12 juin 2017

DEBORDEMENT

Une rivière en avait marre de vivre sous les ponts, de refléter le soleil puis la lune et quelques pêcheurs à la ligne. Elle décida de sortir de son lit. Il était temps, elle approchait les 50 berges !

Par bonheur pour elle, les hommes avaient inventé le réchauffement climatérotique. Tout le temps était tout le temps détraqué et un jour, deux jours, trois jours durant, il se mit à pleuvoir du pont. Du pont des Arts, pour être précis, il plut des cadenas et des rambardes.

Quand toutes ces amours ou preuves d’amour furent tombées dans l’eau pour y rejoindre les clés des cadenas et les amours de Guillaume Apollinaire, la Seine, car c’était elle, déborda de reconnaissance :

- Ah merci, merci, Pont des arts, Averse et Pluie de cadenas ! Depuis le temps que j’étais serrée dans ce lit ! Je ne pouvais même pas étendre mes bras ni sentir le sang affluer à mes joues ni même jouer à l’habile beau quai ! De quoi perdre la boule !

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Et la Seine d’envahir Paris, de se répandre en bavardages dans ce nouvel entourage, d’aller rire au nez et à la barbe du zouave du pont de l’Alma, de mettre la main, comme une sœur, dans sa culotte, de se moquer de sa chéchia.

- Fichez le camp sur le champ ! » ordonna la statue du militaire.

Ça tombait bien, le Champ de Mars n’était pas loin. Elle s’ébattit gaiement sur ce nouvel espace mais soudain elle entendit une grosse voix qui lui disait :

- C’est ça ! C’est ça ! Entrez dans mon cabinet sans rendez-vous ! Allongez-vous sur la canopée, pendant que vous y êtes !

- Oh je ne monterai jamais jusque là-haut, répondit la graine d’évaporée. Car il est dit dans le « Livre sacré des fleuves et des rivières » que l’histoire du patriarche de la Noë est une légende lutécienne non vérifiée. Mais qui êtes-vous donc, Monsieur ?

- E.I. Felturm, psychanalyste. Qu’est-ce qui vous amène ? Vous avez de la chance, je le suis aujourd’hui. Amène.

- Eh bien voyez-vous j’avais comme qui dirait une petite envie de m’épancher et j’ai trouvé une fenêtre de « j’me tire ».

- Allongez le pognon et vos fesses sur le champ et racontez-moi vos débuts dans la profession. Remontez bien à la source, surtout !

AEV 161729 4626- Eh bien voilà, Docteur Felturm, c’est assez oedipien comme comportement et somme toute naturel pour un fleuve : j’ai toujours eu envie de voir la mer ! Alors je me suis nourri de ce rêve, de l’eau qui tombait des nuages, j’ai grossi, j’ai tracé mon chemin, j’ai fait les quatre cents coups dans le calcaire, j’ai suivi ma voie, j’ai coulé des jours heureux, j’ai passé l’été en pente douce, puis j’ai décliné…

Il s’ensuivit tout un flot de paroles plaintives, une dégoulinade de souvenirs en cascade, d’épanchements de Seino-vie que le psychanalyste écouta impassible. Ou plutôt il entendit tout ce roman-fleuve comme un clapotis de potins, des bruits de vagues et de ragots de virago, une remémoration de murmures sous ramure qui l’endormirent presque. Il se demanda si la cliente ne lui montait pas un bateau-mouche tant elle versait de larmes sur son sort de voyageuse énurétique en perpétuel transit avec des aspirations au voyage vers le large à la longue étouffées sur les bords. Quand elle eut vidé suffisamment son sac il l’arrêta et lui dit :

- Rentrez chez vous, remettez-vous au lit et laissez faire les choses. Ne traitez que le courant. Vous allez la voir bientôt, la mer. Vous allez le trouver, votre havre de paix. Si vous êtes pressée, vous n’aurez qu’à regarder le film homonyme d’Aki Kaurismaki en DVD. Ou alors en streaming.

- Merci beaucoup, Docteur Felturm. Je vous dois combien ?

- Il est d’usage qu’on me paie beaucoup et en liquide mais pour vous ce sera gratuit. D’habitude on me casse les pieds avec de vieilles histoires mais vous, vous me les avez lavés avec des rêves d’avenir. J’ai juste une chose à vous demander.

- Oui ?

- Vous avez une voix de crécelle un peu énervante. Aussi, quand arriverez aux Andelys…

- Oui ?

- Bouclez-la !

P.S. Cette histoire d’inondation de Paris était totalement imaginaire mais il est tout à fait possible – vous m’en verriez alors ravi - que certaines et certains d’entre vous l’aient… crue !

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Pour voir d'autres images de la Seine en crue, c'est ici.


Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le 6 juin 2017
à partir de la consigne-incipit n° 336 de Pascal Perrat

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27 janvier 2017

D'UN GRENIER L'AUTRE. 4, Photo-Hall, 5, rue Scribe à Paris

Mais, si je le fais, comment ne pas perdre le fil de « Photo hall » dont j'ai découvert l'existence dans le grenier de mon beau-père ? C’est que cela m’a ramené rue Scribe à Paris, Paris où j’ai aussi vécu, où j’ai croisé la dame qui m’a amené ici à Rennes où je suis devenu « kaléïdoscopeur de couleurs d’autrefois qui perd parfois le fil du discours initial» !

Qu’est-ce que je disais, déjà, au début ?

Image empruntée au Musée Carnavalet :

 

Devanture du salon des arts 5 rue scribe
Devanture du salon des Arts, 5, rue Scribe.

Images empruntées chez Delcampe.net :

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Facture photo hall

En 1962 Photo-Hall était toujours actif.
Patrick, appelle donc Opéra 40 52, pour voir ! ;-)

Photo hall 740_001

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 Niepce... Si j'ajoute "Nicéphore de café", est-ce que j'aurai bouclé la boucle ?

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11 juin 2015

Les B Car... retournent à l'école à Paris le 6 juin 2015 (2)

Ce que j'aime bien, avec les B Car..., c'est que ça me fait voir le monde autrement. Moi, vous me connaissez... (un p'tit peu, quand même ?) et vous savez que je ne fréquente, sur mon blog et dans les ateliers d'écriture du net et en vrai, que des enseignantes tout ce qu'il y a de plus sérieuses (un petit peu, quand même, mesdames, non ?). Avec les B Car... je retrouve le monde vu du côté des élèves ! Je retourne à l'école et je suis plus en phase avec mon âge mental (8 ans et demie). Après le potlatch, les potaches !

Il y a celui qui affiche sa philosophie dans sa cuisine :

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Il y a celui qui arbore un t-shirt provocateur :

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Les B Car... retournent à l'école à Paris le 6 juin 2015 (2)

Il y a celui qui se roule par terre quand on le réprimande parce qu'il a fait une bêtise (c'est le même) ! 

Il y a celui qui monte sur la table pour faire son intéressant !

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Les B Car... retournent à l'école à Paris le 6 juin 2015 (3)

Il y a celui qui dit : Regarde, Joe Krapov ! Une Parisienne ! Photographie-là !
Et je prends la photo !

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Qui dit plus loin : regarde Joe Krapov ! Un élevage de grues ! Photographie-les !
Et je prends la photo !

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Qui dit plus loin : regarde Joe Krapov ! La philharmonie ! Photographie-la !
Et je prends la photo, non sans songer que comme à Bruxelles, architecte est vraiment un très gros mot à Paris ! 

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Les B Car... retournent à l'école à Paris le 6 juin 2015 (4)

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Après ça continue : on est le lendemain matin, on recharge la B Car... Bagnole et on prend la direction de Montreuil tout en continuant de se débiner allègrement et gentiment !

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Eux aussi sont du genre "J'ai dix ans...Tar' ta gueule à la récré !". 

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10 juin 2015

Les B Car... débarquent à Paris le 6 juin 2015 (1)

S. et S. viennent de prendre leur retraite. Parisiens de toujours ils ont eu un coup de cœur pour la Bretagne et ont acheté une maison à P. du côté de Paimpol (Côtes d’Armor). Au cours de la soirée, ils nous parlent de Bégard comme d’un trou perdu. Je n’ai pas l’impression d’avoir mémorisé P. comme un sommet trouvé mais Marina me dit qu’on est allés randonner par là-bas en remontant le Trieux. En fait non, on y est passés en voiture en revenant de La Roche-Jagu l’été dernier. J'ai trouvé le village joli mais je n'irais pas m'y enterrer pour ma part. J'ai déjà donné en séjournant quelques années là où je suis né, à Samfou-les-Boules, au royaume de François 1er de Sabolie ! Bref, en me resservant un deuxième verre de marquisette, je les ai rassurés en leur disant mon admiration pour les pages culture du journal « Le Trégor », toujours bien remplies d’annonces de concerts, spectacles et expositions, même l’hiver. Mais ensuite, quand je suis allé aux toilettes et que j’ai vu la déco à base de tickets de concerts et de pièces de théâtre, je me suis dit qu’ils avaient intérêt à aimer la musique celtique, "un petit peu, quand même". Et puis bon, chacun sa route, chacun son chemin ! On ne discute pas les coups de cœur ! Du coup, ce soir ils organisaient leur soirée d’adieux à leur appartement et à leurs copains parisiens. Les B Car… étaient donc chargés de l’animation musicale de cette petite fête. Côté buffet garni, on n'a pas été malheureux. Un potlatch de première, même !

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Les B Car... débarquent à Paris le 6 juin 2015 (2)

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En théorie, d’après Radio Manu, l’appartement devait être vide. Ca aurait pu être drôle mais dans les faits il n’en était rien. Seuls les livres avaient disparu des étagères et les propriétaires des lieux, généreux et magnanimes, nous ont annoncé qu’ils avaient organisé, dans la chambre où nous dormirions, une brocante culturelle "où c’que tout était gratuit et embarquez-le, ça nous débarrasse". C’est ainsi que le gars Sebarjo et moi-même avons rempli mon sac à dos pourtant déjà plein jusqu’à la gueule avec une dizaine de disques vinyles. Avant cela on a fouillé dans les cartons sous le bureau comme si on était aux puces de saint-Ouen. On n’en était pas loin, du reste. Léonard Cohen, Reggiani,… reviens Léon, j’ai les mêmes à la maison ! J’ai embarqué un Gilles Vigneault, un Alexandre Lagoya, la B.O. d'American Graffiti et le Seb a jeté son dévolu sur un Nougaro, du Simon et Garfunkel et encore du Brassens… 

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Les B Car... débarquent à Paris le 6 juin 2015 (3)

Avant cela il y avait eu gonflage des matelas, comme si les B Car… n’étaient déjà assez gonflés comme ça, comme gars ! Dans la chambre des dames, à côté, il y avait une espèce de gonfleur électrique et des matelas maousses. J’ai pour ma part laissé faire mes deux petits matelas aussi autogonflants que moi.

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Les B Car... débarquent à Paris le 6 juin 2015 (4)

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Or donc, j’avais oublié de préciser cela, nous sommes retournés à l’école. S. en est sans doute la directrice et nous sommes dans le logement de fonction sis au deuxième étage. J’espère qu’il n’y a personne en-dessous parce que le barouf de « La Femme d’Hector », je ne vous dis pas ! J’ai oublié aussi de raconter comment Bémol et Seb ont dû entamer le tour de France en haïku dès le mois de juin. Ils ont descendu le vélo d’appartement de madame S. jusqu’au bas des escaliers. J’ai immortalisé mon voisin du dessous en plein travail : ce n’est pas tous les jours qu’on le voit aussi actif ! ;-)

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Descendre à l'école
Dans l'escalier parisien
Un vélo sans roues

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