03 février 2018

RÉCAPITULAYÉTIF

Kikséti l’yéti ?

C’est-y le hobereau de l’ubac ?
Le roi des hypocondriaques ?
Un iatrophobe un peu braque ?
Un chasseur de doryphores
Buveur de Monbazillac ?

Un manieur de vilebrequin,
Un fêlé du bidouillage,
Un fabriquant de clepsydres
A la va comme je te pousse ?
Une fripouille de quarterback ?

Adrienne 2203273366

(image empruntée à Adrienne)

Y danse-t-i l’yéti ?

Y danse-t-i la lambada
Au son d’un vieux gramophone ?
Y fait-y le saltimbanque
Sur des rythmes de syncope
Balancés au saxophone ?
Y suit-y cure de jouvence
En écoutant du vieux rock
Avec des noctambules nazes
Qui cherchent un poil d’extase ?

Y mange-t-i l’yéti ?

C‘est y un jobastre qui
Hante les wagons-restaurants ?
Un goinfre qui se nourrit
De witloofs au kangourou,
De sauterelles xylophages
Et de nouilles au lipizzan
(Mon royaume pour un cheval !
Mon droit d’aînesse pour des lasagnes !)
En buvant du xérès d’antan ?

Ouksétikilé l’yéti ?

C’est y un thuriféraire
De très sainte-Ubiquité
Caché de manière fortiche
Dans le un vertical d’un poème acrostiche ?

Le vois-tu au téléscope
Ou dans ton kaléidoscope ?
Y’est-y gravé sur l’obélisque ?
Y’est-y tatoué sur l’odalisque ?
Caché dans les rhododendrons ?
Planqué derrière un paravent
Pour préparer des maléfices ?

Y s’chass’-t-i l’yéti ?

Yaka prendre quinze fusils
Ou bien quatre-vingts chasseurs
Ne pas craindre dans la nuit
De pister cette fripouille
Dans les montagnes des Pouilles
D’être taxé d’ostracisme
Envers les Himalayens…

- Tartarins, mes camarades !
Cessez vos rodomontades !
Ecoutez l’iconoclaste
Prompt aux procrastinations !

Ce yéti n’est rien qu’un mythe
Inventé après une cuite
Par un Bhoutan-train ironique
Pour le plus grand bonheur de nos zygomatiques

Rien ne glossaire de courir
Dans la neige, d’y souffrir,
D’y bleuir et d’y mourir !
Il vaut mieux choisir d’en rire !

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Ecrit pour le Défi du samedi n° 492 d'après cette consigne : Yéti.


22 novembre 2017

CONSIGNE D'ECRITURE 1718-09 DU 21 NOVEMBRE 2017 A L'ATELIER DE VILLEJEAN A RENNES

Le blog en forme d'abécédaire

AEV 1718-09 alphabet

 

Vous rédigez plusieurs billets pour un blog de forme « abécédaire ».

Le titre de chaque billet est bâti sur le modèle suivant : A comme..., B comme....
Le billet ne fait pas plus de quinze ou vingt lignes.
Choisissez parmi les thèmes proposés ci-dessous ou ceux qui vous viennent à l’esprit.

A comme Arthur
B comme brumes matinales
C comme coulisses
D comme dés
E comme édification
F comme Finlande, fête ou fainéant
L comme Léon, Lagaffe ou lumière
M comme maison de poupée, montagne ou mec
N comme notaire, nationalité, Nathalie
O comme océan, or ou onze
P comme père, parapluie ou patrimoine
Q comme questions existentielles
R comme rouge, retard ou regrets
S comme stupeur et tremblement
T comme temps, traduction ou théâtre
U comme une vie, une semaine ou universel
V comme vertige, voyage, vieux ou vandale
W comme wagon de train

Mais où vas-tu chercher pareilles idées de consignes d'écriture, Joe Krapov ? ;-)

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15 février 2015

JOUR SANS

Adrienne 2015 02 12 906866649

photo d'Adrienne 

JOUR SANS

La ruelle couverte, sur le terrain en pente,
Serpente
Vers les maisons de briques.

Les ouvertures bleues se sont fait porter pâles
Ecrasées par la lumière blanche
D’un ciel forcément sans nuages.

Labyrinthe d’ « Un soir un train »
On ne sait pas la langue qui est parlée ici
Mais nul ne vous dira où est votre chemin
Car c’est un jour sans rien

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Les femmes des tableaux ont des yeux noirs immenses
Leurs lits servent de bancs sur les quais de la gare
Leur nudité vous réfrigère et jamais elles ne sourient
A Monsieur Paul Delvaux.
Pourtant, comme on les aime !

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Et comme on les préfère, malgré leur tronc de bois,
Aux sinistres squelettes
Qui se gaussent dans l’ombre !

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Trois accordéoneux entament une la scottish dont le titre est « Pasopvoordetrap »
Cela voudrait-il dire « Attention à la marche »
Ou bien y a-t-il un piège ?

Le groupe s’appelle Tref
Et les éditons Aléa. 

A voir la ruelle inviter
Aux pérégrinations sans fin,
Faut-il se souvenir de Bruges ?
Faut-il écrire automatique ou ne rien faire
Les jours sans ?

De toute façon, c’est trop tard
J’ai déjà signé mon méfait
Et maintenant, vers le sommeil,
Sur les traces de Simenon
Je prends la fuite de M. Monde ! 

La fuite de Monsieur Monde


Ecrit en commentaire sur le blog d'Adrienne à partir de la photo du haut de la page

P.S. Si dans ce labyrinthe d'impressions vous avez besoin d'un fil rouge, empruntez celui de Johanne Humblet !
(La musique de Tref inspire bien des voyages !)


Numéro "Fil Rouge" de Johanne Humblet par jojohanne

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04 octobre 2014

ISAURE CHASSERIAU SE FAIT COUPER LES CHEVEUX CHEZ FRANCIS LE COIFFEUR-PHILOSOPHE

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Il coupe la toison, ouvre la juvénile valse du peigne et des ciseaux, lacère parmi les ondulations. Il promène le museau de la tondeuse parmi cette forêt. Elle l’allume à nouveau avec son jardin de macarons et son quelque chose qui n’est pas à sa place dans cette robe rose et printanière. Mais rien ne va. Rien n’est mieux. La plastique est parfaitement baroque, abrupte et frisée drue. Comme un voile de pollen qui voudrait caresser les oiseaux dans la lumière neuve du jardin.

Sa chance réside dans sa propension au plaisir, dans les beaux restes de ses mèches qu’elle a su préserver des cicatrices de l’écroulement et dans son désir de clairières, de prés printaniers, de lumières de paradis, d’errance d’oursonne excavatrice dans la ville à moitié vide malgré l’heure matinale.

Lui, Francis, le coiffeur-philosophe, voudrait capter, dès qu’il le peut, des fragments d’attention, des encouragements pour qu’il se remette à tournoyer, à lâcher des figures de style ou des formules de soprano qui bougent là-haut en apesanteur et qui s’offriraient à lui dès qu’il lèverait le peigne au ciel. Mais aujourd’hui le grand ballet des aphorismes et des sentences définitives s’est glissé dans une pile de silence haute jusqu’au plafond.

C’est pour ça qu’il aimerait mieux être dehors, transporté par le flot de ses pas. Il lui arrive même d’avoir des envies prunifères envers cette jeunesse, de vouloir la mettre à l’amende, de désirer grimper aux rideaux du zeugma, de la périphrase et de la fenêtre qui donne sur la rue pour que, du sommet de cette colline, il voie, au-dessus de l’espace bleu ciel de la blouse enfilée par la cliente, se suspendre ne serait-ce qu’un instant l’incessante danse de ce mutisme soudain.

 

Isaure

C’est plutôt beau quand le coiffeur s’énerve, songe-t-elle. Quand les pistes se brouillent dans son désert de mots. Quand les nuages de perplexité se dressent dans ses muscles, dans ses crocs de verrat. Que Francis lève un menton noir, défiant, en fronçant les sourcils m’indiffère. Je sens que je ne lâcherai pas. La patience est la mesure du véritable amour, jusqu’à l’explosion du feu allumé sur la gelée blanche, jusqu’à la révolution du vent léger, désespéré qui enflamme la peau de sa douceur.

Car Isaure, malgré les apparences, ne lâche rien elle non plus. Juste un peu surprise de temps à autre, perdue dans ses jeux, mais c’est pour mieux conjurer les aléas d’un quotidien terre à terre qu’elle transgresse à sa manière les codes sociaux inégaux, vieux comme le temps, gris comme les tempes, luisants et patinés le long des routes, qui permettent que, seul maître à bord après Dieu, à la suppliciée du fauteuil comme aux décrépis friables comme des os qui patientent sur les deux longues banquettes, le coiffeur-philosophe assène ses vérités sur la forme du 8, le cheval qui ressemble à Shakira et va gagner selon lui la course de dimanche, l’église écroulée du PSG relégué derrière Marseille en ce début de championnat, le soleil de ce merveilleux matin et patati et patata. Il y a chez lui un instinct de survie qui lui permet de ne jamais perdre le fil de cette logorrhée, comme s’il possédait en tête l’ordre immuable dans lequel les chars de ce Corso fleuri vont défiler sur cette placette familière.

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Aussi, quand il déprime, parce qu’il est seul, parce que la cliente n’accroche pas, succède au premier réflexe, celui du repli loin des mises en plis, un irrépressible besoin de sortir, de se mêler à l’air ambiant, de croiser d’autres solitudes et de frotter au passage quelques-unes à la sienne.

Il y a des moments comme ça, malheureusement parcimonieux et rares, pense Isaure, où on a l’impression de ne pas parler la même langue que l’autre.

Il y a des moments comme ça, heureusement parcimonieux et rares, pense Francis, où on a l’impression de ne pas parler la même langue que l’autre.

Ecrit à l'Atelier d'écriture de Villejean le 30 septembre 2014 d'après cette consigne :

Fusionner les trois textes suivants en vous servant du premier comme d'une matrice et des deux autres comme réservoir de vocabulaire :

La  part des nuages / Thomas Vinau

La ventolière en plastique / Marius Chivu

Le lamento de l'excavatrice / Pier Paolo Pasolini 

P.S. Merci à L'Adrienne pour les liens !