20 mars 2022

Anne Mélou chante Boris Vian à Rennes le 13 mars 2022

220320 Anne Mélou

Malgré le peu d'éclairage aux spectacles de la Maison du Ronceray, j'ai pu sauver quelques photos de ce concert fort sympathique de dimanche dernier où l'on a pu entendre, mieux chantés que par leur créateur, les chefs d'oeuvre d'humour tendre et désabusé du grand Boris Vian. On ne trouve pas sur la toile de traces sonores de ce spectacle - elles viendront peut-être ultérieurement - mais des vidéos de prestations donnés par  Anne Mélou autour des répertoires d'Edith Piaf, de Léo Ferré ou d'autre chanteurs-chanteuses "à textes".

Pour tout savoir sur cette très bonne chanteuse que j'ai jadis côtoyée au Cercle des poètes disparu du bar l'Amaryllis, consultez sa riche page Fb ici :

https://www.facebook.com/anne.melou.94

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11 janvier 2022

PAUVRE BORIS ! (L'ÉCUME DES JOURS)

La piscine Molitor redevient patinoire,
Les anguilles et les truites vivent dans les robinets,
Les pianos servent à fabriquer des cocktails,
Les rayons du soleil finissent en billes d’or
Aux cuisines où les souris dansent.

Que de beautés dans l’Univers !
Les oursons s’appellent Ursula,
Il y a du vent dans tous les crânes
Sauf dans le tien :
L’ingénieux ingénieur joue de la trompinette,
Touche à tout et conduit
La Brasier Torpedo
Avec brio.

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Mais comme le négatif qu’on a mis à sécher
Avec des pinces à linge
Sur un fil trop fragile
Le coeur est perforé,
Le coeur est trop serré
Pour le flot d’énergie qui remue le génie.

Filigrane jeu 72 pellicule

Fi de la normalisation !
Il y a un empire à bâtir,
Des romans à traduire,
Des chansons à produire
Pour moquer, dénoncer
Les ratichons baigneurs
Les généraux joyeux bouchers
Et les honteuses guerres
Des marchands de canons.

Il y a des cantilènes mises dans la gelée,
Des bombes atomiques danseuses de java,
Les bisons sont ravis,
La cécité vairon,
Et le rock’n’roll mops,
Un voisin qui s’appelle Prévert,
Saint Pierre au Paradis qui ne veut pas de vous…

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Et ce chef-d’oeuvre que tu laisses
C’est le roman de la Jeunesse,
Celui qui donne envie d’écrire
Pour découvrir et dire Ailleurs,
Tout le gré de la fantaisie
Contre la gravité d’un monde
Qui ne souhaite même pas entendre.

Il faudrait te relire plus souvent,
Boris Vian,
Pour accepter ce phénomène :

C’est seulement après le fracas
Des vagues sur la plage,
Des phrases sur la page,
Que l’écume des jours
Fait cadeau à l’estran
De ses trésors cachés
Dans l’océan du temps.

Et ce sont d’autres promeneurs,
D’autres générations
Qui en profiteront.

Tant pis !
Tant mieux !
Merci,
Mon vieux,
Car ton solo était très beau ! 


Ecrit pour le jeu n° 72 de Filigrane (La Licorne) d'après cette consigne.

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24 avril 2021

BOMBINETTE OU CHANSONNETTE ?

Oui, je sais, je ne me renouvelle pas !

Dans mon laboratoire rennais, vous ne voudriez tout de même pas que j'y fabrique des bombes atomiques, tout de même ? 
Ne vous inquiétez pas, d'autres s'en chargent ailleurs.

Non. Moi, je préfère pousser la chansonnette que de moccuper de l'élevage de champignons nucléaires !

Et donc, en compagnie de Boris Vian, celle-ci est en guise de remerciements  à ce cher oncle Walrus, notre tenancier  de boutique préféré !

 



Réalisé pour le Défi du samedi n° 660 d'après cette consigne : Laboratoire.

10 janvier 2019

LES INVENTEURS FARCEURS. 7, Boris Vian

 Vian ingénieur ba28d95_4521-xpsm6s 

 

 

 

Nous terminons avec Boris Vian l’évocation de ces personnalités douées pour les sciences comme pour les arts. 

 Boris+VIAN+écrivain+français,+poète,+parolier,+chanteur,+critique+et+musicien+de+jazz+(trompettiste),

 Vian Carte-AFNOR

 

 

Sa carte de visite en dit long sur l’activité déployée lors de sa courte existence (il est mort d'une crise cardiaque à l'âge de 39 ans).

 

 

Sorti ingénieur de l’Ecole centrale il travaille à l’AFNOR où il s’ennuie beaucoup et se tourne vers une carrière littéraire et musicale.

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 Avant cela, il dépose un brevet pour une invention qui ne sera jamais appliquée : celle d'un procédé d'éclusage des canaux, consistant à « arrêter le canal à 10 kms de son aboutissement et à transporter le navire au-delà sur chariot et rails ». Cette invention fait l’objet d’un communiqué détaillé le 2 janvier 1942.

 

 Il envisage aussi un tracé du grand canal des Deux-Mers (le canal du Midi relié à celui de la Garonne) chanté par Charles Cros, et qui devrait selon Vian « nous délivrer de la terrible sujétion d’Albion sur Gibraltar».

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Le 18 décembre 1953 il dépose à l'INPI une demande de brevet pour l'invention d'une roue élastique, brevet qu'il obtient le 21 juin 1955 et qui sera utilisé dans les années 60 pour le tramway de Saint-Etienne.

Mais la plus célèbre de ses inventions est le pianocktail, évoqué dans son roman « L’écume des jours ». Voici le passage en question :

 

– Prendras-tu un apéritif ? demanda Colin. Mon pianocktail est achevé, tu pourrais l’essayer.
– Il marche ? demanda Chick.
– Parfaitement. J’ai eu du mal à le mettre au point, mais le résultat dépasse mes espérances. J’ai obtenu, à partir, de la Black and Tan Fantasy, un mélange vraiment ahurissant.
– Quel est ton principe ? demanda Chick.
– A chaque note, dit Colin, je fais correspondre un alcool, une liqueur ou un aromate. La pédale forte correspond à l’œuf battu et la pédale faible à la glace. Pour l’eau de Seltz, il faut un trille dans le registre aigu. Les quantités sont en raison directe de la durée : à la quadruple croche équivaut le seizième d’unité, à la noire l’unité, à la ronde la quadruple unité. Lorsque l’on joue un air lent, un système de registre est mis en action, de façon que la dose ne soit pas augmentée – ce qui donnerait un cocktail trop abondant – mais la teneur en alcool. Et, suivant la durée de l’air, on peut, si l’on veut, faire varier la valeur de l’unité, la réduisant, par exemple au centième, pour pouvoir obtenir une boisson tenant compte de toutes les harmonies au moyen d’un réglage latéral.
– C’est compliqué, dit Chick.
– Le tout est commandé par des contacts électriques et des relais. Je ne te donne pas de détails, tu connais ça. Et d’ailleurs, en plus, le piano fonctionne réellement.
– C’est merveilleux ! dit Chick.
– Il n’y a qu’une chose gênante, dit Colin, c’est la pédale forte pour l’œuf battu. J’ai dû mettre un système d’enclenchement spécial, parce que lorsqu’on joue un morceau trop « hot », il tombe des morceaux d’omelettes dans le cocktail, et c’est dur à avaler. Je modifierai ça. Actuellement, il suffit de faire attention. Pour la crème fraîche, c’est le sol grave.
– Je vais m’en faire un sur Loveless Love, dit Chick. Ça va être terrible.
- Il est encore dans le débarras dont je me suis fait un atelier, dit Colin, parce que les plaques de protection ne sont pas vissées. Viens, on va y aller. Je le réglerai pour deux cocktails de vingt centilitres environ, pour commencer.

 

pianocktail (1)

Pianocktail

 

 Ce pianocktail a depuis été réalisé. On peut le voir fonctionner dans la vidéo ci-contre. Si vous êtes pressé.e. et n'aimez pas trop le blabla télévisuel, visionnez le passage entre les minutes 2 à 4, ça vous donnera une idée de la chose.

 

 

Nous terminerons cette conférence en chanson avec la "Java des bombes atomiques" illustrée par Plonk et Replonk...

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... et interprétée ici par Serge Reggiani

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07 juillet 2018

ECRIRE A RIMBAUD ? 16, Catacombe

Monsieur Arthur Rimbaud
B.P. 01 au vieux cimetière 
08000 Charleville-Mézières

Mon cher Arthur

"Quand j’aurai du vent dans mon crâne…"
Boris Vian


La catacombe a été inventée pour rappeler aux humains qu’un jour la cata tombe. Aussi bien sur Taka Takata que sur Emile Combes.

Le cimetière est là pour leur dire leur misère : un jour où l’autre, mortel, tu tomberas du haut des cimes, tu gicleras par la portière, tu finiras au cimetière.

Qu’est-ce que t’incinères, Joe Krapov ? Qu’on devient feu ?

A côté d’Eros on pose Thanatos pour signifier à Emile qu’il ne fera pas de vieux os là ! Un jour ou l’autre on l’a dans l’os. La maladie vous fait la peau, arrive la mort, on s’évapore au dernier port et pour toi cela fut celui des Marseillais.

Mais pour moi mon cher Arthur, tout cela est tabou. Je m’abstiens de toute danse, y compris et surtout de la danse macabre : j’ai décidé une fois pour toutes que j’étais immortel. C’est plus facile de vivre ainsi. Et pour plus de sécurité, pour parfaire mon bonheur de touriste de 2018, je retourne de plus en plus souvent vivre dans les années 60 et 70.

Ainsi l’autre samedi ai-je acheté 34 numéros de Charlie mensuel, un journal de bandes dessinées dont le rédacteur en chef, Georges Wolinski, est décédé dans l’attentat contre Charlie-hebdo en janvier 2015.

Ainsi ai-je visionné « Living in the material world », un film de Martin Scorsese consacré à George Harrison, le guitariste le plus mystique d’un groupe appelé les Beatles qui connut un certain succès de 1963 à 1969, année érotique plus que thanatotique.

Ainsi, par association d’idées, suis-je retourné en pensée mettre vingt centimes de franc dans le juke-box d’un café de Carvin (Pas-de-Calais), chez Jean-Pierre, où nous allions, à une certaine époque, chaque samedi soir, au siècle dernier. Inlassablement j’y écoutais, du même Harrison le 45 tours « Is n’t it a pity ». Je ne comprenais rien aux paroles mais j’étais amoureux fou de cette musique lancinante. L’après-midi qui précédait nous avions joué de la musique électrique dans la cave parentale transformée en lieu de répétition underground. Les rockers aussi étaient un peu caves, ce qui me ramène aux catacombes.


Quand j’aurai du Vian dans mon crâne, à l’automne, comme tous les pékins, je ne danserai plus la java des chaussettes à clous ni le joyeux tango des bouchers de la Villette. Il faut évoluer : de nos jours les policiers utilisent le teaser, le flashball et la grenade et tout le monde devient plus ou moins vegan.

Je n’entamerai pas plus l’interminable tango des perceurs de coffres-forts : celui-là vous mène directement en prison sans passer par la case départ et, derrière les barreaux, avant de mettre un terme à cette écriture de lettres folles je pose et repose la question essentielle te concernant :

Arthur ? Où t’as mis le corps ?

Engagé dans l’armée hollandaise en 1876 tu suivis le mouvement jusqu’à l’île de Java (des bombes atomiques !). Là, tout dépité de n’y avoir pas rencontré la dénommée Riquita, tu as déserté, tu as fait quarante-huit kilomètres à pied et tu as réembarqué pour regagner Charleville-Mézières en décembre !

Arthur, où t’as mis le corps du délit ? Tu n’as répondu à rien, tu as brûlé les questions et tu restes à jamais de ce fait le déserteur ultime de l’année 1876 et de celles qui ont suivi.

T’es snob ou quoi, Rimbaud ? Cela fait un an que je t’écris et jamais personne ne me répond jamais ! Tout le monde doit être occupé à surfer sur l’écume des jours ! Ou à boire systématiquement, comme toi, sa prime d'engagement !

Comme j’ai finalement compris, moi aussi, ou plutôt déduit, que ce salaud d’Arthur était au paradis, je retourne dans le mien chanter comme une cigale au milieu des fourmis.

Reçois, avec mes remerciements pour nous avoir fait rire un peu depuis un an, mes très poétiques amitiés !

En toute confraternité !

Ecrit pour le Défi du samedi n°514 d'après cette image.

DDS 514 120595126