05 mai 2013

LA FOURMI ELECTRIQUE

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Je suis la fourmi électrique,
La productrice infatigable.

Je bosse chez Philip K. Dick :
Je répare quand il pète un câble.

Lorsque Vulcain devient marteau,
En attendant l’année dernière,
Je vais mettre en haut du château
Les boules de la loterie solaire.

Toute réalité m’esquinte.
J’arrive au bout du labyrinthe
Et j’y découvre, délétère,
La vérité avant-dernière :
Je suis la fourmi électrique
Et le monde a pété un câble.

Mais, sous votre peau de plastique
Etes-vous certain d’être aimable ?


S'EVAPORER

Si, à Pise, la tour partait dans la nature,
Eprouverais-je alors un penchant pour Florence ?
Le vieux pont sur l’Arno serait-il aventure
Ou serait-il atteint aussi de transparence ?

Venise sans soupirs au pont de l’ascension,
Paris sans tour Eiffel, Rome sans Colisée…
Que pourrait signifier cette disparition
Des monuments du monde entier les plus prisés ?

Et pourtant, chaque jour où l’on marche dans Rennes
Voit disparaître autant de pépites célèbres :
Baigneuses colorées pêchées comme sirènes
Et la Maison du peuple enfuie dans les ténèbres.

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Rue Saint-Louis, combien de temps survivra-t-il,
A l’Artiste assoiffé de choses surprenantes,
Le terrifiant et surprenant ptérodactyle
Qui joue le rôle ici de l’éléphant de Nantes ?

De la ville éphémère humble et doux serviteur
J’archive le travail du Temps. Ce que j’observe
Devient trésor au fond de mon ordinateur
Au fur et à mesure qu’Il flanqu’ tout aux réserves !

Ecrit à l'atelier d'écriture de Villejean le 26 mars 2013

 

28 avril 2013

W COMME WAGON DE TRAIN (OU L'ANGLAISE ET L'INCONTINENT)

Gare de Rennes, le 14 avril 2013. C’est dimanche matin. La journée s’annonce belle. Le train pour Nantes est déjà à quai à 9 h 40 pour un départ à 10 heures. Je me suis assis sur un siège isolé à gauche dans le sens de la marche. J’ai sorti de mon sac à dos « Trop humains » de Donald Westlake. Bien qu’il soit publié dans la collection « Rivages poche » ce n’est pas un polar. Mais déjà, trouver le temps de ne rien faire d’autre, pendant une heure, qu’ouvrir un livre et s’adonner à ce vice impuni, la lecture… Ah ! Quel délice !

Arrivent quatre jeunes demoiselles. Elles posent dans le compartiment de quatre places à ma droite deux énormes sacs valises roses à roulettes. « Oh la la ! » me dis-je ! Ca va jacasser tout le temps du trajet ! » La perspective de lire en paix était bien trop délicieuse ! Elles échangent quelques mots en anglais puis ressortent sur le quai. La cigarette des condamnées ? O What a delicious moment, ladies ! Ah ! Quel délice !

Finalement il n’en remonte qu’une seule. Elle a une robe noire d’été, très courte, qui laisse voir ses jolies jambes et ses bras nus. De longs cheveux noirs et soyeux encadrent son visage doucereux de madone. Un peintre ou un photographe qui seraient là penseraient sans doute devant un tel sujet de sa Majesté en majesté : Ah ! Quel délice !

Le train s’ébroue. Non. Le train s’ébranle. Encore moins. Le train se met en marche. Je plonge dans mon roman, jette
un œil à la dérobée à ma compagne de voyage. Elle regarde devant elle et contemple de temps en temps par la fenêtre le paysage ensoleillé, vert et humide de la Haute-Bretagne qui défile joyeusement au-dehors en ce premier jour de vrai printemps. Je sens déjà, à regarder le paysage symétrique de mon côté que je me souviendrai longtemps de ce voyage à Nantes. En y songeant plus tard, je me dirai : Ah ! Quel délice !

Elle a parfois des sourires pour elle-même. Elle doit songer aux instants passés à rennes avec ses amies. Ses correspondantes ? Fait-elle un tour de France en vue de visiter les gens qui lui écrivent ? Elle n’a rien sorti du grand sac bleu pâle qui est venu s’affaler au pied des valises roses. Ni livre, ni grille de mots fléchés ou revues de sudoku et encore moins de téléphone portable ! Ah ! Quel délice !

Nous voici déjà sous le viaduc de Redon avec de l’eau à perte de vue entre Vilaine débordée hors de sa cage et marécages en bordée pas si vilaine qu’on le dit (à vrai dire, on dit « méchante » pour une bordée !). Le soleil éclaire le visage de la petite Anglaise. Elle a posé son visage sur sa main et regarde le paysage. De mon côté j’observe les herbes qui défilent et je m’aperçois soudain que son image se reflète dans ma vitre. Qu’ai-je écrit, plus haut ? « Un peintre ou un photographe qui serait là… » Mais ne suis-je pas photographe moi-même ? Discrètement je sors mon appareil photo de mon sac à dos… et je vole son image de jeune fille romantique à la « travelling lady ». Ah ! Quel délice !

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Ecrit à l'Atelier d'écriture de Villejean le 16 avril 2013. La consigne était de décrire des petits moments de bonheur et de terminer chaque description par l'expression "Ah ! Quel délice !". Cette forme d'écriture est dûe à un auteur chinois, Jin Shengtan, dont les 33 délices sont repris dans l'ouvrage de Simon Leys "L'ange et le cachalot".

N.B. le titre "W comme Wagon de train" est bien entendu emprunté à Adrienne

 

TROUVAILLES ET VISIONNAGES

En tapant les trois textes publiés ce jour,  j'ai écouté les deux premiers CD d'un coffret intitulé "Irish drinking songs". Du coup voilà deux petites vidéos complémentaires qui devraient vous mettre en forme pour la semaine ! 

 

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SUPPLEMENT GRATUIT

 

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Observé peut-être par un vieillard impotent à sa fenêtre en haut de l’hôtel de la Noue, je me bats pour ouvrir le sachet de plastique dans lequel je mettrai quatre poires. Sous la halle Martenod j’ai acheté un filet mignon à Max qui ne quitte pas son bonnet rouge ni son air d’homme sage, débonnaire et bavard.

Je photographie les araignées du poissonnier, j’achète une livre d’épinards et de la salade de mâche en bas de la place. Parfois, s’il n’y a pas trop de monde et si ma balance ne joue pas les accusatrices, j’achète des pâtisseries orientales à la dame du Maghreb qui a un beau chapeau et un bagou terrible.

Depuis quinze ans que je viens ici, je n’y ai jamais mangé une galette-saucisse. Ca ne m’empêche pas pour autant de penser que le samedi matin, à Rennes… Ah ! Quel (marché des) Lices !

 

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Imaginé à l'Atelier d'écriture de Villejean le 16 avril 2013 sur la même consigne que dans le billet "W comme wagon de train".

 

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DE CE QUI SE PASSE DANS UN ATELIER D'ECRITURE

  

femme écrivain par Mathilda De Carpentry

23 lignes pour parler de ce qui se passe dans un atelier d’écriture ? Mais on nous demande l’impossible ! Car s’il y a bien une consigne au départ, il n’y a pas de règle générale à l’arrivée ! En tout cas de règle avec laquelle taper sur les doigts de celui qui ne l’a pas respectée ! Vous me direz « C’est bien la peine alors que l’animateur se décarcasse pour lire, en ses nuits d’insomnie, les bouquins d’Odile Pimet, les œuvres complètes de fRIGIDE Barjot ou l’intégrale des discours de Christine Boutin. Eh bien justement, la peine, tout le monde se la donne dans ce club sado-masochiste où des gens forcément différents se retrouvent chaque semaine, reçoivent une mission de pensum plus ou moins tordue et planchent pendant une heure pour pondre quelque chose qui ne ressemble à rien de ce qui était attendu.

- J’ai oublié de placer les mots ! » dit l’un
- Je n’ai rien compris ! »dit l’autre
- Ca va pas être terrible ! » dit la troisième avant de nous lire un texte réellement génial.

Et puis il y a les obsessionnels, celles et ceux qui prennent avec Jésus le chemin de la Passion pour décrocher le titre d’obsédé textuel de la bande. Nous avons donc eu droit par le passé à l’éloge hebdomadaire de l’usage de la sauge par Yannick, à la vie racontée en épisodes plus ou moins délirants de Mlle Isaure Chassériau, directrice de l’Agence de Flânerie Amoureuse de Rennes – c’était bien avant l’existence de Meetic ! – par votre serviteur, sans oublier le panégyrique à répétition de Laure Manaudou par Anne –Françoise.

pietro_paolini atelier d'écriture

Au-delà de la production littéraire hebdomadaire l’atelier est un lieu de rencontres assez invraisemblables. Entre Eugène qui, depuis qu’il nous a quittés, fait le tour du monde à bicyclette et Jeanine qui vivait en concubinage avec Bernard Tapie à l’époque des débuts désargentés de « La Vie claire » et qui mettait les slips d’icelui à sécher à l’arrière de leur Mercédès, entre la seule Africaine blanche de Villejean et sa voisine poétesse limousine, entre les Finistériens et les Ch’tis, les instits, les infirmières et les bibliothécaires, quel brassage de mots, de cultures, et surtout quel calme pendant cette heure d’écriture. C’est à se demander si le monde continue d’exister au-dehors, s’il est important que Jérôme ait planqué 600 000 euros ou quinze millions en Suisse ou à Singapour ou dans la tirelire à Nestor. On s’en fiche ! Nous, chaque semaine ici on est heureux !

Avant que la limite des 23 lignes ne soit atteinte ou dépassée, prenons notre (salle) Mandoline et chantons-le encore une fois : « Y’a d’la joie ! Bonjour, bonjour les hirondelles ! ».

« Personne ne se prend pour Arthur
Dans notre atelier d’écriture !
Verlaine, tu peux ranger ton flingue
On est heureux d’être un peu dingues,

On ne fait de mal à personne
Avec les bonheurs qu’on se donne
Et même, lorsque revient l’automne,
Nos écrits n’sont pas monotones ! 

Allez rang' ton Smith et Wesson !»

Ecrit à l'Atelier d'écriture de Villejean le 9 avril 2013 sur le thème "La chronique de Joe Krapov" :

Inclure dans un texte l'incipit "23 lignes pour... mais on nous demande l'impossible !". 

Citer Christine Boutin, Jésus et Frigide Barjot, un ou deux titres de chanson, une marque commerciale et vers la 23e ligne inclure la formule "Avant que la 23e ligne ne soit atteinte ou dépassée".

N.B. : Le copyright des illustrations est, pour la une, Mathilda De Carpentry et pour la deux Pietro Paolini

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17 mars 2013

LA VULGARITE DES CYCLOPES / Marie-France T. : 1ères pages par Joe Krapov

 

Roman Marie-France T la vulgarité des cyclopes

- C’est sûr qu’on nous a filé le sale boulot, commença Polyphème.
- Les Dieux sont des enfoirés, ajouta Polyphonique. Nous n’avons qu’un seul œil au milieu du front et leur grande plaisanterie a toujours été de nous conseiller : « Ouvre l’œil et le bon ! ».
- Un peu comme l’autre avec son : « C’est vous, le nègre ? Continuez ! ».
- Je sais bien qu’il faut travailler pour gagner sa moussaka…
- Il paraît qu’il y a du cheval de Troie, dedans, maintenant !
- … mais tranformer les îles dans lesquelles nous gardions nos moutons en prison pour la lie de la société grecque, c’est un peu fort de café !
- Nous-mêmes sommes devenus des matons.
- Et pendant ce temps-là les dieux et demi-dieux voyagent dans des îles idylliques.
- Ils y sont accueillis par des magiciennes qui leur en font voir de toutes les couleurs.
- Pendant ce temps, nous, côté sexes, zéro ! Nada ! Que nibe ! Que dalle ! Rien ! Crois-tu que les Dieux se seraient souciés de nous donner des compagnes ? Que tchi, que tchi, comme on dit en Corse !
- Pas même une monstruosité comme la femme à trois seins, la sirène à patte, la Vénus sans bras ou la petite sœur de Cléopâtre.
- Pas la moindre petite Amazone bleue ! ajouta Polycarpe qui était resté muet jusque-là.
- Ils croient peut-être qu’on est aussi tantouses que Socrate et Platon, ces histrions !
- Bref, mes chers amis, je propose que nous nous mettions en grève, suggéra Polystirène.
- Que nous rassemblions nos forces pour construire un immense vaisseau sur lequel nous embarquerons tous lança Polygarchique.
- Tout plutôt que de rester là à attendre que le meilleur d’entre nous se fasse ridiculiser par cet imbécile d’Ulysse.
- Je crois que c’est à nous de réécrire l’histoire, ajouta Polygraphe. Il ne sera pas dit que devrons toujours nous faire damer le pion en matière de récit d’aventure par cet Homère, qui, de surcroît, est aveugle !
- Au royaume des borgnes, les aveugles n’ont pas à être les rois !
- Partons à l’aventure, sillonnons le monde !
- Tout ça, c’est bien joli, admit Polytraumatisé mais quelqu’un a-t-il des connaissances en architecture navale ?
- Moi je sais faire des cocottes en papier, glissa doucement Multiredoublant, des bateaux et aussi des bombes à eau.
- Et merde ! Ca me troue un peu le cul, mais avec des présupposés comme ça et une telle équipe de bras cassés, jele sentais bien venir que ce bouquin, malgré sa jolie couverture, n’irait pas beaucoup plus loin que sa page 1 !

Ecrit pour l'Atelier d'écriture de Villejean le 12 mars 2013.

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L'EMPREINTE DE L'INSPECTEUR / Mata-Haryvonne : quatrième de couv. par Joe Krapov

 

couverture roman mata-haryvonne l'empreinte de l'inspecteur

Mai 68 dans le Finistère ! Toutes les écoles sont en grève et les élèves du primaire ont droit à des vacances forcées. Même l’inspecteur d’académie, Raymond Quercabellec s’octroie, contraint et forcé, un repos anticipé. Non loin de Lesneven, il a posé, dans un champ isolé, sa caravane pliante nouvellement achetée. Mais depuis son arrivée, des phénomènes mystérieux commencent à faire jaser dans Plouescat : Des chèvres disparaissent, la statue de la Vierge verse des larmes de sang dans l’église locale et les jeunes filles qui vont se baigner ont l’impression d’être épiées dans la dune de Ker Emma.
Bien qu’il porte un mince collier de barbe, Raymond Quercabellec n’est-il pas le bouc émissaire tout trouvé pour un règlement de comptes purement local ?
Ecrit par une enseignante sous le pseudonyme de Mata-Haryvonne, ce roman policier humoristique apporte la preuve que son auteur connaît autant l’éducation nationale que les traditions régionales ! Plus que le raisiné le cidre coule à flots et le lecteur se paie quand même un sacrée pinte de bon sang car parmi les personnages de cette kig ha farz grandiose, il y a aussi un vampire qui joue du blues !

Ecrit pour l'Atelier d'écriture de Villejean le 12 mars 2013.