26 juin 2016

Le cirque Plume à Pleumeur-Bodou (Côtes d'Armor) le 22 juin 2016

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 Je ne m'en lasserai jamais de contempler ce radome (de la Méduseme !)

Ni de me souvenir qu'enfant, à partir de ce timbre-ci et de la sonorité du nom, j'imaginais Pleumeur-Bodou en Afrique !

Pleumeur

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Posté par Joe Krapov à 11:19 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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08 mars 2015

OVNI SOIT QUI MAL Y PENSE

C’est une très belle nuit du mois d’août 2012. Il n’est pas loin de 23 heures à Pleumeur-Bodou (Côtes d’Armor, est-il besoin de le préciser ?). Sur sa vieille bicyclette verte, Erwan Le Flohic revient du village de chalets de Stereden où il a rendu visite à son cousin parisien Erwan Cochard, « l’écrivain », venu passer là une semaine de vacances. C’est peu de dire que les cousins ont arrosé leurs retrouvailles ! Le chouchen a un peu coulé et ce serait faux de vouloir faire croire qu’Erwan roule droit sur la route du radome. « Le radome de la Médumse » comme l’appelle le cousin parisien qui a développé dans la capitale un sens de l’humour un peu particulier à base de jeux de mots laids et de calembours lourds.

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Peut-être bien qu’avec les bolées de cidre descendues auparavant, l’après-midi, en jouant aux cartes au café « Les Chardons » avec ses potes retraités, Erwan a dépassé la limite permise par la loi des 0,5 g d’alcool dans le sang. Mais bon, à cette heure-ci, les gendarmes doivent eux aussi taper le carton en rigolant à la brigade – car il est bien connu que les gendarmes rient dans la gendarmerie. De toute façon, il n’y a pas un chat et le vélo a de bons freins. Tout ce qu’Erwan Le Flohic risque c’est de sortir de la route et d’aller s’emplafonner sur un des mégalithes en résine synthétique de la menhir-parade. Le voilà d’ailleurs arrivé à l’endroit de l’exposition en plein air des menhirs « relookés » par des « artisses » du « qui l’eût » cru « qu’on pût inventer des trucs comme ça » comme aurait pu écrire son cousin Erwan qui aime bien coller des guillemets partout… parce que sa femme s’appelle Guillemette !

C’est avant d’arriver au village gaulois qu’Erwan a dû freiner comme un malade, qu’il est tombé de vélo et que sa roue s’est voilée. Au milieu de la route il y avait une soucoupe volante et quatre lézards géants assis sur des pliants autour d’une table de camping.

- A ! Dampred a vo lost ma hastalodenn, n'eo ket brao dond da evañ aperitifoù amañ ! s’est écrié Erwan ce qui veut dire à peu près, si on s’en remet au dictionnaire trégorrois-français d’Erwan Bescherelle, « Damnée soit la queue de ma casserole, en voilà de drôles de façons de prendre l’apéritif ! ».

Purée, la crise de délirium tremens ! Le pire c’est quand le père lézard, six mètres cinquante de hauteur, à branché l’interrupteur-traducteur de son scaphandre orange et a déclaré d’une voix métallique :

- Ah tu tombes bien toi, l’autochtone à bécane ! Viens donc ici répondre à deux ou trois questions, que l’on n’ait pas fait tous ces kilomètres pour rien !
- Oui ? a fait Erwan en ramassant et essuyant sa casquette de marin qui était tombée dans le freinage et dans une flaque d’huile de vidange. Que… que puis-je pour vous messieurs-dames ? Bon appétit d’abord !
- Merchi ! a dit la petite fille qui avait la bouche pleine de hamburger aux épinards et au ketchup.

Chez les Lézardriviens aussi, le ketchup va avec tout.

- Qu’est-ce qui vous a pris d’envoyer vos saloperies sur la comète « Femme Oie du couscous Tchouri » ? Vous trouvez malin de polluer la Tchouriviera ?
- Euh ? Qu’est-ce que vous dites ?
- Ca ne vous suffisait pas d’être allés déposer un drapeau moche sur the dark side of the Moon en 1969 ? Il a fallu que vous récidivassiez !
- Euh ? De quoi vous parlez ? Et en quelle langue ?
- Et c’est nouveau cette façon de dessiner sur nos tombes ?
- Euh ? Des tombes ? Il n’y en a pas ici !
- Evidemment, nous n’avons pas les mêmes rites funéraires ! Nous autres Lézardriviens sommes immortels mais nous avons quand même une certaine religiosité ! Sous ces grandes pierres dressées, nous avions coutume autrefois, avant la Grande Mue, d’enterrer nos queues. Et nous venons régulièrement, certaines nuits d’été, en pèlerinage à Carnac, commémorer cette époque ancestrale. Ce n’est pas pour que vous fassiez des dessins sur nos monuments !
- Carnac ? Là où il y a les alignements ?
- Forcément, hein ! dit Simone Guelou, la mère. Pas le Karnak en Egypte ! Les obélisques, ce n’est pas nous !
- Mais on n’est pas à Carnac, ici ! On est à Pleumeur-Bodou !
- Pleumeur-Bodou ? T’entends, Simone ? C’est où ça ? Vous voulez nous faire croire qu’on est en Afrique ou quoi ?
- Ben non, on est dans les Côtes d’Armor, en Bretagne, en France, sur la côte Nord. Carnac c’est sur la côte Sud.

Erwan Le Flohic s’étonnait de son élocution retrouvée. L’incident et sa chute de vélo l’avaient comme dessoulé. Les Lézardriviens, eux, d’un seul coup, hésitaient.

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- Notre GPS aurait eu tout faux ? supposa la maman. On aurait raté la bretelle de sortie après Auray ?
- Et ce ne sont pas de vrais menhirs ! précisa Erwan Le Flohic. Ce sont des blocs de résine peints par les artisses du cru ! D’ailleurs vous n’avez qu’à gratter et vous verrez.
- C’est vrai, papa, on voit bien que la Joconde est un faux. Elle n’est pas de Léonard.
- Elle serait plutôt de Johnny Bigouden ! dit le jeune lézard Erwan Guelou qui s’y connaissait plus que le GPS en géographie bretonne et en peinture de la Renaissance.

- Présente tes excuses au monsieur, Pierrot. Tu t’es mis en colère pour rien. Ce n’est visiblement pas lui qui a balancé le crabe mort sur Tchouri. Et il n’est pas responsable du fait qu’on s’est trompés de cimetière. Et que c’est en fait ici un musée en plein air.

- Pas question, Simone ! Je n’aime le « land art » ni sur la carte, ni sur le territoire et je n’apprécie pas plus que ça l’extension du domaine de la pollution. Remontez dans la soucoupe, les enfants, et toi, l’autochtone, estime-toi heureux qu’on ne t’embarque pas avec nous pour que tu viennes t’expliquer devant nos autorités. Allez, disparais, bipède à vélocipède ! Tiens, ramasse-le, ton crabe ! Allez, en soucoupe, Simone !

***

- Freinez, bon sang, Dugommier ! hurla le brigadier Erwan Lorguilloux au gendarme qui conduisait la voiture de patrouille. Qu’est-ce que c’est que ce gus sans lumière qui pousse son vélo au milieu de la route en zigzaguant ? Et c’est quoi l’appareil insensé qu’il traîne derrière lui ? Il est bon pour finir sa nuit au poste, celui-là !

Et c’est effectivement dans la cellule de dégrisement qu’Erwan Le Flohic termina cette nuit du 23 août 2012 où, comme il le raconta plus tard à son cousin Erwan Cochard, « il avait bel et bien rencontré des Martiens ». Une assertion que le brigadier Erwan Lorguilloux contesta toujours :

- 2,2 g d’alcoolémie ! Ce type était bourré plus que Jean-Claude lui-même, Dugommier ! A ce stade-là on peut bien voir des soucoupes volantes et des éléphants roses ! Dites-vous bien une chose, Dugommier, les OVNIs, moi je n’y crois pas !
- Pierre Dac a pourtant écrit « La meilleure preuve qu'il existe une forme d'intelligence extraterrestre est qu'elle n'a pas essayé de nous contacter. ». Ils peuvent avoir eu un moment de faiblesse : « A momentary lapse of reason » ?
- Taratata ! Les seuls petits hommes verts que je connaisse, c’est les Schtroumpfs et ils sont bleus !
- Mais quand même, la drôle de machine qu’il avait avec lui, le « crabe mort » ?
- Une pièce qu’il aura piquée au Musée des télécoms !

Dugommier restait sceptique, tout comme nos lecteurs à l’esprit plus affûté que le bison qui ont deviné qu’il s’agissait-là du robot Philaé. Qu’est-ce qu’il pouvait bien fiche à Pleumeur-Bodou en août 2012 ?

Ecrit pour les Impromptus littéraires du 2 mars 2015 à partir de cette consigne.

Il s'agit en fait de la version longue de la deuxième partie d'une nouvelle écrite pour un concours sur un thème très voisin, dont je reparlerai un jour.