31 janvier 2019

ANAGRAMMES POUR LIRE DANS LES PENSÉES (5)

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La vraie vie est ailleurs.

« La ville où je suis né est idiote entre toutes les villes » dit Rimbaud. Il s’en va vers Paris. C’est encore la guerre et bientôt la Commune.

La vieillesse est un naufrage : la main à plume du jeune homme qui vaut bien la main à charrue a déjà écrit les plus beaux poèmes de la langue française et elle trouve la vigne austère sans la feuille. « Devenons vite le roi des poètes ou faisons autre chose ! »

La vraie vie est ailleurs mais la terre est une charogne cosmique et la religion qui ne console de rien n’est que cet os sacré que ronge l’être humain.

La vraie vie est ailleurs. Rimbaud marche. Sa vieillesse sera un naufrage. Sa jambe deviendra « La charogne cosmique » et très comiquement sera mise en musique un bon siècle plus tard ! Merci Hubert-Félix !

Pour l’heure voici Rimbaud devant un corps gisant. C’est celui d’un soldat dans un trou de verdure. Rimbaud, médecin-légiste d’un quart d’heure, note qu’il a deux trous rouges au côté droit.

On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve.
Ô saisons ! Ô Châteaux !
Quelle âme est sans défauts ?
Désolés, les enfants ! La vague sans fin modifiée emmène nos jeux de sable !

Rimbaud reprend sa marche. La voix de l’Inconnu et celles des Inconnus lui disent : « C’est ton des-tin ! ». Une voix chante : « Chacun sa route, chacun son chemin ». La rivière suit la vallée.

Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean du mardi 29 janvier 2019 d'après la consigne ci-dessous.


03 novembre 2018

VITE EXPÉDIÉ !

Le daguerréotype est un peu l’ancêtre du selfie. C’est un procédé primitif de capture d' images de vieilles badernes alors que le selfie est un procédé moderne de capture d’images de primitifs par eux-mêmes.

Le stéréotype n’a rien à voir avec la capture du son par les oreilles gauche et droite ni avec la monogamie. Celle-ci n’engendre pas forcément la monotonie - voyez donc Vegas et Germaine ! - alors que la polygamie provoque très souvent la polyphonie surtout en Corse. Pour monter gaiement au septième ciel, le meilleur moyen reste bien sûrle funnyculaire. Pour dormir sur vos deux oreilles, éloignez les coucous, surtout les Suisses. Ils ont tendance à sonner toutes les heures et à pondre en stéréo faux-nids chez les autres.

Quant à la linotype elle n’a pas de rapport avec le linoléum ni avec Lino Ventura. Elle aussi est assez âgée et n’imprime plus guère.

Il faudrait parler aussi du préfet Poubelle qui laissa son nom à une boîte à ordures alors qu’il était toujours propre sur lui et moralement irréprochable.

Donc ce monsieur Daguerre est l’inventeur d’un procédé photographique grâce auquel une image était captée sur une plaque d’argent polie. Aujourd'hui, l'argent, sonnant et trébuchant, jure pis qu'un charretier.

Janis et Daguerre ne sont pas des adverbes de temps. On ne peut pas écrire : « Janis, j’écoutais des 78 tours de Scott Joplin » ni « Daguerre on disait « oncques » pour parler de l’ancien temps ou pour saluer le frère de sa mère ou de son père ».

Par contre « Jadis et naguère » est le titre d’un recueil de poèmes de Paul Verlaine datant de 1884.

Mais même s’il s’intéressa à la photographie, je ne vais pas vous reparler de Rimbaud. Fabrice Luchini fait ça mieux que moi ! 



Ecrit pour le Défi du samedi n° 531 à partir de cette consigne : daguerréotype

19 septembre 2018

De Gernelle à Rumel : randonnée ardennaise du 15 juillet 2017 (1)

15 juillet 2017

On n’a aucune honte à avouer qu’on s’est perdus entre Gernelle et Rumel (Ardennes).

D’abord le sentier de randonnée n’était pas balisé. D’abord la salle des fêtes n’était pas fléchée. D’abord c’est la rue du Château qu’il fallait prendre à gauche de l’école avant d’arriver dans la rue des Wèbes.

Est-ce que la chef de l’expédition, une dénommée Marina B., ne se serait pas crue arrivée trop tôt à ce qui était décrit sur le plan comme l’orée de la forêt ? A quoi reconnaît-on une plantation de bouleaux sur la droite ?

Quel verbe manque-t-il dans l’énoncé suivant de Mme Visorando : «Arrivée à l’orée du bois … et suivre le chemin jusqu’au premier passage à gauche vers l’intérieur du bois qu’on suit.»

OK, mais que faire à la bifurcation suivante ? A droite le sentier est barré par deux grosses pierres qui interdisent l’accès à une pâture. A gauche on entre dans une interminable forêt de pins qui s’éloigne du ruisseau appelé « L’Infernal ». On a fait demi-tour. A-t-on idée de randonner le long d’un ruisseau qui porte un tel nom !

En vertu du principe selon lequel «Je est un autre» je soupçonne fort le gars qui a fait du trafic d’armes en Abyssinie d’être quelqu’un d’autre que Rimbaud. Le vrai Rimbaud, à mon humble avis, continue de tourner entre Gernelle et Rumel où il s’est égaré alors qu’il était parti à la recherche de l’Infernal, ivre comme un bateau transportant des bocks et de limonade !

Qu’est-ce qu’on a rigolé quand même sur le chemin du retour à nous imaginer écrivant une lettre à monsieur Boris, le maire et président de la communauté d’agglomérations de «Charleville mais hier» ! Précisons qu’il vient de faire voter la délégation au privé du camping municipal.

 

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De Gernelle à Rumel : randonnée ardennaise du 15 juillet 2017 (2)

Cher Monsieur

Mais il était parfait, ce camping !

D’abord, sur Internet il est le seul qui ne réclame pas qu’on lui verse des arrhes le jour où on réserve un emplacement pour une tente, deux Krapov et un branchement électrique.

C’est tellement rare de nos jours de se pointer avec une simple confirmation de réservation envoyée par mèl qu’on est vraiment très content, en arrivant en voiture dans Charleville-Mézières de constater que ce camping existe réellement et surtout qu’il est superbement fléché.

Nous y avons reçu un très bon accueil et j’aurais même pu, je crois, si je l’avais demandé, ne porter règlement de notre séjour que la veille de notre départ. Je ne sais si vous voyagez beaucoup en dehors du secteur carolomacérien mais c’est un état de fait très rare désormais. Partout ailleurs, on vous fait payer à l’arrivée maintenant et tant pis pour votre pomme si on vous téléphone que vous avez laissé le robinet de votre baignoire ouvert, que ça déborde chez le voisin du dessous, que votre écurie est en flammes, que votre oncle le marquis de Venturette s’est suicidé, que, si vous voulez héritez d’un tant soit peu de restes non calcinés de ses biens, il vous faut assister aux obsèques, à l’ouverture du testament chez Maître Raimbaux, le tant à telle heure, bref s’il vous arrive un nain sur un pont d’érable comme on dit au Québec.

Qui plus est, Mme Bourgeoizovna, mon épouse, électrice écologiste de longue date et donc devenue denrée rare en ces temps de macronisme galopant, tient à vous féliciter d’avoir mis en place dans votre aimable contrée un système de tri sélectif des déchets en vue du recyclage des papiers, des pots de yaourt, du PS, de l’UMP-UDR-RPR-LR, du verre, des bouteilles de « Cuvée Rimbaud » et des proses de baveur à la poupe. Elle vous félicite mais regrette bien d’avoir mis trois jours à localiser dans le camping l’endroit où déposer son sac gris et son sac jaune !

On ne prévient pas non plus les campeurs qui souhaitent s’adonner aux joies rimbaldo-verlainiennes de la séparation des déchets que votre administration n’a pas mis en place de containers distinctifs pour les sacs gris et les sacs jaunes. « Le tri des sacs sera ffectué après le hold-up du train postal » comme disait Pierre Dac à la radio de Londres dans les années quarante.

Ca aurait été bien aussi de mettre des porte-manteaux dans les cabines des douches des dames mais je peux témoigner qu’il y en avait dans celles des hommes. Je ne vous fais donc pas remonter cette doléance-là, ça me permet de me montrer un peu macho dans ce pays où des gamins de quinze ans viennent tourner autour du camping en clamant en boucle « On va casser du pédé ! On va casser du pédé ! ». 

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De Gernelle à Rumel : randonnée ardennaise du 15 juillet 2017 (3)

Vous vous êtes plaint publiquement, Monsieur le maire, dans les colonnes du journal «L’Ardennais» que votre camping était «peu fréquenté alors qu’il est idéalement situé». C’est à moitié vrai. Je me permettrai pour ma part de lui attribuer l’épithète de «camping de passage». Nous subodorons, à force de contempler le paysage du Mont Olympe lorsque nous ne sommes pas sur les traces de Rimbaud à Charleville, du cheval Bayart à Monthermé ou sur celle d’une balise indiquant le chemin à suivre pour accomplir la boucle entre Gernelle et Rumel, que de nombreux camping-caristes hollandais ou belges viennent s’y installer pour une nuit et repartent le matin suivant. En direction du Harrar ? Ou d’un hôpital de Marseille pour s’y faire greffer une jambe ? Bref y’a du monde mais il ne reste pas longtemps.

Finalement, c’est peut-être mieux pour vous. Ces gens-là sont contents de se poser là, ils s’en vont vers le Sud, reviendront dans quinze jours à peine plus bronzés et puis ils vous oublieront jusqu’à l’année prochaine.

Alors que les Rimbaldiens pur jus osent planter une tente pour sept nuits et n’hésitent pas à vous écrire des bêtises à propos de la fréquentation trop forte… des alentours du camping municipal. Car à cet endroit de Charleville, le banc qui se trouve au bout de la passerelle et surtout les sous-bois du mont Olympe doivent posséder un charme suffisamment inouï – comme on dit maintenant chez TGV – pour que de jeunes kékés à forte voix viennent y brailler toutes les nuits jusqu’à une heure du matin. Et même jusqu’à six le jour du 14 juillet après l’extinction du feu d’artifice et l’arrêt du bal – mais était-ce bien un bal ? – à 4 h 59. Ben oui, le barouf empêche les campeurs de dormir alors du coup ils regardent l’heure.

Oui, je sais, ce n’est pas du tapage nocturne, c’est du folklore ardennais. C’est bien pourquoi je ne vous demande pas de contrôler ces jeunes Arthur pour vérifier s’ils brûlent ou non le dur. Déjà que votre voisin de Montcy-Notre-Dame va mettre des caméras de surveillance partout dans sa ville pour éviter que ces jeunes marionnettes continuent à faire les guignols, je ne vais certainement pas vous suggérer de faire pareil que chez Orwell : on n’est plus en 1984, tout de même !

 

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De Gernelle à Rumel : randonnée ardennaise du 15 juillet 2017 (4)

Il nous reste juste deux suggestions minimes à vous faire si vous souhaitez que les campeurs aient envie de revenir dans votre aimable région.

1) Depuis la toute première fois où j’ai ouï cette chanson du « Clair de lune à Maubeuge », j’avais toujours rêvé de « faire une croisière sur la Meuse ». Je m’étais renseigné sur cette possibilité depuis mon domicile et j’avais retenu que celle-ci partait de Monthermé. Alors ce serait bien qu’à l’Office de tourisme on puisse distribuer un dépliant correct qui indiquât les heures de départ de la croisière, à savoir 10 h 30, 14 h 30 et 16 h 30 et qu’il signalât la possibilité d’effectuer ce voyage idyllique même le 14 juillet. N’engueulez pas votre employée : elle a appelé pour nous le croisiériste. C’est juste le dépliant de ce dernier qui est incomplet de ces éléments.

2) Sur bien des circuits de randonnée pédestre dont nous avions relevé et imprimé le tracé sur le site de Madame Visorando, nous avons constaté une absence de balisage que nous avons estimée fort préjudiciable à l’exercice de cette activité pourtant très bonne pour la santé. C’en fut au point que lors d’un égarement dans la forêt entre Gernelle et Rumel nous avons rencontré en ce lieu sauvage un très vieil ermite qui dit s’appeler Jean-Arthur Nicolas Raimbault et prétend s’être perdu ici en 1874. Il nous a demandé de vous avertir que tout ce qui peut s’écrire à son propos concerne forcément un autre lui-même.

A part cela, les trois musées de votre ville sont très bien, la bière locale est bonne, la carbonade flamande de l’auberge belge de la rue du Moulin mérite bien plus que trois étoiles et nous, nous sommes repartis ravis de savoir désormais pourquoi Rimbaud avait quitté Charleville !

Dommage que le camping soit complet pendant le Festival de la Marionnette parce que, malgré tout le mal que j’ai pu en dire ci-dessus, j’y serais bien revenu ! Le moins que je puisse dire pour finir, c’est que votre ville est très inspirante !

Recevez, Monsieur le maire, l’expression de mes sentiments les meilleurs.

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12 septembre 2018

RETOURNER A CHARLEVILLE-MEZIERES !

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Oui, je retournerais bien à Charleville-Mézières ! Nous avons passé une semaine un peu folle dans cette cité ardennaise en juillet 2017 et cela m’a tellement plu, la boîte à lettres spéciale pour recueillir le courrier destiné à Arthur Rimbaud, que j’ai entamé une correspondance folle, à sens unique, à destination de ce coffret jaune posé à l’entrée du cimetière où le poète est enterré.

Après une année de ce petit jeu, je me sens un peu coupable d’avoir ri et fait rire deux ou trois ateliers d’écriture avec ces délires d’aujourd’hui balancés à un squelette d'hier qui n’en peut mais et se trouve bien incapable de répondre.

Il me reste encore à envoyer une lettre recommandée avec demande d’accusé de réception en direction de cette fameuse boîte aux lettres pour que le gag soit complet et l’incident clos.

Car je m’interroge toujours : le facteur dépose-t-il bien le courrier dans cette boîte à l’air si mort ? Un service de la ville vient-il, de temps en temps, prendre livraison de la correspondance reçue par Arthur ? Qu’en font-ils, de ces lettres folles, les Carolomacériens ?

Ne ferais-je pas mieux de rassembler mes textes épars, de les imprimer, d’en faire un livre et de l’envoyer au directeur du Musée Rimbaud dans son moulin au-dessus de la Meuse ? Ce scénario non plus ne m’agrée pas vraiment. Parfois je suis victime de crises de paranoïa : j’imagine que le monsieur s’approprie ma littérature et la publie sous son nom avec le titre « Les lettres de mon moulin ». Si cela devenait un succès de librairie je serais vert ! Plus vert que le cabaret du même nom auquel Rimbaud consacra un très chouette poème.

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Oui, j’y retournerais bien à Charleville-Mézières mais sans le fantôme de Rimbaud à honorer-explorer-déplorer-exploiter-exploser. J’irais refaire la croisière sur la Meuse à partir de Monthermé. Je retournerais au Musée des Ardennes voir la cruche-matriochka dont parle Marthe Vassallo sur son blog. 

J’irais à nouveau savourer la carbonade flamande, la bière brune et le café gourmand du restaurant belge de la rue du Moulin. J’irais randonner entre Gernelle et Rumel avec un GPS pour tâcher de ne pas me perdre cette fois!

J’irais au Festival de la Marionnette !

Surtout j’irais poser ma tente – dont je n’aurais pas oublié les piquets sur le balcon ! – au camping municipal. Mon ami Manu que j’ai envoyé là-bas cet été m’a affirmé qu’on y passe désormais des nuits très tranquilles : les gendarmes locaux ont mis un terme au tapage nocturne occasionné par les kékés du coin qui croyaient devoir se montrer plus rustauds encore que le gars Jean-Arthur.

Allons bon, voilà que ça me reprend : on a dit qu’on n'en parlait plus, de celui-là !

Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le 11 septembre 2018 d'après la consigne suivante :

Répondez au questionnaire du losange puis choisissez une de vos réponses et développez-la

07 juillet 2018

ECRIRE A RIMBAUD ? 16, Catacombe

Monsieur Arthur Rimbaud
B.P. 01 au vieux cimetière 
08000 Charleville-Mézières

Mon cher Arthur

"Quand j’aurai du vent dans mon crâne…"
Boris Vian


La catacombe a été inventée pour rappeler aux humains qu’un jour la cata tombe. Aussi bien sur Taka Takata que sur Emile Combes.

Le cimetière est là pour leur dire leur misère : un jour où l’autre, mortel, tu tomberas du haut des cimes, tu gicleras par la portière, tu finiras au cimetière.

Qu’est-ce que t’incinères, Joe Krapov ? Qu’on devient feu ?

A côté d’Eros on pose Thanatos pour signifier à Emile qu’il ne fera pas de vieux os là ! Un jour ou l’autre on l’a dans l’os. La maladie vous fait la peau, arrive la mort, on s’évapore au dernier port et pour toi cela fut celui des Marseillais.

Mais pour moi mon cher Arthur, tout cela est tabou. Je m’abstiens de toute danse, y compris et surtout de la danse macabre : j’ai décidé une fois pour toutes que j’étais immortel. C’est plus facile de vivre ainsi. Et pour plus de sécurité, pour parfaire mon bonheur de touriste de 2018, je retourne de plus en plus souvent vivre dans les années 60 et 70.

Ainsi l’autre samedi ai-je acheté 34 numéros de Charlie mensuel, un journal de bandes dessinées dont le rédacteur en chef, Georges Wolinski, est décédé dans l’attentat contre Charlie-hebdo en janvier 2015.

Ainsi ai-je visionné « Living in the material world », un film de Martin Scorsese consacré à George Harrison, le guitariste le plus mystique d’un groupe appelé les Beatles qui connut un certain succès de 1963 à 1969, année érotique plus que thanatotique.

Ainsi, par association d’idées, suis-je retourné en pensée mettre vingt centimes de franc dans le juke-box d’un café de Carvin (Pas-de-Calais), chez Jean-Pierre, où nous allions, à une certaine époque, chaque samedi soir, au siècle dernier. Inlassablement j’y écoutais, du même Harrison le 45 tours « Is n’t it a pity ». Je ne comprenais rien aux paroles mais j’étais amoureux fou de cette musique lancinante. L’après-midi qui précédait nous avions joué de la musique électrique dans la cave parentale transformée en lieu de répétition underground. Les rockers aussi étaient un peu caves, ce qui me ramène aux catacombes.


Quand j’aurai du Vian dans mon crâne, à l’automne, comme tous les pékins, je ne danserai plus la java des chaussettes à clous ni le joyeux tango des bouchers de la Villette. Il faut évoluer : de nos jours les policiers utilisent le teaser, le flashball et la grenade et tout le monde devient plus ou moins vegan.

Je n’entamerai pas plus l’interminable tango des perceurs de coffres-forts : celui-là vous mène directement en prison sans passer par la case départ et, derrière les barreaux, avant de mettre un terme à cette écriture de lettres folles je pose et repose la question essentielle te concernant :

Arthur ? Où t’as mis le corps ?

Engagé dans l’armée hollandaise en 1876 tu suivis le mouvement jusqu’à l’île de Java (des bombes atomiques !). Là, tout dépité de n’y avoir pas rencontré la dénommée Riquita, tu as déserté, tu as fait quarante-huit kilomètres à pied et tu as réembarqué pour regagner Charleville-Mézières en décembre !

Arthur, où t’as mis le corps du délit ? Tu n’as répondu à rien, tu as brûlé les questions et tu restes à jamais de ce fait le déserteur ultime de l’année 1876 et de celles qui ont suivi.

T’es snob ou quoi, Rimbaud ? Cela fait un an que je t’écris et jamais personne ne me répond jamais ! Tout le monde doit être occupé à surfer sur l’écume des jours ! Ou à boire systématiquement, comme toi, sa prime d'engagement !

Comme j’ai finalement compris, moi aussi, ou plutôt déduit, que ce salaud d’Arthur était au paradis, je retourne dans le mien chanter comme une cigale au milieu des fourmis.

Reçois, avec mes remerciements pour nous avoir fait rire un peu depuis un an, mes très poétiques amitiés !

En toute confraternité !

Ecrit pour le Défi du samedi n°514 d'après cette image.

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07 avril 2018

ÉCRIRE A RIMBAUD. 15, Hystérique

Monsieur Arthur Rimbaud
B.P. 01 au vieux cimetière 
08000 Charleville-Mézières

Mon cher Arthur

 

"Ecoutez la chanson bien douce…" Paul Verlaine / Léo Ferré

Je ne suis pas le mieux placé pour te parler des hystériques. Quoique…

Le hasard fait que je dois aborder ce thème la semaine et le jour-même où Jacques Higelin disparaît du circuit, nous laissant esseulés avec son âme de poète qui court les rues et le souvenir de ses concerts-marathons dont certains relevaient de la folie douce voire furieuse – j’y assistai quelques fois au siècle dernier -. Je présente donc mes sincères condoléances à Dame Poupoune qui nous a réjoui(e)s ici il y a quelques années. Elle n’a rien à voir avec l’hystérie mais elle était La fan n° 1 du grand Jacques français.

En tant que iatrophobe pratiquant, je ne m’intéresse ni à la classification DSM IV ou 5 ni à la psychiatrie et encore moins à la psychanalyse. Il faut bien que tout le monde vive, y compris les émules du docteur Knock – on heaven’s door ! - qui sont toujours prêts à vous déclarer grands malades du moment que vous avez les moyens  de vous allonger et de les allonger. Mais je ne comprends rien à leur charabia, à leur manie d’épingler les papillons que nous sommes et à rédiger des étiquettes avec des noms abscons pour mettre dessous.

Si «l'hystérie décrit un ou plusieurs excès émotionnels incontrôlables», comme l’écrit Madame Wikipe, alors nous sommes tous hystériques.

Verlaine qui tenta d’étrangler sa mère pour lui soutirer du pognon et te tira dessus pour que tu ne te tirasses pas l’était quelque peu.

La houle qui assaille les récifs dans le Bateau ivre l’est aussi !

J'ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries
Hystériques, la houle à l'assaut des récifs,
Sans songer que les pieds lumineux des Maries
Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs !

L'étais-tu, toi ? Il faudrait que je lise cette thèse de Renaud Lejosne-Guigon pour le savoir.

Les jeunes filles qui se pâmaient à la vue des Beatles en concert étaient un bel exemple qui nous fait bien rire aujourd’hui où plus personne ne s’emballe pour la musique devenue gratuite sinon obligatoire. 

Higelin dérange mon plan. Je voulais poser la question « Où donc a disparu l’hystérie ?".  Hier on était Beatles contre Stones, Ricains contre Russkofs, cocos contre fachos, gauchos, trotzkos, socialos et de l’autre côté il y avait "les istes contre les iens » : chiraquiens, sarkozystes, balladuriens, giscardiens, fillonistes…

Maintenant il n’y a plus ni droite ni gauche mais « en même temps »… tout et son contraire, c'est à dire plus rien.

On ne retrouve l’hystérie finalement que dans le domaine du sport. Quel sport pratiquais-tu, cher Arthur, à part le lancer d’anathèmes et de sarcasmes et la marche à béquilles sur ta fin ?

La natation ?

Le judo ?

 Les plus curieux-ses de nos lecteurs-lectrices iront se documenter chez "les Papous dans la tête" qui posaient parfois cette question dans leur émission dominicale !

Moi je n’ai pas le temps. Je suis actuellement un stage d’adaptation au nouveau monde ! C’est vrai, c’est toi qui l’as dit, Arthur : "Il faut être résolument moderne". Je soigne donc mon hystérie en essayant de limiter «mes excès émotionnels incontrôlables». Crois-moi, c’est très dur !

Heureusement il y a « Léo Ferré chante Verlaine et Rimbaud » qui m’aide beaucoup ! Ou pas !

Bon repos à toi – et à moi ! – jusqu’à la prochaine fois !

 

Ecrit pour le Défi du samedi n° 501 à partir de cette consigne : Hystérique

17 mars 2018

PRÉSENTATIONS 2

- Ecouvillon ? François Ecouvillon ? Le célèbre poète ?
- Et voyou ! Lui-même !
- Enchanté de vous rencontrer ! Je me présente : Arthur Ecourimbaud, poète et voyant !

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Ecrit pour le Défi du samedi n° 498 d'après cette consigne : écouvillon

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