DE L'ÉCRITURE CONSIDÉRÉE COMME UN SPORT COLLECTIF

Très discret au sein de la Maison de quartier de Villejean où il se réunit chaque mardi en salle Mandoline, le club écriture vient de se mettre en valeur samedi  14 avril 2018 à L'Hermitage (Ille-et-Vilaine).

Les membres de l'atelier ont participé au concours littéraire "Encres d'automne" organisé par la Médiathèque de L'Hermitage.

Les années précédentes, Eliane, Dominique et votre serviteur avaient été primés par le jury. Cette année encore c'est une des membres du club, Anne-Marie Herblin, qui a emporté le premier prix de ce concours avec un texte remarquable.

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Si vous voulez vous entraîner vous aussi et peut-être gagner le prix en 2019, venez rejoindre la joyeuse équipe le mardi de 18 h 30 à 20 h 30 en salle Mandoline ! On écrit, on lit et on rit ! L'activité est gratuite pour tous les adhérent(e)s de l'association Rencontre et Culture.

Bravo encore à la lauréate dont le texte a été lu en public, superbement, par Fiorinda Madin.




Pour que Gabrielle danse encore

Les huit montagnes, c’est ainsi que les gens du pays nommaient cette vallée.

Lovée dans ce havre de verdure se trouvait la maison des Turner.

Un havre, c’est bien ainsi que l’on pouvait qualifier cette bâtisse de pierres sèches, bien solide, reflet de la beauté des jours en ce pays d’accueil, en ce pays de paix.

Là vivait un pianiste blessé qui avait dû fuir un pays qui l’avait si malmené. Un choix qui n’était pas le sien mais bien le choix des autres. Ces autres dont il ne parlait pas ou le moins possible.

Sous ce même toit ils étaient maintenant trois : lui, sa maigre valise et sa fille Gabrielle.

Gabrielle, son réel trésor et maintenant son unique amour.

Elle se tenait souvent devant lui, les yeux baissés, paupières chargées de larmes retenues,

La tresse toujours impeccablement faite, comme la lui faisait sa mère là-bas quand ils étaient encore au pays, qu’ils étaient réunis, quand Elle était encore en vie.

Elle... comme dans la légende du dormeur éveillé.

Il revoyait en boucle le jour d’avant, le temps du bonheur, la salle de bal, la fête, son regard, souriante....vivante !

Tout bascule si vite alors. Ce terrible jour de folie meurtrière, les interminables et terrifiants jours suivants, la furie des fusils, des balles, des cris, du sang... Macabre cortège de violences, d’horreurs et de peurs.

Se résigner douloureusement à l’exil, tout abandonner, même ses propres morts couchés au froid de cette terre maintenant si rouge des conflits fratricides, s’arracher de sa propre vie, décider de s’amputer de ses racines !

La fuite, les passeurs, les frontières, la faim, la soif, le froid, l’humiliation et toujours cette peur vissée à l’âme et ancrée au plus profond de la chair.

Enfin, après tant et tant d’épreuves, les solidarités, les accueils, la chaleur généreuse au goût d’humanité retrouvée. Etre un étranger, un migrant, un réfugié mais pouvoir retrouver une dignité et à nouveau se tenir presque debout.

Regardant son enfant, il se demandait : "Est-ce que demain serait tendre ? Est-ce que tous les demains et lendemains pourront à nouveau leur être tendres ?".

Tant de larmes versées ! Leurs yeux étaient comme la pierre sèche des murs de cet abri et comme lui, il leur faudrait être solides, pour qu’un jour à nouveau le piano puisse chanter et Gabrielle danser.

Anne-Marie Herblin

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15 avril 2018

Choses vues à Bécherel (Ille-et-Vilaine) le 2 avril 2018 (1)

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Affiche Fête du livre Bécherel 2018

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Choses vues à Bécherel (Ille-et-Vilaine) le 2 avril 2018 (2)

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A la santé de Georges ! Et d'Hélène !

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A celle de Saint-Georges !

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A la santé de Luke !

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Et même à celle du dragon !

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A la Fête du livre de Bécherel (Ille-et-Vilaine) le 2 avril 2018 (5)

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La compagnie Keras proposait ses livres vivants. Mais tout livre est vivant !
De Bécherel je n'en ai ramené qu'un, au titre prometteur : "Heureux !". 
C'est le recueil complet des sketches de Fernand Raynaud ! ;-)

Le site de la Compagnie est ici et j'aime bien cette vidéo ! 

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LA COMMUNICATION

Mon Amour
Je me souviens avec bonheur de ce temps-là
Où l’on prenait tant de photos en noir et blanc,
De l’air sérieux que j’arborais en t’attendant,
Ganté de beurre frais comme tout prétendant,
Des cinémas et des théâtres où nous allions…

Pour devenir ton roi de cœur combien n’ai-je pas dépensé ?
Et quelle fougue aussi j’avais la nuit venue !
Quel galant n’ai-je pas été !
Souvent dans ce fauteuil finissaient nos ébats.
Nous en sortions heureux, silencieux, repus
Et nous nous endormions dans la nuit de Paris
Pleins des promesses et des folies de la jeunesse !

Lakévio 103 Fauteuil

- Allô ? Maman ? Comment tu vas ?

- Je n’en peux plus de ce silence, de cette apathie, de ces rébus, de ces bouts de papier illisibles qu’il laisse traîner partout ! Tu te rends compte qu’il écrit aussi la nuit, dans le noir pour soi-disant ne pas me déranger pendant mon sommeil, comme si je n’entendais pas le bruit de son crayon sur le papier !

- Maman…

- Et maintenant, comment je fais, moi ? Alzheimer, aphasique, artiste à l’Ouest, il a toujours cumulé ! Et voilà qu’il se met à tout retourner et à constituer des énigmes en 3D ! Ce n’est plus une maison que j’ai, c’est un musée d’art moderne plein d’installations bizarroïdes. Heureusement qu’elles sont temporaires !

- Maman !

-On me l’avait bien dit que la vieillesse serait un naufrage mais je suis désolée, je n’ai que quatre-vingt-quatre ans ! Je ne suis pas encore allée en Chine, je ne veux pas abandonner la marche nordique, l’art floral, le club d’œnologie ni les voyages et excursions de mon association pour passer mon temps à ranger les gants, les jeux de cartes et les photos que ton vieux débris de père laisse traîner partout !

- Maman…

- Je ne suis pas payée pour vivre avec un sphinx !

- Maman ! Tu devrais voir un psy !


Ecrit pour le jeu de Lakévio n° 103 d'après cette consigne

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DEMAIN LES CABOTS

Demain les cabots
Veilleront en bord de mer
Sur l’éternité

Les hommes seront absents,
Envolés à tout jamais.


Cabotins mondains,
Ronds comme des Botéro,
Leur fête est finie

Les lumières sont éteintes
L’humanité est défunte.

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Sculptures laissées
Par les grands dispariteurs,
Les bottes, liées,

Feront sourire à jamais
Les oiseaux et les insectes


Comme ils ont marché
En tous sens, ces arpenteurs
De planètes rondes

Combien de tours, comme Ulysse,
Avant de rentrer chez eux ?


Pénélope attend
Bien plus belle que jamais
Le guerrier fourbu

Il en a, dis, plein les bottes
Et ses guerres sont perdues !


Ô, chienne de vie !
Pourquoi cesses-tu un jour,
Civilisation ?

Qui enterrera, et où,
Le dernier de tous ces hommes ?


Demain les cabots
Qui se nourrissent de pluie,
De vent et semelles

Resteront droits dans leurs bottes
A rire de ces nabots !


Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le mardi 3 avril 2018 

d'après la consigne ci-dessous

CONSIGNE D'ÉCRITURE 1718-24 DU 3 AVRIL 2018 A L'ATELIER DE VILLEJEAN A RENNES

Ecrire comme le gyrovague

 

Le gyrovague est un poète breton qui, depuis quelques années, n’écrit plus que des suites de tankas. Le tanka est une forme poétique japonaise constituée d’un haïku (trois vers de 5, 7 et 5 syllabes) suivi de deux vers de 7 syllabes.

On peut voir son travail ici.

Vous écrirez en utilisant cette forme ce que vous évoque l’une ou l’autre de ces deux photos.

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14 avril 2018

COMME L’ITALIE ME BOTTE !

Il n’y a rien de tel qu’un atelier d’écriture pour conjuguer le verbe « improviser ». L’animateur arrive avec un thème principal et chacun dans son coin écrit son contrechant par-dessus puis le livre aux oreilles – ou aux yeux - des autres.

Improviser sur le verbe « improviser » est une belle mise en abyme ! J’imagine que beaucoup d’entre vous, devant un champ aussi libre, auront été bien inspiré(e) s. Pour ma part j’ai choisi de vous livrer une improvisation d’il y a quinze jours sur un motif plus astreignant : l’écriture d’une suite de tankas à partir d’une photo !

COMME L’ITALIE ME BOTTE !

Au caillebotis
Bottes vertes, blanches, rouges
Sèchent sur le seuil.

Moi je joue au chat botté
Et je rêve d’Italie.

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Je sais qu’au musée,
Signé par Botticelli,
Le printemps est beau.

C’est incroyable vraiment
Comme l’Italie me botte !

Sur un ferry-boat
J’embarquerais volontiers
Comme Cyrano.

C’est fou – péninsule ou cap –
Comme l’Italie me botte !

Du pauvre goret
Ecoutez la litanie
Quasi-rimbaldienne :

En marche ! Allons de l’avant
Vers l’Italie qui nous botte !

Sur quel paquebot
Embarquer au débotté
Jusqu’à la lagune

De Venise, vers Bologne
Ou vers Naples ou Pompéi ?

D’une périssoire
Peinte hier par Caillebotte
Je ferais navire

Si quelqu’un voulait m’aider
A ramer vers l’Italie.

Dans un port celé
De la mer Adriatique
Nous ferions escale.

Générosité d’autrui
Nous aurions des confitures

Et des marguerites
Sur des pizzas gigantesques
Aux quatre saisons.

Pays de magnificence
Vraiment, l’Italie me botte !

Pour Corto Maltese
Venise serait sa fin.
Moi, pauvre cochon,

Finir en jambon d’Aoste
Je n’y peux rien : ça me botte !


Et si vous voulez de l'improvisation musicale, en voici de la vraie :

Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le mardi 3 avril 2018

et adapté pour le Défi du samedi n° 502

d'après cette consigne : Improviser

11 avril 2018

ALERTEZ LES BÉBÉS !

Alertez les bébés ! Qu’ils se préparent à déployer le drapeau de la colère ! Qu’ils se le disent : il n’y aura pas suffisamment de champagne pour tout le monde ! Et pas plus de caviar pour les autres !

Alertez les bébés ! Il faut qu’ils viennent au monde avec la rage en dedans, qu’ils se préparent à la croisade des enfants ! Qu’ils se prévoient un vieux bras de fer avec un univers pourri dans un no man’s land irradié !

Alertez les bébés ! C’est aujourd’hui, la crise ! La planète Terre est un boxon où l’ange et le salaud doivent se côtoyer, où les robots parlent de l’amour sans savoir ce que c’est et où trois tonnes de TNT font plus d’effet qu’une symphonie des droits de ‘homme.

Alertez les bébés ! Qu’ils gardent un œil sur la bagarre, qu’ils aient le courage de vivre, la fuite dans les idées ! Qu’ils se méfient de ces prophètes proclamant « Ce qui est dit doit être fait » et qui le font ! Qu’ils ne croient pas ceux qui promettent « Demain ça s’ra vachement mieux... surtout si je vous arrache les yeux !" !

Alertez les bébés ! Ils vont tous faire l’objet d’une fiche anthropométrique. Pour peu que les flics fassent de l’excès de zèle ils devront danser la java des chaussettes à clous dans la gueule, coincés entre deux gares, huit jours en Italie avant retour chez eux ! Bonjour le coup de blues ! Autant fumer tout de suite sa dernière cigarette !

Alertons les bébés ! Criez, priez, les bébés ! Pas question qu’en plus vous exprimiez votre vague à l’âme ! Avouer « Maman, j’ai peur ! » serait faire preuve d’un sérieux manque de classe. Si tu as un poil dans la main, Bébé Cadum, fais demi-tour ! Pars en arrière ! Chope la soupape, envole-toi sur les ailes du silence ! Commencer une phrase par « Je rêve… » sera bientôt illicite. Ça l’était déjà d’ailleurs à l’époque de Martin Luther King.

Alertez les bébés ! Moi aussi un beau jour je suis tombé du ciel et j’ai souvent lu sur le menu de ma vie : « Aujourd’hui : blues ». J’aurais bien voulu les aider, les bébés, car en théorie on est là pour ça mais j’suis qu’un grain de poussière, un conquérant de l’inutile, un petit gars du genre tête en l’air, un Buster K. de pacotille. Quand je vois mon portrait dans la glace, je n’ai qu’une seule envie c’est de retourner dans mon aéroplane blindé. Chaque soir, en entrant dans mon lit, j’entends résonner l’hymne aux paumés et je me dis : « Encore une journée de foutue !». 

Il 2018 04 09 Higelin aéroplane blindé

La Cie "Hop là !" interprète "Dans mon aéroplane blindé"

Alertez les bébés ! Le minimum que je puisse faire pour eux, c’est de les prévenir, les bébés : Jacques Higelin ne sera pas plus secourable que moi. Il vient de nous dire « adios ! ». Il ne sautera plus six pieds en l’air, tel un aviateur dans un ascenseur. Exit le captain Bloody Samouraï ! Crashé en beauté, le captain Dodécaphonique Dada ! Fin de la chanson !

Ah la la ! Quelle vie qu’cette vie ! Alertez les bébés ! Un autre fou chantant vient de nous quitter. Si vous voulez vivre agréablement, il ne faudra pas Trénet à le remplacer ! On a mis Jack in the box et on a mis la boîte sous terre. Ci-gît une star.

A plus d’un titre, merci pour tout, Monsieur Jacques !

Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le mardi 10 avril 2018

d'après la consigne ci-dessous

et publié chez les Impromptus littéraires du 9 avril 2018 où il fallait écrire

"à la manière de Jacques Higelin"