L'Alchimie des ailleurs à Charleville-Mézières le 10 juillet 2017 (4)

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 Peut-être, ainsi que moi, êtes-vous interrogé par le fait d'écrire "derrière Rimbaud" ? Si les dossiers de ces chaises sont magnifique, il y aurait peut-être à redire sur l'écriture à quatre mains ici présentée ? J'ai choisi d'être positif, de ne rien dire et de conserver le principe utilisé pour en faire... un exercice d'atelier d'écriture ! A vous de jouer ! Je publierai la consigne et le résultat de mes propres élucubrations demain.

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02 octobre 2017

LE GIBIER MANQUE ET LES FEMMES SONT RARES

LE GIBIER MANQUE ET LES FEMMES SONT RARES :
Supplique pour être opéré à l'Hôpital de la Timone à Marseille

se chante sur l'air de la "Supplique pour être enterré sur la plage de Sète" de Georges Brassens

1
Vous n’imaginez pas c’que j’ai fait comm’ boulots !
Explorateur d’enfers, métallo-mégalo
Marchand de casseroles au Harar(e)

J’ai vendu des télés aux paysans d’Ardenne
Mais dans ce grand désert où mon âme se traîne
Le gibier manque, les femmes sont rares.

01 Le gibier manque

2
L’amour c’est aussi con que le chant des oiseaux :
On n’prévoit pas le jour où l’on deviendra gros
Quand on est ivre en la gabare.

J’ai descendu des fleuves absolument grotesques
Et j’ai vu des pays abracadabrantesques
Où l’gibier manque, la femme est rare.

3
Dans les cabarets verts j’ai vu bière et Fräulein,
Ses bourrelets d’antan, muss es sein ? Es muss sein !
Ell’ me surnommait « Ringard Star ».

02 Biere_et_fraulein-1

La danse du balai, la danse du tapis…
Elle s’est envolée, eh bien, ma foi, tant pis !
Le gibier manque, les femmes sont rares

4
Si t’as levé le coude, alors lève le pied,
Rimbaud pas vraiment beau - poète, vos papiers ! -
J’étais vraiment un type bizarre.

Puis la mer a bercé tant d’amours cet été
Que dans le creux des vagues où j’étais balloté
J’ai rencontré la femme-cougar.

5
Ancienne jeune fille qui faisait des pâtés,
Belles jamb’s mais alors quell’ tête ! Mocheté !
Avais-je le choix dans la date ?

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Je me suis retrouvé en tutu sur le pont
- O Bwana Missié blanc ! Pauvre zombi Dupont ! -
Avec la chtouille entre les pattes.

6
Ses lèvres avaient le goût du beaujolais nouveau ;
Tous les dauphins dansaient avec ce cachalot
Le dernier tango à la mode.

Tu as beau bronzer beau, t’as la marqu’ du maillot
Aux Ménuires elle était barmaid dans le restau
J’aimai son cul sur la commode.

7
Ma civière est posée sur le pont du bateau
Enivré de douleur, je file, pas vraimambeau,
En direction de la Timone.

Je ne danserai plus, pas même comme un pingouin
Je n’suis jamais allé aux am-putes à Saint-Ouen
Mais maint’nant, en voitur’ Simone !

8
Avion, bête, camion, j’en passe et des meilleures,
Je pourrais porter plainte, au fond, contre mon cœur
Mais je délire et je m’égare.

Antoto Akali Abitchou Chankora
Mindjar Cassam Rouella Hawache et Fil-Ouaha
Le gibier manque, les femmes sont rares.

9
Careyon et Gallas et guerre aux Aroussis
Le chirurgien découpe et ça sent le roussi
Ma sœur prie Dieu dans le couloir.

Galansa ! Boroma ! P’tits roberts ! Burkini !
Choux cailloux et genoux, époux d’Abyssinie,
Le cœur me manque les jambes sont rares.

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10
Si vous me confisquez mes membres inférieurs
Vos villes deviendront des cloaqu’s en chaleur
Vous ne trouverez plus d’ivoire.

Comm’ j’hippopotaimais cette amante irascible
Verlaine me hurla dessus – j’étais sa cible –
« Pwète à la manque ! Faiseur d’histoire ! »

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11
Ô Terre du Harar ! O portes de l’Eden !
Misères de ma vie finies à l’Est d’Aden !
On a trop fait l’amour ensemble !

Quoi de plus redoutable, au fond, qu’un pet sonore ?
Langage, emporte-moi, tue-moi ou baise m’encore !
Ô tant je t’aime que j’en tremble !

12
Ô Dieu ! Mon Chinois vert, passe-moi donc le ciel !
J’écouterai pousser les fleurs du violoncelle,
Mettrai les bigoudis par douze

Aux cheveux du Destin, aux chercheuses de poux
Et je te scanderai les chansons des Papous
Pour que se termine… ce blues !

Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le 26  octobre 2017
à partir de la consigne ci-dessous

29 septembre 2017

ECRIRE A RIMBAUD ? 9, Gramophone

Monsieur Arthur Rimbaud
B.P. 01 au vieux cimetière 
08000 Charleville-Mézières

Mon cher Arthur

« Un bon petit diable à la fleur de l'âge,
La jambe légère et l'œil polisson,
Et la bouche plein' de joyeux ramages,
Allait à la chasse aux papillon»

Georges Brassens – La Chasse aux papillons 

 

DDS 474 de fil en aiguilleAujourd’hui je devais te parler de gramophone mais à la chasse aux papillons, j’ai rencontré Cendrillon. Comme elle partage tout, même ses microbes, elle m’a filé son rhume et j’ai donc passé mon lundi matin plongé dans un autre bouquin très intéressant. Il s’appelle : « De fil en aiguille : les pionniers de la communication : Charles Cros et les autres ».

Charles Cros ! Qui sait, ou qui se souvient, qu’il accompagna Verlaine à la gare de l’Est pour t’accueillir à Paris un jour de septembre 1871 ? « Venez, venez vite, chère grande âme ! On vous désire ! On vous attend ! » ou plutôt, sans les fioritures, « Venez, je me charge de tout » t’avait écrit l’homme des sanglots longs en t’expédiant un mandat pour payer le voyage. Sauf que ces deux clampins n’avaient pas de perche à selfie au bout de laquelle ils eussent pu accrocher un panonceau «Arthur Rimbaud ?» ou «Hôtel Verlaine». Du coup tu les ratas, ils te ratèrent, vous vous ratâtes. Il y a fort à penser que tu arrivas avant eux au 14 de la rue Nicolet chez les Mauté de Fleurville, les beaux-parents de l’homme au ciel par-dessus les toits, et que Charles Cros était bien le deuxième des hommes qui entrent là pour te retrouver dans le récit de M. Teyssèdre sur M. Googlebooks.

Charles Cros, le deuxième homme ! Quel humour elle a cette Fatalité Offenbachienne ! 

DDS 474 cros chasseur de papillons

Car Charles Cros fut bien, toute sa vie durant, le Poulidor de l’invention et même peut-être aussi celui de la poésie ! Que ce soit pour le phonographe ou pour la photographie des couleurs, ce poète savant eut la vision et la conception juste de ce qu’il fallait faire mais fut toujours coiffé au poteau par des gens qui, de leur côté, étaient arrivés au même résultat mais avaient mis en pratique l’idée. Ainsi de Louis Ducos du Hauron, le Jacques Anquetil de la trichromie et de Thomas Edison, l’Eddy Merckx du phonographe. Quelle déveine permanente !




« J'ai tout trouvé, nul mur ne m'ayant arrêté.
Mais Chance, dis-moi donc de quel nom tu te nommes ? »

Charles Cros ! Le passage des poètes dans le Sud de la Sarthe ! Je ne puis parler de lui sans révéler que moi aussi, comme toi, j’ai habité chez lui ! Enfin, pas chez lui, chez son mécène, le duc de Chaulnes, au château de Sablé dans la Sarthe. Et, bon, d’accord, plus d’un siècle après, quand même, je ne suis pas si vieux que ça. Le duc de Chaulnes, très intéressé par les développements de la photographie, avait invité le poète-inventeur natif de Fabrezan à venir poursuivre chez lui ses travaux sur la photographie des couleurs. 

ECOLE-MODERNE--LE-CHÂTEAU-DE-SABLE-SUR-SARTHE-AQUARELLE-ENCADREE-PROVENANCE---ANCIENNE&HELLIP-

Il y a de quoi rigoler à propos de ce château de Sablé-sur-Sarthe. Quelle continuité dans sa destinée poétique ! Alors que tu devenais, après ton départ en Afrique, négociant en café, le château fut racheté par des industriels du Nord de la France, les frères Williot qui y installèrent une fabrique de chicorée. Alors que Charles Cros y était venu pour la photographie, le château devint en 1981 un centre de microfilmage de documents de la Bibliothèque nationale. Joe Krapov, poète à ses heures et photographe à seize heures trente, y travailla de 1985 à 1997.

Et je me souviens, dans la même veine, d’un texte d’Alphonse Allais, "L'agonie du papier",  où il imaginait le journal de l’avenir sous forme d’une pellicule photographique projetée sur le mur. Carrément la microfiche, déjà ! Alphonse Allais qui connut Charles Cros au cabaret du Chat noir et au journal éponyme…

Si je reviens au livre dont je parlais au début – parce que, n’est-ce pas, de fil en aiguillle, on perd de vue qu’on est en train de causer du livre "De fil en aiguille" - je dois préciser qu’il est également le catalogue d’une exposition de ce département de la Bibliothèque nationale qu’on appelle «Phonothèque nationale».

A une certaine époque, bien avant que je n’aille travailler en Sarthe, je passais tous les jours devant cette institution sise au numéro 2 de la rue de Louvois à Paris. Moi je bossais au numéro 4. Une des rédactrices de ce catalogue, Catherine Cassan, vint elle aussi, plus tard, travailler au château de Sablé.

Mais revenons au gramophone. Dressons, c’est très amusant, non pas des tigres du Bengale mais la liste des inventions qui ont permis d’accomplir le rêve de Charles Cros :

"Comme les traits dans les camées
J'ai voulu que les voix aimées
Soient un bien, qu'on garde à jamais,
Et puissent répéter le rêve
Musical de l'heure trop brève ;
Le temps veut fuir, je le soumets." 

DDS 474 gramophone_berceau_fete_de_la_musique

Télégraphe parlant – paléophone – phonographe – microphone – photophone – audiphone – électromotographe – gramophone – kinétoscope – linguaphone – électrophonoscope – cinématographe – kinétoscope – micro-phonographe – bioskope – chromophotographe Demény – fluoroscope – télémicrophonographe – Eureka – mutoscope – multiphone – télégraphone – Lioret-graph – multiplex graphophone – kinora – triplephone –phonopostal – monophone – elgéphone – chronophone – kinematographe – phonocinématographe – telegrapon – radiotéléphone – cinéphote – télévision – chronophone – pathégraphe – ronéophone – dulcephone – praxinoscope – trichromie – bélinographe – télémégaphone – téléphonomètre – phonogosier – phonofilm – televisor – alternaphone –pick-up – sélénophone – phonodiff – radiophonographe – magnetophon – mnémosyne – visiotéléphone –

Tout ça, en passant par la caméra super 8, le magnétophone à cassettes, la poupée qui parle et le baladeur MP3 pour aboutir à Skype et au smartphone !
C’est ddddingue !

Sur ma fréquentation plus active encore de Charles Cros dans la ville de Sablé j’ai conservé tout un dossier d’archives. Il me faudra bien un jour publier-partager le souvenir de ces soirées de lecture publique « Hydraulire » créées et animées en collaboration avec Lionel Epaillard. Je dois avouer, en contemplant ce hareng saur qui en fait partie, que je m’intéressais alors plus au poète qu’à l’inventeur. 

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Revenons à toi, camarade Rimbaud ! Il paraît que votre cohabitation ne dura que quinze jours at que ce fut de ton fait. Je lis ici que tu lacéras une revue dans laquelle Cros avait publié des poèmes. Non mais ça va pas, la tête, Arthur ? C’est quoi cette manie de jouer du couteau ? Tu te prends pour le général Alcazar dans « Les sept maboules de cristal » ? Tu as le diable dans le ventre ou quoi ?

Charles Cros ne t’en voulut pas plus que ça. Il lança une souscription pour que les poètes du Cercle zutiste puissent assurer ta subsistance de PDG SDF (Poète Décrocheur Génial Sans Domicile Fixe).

Charles Cros m’est sympathique également à cause de son humour loufoque, absurde et parfois grinçant. A part le fait qu’il a laissé son nom au grand prix de l’Académie du disque, il est célèbre pour avoir écrit ce poème décoiffant, « Le hareng saur » dont j’ai trouvé une version formidablement illustrée ici.

On ignore souvent que cette chanson de Brigitte Bardot est signée aussi de lui. Le poème original s’appelait "Triolets fantaisistes". La musique est de Yani Spanos.

Comme tu peux le constater, mon cher Arthur, mon oncle Walrus m’a particulièrement gâté en me proposant d’écrire sur un mot tel que "gramophone".

Il me ramène à des époques bénies - « 20 ans le plus bel âge ! Ou le plus con ? -, à des lieux d’écoute musicale oubliés, le pavillon de Paris, le théâtre Mogador, le grand studio de RTL, le Vidéostone, le théâtre Solférino à Lille, les différentes scènes de la Fête de l’Humanité, la «piscine» du château de Sablé où l’on travaillait avec un casque de baladeur à K7 sur les oreilles…

Il m’incite à numériser des documents qui dormaient dans mon grenier et à en découvrir des tonnes d’autres sur Internet, dont ce disque de Jean-Marc Versiniun musicien que je connaissais déjà de longue date parce qu’il a mis en musique des poèmes … d’Arthur Rimbaud !

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Allez, R.I.P., (Reste in Peace and love ?) mon cher Arthur, comme on dit chez M. Youtube sous les vidéos d’artistes décédés ! Au moins jusqu’à samedi prochain !


Ecrit à partir de la consigne du Défi du samedi n° 474 : Gramophone

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23 septembre 2017

ECRIRE A RIMBAUD ? 8, Fripouille

Monsieur Arthur Rimbaud
B.P. 01 au vieux cimetière 
08000 Charleville-Mézières

Mon cher Arthur

« - Fripouille ! Andouille ! Arsouille !
- Ah non, non, non ! Pas les rimes en ouille ! »

Juliette Noureddine (Mémère dans les orties)

Revoilà, vas-tu te dire, l’autre casse-couilles aves ses bafouilles !

En vérité, tu ne vas rien te dire. Tous les échanges à la surface de la Terre, qu’ils soient de papouilles ou de carabistouilles, te passent désormais par-dessus alors que, de ton vivant, c’est toi qui survolais tout, ne t’attardais nulle part sauf pendant cette année terrible, 1872-1873 où tu collas aux basques de Verlaine, à moins que ce ne fût l’inverse ! Ou l’inverti. Ou l’inversitude. 

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Je viens de terminer cette semaine la lecture de «Reviens, reviens, cher ami : Rimbaud-Verlaine, l’affaire de Bruxelles» de Bernard Bousmanne et j’en sors quelque peu abasourdi : que d’embrouilles dans votre vadrouille !

Cette société du XIXe siècle que tu enjolivas de tes mots de sauvagerie ne me semble composée que de fripouilles plus ou moins notables ou notoires. «Des noms ! Des noms !» me réclame la foule excitée qui n’a plus le temps de lire les pavés à la plage ou sous la plage ! Je n’en livrerai pas ou alors j’en citerai peu.

Je n’épouserai aucune cause, pas même la tienne, gueule d’ange échappée de la maison de redressement ! On constate dans ta relation avec le Pauvre Lélian – c’est l’anagramme de Paul Verlaine – une certaine radicalité. Et lui dont on nous fait poser sur un piédestal en airain sa poésie si musicale est peut-être bien le plus sale type de la bande. J’espère ne pas commettre d’impair en écrivant cela, même si c’est, paraît-il, préférable, l’impair, en temps de pluie, quand Gribouille se débarbouille dans la Meuse.

Je ne ferai pas son procès. D’autres s’en sont chargés après qu’il t’eût lardé d’un coup de pistolet. Parmi eux il y avait le juge Théodore t’Serstevens, être sévère qui incarcère les gens qui jouent du revolver et fait examiner pénis et fondement des mauvais garnements. Ce n’est pas une fripouille, c’est juste l’instrument de la loi. C’est un homme avec ses petits défauts : entre deux jugements, même avant le dîner, il se gave de petits gâteaux rue de la Régence. Le docteur qui procède à l’examen s’appelle Semal et je n’en dirai pas de bien mais je suis mauvais juge car je suis iatrophobe !

Verlaine, quand même ! Un homme marié de frais qui se soûle toutes les nuits avec du mauvais vin, qui bat sa jeune épouse, abandonne son jeune fils pour partir sur les routes et en capilotade avec un jeune fou débarqué des Ardennes, Boudu sauvé des eaux de la ferme de Roche, Rimbaud, pas mieux que lui, qui rythme la lecture des poèmes des autres d’irrespecteux «Merde ! C’est de la merde !». Qui le lacère à coups de canif ! C’est réellement un club sado-maso, l’atelier d’écriture, chez vous ?

Ah les vilains bonshommes ! Ne peut-on transformer le cercle zutique en cercle mutique ? Ah les vilains poètes cymbalistes ! Soiffards ! Alcooliques ! Parasites pas rasés ! 

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Que faites-vous dans l’univers des de Fleurville ? Certes la particule est usurpée, la demoiselle est un peu godiche mais son blaze en jette un max, non ? Mathilde Mauté de Fleurville ! Doigt en l’air et tasse de thé, tout juste sortie du pensionnat, méritait-elle vraiment que vous lui écrivissiez cette chanson infâme, «Maudite Mathilde, puisque te v’là !» ?

Quels crétins vous fûtes, aussi, d’avoir laissé traîner en les tiroirs de sa maison ton manuscrit de «La Chasse spiriruelle»et ces lettres que tu adressas à Verlaine, celles que vous appeliez la «correspondance martyrique», notamment celle où tu lui dis «Ne me quitte pas ! Il faut oublier ! Tout peut s'oublier qui s'enfuit déjà, oublier le temps des malentendus et le temps perdu à savoir comment oublier ces heures qui tuaient parfois à coups de pourquoi le cœur du bonheur. Ne me quitte pas ! Ne me quitte pas ! Ne me quitte pas ! Ne me quitte pas !». 

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Il est très intéressant ce bouquin et me laisse avec plein de questions. Peut-on ranger parmi les fripouilles le préfet de police de Paris qui accable Verlaine auprès de la justice belge en mentionnant ses liens avec les Communards et le fait qu’il ait continué à trravailler à l’hôtel de ville pendant la Commune de Paris ? Ils ont fait quoi, les préfets de police entre 1940 et 1944. Ils n'ont pas continué à bosser ? Ils ont quoi ? Collaboré à la bonne marche du monde ? Tant pis si  la marche est bancale et si les gens trébuchent. C’est juste la définition du voyou qui fluctue. Un type qui signe des contrats de vente d’armes avec la Turquie et voyage avec Donald T. dans son avion n’est plus un voyou de nos jours. C’est juste une aimable fripouille. Un patriote économique. C'est sympa, "fripouille", au finale. De la petite bière !

Et l’indicateur Lombard ? Son résumé des faits concernant l’affaire «Robert» Verlaine mériterait d’être reproduit ici in extenso. Je me limite à ceci : «Le ménage [Paul et Mathilde] allait assez bien, en dépit des toquades insensées de Verlaine dont le cerveau est depuis longtemps détraqué, lorsque le malheur amena à Paris un gamin, Raimbaud, originaire de Charleville, qui vint tout seul présenter ses œuvres aux Parnassiens. Comme moral et comme talent, ce Raimbaud, âgé de 15 ou 16 ans, était et est une monstruosité. Il a la mécanique des vers comme personne, seulement ses œuvres sont absolument inintelligibles et repoussants. Verlaine devint amoureux de Rimbaud qui partagea sa flamme et ils allèrent goûter en Belgique la paix du cœur et ce qui s’ensuit. […] Verlaine eut avec son amie [sic] Raimbaud une dispute à propos d’argent et après toutes les injures imaginables tira un coup de pistolet sur Raimbaud qui cria à l’assassin.».

Et M. Googlebooks ? A-t-il le droit de reproduire partiellement le livre «Arthur Rimbaud et le foutoir zutique» de Bernard Teyssèdre ? N’est-ce pas surtout un crime effroyable de le faire de manière partielle et de couper le récit juste au moment où tu entres, Arthur, dans la maison des Mauté ?

 

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Et Leonardo Di Caprio ? Etait-il bien raisonnable qu’il incarnât ton rôle dans un film «Hollywoodien» à souhait qui a l’air d'être un maximum crispant si j’en juge d’après le «trailer» ? Car on ne dit plus «bande-annonce» maintenant, c’est trop ringard d’utiliser la langue française. On dit «biopic» pour «biographie à l’écran», «talk show» pour «émission de parlote» et «think tank» pour "cercle de pensée" mais "chez ces gens-là, on ne pense pas, Monsieur" ou alors en 140 caractères sur Twitter. Autant se taire. Shut up ! Ce film craint tellement que j’ai déjà oublié son titre ! Ah oui, «Rimbaud-Verlaine : Total eclipse» ! Fondu au noir !

Et j’oublie le Paterne Berrichon, le Paul Claudel, l’Alfred Valette, tous ces gens propres sur eux qui ont rêvé de faire disparaitre «Une Saison en enfer» et de te présenter en chantre plus très mou de la catholicitude. Et ceux qui, en Belgique, ont bloqué l’accès aux pièces du procès de Verlaine jusqu’en 1985 !

Et Hubert-Félix Thiéfaine ? C’est quoi son «Horreur Harar Arthur» qui me traîne dans la tête depuis que je l’ai découvert ?

Et Thierry Beinstingel avec son roman « Vie prolongée d’Arthur Rimbaud » dont je n’arrive pas à décrocher tant il est bien écrit et me tient en haleine mais dont je sens qu'il va finir en eau de rose ou en eau de boudin ?

Et ce dévédé de «Rimbaud, l’homme aux semelles de vent», quand est-ce que je vais pouvoir le regarder ?

C‘est vrai ! Pourquoi je m’intéresse à tout ça, moi ? J’ai dû choper la fièvre à Charlestown cet été !

C’est que vois-tu, mon cher Arthur, je suis une fripouille normale, moi ! Je ne suis pas un héros, un voyant, un voyou, juste peut-être un voyeur, un voyageur ou un dévoyé : j’ai la saison 5 de «Girls» à regarder et mon Défi du samedi à écrire ! Ah non, ça y est, ça c’est fait !

Salut à toi cher vieux fripon fripé ! A un de ces samedis pour une autre bafouille sur ta tambouille poético-existentielle et les nombreuses magouilles autour de ta dépouille !
 



Ecrit pour le Défi du samedi n° 473 à partir de cette consigne : fripouille

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22 septembre 2017

ESCARPINS EN ESCAPADE

 

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Chaque nuit, rue de la Pompe, une paire de mocassins s’échappait du présentoir sur lequel elle s’exposait le jour pour se dégourdir les semelles. Personne jusque-là ne l’avait surprise. Mais un soir, deux petites sandalettes lui emboîtèrent le pas. Elles étaient peu discrètes et leur déplacement faisait des «cataclop» «cataclop», un bruit de tatanes qui se pavanent dans la savane.

- Cessez de nous suivre ou nous appelons un agent !» menacèrent les mocassins en se retournant vers elles.

- Mais enfin ! Nous sommes libres d’aller et venir à notre guise, nous aussi, dans ce magasin ! Les volets sont fermés, les vendeuses sont parties, on peut bien si on veut faire notre numéro de claquettes !

- Peut-être, mais pas dans notre sillage. Nous sommes sur une piste sérieuse. Nous travaillons, nous ! Nous ne songeons pas à danser comme de vulgaires ballerines ou des scandaleuses à boucles blondes !

 

AEV 1718-02 sandalettes

- Nous sommes des sandalettes, pas des scandaleuses ! Vous êtes sur la piste de quoi ? Du dernier des Mohicans ?

- Nous cherchons la sortie. Quand nous étions dans la vitrine nous avons bien vu que le monde au-dehors est immense et plein de toutes sortes de chemins. Nous avons hâte de les parcourir. Aussi nous n’allons pas attendre que quelqu’un nous achète. Nous allons nous faire la paire avant ! Si on peut se tailler, on se taille !

- C’est vrai que vous êtes de drôles de pointures, tous les deux ! Du 45 ! Y’a pas grand monde qui chausse de ça. Même en soldes, et aussi de caractère, vous avez l’air un peu coincés pour longtemps ici !

1311268-Verlaine_et_Rimbaud_marchant_dans_LondresA la loterie des rêves, les mocassins et les Nikolettes, car c’étaient des sandalettes de marque, ont gagné leur liberté : la dernière des vendeuses avait oublié de fermer la porte de l’arrière-boutique. Un coup de pieds dedans et voilà nos deux com-paires dehors et les commères qui les suivent.

- On a décroché le pompon ! chantaient les mocassins.

Comme ce fut amusant, au début, d’aller de bec de gaz en bec de gaz, de parcourir le vieux Paris d’où n’émergeait, dans le ciel étoilé, aucune tour Eiffel ! Bien sûr il fallait éviter le crottin des chevaux sur le pavé et les merdes de chien sur les trottoirs mais c’est une discipline que l’on apprend très vite, le slalom géant. Pratiquement au pied levé. Mais bientôt du monde arriva.

Enfin… Quand on dit « du monde »… C’étaient deux-va-nu-pieds des Ardennes, en déroute, qui s’avançaient bourrés sur le bord de la route.

- Regarde, Arthur ! Je le crois pas ! La bonne chance qu’on a ! Des pompes, et des neuves ! Comme on en portait jadis et naguère ! Et les mocassins sont pile-poil à la taille de mes ripatons !
- Parallèlement, les sandalettes me vont impec, Paulo !

Et c’est ainsi que, pour la première fois depuis bien longtemps, Verlaine et Rimbaud regagnèrent le domicile des Mauté de Fleurville, les beaux-parents de Paul, sans marcher à côté de leurs pompes.

Rimbaud derrière, qui prenait ses cliques et ses claques comme à l’habitude. Et Verlaine, chaussé de mocassins, qui battait la semelle devant.

 
Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le mardi 19 septembre 2017 

d'après la proposition  d'écriture n° 347 de Pascal Perrat
 

qu'on ne remerciera jamais assez de pondre pareils incipits !

(MANUS-) CRI DU (MOT-) COEUR!

Dans le noir d’un tiroir un manuscrit attendait anxieusement le résultat de son test de grossesse. Serait-il relié ou broché ? Cette question le tourmentait.

Car ce n’est pas le tout d’être et de se savoir génial. Il faut aussi passer par un stade de reconnaissance. Il faut que quelqu’un d’autre, après l’auteur, vous lise, vous apprécie, ce qui pousse votre géniteur à contacter un éditeur. Il faut aussi que celui-ci soit convaincu non seulement de la valeur littéraire du texte mais encore de sa valeur marchande.

C’est pourquoi « La Chasse spirituelle » - c’était le nom du manuscrit – s’inquiétait de rester là aussi longtemps dans le noir de ce tiroir-purgatoire. On n’était même pas chez Arthur mais chez Paul, son pote et quand on dit « son pote » il faudrait plutôt préciser qu’on était chez les beaux-parents de son pote, le père et la mère Mauté de Fleurville, les parents de la maudite Mathilde, la souris, la fée Carotte, la punaise comme Paulo l’a appelée dans un billet qu’il a fait parvenir récemment à sa jeune épouse.

Ca n’est pas très délicat. Et ça n’est pas très sérieux car dans son dernier courrier il réclame qu’on lui renvoie à Bruxelles ses effets personnels, le manuscrit de Rimbaud et « les lettres qui en font partie ».

Qui en font partie ? Mon cul, si on peut dire ! Si un manuscrit peut dire ça ! Du fait de leur entassement dans la même chemise, pas très propre, du reste, le manuscrit sait bien ce qu’il y a dans les lettres. Si elles tombent entre les mains du beau-père, c’en est fait du mariage. Y’a d’la rumba dans l’air et de la séparation de corps dans l’décor !

Il y a là-dedans de quoi refaire le procès des « Fleurs du mal ». Toutes les preuves des mauvaises mœurs de ces messieurs les poètes vont ravir les défenseurs plutôt fripouilles de la morale traditionnelle et de «Une famille c’est un papa + une maman».

Et de fait, lorsque Mathilde les découvre, les missives, la jeune épouse se jure cette fois-ci que tout est bien fini.

AEV 1718-02 chasse spirituelle

Que devient «La Chasse spirituelle», le manuscrit d’Arthur Rimbaud ? Il disparaît! Mais on le voit réapparaître, enfin édité, au Mercure de France, s’il vous plaît, en 1949, soit plus de soixante-dix ans après.

Relié ! Broché ! Préfacé par Pascal Pia ! Encensé par la presse !

Mais, car il y a un mais, ô scandale, semelles de vents et scandalettes, il s’avère qu’il s’agit d’un faux ! L’engouement pour la poésie, la bibliophilie et surtout pour Rimbaud est devenu tel qu’à part André Breton personne ne veut croire qu’il s’agit d’un canular pondu par deux théâtreux.

Ah il est bienheureux, le faux manuscrit ! « La vie est une farce à mener par tous », a écrit Rimbaud. Et les deux comédiens ont réussi leur coup. Après reconnaissance de la mystification, la maison d’édition retire le livre de son catalogue. Les exemplaires déjà vendus valent aujourd’hui une fortune sur E-bay ou dans les salles de vente.

Oui mais… le vrai manuscrit ? Celui du début ?

Il semble que la maudite Mathilde ait mis le feu au test de grossesse et jeté le bébé avec l’eau du bain.

Les vrais Rimbaldiens ont fait une croix dessus. Tout comme Rimbaud a terminé sa vie en faisant du trafic d’armes, ils ont changé leur fusil d’épaule. Ils sont tous au Harar et ils creusent. Ils retournent tout. Ils cherchent dans le sol les bras de la Vénus de Milo.

Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le mardi 19 septembre 2017 

d'après la proposition  d'écriture n° 354 de Pascal Perrat
 


qu'on ne remerciera jamais assez de pondre pareils incipits !

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16 septembre 2017

ECRIRE A RIMBAUD ? 7, Extase

 Monsieur Arthur Rimbaud
B.P. 01 au vieux cimetière
08000 Charleville-Mézières

Mon cher Arthur

«Il y avait un jardin qu’on appelait la Terre
Il brillait au soleil comme un fruit défendu
Non ce n’était pas le paradis ni l’enfer
Ni rien de déjà vu ou déjà entendu»

Georges Moustaki

 


Cette semaine on me demande de parler d’extase. Et mon commanditaire de préciser : « Et ne levez pas les yeux au Ciel, hein ! ».
 

170712 Nikon 001

Dans ce cas c’est tant pis pour les nuages de Barfleur, pour ceux du Cul-de-loup à Morsalines qu’Eugène Boudin chérissait, tant pis pour les vitraux de la basilique de Mézières, ceux de Dieppe ou Varengeville et basta pour le partage de la meilleure des journées, celle des 32 kilomètres de marche sous la pluie de Saint-Vaast-La-Hougue, exit la merveilleuse étape au restaurant « La Bisquine » qui entrecoupa cette randonnée. Je ne parlerai pas non plus de l’étrange grenier de ton musée à Charleville, de ses chaises grises et des enceintes suspendues d’où sort l’étrange musique de tes mots traduits et emmêlés en différentes langues.

L’extase, dont Madame Wikipe nous dit qu’elle désigne un état où l'individu se ressent comme « transporté hors de lui-même », caractérisé par un ravissement, une vision, une jouissance ou une joie extrême, n’a pas grand-chose à voir avec l’exorcisme qui consiste à faire sortir de soi le je qui est un autre. 

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Mon extase principale de cet été est et restera bien longtemps encore la découverte de cette boîte à lettres fantastique, posée dans le cimetière de Charleville-Mézières, sans mention des heures de levées – tu ne te lèveras plus pour lire mes bêtises – à destination unique : Arthur Rimbaud.

Arthur Rimbaud ! Arthur Rimbaud ! Vous êtes arrivés à Arthur Rimbaud, terminus de la ligne ! Assurez-vous que vous n’avez rien oublié avant de descendre du véhicule !

L’été de Rimbaud ! Extase de la marche autour du lac des Vieilles forges, au-dessus de la Meuse à Monthermé, sur le chemin d’Hautot-sur-Mer à Dieppe ou le long de la mer au phare de Gatteville !

S’il y a bien quelque chose qui nous unit, toi et moi, quelque part, c’est bien ce goût pour la musique des mots, pour ce qui sort de soi et fait qu’un auditeur cesse d’être lui-même pour écouter, entendre ce parler différent, découvrir un coin nouveau de ce jardin humain que chante Moustaki.

Celles et ceux qui pratiquent la musique et la poésie savent le temps que cela prend et le travail qu’il faut fournir avant de parvenir à ces quelques secondes du bonheur de chanter ou d’entendre chanter.

Nous aurons ajouté, cet été de Rimbaud, à notre phonothèque et à nos souvenirs les aventures de Marina B. et Gisèle C. qui s’étaient inscrites à un stage de chant en quatuor et qui, tous les soirs, me contaient les pérégrinations de leur bateau ivre au pays du diapason 415, du canon à 24 voix, des montées de pression entre les voyageurs de ce projet étrange. C’est tout juste si on ne se tira pas dessus au revolver, cette année-là, au conservatoire de Dieppe et à l’Académie Bach ! Normal, on était à Arques-la-Bataille !

Mais au moment du concert, le vendredi soir, silence, admiration, extase : finies, les discussions de spécialistes, les pinaillages sur la prononciation, les fous-rires en cherchant la voiture ou la sortie dans le parking souterrain. Autant en emporte le vent !

 
A l’écoute de ces dames j’eus presque des frissons. Comment ? La divine mélodie de la Renaissance sortait vraiment de cette même bouche qui me dit quelquefois « T’as mal fermé le frigo » ou « Ca manque de poivre à mon goût » ? – Oui, ne t’inquiète pas, Arthur, chez moi l’extase ne dure jamais très longtemps. Mais, heureusement, ses effets sont impérissables .

J’ai failli ajouter que la voix me susurrait aussi « Chéri fais-moi l’amour, fous ce réveil en l’air et fais-moi du café brûlant comme tes lèvres » mais de fait, je confonds :  c’est la copine de Pierre Perret qui lui dit ça quand le soleil entre dans sa maison et en plus j’ai toujours des doutes sur l’orthographe de « susurrer » qui me fait d’ailleurs plus penser à Ferdinand le linguiste qu’à une fièvre érotique.

Celle de ce dimanche 10 septembre, d’extase, me marquera aussi. Nous nous produisions en concert privé avec mes ami(e)s du groupe Am’nez zique et les Biches aux jardins Rocambole à Bourgbarré (Tu parles d’un blaze ! Tout est annoncé dès que tu tombes dans le panneau !). Un jardin extraordinaire qui aurait plu à Moustaki comme à Trénet.

Vers la fin de ce concert de rengaines « métézorrologiques » nous avons interprété cette chanson plombante, « Nantes » de Barbara, dont je n’aurais jamais cru que j’aurais à la chanter un jour mais, vois-tu, tout arrive, qu'est-ce que je ne ferais pas pour faire plaisir aux copines ! Je crois que nous ne l’avions jamais aussi bien interprétée que ce jour-là. Je la dédie, a posteriori, à toutes les filles qui ont perdu leur père et plus particulièrement à cette semeuse d’étoiles de ma famille à qui c’est arrivé récemment.

 
Dommage que tu ne puisses pas entendre ces documents sonores, cher semeur d’étoiles des Ardennes !

A ce jour, même mal, le monde continue de tourner et nous, en avançant, de chasser sa folie, les ennuis et l’ennui, tant que faire se peut. De façon extatique et sans besoin du Ciel mais, comme dit la chanson, « Chacun fait, fait, fait, c’qui lui plaît, plaît, plaît ».

A un de ces samedis, cher Arthur !

P.S. Histoire de rigoler un peu après cette lettre tout compte fait assez sérieuse je te livre une des krapoveries que j’avais pondues comme premier jet d’une participation possible à ce Défi « extase » :

« L’extase du navigateur, c’est quand son sextant. ».


Ecrit pour le Défi du samedi n° 472 à partir de cette consigne : Extase

07 septembre 2017

SIX POÈMES SUR RIMBAUD ÉCRITS A CHARLEVILLE-MÉZIÈRES LE 9 JUILLET 2017

170710 265 066Si la main à charrue vaut bien la main à plume
Alors soc ferme
Et trace ton sillon
Dans l’ampleur des paysages !

Tant pis si le vent des semelles
En efface
A jamais
Toute trace !

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170710 Nikon 033Ce n’est pas le sable du désert
Qui marque le temps.

Pour que cela se puisse faire
Il faut l’enfermer dans un vers
A l’infini

Et retourner, et retourner, et retourner
Le désertique sablier

Jusqu’à se retrouver
Amputé de son âge
Sur son lieu de naissance


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  Y aura-t-il d’accortes servantes
Au Cabaret vert de 2017 ?

Botte de foin des bocks et de la limonade
Puis-je leur réclamer qu’on m’ajoute une paille ?

Quel en sera le prix ?
Voisin du Brahmapoutre ? 

 

 

 

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Place du cal aux mains des pousseurs de charrues.

Place du poids des mots pour les pousseurs de plume.

Dans le duché de Rimbaldie
Les bateaux sont ivres d’immobilité,
Le vent balaie la place à peine illuminée,
Il fait un temps d’enfer sur la saison d’été
Et le noble portrait orne, outre le manège
La mosaïque boulangère et la boutique du vapoteur.

Méfions-nous des cracheurs de fumée :
Les voici allumés du feu de la colère.

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 Un beau soir, foin des Boches et de la canonnade
On quitte les tilleuls verts de la promenade.

On n’est pas sérieux quand on est Jean-Arthur
Et qu’on a très envie d’aller brûler le dur.

« Les Messieurs de Paris aiment ce que j’écris !
La chose est peu commune ! Ici c’est vert de gris ! »

 

 

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Le carillon de Charleville dispense à longueur de quarts d’heures des bribes du «Chant du départ». Comment eussiez-vous voulu, dans ces conditions, que le fils Rimbaud y restât ?

J’aime Charleville mais hier quand il ne pleuvait pas.

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02 septembre 2017

ECRIRE A RIMBAUD ? 6, Grand-père

Monsieur Arthur Rimbaud
B.P. 01 au vieux cimetière
08000 Charleville-Mézières

Mon cher Arthur

« C’est pour toi que je joue, Grand père, c’est pour toi
Tous les autres m’écoutent mais toi tu m’entends »”»

Georges Moustaki 

Cette semaine on me demande de raconter des histoires de grand-père. J’étais justement en train de me demander si la biographie peut expliquer mieux que l’astrologie la personnalité de gens tels que toi.

Est-ce que c’est important pour les lecteurs de ton œuvre météoritique de connaître la vie de tes parents, le capitaine Frédéric Rimbaud et la paysanne Vitalie Cuif ? Peut-on établir un lien entre ta fin tragique et le fait que ce couple fut boiteux ? Que le militaire fasse campagne et laisse son épouse dans la sienne, soit. Qu’il lui fabrique un enfant chaque année et se barre définitivement après sept ans et demie de ce drôle de ménage-manège en lui laissant quatre mômes sur les bras, quelle influence cela a-t-il sur le cours de ta vie et sur ta littérature ?

Est-ce que c’est important de n’avoir pas de père ou d’avoir un père absent ? Et n’avoir pas de grand-père ? Aucun biographe ne mentionne l’existence des grands-parents Cuif ou Rimbaud. Au secours les généalogistes ! Mais c’est vrai qu’on décédait plus jeune qu’aujourd’hui à cette époque. 

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Astrologie, disais-je ? Mon grand père maternel à moi, celui dont je parlais la semaine dernière, était ainsi que toi natif du signe de la balance. Lui avait cinq ans quand son père est mort sur le front, en 1915, lors de la grande boucherie qui sévissait alors et qui porte le nom de première guerre mondiale. Le portrait de cet arrière-grand-père à moustache avait trôné longtemps sur un buffet de sa cuisine.

Avant de devenir espion pour le compte d’une puissance étrangère, - je suis désolé, mais quand on me demande de raconter des histoires, je raconte des histoires et pas l’Histoire ! - avant même de devenir mon grand-père, il avait été un jeune coq plutôt petit et mince, nourri de religion au point d’avoir été enfant de chœur, puis apprenti-boulanger, athlète vosgien (il avait gagné, paraît-il, le «Tour de Charmes» à la fin des années 20 après s’être entraîné à courir derrière la motocyclette de son parrain), apprenti boulanger, mineur de fond, syndicaliste, membre du Bureau International du Travail, décoré de l’ordre national du Mérite, maire de sa petite commune…

Il n’a jamais demandé, ainsi que tu le fis pour ton propre passé littéraire, qu’on brûlât les poèmes qu’il avait écrits dans sa jeunesse pour celle qui devint ma grand-mère. Par contre il n’a pas laissé d’écrits sur sa vie professionnelle et personnelle et pourtant il a connu la guerre, la prison, les combats syndicaux et politiques, a eu ses moments de gloriole, a voyagé énormément : Chypre, le Chili, la Mongolie, la Hongrie…

Simplement, quand il est mort, tout a disparu avec lui ! Ses livres, sa collection de minéraux, ses papiers qu’il couvrait d’une écriture presque illisible, les poèmes d’adolescence aussi, ainsi même que le portrait du grand père à moustache et également ma propre collection de timbres restée dans un tiroir de son incroyable bureau. Qui a pu embarquer tout ça ? Qu’ont-ils bien pu faire des œuvres de Kim Il Sung qu’il recevait Dieu seul sait pourquoi et comment et Il s’en fout bien, Dieu, ça n’était pas ses affaires, ces histoires de chicore et de chicorée, Nord contre Sud, Est contre Ouest, entre les Yankees et les Soviets, entre les Joe et les Krapov, les Fischer et les Spassky. Qui a vidé la maison ? Qui a joué le rôle des rois de la récupe ? Quelles peurs et quels appétits rôdent autour du brasier quand la bibliothèque ou le Parlement de Bretagne brûlent ? Pourquoi se fichait-il de transmettre ou pas quelque chose après lui ? Faut-il rêver ou pas de transmission, la préparer ou juste goûter tant qu’on peut au sel éperdu de la vie ? Et le jeu d’échecs pliant dont je me souviens d’un seul coup, où est-il passé ? 

DDS 470 jeu d'échecs

J’ai encore l’air de me plaindre mais non, je ne suis en manque de rien, sauf de son regard bienveillant. Mon grand-père m’a toujours couvert de cadeaux très étranges voire étrangers : une guitare polonaise, des jeux d’échecs aux pièces bizarres en provenance d’autres pays de l’Est, des disques importés de Tchécoslovaquie – mon frère disait «Tchévavaquie» ! – des livres d’Aragon ou d’Alexis Tolstoï. C’est lui qui m’a poussé à apprendre le russe au collège.

En retour il a toujours été admiratif devant mes choix, parcours et lubies. Que je lusse autant, que j’écrivisse des poèmes dès l’âge de quinze ans, que je maîtrisasse le subjonctif passé le comblait de fierté. Mon frère et moi jouions de la musique, je travaillais dans une grande institution culturelle, j’avais choisi de vivre ailleurs, d’épouser une étrangère, de faire des enfants, de voyager avec elle sur ses propres traces… Il avait, comme toi, à la fois ce rêve d’un autre monde et cet attachement quasi clanique à la famille.

Nous étions, lui et moi, malgré les années et nos différences, dans un genre de total respect, amusés et surtout enrichis l’un de l’autre. C’est aussi ce lien-là que je ressens vis-à-vis de toi et je ne serais pas moi-même sans une pirouette finale qui consiste à te livrer des extraits de ton portrait lus sur «Astrothème.fr» qui m’ont bien fait rire.

DDS 470 carte du ciel de Rimbaud

Vive la communication et la mobilité, Arthur Rimbaud ! La prédominance des signes d'Air dans votre thème favorise et amplifie votre goût pour les relations avec autrui et les déplacements de toutes sortes, qu'ils soient réels - voyages - ou symboliques - idées nouvelles, évasion par l'esprit. Vous gagnez en souplesse et en adaptabilité ce qui peut vous manquer éventuellement en affirmation ou en sens du concret.

Le mode Cardinal prédomine chez vous, Arthur Rimbaud, et indique une prédisposition à l'action, et plus exactement à l'impulsion et à la capacité d'entreprendre : vous avez à cœur d'initier les projets que vous avez en tête, de démarrer les choses, de les créer. C'est pour vous la partie la plus importante qui vous donne enthousiasme et adrénaline, sans lesquels vous pouvez rapidement vous lasser.

Les maisons cadentes – le groupe des maisons 3, 6, 9 et 12 – sont les plus importantes dans votre thème natal, Arthur Rimbaud :vous savez vous sortir de tous les mauvais pas grâce à votre mobilité et à votre légèreté, dans le bon sens du terme. (Fastoche, la légèreté, quand on a des semelles de vent !).

Vous avez un côté artiste et vous ne négligez jamais dans vos actes et dans votre façon de communiquer des concepts très clairs, bien que subjectifs : le plaisir et la beauté, voire aussi la sensualité, tout cela parfois au détriment de l'efficacité, de la durée, de la logique, et... du détachement.

Votre vulnérabilité de Solarien peut quelquefois venir du péché d'orgueil ou encore d'une autorité un peu trop prononcée. La frontière entre l'orgueil et la vanité est ténue : à vous de ne pas la franchir et de garder en vous cette noblesse de cœur qui fait une bonne partie de votre charme.

Comme tout bon Jupitérien, vous êtes chaleureux, ouvert, liant, consensuel et actif : optimiste, vous savez utiliser votre confiance en vous pour convaincre, gommer les différences d'opinions et laisser aux spécialistes le soin d'analyser et de parfaire les choses. (Ils ne confondent pas un peu avec Macron, là ?)

Forcément, vous trouverez toujours des mécontents qui vous reprocheront votre manque d'authenticité ou votre tiédeur voire votre manque de courage, mais pour vous, la victoire, c'est de vous faire aimer, et sur ce terrain, vous serez sans doute le champion toutes catégories ! (Pas autant que Justin Bieber mais pas loin !)

Le Cancer est un des signes dominants de votre thème de naissance et vous apporte une imagination et une sensibilité d'une finesse extraordinaire. Bien que méfiant au premier abord – et même au second... - dès que l'on vous connaît et que l'on a gagné votre confiance, on devine chez vous un cœur d'or malgré votre discrétion et votre important désir de sécurité qui vous fait rentrer dans votre coquille à la moindre alerte ! Vous êtes en réalité un poète (Oh ?) et si parfois on peut vous reprocher un peu de nostalgie ou de paresse, c'est en réalité parce que pendant ce temps, votre vie intérieure, elle, fonctionne à plein régime.

Votre domaine pourra être celui de l'action dans l'ombre, des causes humanitaires, de l'aide aux défavorisés ou à autrui d'une façon générale, du travail dans des endroits calmes et retirés (Vous prendrez bien un petit désert, par exemple ?) et dans beaucoup de cas, vous pourrez obtenir des domaines cachés autant de trésors que ceux qui ont des destinées publiques.


Bon allez j’arrête là les boniments de Madame Soleil !

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C’est marrant : j’aurais surtout voulu te parler, aujourd’hui, dans cette lettre, du lien entre le jeu d’échecs et le voyage des idées et des gens dans le monde, de la Sicilienne, de la Scandinave, de Kasparov et de Bobby Fischer mais ça ne s’est pas présenté ou très peu. Comme toujours Grand père a confisqué l’histoire pour la réécrire ! Mais ça n’est pas grave, ça reste assez drôle au fond. L’essentiel, comme disait Pierre Desproges, c’est de vivre heureux en attendant la mort. Et je préconise pour ma part de rigoler un max’ en posant qu’elle n’existe pas.

C’est pour cela que je lève mon verre de vodka à votre santé, Messieurs de la balance !


P.S. Les généalogistes me disent que ton grand-père Didier Rimbaud est mort deux ans avant ta naissance et que ton grand-père maternel, Jean-Nicolas Cuif est décédé quand tu avais quatre ans.
T’as vraiment pas eu de bol, Arthur !

P.S. Sur le capitaine Rimbaud, on peut lire aussi ceci.

Ecrit pour le Défi du samedi n° 470 à partir de cette consigne

Posté par Joe Krapov à 05:58 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
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