19 septembre 2017

VOLEUR DE FEU !

Ô Temps, suspends ton vol 
Et cesse tes larcins !

Rends sa jambe à Rimbaud,
Son épouse à Verlaine,
Son ouïe à Smetana,
Elise à Beethoven
Et ses lettres au facteur à cheval !

Ô Temps, suspends ton vol !

Il est aussi gracieux que celui du nandou :
Comme un avion sans ailes,
Au ras des pâquerettes,
L’oiseau ne vole pas
Mais court en zigzaguant
Dans l’herbe des pampas.

IL 170918 nandou

Ô Temps, suspends ton vol
Et prends un peu du champ !

Fais de ce Marcel-là un champion des échecs !

IL 170918 Duchamp échecs

Détourne-le de mettre à nu
La mariée qu’il trouve trop belle
Par des célibaterrifiants
Et son urinoir au musée !

Trop de thuriféraires de l’art contemporain,
Trop d’hystériques du concept
L’ont suivi et polluent, tristes, nos paysages.

Ô Temps, suspends ton vol 
Pose-toi au tarmac !

Dessine des moutons aux princes de papier !

Laisse l’avenir en biplan !

Restitue ce que nous avions
Et aimions.

Laisse-nous vivre entre parents
Le reste de nos empennâges !

Fais-nous renaître Pompéi
Et recolle des bras aux Vénus de Milo !

Rends-nous Pierre Desproges et Coluche,
John Lennon et Léon Zitrone !

O Tôle, suspends ton vent
Et emmène Lamartine à la plage !

IL 170918 Lamartine réduit

Ecrit pour les Impromptus littéraires du 18 septembre 2017 d'après cette consigne

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18 septembre 2017

Le feu d'artifice du 13 juillet 2017 à Charleville-Mézières (Ardennes) (1)

170713 265 051

Aux forêts d’Ardennes,
Pour les soifs absolutistes,
Aucune oasis

170713 265 058

Feu de poésie, 
Envoie, dans le ciel des nuits,
Des rêves en fleur !

170713 265 064

Dans les herbes folles,
Tombé du ciel cette nuit,
Un fouillis d’étoiles

170713 265 068

Comme au fond des mers
Poissons, rouges, rassemblés,
Nous voilà perdus.

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Le feu d'artifice du 13 juillet 2017 à Charleville-Mézières (Ardennes) (2)

170713 265 074

Combien de lumières,
De traits de ce fin pinceau
Pour peindre la nuit ?

170713 Nikon 120

Tout tordus de rire
De nos soleils éphémères :
Les Dieux dans le ciel.

170713 265 075

Tremble, feux éteints,
Rimbaud ! Verlaine en pétard
Sort le sien et tire !

170713 Nikon 125

Imiter l’étoile :
Se dandiner sur sa pointe,
Hérissé de Nuit.

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Le feu d'artifice du 13 juillet 2017 à Charleville-Mézières (Ardennes) (3)

170713 Nikon 134

Tendre au Mont Olympe
L’impudence des humains :
Le feu en couronne

170713 Nikon 140

Les sphères célestes,
Au désert, tu ne vois qu’elles !
Illuminations !

170713 Nikon 141

Fumerolles rouges :
Aux danseurs, sur les volcans,
Le vent les essaime

170713 Nikon 164

Flamboiement de ciel
Sur vie terminée trop vite,
Genou enflammé. 

170713 Nikon 175

Griffure, biffure
Par-dessus toute écriture :
Comme au palimpseste !

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Le feu d'artifice du 13 juillet 2017 à Charleville-Mézières (Ardennes) (4)

170713 Nikon 088

170713 Nikon 097

Préfiguration
De palmiers maigres, en feu,
Aux déserts futurs

170713 Nikon 099

170713 Nikon 104

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17 septembre 2017

Choses vues à Dieppe le 26 août 2017 (1)

Canalblog vient de faire descendre de 5 à 1 le nombre d'images que l'on peut transférer simultanément sur son blog. Qui plus est, l'affichage d'une photo transférée prend des plombes. J'espère qu'il s'agit d'un problème technique momentané... Je vais peut-être bien faire une sauvegarde, déjà ! Allez ! Un autre disque dur externe ? ;-)

170826 265 006
170826 265 017

 Un spectacle captivant !

170826 265 008

Madame a de la lecture pour les longues soirées d'hiver ?

170826 Nikon 009

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Choses vues à Dieppe le 26 août 2017 (2)

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Choses vues à Dieppe le 26 août 2017 (3)

170826 Nikon 030

170826 Nikon 033


J'ai terminé ma relecture de "L'homme de Londres de Simenon. C'est un roman "dur" qui se passe dans le brouillard de Dieppe et me laisse la même impression décevante et prégnante qu'à la première découverte au siècle dernier. Le "Deus ex machina" belge se balade à partir d'une situation de comédie dans une noirceur injustifiée et cruelle tant pour ses personnages que pour le lecteur. Fripouille, va ! ;-)

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16 septembre 2017

ECRIRE A RIMBAUD ? 7, Extase

 Monsieur Arthur Rimbaud
B.P. 01 au vieux cimetière
08000 Charleville-Mézières

Mon cher Arthur

«Il y avait un jardin qu’on appelait la Terre
Il brillait au soleil comme un fruit défendu
Non ce n’était pas le paradis ni l’enfer
Ni rien de déjà vu ou déjà entendu»

Georges Moustaki

 


Cette semaine on me demande de parler d’extase. Et mon commanditaire de préciser : « Et ne levez pas les yeux au Ciel, hein ! ».
 

170712 Nikon 001

Dans ce cas c’est tant pis pour les nuages de Barfleur, pour ceux du Cul-de-loup à Morsalines qu’Eugène Boudin chérissait, tant pis pour les vitraux de la basilique de Mézières, ceux de Dieppe ou Varengeville et basta pour le partage de la meilleure des journées, celle des 32 kilomètres de marche sous la pluie de Saint-Vaast-La-Hougue, exit la merveilleuse étape au restaurant « La Bisquine » qui entrecoupa cette randonnée. Je ne parlerai pas non plus de l’étrange grenier de ton musée à Charleville, de ses chaises grises et des enceintes suspendues d’où sort l’étrange musique de tes mots traduits et emmêlés en différentes langues.

L’extase, dont Madame Wikipe nous dit qu’elle désigne un état où l'individu se ressent comme « transporté hors de lui-même », caractérisé par un ravissement, une vision, une jouissance ou une joie extrême, n’a pas grand-chose à voir avec l’exorcisme qui consiste à faire sortir de soi le je qui est un autre. 

170715 Nikon B 011

Mon extase principale de cet été est et restera bien longtemps encore la découverte de cette boîte à lettres fantastique, posée dans le cimetière de Charleville-Mézières, sans mention des heures de levées – tu ne te lèveras plus pour lire mes bêtises – à destination unique : Arthur Rimbaud.

Arthur Rimbaud ! Arthur Rimbaud ! Vous êtes arrivés à Arthur Rimbaud, terminus de la ligne ! Assurez-vous que vous n’avez rien oublié avant de descendre du véhicule !

L’été de Rimbaud ! Extase de la marche autour du lac des Vieilles forges, au-dessus de la Meuse à Monthermé, sur le chemin d’Hautot-sur-Mer à Dieppe ou le long de la mer au phare de Gatteville !

S’il y a bien quelque chose qui nous unit, toi et moi, quelque part, c’est bien ce goût pour la musique des mots, pour ce qui sort de soi et fait qu’un auditeur cesse d’être lui-même pour écouter, entendre ce parler différent, découvrir un coin nouveau de ce jardin humain que chante Moustaki.

Celles et ceux qui pratiquent la musique et la poésie savent le temps que cela prend et le travail qu’il faut fournir avant de parvenir à ces quelques secondes du bonheur de chanter ou d’entendre chanter.

Nous aurons ajouté, cet été de Rimbaud, à notre phonothèque et à nos souvenirs les aventures de Marina B. et Gisèle C. qui s’étaient inscrites à un stage de chant en quatuor et qui, tous les soirs, me contaient les pérégrinations de leur bateau ivre au pays du diapason 415, du canon à 24 voix, des montées de pression entre les voyageurs de ce projet étrange. C’est tout juste si on ne se tira pas dessus au revolver, cette année-là, au conservatoire de Dieppe et à l’Académie Bach ! Normal, on était à Arques-la-Bataille !

Mais au moment du concert, le vendredi soir, silence, admiration, extase : finies, les discussions de spécialistes, les pinaillages sur la prononciation, les fous-rires en cherchant la voiture ou la sortie dans le parking souterrain. Autant en emporte le vent !

 
A l’écoute de ces dames j’eus presque des frissons. Comment ? La divine mélodie de la Renaissance sortait vraiment de cette même bouche qui me dit quelquefois « T’as mal fermé le frigo » ou « Ca manque de poivre à mon goût » ? – Oui, ne t’inquiète pas, Arthur, chez moi l’extase ne dure jamais très longtemps. Mais, heureusement, ses effets sont impérissables .

J’ai failli ajouter que la voix me susurrait aussi « Chéri fais-moi l’amour, fous ce réveil en l’air et fais-moi du café brûlant comme tes lèvres » mais de fait, je confonds :  c’est la copine de Pierre Perret qui lui dit ça quand le soleil entre dans sa maison et en plus j’ai toujours des doutes sur l’orthographe de « susurrer » qui me fait d’ailleurs plus penser à Ferdinand le linguiste qu’à une fièvre érotique.

Celle de ce dimanche 10 septembre, d’extase, me marquera aussi. Nous nous produisions en concert privé avec mes ami(e)s du groupe Am’nez zique et les Biches aux jardins Rocambole à Bourgbarré (Tu parles d’un blaze ! Tout est annoncé dès que tu tombes dans le panneau !). Un jardin extraordinaire qui aurait plu à Moustaki comme à Trénet.

Vers la fin de ce concert de rengaines « métézorrologiques » nous avons interprété cette chanson plombante, « Nantes » de Barbara, dont je n’aurais jamais cru que j’aurais à la chanter un jour mais, vois-tu, tout arrive, qu'est-ce que je ne ferais pas pour faire plaisir aux copines ! Je crois que nous ne l’avions jamais aussi bien interprétée que ce jour-là. Je la dédie, a posteriori, à toutes les filles qui ont perdu leur père et plus particulièrement à cette semeuse d’étoiles de ma famille à qui c’est arrivé récemment.

 
Dommage que tu ne puisses pas entendre ces documents sonores, cher semeur d’étoiles des Ardennes !

A ce jour, même mal, le monde continue de tourner et nous, en avançant, de chasser sa folie, les ennuis et l’ennui, tant que faire se peut. De façon extatique et sans besoin du Ciel mais, comme dit la chanson, « Chacun fait, fait, fait, c’qui lui plaît, plaît, plaît ».

A un de ces samedis, cher Arthur !

P.S. Histoire de rigoler un peu après cette lettre tout compte fait assez sérieuse je te livre une des krapoveries que j’avais pondues comme premier jet d’une participation possible à ce Défi « extase » :

« L’extase du navigateur, c’est quand son sextant. ».


Ecrit pour le Défi du samedi n° 472 à partir de cette consigne : Extase