25 janvier 2019

S COMME SERPENT, SERPENTE !

S’il est une chose que je regrette, concernant le château de S, c’est bien de n’avoir pas photographié la princesse Galitzine. Je devrais préciser : le portrait de la princesse Galitzine et de ses deux enfants, Marie-Thérèse et Emmanuel.

Il était accroché dans le hall, juste à l’entrée du salon vert, et les trois personnages au regard doux et sérieux nous observaient peut-être lorsque nous, indifférents à leur histoire, effectuions des recherches bibliographiques dans les volumes du National Union Catalog de la Library of Congress.

Aujourd’hui les recherches s’effectuent sur Internet et je peux vous dire que le tableau ne s’y trouve pas reproduit. J’ai même écrit à la Bibliothèque Nationale de France pour savoir si le tableau avait été rapatrié à Paris avec la collection Smith-Lesouëf au moment du déménagement sur le site Tolbiac. On m’a répondu que non, que ce tableau devait toujours se trouver à S.

Soit. Si c’est le cas, trouble-t-il encore quelque personnalité médiumnique comme Aziza O. qui nous avoua un jour, face à ce portrait, qu’elle entendait des voix ?

- Quelles voix, Aziza ?
- C’est une femme enfermée qui crie pour qu’on lui rende ses enfants.

J’en frissonne encore aujourd’hui. La jeune vacataire ignorait tout de l’histoire du lieu, du fait que la princesse avait logé ici et elle ne savait rien de ce que m’avait conté le relieur bavard du premier étage.

En 1864, le château de S. avait été racheté par la duchesse de Chevreuse. Son fils, le duc de Chaulnes, est resté célèbre dans l’histoire locale et nationale pour avoir été le mécène de Charles Cros à l’époque où le poète inventeur avait découvert la théorie de la photographie des couleurs et cherchait à passer aux travaux pratiques. Le duc l’avait rencontré à Paris et invité à venir séjourner à S. Il lui avait installé un laboratoire quelque part dans le château ou dans ses dépendances. Cros avait pris des clichés, réalisé des épreuves. Le but était de reproduire un jour le cartulaire de l’abbaye de S. qui se trouve pas loin. Dans ce coin du département de S., tous les noms de commune commencent par S. ! 

D 93 01 24

Ce que j’ignore par contre c’est la façon dont ce personnage à l’air falot est devenu l’époux de cette jolie princesse d’origine russe. Le sujet de la princesse est tabou dans la ville de S. Il semble que dans cette contrée-ci on couvre au-delà du raisonnable les failles des puissants. Nous sommes, encore aujourd’hui, dans un pays où il n’est pas de bon ton de dire du mal de « nos maîtres ».

Voici l’histoire, banale et triviale, comique et tragique à la fois. La jeune femme n’est, semble-t-il, pas restée insensible aux charmes du comte de Dion dont elle avait fait la connaissance. Ce monsieur est bien celui qui fabriqua par la suite les automobiles De Dion Bouton – oh les jolis phaétons ! -.

Y eut-il consommation de la liaison ? Y eut-il du coup adultère ? Il semble bien que oui puisqu’il y eut punition.

On vit en effet un jour, dans la ville de S., s’avancer une étrange procession. La jeune princesse russe, en chemise, les cheveux dénoués, pieds nus, traversa la ville jusqu’à la rivière pour faire amende honorable comme aux temps jadis : « Demande pardon, traînée, au pied de la croix, devant tous les bons chrétiens rassemblés !». La bigote duchesse avait très mal vu qu’on plaisantât avec les liens sacrés du mariage, qu’on cocufiât son fiston bien-aimé. Si l’on en croit la médium Aziza, on lui retira aussi ensuite, à la Sophie, la garde et l’éducation de ses enfants.

Tout ceci, bien évidemment, est sujet à caution. Il n’y avait pas à l’époque cette grande boîte à ragots et à vilenies – oui je sais, on dit « fake news » ou « infox » aujourd'hui - qu’est Internet et ces informations que je vous livre n’auraient jamais dû être libérées.

Mais que voulez-vous ? La princesse Galitzine est décédée en 1883 à l’âge de 25 ans. Moi je suis parti de S. en 1997. Depuis, mon imagination serpente.


Ecrit pour les Impromptus littéraires du 21 janvier 2019

d'après cette consigne : vie de château !

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25 décembre 2018

J'AI TUÉ LE PÈRE NOËL

- Accusé, levez-vous ! Déclinez vos nom et prénom !
- Jacky Varrod. Mais vous pouvez m'appeler J.
- Très bien, J. Dites-nous comment vous vous y êtes pris pour tuer le père Noël !
- De la même façon que pour les autres, p'tite tête !

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Écrit hors délais pour les Impromptus littéraires du 17 décembre 2018

à partir de cette consigne.

 

 

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17 décembre 2018

MOI AUSSI ON M'AZNAVOURA AUX GÉMONIES

De la cave qui se rebiffe
Au grenier qui se déballonne
Tout va mal dans cette maison !

181207 Nikon 073

Sans conversa-certa-tion, 
Sans concilia-vesti-bule,
Plus moyen de tenir salon !

Où est donc le bonheur-du-jour
Où nous rangions tout notre amour
Et nos recettes de cuisine ?

Il n’y a plus grand monde au balcon,
La chambre n’est plus horizon,
Autour de nous le monde gronde,

L’huissier chinois frappe à la porte !
Tu t’laisses aller, tu t’laisses aller !
Marianne, j’te l’dis, tu t’laisses aller !



Ecrit pour les Impromptus littéraires du 10 décembre 2018 d'après cette consigne

30 novembre 2018

APPRENDRE À TOUT ÂGE

Il y a deux ans et demi on m’a mis à la porte de l’école dans laquelle j’allais !

A ce qu’on m’a dit alors, j’étais trop vieux pour redoubler encore une fois. Déjà on m’avait exclu des cours et on me permettait seulement de passer mes journées à la bibliothèque avec des dames charmantes. Ça m’a d’ailleurs fait beaucoup de peine de devoir les quitter. C’était en février 2016.

Heureusement, le chemin de l’école, je n’ai pas tardé à le reprendre ! En septembre de la même année je me suis inscrit à un cursus intitulé « Poussage de bois en nombre impair ». C’est une U.F.R dans laquelle ils étaient sept et donc cherchaient un huitième pour jouer des parties d’échecs !

C’est un cours très sympa ! Il a lieu dans la cafétéria ! Les élèves sont tous des garçons. Il y avait, au début, Marc, Boris, Maurice, Daniel, Armel, Jacques, Jacques, Jacques et moi. Mais il y a deux Jacques qui sont partis ce qui fait qu’on est toujours sept !

Il n’y a pas de professeur pour donner des cours. On apprend comme on peut. Moi je suis le plus sérieux de la bande. Je suis allé rechercher dans mon grenier les bouquins que j’avais achetés il y a vingt ans et j’ai replongé le nez dedans. Je n’y comprends toujours rien tant c’est compliqué ! Je lis régulièrement à nouveau la revue Europe-échecs et surtout je regarde sur Youtube les vidéos du professeur Igor-Alexandre Nataf. Il est super sympathique et surtout très rigolo, lui ! Il vient de commenter le championnat du monde entre Carlsen et Caruana. Douze parties nulles qu’il a analysées en profondeur entre 1 heure et 3 heures du matin avec un chat sur les genoux ou un micro qu’il a oublié de brancher !

 Mes camarades de classe ne jouent que 1. e4 e5. Ça veut dire qu’ils avancent toujours le pion qui est devant le roi de deux cases avec les pièces blanches comme avec les noires. Moi je suis imbattable sur le gambit écossais même si je ne porte pas de kilt. Avec les noirs je leur joue de la défense sicilienne même si je ne suis pas maffieux mais je me heurte à des variantes non théoriques, fermées, des étaux de Maroczy, tout ça et depuis peu j’essaie de placer la défense scandinave portugaise. Je ne savais pas qu’il fallait connaître autant la géographie pour jouer aux échecs !

Ma copine dit que j’embête tout le monde avec cette scolarité-là à laquelle personne ne comprend rien. Heureusement pour elle je me suis inscrit à un autre cursus intitulé « M’A2R1 d’H2O douce et voix en do diverses ». En gros, il s’agit d’une chorale.

Là aussi je rigole bien. Déjà c’est mixte ! Il y a un violoniste, un accordéoniste et moi j’amène ma guitare et mes harmonicas. Tous les chanteurs s’appellent Alain, toutes les chanteuses se prénomment Françoise !

Ça m’a plu de reprendre le chemin de l’école. En plus c’est bien parce que je n’ai cours que le jeudi après-midi pour les échecs et le mardi matin tous les quinze jours pour la chorale. Les autres jours je suis en vacances ! Mais en fait je fais plein de devoirs à la maison : éducation ménagère, découpage, collage, ateliers d’écriture, cuisine... Parce que, voyez-vous, il faut songer sérieusement à l’avenir : à l’heure actuelle, je ne sais toujours pas ce que je vais faire quand je serai grand !

Ecrit pour les Impromptus littéraires du 26 novembre 2018 d'après cette consigne

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21 novembre 2018

POUR CONFORTER L'ONCLE WALRUS

J’ai vu le teaser de la saison 24 de « A la recherche du temps perdu » ! J’ai trouvé ça écotoxique ! 

Difficile de trier le bon grain de l’ivraie dans ce soap-opéra ! La multiplication des personnages qui s’apostrophent, se mettent la pression, s’écharpent ou au contraire se boujoutent, se poutounent, se doucinent ou carrément se catleyent entre deux bouffées de vapoteuse, toutes les taches aperçues sur le buvard des scénaristes nous laissent renifler qu’on ne verra pas encore le bout de l’histoire au terme de ces épisodes-là ! Ils se sont gardé l’option d’une saison 25 ! Ca doit leur rapporter, quelque part, à ces travailleurs détachés  en voie de boboïsation ! Enfin, c’est l’opinion que je me forge.

2018 11 21 Madeleine Proust

Mais s’ils croient que cette version en mapping video projetée sur la façade de l’église de la Sainte-Madeleine sera césarisée, voire oscarisée, ils se mettent le doigt dans l’œil jusqu’à l’omoplate ! On ne pouvait déjà pas se sentir bien dans son assiette après avoir ingurgité le teppanyaki de biscottes trempées dans le thé du frotteur prétentieux qui a pondu le pitch, alors cette déclinaison tire-à-la-ligne, alambiquée et quasi soaporifique, quand elle sera diffusée, moi je lui dirai niet ! Même pas en replay ! 

Et pour longtemps ! D’ailleurs, moi, dès ce soir, je me couche de bonne heure !

Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean d'après la consigne
des Impromptus littéraires du 19 11 2018
et d'après celle de Treize à la douzaine de novembre 2018


16 novembre 2018

HENRI L’ENCHANTEUR

- Quel chantier ! Mais quel chantier ! On ne vous apprend donc pas à ranger vos établis à l’école d’archi ?

- Mais enfin, Papa ! Nous ne sommes que deux sur le marché et je suis ton apprenti ! Mon école d’architecture, c’est toi !

C’est vrai. Il a raison, Augustin, mais son projet de fabriquer un homme d’un seul coup d’un seul en assemblant des viscères, des poils, des cartilages, des os, des ongles, des fils, des tuyaux et en y mettant de la flotte partout ça fiche un de ces souks dans notre atelier que je n’ai jamais vu ça auparavant !

IL 2018 05 12 Xenakis Freud

Bon, avec tout ça, vous ne savez même pas qui je suis ! Je me présente : je m’appelle Henri. Henri Dieu. Je suis le grand-père.

Dans la famille Dieu vous connaissez Dieu le père et Dieu le fils. Le grand-père c’est comme Madame Freud chez Françoise Xénakis, on l’oublie toujours !

C’est vrai aussi que je suis un vieux râleur et que je ne comprends rien à son « nouveau monde » dont Il se gargarise à longueur de journées. J’en ai créé autant que Lui des univers et je ne la ramène pas à tout bout de champ – ou de chant ! Je ne vois pas pourquoi Il attache autant d’importance à celui-là ni pourquoi Il est si pressé de donner naissance à l’Homme – avec un grand H, s’il vous plaît ! Mais pour qui ils se prennent, tous ces jeunots !

- Tu jetterais une poignée de pifises dans une bassine de flotte, ça irait tout aussi vite !

- Mais ça prendrait des millions d’années avant d’aboutir, Papa ! 

IL 2018 05 12 Pifises

- Et alors on a l’éternité devant nous, non ? La bonne vieille cellule toute simple avec son noyau, le hasard, la nécessité, la scissiparité, les précipités, les interactions, le secouage d’éprouvette et l’agitation des cristaux du kaléidoscope, le lancer de dés, je ne connais que ça. Faut pas sortir de Saint-Cyr, non plus, pour manier l’atome at home ! Regarde-moi le chantier que t’as étalé dans l’atelier pour assembler ton puzzle. L’Homme, avec un grand H ! A quoi ça rime, j’te d’mande un peu ! Et il va carburer à quoi ton bonhomme ? Au diesel ? A l’électrique ? Quoi ? Qu’est-ce que t’as dit ? Manger les fruits des arbres et chier des crottes par-derrière lui ? Mais c’est n’importe quoi, ce système ! Un truc de ouf ! Je te laisse sept jours pour finir cet univers-là et après du balai, fiston ! Si t’as pas terminé tu prends le statut d’autoentrepreneur ! Je sais qu’il faut bien que genèse se passe mais quand même, tu charries. Et d’abord qu’est-ce que t’as prévu pour la reproduction de ton modèle ?

- Rien. C’est immortel pour l’instant. Aucune obsolescence programmée.

- Rien ? Immortel ? Mais t’es fou, toi ! Attends j’ai un truc sympa qui traîne dans un de mes tiroirs. C’est pas compliqué, je vais t’expliquer !

Mais le temps que je cherche mon petit zinzin Il était déjà reparti assembler ses humérus, radius, et cubitus et autres gros mots en us.

***

Finalement Il a réussi à tenir les délais, l’enfoiré ! Il me l’a présenté son robonobo en meccano : un singe qui aurait aimé les livres s’Il avait pensé aussi à inventer l’imprimerie mais ce n’était pas encore l’heure et Augustin lui avait interdit d’en apprendre trop à son proto-type. Adam, qu’Il l’avait appelé, son bébé ! Tu parles d’un blase !

- T’as droit au Paradis sur Terre, aux RTT et à Koh Lanta sur toute la planète mais tu ne ramènes pas ta science toutes les cinq minutes, OK ? » qu’il a dit à son joujou. Le mec a pas moufté

Là-dessus Augustin a nettoyé l’atelier de fond en comble. Terminé le chantier ! Tout resplendit à nouveau. Je peux tirer des plans sur la comète en bricolant à l’ancienne. J’ai juste retrouvé une côte surnuméraire dans un coin. Comme je trouve toujours dommage de gâcher la marchandise je l’ai mise à tremper dans une bassine de pifises.

Et là d’un seul coup d’un seul, il s’est passé un truc miraculeux. Ca a moussé, moussé, moussé et le pendant féminin d’Adam est sorti de la flotte.

- Bonjour ! Je m’appelle Eve. Je suis la Femme ! a-t-elle dit, pas intimidée pour deux ronds.

Elle était très sympa. J’ai discuté le coup avec elle et je n’ai pas résisté au plaisir de faire une farce à Augustin. J’ai expliqué à la jeune femme le truc de la reproduction et le tabou de l’arbre de la connaissance. Ça l’a bien branchée. Je l’ai déposée sur la Terre, dans le nouveau monde, pas très loin de l’endroit où Adam traversait une rue pour aller tailler un bouleau et se fabriquer un hamac.

Je crois que je vais bien rigoler ! Normal ! Je suis Dieu le grand-père, Henri, le rigolo de la famille et, finalement, moi aussi j’aime bien foutre le chantier ! Surtout chez les autres !

 
Ecrit pour les Impromptus littéraires du 12 novembre 2018 d'après cette consigne

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09 novembre 2018

LA VIE EST UNE JUNGLE !

 

Il 2018 11 05 le singe qui aimait les livres

- Un singe qui lit ? Pourquoi pas un Jean-Claude qui lit, pendant que tu y es ? Je n’y crois pas une minute à tes faribonoboles, Jane ! Voilà encore un beau bonobobard de bonobobo d’aujourd’hui ! De la défèque news à tous les étages ! Et qu’est-ce qu’il lirait, ton singe qui aime les livres ? Du Pierre Macaque-Orlan ? Du Romain Gorille ? Le Livre de la jungle de Kipling ? Un singe en hiver ? Ouistitikend à Zuydcotte ? Le sapajournal de Jules Renard ?Les Chimpanzés de Pascal ? Parole de Tarzan, tu lis trop l’Echo des savanes, Jane !

- Ils lisent le code de la route de Jean-Jacques Rousseau !


- Le code de la route de Jean-Jacques Rousseau ! Mais c’est la fin de tout, Jane ! C’est l’apocalysse, Carpentier !


- Tiens regarde toi-même, il y a des extraits :

Code de la jungle complet


- Grotesque ! Simiesque ! Un code de la route ! Pourquoi pas une constitution et un code civil pendant qu’on y est ?! Pourquoi pas une planète rien que pour eux ?! Partis comme ils sont tu vas voir qu’ils vont nous inventer des taxes sur le gazole et des impôts sur les gazelles ! Tiens je préfère aller bosser du dos que d’en entendre davantage !

Tarzan descendit de l’arbre, monta dans sa Jaguar qu’il avait garée le long du trottoir. Il vérifia qu’il avait bien son coutelas attaché à son pagne. Il était d’humeur à descendre du singe mais il se retint. Il fit vrombir le moteur et partit en trombe car il ne fallait pas qu’il rate la liane de 8 h 47 à la gare.


Au loin les pumas piaillaient dans ses betteraves *.


* Merci à Edgar Rice Burroughs et à Pierre Vassiliu pour les personnages.


Ecrit pour les Impromptus littéraires du 5 novembre 2018
à partir de cette consigne

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02 novembre 2018

DUCROS QU’ENJAMBENT DES QUESTIONS DANS SA QUÊTE DE PETITES HERBES

A quoi sert qu’on se décarcasse ?
Y’en a qui en fichent pas une secousse
Et qui sont quand même pleins aux as !
Qui viendra à notre rescousse ?

A quoi sert qu’on se décarcasse
En allant pêcher la rascasse
Jusque dans la mer des Sargasses
Où elles sont tout sauf maousses ?
Faut voir ce que le mousse amasse
En faisant commerce de gousses
De vanille et de pataugas !

A quoi sert qu’on se décarcasse ?
Pas la peine d’en faire des caisses
Car à la fin tout déliquesce :
Isidore va à la ducasse,
Paulette Merval à la kermesse,
Le monde pédale dans le couscous
Sans se soucier vraiment des masses
Qu’on n’pige rien au pataquès
Et qu’on ne trouve plus rien cocasse !

Il 2018 10 29 Merkès Merval

 

A quoi sert qu’on se décarcasse
Si, laissant Rhodes en rade,
Le colosse, de guerre lasse,
Las des liesses de la place des Lices,
Lui aussi s’casse
Et si Picasso laisse
Non signées ses esquisses
Chez le fourreur de coups foireux
Qui vend des kilts d’Ecosse
Et des chapkas en sconse ?

A quoi sert qu’on se décarcasse
Puisqu’à la fin tout le monde oublie
Marcel Merkès,
Le groupe Kiss,
Raymond Cousse,
Le commandant Marcos,
Et même Patricia Kaas ?

Il 2018 10 29 Raymond Cousse

A quoi sert qu’on se décarcassonne
Si l’on n’a même plus Perpignan sur rue ?

A quoi sert qu’on se décarcassonade
S’il n’y a plus que crêpes de deuil
Pour mettre dessous ?

A quoi sert qu’on se décarcassonade
Si elle fond dans le yaourt où tu pédales ?


Ecrit pour les Impromptus littéraires du 29 octobre 2018

d'après cette consigne

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21 octobre 2018

LE COUREUR DES RUES

J’habite rue de l’Anecdotique. C’est une rue beaucoup plus tranquille que l’avenue des Célébrités qui mène tout droit, quoi qu’il advienne, au boulevard du Crépuscule.

Rue de l’Anecdotique, nous avons tous l’allure amène et vraisemblable des personnages de Sempé. Jean-Jacques Sempé, poète et dessinateur français, né le 17 août 1932 et toujours vivant, Dieu merci !

Je fais sans doute partie aussi des gens qui doutent, chers à Anne Sylvestre, chanteuse française dont je ne donnerai pas la date de naissance car on ne dit pas l’âge des dames, surtout quand elles sont grandes.


Ma singularité personnelle est que je suis photographe à mes heures perdues et j’en ai quelques-unes. Je fais partie de ces chasseurs-cueilleurs d’images qui courent les rues de toutes les villes où ils se rendent pour s’ébahir à leur retour de leur voyage. Ils se disent toujours « Qu’est-ce que c’était joli !» et en des temps antérieurs ils vous eussent volontiers invité.e à une super soirée diapos pour en discuter avec vous. Cela s’appelait, suivant le point de vue où l’on se plaçait, de la beauferie ou de la sociabilité.

Comme désormais plus personne ne fait cela, je me suis conformé aux pratiques de mes contemporains – « C’est dire si je contemple rien ! » comme dit le chanteur Renaud, né en 1952 et… passons, oui sa nécrologie est prête chez tous les bouffeurs de cadavres de la presse parisienne -. On est assez panurgiens dans la rue de l’Anecdotique et donc j’alimente désormais un blog photographique.


Il y a dans ce dispositif technique de publication et de partage en ligne quasi immédiat.e.s un petit objet très pratique qui s’appelle « tag », qu’on appelait jadis « mot-clé » ou « mot-matière ».


Il m’a permis de retrouver, dans mes plus de 18 000 images mises en ligne, un certain nombre de plaques de rues sympathiques.


Je vous les livre à la queue leu leu. Je les trouve jolis ou rigolos, ces noms de rues et certaines des photos m’ont bien fait rire, comme celle-ci, prise à Nantes, une ville où on a des lettres, de l’humour et une grande connaissance de la chanson française. Pas vrai, Mâam’ Tisseuse ? ;-)


Il 2018 10 14 Rue Corneille à Nantes


Square de Provence, rue Bichon, rue Rambaud, Cour des Grolles, Impasse des Gémeaux, rue Gabrielle, quai Job Forban, Pettit village, rue de l’Aimable Nanette, allée du Vétille, Venelles des Trois avocats, Rue de Penn-Ar-Pavé, rue de la Pomme, rue du Chêne vert, venelle des Pas perdus, rue des Etalons, rue des Bourges, rue des Taules, rue des Quatre pas, rue des Balais, rue d’Antrain, rue Derrière les murs, rue Fréhel, rue du Mollard, venelle au Chat, Passage de la Perfe, Rue Saint Thomas, rue Havin (dans cette rue on trouve un caviste qui a baptisé son commerce « Cave Havin), avenue Notre-Dame-des-passes, allée Velpeau, boulevard de la Duchesse Anne, passage des Douaniers, rue Tournefort, chemin de la Messe, chemin de Ker Babu, rue de Ker Doucet, rue des Homardiers, passage Mermet, rue Donnée, montée de la Grande côte, rue Marcel Bravo, venelle de l’Enfer, rue des Sentiers, rue Cagnard, rue Saint-Onneau, impasse de la Faucille, rue Notre-Dame-du-Sommeil, jardin aux fleurs, place Jeu de balle, square du Général le Brigant, rue Guillaume Cliton, rue du Pélicorne, rue de la Raillerie, quai de la Fesse (ces deux-là sont des plaisanteries de retoucheur stalinien !), rue du Trousse-corset (celle-là est véridique, elle se trouve à Villequier), rue Adolphe Moitié, rue du Gus Maffieux, rue de Pénéné, rue des Veaux, rue des Echasses, impasse du Tiroir, La ruette Mathurin, vallée de la Misère, chemin du Tire-jarret, impasse du Guic, rue Française, rue Baudet, rue Bizard, rue Saint-Somnole.

Comme vous le voyez, on s’amuse bien aussi dans la rue Anecdotique !

Si vous voulez ne pas rester à côté de la plaque mais vous positionner devant, c'est ici qu'il faut cliquer :

Mots et images de Joe Krapov

Joe Krapov partage ses images

 

Ecrit pour les Impromptus littéraires du 15 octobre 2018 à partir de cette consigne.

02 septembre 2018

LES "PAN SUR LA GUEULE DE BOIS" BATTENT SON PLEIN ?

Fête Dieu ! Pardon de Sainte-Anne !
Retour de noces ! Moisson faite !
Toutes les occasions sont bonnes
Quand on a battu la campagne
Pour lever le coude en Bretagne !

Les mam’ Goudig gardent les mômes
Quand tous les chemins mènent au rhum,
Au bistrot, au bar, au fest-noz :
Il faut bien soigner sa cirrhose !
Chacun sa foi, son foie, sa fête !

Passé minuit Denez est rond
D’avoir abusé du litron
Entre scottish et laridé,
De chouchen, de bière, de cidre
Et de vin rouge mélangés !

Passé minuit Yann est bourré
De fil-en-six et de remords !
De n’avoir pas su s’arrêter
Le voilà sur le bas-côté
A la limite d’Ivre-mort !

Passé minuit Yann-Fanch est plein !
Il a le regard plus livide
Que son verre qu’il a beaucoup plaint
Et larividé et remplinn
Tant il a sifflé de chopines !

Quand la fête a battu son plein
Que le bruit peu à peu s’éteint
Les Mam’ Goudig poussent la brouette
Vers le domicile conjugal
Pour un retour à la normale.

 

Il 2018 09 02 Mam Goudig fresque

Pour soigner la gueule de bois
Un seul remède en Finistère :
Le rouleau à pâtisserie !
Pan sur la tête du fêtard !
Les Mam’ Goudig battent leur plein !

Et pour une fois, crénom de nom,
- Ma tête dût-elle rouler dans le son -
Pas besoin de tergiverser
Sur la nécessité ou non
D’une possible correction !

Ecrit pour les Impromptus littéraires du 27 août 2018 à partir de cette consigne

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