semblez très bizarres ! J’ai eu vite le piton collé, mort de rire, LOL comme on dit désormais. Comment ? me suis-je dit, il y a là neuf personnes dans la salle Mandoline et aucune ne placote avec sa voisine. Aucune ne pique une jasette avec Cosette, aucune ne taille une bavette, aucune ne fait sa pipelette, pas la moindre causette, un vrai congrès d’ascètes ! Tout le monde fait silence et écrit autour d’une boîte de chocolats dans laquelle il reste treize carrés. Jeff de Bruges est vexé qu’on le boude ! Après on dit les femmes bavardes ! Après on dit les femmes gourmandes !

Toujours plus haut, toujours plus haut et pas de traces de ma blonde. Pour me désennuyer un peu et tuer le temps comme on peut avant d’arriver sur Saturne j’ai pris cette fille en stop sur mon grand livre. Elle était sur un nuage et levait le pouce alors j’ai levé le pied.

AEV 1516-17 JP Nimbus

- Vous allez vers les cumulo-stratus, professeur Nimbus ?
- Ne pelletons pas de la boucane. Montez. Si on en rencontre à votre convenance, je vous déposerai.

Elle avait de longs cheveux noirs et une combinaison moulante d’acrobate de cirque danseuse de tango ou de femme-grenouille danseuse de java.
C’était un beau voyage mais quand on a été rendus au-dessus des derniers nuages je me suis souvenu d’un seul coup que je souffrais d’acrophobie.

- S’il vous plaît, arrêtons ce rêve et ce texte, lui ai-je proposé.
- Pourquoi ? On est bien ici ? J’étais très contente d’avoir trouvé un co-voiturage où l’on ne jase pas.
- Désolé mais j’ai un peu peur d’avoir deviné la chute et je crains fort que, comme pour Isaac Newton chez Gotlib, elle ne soit pour ma pomme.
- Aussi vrai que je m’appelle Céline de Dion Bouton, je n’ai jamais vu un aéronaute aussi pleutre !
- S’il te plaît, Céline ! En fait je suis spéléologue spatio-temporel et je ne peux pas monter plus haut que le grenier ni descendre plus bas que la cave. Redescendons, je t’en prie ou sinon je vais me répandre en flaque d’eau dans l’illustration de la page 202 du bouquin. Ce serait dommage d’abîmer un si beau livre !

Elle a eu pitié de moi, elle a gueulé un grand coup, comme savent faire les chanteuses canadiennes : « Goéland » !

Bretagne 16 goéland sans bords

Alors cet oiseau blanc dont j’avais fait le portrait en aquarelle en 1992 est arrivé illico. Il s’est posé sur sa main.

- Mon pelleteur de nuages n’est pas très en train, a-t-elle dit à l’oiseau. Amène lui donc celui de 8 h 47.

Derrière lui est arrivé un train à vapeur, du genre de ceux qui font de courtes lignes et des signaux de fumée-poèmes pour les Indiens. J’ai grimpé dans le wagon de queue. Au fur et à mesure qu’on redescendait c’est devenu un bus. Quand nous sommes arrivés à la gare de Rennes, je me suis réveillé. J’étais dans mon lit et je me fichais bien de savoir ce qu’il était advenu des deux canadiennes dans les nuages. Bien content d’avoir cassé sans avoir cassé du sucre sur leur dos. Bien content d’être revenu sur une terre bien ferme.

Bien content de pouvoir y planter ma tente en ayant satisfait ma nièce !

Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le 26 janvier 2016 d'après cette consigne

Il est demandé d'écrire un texte à partir de l'image ci-dessous et d'expressions québécoises expliquées :

- pelleter des nuages
- pelleter dans la cour du voisin
- pelleter par en vanat
- pelleter de la boucane
- être un deux de pique
-être poche
- jouer aux poches
- une poche de hockey
- un chum
- une blonde
- tomber en amour
- casser
- être en amour par-dessus la tête
- vivre accoté
- senteux
- belette
- écornifler
- mémérage
- jaser
- jasette
- piquer une jasette
- placoter
- mémérer
- piton
- avoir le piton collé
- être de bonne heure sur le piton
- être sur le piton
- être vite sur le piton
- se remettre sur le piton
- pitonner

AEV 1516-17 photo de nuage et expression québécoise 2016 01 26

Posté par Joe Krapov à 14:09 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
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06 février 2013

Un avertissement bizarre rue de Penhoët à Rennes le 3 février 2013

130203 013

Je me souviens-drai !

Posté par Joe Krapov à 01:04 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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