2022-09-11 - Nikon 16

La Ballade avec Brassens, c'est la crêperie des petits miracles bretons ! Elle est ouverte tous les deux ans à Rennes, derrière l'église Saint-Hélier, et les jours où je m'y rends tout le bleu du ciel m'accompagne, comme si Rennes était devenue Sète, comme si Georges Brassens n'avait jamais chanté « L'orage », « Le Parapluie » et « Le Petit cheval dans le mauvais temps ».

Ce jour-là on lui pardonne, au plus célèbre des Sétois, sa soupe à la grenade anarchiste, ses formules misanthropes : « Le pluriel ne vaut rien à l'homme et sitôt qu'on est plus de quatre on est une bande de cons ». On passe sur ses gros mots, sa ronde des jurons, ses grivoiseries et sa soit-disant misogynie.

On peut se le dire enfin cet adage par lui pondu selon lequel « Tous les morts sont des braves types ». Effectivement on oublie très vite qu'ils ont mangé de la vache enragée, les poètes, qu'ils se sont peut-être trompés en allant mourir pour des idées, les hommes, et on souhaite que ne durent, pour toutes et tous, que les moments doux de leur existence. Il les a bien chantés, ceux-là, l’oncle Georges : sa reconnaissance envers la Jeanne et l'Auvergnat, ses amours d’antan et de maintenant comme celui de cette petite poupée, Püppchen, devant laquelle il s'est fait si petit qu'il lui a écrit une presque LewisCarrollienne non-demande en mariage. Joyeux non-anniversaire monsieur Georges ! Vous auriez eu cent-un ans le mois prochain si la camarde, qui n’a jamais rien pardonné à personne, ne vous avait emmené retrouver l’oncle Archibald et le vieux Léon au pays des fantômes tremblants et troublants. Comme cadeau pour commémorer cela, la promenade qui porte votre nom à Rennes a pris ce dimanche des allures de pays des merveilles.

Toutes les dames qui sont montées sur la scène pour vous chanter avaient le sourire des fées sur les lèvres, ravies qu'elles étaient de se mettre en bouche les mots crus du gorille de l'impasse Florimont.

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2022-09-11 - Nikon 52

Je ne suis pas là pour raconter ma vie mais, sachez-le, vous qui me lisez, je suis tombé amoureux de l'une d'entre elles hier ! Amoureux de sa voix, de sa diction et quand nous nous sommes trouvés côte à côte à chanter ensemble les paroles d'une autre chansonnette devant un groupe nommé Les Modestes, ce fut comme une communion, un moment de grâce ; nous nous sommes jetés un regard en douce et peut-être a-t-elle pensé comme moi « Va où le vent te berce ! Propose à ce frère - cette sœur – en Brassenssitude de passer le premier jour du reste de ta vie a te gratter le ventre en chantant des chansons ou, à tout le moins, demande lui si ça l'intéresserait de former un duo musical !".

Elle n'a pas osé. Je n'ai pas osé non plus, de peur qu'elle ne me réponde : « Désolé, je suis attendue ! » et c'est ainsi que j'ai pu vérifier la justesse des observations d'Antoine Pol sur les instants secrets pendant lesquels on aime ces belles passantes.

Pondu à l'Atelier d'écriture de Villejean le mardi 13 septembre 2022

d'après la consigne AEV 2223-01 ci-dessous