09 octobre 2019

L’OCÉAN DES CENT TYPOS : JOURNAL DE BORD DE « LA CACAHUÈTE »

1er janvier.

AEV 1920-05 Pepito Cacahuète

Eh bien dites donc ! Ma doué béniguet ! Aussi vrai que je m’appelle Pépito je n’avais jamais vu un grain comme celui-là et je pense que nous l’avons échappé belle ! Quelle tempête, mes aïeux !
La Cacahuète, notre bien aimé navire, a résisté aux éléments déchaînés mais elle y a laissé des plumes. Des pelures, devrais-je dire. Le grand cacatois est par terre, ça désole Bec de Fer notre perroquet mais aucun des mâts n’est cassé. Maintenant que le vent est tombé les flibustiers Ventempoupe et La Merluche s’occupent à réparer mais j’ai bien peur que nous ne soyons déroutés pour longtemps. Les instruments de mesure du bord ne répondent plus : le sextant est tout mou, l’aiguille de la boussole tourne sur elle-même de façon démente et les cartes marines sont toutes délavées suite aux paquets de mer que nous avons encaissés.

Comble de malchance j’ai bien l’impression que nous sommes passés par le détroit de Clarendon ce qui nous ferait naviguer à l’heure actuelle dans l’océan des Cent typos. Si c’est bien cela, c’est une catastrophe. Les légendes des anciens racontent qu’il y a ici un certain nombre d’îles habitées par des monstres ou des peuplades inconnues aux moeurs bien plus cruelles encore que celles des plus fieffés pirates de La Tortue ou de Las Ananas.

Mais bon, je vais m’arrêter d’écrire pour aujourd’hui. Je vais remonter sur le pont avec une bouteille de ratafia de ma réserve personnelle : c’est la nouvelle année, quand même ! Ca se fête ! Buvons un coup, buvons en deux à la santé des jours heureux ou malheureux qui nous attendent !

2 janvier au matin.

AEV 1920-05 Pepito barque

« Terre à bâbord ! » a hurlé ce matin notre singe Perruche qui occupe là-haut le poste de vigie. Nous avons aussitôt mis le cap sur cette île car nous avons besoin de refaire nos réserves d’eau douce. Dans la longue vue, au fur et à mesure que l’on approche, je suis étonné par la forme du rocher au centre de l’îlot. Quelque chose cloche. On dirait bien que c’en est une. Une cloche. Mon second, Crochette, à qui je me suis ouvert de mes inquiétudes à propos de San Tipo, enfin de l’océan des Cent typos, est allé farfouiller dans sa bibliothèque. Ses livres et parchemins n’ont pas souffert de l’orage car il les a enfermés dans un coffre du genre île au trésor. Il a trouvé quelque chose de très intéressant, un vieux bouquin du quinzième qui s’appelle « Les îles qui ont du chien » par Daniel Baskerville. En consultant l’index à l’entrée « cloche » nous avons pu déduire, d’après la description faite à la page 38, que nous étions en présence de l’île de Bell.

2 janvier au soir.

AEV 1920-05 Pepito Bec en fer

La Cacahuète mouille dans une baie agréable, un lagon bleu pervenche bordé de deux plages blanches et de cocotiers bien garni. Après avoir jeté l’ancre Ventempoupe a mis une chaloupe à l’eau et nous sommes allés ensemble à terre avec Bec-de-Fer qui voletait au-dessus de nous. Ce perroquet est fort utile. Il nous sert d’interprète. Je ne sais quel âge il a exactement mais à force de voler d’île en île et de répéter tout ce que disent les autochtones lui et ses congénères sont devenus polyglottes. Ils sont d’ailleurs tellement bavards que nous nous demandons parfois s’ils n’ont pas plus d’une glotte.

Nous avons caché la barque sur le bord supérieur de la plage et nous avons grimpé vers les hauteurs. L’île semble inhabitée. Il nous a fallu tracer notre chemin en découpant à la machette les broussailles qui ont poussé au pied des cocotiers. Il y a une odeur très sucrée dans l’atmosphère, c’est très agréable et cela donne une impression de chaleur au creux de l’estomac. Au fur et à mesure que nous montons le sol de couleur marron devient lisse et brillant. Bien vite il ne nous est plus possible d’avancer car ça grimpe trop et nous nous retrouvons au pied d’une haute falaise. Ce territoire semble réellement avoir été coulé dans un moule. Ce qui est posé là sur ce qui devait être auparavant un îlot sablonneux, c’est une cloche géante fondue dans une matière inconnue.

Nous sommes revenus sur nos pas, avons repris la barque. L’équipage va débarquer et nous allons bivouaquer ici pour la nuit.

3 janvier au matin.

On a été réveillés à matines par la sonnerie des cloches. En fait ça a été un coup d’escopette tiré par une matrone bien poudrée. C’est une voix de femme qui nous a sonné les cloches :

- Kès vouf outéla ? Cécheunou issitte ! Doucé kvou zète ? Téquila touah ?

Bec de fer a traduit :

- Que faites-vous ici, messieurs ? Vous vous trouvez actuellement sur un terrain privé. D’où venez-vous et qui êtes-vous ?

J’ai expliqué à la dame que nous ne pensions pas à mal et que nous nous apprêtions à repartir après une nuit passée sur la terre ferme. Moyennant quoi un autre Iroquois est venu la rejoindre. Peut-être était-ce son mari ou son compagnon, on ne sait plus comment dire maintenant avec toutes les sortes d’unions qu’on voit aujourd’hui.

- Nous sommes Constantia et Caslon Bodoni, fournisseurs officiels de sa Sainteté le Pape en chocolat de Pâques. Peut-être souhaitez-vous, avant de repartir, visiter notre usine ?

Le mot « usine » était inconnu de Bec de Fer et de nous-mêmes mais le ton de l’insulaire était devenu très civil pour ne pas dire bien urbain. Bec de Fer a traduit notre « Très volontiers, cher Monsieur » en « Pakinpeu Monpott » et le couple de « chocolatiers » nous a emmenés vers la cloche.

Là-même où nous avions rebroussé chemin hier il y avait un sentier étroit que nous avons suivi sur près de cinq cent mètres. Nous avons débouché sur une place et vu dans le rocher marron un grand portail ouvert par lequel nous avons pénétré dans une manufacture. Dans l’immense cloche en chocolat des ouvriers s’activaient en tapant à la pioche à en extraire de gros morceaux. Plus loin des dames en tablier coiffées de toques blanches faisaient fondre ceux-ci et versaient le liquide obtenu dans des moules rectangulaires.

- Nous n’avons jamais vu cela ! avoua Ventempoupe. Ca a l’air bon, en plus !
- Séduj amévuh ! Séd labalh ! a traduit bec de Fer

Normal, répondit Caslon Bodoni. Le secret est bien gardé. Votre pape ne tient pas à ce que le chocolat se répande dans le monde. Avec le chocolat, plus besoin de religion, le paradis est sur la Terre, plus besoin de croire, d’obéir et de subir.

Dans la langue originelle nous avons entendu « Motus papus secretus chocolatum dynamitam ».

Après qu’il eut dit ça nous avons commencé à craindre pour nos fesses. Puisque nous étions désormais dépositaires du secret, quel sort allait être le nôtre ? Les Bodoni ont dû sentir notre inquiétude car ils nous ont dit :

- Vous pouvez reprendre la mer tranquillement. Vous ne risquez pas de raconter cette histoire à qui que ce soit. Nous seuls, dans l’océan des Cent typos, connaissons le seul chemin qui mène à Rome.

Ce que Bec de Fer n’a même pas eu besoin de traduire :

- Passortih de l’oberjum, Pepito !


Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le mardi 8 octobre 2019
d'après la consigne ci-dessous

Les illustrations sont bien évidemment de Bottaro


CONSIGNE 1920-05 DU 8 OCTOBRE 2019 A L'ATELIER D'ÉCRITURE DE VILLEJEAN A RENNES

L’océan des cent typos

 

AEV 1920-05 Pepito Couv_45767

Pépito est un gentil petit corsaire à la frimousse rondouillarde coiffé d'un grand chapeau orné d'une tête de mort. Il est d’ordinaire en lutte contre le méchant gouverneur Hernandez de la Banane (surnommé tantôt « Sa Ventripotence » tantôt « Sa Corpulence », ou encore « La Mortadelle à Pattes » en raison de son tour de taille) qui, assisté du diabolique inventeur Scartoff, fait régner l'injustice sur l'île de Las Ananas. À bord de son navire « La Cacahouète », Pepito est aidé dans cette tâche par son second Crochette, les flibustiers Ventempoupe et La Merluche et un perroquet très bavard, Bec-de-Fer, auquel se joint un singe nommé Perruche.

Emportés par une tempête, Pepito et son équipage se retrouvent au milieu de l’océan des Cent typos. Ils vont errer d’île en île pendant un an. Les noms géographiques de tous les lieux de cet océan sont des noms de polices typographiques. C’est dire si les habitants ne manquent pas de caractère ! Chacun.e de vous écrit le journal de voyage pendant le mois qui lui est attribué et utilise la liste d’une vingtaine de polices qu’il ou elle a reçue pour en décrire les étapes.

JANVIER MARS MAI JUILLET
       
Aachen Rawlinson Roadway Helvetica Courier
Aldus Rockwell Helvetica Neue CourierHP
Antiqua Roman Swiss 721 Courier New
Aster Rotis Serif Highway Gothic DejaVu Sans Mono
Baskerville Sistina Impact Droid Sans Mono
Bell Souvenir Johnston/New Johnston Fira Mono
Bembo Stone Serif Kabel Fixed
Benguiat TheAntiqua Legacy Sans Fixedsys
Bitstream Vera Serif TheSerif Liberation Sans Fixedsys Excelsior
Bodoni Times Roman Lucida Sans Helvetica Mono
Bauer Bodoni Times New Roman Meta HyperFont
Bookman Versailles Modern HVDOSBox
Cambria Windsor MS Sans Serif HVEdit
Cartier Book Arial Myriad HVRaster
Caslon Avant Garde News Gothic HVTerminal
Clarendon Avenir Nokia Pure Letter Gothic
Computer Modern Bebas Officina Liberation Mono
Constantia Bell Gothic Optima Lucida Console
DejaVu Serif Benguiat Gothic Prima Sans Monaco
Espy Serif Bitstream Vera Sans Rail Alphabet Monospace
       
       
       
FEVRIER AVRIL JUIN AOUT
       
Friz Quadrata Calibri Revue MS Gothic
Garamond Century Gothic Rotis Sans MS Mincho
Gentium Charcoal Segoe UI OCR-A
Georgia Chicago Skia OCR-B
Goudy Corbel Stone Sans Prestige
Janson DejaVu Sans Syntax ProFont
Jenson Droid Sans Tahoma Sydnie
Legacy Serif Eras TheSans Terminal
Liberation Serif Espy Sans Tiresias Ubuntu Mono
Linux Libertine Nu Sans Transport alphabet Script
Literaturnaya Eurostile Trebuchet MS Auriol
Lubalin Graph Fira Sans Ubuntu AMS Euler
Lucida Bright Franklin Gothic Univers Apple Chancery
MS Serif Frutiger Verdana Lobster
Century Schoolbook Frutiger NEXT Amsterdam Old Style Scriptina
New Century Schoolbook Futura Portobello Zapf Chancery
New York Geneva Tema Cantante Zapfino
Nimrod Gill Sans TheMix Ashley Script
Palatino Grotesque Andale Mono Comic Sans MS
Book Antiqua Handel Gothic Bitstream Vera Sans Mono Dom Casual
       

 

SEPTEMBRE NOVEMBRE OCTOBRE DECEMBRE
       
Lucida Handwriting TITUS Cyberbit de base Tengwar Sindarin Punk
Tekton Unicode Wadalab Pythagoras
Cupola Y. OzFontN ALPHABETUM Pricedown
Curlz Apple Symbols Arial Unicode MS ( System
Script Bookshelf Symbol 7 Bitstream Cyberbit Tema Cantante
Stone Informal OpenSymbol Bitstream Vera Terminal
Blackletter Symbol Cardo Westminster
Fraktur Wingdings ClearlyU Renault
Rotunda ITC Kahana Code2000 Haettenschweiler
Schwabacher Jokerman Grasset Courier
Amienne Webdings Inuit Kristen (typeface)
Kochi Zapf Dingbats DejaVu Plantin
Minchō Ashley Inline Doulos SIL Denmark
Mona Bauhaus Everson Mono Unicode Consolas
Japanese Gothic Braggadocio Gentium Irregularis
MS Gothic Björk Junicode Lucida Sans Unicode
SimSun Computer Modern LastResort Nouvelle Gulim
Tai Le Valentinium Concrete Roman Lucida Grande  
Tengwar Noldor Cooper Black    
Tengwar Quenya Fixedsys    
       
       
       

Cette consigne est inspirée de l'article de Mathilde Meslin paru dans le journal Télérama n° 3636 du 18-09-2019 et consacré au projet de Jean-Malo Jarry, "L'Océan des cent typos".

AEV 1920-05 Article de Télérama 2 Récif de la comic sans

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08 octobre 2019

POURQUOI BON DIEU ?

Ma mère me disait :

« Il n’y a que les montagnes qui ne se rencontrent pas
Mais chaque fois
On revient toujours
A l’Amour-mariage ».

Je dirais même plus :
« Filles de Garches, (Enfant de Puteaux),
Descendez l’escalier,
Du country dans les yeux,
Un seul cheval à la fois !

Il faut rendre au diable son violon !
Si le cœur vous en dit
Suivez le grand chariot
Où sont mes camarades
Et Moïse
Jusqu’à Tijuanaco

Au mois de mai, au mois de l’amour
Parmi les Ophélies
C’est
La fête des amis du clair de lune !
C’est Mexico, mon vieux !

Et quand vient la musique
Buvons à la santé
Du Fiancé de printemps :
Hyacinthe pour Frida
Emiliano Zapata pour Marie des Bruyères
Un loup au cœur tendre pour Émiliana
Et un Mohican pour Jeanette

Et moi,
Parce que je ne crois plus en Dieu,
Je marcherai jusqu’au vieux chêne
Avec l’homme qui vola les étoiles
Et la conversation du dernier éléphant

Allons ! Traverse
La rivière,
Le chat !

L’évasion
L’alouette
L’émigrant
Et les filles (et les filles !)
Ils font chanter le monde
Dans un tonneau de vin !

Emmène-moi
Dans la montagne !

Si j’y entends l’oiseau,
Ce sera la sieste à l’ombre :
C’est ma passion.

Tout ça
C’est pas ma faute :
Pendant qu’j’étais pas là
Ma femme
Devinez
A pris
Un aller simple
Pour
La visite
D’un mur à Jérusalem.

Là-bas elle
Prie pour ton salut
Sous le signe du lion.


Poème composé hors ateliers avec des titres
de chansons de Gilles Dreu le 7 octobre 2019.

Merci à l'oncle Walrus de nous avoir remis cet interprète en mémoire
et à l'INA de partager des images de cetteépoque folle !

 

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07 octobre 2019

L'exposition de Franck Gérard au château de Nantes (Loire-Atlantique) le 6 octobre 2019 (1)

C'est peu de dire que l'exposition "En l'état" de Franck Gérard nous a beaucoup plu. Cette balade à Nantes, commencée avec une opération "portes fermées... et les propriétaires enfermés dehors de chez eux pour cause de clé restée à l'intérieur" s'est heureusement très bien terminée. Le passage par le restaurant "Byblos" 10, rue de la Juiverie est vivement recommandé par la famille Krapov. Et l'exposition est visible gratuitement sur les murs du château de Nantes jusqu'au 3 novembre. Nantaises, Nantais, courez-y vite !

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L'exposition de Franck Gérard au château de Nantes (Loire-Atlantique) le 6 octobre 2019 (4)

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Le site web de ce photographe magique est ici. Bonne visite à vous !

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06 octobre 2019

Le Défi du samedi nous enchante et nous fait chanter (1)

"Avec les rupins" publié hier par Lécrilibriste sur le Défi du samedi n° 579 m'a inspiré pour un travail de mise en musique et de chant.

 

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Le Défi du samedi nous enchante et nous fait chanter (2)

Dans la toujours très illustrée et très pimpante contribution de Kate il y avait cette vidéo.

Cette chanson amusante de Vincent Delerm n'est pas tombée dans l'oreille d'un sourd (Beethoven ?) !

Pas foulé, non plus, le compositeur : trois accords ! Fa Sol mineur Do !

Mais j'aime bien !

 

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05 octobre 2019

MOYENNEMENT CLASSE

- Autrefois, soit t'étais un RUPIN, soit t'étais dans le PURIN !
- Bob Dylan a eu beau chanter "The times they are a-changing" c'est quand même un peu pareil aujourd'hui, non ?



Ecrit et enregistré pour le Défi du samedi n° 579 d'après cette consigne : Rupin