29 mars 2015

LOREILLE ET LARDU REFONT LE MONDE A LEUR SAUCE

IL 15 03 23 gâteau 97064293_o

- Simplifier le millefeuille administratif ? Mais mon vieux Loreille, il n’y a rien de plus simple ! C’est du gâteau, ça !

- Ah oui ? Et comment que c’est-y que tu ferais, toi, Lardu ?

- Déjà il y a des tas de villes à rassembler dans une même communauté de communes.

- Une communauté religieuse ? Saint-Etienne, Saint-Denis, Saint-Nazaire et tout le Saint-Ouen… euh tintouin ? Sainte-Ménehould et Sainte Tréphine pour qu’on puisse vivre dans la paix des nonnes ? Lesquelles tu vois, toi ?

- La grande métropole de Paris-Brest ! Frangy –La Panne !

- T’es un drôle de pistolet, dis donc ! Un sacré moule à gaufres ! La Panne, c’est en Belgique !

- Sois pas gland, Loreille ! Putain, Putain, c’est vachement bien, on est quand même tous des Européens !

- Voilà un argumentaire bien cucul la praline ! Autant porter l’ONU aux nues ! Continue !

- Au niveau des départements, je préconise de fusionner la Vendée, pays des ventres à choux et l’Aragon-Castille, pays des glaces au citron et la vanille.

- C’est tout bénef ! C’est même tout profit’rock’n’roll ! Tu es vraiment à la pointe du progrès, j’en suis tout ébaubi ! Reprends !

- Regrouper Sablé-sur-sTarte et Romorantatin !
- Renversant !

- Saint-Florentin le Vieil et Saint-Honoré-les-Bains.

- Merveilleux !

- Pour faire la fête, rassemblons le mirliton de Pont-Audemer, le pastis landais et la tarte au Vintimille, marions la Tropézienne avec le Bavarois, la Charlotte avec l’Amandine, La Madeleine avec un Chinois.

- Dis-donc, ça va coûter bonbon, ton millefeuille !

- Il vaut mieux faire régner la concorde et faire chanter la colombe de Pâques plutôt que de casser les bugnes, foutre des beignets ou tirer les oreilles aux croquignoles. Tant que les Financiers détiendront la galette il y aura toujours des mendiants pour dire que l’égalité, c’est du flan.

- Franchement, est-ce qu’une réorganisation à base de calembours hâtifs, on ne trouvera pas ça, en calant, bourratif ?

- Toujours aussi sceptique, hein, Loreille ? Ca ne me pannetone pas de toi !

- Bref, quand tu as terminé, qui tu mets à la tête de ta pièce montée? Pépé le Moka ? Le chef de garnison du camp romain de Babaorum ? Toi ?

- Moi je suis un mec dans le genre de Pénélope. Je fais pâtisserie.

- Alors qui ?

- Un jésuite !

- Sacristain, va ! Pourquoi un jésuite ?

- Lui seul pourra nous dire pourquoi on écrit « un mille-feuille » sans « s » à « feuille » alors qu’il y en a un paquet et…

- et ?

- … et pourquoi « un casse-couilles » avec un « s » alors qu’il n’y en a que deux !

 

Ecrit pour les Impromptus littéraires du 23 mars 2015 à partir de cette consigne

Posté par Joe Krapov à 20:29 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : ,


22 mars 2015

ALLEZ LES ROUGE ET NOIR ?

IL 15 03 16 Cacoune 020 - P1090322

L’escadron de gendarmerie sortit de l’estafette immatriculé 22 (ou pas). De toute façon, à des tas d’autres détails, on devinait que l’on était dans les Côtes d’Armor :

- les pumas piaillaient dans les choux fleurs ;
- Le chemin d’accès à la longère était encore boueux de la dernière ondée ;
- Tous les hommes de la brigade se prénommaient Erwan et leur épouse Nolwenn
- Il y avait à l’arrière du véhicule un autocollant « A l’aise Breizh » et un autre de la LPO (Ligue de Protection des Oiseaux) représentant un macareux acheté à la station ornithologique de L’Ile-grande (l’autocollant, pas le macareux)
- Le portail était d’époque. De l’époque à laquelle Madame Yvonne de Vieux-marché arpentait à vélo le Trégor pour en photographier les habitants.

Le brigadier Lorguilloux, couvert par ses hommes restés en retrait, arme au poing, prêts à tirer en cas de grabuge, s’approcha prudemment de la porte du vieux bâtiment. Il tira la chevillette. Un genre de bobinette dut choir à l’intérieur car il se trouva que la bergère du lieu, une dame à cheveux gris et au visage souriant vint lui ouvrir la porte.

- Bonjour madame. Est-ce que je pourrais voir Monsieur Erwan Ibrahimovic ?
- Bien sûr !

Elle se tourna vers l’intérieur de la fermette et appela, d’une voix de contr’alto surpuissante :

- ERWANNNNNN !

Dehors les gendarmes tagadatacticiens se Raidirent.

- Excusez-moi pour le volume, expliqua-telle. Mon mari est un peu sourd et il est encore en train d’écouter « Psychedelic pills » de Neil Young devant son ordi.
- Je vous en prie, Madame, répondit le brigadier qui se tourna vers ses hommes et leur fit signe de Rambo-remballer leur artillerie.

Un mec sans âge et sans cheveux blancs mais non dénué de pantoufles aux pieds ni de lunettes de vieil intello sur le nez descendit l’escalier et vint voir à quoi se rapportait l’intrusion auprès de sa compagne chérie de la marée chaussée de chaussettes à clous.

- Vous êtes bien Erwan Ibrahimovic ?
- Oui. C’est pour quoi ?
- C’est bien vous qui alimentez le site web « Lannion en délires » ?
- C’est-à-dire que…
- Etes-vous bien l’auteur de ce couplet-ci ? « Parigot tête de veau/ Avec des champignons / J’te cuis au brasero [3-0] / J’te soigne aux p’tits oignons
Quand on reçoit Lorient / Et son banc de merlus / On les fait en riant / Mijoter dans leur jus ».
- Ben…
- Et de celui-ci ? « La sardine marseillaise / C’est un plat de fauchés / Elle grille au-d’ssus des braises /On n’en fait qu’une bouchée
Dans l’chaudron d’Saint-Etienne / On va allumer l’feu / La moutarde à l’ancienne, / Les verts, ça pique un peu ».
- Ben oui. Il y a un problème ?
- Et comment ! Vous allez demander à Madame Nolwenn de faire votre valise. Nous vous arrêtons pour assassinat.
- Ma femme s’appelle Liliane et je range très bien mes affaires moi-même. Ca ne vous gêne pas que ce soit dans un vieux sac à dos rouge ?
- Je le savais, intervint Liliane, qu’à force d’écrire des conneries sur Internet, tu finirais par avoir des ennuis !

***

L’avocat commis d’office s’appelait de Buridant et lui aussi se prénommait Erwan.
- Ben dites donc, papy ! C’est du lourd ! déclara-t-il en posant son attaché-pataquès sur la table du parloir.
- Je ne comprends pas bien pourquoi ! répondit Ibrahimovic.
- Association de malfaiteurs, troubles à l’ordre public, incitation au hooliganisme, déviationnisme antinationaliste. Vous allez être un certain temps sans revoir le phare de Mean Ruz !
- Tout ça pour avoir ajouté deux couplets à la chanson du Stade Rennais Football Club « Galette saucisse je t’aime » ? « Galette saucisse je t’aime, j’en mangerais des kilos, dans toute l’Ille-et-Vilaine avec du lait ribot » ?

 

150321 095

- Depuis 2018 cette chanson est interdite, Monsieur, de même que toutes les confrontations locales. Intervilles, c’est fini ! Rendez l’antenne à Cognacq-Jay, Guy et Simone ! Tout le monde est aligné derrière les bleus maintenant !
- Vous savez, moi, le foot, je ne le suis même pas ! C’était par pure dérision que j’ai écrit ça. Un genre de caricature, en fait !
- Ne dites surtout pas ça à l’audience ! N’aggravez pas votre cas ! On n’est plus dans le consensus mou, Monsieur ! On est dans le mainstream gluant ! Quelles sont vos dernières volontés ?
- Je peux avoir du papier et un crayon ?
- Pour quoi faire ?
- Je voudrais écrire un couplet supplémentaire sur Guingamp et Toulouse.
- Indécrottable ! Je ne réponds plus de rien dans ce cas !
- Plus personne, maître ! Songez-y : si le monde est comme vous dites, alors ce sera mieux hier !


Ecrit pour les Impromptus littéraires du 16 mars 2015 à partir de cette consigne.

La photo en noir et blanc est de Cacoune

15 mars 2015

DES QUESTIONS DANS LE SILENCE

Je traverse la vie avec un drapeau blanc ;
Cela veut dire que je me rends
Je ne sais où.

Je n’agite aucun chiffon rouge,
Ne me mêle d’aucun de vos vieux différends.
Je ne suis rien.

Est-il encore de trop, pour vous,
Ce signe de croix à la portière ?

Le mot « trève »
N’est-il rien qu’un rêve ?

Le vœu de paix
Une utopie ?

Loin de tout respect
De la vie,
Tirerez-vous sur l’ambulance ?

150314 A 055

150314 A 056
Ecrit pour les Impromptus littéraires du 9 mars 2015 d'après la consigne "Drapeau blanc"

... et pas envoyé. Texte jugé trop réaliste, trop "tristoune" et image trouvée à la dernière minute à Trégastel (Cotes d'Armor).

Posté par Joe Krapov à 20:08 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

08 mars 2015

OVNI SOIT QUI MAL Y PENSE

C’est une très belle nuit du mois d’août 2012. Il n’est pas loin de 23 heures à Pleumeur-Bodou (Côtes d’Armor, est-il besoin de le préciser ?). Sur sa vieille bicyclette verte, Erwan Le Flohic revient du village de chalets de Stereden où il a rendu visite à son cousin parisien Erwan Cochard, « l’écrivain », venu passer là une semaine de vacances. C’est peu de dire que les cousins ont arrosé leurs retrouvailles ! Le chouchen a un peu coulé et ce serait faux de vouloir faire croire qu’Erwan roule droit sur la route du radome. « Le radome de la Médumse » comme l’appelle le cousin parisien qui a développé dans la capitale un sens de l’humour un peu particulier à base de jeux de mots laids et de calembours lourds.

120823 087

Peut-être bien qu’avec les bolées de cidre descendues auparavant, l’après-midi, en jouant aux cartes au café « Les Chardons » avec ses potes retraités, Erwan a dépassé la limite permise par la loi des 0,5 g d’alcool dans le sang. Mais bon, à cette heure-ci, les gendarmes doivent eux aussi taper le carton en rigolant à la brigade – car il est bien connu que les gendarmes rient dans la gendarmerie. De toute façon, il n’y a pas un chat et le vélo a de bons freins. Tout ce qu’Erwan Le Flohic risque c’est de sortir de la route et d’aller s’emplafonner sur un des mégalithes en résine synthétique de la menhir-parade. Le voilà d’ailleurs arrivé à l’endroit de l’exposition en plein air des menhirs « relookés » par des « artisses » du « qui l’eût » cru « qu’on pût inventer des trucs comme ça » comme aurait pu écrire son cousin Erwan qui aime bien coller des guillemets partout… parce que sa femme s’appelle Guillemette !

C’est avant d’arriver au village gaulois qu’Erwan a dû freiner comme un malade, qu’il est tombé de vélo et que sa roue s’est voilée. Au milieu de la route il y avait une soucoupe volante et quatre lézards géants assis sur des pliants autour d’une table de camping.

- A ! Dampred a vo lost ma hastalodenn, n'eo ket brao dond da evañ aperitifoù amañ ! s’est écrié Erwan ce qui veut dire à peu près, si on s’en remet au dictionnaire trégorrois-français d’Erwan Gaffiot, « Damnée soit la queue de ma casserole, en voilà de drôles de façons de prendre l’apéritif ! ».

Purée, la crise de délirium tremens ! Le pire c’est quand le père lézard, six mètres cinquante de hauteur, à branché l’interrupteur-traducteur de son scaphandre orange et a déclaré d’une voix métallique :

- Ah tu tombes bien toi, l’autochtone à bécane ! Viens donc ici répondre à deux ou trois questions, que l’on n’ait pas fait tous ces kilomètres pour rien !
- Oui ? a fait Erwan en ramassant et essuyant sa casquette de marin qui était tombée dans le freinage et dans une flaque d’huile de vidange. Que… que puis-je pour vous messieurs-dames ? Bon appétit d’abord !
- Merchi ! a dit la petite fille qui avait la bouche pleine de hamburger aux épinards et au ketchup.

Chez les Lézardriviens aussi, le ketchup va avec tout.

- Qu’est-ce qui vous a pris d’envoyer vos saloperies sur la comète « Femme Oie du couscous Tchouri » ? Vous trouvez malin de polluer la Tchouriviera ?
- Euh ? Qu’est-ce que vous dites ?
- Ca ne vous suffisait pas d’être allés déposer un drapeau moche sur the dark side of the Moon en 1969 ? Il a fallu que vous récidivassiez !
- Euh ? De quoi vous parlez ? Et en quelle langue ?
- Et c’est nouveau cette façon de dessiner sur nos tombes ?
- Euh ? Des tombes ? Il n’y en a pas ici !
- Evidemment, nous n’avons pas les mêmes rites funéraires ! Nous autres Lézardriviens sommes immortels mais nous avons quand même une certaine religiosité ! Sous ces grandes pierres dressées, nous avions coutume autrefois, avant la Grande Mue, d’enterrer nos queues. Et nous venons régulièrement, certaines nuits d’été, en pèlerinage à Carnac, commémorer cette époque ancestrale. Ce n’est pas pour que vous fassiez des dessins sur nos monuments !
- Carnac ? Là où il y a les alignements ?
- Forcément, hein ! dit Simone Guelou, la mère. Pas le Karnak en Egypte ! Les obélisques, ce n’est pas nous !
- Mais on n’est pas à Carnac, ici ! On est à Pleumeur-Bodou !
- Pleumeur-Bodou ? T’entends, Simone ? C’est où ça ? Vous voulez nous faire croire qu’on est en Afrique ou quoi ?
- Ben non, on est dans les Côtes d’Armor, en Bretagne, en France, sur la côte Nord. Carnac c’est sur la côte Sud.

Erwan Le Flohic s’étonnait de son élocution retrouvée. L’incident et sa chute de vélo l’avaient comme dessoulé. Les Lézardriviens, eux, d’un seul coup, hésitaient.

120823 057

- Notre GPS aurait eu tout faux ? supposa la maman. On aurait raté la bretelle de sortie après Auray ?
- Et ce ne sont pas de vrais menhirs ! précisa Erwan Le Flohic. Ce sont des blocs de résine peints par les artisses du cru ! D’ailleurs vous n’avez qu’à gratter et vous verrez.
- C’est vrai, papa, on voit bien que la Joconde est un faux. Elle n’est pas de Léonard.
- Elle serait plutôt de Johnny Bigouden ! dit le jeune lézard Erwan Guelou qui s’y connaissait plus que le GPS en géographie bretonne et en peinture de la Renaissance.

- Présente tes excuses au monsieur, Pierrot. Tu t’es mis en colère pour rien. Ce n’est visiblement pas lui qui a balancé le crabe mort sur Tchouri. Et il n’est pas responsable du fait qu’on s’est trompés de cimetière. Et que c’est en fait ici un musée en plein air.

- Pas question, Simone ! Je n’aime le « land art » ni sur la carte, ni sur le territoire et je n’apprécie pas plus que ça l’extension du domaine de la pollution. Remontez dans la soucoupe, les enfants, et toi, l’autochtone, estime-toi heureux qu’on ne t’embarque pas avec nous pour que tu viennes t’expliquer devant nos autorités. Allez, disparais, bipède à vélocipède ! Tiens, ramasse-le, ton crabe ! Allez, en soucoupe, Simone !

***

- Freinez, bon sang, Dugommier ! hurla le brigadier Erwan Lorguilloux au gendarme qui conduisait la voiture de patrouille. Qu’est-ce que c’est que ce gus sans lumière qui pousse son vélo au milieu de la route en zigzaguant ? Et c’est quoi l’appareil insensé qu’il traîne derrière lui ? Il est bon pour finir sa nuit au poste, celui-là !

Et c’est effectivement dans la cellule de dégrisement qu’Erwan Le Flohic termina cette nuit du 23 août 2012 où, comme il le raconta plus tard à son cousin Erwan Cochard, « il avait bel et bien rencontré des Martiens ». Une assertion que le brigadier Erwan Lorguilloux contesta toujours :

- 2,2 g d’alcoolémie ! Ce type était bourré plus que Jean-Claude lui-même, Dugommier ! A ce stade-là on peut bien voir des soucoupes volantes et des éléphants roses ! Dites-vous bien une chose, Dugommier, les OVNIs, moi je n’y crois pas !
- Pierre Dac a pourtant écrit « La meilleure preuve qu'il existe une forme d'intelligence extraterrestre est qu'elle n'a pas essayé de nous contacter. ». Ils peuvent avoir eu un moment de faiblesse : « A momentary lapse of reason » ?
- Taratata ! Les seuls petits hommes verts que je connaisse, c’est les Schtroumpfs et ils sont bleus !
- Mais quand même, la drôle de machine qu’il avait avec lui, le « crabe mort » ?
- Une pièce qu’il aura piquée au Musée des télécoms !

Dugommier restait sceptique, tout comme nos lecteurs à l’esprit plus affûté que le bison qui ont deviné qu’il s’agissait-là du robot Philaé. Qu’est-ce qu’il pouvait bien fiche à Pleumeur-Bodou en août 2012 ?

Ecrit pour les Impromptus littéraires du 2 mars 2015 à partir de cette consigne.

Il s'agit en fait de la version longue de la deuxième partie d'une nouvelle écrite pour un concours sur un thème très voisin, dont je reparlerai un jour.

01 mars 2015

UNE ENFANCE DE CASANOVA (MAIS IL S’AGIT DE JACQUES-HENRI)

Les rosières à la roseraie, rosissantes plus que de raison, séduisantes ou laiderons, tournaient en rond comme du liseron autour du réséda, oui-da, car c’était l’heure du laridé et l’on s’en faisait, du mouron, comme des idées l’abbé Mouret, à se voir aussi soupe au lait avec ses desiderata d’amoureuse peu pétaradante, à se demander, hésitante, s’il faut payer rubis sur l’oncle, pour la nièce niaise, une fois qu’elle s’est décidée à se dire « Demain j’oserai demander au grand échalas Nicolas qu’il me fasse la courte échelle, l’écarte-scrupules existentiels pour monter au septième ciel ».

Elles étaient jolies les Rennaises à l’époque du bassin à bateaux près de l’entrée Palestine du jardin du Thabor ! Bateliers bateleurs, nous nous bonimentions, nous promettions d’accaparer tous ces trésors ! Des Marius de treize ans rêvaient de Cléopâtre, des mariolles de seize ans se prenaient pour César avant que le temps ne les concasse et que l’âge ne nous les brise !

On se demandait, m’as-tu-vu mutiques : « Que matas-tu là, sur ton matelas, jeune matelot ? Est-ce Pétula ? Sous ton air matois de matou miteux, tu m’eus l’air ma foi, bien ambitieux de rêver matin à cette mutine tandis que montait depuis la cuisine le fumet tentant d’un bœuf miroton ! Non mais dis-donc, mon angelot, t’as vu la taille de ton javelot ? Dis, jeune os fait rature, as-tu vu ta littérature comme elle eut saisons et châteaux, oraisons et dents de râteau lorsque le vampire rendait l’eau devant ces gousses d’aïe aïe aïe brandissant le mot « épousailles » ? ».

Près du kiosque à musique, qu’est-ce qu’on s’amusait ! Juliette la boniche y pousse le landau moche dans lequel braille le mioche de la famille Binoche mais on n’est pas mirauds, on voit bien les képis, on voit bien les shakos qui coiffent la caboche des militaires cupides : ils convoitent nos biches et leur tournent autour sous l’œil plus ou moins torve des languides belles-doches que viennent piquer les mouches attirées par la morve du bébé qui chie dans sa couche. Face d’ange ! Fesse Fange ! Appel Change ! Nouveaux Langes ! Fais la bête ! Mais tu attendras, mon chameau, avant qu’elle soit à deux dos ! Mais tu attendras méchamment avant qu’elle te mène au dodo et tant pis si cela démange de façon lascive ou étrange !

 

IL 15 02 23 rennes_postcard_2

Dans la cabine de douche, rêvas-tu de sa bouche ? Entendis-tu son chant ou point quand tu te passas du shampooing ? La puberté t’abreuva tôt de tentations ! Près de la volière chinoise, tu regardais les dem-oiselles dont virevoltaient les dentelles. Ce n’était pas l’Enfer mais presque parmi ces oiseaux gigantesques aux proportions plus que dantesques.

Quand tu fais le ménage de tes méninges surnage l’image du manège, des jardins sous la neige, des statues dénudées dénuées de pudeur autour desquelles nous courions tirant nos luges comme au déluge loin des horloges des concierges. C’étaient des jeudis sans radis dans le paradis du rodage, bien avant le marivaudage, le rigodon et le volage, c’étaient des temps de rigolade, de petits entrains interlude, des temps heureux dont les auras ne nous seront jamais rendues par les Zorros arides qui sévissent aujourd’hui et nuisent à nos noces comme à nos nostalgies. Nos romances d’hier, quand nous étions Robin, sont plus belles, robots, que vos performances de demain ! And so long, Marianne !

Que Paris conserve sa messe et ses Français dévots de ville ! Le jardin du Thabor vaut bien pour ses variances, sa luxure, sa luxuriance celui du Luxembourg en matière de folies. Souvenez-vous, bergères ! Je n’y épargnai pas la force de mon âge. Et s’il se trouvait à refaire, même en chemin de fer, même dans l’Enfer, même à l’envers tout cet apprentissage demain dans les cordages, de seins dans les corsages, de sain dans les corps sages, de comblement de lacunes, ben j’y retournerais ! Et plutôt deux fois qu’une !

Ecrit pour les Impromptus littéraires du 23 février 2015 à partir de cette consigne.

Posté par Joe Krapov à 17:03 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,


UNE BORDEE A BORDEAUX DU CAPITAINE KIRK ET DU SERGENT FLAM

IL 15 02 16 resto

- Toujours l’Epicurien préfère le vin au divin ! Pas vrai, sergent ?
- On aime le charmeur, le séducteur, le charnel, le charnu, celui qui de la cuisse, le pénétrant mais pas le phéniqué ni le communiquant !
- On préfère celui qui pinote à celui qui tapote au piano. Le fastueux rend voluptueux !
- Il y en a qui ont le nez boudeur mais nous on est des baroudeurs !
- On aime se frotter, d’aventure, à ceux qui ont de la carrure !
- Il y a des Bordelais qui sont un peu bourrus, c’est couru.
- Mais nous, les valeureux, on aime le chaleureux ! Quand on a bien arpenté on aime boire du bien charpenté !
- Le chenu ou le chétif, on y est carrément rétifs !
- On est dopés à l’enveloppé, le franc de goût nous donne du bagou !
- Mais nous avons trop tracé pour apprécier le vin racé.
- Et nous sommes trop sacripants pour nous épater de celui qui sait faire la queue de paon !
- Mais je converserais sans réserve avec un qui a de la réserve ! Hola, tavernier, que l’on serve ceux qui arrivent de conserve ! Que l’on nous verse du bon vin ! Volontiers, volontiers, nous ferons longue pause !
- On préfère forcément le capiteux au piteux ! L’abouti à l’abruti ! Pas vrai ‘pitaine ?
- Dites donc adjudant ! Qui vous permet ces privautés ? Je préfère que vous disiez « Mon capitaine » que « ‘pitaine ». Pour la peine vous boirez de la limonade avec votre pitance.
- Désolé, mon capitaine, ça m’a échappé. Mais je trouve votre vin-dicte sévère !
- De toute façon, la dernière fois qu’on est sortis d’ici, tous les deux, on s’est pris cinq jours de trou parce qu’on est rentrés à la caserne en braillant « Le pinard c’est de la vinasse, ça réchauffe là où ce que ça passe » ! Pitoyables, on s’était mis ! Alors moi aussi je vais boire de l’eau plate.
- Vous êtes sérieux, mon capitaine ?
- Mais non, Flam ! Inspiré par toutes ces bouteilles autour de nous, je vous chambrais !
- Ouf !
- Mais allez-y quand même moderato cantabile sur le Côte-de-Duras, hein !

IL 150216 98232638

Ecrit pour les Impromptus littéraires du 16 -02-2015 à partir de cette consigne

Posté par Joe Krapov à 15:38 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : ,

15 février 2015

UNE INTERVIEW DE LOUIS DDDDEUX / par Stephen Barn

- Si on… si on mmm’avait dddit que je ne dedevais pas pâte pas tant ouvrir de paparenthèses, dedidigresser, enrerober, orner de ffffffioritures… Si seulement on me, on mmm’avait dit qu’il fallait des ffff, des frrreufreu, des phrases courtes, sujet veverbe comcomplément d’objet comcompréhensibles par le plus zin le plus zinzin… le plus humble de mes sujets !

- Oui ? Votre père, Charles le Chauve ne vous avait pas prévenu ?

- Si on me me l’avait dit que le le lllecteur actuel, l’internaunaute zazappeur, le sossollicité de tttoutes parts, l’hy, l’hyperactif hypppperconnnecté y y perd vite le fffffffffil d’une pensée, la mienne, qui prend toutout son temps et toutoute sa liberté pour exprimer son jjjus…

- Ni votre grand-père, Louis le Pieux ?

- Si on m’avait dit que 140 sisignes susuffisent ddddédésormais à ce crâne de piaf pour exprimer son sssssentiment en un gagazouillis sur Te Twitter… !

- Charlemagne pourtant, votre ancêtre, avait bien inventé l’école !

- Sa… Sasssa.. Sacré Charlemagne ! Si on me l’avait dit qu’une ppplanète entière se sassatisfait soudain d’un « non mais allô tttt’es où la ? » pour ressentir du bbbbien-être au niveau de son nombril, comme si les voies du bonheur, moins impépénétrables que celles du Seigneur, se trouvaient dans l’oreille gauche ou droite selon qu’on tient le volvolant ou qu’on fait autre chose en écoutant le téléffffphone portable ! Bref, si on m’avait dit que pour être lu et apprécié il fallait se limiter à 23 lignes pas plus, j’aurais suivi la règle et je me serais concentré sur l’essentiel ! Ouf ! Ca je l’ai bien dit !

- Et c’est quoi, l’essentiel, Majesté ?

- L’esse… L’essence…L’essentiel, c’est que l’Histoire bébe… bébé…bégaye !

- C’est vrai ! Louis Aragon le disait déjà : « Le temps d’apprendre à vivre, il est déjà…

- Tttt… ttreu… trotte…Trop tard ! On est en ligne 24 !

IL 150209 120108__002

 Ecrit pour les Impromptus littéraires du 9 février 2015 à partir de l'incipit "Si on m'avait dit que..."

Posté par Joe Krapov à 12:34 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

08 février 2015

DES CONVENANCES ET DECONVENUES / Nadine de Rich-Old

Où vont s’enchevêtrer
Nos corps repus de l’acte
Quand le désir est retombé, tout empêtré
En cataracte,
Lorsque l’on a redescendu,
Redévalé quasi,
Tout détendu,
Le raidillon du « Reviens-y » ?

Toute licence bue,
Tout l’autre consommé,
Ne perdons pas de vue
Ce comble présumé
Du mufle en ce domaine :
Il est plus qu’illicite, après avoir croqué dans le fruit du pommier,
De tourner son derrièr’, de dir’ : « Bonne nuit, Germaine »,
Et d’se mettre à ronfler le premier.

IL 150202 110529__740B

 

Ecrit pour les Impromptus littéraires du 2 février 2015. 
Il s'agissait d'un logorallye sur le thème "Jeux d'écriture" avec les mots : 
enchevêtrer - raidillon - cataracte - mufle - illicite

Posté par Joe Krapov à 09:05 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

CONQUÊTE MILITAIRE / par Théodore de Banlieue

- Pour que j’osasse, Madame, sur la toile de Jouy
Dessiner un chameau, une bête à deux dos,
C’était que, sans mentir, je fantasme pour deux !
Pour un peu, j’eusse été fou de vous, amoureux !
Les traits, tous azimuts, qu’à décochés Eros
M’ordonnaient d’honorer vos appas rebondis réjouis !

De s’exprimer ainsi, je vous l’avoue, c’est bête !
Ne soyez pas fâchée ! M’en voulez-vous, Yvette ? ".

IL 150202 090222_096

- Fantasmez, mon ami ! C’est moi qui ai la fève !
Mais n’en restez pas là ! Si je choisis le roi,
Tu peux, mauvais sujet, te rendre à Bourre Bourg-la-Reine :
Mon mari est parti vers ses propres fredaines.
Tu vas me ranimer, céans, comme il se doit,
Et ce cœur délaissé, et ce corps dont tu rêves !".

Alors, obéissant, pour qu’elle perdît la tête,
Il pointa hardiment son ogive sur Yvette.

Ecrit pour les Impromptus littéraires du 2 février 2015.
Il s'agissait d'un logorallye sur le thème Jeux d'écriture avec les mots :
Bourg-la-Reine chameau fantasme azimut ranimer

Posté par Joe Krapov à 09:02 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags :