22 février 2024

UNE ZAZIE NÉO-RÉALISTE

Jeu n° 91 de Filigrane - Métro

J'aurais tant aimé voir, naguère,
Des réclames pour Frigidaire
Au mur de la station Glacière !

J'aurais vraiment adoré suivre
Comme dans un livre
De cuisine
L'itinéraire d'une pomme de terre
De Parmentier à Porte (pommes ?) Dauphine !

Car le métro
C'est jamais trop
De fatrasie,
Oh que no !
Parole de Zazie !

J'eusse aimé compatir à la peine
De ces travailleurs sans gaîté
Que le métro charrie
De Charenton-école
A la Rue des Boulets
Pour qu'ils aillent au charbon,
- Métro boulot dodo ! -
Ternes héros du quotidien,
Vannés-Vaneau,
Filles du Calvaire,
Enfants de Puteaux,
A chacun sa Croix de Chavaux !

C’eût été un plaisir de voir
Le Cardinal Lemoine,
Les abbesses, Saint-Georges,
Notre-Dame-de-Lorette,
Toutes celles
Et tous ceux de la chapelle,
Les porteurs et porteuses de la Bonne Nouvelle,
Descendre prendre une rame à Rome
Et ressortir à la l(a)umière à Saint-Lazare !

J'aurais aimé dire "Merde !" à la station Cambronne,
Chanter du Renaud à Billancourt,
Danser le tango à Argentine,
Perdre connaissance à Félix Faure,
Attendre Jean-Marc Thibault à Robespierre,
Éprouver une peur bleue ou du blues à Danube,
Changer la pile du transistor à Alésia,
Aller de Chemin Vert à Château rouge
En évitant de passer par Blanche, Louis Blanc et Richard Lenoir,
Faire provision de fleurs à Couronnes
Pour aller les déposer au Père-Lachaise,
Monter à Jourdain dans un wagon
Plein de bourgeois et gentilshommes
Ou voir descendre une comtesse du XIXe siècle à Ségur,
Respirer du jasmin à Notre-Dame-des-Champs,
Louer la Gascogne à Cadet plutôt que parler de mes soucis
Et de ceux de Riquet à la Houppe,
Compter les gens au nez pointu qui ont l'air de planer à Concorde,
Attendre Mathilde à Madeleine
Et Louise Michel à Barbara,
Aller d’Edgar Quinet à Gabriel Péri,
De la Défense à Liberté,
Naviguer de Plaisance à la Pointe du lac,
Faire la noce Place des Fêtes
Ou à la Mairie des Lilas !

Mais le Paris des Olympiades
Est hors de portée de ma bourse
Et si ça se trouve,
Si j'y retourne,
Il y aura encore grève !

Non Bercy ! J'ai déjà donné !

J'aurais Bel-Air
A défiler de la Bastille à la Nation
Avec ma voix de Poissonnière !

Est-ce vraiment un bon slogan
Ce fichu « doukipudonktanlèrdutan » ?

Devrai-je à nouveau seriner,
Façon Petit Gibus dans la guerre des Mouton-Duvernet,
« Si Jaurès su Jaurès pas venu ! » ?

Non ! Tant pis ! Adieu Paris !

Je préfère
Emprunter à Aimé Césaire
Son cahier d'un retour au pays natal !

Car le métro
C'est vraiment trop
De fatrasie
Oh que oui !
Parole de Zazie !


Ecrit pour le jeu n° 91 de Filigrane à partir de cette consigne


15 décembre 2023

DÉCEMBRE OU LES 25 JOURS DE NOËL NOËL

- Allez Juliette, vas-y ! Lis-le moi, le conte de Noël que tu as écrit ! déclare le grand-père en souriant.

- Ça s’appelle « Extraits du journal intime du Père Noël, pages de décembre 2023 » !

- Je t'écoute !

Jeu 89 de Filigrane - 24 jours avant Noël

1er décembre : S'intéresser à la marche du monde c'est s'assurer une bonne déprime vespérale à la fin de sa journée de travail. Les Russes font toujours la guerre à l'Ukraine, Israël bombarde Gaza après le raid meurtrier d'octobre. Je ne sais vraiment pas si je vais descendre faire ma tournée cette année.

2 décembre : J'ai vraiment très envie de tester ce concept nouveau, la distribution de cadeaux buissonnière.

3 décembre : On n'imagine pas le nombre de mètres cubes de nos entrepôts ni le nombre de petites mains qui emballent les jouets pour les enfants du monde. J’ai suggéré aux lutins de se mettre en grève. Ils m'ont répondu : «  Ça va pas, la tête, patron ? ».

4 décembre : La mémoire est comme le dessus d'une cheminée plein de bibelots qu'il sied de ne pas casser mais qu'on ne voit plus. Nous en sommes à 101 féminicides pour 2023, rien qu’en France.

Jeu 89 de Filigrane - Trans5 décembre : Si un otage israélien « vaut » trois prisonniers palestiniens, combien faut-il de Belges pour un Américain sachant que les Belges n'ont rien de moins que les Américains et qu'ils auraient même plus en comptant qu'ils sont moins ? A force de surenchérir avec des problèmes de maths aussi compliqués tout le monde perd des places au classement PISA et la tour du même nom penche de plus en plus. J’ai fait un tour à l'écurie : les rennes piaffent, quasiment en transes ! C'est aussi le début des Trans (musicales) à Rennes.

marmite color6 décembre : "La démocratie est un mauvais système, mais elle est le moins mauvais de tous les systèmes" a dit Sir Winston Churchill. La preuve en est faite ces jours-ci : on n’élit plus que des anarcho-capitalistes à tronçonneuse, des péroreurs, des autocrates, des xénophobes et leur premier geste, cohérent par rapport à la citation, consiste à modifier la Constitution afin qu'ils puissent demeurer à vie au pouvoir. Moi je rends mon tablier. Je suis allé en parler aux cuisinières.

- Ça ne va pas fort, vous, patron, en ce moment ! m’ont-elles répondu. Vous savez qu'il faut manger pour vivre et même que c'est encore mieux de vivre pour manger ? Dieu merci on ignore la famine ici alors réjouissez, vous, c’est bientôt votre fête !

7 décembre : Le monde ne fait pas dans la guipure ni dans la dentelle : c’est un Iranien qui préside le Forum social des droits de l'homme de l'ONU et un marchand de pétrole qui est à la tête de la COP 28 chargée de mettre fin à l'usage des énergies fossiles pour préserver le climat. En France les présidents élus sont soit des généraux, soit des avocats, soit des banquiers. J'ai téléphoné à Dieu, Allah et Yahvé. Ils s'emmerdent dans leur coin, se sentent inutiles et déprimés eux aussi. Ils n'ont rien de programmé le 24 au soir.

8 décembre : Les riches vont en avion à l'autre bout du monde autant qu'ils veulent mais ils construisent des murs pour empêcher les pauvres de venir chez eux. J’’ai proposé aux lutins de laisser tomber le travail à la chaîne et de monter à la place une chorale de chants de Noël anticapitalistes.

- Toujours en déprime, patron ? Venez donc préparer des cadeaux avec nous ! Vous verrez on s'amuse bien à l'atelier !

Non. Pas vraiment emballé par l'idée.

 

9 décembre : J'ai prévenu Marie-Noëlle, mon épouse, que nous pourrions enfin, depuis le temps, nous offrir un petit réveillon en amoureux cette année.

- Comment ? Tu as la chance de ne travailler qu'un seul jour dans l'année et tu rechignes à la tâche ? Pourquoi ne pas manifester pour une retraite décente pendant que tu y es ? Ça ne va pas, la tête, Noël Noël ?

Quand elle est fâchée contre moi elle m'appelle de mon prénom suivi de mon nom. 

Jeu 89 de Filigrane - Bal tragique

10 décembre : Encore un bal tragique avec un mort à l'issue de la castagne entre bandes rivales. C'était quand même mieux avant à Colombey-les-deux-églises : il n'y avait pas de bagarre au moins. C'était moins la chienlit. Décidément rien ne va en ce moment. J’ai perdu ma première partie d'échecs de l'année : roqué trop tôt et eu peur de pousser c4 tout de suite dans un système de Londres avec Cc6.

11 décembre : Je suis allé traîner ma déprime au service des commandes. Je suis tombé sur Marie-Noëlle.

- Qu'est-ce que tu fais là ? ai-je demandé.

- Je fais tourner l'entreprise. Il faut bien ! Tu ne fiches plus rien ! Je reprends les choses en main.

- Tu vas faire la tournée toi-même, le 24 au soir ?

- Pourquoi pas ? Peut-être que la femme est l'avenir de l'homme, comme a dit le poète d' Hourra l'Oural ?

Je suis un être délicat je me suis abstenu de lui répondre par la citation d'un autre pseudo-poète qui a ajouté « et l'homme n'est l'avenir de rien ». Comme l'a demandé Gérard Larcher à Jean-Luc Mélenchon j'ai fermé ma gueule.

12 décembre : Non décidément je n'irai pas distribuer des cadeaux aux enfants de la Terre cette année. Trop d'assassins à tous les étages !

- Les minots n'y sont pour rien ! a commenté Marie-Noëlle.

- Et le harcèlement scolaire, tu en fais quoi ? Hitler et Mussolini aussi ont commencé petits !

- Sœur Teresa et sœur Emmanuelle aussi !

Je suis un être délicat. Je me suis abstenu de lui rappeler les gardiennes d'Auschwitz, Margaret Thatcher, la xénophobie de Georgia Meloni et de ses amies… Comme l'a demandé Georges Marchais à Jean-Pierre Elkabbach, je me suis tu.

13 décembre : Est-ce que ce n'était pas mieux "avent" quand ils n’avaient qu’un seul écran ? Est-ce que ça ne sera pas mieux « apprêt » quand les transhumanistes de Google seront venus à bout de cette foutue mortalité ?

Mon traîneau n'a rien répondu. Lequel de nous deux-il est en manque d’intelligence artificielle ? 

Jeu 89 de Filigrane - Triche

14 décembre : Bouddha n'est pas libre le 24 au soir. Il participe à un tournoi d'échecs avec les dieux de l'Olympe. Bonne chance à lui avec tous les soupçons de triche qui pèsent sur Héphaïstos et avec cet imbécile d'Hermès ! Ça va encore dégénérer en baston comme dans l'histoire de Renaut et Bertholet à Charleville-Mézières !

15 décembre : Dans l'atelier de fabrique des cristaux de neige je n'ai même pas réussi à leur dire qu'il n'y aurait pas de tournée cette année ni à leur parler du réchauffement climatique. Ils avaient poussé la sono à fond. Elle diffusait « All i want for Christmas is my two front teeth ». Je suis un être délicat : je n'aime pas les dentistes.

16 décembre : Dans la famille de mon épouse on appelait Tino Rossi Tony Sirop. J'ai décidé de zapper cette année les deux lignes où l'on dit « Mais avant de partir il faudra bien te couvrir ». J'ai quand même lavé, séché et repassé ma vieille houppelande rouge. Je suis un être délicat qui prend soin de ses vêtements et refuse de consommer plus qu'il ne faut.

17 décembre : A la maison en général c'est mon épouse qui bricole. Elle a réparé la hotte aspirante.

- Ça me donne des idées pour améliorer la distribution de cadeaux, a-t-elle dit.

Je suis un être délicat : je me suis abstenu de lui répondre « Vas-y cocotte ! Descends faire la tournée d'enfer dans ce monde infernal ! Prends le Highway to Hell ! 

Jeu 89 de Filigrane - Epéda

18 décembre : J'ai rendu visite à mes meilleurs amis, Dieu, Allah et Yahvé. Ils séjournent tous les trois aux Charmilles, un EHPPEDA de luxe (Etablissement Hospitalier Pour Personnes En Déprime Agggggravée). Ils s'ennuient, sont déçus comme moi de voir ce que les humains ont fait de leur discours de bonté, de partage et de tolérance. C'est dur d'être aimé et méprisé en même temps par des clowns sinistres.

- La seule chose qui nous fait encore rire, a dit Yahvé, c’est notre salutation du matin : « Comment vas-tu... yau de poêle et toi... le à matelas ? » !

- Je ne comprends pas ?

- Toi...le à matelas, Noël ! On est à l’EHPPEDA ! Multispire !

Ils regardent trop de publicités ancestrales dans cet établissement !

19 décembre : Encore un prof poignardé par un jeune malade mental au nom d'une religion. Je comprends que les dieux dépriment et se calembourrent le mou ! Et là-dessus moi je devrais aller distribuer des panoplies de GI Joe, des sabres laser et des jeux vidéos guerriers à des assassins en herbe ?

20 décembre : Le monde a perdu le nord. C'est pour ça que tous ces gens sont complètement à l'ouest.

21 décembre : Un représentant de Laponie Express S.A. est venu me proposer de faire livrer mes cadeaux par une escouade de cyclistes vêtus de noir circulant dans les rues à minuit sans lumière à leur vélo.

- Ça se fait beaucoup en ce moment, vous savez ! Vous n'avez pas besoin de salarier les livreurs, ils sont auto-entrepreneurs. Vous allez faire des gains de productivité énormes !

Je n'ai même pas pris le temps de lui expliquer qu'on faisait tout ça gratuitement ici. Je l'ai foutu dehors avec un bon coup de lattes dans l'arrière-train. Je suis un être délicat : je ne parle jamais de coup de pied dans le cul mais je déteste par-dessus tout les gens qui ne croient pas au Père Noël.

22 décembre : C'est la fièvre à l'écurie ! Les rennes sont tout excités à l'idée de revoir Notre-Dame de Paris sans sa flèche, New York sans ses tours jumelles, Beyrouth en ruine, Saint-François sans assises et Milan-San Remo. Les rennes ont un humour qu'on ne soupçonne pas. 

Jeu 89 de Filigrane - Chimie

23 décembre : L'Europe a prolongé de dix ans la permission d'utiliser du glyphosate et de faire rimer ce truc avec "cancer de la prostate". Je suis passé au service des commandes vérifier.

- Vous êtes bien sûrs qu’on ne livre plus de boîte du petit chimiste désormais ?

- Sûrs et certains, patron ! Mais ça tombe bien que vous passiez voir : on a un problème avec le petit Xi Jinpong : il a commandé un pangolin et une chauve-souris !

- En peluche ?

- Non, vivants !

24 décembre : Finalement Bouddha a laissé tomber le tournoi d'échecs et accepté mon invitation. Plutôt qu’une belote, on a fait un tarot à cinq. On s'est bien marrés jusqu'à ce que Dieu qui n'a fait que des gardes et les a toutes gagnées - trichait-il ? - me reproche de faire travailler ma femme pendant que je restais à la maison et ce à la veille d'un jour férié.

- C'est son choix, ai-je rétorqué, moi je voulais faire la grève totale cette année !

- C’est même son anchois ! a plaisanté Bouddha mais Dieu est resté imperturbable.

C'était la première fois de ma vie qu'on me traitait de maquereau et pour parfaire le tout il ne restait plus de vin blanc ! Comme ça a plombé l'ambiance ils ont remis leur manteau, ils sont rentrés chez eux et je me suis mis au lit : il n'était même pas minuit !

25 décembre :

Jeu 89 de Filigrane - Mère Noël- Alors comment ça s'est passé ?

- Très, très bien ! Je suis très contente de mon innovation !

- Tu as innové quoi ?

- J'ai distribué les cadeaux des garçons aux filles et les cadeaux destinés aux filles aux garçons !

- ???

- Ça ne sera pas pire qu'avant de toute façon !

Je suis un être délicat. Je ne le lui ai pas dit mais ma femme m'étonnera toujours et je crois que je l'aime de plus en plus avec le temps. Je ne le lui ai pas dit alors je le lui écris. Il faut juste que je pense à lui transmettre ma lettre, à la Mère Noël !

***

- Alors ? Qu'est-ce que tu en penses, Grand-père ?

- Époustouflant, ma petite Juliette ! Tu as un style, un style très particulier ! Tu écris très bien ! Continue, tu iras loin !

- Poisson de décembre, grand-père ! Je l'ai fait rédiger par ChatGPT, mon conte de Noël !

Jeu 89 de Filigrane - ChatGPT-intelligence-artificielle

 

Écrit pour le jeu 89 de Filigrane (La Licorne) à partir de cette consigne 

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17 novembre 2023

L’HEURE DU FLORILÈGE

Jeu 88 de Filigrane - fleursNB

Je ne suis pas ici pour raconter ma vie mais l’heure est peut-être venue de rassembler les fleurs que je sème à tous vents. Ce n’est pas que l’idée de disparaître ou celle de tout changer me taraudent. Tout changer, mon épouse s’en charge, tout le temps ! Disparaître, je n’y tiens pas, j’ai encore un puzzle plein de ciel à terminer et j’attends d’abord qu’il neige à Noël. Vous voyez, ça peut durer encore longtemps ! 

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C’est juste que j’ai éclaté de rire comme ce n’est pas permis, récemment, en relisant le classeur transparent. J’y ai retrouvé les textes que j’écrivais vers 2005 et alentours, après l’aventure de « Rennes en délires » et avant celle des ateliers d’écriture en ligne. J’allais les dire ou les chanter, à cette époque, au café-slam des Champs libres ou au 1er étage du café l’Amaryllis.

En voici deux qui croisent le grand Charles et qui sont bien contents de venir se poser sur la toile comme des insectes sur une fleur. Puissent-ils y butiner vos sourires !

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BLA BLA ATROCE

Souvent, pour abuser, les hommes d'équipage
Tiennent bla-blas atroces, aphtes oiseux, délétères,
Qui suivent, insolents compagnons de voyage,
Le sabir incessant des ondes nycthémères.

A peine les ont-ils tenus sur les radeaux,
Que ces rois de l' « Osons ! », bien droits et peu honteux,
Laissent éhontément leurs insanes propos
Comme des alluvions traîner à côté d'eux.

Ces blablateurs zélés, comme ils sont moches et veules !
Du langage si beau, qu'il est tragique et laid
L'usage qu’ils nous font, tous ces va-de-la-gueule
Qui nous miment en trois temps Bouvard et Pécuchet!

Le vent d’Ouest est semblable au souffle désuet
Qui promet la tempête et ne fait que passer,
Chantant le droit du sol au milieu des nuées :
Son zèle de béant l'empêche de penser.


RECUEILLEMENT CHEZ LE DENTISTE

Sois sage ô ma douleur et laiss’ fair’ le dentiste !
Pour soigner mon palais où règne la fournaise
Tu réclamais sa science : il ramène sa fraise !
Il s’en vient t’apaiser : fais confiance à l’artiste !

Pendant que des mortels la multitude triste
Sous le fouet du travail, ce bourreau sans merci
Va et souffre au-dehors, nous ici, à l’abri,
Dans le blanc cabinet de ce grand spécialiste

Nous allons mettre un terme à ton travail de sape.
Mais à bien regarder l’élève d’Esculape
Une frayeur me vient devant son attirail :

Sa tenaille est rouillée, son chalumeau pourri
Et l’homme a revêtu un vieux bleu de travail :
Entends, ma chère, entends le plombier qui sévit ! 



Ecrit - et recueilli - pour le jeu n° 88 de Filigrane d'après cette consigne

25 octobre 2023

OÙ YANG FU CONSOLA LI PO, OCCASIONNANT AINSI À SON PARCOURS UN TOURNANT IMPORTANT

Jeu 87 de Filigrane C

A Paris, au « Luco », grand jardin public où il y a un bassin, un palais, un guignol, moult badauds flânant, un pavillon Davioud, un jour qu’il faisait chaud, Mirza, grand danois, lâcha Nino, humain distrait qui chantonnait car composant : Nino fabriquait, pour son job, du 45 tours rock’n’roll ou soul music, un boulot fort harassant  ! L’inspiration lui arrivait surtout quand il baladait son mâtin.

Un instant plus tard, au Boul’Mich, Azor, chihuhua vif dont Li Po avait l’usufruit, tira sur son licol, calta au diable, disparut au loin, laissant là pantois son doux amphytrion. Navrant instant quand la distraction vous contraint au constat d’un abandon, d’un fiasco, d’un gâchis. Chagrin colossal ! Ô sanglots longs sans violons ! Yang Fu qui l’accompagnait la conduisit pour consolation dans un bistrot voisin.

Jeu 87 de FiligraneOn s’installa au fond du bar. Il fallut d’abord ouïr l’aboi inamical d’un carlin mastard qui trônait là, truc laid contrastant fort par rapport à un joli tanagra au frais minois, sa proprio, qui lui fila un coup au bas du dos afin qu’il tût son cri un chouïa trop anti-maos !

Yang Fu amorça son laïus apaisant :

- Disparu, Azor ! Au bout du boul’ Mich, parti saillir Mirza ! Salopard ! Il a fui, suivant son instinct animal. Assassin ! Bâtard ! Tu valais pas qu’on t’aimât , corniaud ! dit Yang Fu. Voilà la fin du nirvana canin, ma pôv Li Po ! Vas-y, brais dans mon giron ! Paris a pris ton paradis, ton compagnon à poils ras, ton chihuaha. Tu l’adorais ! Mais stop ! Quand nous aurons fini nos boissons, allons dans mon kot voir mon minou, doux, câlin, mignon, amusant, poilu, taquin, moustachu mais aussi griffu !

- Un chat ? Tu as un chat ? Tu m’l’avais pas dit !

- Un chaton.

- Son nom ?

- Amour !

- Oh oui, allons-y ! Garçon ! L’addition !

Soudain, Li Po fixa Yang Fu. D’un coup tout lui plut : sa voix, son corps, son allant. Plus tard dans la nuit son pubis charmant, sa façon d’assaillir qui la fit rapido jouir dans un simili-viol du doigt introduit qui fouaillait la toison, chvirait l'horizon, chamboulait la raison, sans fin, par pur plaisir. Ô nuit d’initiation, d’introduction à Sapho, d’introït au son du Gloria dans LGBTQIAworld !

Fissa-fissa, Azor, vagabond à poil ras qui courait dans Paris suivant son compagnon danois, chut dans un oubli total !

Jeu 87 de Filigrane E

Ainsi, du fait d’Azor, du futur promis par Amour, Li Po suivit Yan Fou dans son gourbi tout là-haut, plac* G*org*s P*r*c.

Coloc, PACS, grand amour, tous trois sont toujours là aujourd’hui.

Jeu 87 de Filigrane D

P.S. Qu’arriva-t-il à Nino dont on parlait à l’incipit ?
Il raconta tout ça sur un 45 tours. Il chanta la disparition du cabot Mirza. Trouva-t-il lui aussi un compagnon ? La chanson dit nada quant à ça !

 

Ecrit hors délai pour le jeu n° 87 de Filigrane d'après cette consigne

(La plaque de rue inversée que l'on voit dans le fond du café
méritait évidemment un traitement sous forme de  lipogramme en e !)

13 octobre 2023

LES DON JUAN

Jeu 87 de Filigrane- La fille qui cherchait son chien et trouva l'amour, finalement, on n'a jamais su qui l'a séduite et peut-être comblée ?

- La liste est longue de ceux – et celles – qui auraient pu s’accommoder de son regard tristounet et de la tête d’ahuri de son clebs.

- Peut-être l’analphabète qui savait compter ?

- Le vieux qui lisait des romans d’amour ?

- L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux ?

- Le concierge du club des tricoteuses du vendredi soir ?

- Le fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea ?

- L’ Indien malchanceux qui devint milliardaire ?

- Le roi du pécho avec la méthode Schopenhauer ?

- L'homme qui voulait être heureux ?

- Celui-là n’avait qu’à aller habiter dans l’immeuble des femmes qui ont renoncé aux hommes !

- Ce fieffé menteur de Julian Corkle ?

- Le secrétaire du cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates ?

- Marilyn, Elvis, le prince William et... toi ?

- Moi je n'ai pas toujours été un vieux con mais je n’avais pas de quoi lui offrir sexe, diamants et plus si affinités...

- La dame à la camionnette ?

- Le mec de la tombe d'à côté ?

- Le sumo qui ne pouvait pas grossir ?

- Ce plaisantin de monsieur Tanner ?

- Le gardien du potager des malfaiteurs ayant échappé à la pendaison ?

- Le liseur du 6h27 ?

- Le tueur hypocondriaque ?

- Celui qui ne sait pas pourquoi il a mangé mon père ?

- La vieille qui voulait tuer le bon Dieu parce qu’elle pensait avoir trouvé le secret de la manufacture de chaussettes inusables ?

- L'homme dont les dents étaient toutes exactement semblables ?

- Un amant qui avait la mélancolie du kangourou et l’élégance du hérisson ?

- C’est à dire ? Un regard de shooté et une barbe de trois jours ?

- Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire ?

- Elle est peut-être devenue la dernière conquête du major Pettigrew ?

- J’espère pour elle qu’Ariel Auvinen, l’ange gardien aux mille et une gaffes ne l’a pas prise sous son aile !

- Oh et puis... Qu'elle aille au diable, Meryl Streep ! Qu’il retourne dans ses contes de fée, ce crétin de prince charmant ! Je l’avais bien repéré qu’elle avait la tête en friche ! Mais qu’elle fasse gaffe : moi aussi Tony Hogan m'a payé un ice-cream soda avant de me piquer maman ! Qu’elle y pense, à la vache qui ne voulait pas finir en steak haché !

- Qu’elle ne l’oublie jamais :  le chemin du bonheur est parsemé de cailloux (et de crottes de chien) !

***

-Bon, c’est pas le tout ça. Maintenant qu’elle ne viendra plus… on tente notre chance auprès des deux Chinoises ?

Jeu 87 de Filigrane B

***

Les gens heureux lisent et boivent du café. Ils rêvent aussi beaucoup devant les photographies. Tout vaut mieux que de devenir vieux, râleur et suicidaire (la vie selon Ove) ou de chercher comment braquer une banque sans perdre son dentier !

Jeu 87 Comment-braquer-une-banque-sans-perdre-son-dentier


Ecrit pour le jeu n° 87 de Filigrane (la Licorne) à partir de cette consigne.

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17 septembre 2023

GARANCE FAIT DES PROUÈCES

Jeu 86 de Filigrane - Passagère du silence

La lumière entre dans la pièce
Où opère la créatrice.

Le soleil n'est que bienveillance
Où oeuvre la petite puce.

Elle commence avec prudence
Par quelques traits posés en douce
Sur la surface de la toile, subreptices.

Poussée par d’aussi bons auspices
Voilà que l'artiste en lice.

Elle avance avec assurance.
Elle a l'audace de l'enfance,
Elle a la chance des novices,
Le coup de pinceau est vivace,
La foi est immense. Elle fonce.

Quand elle n'est pas à la noce
Elle fait preuve de persévérance.
Elle fait face, efface, rince
Et recommence.

Vrai, quelquefois la ressemblance
Oppose quelques résistances
A la petite dessinatrice

Mais la jeune Garance
Est du genre coriace :
Jamais elle ne renonce
Ni ne met les pouces
Et, tenace,
Trouve toujours une astuce.

Elle grimace, elle se tance, elle s'agace
Mais c'est fugace : elle est vorace,
Sait retrouver l'aisance
Redevenir efficace.

Bientôt à nouveau, d'évidence,
Le pinceau se montre véloce,
Le geste s'emplit d'élégance.

L'arrivée d'un tigre féroce
Qui menace la populace
Sur la Grand-Place de Florence
Où se trouvent célébrées les noces
Toutes pleines de magnificence
Du prince Fabrice Del Dongo
Et d'Alice l'idole des dingos
Annonce bien des exubérances,
Extravagances,
Outrecuidances
D'HenriRousseauiste obédience

Jeu 86 de Filigrane - Douanier Rousseau

Car bientôt c'est la luxuriance,
L’allégeance à la violence !
Sardanapale est au supplice,
Vénus n'a plus la tête à montrer sa naissance,
La Joconde en souffrance
Tire sa révérence,
Toute la galerie se glace,
Fragonard s’en balance
Et Van Gogh en éprouve
Une douleur atroce.

Ayant tombé la carapace
Garance fait l'expérience
D'une jouissance sans nuance.

Une fièvre libératrice
La fait sortir des convenances.

A suivre son caprice
Et son talent précoce,
N'y voyant pas malice,
Voici qu'au chevalet,
Première spectatrice,
La passagère du silence
Voit surgir « Le Jardin des délices » !

- Mince ! qu'elle se lance,
Sûr, ça décontenance
Mais ce n'est pas mal, d'évidence !

Jeu 86 de Filigrane - The Garden of earthly delights

Ecrit pour le jeu n° 86 de Filigrane (la Licorne) à partir de cette consigne.

20 août 2023

RECETTE DE LA VÉRITABLE PAGNOLADE PROVENÇALE

INGRÉDIENTS :

- Une marmite de ragoût de mouton qui est tombée du 1er étage de chez L’Amélie ;

- Un percepteur néo-rural avant l’heure : en prévision de la crise sanitaire liée au (à la?) Covid-19 et à la fièvre de télétravail qui va s’emparer du monde entier, il a décidé de retaper le mas familial en ruines et de s’y installer avec femme et enfant pour devenir cuniculiculteur et en même temps vivre de sa production agricole en circuit court . Il faut le choisir de préférence un peu bossu mais sans faire référence à Henri de Lagardère ou à son descendant Arnaud. Quoique… ;

- Une sourcière bien aimée. C’est la fille du percepteur baba-cool. Écologiste dans l’âme, elle sait s’occuper des caprins sans que la bête de M. Seguin ne la rende chèvre, elle connaît tout le territoire de la garrigue, notamment les endroits où l’eau jaillit de la montagne. Grâce à sa discrétion elle surprend des conversations compromettantes du style pot-aux-roses même s’il s’agit avant tout d’une histoire d’oeillets ;

- Une tenue de chasseur de luxe de nature à faire oublier les tartarinades du bachi-bouzouk de Tarascon. Mais l’habit ne fait pas le moine comme diraient entre deux messes le curé de Cucugnan et le Révérend père Gaucher ;

- Un garçon de ferme célibataire qui rêve de devenir riche grâce à une reconversion dans l’horticulture. Un nommé Ugolin fera très bien l’affaire, surtout s’il entre bien dans la tenue de chasseur de luxe ;

- Un sac de ciment à prise rapide. Il servira à boucher, en cachette d’à peu près tout le monde, les sources sises sur le terrain appartenant au percepteur. Cette histoire d’élevage de lapin et d’intrusion illégale sur une propriété privée nous rappelle l’invasion de la villa de Christian Clapier en Corse ;

- Et justement il faut ajouter un parrain. Il est vieux, il est riche, roué, madré, manipulateur. C’est lui qui porte le chapeau mais il ne se salit pas les mains. Il laisse les basses œuvres à l’Ugolin ;

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- Une photo de Claudia Cardinale qui trempe ses jolies mains dans une fontaine pour une publicité contre la canicule « Hydratez-vous ! ». Cet ingrédient est facultatif mais, comme la cerise sur le gâteau fait saliver les dames, il fera peut-être baver les messieurs ;

- Une mule, même pas du pape, ou un mulet mais pas le poisson. Quatre pattes, grandes oreilles, sachant porter de lourdes charges. Un âne comme celui d’« Antoinette dans les Cévennes » peut éventuellement faire l’affaire mais depuis que l’animal a ouvert un cabinet de psychnalyste, il ne s’intéresse plus aux auteurs et autrices de fictions. La bête que vous achèterez n’aura du reste qu’un tout petit rôle dans la réalisation de la Pagnolade : exactement comme l’Arlésienne de Bizet, on lui demandera simplement de ne pas être là le jour où l’on aura besoin d’elle ;

- De l’anisette. Encore de l’anisette. Toujours de l’anisette ;

- Des habitants du village qui causent à n’en plus finir autour de l’anisette ;

- Un flashback un peu coûteux composé d’un bataillon de soldats français en Afrique et d’un facteur qui perd une lettre d’une importance capitale en déclarant « Un coup de dés jamais n’abolit le hasard ». En suite de quoi le porteur de djellabah, Mohammed Ben Mallarmé, s’en va faire sa partie de 421 avec ses coreligionnaires au bistrot du bled mais pas autour de l’anisette : quand on fait aussi mal un travail d’Arabe mais qu’on est un bon musulman indépendantiste on s’abstient de boire de l’alcool ;

- Une corde solide avec un noeud coulant ;

- Un pastis… Non, un pastiche de Georges Brassens : « La pendaison, papa, ça ne se commande pas » ;

- Une vieille femme aveugle qui joue le rôle du choeur antique et du Deus ex machina ;

- Un instituteur peu ordonné qui cherche par tous les moyens à se débarrasser de son couteau suisse. Mais qu’est-ce qu’ils ont contre les Helvètes, les Provençaux? Plutôt que de faire confiance aux banques des bords du lac Léman ils gardent leurs économies sous leur oreiller et ils se méfient des livres de Jean-Jacques Rousseau et des autres ;

- Une jeune fille qui va au bal, qui faute, tombe enceinte et n’arrive pas à prévenir le père du petit, parti faire le soldat en Afrique, de sa mésaventure à elle et de sa paternité à venir à lui. Même si les Alpes-Maritimes sont proches du lieu de l’action, la recette de la Pagnolade ignore cet ingrédient devenu capital chez tous les amoureux de la nouvelle cuisine feuilletonnière : le 06 ! ;

- Une Suzanne au bain ou plutôt « dans l’eau de la claire fontaine » Ce sera la sourcière bien-aimée ;

- Un voyeur : le rôle et la langue d’Ugolin sont tellement chargés qu’on pense au loup de Tex Avery, l’animal à poil noir, pas le poisson ;

- Un bâton d’explosif ;

- Surtout, très important, beaucoup de cet accent qu’on attrape en naissant du côté de Marseille.

Jeu 85 Manon des Sources Ferrandez 2

PRÉPARATION :

- Commencez par faire macérer tous ces ingrédients dans un paysage magnifique embaumant le thym, la lavande, le romarin et la farigoulette ;

- Assaisonnez avec du ciel bleu, des caractères emportés, enflammés, enthousiastes ou à l’inverse renfrognés, butés et taciturnes ;

- Faites cuire à part au soleil de l’Afrique le bataillon de soldats et le facteur négligent ;

- Gardez au frigidaire la vieille aveugle. Ne lui demandez surtout pas de vérifier si la lumière reste réellement allumée ou si elle s’éteint quand on ferme la porte du réfrigérateur.

- Sur un lit de rivière asséchée faites revenir la question du réchauffement climatique, des méga-bassines, du circuit court, du travail des femmes et de la bêtise des hommes ;

- Ajoutez l’explosif. Après la déflagration éteignez le Jean de Florette (le percepteur en burn-out) et transvasez tous les ingrédients dans une marmite plus vieille de cinq ans pour que la Pagnolade soit encore meilleure. La marmite du ragoût de mouton de l’Amélie peut très bien faire l’affaire.

- Laissez reposer une nuit ;

- Posez la vieille aveugle au sommet de la Pagnolade ;

- Servez sans faire de chichis avec des bruits de cigale, des parfums de nostalgie passéiste, de belle histoire d’amour et de littérature classique qui n’a pas oublié qu’on a disserté, le mois dernier, des jeux de l’amour et du hasard.

SOURCES

« Il faut toujours citer ses sources » comme disait ma professeur Manon Lescaut de l’Université de Cambrai-sur-Bêtise avant de devenir moins célèbre que sa petite-fille Julie. Cette recette d’histoire « à la mode de Marcel Pagnol » a été recueillie dans l’adaptation en bandes dessinées de M. Jacques Ferrandez dont nous avons fort apprécié le talent et le savoir-faire. Merci à lui.

 Ecrit pour le jeu n° 85 de Filigrane (La Licorne) d'après cette consigne 

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27 juillet 2023

LE JEU DE L’AMOUR, DU HASARD ET DES MOTS MÉLANGÉS

Marivaux lance les dés 2

Le jeu se joue avec trois dés.

Le résultat d’un lancer donne un nombre à trois chiffres qui se lit en allant du plus petit chiffre au plus grand. Si l’on fait par exemple 1 et 2 et 3 on lit 123 et non 213 et encore moins 312.

Il y a donc cinquante-six possibilités qui sont listées dans le tableau ci-dessous.

Dans ce tableau, en face de chaque nombre est écrit un mot tiré d’un problème de mots mêlangés du journal « Ouest-France dimanche ».

Le but du jeu est de réécrire la pièce de théâtre « Le Jeu de l’amour et du hasard » de Pierre de Marivaux. L'oeuvre est divisée en trois actes qui comprennent neuf scènes pour le premier acte, treize pour le deuxième et huit pour le troisième soit trente scènes.

En fonction du nombre de joueurs – ou de participant·e·s à l’atelier d’écriture – on se répartit les scènes à réécrire.

Si l’on est seul à jouer on se donne trente jours. Le premier jour on lance les dés, on note le mot correspondant au tirage dans le tableau et on réécrit la scène 1 de l’acte 1 avec pour seule obligation d’insérer dans la nouvelle version du texte le mot imposé. On ne touche pas à l’ordre des répliques, aux noms des personnages, aux didascalies mais on peut réécrire à sa sauce tout ce qui est dit dans la scène. On peut supprimer ou ajouter des phrases mais on doit garder le sens général de la scène.

On procède de la même manière le lendemain pour la scène 2 et ainsi de suite jusqu’à l’écriture du mot fin.

Bonne écriture ! Vous ne pourrez pas dire que c’est de ma faute – ou de celle de Dame Licorne – si votre été 2023 n’a été ni créatif, ni littéraire, ni ludique !

Tirage des dés Mot à insérer Tirage des dés Mot à insérer
111 arsenic 235 follower
112 baobab 236 forban
113 bigarré 244 jeteur
114 biniou 245 mienne
115 dextre 246 oculiste
116 dualité 255 parpaing
122 forçat 256 pizzeria
123 glycine 266 salamalec
124 grandiose 333 tartelette
125 hermétique 334 trampoline
126 obnubiler 335 vrombir
133 obscène 336 ylang ylang
134 Osso bucco 344 apache
135 polaroïd 345 baldaquin
136 raccourci 346 courge
144 réel 355 débat
145 saga 356 frangin
146 scolaire 366 indéfini
155 sierra 444 ouistiti
156 soigné 445 psychose
166 trame 446 ramadan
222 vieillir 455 ratissage
223 azimuté 456 seigneur
224 bicoque 466 synthèse
225 cabri 555 Tantale
226 estomac 556 tapioca
233 éternelle 566 tracas
234 fermette 666 zouk

Ecrit pour le jeu n° 84 de Filigrane d'après cette consigne

10 novembre 2022

LE CHIFFRE DES CHOSES (2)

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Chaque jour un ciel toujours différent... mais toujours le même.

Il suffit que deux nuages obscurcissent le soleil
Et ce sont d'autres lumières.

Trois jours de pluie d'affilée
Vont t’empêcher de sortir,
Rendront les chemins boueux.

Quatre joueurs d'échecs dans la cafétéria :
Le monde a-t-il souffert et souffre-t-il encore ses sombres aléas
Pour que ces vieux enfants viennent, en toute innocence,
Retrouver le bonheur du jeudi sans école ?

Les cinq doigts de la main, la plume, la charrue,
Le feu, sacré ou pas, le travail, l'invention,
Les pyramides, les gratte-ciel, les livres, les musées...
Tant de trésors sont nés depuis ces mains unies dans l'effort…
Et si peu de regards pour admirer le tout !

Les six faces du dé tournent sur le tapis.
L’oie mesure sa chance de pouvoir avancer,
Même en se dandinant comme ferait grand-mère,
Savourant le plaisir d'avoir passé le puits,
D'avoir rempli toutes les cases,
De s'être jouée des conseilleurs et des payeurs... et du gavage !

Les sept couleurs de l'arc-en-ciel
Ont chaussé ce matin leurs bottes de sept lieues.
Elle s'en vont repeindre les sept merveilles du monde.
C’est compter sans les sept mercenaires
Et les sept plaies d'Égypte qu'elles croisent en chemin.
Tournant sur elles-mêmes elles remontent au ciel.
Alors sur les nains que nous sommes tombe soudain la blanche neige.

Est-ce un huit basculé qui fait qu’infiniment
On cherche, on ne sait où, la musique des mots?
Qu’on écrit solitaire une humble partition
Qui donnera matière à interprétation
Ou pas ?
Poète au pont d'Arcole, père diguier, agricole,
Fais-tu huit heures de colle imposées par l’école ?
Ou bien la page d'écriture est-elle ta seule nourriture ?

Rien de neuf aujourd'hui ?
Si ! Si je retire
Rien
De neuf
Me reste neuf.
Si je retire
« Rien de neuf »
Ne reste rien.
De l'importance des guillemets !

AEV 2223-08 Consigne - Photo de Gilbert garcin pour le jeu de Filigrane n° 82

Photographie de Gilbert Garcin

Ecrit pour le jeu n° 82 de Filigrane à partir de cette consigne

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12 octobre 2022

MOI, MES AMOURS D'ANTAN. 5

Comme elle a une odeur bizarre, cette lettre ! Un parfum inaccoutumé au possible ! Il faut que je la hume et la re-hume pour deviner quelle personnalité se cache sous ce patronyme de Marike Urède.

Je bute. Je ne distingue pas bien. Scrongneugneu ! Vais-je perdre la foi en mon long tarin ?

Ah si ! Je perçois mieux maintenant ! Le chocolat ! Il y a du chocolat et... de la clinique !

Une infirmière à l'hôpital peut-être ? De la droiture, un sens de la discipline, du respect des rites mais aussi une volonté de soin, de l'affection envers les autres mais dispensée de manière égale dans une atmosphère de large fraternité.

De la bonté. Des bontés ? Des bontés pour un seul homme qui aurait su faire tomber le bouclier, percé la cuirasse et découvert sous le casque de cheveux blonds de beaux yeux auxquels s’associer pour regarder ensemble dans la même direction, vers la ligne bleue des Vosges, les gondoles à Venise ou le printemps sur la Tamise ?

Pourquoi est-ce qu’elle m’ emène vers le Nord cette enveloppe ? Je suis en train de faire des infidélités à la Provence ? Je n'entends plus la musique des fifres et des galoubets, pas même pourtant le carillon des beffrois ou les valses qui ont mis le temps ou Bruxelles bruxellait de Jacques Brel. C'est autre chose, une autre musique plus discordante, plus sérieuse, plus sérielle, de la musique Daudet-cacophonique.

2223-04 Facteur devant LéonidasChocolat et clinique... ou plutôt laboratoire ! Noir et blanc ! C'est qui, le destinataire ?

Léonidas, 4 rue de l'Hermine 35000 Rennes

Elle aurait pu écrire son nom quand même ! Je vais devoir refuser de le distribuer, ce courrier : adresse incomplète, destinataire inconnu au bataillon !

Ou plutôt non, je me la garde aussi, celle-là. Je la décollerai à la vapeur ce soir chez moi et je la remettrai dans ma sacoche pour ma tournée de demain.

J'ai très envie de savoir en quels termes elle lui chante « Je te plais, tu me plais, viens donc beau militaire !

***

Scrongneugneu ! s'écria le facteur rentré chez lui le soir en sortant ceci de l'enveloppe :

2223-04 Facture Marieke Urede remplie