09 novembre 2018

LA VIE EST UNE JUNGLE !

 

Il 2018 11 05 le singe qui aimait les livres

- Un singe qui lit ? Pourquoi pas un Jean-Claude qui lit, pendant que tu y es ? Je n’y crois pas une minute à tes faribonoboles, Jane ! Voilà encore un beau bonobobard de bonobobo d’aujourd’hui ! De la défèque news à tous les étages ! Et qu’est-ce qu’il lirait, ton singe qui aime les livres ? Du Pierre Macaque-Orlan ? Du Romain Gorille ? Le Livre de la jungle de Kipling ? Un singe en hiver ? Ouistitikend à Zuydcotte ? Le sapajournal de Jules Renard ?Les Chimpanzés de Pascal ? Parole de Tarzan, tu lis trop l’Echo des savanes, Jane !

- Ils lisent le code de la route de Jean-Jacques Rousseau !


- Le code de la route de Jean-Jacques Rousseau ! Mais c’est la fin de tout, Jane ! C’est l’apocalysse, Carpentier !


- Tiens regarde toi-même, il y a des extraits :

Code de la jungle complet


- Grotesque ! Simiesque ! Un code de la route ! Pourquoi pas une constitution et un code civil pendant qu’on y est ?! Pourquoi pas une planète rien que pour eux ?! Partis comme ils sont tu vas voir qu’ils vont nous inventer des taxes sur le gazole et des impôts sur les gazelles ! Tiens je préfère aller bosser du dos que d’en entendre davantage !

Tarzan descendit de l’arbre, monta dans sa Jaguar qu’il avait garée le long du trottoir. Il vérifia qu’il avait bien son coutelas attaché à son pagne. Il était d’humeur à descendre du singe mais il se retint. Il fit vrombir le moteur et partit en trombe car il ne fallait pas qu’il rate la liane de 8 h 47 à la gare.


Au loin les pumas piaillaient dans ses betteraves *.


* Merci à Edgar Rice Burroughs et à Pierre Vassiliu pour les personnages.


Ecrit pour les Impromptus littéraires du 5 novembre 2018
à partir de cette consigne

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02 novembre 2018

DUCROS QU’ENJAMBENT DES QUESTIONS DANS SA QUÊTE DE PETITES HERBES

A quoi sert qu’on se décarcasse ?
Y’en a qui en fichent pas une secousse
Et qui sont quand même pleins aux as !
Qui viendra à notre rescousse ?

A quoi sert qu’on se décarcasse
En allant pêcher la rascasse
Jusque dans la mer des Sargasses
Où elles sont tout sauf maousses ?
Faut voir ce que le mousse amasse
En faisant commerce de gousses
De vanille et de pataugas !

A quoi sert qu’on se décarcasse ?
Pas la peine d’en faire des caisses
Car à la fin tout déliquesce :
Isidore va à la ducasse,
Paulette Merval à la kermesse,
Le monde pédale dans le couscous
Sans se soucier vraiment des masses
Qu’on n’pige rien au pataquès
Et qu’on ne trouve plus rien cocasse !

Il 2018 10 29 Merkès Merval

 

A quoi sert qu’on se décarcasse
Si, laissant Rhodes en rade,
Le colosse, de guerre lasse,
Las des liesses de la place des Lices,
Lui aussi s’casse
Et si Picasso laisse
Non signées ses esquisses
Chez le fourreur de coups foireux
Qui vend des kilts d’Ecosse
Et des chapkas en sconse ?

A quoi sert qu’on se décarcasse
Puisqu’à la fin tout le monde oublie
Marcel Merkès,
Le groupe Kiss,
Raymond Cousse,
Le commandant Marcos,
Et même Patricia Kaas ?

Il 2018 10 29 Raymond Cousse

A quoi sert qu’on se décarcassonne
Si l’on n’a même plus Perpignan sur rue ?

A quoi sert qu’on se décarcassonade
S’il n’y a plus que crêpes de deuil
Pour mettre dessous ?

A quoi sert qu’on se décarcassonade
Si elle fond dans le yaourt où tu pédales ?


Ecrit pour les Impromptus littéraires du 29 octobre 2018

d'après cette consigne

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21 octobre 2018

LE COUREUR DES RUES

J’habite rue de l’Anecdotique. C’est une rue beaucoup plus tranquille que l’avenue des Célébrités qui mène tout droit, quoi qu’il advienne, au boulevard du Crépuscule.

Rue de l’Anecdotique, nous avons tous l’allure amène et vraisemblable des personnages de Sempé. Jean-Jacques Sempé, poète et dessinateur français, né le 17 août 1932 et toujours vivant, Dieu merci !

Je fais sans doute partie aussi des gens qui doutent, chers à Anne Sylvestre, chanteuse française dont je ne donnerai pas la date de naissance car on ne dit pas l’âge des dames, surtout quand elles sont grandes.


Ma singularité personnelle est que je suis photographe à mes heures perdues et j’en ai quelques-unes. Je fais partie de ces chasseurs-cueilleurs d’images qui courent les rues de toutes les villes où ils se rendent pour s’ébahir à leur retour de leur voyage. Ils se disent toujours « Qu’est-ce que c’était joli !» et en des temps antérieurs ils vous eussent volontiers invité.e à une super soirée diapos pour en discuter avec vous. Cela s’appelait, suivant le point de vue où l’on se plaçait, de la beauferie ou de la sociabilité.

Comme désormais plus personne ne fait cela, je me suis conformé aux pratiques de mes contemporains – « C’est dire si je contemple rien ! » comme dit le chanteur Renaud, né en 1952 et… passons, oui sa nécrologie est prête chez tous les bouffeurs de cadavres de la presse parisienne -. On est assez panurgiens dans la rue de l’Anecdotique et donc j’alimente désormais un blog photographique.


Il y a dans ce dispositif technique de publication et de partage en ligne quasi immédiat.e.s un petit objet très pratique qui s’appelle « tag », qu’on appelait jadis « mot-clé » ou « mot-matière ».


Il m’a permis de retrouver, dans mes plus de 18 000 images mises en ligne, un certain nombre de plaques de rues sympathiques.


Je vous les livre à la queue leu leu. Je les trouve jolis ou rigolos, ces noms de rues et certaines des photos m’ont bien fait rire, comme celle-ci, prise à Nantes, une ville où on a des lettres, de l’humour et une grande connaissance de la chanson française. Pas vrai, Mâam’ Tisseuse ? ;-)


Il 2018 10 14 Rue Corneille à Nantes


Square de Provence, rue Bichon, rue Rambaud, Cour des Grolles, Impasse des Gémeaux, rue Gabrielle, quai Job Forban, Pettit village, rue de l’Aimable Nanette, allée du Vétille, Venelles des Trois avocats, Rue de Penn-Ar-Pavé, rue de la Pomme, rue du Chêne vert, venelle des Pas perdus, rue des Etalons, rue des Bourges, rue des Taules, rue des Quatre pas, rue des Balais, rue d’Antrain, rue Derrière les murs, rue Fréhel, rue du Mollard, venelle au Chat, Passage de la Perfe, Rue Saint Thomas, rue Havin (dans cette rue on trouve un caviste qui a baptisé son commerce « Cave Havin), avenue Notre-Dame-des-passes, allée Velpeau, boulevard de la Duchesse Anne, passage des Douaniers, rue Tournefort, chemin de la Messe, chemin de Ker Babu, rue de Ker Doucet, rue des Homardiers, passage Mermet, rue Donnée, montée de la Grande côte, rue Marcel Bravo, venelle de l’Enfer, rue des Sentiers, rue Cagnard, rue Saint-Onneau, impasse de la Faucille, rue Notre-Dame-du-Sommeil, jardin aux fleurs, place Jeu de balle, square du Général le Brigant, rue Guillaume Cliton, rue du Pélicorne, rue de la Raillerie, quai de la Fesse (ces deux-là sont des plaisanteries de retoucheur stalinien !), rue du Trousse-corset (celle-là est véridique, elle se trouve à Villequier), rue Adolphe Moitié, rue du Gus Maffieux, rue de Pénéné, rue des Veaux, rue des Echasses, impasse du Tiroir, La ruette Mathurin, vallée de la Misère, chemin du Tire-jarret, impasse du Guic, rue Française, rue Baudet, rue Bizard, rue Saint-Somnole.

Comme vous le voyez, on s’amuse bien aussi dans la rue Anecdotique !

Si vous voulez ne pas rester à côté de la plaque mais vous positionner devant, c'est ici qu'il faut cliquer :

Mots et images de Joe Krapov

Joe Krapov partage ses images

 

Ecrit pour les Impromptus littéraires du 15 octobre 2018 à partir de cette consigne.

02 septembre 2018

LES "PAN SUR LA GUEULE DE BOIS" BATTENT SON PLEIN ?

Fête Dieu ! Pardon de Sainte-Anne !
Retour de noces ! Moisson faite !
Toutes les occasions sont bonnes
Quand on a battu la campagne
Pour lever le coude en Bretagne !

Les mam’ Goudig gardent les mômes
Quand tous les chemins mènent au rhum,
Au bistrot, au bar, au fest-noz :
Il faut bien soigner sa cirrhose !
Chacun sa foi, son foie, sa fête !

Passé minuit Denez est rond
D’avoir abusé du litron
Entre scottish et laridé,
De chouchen, de bière, de cidre
Et de vin rouge mélangés !

Passé minuit Yann est bourré
De fil-en-six et de remords !
De n’avoir pas su s’arrêter
Le voilà sur le bas-côté
A la limite d’Ivre-mort !

Passé minuit Yann-Fanch est plein !
Il a le regard plus livide
Que son verre qu’il a beaucoup plaint
Et larividé et remplinn
Tant il a sifflé de chopines !

Quand la fête a battu son plein
Que le bruit peu à peu s’éteint
Les Mam’ Goudig poussent la brouette
Vers le domicile conjugal
Pour un retour à la normale.

 

Il 2018 09 02 Mam Goudig fresque

Pour soigner la gueule de bois
Un seul remède en Finistère :
Le rouleau à pâtisserie !
Pan sur la tête du fêtard !
Les Mam’ Goudig battent leur plein !

Et pour une fois, crénom de nom,
- Ma tête dût-elle rouler dans le son -
Pas besoin de tergiverser
Sur la nécessité ou non
D’une possible correction !

Ecrit pour les Impromptus littéraires du 27 août 2018 à partir de cette consigne

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11 avril 2018

ALERTEZ LES BÉBÉS !

Alertez les bébés ! Qu’ils se préparent à déployer le drapeau de la colère ! Qu’ils se le disent : il n’y aura pas suffisamment de champagne pour tout le monde ! Et pas plus de caviar pour les autres !

Alertez les bébés ! Il faut qu’ils viennent au monde avec la rage en dedans, qu’ils se préparent à la croisade des enfants ! Qu’ils se prévoient un vieux bras de fer avec un univers pourri dans un no man’s land irradié !

Alertez les bébés ! C’est aujourd’hui, la crise ! La planète Terre est un boxon où l’ange et le salaud doivent se côtoyer, où les robots parlent de l’amour sans savoir ce que c’est et où trois tonnes de TNT font plus d’effet qu’une symphonie des droits de ‘homme.

Alertez les bébés ! Qu’ils gardent un œil sur la bagarre, qu’ils aient le courage de vivre, la fuite dans les idées ! Qu’ils se méfient de ces prophètes proclamant « Ce qui est dit doit être fait » et qui le font ! Qu’ils ne croient pas ceux qui promettent « Demain ça s’ra vachement mieux... surtout si je vous arrache les yeux !" !

Alertez les bébés ! Ils vont tous faire l’objet d’une fiche anthropométrique. Pour peu que les flics fassent de l’excès de zèle ils devront danser la java des chaussettes à clous dans la gueule, coincés entre deux gares, huit jours en Italie avant retour chez eux ! Bonjour le coup de blues ! Autant fumer tout de suite sa dernière cigarette !

Alertons les bébés ! Criez, priez, les bébés ! Pas question qu’en plus vous exprimiez votre vague à l’âme ! Avouer « Maman, j’ai peur ! » serait faire preuve d’un sérieux manque de classe. Si tu as un poil dans la main, Bébé Cadum, fais demi-tour ! Pars en arrière ! Chope la soupape, envole-toi sur les ailes du silence ! Commencer une phrase par « Je rêve… » sera bientôt illicite. Ça l’était déjà d’ailleurs à l’époque de Martin Luther King.

Alertez les bébés ! Moi aussi un beau jour je suis tombé du ciel et j’ai souvent lu sur le menu de ma vie : « Aujourd’hui : blues ». J’aurais bien voulu les aider, les bébés, car en théorie on est là pour ça mais j’suis qu’un grain de poussière, un conquérant de l’inutile, un petit gars du genre tête en l’air, un Buster K. de pacotille. Quand je vois mon portrait dans la glace, je n’ai qu’une seule envie c’est de retourner dans mon aéroplane blindé. Chaque soir, en entrant dans mon lit, j’entends résonner l’hymne aux paumés et je me dis : « Encore une journée de foutue !». 

Il 2018 04 09 Higelin aéroplane blindé

La Cie "Hop là !" interprète "Dans mon aéroplane blindé"

Alertez les bébés ! Le minimum que je puisse faire pour eux, c’est de les prévenir, les bébés : Jacques Higelin ne sera pas plus secourable que moi. Il vient de nous dire « adios ! ». Il ne sautera plus six pieds en l’air, tel un aviateur dans un ascenseur. Exit le captain Bloody Samouraï ! Crashé en beauté, le captain Dodécaphonique Dada ! Fin de la chanson !

Ah la la ! Quelle vie qu’cette vie ! Alertez les bébés ! Un autre fou chantant vient de nous quitter. Si vous voulez vivre agréablement, il ne faudra pas Trénet à le remplacer ! On a mis Jack in the box et on a mis la boîte sous terre. Ci-gît une star.

A plus d’un titre, merci pour tout, Monsieur Jacques !

Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le mardi 10 avril 2018

d'après la consigne ci-dessous

et publié chez les Impromptus littéraires du 9 avril 2018 où il fallait écrire

"à la manière de Jacques Higelin"


07 avril 2018

TOUT ÉBAUBI !

Le gars s’est approché de la jolie femme noire installée au bar et, d’emblée, il a commencé son numéro de rentre-dedans.

- T’sais qu’t’es mignonne à croquer, toi ? Si tu veux je peux te montrer mes pectoraux. Des vraies tablettes ! Je suis sûr que tu vas fondre dès que tu m’auras vu à poil ! Tu vas te liquéfier pour moi, ma petite fée du logis ! Je vais t’appeler « Ma saucière bien aimée » ! Mais j’ai oublié de me présenter : Jeannot Vazy. Je suis emballeur professionnel, je travaille chez Albal. Mais t’inquiète, avec moi c’est toujours carré. J’assure, je suis jamais à côté de la plaque. C’est bien simple je suis toujours fourré au septième ciel avec mes conquêtes. Ca te dit de toucher à ma braguette magique, poupée ? J’ai une heure devant moi.

La fille ne s’est pas démontée.

- Faut pas plaisanter avec la fée Chocolat ! a-t-elle déclaré en faisant apparaître le hashtag #jefrétilledunez suivi du plus commun #balancetoncoupdebaguettemagique.

Le dragueur de supermarché s’est senti tout drôle d’un seul coup dans son slip.

- Euh… Y’a quelque chose qui cloche, mon lapin ! a-t-il balbutié.

- Oui, je sais, c’est Pâques, a-t-elle répondu. Comme tu as l’air d’aimer le chocolat, je viens de te faire cadeau de deux petits œufs enveloppés dans du papier doré et d’un Finger de chez Cadbury. Ta copine va adorer ça ! Et si c’est ta femme, c’est encore mieux !

Elle s’est levée et elle est partie.

Faut pas plaisanter avec la fée Chocolat !

- Au revoir, Madame Lafée ! Bien le bonjour à Monsieur Lafée ! ai-je songé innocemment.

Ou alors, il faut attendre que ses oreilles soient hors de portée de votre voix. Encore n’est-ce pas garanti : il vient de me pousser deux oreilles de lapin sous mon chapeau ! 

180401 Nikon 037

Ecrit pour les Impromptus littéraires du 2 avril 2018 d'après cette consigne

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30 mars 2018

LA COMPLAINTE DU BOULEY ? : version sonore et imagée

Joe Krapov réalise les rêves ! (Bon, pas tous, quand même !)
La magicienne Emma rêvait d'entendre le poème publié ici hier lu par deux voix différentes
et soutenu par des musiques choisies. Voilà, c'est fait ! Ce fut un plaisir, chère Emma !
Cela m'a rappeleé les disques de Bernard Dimey et permis de fabriquer
un autre "enfant" avec ma compagne préférée !

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29 mars 2018

LA COMPLAINTE DU BOULEY ?

Quand j’étais marchand de quatre-saisons
J’avais, rue Lepic, ma vieille charrette
Et, le jour durant, criais à tue-tête
Aux vivantes qui passaient là
Pour vendre mes quatre saisons.

Quand j’étais marchand de quatre-saisons
Je vendais des hivers plus tranchants que des bibles
Et plus verts que le chou,
Des hivers à sonner le glas dans les campagnes,
Des rafales de vent à tocsingler les cloches
Et préférer faire fête au chaud.

Je criais :

Boules de neige ! Gants et cache-cols pour cours d’écoles ! Marrons glacés ! Qui n’a pas les marrons glacés ? Bâtons magiques pour étincelles de Noël ! Saint-Nicolas de pain d’épice ! Coquilles ! Crèches ! Sapins ! Guirlandes ! Au gui l’an neuf ! La bonne année ! Epiphanie ! Saint-Valentin l’amour au cœur ! Métro Glacière ! Filles du calvaire !
 

IL 2018 03 26 1355835247-Paris-Rue-Lepic

Quand j’étais marchand de quatre-saisons
Je proposais des printemps doux,
De la verdure à profusion,
De l’ancolie, du perce-neige,
Et des oublies, et du plaisir,
Du mimosa, du pont de mai, des œufs de Pâques.

Je criais :

Montées de sève ! Turgescence ! Qui n’a pas sa turgescence de printemps ? Boutons d’acné ! Demandez les rameaux du dimanche ! Lundi de Pentecôte ! Crocus, jonquilles ! Fruits de la passion ! Emois soudains ! Demandez l’émoi printanier, le seul l’unique ! Lapin de Pâques ! Carpe diem à marier ! Métro La Muette, Chemin vert, Jasmin et Porte des Lilas !

Quand j’étais marchand des quatre-saisons
J’offrais des étés plus vibrants que tout,
Des joies de Provence, parfums de vacances,
Des fruits et légumes couleurs d’arc-en-ciel,
Des chaleurs, des moiteurs et des Mistrals gagnants
Ou des petits vents rares et frais.

Je criais :

Ciel d’été ! Bleu intense ! Fruits de mer ! Coquillages ! Plantage de tente ! Camping des Flots bleus ! Quart d’heure américain ! Qui n’a pas son quart d’heure américain ? Demandez mon « Vas-y Jeannot » ! Suivez-moi jeune homme ! Bonheur du jour ! Oublies, plaisir ! Chants de cigale ! Nationale 7 ! Pétards de 14 juillet ! Noces de canotier bis ! Opium du peuple du 15 août ! Sieste crapuleuse ! Randonnée pédestre ! Métro Bel air, Gaîté, Plaisance !

Quand j’étais marchand de quatre saisons
Je vendais de l’automne en cachette
Sous le manteau d’un vieux salace
- On jouait « Bijoux de famille » au cinéma d’en face ! » -
Et j’holdupais ma clientèle avec les promesses frelatées
Et les couleurs enjolivées d’un inestimable bordel.

Je susurrais :

Brouillards premier choix ! Brumes OK ! Rentrée des classes ! Cours de récré ! Doigts pleins d’encre d’enfant pas sage ! Turbulence ! Ambulance ! Hôpital silence ! Enterrement de feuille morte ! Châtaignes grillées ! Citrouilles pour carrosse ! Cornets de marrons chauds ! Buffet de chêne sombre ! Poires cuites ! Vieilles pommes ridées ! Dans la famille « Veillée au coin du feu », demandez la grand’mère ! Cimetière de Toussaint ! Chrysanthèmes ! Fruits pourris ! Plaisirs boueux ! Oublies, oublies, oublies des amours de vacances, de l’été, du plaisir ! Fleuves impassibles ! Eaux noires d’Europe ! Fils dénudés dans la forêt ! Fourmis épargnantes ! Ecureuils roux et fous ! Métro Château rouge. Métro c’est trop !

Le temps a passé.
Maintenant que j’ai réussi
Je rachète des hypermarchés.

Pour le bonheur des actionnaires
J’étrangle des vies paysannes.

Métro Commerce ?
Marcel Sembat mais pas tant que ça
Car j’ai oublié le plaisir.

Ô monde en pleine déraison !
Parfois j’ai la mélancolie
Des marchands de quatre-saisons
Et je regrette ma charrette
Et les cris de la rue Lepic.


Ecrit pour les Impromptus littéraires du 26 mars 2018
à partir de cette consigne

N.B. Le titre du texte est en référence aux personnages de la série "Fais pas ci, fais pas ça". Denis Bouley a dû exercer un certain nombre de petits métiers pour nourrir sa famille alors que chez son voisin Renaud Lepic, cadre dans la robinetterie, tout a toujours coulé de source.

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24 mars 2018

DOLLY 1925

Est-ce que c’était une bonne idée de prendre un taxi ? se demande Josette. En même temps Pascal était arrivé en retard de son conseil d’administration. Or on avait réservé une loge à l’opéra et les musiciens, cantatrices et ténors ne vous attendent pas pour commencer la représentation.

N’en déplaise à Monsieur Bienvenuë – de l’indulgence, Fulgence ! – un P.D.G. et son épouse n’ont pas à se mêler aux pue-la-sueur dans son métropolitain parisien ! Alors oui, un taxi. Mais ça lui prend la tête à Josette, cette indolence slave, ce flot roulant de jérémiades nostalgiques qu’ils vous déroulent maintenant, les cochers de fiacre moderne !

- A l’opéra, chauffeur ! ordonne Pascal d’un ton détaché.

- Opérrrra ! Trrrrès bien, opérrrra ! Chez nous trrrrès beaux opérrrras aussi ! Borrrris Godounov ! Moussorrrrgsy ! Prrrrince Igorrrr ! Borrrrodine ! Le coq d’orrrr ! RRRRimsky-Korrrrsakov ! Mais ici, Frrrrance, pourrrr pauvrrrre chauffeurrrr de taxi, opérrrra coûterrrr brrrras ! Quoi vous allerrrr voirrrr, ce soirrrr?

- Carmen, de Bizet.

- Trrrrès rrrréussi aussi ! Opérrrra prrrréférrrré Tchaïkovsky ! Jolie dame de pique, Carrrrmen ! Et Don José, trrrrès rrrrigolo ! Parrrrle moi de ma mèrrrreuh ! Quand moi avais château, chez nous, trrrrès sainte RRRRussie, moi rrrrecevoirrrr aussi beautés rrrresplendissantes comme Carrrrmencita ! Tisseuse de Beaurrrregarrrrd, Mapie Maporrrrovna, Lirrrra Pavlovna, Annick de Sainte Beuve ! Iosif ilarrrrionovitch oncle de Célestine de Beaurrrregarrrrd. Chez nous, autrrrrefois, mangerrrr caviarrrr à la louche ! Zakouski, pirrrrojki, vodka, vatrrrrouchka ! Rrrréceptions moi coûterrrr un brrrras ! Mais jamais crrrritiquerrrr nous ! Toujourrrrs arrrristocrrrratie trrrrès classe ! Prrrrince Tiniakovitch tenirrrr jambe à moi ! Coude à coude générrrral Stouf et astrrrronome Arrrrpikov se fendrrrre les côtes ! Mamée de Laville de Poussy prrrrendrrrre son pied danserrrr quadrrrrille bal à nous. Beaucoup arrrrtistes aussi : Marrrryline Dix-huit, Tomtom Krrrrouz, Emma Trrrriochka, Jacou Krrrrokantovitch…Danseuse Gene M. avec ami Amérrrricain « Captain Vegas ». Magicien JCP toujourrrrs tirrrrerrrr verrrrs du nez ! Hélas, tout cela terrrrminé maintenant ! Pauvrrrre de nous ! Malheurrrr tombé dessus ! Nous prrrris jambes à nos cous ! Devoirrrr fuirrrr, laissé tout ça aux rrrrouges ! Epouvantable calamité ! Horrrrrrrribles bolcheviks ! Equipe brrrras cassés ! 

Il 2018 03 12 Le retour du comte krapov

- Il va nous casser les oreilles encore longtemps, ce cosaque ? demande Pascal à Josette.

- Mais nous avoirrrr tête surrrr épaules ! RRRReparrrrtirrrr forrrrce poignet ! Vie nouvelle en Frrrrance pas mal non plus ! Iosif aimerrrr conduirrrre auto RRRRenault dans Parrrris ! Et Marrrrina Bourrrrgeoizovna devenue danseuse légèrrrre Folies-Berrrrgèrrrres ! Jolies amies frrrrançaises ! Gaîtés parrrrisiennes ! Vive la Frrrrance ! Petit bleu ! Place Blanche ! Moulin rrrrouge ! Et dimanche guinguettes Nogent ! Petit vin blanc ! Tonnelle ! Dommage nous pas rrrretrrrrouve ici Marrrrité RRRRoumanoff pourrrr aiderrrr nous quand galèrrrres misèrrrre migrrrration. Coûterrrr brrrras à nous !

Josette a tiqué en entendant les deux derniers noms mentionnés. Ça lui a rappelé son temps d’avant à elle. Se pourrait-il que ce russe blanc, avec son air de titi parisien et sa dégaine de prolétaire lambda soit le fameux comte Krapov chez qui sa copine avait table ouverte quand l’une et l’autre étaient jeunes filles au pair chez la vieille Roumanoff ? Elle se souvient qu’elles lui chouravaient ses invitations pour aller parader dans le grand monde moscovite ! La Roumanoff, rigolaient-elles, on ne lui dit pas tout ! Qu’a-t-elle bien pu devenir, la Marité ? A-t-elle fait son chemin, elle aussi ? Mais elle n’a pas le temps de demander confirmation au chauffeur qui vient d’arrêter son véhicule devant le palais Garnier.

Pascal D. descend et tandis qu’il règle la course en pestant « Dites-donc, ça coûte un bras de prendre le taxi, maintenant, à Paris, espèce de roublard ! On va tous finir manchots empereurs, avec vous ! » elle sort un gros billet de son réticule et, une fois sortie du taxi, le glisse discrètement dans la main de l’ex-comte qui ne comprend rien ni au geste ni à ce qu’elle lui dit :

- C’est votre pourboire ! Je crois que ma jeunesse vous doit beaucoup de fous-rires, monsieur le comte Krapov ! ».

Le couple monte les marches de l’opéra et disparaît à l’intérieur. Pendant ce temps le chauffeur balbutie :

- Toi me connaîtrrrre ? Ca alorrrrs ! Brrrras à moi tomberrrr !


Ecrit pour les Impromptus littéraires du 19 mars 2018 d'après cette consigne


P.S. 1 Il s'agit du quatrième épisode d'un feuilleton démarré par Célestine et poursuivi par Marité puis moi-même sur le site des Impromptus littérairres. Marité vient de publier le cinquième épisode ici ! Gageons que ça ne s'arrêtera pas là !

P.S. 2 Le titre de cet épisode n° 3 est emprunté à cette chanson de Ricet Barrier et Bernard Lelou :

15 mars 2018

UN AN APRÈS

Ce récit fait suite à ces deux textes-ci :  Célestine - La Rumeur  et  Marité - Le Pied à l'étrier


Après les nombreuses chutes de neige et averses de grêlons, il regela à la Noël de cette année-là. Un vent de galerne  égrena les notes de sa lancinante soufflerie pendant une semaine. On se pela, on eut l’onglée, on jongla, on se calfeutra dans sa geôle près du poêle à bois puis la Saint-Sylvestre arriva, le temps s’adoucit et ce fut comme le règne retrouvé du soleil après l’orage.

Une fois sa calèche garée Marité Roumanoff s’engagea d’un pas léger et en même temps précautionneux dans l’allée qui menait au château des Krapov.

Cette fois-ci, Marité le devinait, il n’y aurait pas de fausse note côté luxe, calme et volupté : ce serait un vrai régal. Depuis un an, depuis le retour des Indes de leur nièce Célestine de Beauregard, les Krapov s’étaient remplumés de manière plus que large ! Et cela d’une façon on ne peut plus réglo et légale.

Il y avait eu d’abord cette histoire du tableau retrouvé dans la longère qui leur servait de datcha. Ils avaient entrepris de loger là pour l’été et c’est en farfouillant dans les combles que Marina Bourgeoizovna avait déniché cette nature morte aux poires et aux raisins.

Il 2018 03 12 Monet - Nature morte aux poires et aux raisins

- Qu’est-ce que c’est que cette croûte ? avait demandé Iosif Ilarionovitch.

- Je ne sais pas ! Elle était rangée là-haut. C’est mon paternel qui a acheté ce tableau à un peintre français qui mangeait du bœuf enragé au siècle dernier. On l’a cru longtemps égaré mais le revoilà. Peut-être que ça vaut quelque chose maintenant ? J’irai le faire expertiser à notre retour à Moscou.

- Les natures mortes, c’est très démonétisé, tu sais, Marina, maintenant qu’il y a la photographie !

Manque de bol ou plutôt chance pour le comte, il s’avéra que la toile était un Monet et que désormais on ne se moquait plus des Impressionnistes. Le tableau fut racheté immédiatement, réglé rubis sur l’ongle, vite fait bien fait, allegro vivace plutôt que largo, à un prix très élevé, par un marchand d’art qui s’empressa de le revendre le double en France.

Il 2018 03 12 chaussettes de Célestine

Avec l’argent ainsi gagné Marina Bourgeoizovna eut une intuition géniale. Un jour que Célestine de Beauregard exhibait, outre ses yeux bleu lagon et sa tignasse rousse, ses chaussettes de laine tricotées à la main par son arrière-grand-mère, la sorcière irlandaise Troussecotta, la comtesse conçut l’idée d’installer un peu partout dans l’empire de Russie du tsar Nicolas II des comptoirs irlandais. Et cette affaire d’importation de laines et tricots marcha à merveille. Le comte ne put que faire l’éloge de sa femme devant tous : « C’est elle qui nous a sortis de la galère, qui a allégé ma vie, qui m’a alourdi l’estomac ! Je suis bien content de l’avoir lorgnée au bal des débutantes et de l’avoir épousée. Maintenant je sais qu’elle m’enjolera encore longtemps, ma glaréole d’amour ! ».

Marité constata en entrant dans le salon de réception que la fête serait belle, qu’on n’avait pas rogné sur les frais. Pour cette Saint-Sylvestre toutes ces dames et ces messieurs s’étaient mis sur leur trente-et-un.

Tomtom la belle agnelle arborait une robe rouge tomate, Lira Pavlovna, Laura de Vanel-Coytte, Mapie Maporovna, Edmée de Laville de Poussy, la célèbre Mamée, tentaient de et réussissaient à l’égaler en prestance. Tisseuse et Célestine de Beauregard, les deux cousines, et Maryline Dix-huit, l’actrice de cinéma qui sortait de son succès dans « La Cerisaie », réclamaient déjà au buffet, d’une voix allègre, qui une rallonge de Saint-Julien, qui du rabiot de vinho verde, « Ah bon ? Y’en pas ? Alors un Muscadet, Nestor ! », qui « Encore un coup de gnole, min garchon ! ».

Dans l’arène de l’élégance ces messieurs n’étaient pas mal non plus. Côté allogène le capitaine cow-boy Vegas prenait toute la lumière. Il avait fini par épouser Gene M., la danseuse, et ne l’appelait plus que Germaine, un diminutif ( ?) français entendu dans la Sarthe et répandu en pays gallo.

On entendait le prince Tiniakovitch, redingote orange et bleu roi d’épaulettes, qui déclarait au baron de Loht et au général Stouf qui avait pris du galon : « Je galèje, les gars ! ». Ailleurs Andiamo demandait au comte Krapov : « Mais pourquoi toutes ces onagres sur les tables du banquet ? Toute la salle en est ornée ?». Ce à quoi le comte répondait : « C’est une fleur jaune, mon cher Rodolphe. Dans le jargon des couleurs, ça symbolise que j’ai eu une chance de cocu ! ». Tête allongée du Calabrais en train de se demander « Il est barjot ou quoi ce mec ? A côté de ses grolles, pour le moins !».

Ailleurs, dans un angle de la pièce, Stefan Stefanovitch Arpikov, le célèbre astronome racontait à Marina Bourgeoizovna des histoires d’étoiles filantes. L’espion JCP était là, lui aussi, à aller d’un groupe à l’autre, à glaner, d’humeur égale, des informations qui étaient autant de jalons de sa quête secrète, autant de raisons de nager en eaux troubles et de ronger son frein pour que tout ce wagon-là aille droit dans le mur !

Lorsque minuit sonna le comte Krapov réclama le silence. Il leva sa coupe de Champagne d’un geste large et déclara :

- Mesdames, Messieurs, mes chers ami.e.s, je lève mon verre à votre santé et je vous souhaite une excellente nouvelle année ! Que 1917 vous amène tous les changements que vous souhaitez et les bonheurs dont vous rêvez ! Vive la très sainte Russie ! Vivent le Tsar, le Tsarévitch et la Tsarine ! Et merci Monet, Monet, Monet !

Là-dessus l’orchestre des Bonnets M ouvrit le bal avec son tube du moment, un morceau intitulé « Raspoutine ».

Quel dommage, songea Marité Roumanoff, que Josette qui a fini par épouser son P.D.G., Pascal D., n’ait pas été là pour voir et entendre ça !

N.B. L’illustration n°2 est empruntée à Célestine Troussecotte.

Ecrit pour les Impromptus littéraires du 12 mars 2018 d'après cette consigne

Posté par Joe Krapov à 13:42 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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