19 janvier 2022

POÉSIE DE JANVIER

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L’hiver s’en vient dans les maisons
Sortir de ses blagues de givré
Le vieux tabac de la grisaille
Et cela dure des semaines.

On est piégé. 

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Quand vient l’horrible saison froide
Même l’alouette y laisse des plumes.
Pierrot qui passe
En ramasse une
Puisqu’au clair de la lune
Son voisin le distrait a égaré la sienne.

 

 Au chaud, dans le plus grand secret
Les buffets se régalent des sachets de lavande,
Des albums de photos et porcelaines rares
Ou des habits de deuil que l’on y entrepose.

3_Im6Où trouver le courage ?
Se lever au matin sans ramasse-poussière
C’est perdre assurément les débris des étoiles
Qui sont venues la nuit
Illuminer nos rêves.

Dans le geste d’écrire ?
On a beau tendre son cahier
Tel un miroir au monde
Rien ne s’y réfléchit,
Rien ne s’écrit dedans.
On ferait mieux sûrement
De tendre une tablette,
De ramener des photos du ciel
Ou de l’immeuble d’en face.

Peut-être, sur le cahier,
Fallait-il appuyer quelque part ?

En attendant, oui, j’écris.

S’il fallait mettre son espoir dans le Seigneur
Alors j’ai tout raté.
J’ai juste pour ma part
Mis un pied devant l’autre
Et rencontré l’humanité
Et même aussi parfois L’Humanité-dimanche !

Mais, c’est vrai, rien n’est simple.
La complicité avec le poète
Ne s’établit pas en un clin d’œil :
Ce voyant est peut-être un voyou
Et ce dévoiement du langage
Un désert empli de cailloux !

Sous le pavé de sept cents pages
S’étend peut-être juste
Une plage de nudistes
A l’oeil terne,
A la joie éteinte :
Des fracassés loquaces
Et inintéressants.

Qui décide que les pavés brillent ?
La pluie passagère ?

Ecrire, est-ce poursuivre
Des visions ?

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Des êtres de légende, la plus inaccessible

Et la plus honorable parmi les homicides,
Chimère,
N’a d’yeux que pour Rodrigue
Et lui baye aux corneilles !

 

 

Trouve-t-on la joie au tourner du temps ?

Concert de nouvel an à Vienne :
Le gai tourbillon de la valse
N’enchante pas le musicien.
L’œil rivé sur sa partition,
Il procède à l’exécution,
Sans cesse menacé d’une réprimande
Par la baguette autoritaire du chef d’orchestre.

Alors on rentre se réchauffer
Et sans cérémonie
- On n’est pas au Japon -
Vers cinq heures on prend le thé.

220119 cabaret vert

Seulement une chose est sûre :
Désormais je n’entrerai
Que dans des cabarets à la façade verte
Et si en lieu et place d’une serveuse accorte
C’est un barman aigri qui apporte
Mon sandwich au jambon
Je lui enverrai ma bière au visage !

Hiver !
Saison d’enfer !


Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le 18 janvier 2022

à partir de la consigne 2122-16 ci-dessous.

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15 janvier 2022

KING KONG COMME UN BALLET ?

Rennes, le 14 janvier 2022

Ça ne va pas ! Ça ne va pas ! Ça ne va pas !

DDS 698 Opéra

Qu’est-ce que c’est donc que je ne digère pas ? Récapitulons ! Hier j’ai mangé un opéra. Un gâteau sympa. Dans cette ville-ci sa façade est semi-circulaire. Sur le sommet on a posé neuf muses en pâte d’amande et un Apollon en chocolat. A l’intérieur, ce n’est que du bon : fauteuils de velours rouge, superbe décor, tutus roses, lustre de sucre cristal, perles dorées, spectatrices de choix et jolis messieurs en habit de fête, ce n’est quand même pas ça qui m’a rendu patraque ? Alors ?

DDS 698 120107__026


Peut-être la petite fontaine à côté avec sa cerise en forme de tête de femme sur le sucre glace italien ? Je n’en ai fait qu’une bouchée, j’ai à peine senti le goût. Et c’est justement ça qui a commencé à m’inquiéter.




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J’ai passé l’après-midi à chercher une maison close. Oui, je sais,depuis que je sème la terreur dans les parages, toutes les maisons sont fermées, les gens se confinent chez eux en se disant qu’avec un peu de chance je ne les dévorerai pas. Mais il y a une différence entre « fermée » et « close ». Papa m’a toujours parlé des bordels – c’est là leur autre nom – comme d’un mets succulent, un régal composé à parts égales de stupre, de fornication, volupté, luxe, calme et beauté. « C’est fondant à souhait ! » disait-il en levant les yeux au ciel.








3_Im3Il a fini par y partir au ciel et je n’ai pas très envie de l’y rejoindre. Outre qu’il m’a toujours élevé à la dure, je suis sûr qu’il ne me laissera jamais, là-bas, toucher à sa réserve de planètes en sucre d’orge. L’outremangeur n’est pas prêteur, c’est là son moindre défaut. Déjà qu’il a toujours gardé pour lui le palais de Dame Tartine et la maison d’Hänsel et Gretel, ce cochon d’égoiste !

Sinon, qu’est-ce que j’ai pris qui pourrait m’avoir donné ces symptômes à la con ? Je tousse, je ne sens plus les odeurs et ce que je mange a de moins en moins de goût !

Voyons, cherchons. Avant l’opéra j’avais boulotté un EHPAD. D’accord, la barbaque était un poil vieille mais les fauteuils roulants et les déambulateurs qui croquent sous la dent, ça compense bien le petit côté faisandé.

Et puis j’ai bouffé l’école d’à côté. C’est peut-être là que j’ai chopé le virus. Déjà il y avait moins de marmots que d’habitude sur les bancs. Beaucoup parmi eux jouaient à Zorro ou à « Haut les mains, peau d’lapin ! Ceci est un hold-up !» avec un masque sur le nez. Je ne sais pas non plus ce qu’ils trafiquaient avec tous ces coton-tiges. On leur nettoie les oreilles aux minots pour être sûr que le savoir pénètre bien dedans ?

Ouille ! Ouille ! Ouille ! Je douille ! Si ça continue comme ça je vais devoir aller manger une pharmacie. Je sais les repérer, elles ont toutes une croix verte clignotante sur leur façade.Bien sûr, ça n’est pas très bio, c’est plein de produits chimiques mais les jardins de plantes médicinales comme du temps de Papy Gargante, même dans les villes minérales-socialistes, ça ne court pas les rues.

Bon ce sera tout pour aujourd’hui, cher journal. Je vais aller passer la nuit au jardin du Thabor. J’ai l’habitude là-bas de m’étendre sur un espace en pente et j’y ai un sommeil d’Enfer !

Et si jamais je ne vais pas mieux demain au réveil, vaille que vaille j’irai à Pontchaille m’envoyer l’hôpital même si maman m’a toujours dit que c’était un endroit dangereux. A cause des seringues.

N.B. Les deux images sont empruntées au jeu "Dixit" de Jean-Louis Roubira illustré par Marie Cardouat.


Ecrit pour le Défi du samedi n° 698 d'après cette consigne : Ogre

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12 janvier 2022

LE CHAT NOIR

 Il y a grand monde au cabaret
Pour présenter ses meilleurs vœux
Aux jeunes mariés très heureux.

C’est ici qu’on cherche fortune
Lorsque la lune est plus sereine ;
Aristide a trouvé la sienne !

Elle est jolie, s’appelle Blanche
Et la semaine et le dimanche
Elle rend la vie plus amène.

De ce bouge un peu dégueulasse3_Im1
La gamine a fait un palace
Et l’enrichit de ses chansons.

On n’reconnaît plus l’Aristide :
Le Bruant devenu timide
Est tout aux soins de sa poupée.

Elle a fleuri d’amour en cage
«Le Chat noir» et tous ses parages :
Les fleurs embaument le quartier.

Le chat, sur l’enseigne, est inquiet :
Voilà le petit canari
Qui parle de quitter Paris !

Se pourrait-il que d’aventure
On transborde en sous-préfecture
Son populaire paradis ?

Il sait qu’il y mourrait d’ennui
Alors, patiemment, il attend
Que dans la nuit noire monte un chant

Du genre, forcément alléchant
Pour son museau, :
« Ouvrez ouvrez la cage aux oiseaux... ».

Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean du mardi 11 janvier 2022

à partir de la consigne 2122-15 ci-dessous

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LA PRINCESSE JAUNE

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- Il me vient une idée »
A dit la princesse jaune.

Mon tout petit pays,
Entouré de royaumes ennemis,

Peut faire à tout moment
L’objet d’une invasion.

Réunissons les rois,
Carreau, Coeur, Pique et Trèfle.

Enseignons-leur le goût
De lutter pour des nèfles.

Promettons-leur
Que je serai le prix
Que je serai la proie
De choix
Du vainqueur
D’un tournoi. ».

Ils sont venus, ils sont tous là.
Elle leur a expliqué toutes les règles.
Elle a donné toutes les cartes
Elle a servi le vin de Sarthe
Et depuis, jour et nuit, ils jouent à la belote
En descendant Jasnières et Coteau-du-Layon.

Elle vient le matin
Dans la chambre de chacun
Voir si dans leur culotte
Traîne encore un dragon,
Histoire de redonner
A ce carré de rois
La force de rêver,
En clamant « Dix de der !»,
Qu’ils l’auront à jamais
Pour soi seul.

Elle se fend la gueule :
Pendant ce temps qu’ils jouent
Et descendent des verres,
Ils ne font pas la guerre !

Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean du mardi 11 janvier 2022

à partir de la consigne 2122-15 ci-dessous

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ZODIAQUE


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- On a coupé la montre en douze
quartiers égaux.

- Si t’as cinq minutes je t’explique !

On a coupé le ciel en douze
signes zodiacaux.

- Si t’as cinq minutes je t’explique !

On se souvient d’Hercule
Et de ses douze travaux.

- Si t’as cinq minutes je t’explique !

- On a mis douze mois dans l’année
ça vaut ce que ça vaut.

- Si t’as cinq minutes je t’explique !
Mais si tu fais tourner à rebrousse-temps la montre
On arrivera au temps de notre non-rencontre
Et tout repartira dans le même non-sens
Alors, sois gentille :
Rends-moi les aiguilles,
Retourne le cadran,
Allons de l’avant !

 

Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean du mardi 11 janvier 2022

à partir de la consigne 2122-15 ci-dessous

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UN SOIR UN TRAIN

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Moi je t’offrirai la Belgique,
Une île de fantaisie
Dans une pluie de perles !

Des gens qui restent-là
Quand passent les Teutons !

Des sages qui font tout
Pour ne pas perdre le Nord !

Des Flamandes qui dansent
En silence !

Même quand le train a déraillé
Et que la musique s’est arrêtée !

 



Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean du mardi 11 janvier 2022

à partir de la consigne 2122-15 ci-dessous