On a pu voir sur les photos que j’ai prises de Tascabillissimo comme le parc des Carmes à La Flèche offre un cadre propice aux concerts champêtres. "La Sarthe est un jardin extraordinaire" clamait-on dans le journal départemental à l’époque où nous avons habité la bonne ville de Sablé.

De fait, pas très loin de la forêt de Bellebranche, nous n’avons pas pris racine mais… nous avons fait souche !

Notre fils et notre fille ont posé loin derrière eux maintenant leurs années d’enfance où je les emmenais à la bibliothèque municipale, dans le parc du château, à l'hippodrome, au carnaval et où nous leur faisions découvrir les 24 heures du livre et les Cénomanies au Mans ou le festival des Affranchis à La Flèche.

Nous, depuis que les Tombées de la nuit rennaises sont devenues une catastrophe conceptuelle, nous avons pris l’option de retourner à celui-ci chaque année pour nous gaver pendant deux jours de théâtre de rue, de musique et de cirque, de soleil de juillet et de paysages de bords de Loir.

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Depuis quelques années nous ajoutons à ce plaisir celui de déjeuner à « L’Etoile du Maroc » en compagnie du bon docteur Zigmund et de sa belle Gabrielle dont je ne vous dis que ça parce que si je me lance dans l’évocation des passions que j’ai en commun avec cette dame, le début Bird 1.f4 et le double fianchetto dit « hippopotame » ou « méthode Ruiz », vous allez vous y perdre ou plutôt on va vous perdre en route.

Nous avons aussi rencontré là une année la charmante Miss Bongo(pinot) : c’est dire si la Sarthe est une terre de Défi (du samedi) !

Mais revenons à cette histoire d’arbres et de racines qui fait écho au billet de ce jour de Dame Adrienne.

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Il y avait cette année un nouveau lieu très arboré, le jardin de la Dauversière, où nous avons vu deux beaux spectacles. Celui d’Arsène Folazur (Dominique Gras), une merveille d’humour et de poésie, une fête du langage qui trouve sa source chez Sol, Pierre Repp, Raymond Devos et d’autres grands noms comme Rimbaud ou Jean-Roger Caussimon ; celui, de danse acrobatique aérienne, de la Compagnie Camille Judic, « Peau d’âme », plus difficile à photographier.

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Au fur et à mesure de nos retours à La Flèche, ces années de vie sabolienne prennent pour nous des allures d’incunable : cela fera vingt-cinq ans en septembre que nous en sommes partis.

Quand on y pense, c’est grâce aux arbres et à l’usage qu’en fait l’homme que j’ai pu mener la vie de château pendant douze ans là-bas. J’ai effectivement oeuvré, avec mes modestes moyens, à la sauvegarde du patrimoine imprimé de la nation au sein de la très vénérable Bibliothèque Nationale pas encore de France. C’est que voyez-vous, le papier utilisé à partir de la seconde moitié du XIXe siècle, fabriqué à partir de pâte de bois, a une fâcheuse tendance à brûler, à jaunir, à partir en lambeaux.

D 93 22 34 Sablé feu d'artifice du 14 juillet

Et donc ce Centre de conservation du livre de la B.N. oeuvrait à la reproduction des documents fragiles sur microfiches et microfilms dans le lieu même où Charles Cros travailla à des recherches sur la photographie des couleurs, dans ce château du XVIIIe siècle qui appartint à Colbert de Torcy, à la Duchesse de Chevreuse et à son fils le duc de Chaulnes, puis à une famille d’industriels du Nord, les Williot, qui fabriquèrent là de la chicorée.

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Me voilà donc avant-hier à raconter en une phrase ce phénomène chimique sous un autre billet d’Adrienne. Là-dessus je m’en vais chercher confirmation de mes dires sur le web et c’est là que je tombe sur… la fin de l’histoire ! Dans une série d’articles des « Nouvelles de Sablé » de 2021 j’apprends que le centre va fermer définitivement en 2027 ou 2028 et qu’il en sera de même pour celui de Bussy Saint-Georges que nous avions fui en 1997, préférant un exil au paradis rennais à un retour en région parisienne.

La BNF a lancé un appel d’offres – une vente aux enchères, plutôt ! - pour créer un centre nouveau pour le stockage des périodiques et la conservation-restauration de ses collections. Conditions demandées : fourniture de 15000 m² de terrain et plus, à moins de deux heures de train de Paris, participation financière forte de la collectivité territoriale répondant à un budget situé entre 70 et 90 millions d’euros. Cent emplois à la clé.

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40 personnes à Sablé, 50 à Bussy vont donc se trouver face aux problèmes d’un déménagement forcé dans la bonne ville… d’Amiens qui a payé le plus pour décrocher le jackpot. Je sais, ça n’est rien par rapport à l’invasion d’un pays par un autre. Mais ça aurait pu nous arriver !

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C’est quoi le paradoxe – forcément provocateur ou sado-masochiste - dans l’histoire ? Pendant que l’on s’agite et qu’on dépense un pognon de dingue - comme dit souvent un célèbre natif d’Amiens - pour conserver des vieux papiers – les forêts brûlent partout dans le monde ! Et nos blogs philosophico-humoristiques, si essentiels à la bonne santé mentale de leurs lecteurs·trices, ne relèvent toujours pas du dépôt légal ! ;-)

Allez, soyons positifs : nous avons bien rigolé là-bas et et c’est le pays natal de Joe Krapov, alors vive l’hiver, vivent les arbres… et vivent les racines !