23 mai 2017

OUI, MAIS QUE FUMENT LES CRAPAUDS POUR S’ECLATER À CE POINT-LÀ ?

1

La nuit est limpide,
L´étang est sans ride
Dans le ciel splendide
Luit la Lune d´or.

Orme, chêne ou tremble
Nul arbre ne tremble
Au loin le bois semble
Un géant qui dort.

Chien ni loup ne quitte
Sa niche ou son gîte
Aucun bruit n´agite
La terre au repos.

Alors sortant l’herbe
S’apprêtant, superbes,
Aux magies du verbe,
Fument les crapauds.

2
Fourmillant d’idées
Guitares accordées
Les Bufonidae
Entament leur chant.

Ca coasse et ça piaille
Ca rit et ça braille
Mais fumer d’la paille
Ne rend pas méchant

Vers des terres creuses
Des contrées heureuses
Près de Bételgeuse
Ils s’en vont planer

Chacun outrepasse
Sa condition basse
Qu’une les embrasse
Ils sont transformés !

3
Finie la galère
Dans les fondrières !
Demeure princière
Grand bal cette nuit !

Lumières sur la boule !
Clignements d’ampoules
Champagne qui soûle
Et tout resplendit !

Racontant salades,
Faisant des gambades
Au pied de l’estrade
Ils s’en vont danser.

Un peu à la masse
Chacun se surpasse
Et passe et repasse
Devant le buffet

4
Si je ne me trompe
L’effet qui s’estompe
Fait que s’interrompent
Les festivités

Tous les mots s’emmêlent !
Fin des ritournelles !
Revient, de plus belle,
La lucidité.

Le jour qui se lève
Efface les rêves
D’une nouvelle Eve
On retourne au turf

Le lot de l’anoure
Sauf si je me goure
Est bien qu’il accoure
Plancher sur le surf ?


5
Sur le nénuphar-e
Sa journée démarre
Il a le pétard-e
Quelque peu mouillé

Tous ces ovocytes
Qui quittent le gîte
C’est vrai ça l’excite
De jouer au pompier

Car enfin le drôle
Un peu croquignole
S’il tient bien son rôle,
S’il conjugue aimer,

Ce soir sa maîtresse
Lui dira - largesse -
«Repos mon Ernesse,
Vous pouvez fumer ! »

Moralité :

La fumette occasionnelle
Rend barjot plus d’un :
Le devoir l’appelle
Et le crapaud vient ! *

*Ce dernier calembour est emprunté à Vegas-sur-Sarthe.

Ecrit pour les Impromptus littéraires du 22 mai 2017 à partir de cette consigne :

"fumer comme un crapaud"


18 mai 2017

LE HASARD ET LA… ?

C’est toujours par un pur hasard
Qu’on trouve un trésor au désert :
Un cadeau de Rosette à Pierre,
Un chameau qui joue du Mozart,
Les Mémoires de Caspar Hauser…

C’est toujours par un pur hasard
Que Melchior aima Balthazar
Mais on enterra cette histoire
Aux oubliettes du Mystère,
Dans les cachots du ministère.

C’est toujours par un pur hasard
Qu’on échappe aux voies de misère
Ou pas.

C’est toujours par un pur hasard
Qu’on choit dans le fond du puisard.
« Ca c’est au jeu de l’oie, ma mère,
Au 31 » dit ma mémoire.
L’oie se fout bien de l’Alzheimer :
Elle a chopé la grippe aviaire
Hier au soir. Un pur hasard !


IL 170515

C’est toujours par un pur hasard
Qu’on fait un accroc au blazer,
Qu’on se déchire le falzar,
Qu’on marche où déféqua l’Azor
Et rate la première marche au bas d’l’escalator.

C’est toujours par un pur hasard
Que le prince épouse la bergère,
Que Blanche-Neige écoute la sorcière,
Que Cendrillon rentre trop tard
Perdant sa pantoufle de vair.

C’est toujours par un pur hasard
Qu’au jeu d’échecs on gagne ou perd :
Tu as tes chances contre Richard ;
Que faire face à Bobby Fischer ?

IL 170515 Bobby

C’est toujours par un pur hasard
Qu’on fiche à Smyrne le bazar,
Qu’on trouve l’issue du labyrinthe
Sans raison ni raisins ni sans isthme à Corinthe.

C’est toujours par un pur hasard…

Puisque tout est allé à Thouars
Ou à vau-l’eau sur la Vézère
C’est que les Parques se font vieilles,
C’est qu’elles ne font plus de merveilles :

Elles t’insultent – « Micheton ! » -,
Secouent leurs jupes, dansent des claquettes,
Moquent ta singularité.

Elles dévalent et rient de ton
Destin à l’écart des gisquettes,
De ta destinée-cécité.

IL 170515Giscard hmxZRW8mhs4ak

Elles te contre-pètent au nez,
Ces insolentes !

C’est toujours par un pur hasard
Que l’on est muté en Lozère,
Que le révérend dit « Bizarre »,
Que nul n’obtient ce qu’il désire,
A part un vieux méchant tracsir
Aux portes de son avenir.

Ce n’est jamais un pur hasard !

Non, c’est toujours très volontaire
Quand ma poésie dégénère
Et dégouline, délétère,
En joyeux vers de mirliton !
Ce sont des vers « à ma façon »,
Un poil diserts, un poil barbares,
Pondus derrière le zinc du bar
Dont je suis l’aimable patron.

Mon bistrot ? C’est « Le Pur hasard »
Tout près de la gare Saint-Lazare.
Sur la vitre on lit au-dehors
De quoi faire rire tous les morts :
« On accueille les fantômes at home. ».

Bienvenue dans Le Pur hasard !
Bienvenue aux ressuscité(e)s !

Ecrit pour les Impromptus littéraires du 15 mai 2017
d'après la consigne "Un pur hasard"

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14 mai 2017

TOUT ÇA POUR ÇA ?

170514 Dick

Dans l’espace intersidéral, aux commandes de son vaisseau d’exploration, le Jefferson Starship XXL, P.A. Ward était le plus heureux des hommes. Il y avait à cela, ce jour-là, trois raisons :

- il était de retour en direction de la Terre avec le sentiment du devoir accompli ;

- il avait réussi à mettre hors service, pour le voyage du retour, les deux androïdes bavards comme des pies qui l’accompagnaient dans cette mission. A l’aller leur concours de composition de limericks avait été insupportable mais il fallait bien composer avec William et Jack dans l’habitacle : ils étaient chargés de piloter le vaisseau tandis que lui, à bord du LEM, descendait explorer la surface de la planète bleue.

- Dormez, mes petits agneaux ! Rêvez bien de moutons électriques, amis androïdes !» leur avait-il déclaré en les plongeant dans une provisoire léthargie ;

- Le monde entier allait l’acclamer. Dans l’histoire de l’humanité Paul A. Ward serait enregistré comme l’homme-sauveur, l’astronaute qui avait découvert une autre Terre sur laquelle l’humanité accomplirait son second grand pas : celui de sa migration.

***

Car en 2111, sachez-le, braves gens, c’est la catastrophe pour la planète. A force d’élire des climato-sceptiques butés, des marchands de mensonges, des fabricants de fausses nouvelles, des constructeurs de murs en tout genre, à force de vouloir le tout en un eh bien il arrive que la banquise fonde, que les esclaves fuient, que les guerres fusent, que les murs se chopent un accent circonflexe sur le sommet du crâne et s’écroulent. Alors c’est la cata, c’est la faillite. Que peuvent les états ? Rien. Ils n’existent plus en 2111. C’est con, hein ? Oui, c’est conglomérats et compagnie. Si ce n’est pas gai, pagaie ! Rame, homme !

***

A priori, Art Payntor ne risquait pas d’être touché dans l’immédiat par cette crise. Oligarque multimilliardaire à la tête d’un empire médiatico-industriel, Promptostar S.A., il ne craignait rien sauf les tsunamis, les inondations et les explosions de centrales nucléaires. Intéressé depuis toujours par les étoiles, exactement comme tous les gens qui veulent briller un jour, il avait déjà effectué trois vols spatiaux autour de la Terre. Quand les états n’avaient plus eu les moyens d’envoyer qui que ce soit là-haut, il avait financé un programme secret d’exploration des abysses et de recherche d’une planète habitable dans laquelle se réfugier en cas de cataclysme ultime.

170514 espace arpenteur

***

Après être rentré dans l’atmosphère terrestre, Paul A. Ward rebrancha les deux androïdes. Aussitôt le concours de limericks stupides reprit de plus belle :

« Il faut que cela se fasse ! / On pousse ! On fait la grimace ! / L’orifice entre les fesses / Libère un truc nommé fèces. / Après, on tire la châsse ».

« Si tu veux séduire une gonzesse / Opère avec délicatesse ! / Choisis bien le moment propice / Pour lui offrir de la réglisse. / Ouais, pas mal, la sortie d’la messe ! ».

« Tous les jours, c’était la sauce ! / Elles étaient trempées, nos chausses ! / La bouillasse, la mélasse, / Nous avons fait volte-face : / On n’ira plus, en Ecosse ».

Paul serra les dents et les fesses et il entreprit de contacter Whitney sur le tarmac de Cap Carnarrival.

- Miss Rouston, nous sommes de retour ! Jefferson Starship XXL !


- On vous suit Paul. Votre trajectoire est bien celle que nous avions prévue. Nous serons là à la réception. Mais s’il vous plaît, faites taire ces deux androïdes !

***

En fait d’accueil triomphal P.A. Ward eut droit à l’évacuation de sa capsule au milieu d’un mauvais grain de noroît, à un voyage en bateau agité au cours duquel Jack et William eurent le mal de mer et vomirent et cela se conclut par un interrogatoire en bonne et due forme dans les locaux de son commanditaire, la Promptostar S.A.

- Bienvenue sur Terre, M. Ward. Je suis Yaddo Janik, le colonel chargé du programme d’explorations spatiales. Nous nous sommes vus lors de votre départ. Je suis accompagné de M. Joe Krapov, le chef de notre police. Et je ne vous présente pas M. Art Payntor que vous connaissez obligatoirement.

- Je suis ravi d’être de retour et de vous apporter de très bonnes nouvelles !» répondit Paul.


- Dites-nous, M. Ward ! Dites les nous ! Cette planète bleue… C’est de l’eau ? Ce sont des océans ?


- Non, c’est mieux que cela !


- Racontez-nous ça !


- La planète est cinq fois plus volumineuse que la Terre. Elle n’est pas vraiment ronde, juste un peu enveloppée et sphérique. Elle n’a aucun relief, elle est uniformément lisse ou presque. Un peu comme la surface d’une balle de golf ou d’un agrume. Elle est parfaitement habitable. L’atmosphère est similaire à la nôtre. Climat tempéré, non, pas tempéré, régulier : aucun vent, aucune précipitation, température constante.


- Mais alors, s’il n’y a pas d’océan et pas de pluie, il n’y a pas d’eau ?


- Il y a mieux que ça ! J’ai fait des prélèvements sous l’écorce. A cinquante centimètres sous la surface du sol on trouve une matière molle, comme pulpeuse, et quand la carotte arrive à ce niveau cela déclenche un phénomène de geyser.


- Il y a un liquide qui sort ? Quel est-il ? Vous l’avez analysé ?


- Mieux que ça ! J’en ai bu. C’est délicieux ! Un genre de curaçao mais avec la fraîcheur d’un jus de fruit glacé.


- Du curaçao ? Mais, que Potemkine me damne, c’est une boisson bleue !


- Oui, monsieur Krapov. C’est bleu. Tout ce qui se trouve sur cette planète est bleu.


- Diable ! répondit le chef de la police. Moi qui, en gros, n’aime que le rouge !

***

Quand l’interrogatoire fut terminé on ramena PA Ward dans sa chambre et les trois hommes restèrent dans la pièce. On pouvait lire sur leurs visages un air de gravité consternée.

- Evidemment, Joe, tu nous le mets au secret, ordonna Yaddo. Personne ne doit savoir que nous avons encore échoué.

- Pas de souci pour ça. Je connais un village où il sera bien traité à condition qu’il ne cherche pas à en sortir ou à parler.


- Qu’est-ce qui ne va pas dans ce programme ? demanda Art P. C’est la drogue qu’on leur fait prendre pour dilater le temps du voyage ? Huit ans quand même pour celui-ci ! Ce sont les androïdes d’accompagnement qui sont mal programmés ?


- Je ne comprends pas pourquoi ils délirent à ce point ! répondit Yaddo. Comment font-ils pour inventer des mondes aussi stupides qu’inexistants ? Et pourtant nous prenons soin de veiller à la variété des intervenants lorsque nous lançons la consigne de vol et mettons la fusée sur rampe de lancement. Les faire partir tous un dimanche n'est peut-être pas une bonne idée. C'est quand même le jour du Seigneur ?


- C'est un hasard. Bon archivez-moi ce dossier. Ce n’est jamais que le septième à revenir. Il en reste encore trois. Tout espoir n’est pas perdu. » conclut Art P. en quittant la pièce et son air soucieux.

***

Joe Krapov a archivé le dossier dans son coffre-fort. Sur la couverture on peut lire :
« Opération Dix petits nègres dans l’espace– Exploration n° 7 – Paul Averell Ward – Terre bleue comme une orange ».

***

Ce jour-là, de son côté, Augustin Dieu s’écria : « Ma plus belle création, avec des tas d’ouvertures, de possibilités de développement, de passage d’un monde à l’autre, de richesses à partager ! J’ai vu souvent des Mexicains, j’ai rarement vu des mecs si cons ! ».

Sur son blog il écrivit : « Quand ça veut pas, ça veut pas !». 


Ecrit pour les Impromptus littéraires du 8 mai 2017 d'après cette consigne 
: La Terre n'est pas ronde

Constitue une réponse en forme de prequel au texte de l'Arpenteur d'étoiles ! ;-)

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29 mars 2015

LOREILLE ET LARDU REFONT LE MONDE A LEUR SAUCE

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- Simplifier le millefeuille administratif ? Mais mon vieux Loreille, il n’y a rien de plus simple ! C’est du gâteau, ça !

- Ah oui ? Et comment que c’est-y que tu ferais, toi, Lardu ?

- Déjà il y a des tas de villes à rassembler dans une même communauté de communes.

- Une communauté religieuse ? Saint-Etienne, Saint-Denis, Saint-Nazaire et tout le Saint-Ouen… euh tintouin ? Sainte-Ménehould et Sainte Tréphine pour qu’on puisse vivre dans la paix des nonnes ? Lesquelles tu vois, toi ?

- La grande métropole de Paris-Brest ! Frangy –La Panne !

- T’es un drôle de pistolet, dis donc ! Un sacré moule à gaufres ! La Panne, c’est en Belgique !

- Sois pas gland, Loreille ! Putain, Putain, c’est vachement bien, on est quand même tous des Européens !

- Voilà un argumentaire bien cucul la praline ! Autant porter l’ONU aux nues ! Continue !

- Au niveau des départements, je préconise de fusionner la Vendée, pays des ventres à choux et l’Aragon-Castille, pays des glaces au citron et la vanille.

- C’est tout bénef ! C’est même tout profit’rock’n’roll ! Tu es vraiment à la pointe du progrès, j’en suis tout ébaubi ! Reprends !

- Regrouper Sablé-sur-sTarte et Romorantatin !
- Renversant !

- Saint-Florentin le Vieil et Saint-Honoré-les-Bains.

- Merveilleux !

- Pour faire la fête, rassemblons le mirliton de Pont-Audemer, le pastis landais et la tarte au Vintimille, marions la Tropézienne avec le Bavarois, la Charlotte avec l’Amandine, La Madeleine avec un Chinois.

- Dis-donc, ça va coûter bonbon, ton millefeuille !

- Il vaut mieux faire régner la concorde et faire chanter la colombe de Pâques plutôt que de casser les bugnes, foutre des beignets ou tirer les oreilles aux croquignoles. Tant que les Financiers détiendront la galette il y aura toujours des mendiants pour dire que l’égalité, c’est du flan.

- Franchement, est-ce qu’une réorganisation à base de calembours hâtifs, on ne trouvera pas ça, en calant, bourratif ?

- Toujours aussi sceptique, hein, Loreille ? Ca ne me pannetone pas de toi !

- Bref, quand tu as terminé, qui tu mets à la tête de ta pièce montée? Pépé le Moka ? Le chef de garnison du camp romain de Babaorum ? Toi ?

- Moi je suis un mec dans le genre de Pénélope. Je fais pâtisserie.

- Alors qui ?

- Un jésuite !

- Sacristain, va ! Pourquoi un jésuite ?

- Lui seul pourra nous dire pourquoi on écrit « un mille-feuille » sans « s » à « feuille » alors qu’il y en a un paquet et…

- et ?

- … et pourquoi « un casse-couilles » avec un « s » alors qu’il n’y en a que deux !

 

Ecrit pour les Impromptus littéraires du 23 mars 2015 à partir de cette consigne

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22 mars 2015

ALLEZ LES ROUGE ET NOIR ?

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L’escadron de gendarmerie sortit de l’estafette immatriculé 22 (ou pas). De toute façon, à des tas d’autres détails, on devinait que l’on était dans les Côtes d’Armor :

- les pumas piaillaient dans les choux fleurs ;
- Le chemin d’accès à la longère était encore boueux de la dernière ondée ;
- Tous les hommes de la brigade se prénommaient Erwan et leur épouse Nolwenn
- Il y avait à l’arrière du véhicule un autocollant « A l’aise Breizh » et un autre de la LPO (Ligue de Protection des Oiseaux) représentant un macareux acheté à la station ornithologique de L’Ile-grande (l’autocollant, pas le macareux)
- Le portail était d’époque. De l’époque à laquelle Madame Yvonne de Vieux-marché arpentait à vélo le Trégor pour en photographier les habitants.

Le brigadier Lorguilloux, couvert par ses hommes restés en retrait, arme au poing, prêts à tirer en cas de grabuge, s’approcha prudemment de la porte du vieux bâtiment. Il tira la chevillette. Un genre de bobinette dut choir à l’intérieur car il se trouva que la bergère du lieu, une dame à cheveux gris et au visage souriant vint lui ouvrir la porte.

- Bonjour madame. Est-ce que je pourrais voir Monsieur Erwan Ibrahimovic ?
- Bien sûr !

Elle se tourna vers l’intérieur de la fermette et appela, d’une voix de contr’alto surpuissante :

- ERWANNNNNN !

Dehors les gendarmes tagadatacticiens se Raidirent.

- Excusez-moi pour le volume, expliqua-telle. Mon mari est un peu sourd et il est encore en train d’écouter « Psychedelic pills » de Neil Young devant son ordi.
- Je vous en prie, Madame, répondit le brigadier qui se tourna vers ses hommes et leur fit signe de Rambo-remballer leur artillerie.

Un mec sans âge et sans cheveux blancs mais non dénué de pantoufles aux pieds ni de lunettes de vieil intello sur le nez descendit l’escalier et vint voir à quoi se rapportait l’intrusion auprès de sa compagne chérie de la marée chaussée de chaussettes à clous.

- Vous êtes bien Erwan Ibrahimovic ?
- Oui. C’est pour quoi ?
- C’est bien vous qui alimentez le site web « Lannion en délires » ?
- C’est-à-dire que…
- Etes-vous bien l’auteur de ce couplet-ci ? « Parigot tête de veau/ Avec des champignons / J’te cuis au brasero [3-0] / J’te soigne aux p’tits oignons
Quand on reçoit Lorient / Et son banc de merlus / On les fait en riant / Mijoter dans leur jus ».
- Ben…
- Et de celui-ci ? « La sardine marseillaise / C’est un plat de fauchés / Elle grille au-d’ssus des braises /On n’en fait qu’une bouchée
Dans l’chaudron d’Saint-Etienne / On va allumer l’feu / La moutarde à l’ancienne, / Les verts, ça pique un peu ».
- Ben oui. Il y a un problème ?
- Et comment ! Vous allez demander à Madame Nolwenn de faire votre valise. Nous vous arrêtons pour assassinat.
- Ma femme s’appelle Liliane et je range très bien mes affaires moi-même. Ca ne vous gêne pas que ce soit dans un vieux sac à dos rouge ?
- Je le savais, intervint Liliane, qu’à force d’écrire des conneries sur Internet, tu finirais par avoir des ennuis !

***

L’avocat commis d’office s’appelait de Buridant et lui aussi se prénommait Erwan.
- Ben dites donc, papy ! C’est du lourd ! déclara-t-il en posant son attaché-pataquès sur la table du parloir.
- Je ne comprends pas bien pourquoi ! répondit Ibrahimovic.
- Association de malfaiteurs, troubles à l’ordre public, incitation au hooliganisme, déviationnisme antinationaliste. Vous allez être un certain temps sans revoir le phare de Mean Ruz !
- Tout ça pour avoir ajouté deux couplets à la chanson du Stade Rennais Football Club « Galette saucisse je t’aime » ? « Galette saucisse je t’aime, j’en mangerais des kilos, dans toute l’Ille-et-Vilaine avec du lait ribot » ?

 

150321 095

- Depuis 2018 cette chanson est interdite, Monsieur, de même que toutes les confrontations locales. Intervilles, c’est fini ! Rendez l’antenne à Cognacq-Jay, Guy et Simone ! Tout le monde est aligné derrière les bleus maintenant !
- Vous savez, moi, le foot, je ne le suis même pas ! C’était par pure dérision que j’ai écrit ça. Un genre de caricature, en fait !
- Ne dites surtout pas ça à l’audience ! N’aggravez pas votre cas ! On n’est plus dans le consensus mou, Monsieur ! On est dans le mainstream gluant ! Quelles sont vos dernières volontés ?
- Je peux avoir du papier et un crayon ?
- Pour quoi faire ?
- Je voudrais écrire un couplet supplémentaire sur Guingamp et Toulouse.
- Indécrottable ! Je ne réponds plus de rien dans ce cas !
- Plus personne, maître ! Songez-y : si le monde est comme vous dites, alors ce sera mieux hier !


Ecrit pour les Impromptus littéraires du 16 mars 2015 à partir de cette consigne.

La photo en noir et blanc est de Cacoune


15 mars 2015

DES QUESTIONS DANS LE SILENCE

Je traverse la vie avec un drapeau blanc ;
Cela veut dire que je me rends
Je ne sais où.

Je n’agite aucun chiffon rouge,
Ne me mêle d’aucun de vos vieux différends.
Je ne suis rien.

Est-il encore de trop, pour vous,
Ce signe de croix à la portière ?

Le mot « trève »
N’est-il rien qu’un rêve ?

Le vœu de paix
Une utopie ?

Loin de tout respect
De la vie,
Tirerez-vous sur l’ambulance ?

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150314 A 056
Ecrit pour les Impromptus littéraires du 9 mars 2015 d'après la consigne "Drapeau blanc"

... et pas envoyé. Texte jugé trop réaliste, trop "tristoune" et image trouvée à la dernière minute à Trégastel (Cotes d'Armor).

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08 mars 2015

OVNI SOIT QUI MAL Y PENSE

C’est une très belle nuit du mois d’août 2012. Il n’est pas loin de 23 heures à Pleumeur-Bodou (Côtes d’Armor, est-il besoin de le préciser ?). Sur sa vieille bicyclette verte, Erwan Le Flohic revient du village de chalets de Stereden où il a rendu visite à son cousin parisien Erwan Cochard, « l’écrivain », venu passer là une semaine de vacances. C’est peu de dire que les cousins ont arrosé leurs retrouvailles ! Le chouchen a un peu coulé et ce serait faux de vouloir faire croire qu’Erwan roule droit sur la route du radome. « Le radome de la Médumse » comme l’appelle le cousin parisien qui a développé dans la capitale un sens de l’humour un peu particulier à base de jeux de mots laids et de calembours lourds.

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Peut-être bien qu’avec les bolées de cidre descendues auparavant, l’après-midi, en jouant aux cartes au café « Les Chardons » avec ses potes retraités, Erwan a dépassé la limite permise par la loi des 0,5 g d’alcool dans le sang. Mais bon, à cette heure-ci, les gendarmes doivent eux aussi taper le carton en rigolant à la brigade – car il est bien connu que les gendarmes rient dans la gendarmerie. De toute façon, il n’y a pas un chat et le vélo a de bons freins. Tout ce qu’Erwan Le Flohic risque c’est de sortir de la route et d’aller s’emplafonner sur un des mégalithes en résine synthétique de la menhir-parade. Le voilà d’ailleurs arrivé à l’endroit de l’exposition en plein air des menhirs « relookés » par des « artisses » du « qui l’eût » cru « qu’on pût inventer des trucs comme ça » comme aurait pu écrire son cousin Erwan qui aime bien coller des guillemets partout… parce que sa femme s’appelle Guillemette !

C’est avant d’arriver au village gaulois qu’Erwan a dû freiner comme un malade, qu’il est tombé de vélo et que sa roue s’est voilée. Au milieu de la route il y avait une soucoupe volante et quatre lézards géants assis sur des pliants autour d’une table de camping.

- A ! Dampred a vo lost ma hastalodenn, n'eo ket brao dond da evañ aperitifoù amañ ! s’est écrié Erwan ce qui veut dire à peu près, si on s’en remet au dictionnaire trégorrois-français d’Erwan Gaffiot, « Damnée soit la queue de ma casserole, en voilà de drôles de façons de prendre l’apéritif ! ».

Purée, la crise de délirium tremens ! Le pire c’est quand le père lézard, six mètres cinquante de hauteur, à branché l’interrupteur-traducteur de son scaphandre orange et a déclaré d’une voix métallique :

- Ah tu tombes bien toi, l’autochtone à bécane ! Viens donc ici répondre à deux ou trois questions, que l’on n’ait pas fait tous ces kilomètres pour rien !
- Oui ? a fait Erwan en ramassant et essuyant sa casquette de marin qui était tombée dans le freinage et dans une flaque d’huile de vidange. Que… que puis-je pour vous messieurs-dames ? Bon appétit d’abord !
- Merchi ! a dit la petite fille qui avait la bouche pleine de hamburger aux épinards et au ketchup.

Chez les Lézardriviens aussi, le ketchup va avec tout.

- Qu’est-ce qui vous a pris d’envoyer vos saloperies sur la comète « Femme Oie du couscous Tchouri » ? Vous trouvez malin de polluer la Tchouriviera ?
- Euh ? Qu’est-ce que vous dites ?
- Ca ne vous suffisait pas d’être allés déposer un drapeau moche sur the dark side of the Moon en 1969 ? Il a fallu que vous récidivassiez !
- Euh ? De quoi vous parlez ? Et en quelle langue ?
- Et c’est nouveau cette façon de dessiner sur nos tombes ?
- Euh ? Des tombes ? Il n’y en a pas ici !
- Evidemment, nous n’avons pas les mêmes rites funéraires ! Nous autres Lézardriviens sommes immortels mais nous avons quand même une certaine religiosité ! Sous ces grandes pierres dressées, nous avions coutume autrefois, avant la Grande Mue, d’enterrer nos queues. Et nous venons régulièrement, certaines nuits d’été, en pèlerinage à Carnac, commémorer cette époque ancestrale. Ce n’est pas pour que vous fassiez des dessins sur nos monuments !
- Carnac ? Là où il y a les alignements ?
- Forcément, hein ! dit Simone Guelou, la mère. Pas le Karnak en Egypte ! Les obélisques, ce n’est pas nous !
- Mais on n’est pas à Carnac, ici ! On est à Pleumeur-Bodou !
- Pleumeur-Bodou ? T’entends, Simone ? C’est où ça ? Vous voulez nous faire croire qu’on est en Afrique ou quoi ?
- Ben non, on est dans les Côtes d’Armor, en Bretagne, en France, sur la côte Nord. Carnac c’est sur la côte Sud.

Erwan Le Flohic s’étonnait de son élocution retrouvée. L’incident et sa chute de vélo l’avaient comme dessoulé. Les Lézardriviens, eux, d’un seul coup, hésitaient.

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- Notre GPS aurait eu tout faux ? supposa la maman. On aurait raté la bretelle de sortie après Auray ?
- Et ce ne sont pas de vrais menhirs ! précisa Erwan Le Flohic. Ce sont des blocs de résine peints par les artisses du cru ! D’ailleurs vous n’avez qu’à gratter et vous verrez.
- C’est vrai, papa, on voit bien que la Joconde est un faux. Elle n’est pas de Léonard.
- Elle serait plutôt de Johnny Bigouden ! dit le jeune lézard Erwan Guelou qui s’y connaissait plus que le GPS en géographie bretonne et en peinture de la Renaissance.

- Présente tes excuses au monsieur, Pierrot. Tu t’es mis en colère pour rien. Ce n’est visiblement pas lui qui a balancé le crabe mort sur Tchouri. Et il n’est pas responsable du fait qu’on s’est trompés de cimetière. Et que c’est en fait ici un musée en plein air.

- Pas question, Simone ! Je n’aime le « land art » ni sur la carte, ni sur le territoire et je n’apprécie pas plus que ça l’extension du domaine de la pollution. Remontez dans la soucoupe, les enfants, et toi, l’autochtone, estime-toi heureux qu’on ne t’embarque pas avec nous pour que tu viennes t’expliquer devant nos autorités. Allez, disparais, bipède à vélocipède ! Tiens, ramasse-le, ton crabe ! Allez, en soucoupe, Simone !

***

- Freinez, bon sang, Dugommier ! hurla le brigadier Erwan Lorguilloux au gendarme qui conduisait la voiture de patrouille. Qu’est-ce que c’est que ce gus sans lumière qui pousse son vélo au milieu de la route en zigzaguant ? Et c’est quoi l’appareil insensé qu’il traîne derrière lui ? Il est bon pour finir sa nuit au poste, celui-là !

Et c’est effectivement dans la cellule de dégrisement qu’Erwan Le Flohic termina cette nuit du 23 août 2012 où, comme il le raconta plus tard à son cousin Erwan Cochard, « il avait bel et bien rencontré des Martiens ». Une assertion que le brigadier Erwan Lorguilloux contesta toujours :

- 2,2 g d’alcoolémie ! Ce type était bourré plus que Jean-Claude lui-même, Dugommier ! A ce stade-là on peut bien voir des soucoupes volantes et des éléphants roses ! Dites-vous bien une chose, Dugommier, les OVNIs, moi je n’y crois pas !
- Pierre Dac a pourtant écrit « La meilleure preuve qu'il existe une forme d'intelligence extraterrestre est qu'elle n'a pas essayé de nous contacter. ». Ils peuvent avoir eu un moment de faiblesse : « A momentary lapse of reason » ?
- Taratata ! Les seuls petits hommes verts que je connaisse, c’est les Schtroumpfs et ils sont bleus !
- Mais quand même, la drôle de machine qu’il avait avec lui, le « crabe mort » ?
- Une pièce qu’il aura piquée au Musée des télécoms !

Dugommier restait sceptique, tout comme nos lecteurs à l’esprit plus affûté que le bison qui ont deviné qu’il s’agissait-là du robot Philaé. Qu’est-ce qu’il pouvait bien fiche à Pleumeur-Bodou en août 2012 ?

Ecrit pour les Impromptus littéraires du 2 mars 2015 à partir de cette consigne.

Il s'agit en fait de la version longue de la deuxième partie d'une nouvelle écrite pour un concours sur un thème très voisin, dont je reparlerai un jour.

01 mars 2015

UNE ENFANCE DE CASANOVA (MAIS IL S’AGIT DE JACQUES-HENRI)

Les rosières à la roseraie, rosissantes plus que de raison, séduisantes ou laiderons, tournaient en rond comme du liseron autour du réséda, oui-da, car c’était l’heure du laridé et l’on s’en faisait, du mouron, comme des idées l’abbé Mouret, à se voir aussi soupe au lait avec ses desiderata d’amoureuse peu pétaradante, à se demander, hésitante, s’il faut payer rubis sur l’oncle, pour la nièce niaise, une fois qu’elle s’est décidée à se dire « Demain j’oserai demander au grand échalas Nicolas qu’il me fasse la courte échelle, l’écarte-scrupules existentiels pour monter au septième ciel ».

Elles étaient jolies les Rennaises à l’époque du bassin à bateaux près de l’entrée Palestine du jardin du Thabor ! Bateliers bateleurs, nous nous bonimentions, nous promettions d’accaparer tous ces trésors ! Des Marius de treize ans rêvaient de Cléopâtre, des mariolles de seize ans se prenaient pour César avant que le temps ne les concasse et que l’âge ne nous les brise !

On se demandait, m’as-tu-vu mutiques : « Que matas-tu là, sur ton matelas, jeune matelot ? Est-ce Pétula ? Sous ton air matois de matou miteux, tu m’eus l’air ma foi, bien ambitieux de rêver matin à cette mutine tandis que montait depuis la cuisine le fumet tentant d’un bœuf miroton ! Non mais dis-donc, mon angelot, t’as vu la taille de ton javelot ? Dis, jeune os fait rature, as-tu vu ta littérature comme elle eut saisons et châteaux, oraisons et dents de râteau lorsque le vampire rendait l’eau devant ces gousses d’aïe aïe aïe brandissant le mot « épousailles » ? ».

Près du kiosque à musique, qu’est-ce qu’on s’amusait ! Juliette la boniche y pousse le landau moche dans lequel braille le mioche de la famille Binoche mais on n’est pas mirauds, on voit bien les képis, on voit bien les shakos qui coiffent la caboche des militaires cupides : ils convoitent nos biches et leur tournent autour sous l’œil plus ou moins torve des languides belles-doches que viennent piquer les mouches attirées par la morve du bébé qui chie dans sa couche. Face d’ange ! Fesse Fange ! Appel Change ! Nouveaux Langes ! Fais la bête ! Mais tu attendras, mon chameau, avant qu’elle soit à deux dos ! Mais tu attendras méchamment avant qu’elle te mène au dodo et tant pis si cela démange de façon lascive ou étrange !

 

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Dans la cabine de douche, rêvas-tu de sa bouche ? Entendis-tu son chant ou point quand tu te passas du shampooing ? La puberté t’abreuva tôt de tentations ! Près de la volière chinoise, tu regardais les dem-oiselles dont virevoltaient les dentelles. Ce n’était pas l’Enfer mais presque parmi ces oiseaux gigantesques aux proportions plus que dantesques.

Quand tu fais le ménage de tes méninges surnage l’image du manège, des jardins sous la neige, des statues dénudées dénuées de pudeur autour desquelles nous courions tirant nos luges comme au déluge loin des horloges des concierges. C’étaient des jeudis sans radis dans le paradis du rodage, bien avant le marivaudage, le rigodon et le volage, c’étaient des temps de rigolade, de petits entrains interlude, des temps heureux dont les auras ne nous seront jamais rendues par les Zorros arides qui sévissent aujourd’hui et nuisent à nos noces comme à nos nostalgies. Nos romances d’hier, quand nous étions Robin, sont plus belles, robots, que vos performances de demain ! And so long, Marianne !

Que Paris conserve sa messe et ses Français dévots de ville ! Le jardin du Thabor vaut bien pour ses variances, sa luxure, sa luxuriance celui du Luxembourg en matière de folies. Souvenez-vous, bergères ! Je n’y épargnai pas la force de mon âge. Et s’il se trouvait à refaire, même en chemin de fer, même dans l’Enfer, même à l’envers tout cet apprentissage demain dans les cordages, de seins dans les corsages, de sain dans les corps sages, de comblement de lacunes, ben j’y retournerais ! Et plutôt deux fois qu’une !

Ecrit pour les Impromptus littéraires du 23 février 2015 à partir de cette consigne.

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UNE BORDEE A BORDEAUX DU CAPITAINE KIRK ET DU SERGENT FLAM

IL 15 02 16 resto

- Toujours l’Epicurien préfère le vin au divin ! Pas vrai, sergent ?
- On aime le charmeur, le séducteur, le charnel, le charnu, celui qui de la cuisse, le pénétrant mais pas le phéniqué ni le communiquant !
- On préfère celui qui pinote à celui qui tapote au piano. Le fastueux rend voluptueux !
- Il y en a qui ont le nez boudeur mais nous on est des baroudeurs !
- On aime se frotter, d’aventure, à ceux qui ont de la carrure !
- Il y a des Bordelais qui sont un peu bourrus, c’est couru.
- Mais nous, les valeureux, on aime le chaleureux ! Quand on a bien arpenté on aime boire du bien charpenté !
- Le chenu ou le chétif, on y est carrément rétifs !
- On est dopés à l’enveloppé, le franc de goût nous donne du bagou !
- Mais nous avons trop tracé pour apprécier le vin racé.
- Et nous sommes trop sacripants pour nous épater de celui qui sait faire la queue de paon !
- Mais je converserais sans réserve avec un qui a de la réserve ! Hola, tavernier, que l’on serve ceux qui arrivent de conserve ! Que l’on nous verse du bon vin ! Volontiers, volontiers, nous ferons longue pause !
- On préfère forcément le capiteux au piteux ! L’abouti à l’abruti ! Pas vrai ‘pitaine ?
- Dites donc adjudant ! Qui vous permet ces privautés ? Je préfère que vous disiez « Mon capitaine » que « ‘pitaine ». Pour la peine vous boirez de la limonade avec votre pitance.
- Désolé, mon capitaine, ça m’a échappé. Mais je trouve votre vin-dicte sévère !
- De toute façon, la dernière fois qu’on est sortis d’ici, tous les deux, on s’est pris cinq jours de trou parce qu’on est rentrés à la caserne en braillant « Le pinard c’est de la vinasse, ça réchauffe là où ce que ça passe » ! Pitoyables, on s’était mis ! Alors moi aussi je vais boire de l’eau plate.
- Vous êtes sérieux, mon capitaine ?
- Mais non, Flam ! Inspiré par toutes ces bouteilles autour de nous, je vous chambrais !
- Ouf !
- Mais allez-y quand même moderato cantabile sur le Côte-de-Duras, hein !

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Ecrit pour les Impromptus littéraires du 16 -02-2015 à partir de cette consigne

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